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De nos jours, le thème de l’immigration fait encore couler beaucoup d’encre. Bien que celle-ci fasse partie de l’identité culturelle de nombreux pays du Nord, elle est sujette à des débats parfois virulents, pour ne pas dire violents.
Pourquoi ces divergences d’opinions? En quoi cette tradition provoque-t-elle autant de tensions entre les diverses communautés qui composent ces sociétés d’accueil?
Dans cet essai ponctué de témoignages et d’exemples, Jean-Claude Mabiala se penche sur les dysfonctionnements qui pourraient expliquer l’insertion parfois chaotique des personnes noires au Canada, et plus particulièrement dans la province du Québec. Son discours multidirectionnel, sans parti pris, s’intéresse aussi bien au point de vue des minorités visibles qu’à celui de la « majorité », dans le but de dresser un portrait de la situation le plus fidèle possible à la réalité.
Parfois incisif, mais toujours empreint d’une grande bienveillance, ce texte se veut d’abord et avant tout un appel à l’ouverture, au dialogue et au questionnement.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Jean-Claude Mabiala est auteur québécois, originaire du Gabon. Il vit à Rimouski depuis 1990. Détenteur de plusieurs diplômes obtenus dans des universités canadiennes, il est professeur à l’Institut maritime du Québec, où il enseigne la philosophie, l’anthropologie philosophique (l’être humain), l’éthique politique et l’éthique appliquée au domaine des techniques physiques. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages.
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Seitenzahl: 125
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Dédicace
Remerciements
EN MÉMOIRE DE
Immigrant un jour, immigrant toujours!
Biographie
INTRODUCTION
UN BON DEAL
LE POIDS DE L’ESPOIR
PRÉSERVER SON HÉRITAGE
UNE QUESTION DE PERCEPTIONS
LA DIFFÉRENCE,
SOURCE DE TOUS NOS MAUX?
CONCLUSION
Auteur : Jean-Claude MABIALA
Titre : Immigrant un jour, immigrant toujours!
Tous droits réservés. Il est interdit de reproduire cet ouvrage en totalité ou en partie, sous quelque forme et par quelque moyen que ce soit sans l’autorisation écrite préalable de l’auteur, conformément aux dispositions de la Loi sur le droit d’auteur.
©2021-Éditions du Tullinois
editionsdutullinois.ca
ISBN papier : 978-2-89809-113-1
ISBN E-Pdf : 978-289809-114-8
ISBN E-Pub : 978-2-89809-115-5
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Bibliothèque et Archives du Canada
Dépôt légal papier : 2e trimestre 2021
Dépôt légal E-Pdf : 2e trimestre 2021
Dépôt légal E-Pub : 2etrimestre 2021
Imprimé au Canada
Première impression : Mai 2021
Nous remercions la Société de Développement des Entreprises Culturelles du Québec (SODEC) du soutien accordé à notre programme de publication.
SODEC - QUÉBEC
À toute la famille d’Édouard Mabiala, de Colette Kounoubouéni (Afouta) : Bernard Tsaba, Julienne Mangaga, Mboula Alogui et Bilal Alogui.
À mes grands-parents maternels et paternels: Tsaba, Kababi, Kandemi, Oubouli, Athène, Ngamo, Éwoussa, Nkouoyi, Sapiérie Nkenké et Mamadou.
À ma conjointe: Mélanie Ross.
À nos enfants, neveux, petits fil et nièces: Ariana Landry Mabiala, Samuel Mabiala, Audrey Ross Mabiala, Léa Ross Mabiala, Raïssa Audrey Mabiala, Julienne Mabiala, Claudia Mabiala et Onkala Mabiala Elohim osny romiel. David Mabiala, Anabale..
Mabiala Édouard
Maganga Julienne
Olina Pierre
À Samuel Mbaye
Les derniers et les meilleurs fruits qui ne mûrissent que tard dans une âme ardente et passionnée, c'est la douceur envers la dureté, la tolérance envers l'intolérance, la charité envers l'égoïsme, et l'amour des hommes à l'égard du misanthrope.
Citation. Jean-Paul Sartre, page 13
Jean-Claude Mabiala est né le 25 mai 1966 à Léconi, dans les plateaux Batéké, au Gabon. Il est citoyen canadien et réside dans la ville de Rimouski, au Québec, depuis plus de 25 ans.
Il est titulaire de plusieurs diplômes obtenus dans des universités canadiennes : un baccalauréat en sociologie (Université d’Ottawa), un diplôme de programme court de 2e cycle en éthique professionnelle (Université du Québec à Chicoutimi) ainsi qu’un diplôme de 2e cycle en éthique appliquée, une maîtrise en philosophie/éthique appliquée et un diplôme de 3e cycle en formation interculturelle (Université de Sherbrooke). Il a également terminé deux années de doctorat en études du religieux contemporain et une année de DESS en santé mentale.
Dans les années 2000, il a publié quelques articles à propos de l’intégration économique des néo-Québécois dans la province.
De 2006 à 2008, il a enseigné la sociologie de la famille et la sociologie des médias au Centre d’études collégiales de Carleton ainsi que la philosophie à l’École des pêches et de l’aquaculture du Québec. Il a donné des cours de sociologie, de politiques sociales et d’analyse des problèmes sociaux au cégep de Matane.
En 2020, Jean-Claude Mabiala est devenu membre du Comité provincial pour la prestation des services de santé et des servicessociaux aux personnes issues des communautés ethnoculturelles, du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec.
Depuis 2007, il est professeur à l’Institut maritime du Québec à Rimouski, où il donne les cours de philosophie (philosophie et rationalité, anthropologie philosophique, éthique politique et éthique appliquée au domaine des techniques physiques). À l’automne 2020, il a assuré la coordination du département des sciences humaines.
De 2011 à 2020, il a écrit La promesse d’un néo-Québécois (tome 1), Le dilemme d’un néo-Québécois (tome 2), Le retour ou le départ? (Tome 3), Le mal-être des Gabonais : une responsabilité partagée (essai), L’intrus et Filles, fils de Léconi et des plateaux Batéké, comment en sommes-nous arrivés là? (Essai). Ces six ouvrages sont également distribués au Gabon.
Autrefois, les hommes se déplaçaient ou migraient pour fuir des conflits, pour explorer de nouveaux territoires ou pour partir à la recherche de terres moins hostiles, plus accueillantes et plus riches en ressources. On les appelait des « nomades ». La situation a-t-elle changé aujourd’hui? Il semble que non. Car, comme nos ancêtres, nous sommes toujours animés par le mouvement, par la volonté de donner un sens à notre existence.
De nos jours, ce mouvement est plus organisé, car l’être humain s’est doté de moyens de transport confortables, efficaces et rapides. Mais ces derniers ne sont pas accessibles à tous. Ainsi, certains doivent parcourir des dizaines, voire des centaines de kilomètres à pied, en voiture ou sur des pirogues de fortune, entassés comme des sardines, traversant forêts, déserts et océans pour se rendre au « Nord ».
Et encore là, il n’est pas dit que vous pourrez entrer où vous voudrez. Car en plus du transport, il vous faut des ressources financières ainsi que l’accord du pays hôte, remis sous la forme d’un visa. Le précieux sésame en main, vous pouvez enfin accéder à ce territoire tant rêvé pour y demeurer temporairement ou définitivement.
Mais tout n’est pas encore gagné. Les papiers en main et le cœur gonflé d’espoir, vous risquez de rencontrer un autre mur. La population du pays hôte pourrait avoir des sentiments mitigés à votre égard. Elle pourrait se questionner sur votre présence, sur vos façons de faire et d’être, sur votre utilité. Et ses institutions ne seront peut-être pas conçues pour tenir compte de vos besoins spécifiques.
De nos jours, le thème de l’immigration fait l’objet de débats dans de nombreuses sociétés, particulièrement dans les pays du Nord, où l’accueil des « étrangers » est devenu, selon certains, une tradition. N’y voyez-vous pas une contradiction ou, à tout le moins, une étonnante ambivalence? L’immigration fait aujourd’hui partie de la longue liste des valeurs qui structurent l’identité culturelle des populations de nombreux pays du Nord. Alors, pourquoi ces débats? Pourquoi ces divergences d’opinions? L’une des réponses semble évidente : tout le monde n’adhère pas à cette tradition.
Ce n’est pas une surprise. Les traditions ne sont pas figées dans le temps. Elles sont appelées à être remises en question dans le but de confirmer ou de démentir leur pertinence. Et les tensions qu’elles cristallisent participent justement à cet objectif. Tout est changement. La religion en fut un frappant exemple. Pilier fondamental du passé, elle a été supplantée par la modernité et n’est plus aujourd’hui que l’ombre d’elle-même, tout comme ses symboles. Nous ne voyons dans l’église qu’un amas de pierres magistralement édifié, un lieu d’émerveillement architectural, loin des recueillements spirituels de jadis.
Maintenant, on peut se demander pourquoi les Noirs sont à l’origine d’autant de tensions. Qu’est-ce qui motive les acteurs en présence? Se questionnent-ils sur l’utilité de l’immigration en général ou sur l’utilité de cette population en particulier? Quels outils ou moyens utilisent-ils pour faire valoir leur position? Et comment les personnes concernées perçoivent-elles ces derniers?
Les réponses qui vont suivre ne sont pas issues de mon expérience personnelle, mais de mes observations. Je vis au Canada, au Québec plus précisément, depuis plus de vingt-cinq ans. Ainsi, j’ai pu discuter avec des personnes de « race noire », mais aussi avec des Québécois. Je me suis inspiré des confidences et des témoignages de mes amis et connaissances avec lesquels j’ai échangé de manière informelle et non structurée, à des périodes et dans des contextes différents.
Je me suis servi de leurs réactions et de leurs ressentis pour formuler des hypothèses, des observations et des questions afin de stimuler la réflexion autour des thèmes de l’immigration et de l’intégration. Je ne mentionne aucun nom, pour des raisons de confidentialité, et j’utilise à la place des lettres choisies au hasard afin de circonscrire leurs propos. Le ton employé, les expressions utilisées, la dureté de certaines phrases peuvent parfois paraître crus, mais n’y voyez pas un exercice intéressé ni l’expression d’un parti pris ou d’un quelconque militantisme. Je n’ai pas la prétention de généraliser à tous les idées et les perceptions de mes interlocuteurs, loin de là. Je m’intéresse plutôt à l’expérience humaine, à l’expression de notre rencontre avec autrui, dans le but de rappeler que c’est à partir de ce qui nous arrive que l’on apprend et que l’on devient la personne que l’on est destiné à être.
Dans le cadre de cet essai, j’ai décidé d’appeler les Québécois : « la majorité ». Ainsi, ces derniers cohabitent avec diverses communautés, dont celle composée de personnes noires originaires des pays du Sud. Ces personnes ont généralement pour objectif d’améliorer leurs conditions de vie et celles de leurs parents restés dans leur pays d’origine. Elles veulent donner un sens à leur existence. Pour ce faire, elles utilisent leurs propres instruments culturels comme point de référence et définissent leur rapport aux autres à partir de leur ressenti. De ce fait, il en résulte des tensions.
Pourquoi s’intéresser au ressenti? Parce qu’il constitue l’un des moyens pour les êtres humains de percevoir, de concevoir et d’apprécier leur expérience ou, du moins, les événements qui la façonnent. Ce ressenti dépend de celui qui le vit. Il est différent pour chacun. Les possibilités d’entente ou de mésentente sont donc infinies, puisque personne ne ressent les événements de la même façon. Et c’est pourtant là-dessus que reposent en partie l’acceptation des uns et l’intégration des autres.
Et c’est là que se pose la question du bonheur qui, selon Aristote, est la fin de toute action, le but de la vie humaine, le bien suprême. Dès lors, les actions posées par les gouvernements du Nord par le truchement de leurs politiques en faveur de l’immigration afin d’accroître leur démographie sont-elles compatibles avec les conditions des immigrants, des minorités visibles et, plus particulièrement ici, des personnes de race noire? Autrement dit, les uns et les autres tirent-ils de leur expérience respective le bonheur auquel ils s’attendent?
Le fait de disposer de moyens de transport sophistiqués signifie-t-il qu’on peut entrer facilement dans un pays qui n’est pas le sien?
Dans l’introduction, j’ai présumé que ce n’était pas le cas.
Si on pose cette question à des personnes issues de différentes régions du monde, plus particulièrement dans un axe Nord-Sud, il se pourrait qu’on obtienne des réponses opposées. Cela vous surprend peut-être. Pourtant, les ressortissants des pays du Sud seraient très nombreux à affirmer que c’est compliqué, surtout lorsqu’ils essaient de se rendre au Nord, là où « l’argent pousse dans les arbres ». Nombreux sont ceux qui sont convaincus de cette fausse idée, et celle-ci n’est malheureusement pas sans conséquence, comme nous le verrons plus tard.
Un chemin escarpé
Le rêve d’une vie meilleure pousse des personnes à prendre des risques considérables. Certaines empruntent des pirogues de fortune, à bord desquelles elles tentent de traverser la mer Méditerranée pour se rendre en Europe, en passant par les pays du Maghreb, malgré les dangers qui les guettent. Certaines resteront coincées là, abandonnées à elles-mêmes, errant dans cette partie du monde dans l’attente de pouvoir retenter leur chance, cumulant les échecs, convaincues que la prochaine fois sera la bonne, que le prochain passeur saura les mener à destination, moyennant une nouvelle rétribution financière.
D’autres choisissent l’Amérique du Nord comme point de chute. Pour y arriver, ils traversent les pays de l’Amérique centrale, le Guatemala, le Panama, l’Équateur, le Mexique. Ils marchent dans les forêts, sur des pistes accidentées, ou roulent à bord d’automobiles fatiguées, faisant fi de la dangerosité de leur périple, occultant la présence constante de la mort.
Quel que soit le chemin emprunté, l’arrivée à destination ne garantit pas leur installation. Un nouveau périple les attend, ponctué de démarches administratives, d’attente, de désillusions et parfois de réjouissances.
Quand l’espoir n’est plus permis, ne reste plus que le choix de la clandestinité, une « expérience cauchemardesque » pour reprendre les propos d’un homme qui a joué dans ce qu’on pourrait qualifier de « comédie dramatique ». Ce n’est qu’après plusieurs années d’humiliation qu’il a obtenu le droit de demeurer sur le sol du pays dans lequel il se trouvait. Après avoir travaillé pendant plusieurs années et fait des économies, il est reparti dans son pays, où il est devenu un homme d’affaires aguerri et prospère. D’ailleurs, lorsque je l’ai rencontré, il revenait au Nord pour acheter du matériel agricole. Quand je lui ai demandé de me parler de la clandestinité qu’il avait vécue, il m’a confié d’un ton tragique ne souhaiter cela à personne, pas même à son pire ennemi :
— On n’a pas de domicile fixe. On dort chez un ami, avec les sans-abris, dans une église, sous un pont, chez une personne gentille de race blanche quiaccepte de nous héberger une nuit, durant laquelle on ne peut même pas fermer l’œil au cas il s’agirait d’un tueur des illégaux. L’été, c’est bon, mais l’hiver, c’est pénible. Lorsqu’on le peut, on fait des petits boulots aublack, pour gagner un peu d’argent afin de manger. On vit caché, reclus. On est stressé en permanence, parce qu’on ne sait jamais ce qui nous attend. Mais ce que je redoutais le plus, c’est d’être arrêté par la police ou par les agents de l’immigration et qu’on me retourne dans mon pays d’origine. Les battements de mon cœur s’accélèrent juste à y penser. C’était pénible, mais j’ai fini partrouver ce que j’étais venu chercher et, aujourd’hui, je suis un homme respecté.
Pourquoi n’est-il pas retourné dans son pays lorsque sa demande a été rejetée? Il m’a fait savoir que la seule option qui s’imposait à lui à ce moment-là était de rester quel qu’en soit le prix, parce qu’il ne se voyait pas repartir dans son pays d’origine, et ce, pour plusieurs raisons. D’une part, son retour aurait été considéré comme prématuré par les membres de sa famille et de sa communauté, qui l’auraient qualifié de loser. D’autre part, comment aurait-il fait pour rembourser l’argent que ses parents avaient emprunté ici et là pour lui permettre de payer les passeurs?
Si cette histoire s’est bien terminée, il n’en est pas de même pour des centaines, voire des milliers de migrants qui passent leur vie dans la clandestinité, avec tout ce que cela implique. Leur motivation est peut-être renforcée par les réussites comme celle que je viens d’exposer, car il semble que les candidats à l’aventure sont toujours nombreux. La preuve, de nos jours, les médias rapportent encore des cas de noyades dans la mer Méditerranée, et des gens continuent de mourir en traversant l’Amérique centrale.
Un traitement inéquitable
À la lumière de ce qui précède, on peut aisément convenir du fait que l’accessibilité universelle aux moyens de transport modernes est un mythe.
Le problème est différent pour les étudiants ayant obtenu une bourse d’études de leur pays ou des organisations internationales, pour les réfugiés politiques ou encore pour ceux qui sont parrainés, car les chances d’avoir le droit d’entrer dans les pays du Nord et d’emprunter les moyens de transport conventionnels comme l’avion sont réelles.
