J'écris mon premier roman - Louis Timbal-Duclaux - E-Book

J'écris mon premier roman E-Book

Louis Timbal-Duclaux

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Beschreibung

Vous voulez écrire de la fiction ? Roman, nouvelle, récit, histoire, conte, récit de vie...

Vous êtes animateur ou participant à un atelier d'écriture ; vous voulez, pour vos études ou votre plaisir, mieux analyser et comprendre les romans et autres oeuvres de fiction. Dans tous ces cas, ce manuel peut vous aider. Il vous fournira les grilles d'analyse qui vous permettront de réussir.

Une méthode claire et concise qui vous guidera dans l'écriture de vos premiers textes

EXTRAIT

Non, nous ne tenterons pas de défendre la thèse qui veut qu’un atelier d’écriture, un ouvrage bien rédigé sur le thème de l’écrit, un magazine feront de chacun un écrivain. Ce sont plutôt des béquilles permettant à qui cherche la voie de l’écriture d’abord de la trouver, ensuite de la suivre... plus vite. Mais jamais ils ne remplaceront l’effort, le talent nécessaires, qui eux ne peuvent se transmettre ! C’est le but principal du présent ouvrage, dont l’auteur, rédacteur en chef d’Ecrire Aujourd’hui, est un habitué des questions liées à l’écriture (nombreux livres publiés) et à l’édition.
Puisse ce manuel vous ouvrir largement une fenêtre sur le monde fabuleux de l’écriture !

À PROPOS DE L'AUTEUR

Louis Timbal-Duclaux a écrit plus d'une vingtaine de livres sur l'expression écrite professionnelle ou romanesque. Aujourd'hui retraité, il écrit et anime des séminaires.

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Seitenzahl: 292

Veröffentlichungsjahr: 2017

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Préface

Être romancier est un métier. Et un métier qui, comme tous les autres, comporte ses règles et ses lois. Se pose dès lors la question : peut-on ici à la fois prétendre au titre tout en faisant fi des règles fondamentales de l’art ? L’univers des romans ne serait pas ce qu’il est, à savoir des imitations plus ou moins heureuses de la vie, du monde des hommes, cela dans le but de nourrir notre imagination. Mais ce métier se distingue des autres en ce qu’il ne s’acquiert pas sur les bancs de l’école, et que nul système d’éducation publique ne prévoit de le mettre à la disposition des citoyens, au même titre que les mathématiques ou la géographie. Pire, même les génies en herbe seront logés à la même enseigne : ils ne trouveront nulle part des bras ouverts pour les accueillir et leur donner des recettes pour décrocher le Goncourt.

Nous avons toujours grand plaisir à entendre les écrivains à succès parler de leur expérience personnelle, dont il ressort qu’ils ont mis nombre d’années pour se faire un nom, autrement dit pour acquérir une personnalité littéraire recherchée par un public nombreux. Ces années nécessaires pour accéder à la reconnaissance sont une période d’apprentissage au cours de laquelle l’écrivain en devenir ne rate aucune occasion d’acquérir la culture de l’écriture et de l’édition. Il s’ouvre aux écrivains ayant réussi, litles magazines littéraires, les ouvrages portant sur le thème de l’écrit et des gens qui écrivent. Car, seul, nul ne peut refaire le monde pendant la durée de sa vie. Certains, encore aujourd’hui, trouvent choquante l’idée d’aller s’inscrire à un atelier d’écriture, ou même de lire un ouvrage consacré à ce qu’il est convenu d’appeler écriture créative. Et ce, parce qu’ils considèrent qu’on naît écrivain, et que sinon on gaspille son temps à essayer de le devenir.

Non, nous ne tenterons pas de défendre la thèse qui veut qu’un atelier d’écriture, un ouvrage bien rédigé sur le thème de l’écrit, un magazine feront de chacun un écrivain. Ce sont plutôt des béquilles permettant à qui cherche la voie de l’écriture d’abord de la trouver, ensuite de la suivre... plus vite. Mais jamais ils ne remplaceront l’effort, le talent nécessaires, qui eux ne peuvent se transmettre ! C’est le but principal du présent ouvrage, dont l’auteur, rédacteur en chef d’Ecrire Aujourd’hui, est un habitué des questions liées à l’écriture (nombreux livres publiés) et à l’édition.

Puisse ce manuel vous ouvrir largement une fenêtre sur le monde fabuleux de l’écriture !

Victor Bouadjio

Ecrivain

et Directeur d’Ecrire Aujourd’hui

INTRODUCTION

Ecrire comme on tourne un film : les sept rôles du romancier.

Que faut-il entendre par écriture créative ? Probablement ce que vous entendez déjà par ce terme. A savoir :

. Au sens le plus large et le plus courant : comment trouver facilement des idées pour écrire.

. Au sens plus étroit et plus “noble” : comment trouver des idées originales, audacieuses, novatrices, pour créer du texte de fiction.

En bref, comment, en vue de l’écriture, augmenter ses idées à la fois en quantité et en qualité.

Imagination ou créativité ?

Vous savez peut-être que, jusqu’à présent, l’Académie française a refusé d’inclure dans son dictionnaire le mot créativité, sous prétexte qu’il faisait double emploi avec le mot imagination.

En un sens, l’Académie a raison d’affirmer qu’il existe, à la source de la créativité, une forte part d’imagination, au sens le plus littéral : la capacité de penser par images.

Mais, en un second sens, l’Académie n’a pas raison. Car, quand les spécialistes de la créativité ont créé ce mot dans les années cinquante, ce n’est pas un hasard s’ils l’ont formé justement sur le verbe créer. Ils voulaient affirmer par là que l’imagination n’est rien, si elle ne se concrétise pas dans une création.

S’il suffisait d’avoir des idées pour écrire, nous serions tous écrivains ! La difficulté consiste justement non seulement à traduire cette imagination en mots, mais encore à ce que le texte soit d’une qualité telle qu’il emporte l’intérêt et, si possible, la conviction du lecteur.

Du stade d’écrivain-amateur, il nous faut parvenir à celui de professionnel. C’est le but de ce livre.

La méthode que je propose part d’une idée simple que je crois féconde : écrire un roman comme on tourne un film.

Une culture acquise

Son premier avantage est qu’aujourd’hui la télévision a tellement répandu le film, que le public, surtout jeune, connaît bien mieux les films que les romans. Il utilise même spontanément les concepts du film pour raconter les romans. Par exemple, il parle de “gros plan”, de “panoramique”, de “flash back” (retour en arrière)... On peut aujourd’hui s’appuyer utilement sur cette culture, chose qui aurait été impossible il y a seulement 30 ou 50 ans, où c’était l’inverse qui était vrai : on analysait alors les films avec les concepts du roman.

Bénéficiaire secondaire pour les professeurs et les animateurs qui ont à initier leurs élèves à la culture du cinéma et de la télé. Ils font d’une pierre deux coups : analyse du texte et analyse de l’image, et le programme est respecté...

D’autre part tous les exercices que je préconise, ou seulement certains, peuvent faire l’objet de devoirs écrits et notés, ce qui rentre aussi dans la norme scolaire ou universitaire.

Un travail d’équipe, même seul

Second avantage : que cette méthode permet aussi bien de travailler seul, à deux ou en groupe. Car au cinéma, la répartition des tâches est bien connue aussi.

. Chacun sait que le producteur finance le film, surveille le bon emploi des fonds, et s’assure des débouchés commerciaux sur les écrans. Toutes choses qui sont du ressort de l’éditeur de roman.

. Un autre professionnel-clé est le scénariste, qui propose l’idée du film sous trois versions successives :

- Le synopsis qui est un résumé de l’argument du film en 2 pages.

- Le scénario, qui décrit le film en actes et en scènes, en prévoyant à chaque fois un décor et des personnages.

- Le découpage dialogué, qui est un véritable modèle réduit du film, avec tous les détails nécessaires à sa réalisation : dialogues des acteurs, décors précis, bande son, musique, etc.

. Le troisième personnage-clé est le réalisateur qui est le coordonnateur de l’équipe de tournage : il vérifie que tous les éléments de la scène sont présents (décor, éclairage, costumes) et que les acteurs jouent correctement la scène. Au besoin il la fait rejouer jusqu’à ce qu’elle soit excellente.

. Il y a enfin toute une série de collaborateurs secondaires mais indispensables qui préparent le travail et aident à la réalisation.

- L’habilleuse qui prépare les costumes.

- La maquilleuse qui grime les acteurs.

- L’accessoiriste qui a prévu les objets nécessaires.

- Le décorateur et l’éclairagiste qui ont préparé les décors et les lumières artificielles, même en plein jour.

- Le cadreur, qui a prévu ses mouvements de caméra.

- L’ingénieur du son, qui veille à l’enregistrement et au bruitage.

- Le musicien, qui doit composer la bande musicale aux moments prévus.

- Le monteur, enfin, qui doit sélectionner dans des kilomètres de pellicules les scènes retenues, et les montrer selon le rythme voulu.

Les 4 temps de l’écriture

De même, dans votre roman, toutes ces fonctions sont représentées. D’abord, l’auteur doit prévoir son scénario, puis choisir ses acteurs, repérer ses décors, écrire ses dialogues, sélectionner costumes, maquillage et ambiance sonore : c’est l’indispensable travail préparatoire du tournage.

Ensuite, il doit tourner : c’est-à-dire écrire, une par une, toutes les scènes. Mais, comme son confrère, il n’est jamais obligé de le faire dans l’ordre exact de publication.

Enfin, il doit “monter” tout ce matériau en fignolant les détails, lissant les accords, et surtout en taillant tout ce qui lui paraît, après coup, redondant ou nuisible au rythme du film.

Répartir les tâches

L’autre avantage de cette méthode, c’est qu’elle permet de répartir les tâches dans un groupe, qu’il s’agisse d’enfants ou d’adultes. Le professeur qui veut enseigner le français par une pédagogie de projet sur plusieurs mois ou une année, peut ainsi trouver facilement un emploi à chaque membre de sa classe. Les plus doués ou les plus motivés, s’attaquent au scénario, mais les autres pourront se charger des recherches documentaires en rédigeant des fiches-décors, des fiches-personnages, des fiches-habillements, des fiches-dialogues ou même des fiches bande-son, qui aideront le travail des scénaristes.

Le même principe peut être appliqué aux ateliers d’écriture créative pour adultes, sous la conduite d’un animateur.

Mais pour ne léser personne, il est tout à fait possible d’assurer une rotation des rôles pour chaque scène ou chapitre. Ainsi, sur la durée, un participant sera amené à proposer des idées pour le scénario, à rédiger le curriculum vitae d’un personnage, établir plusieurs fiches-décors, habillements, à corriger le style ou l’orthographe, et même à frapper et éditer le manuscrit.

On objectera sans doute que le romancier réel, à la différence du cinéaste, est libre, jusqu’à la dernière minute, de modifier considérablement son manuscrit. C’est vrai, mais c’est aussi souvent la preuve qu’il n’avait pas poussé assez à fond son travail préparatoire. En voulant tout faire à la fois et trop vite, il a en fait négligé certains détails qui lui paraissent après coup assez importants pour corriger sensiblement son écriture, ou même la charpente de son œuvre. Un bon cinéaste n’est pas aussi négligeant, ne serait-ce que parce qu’il y a des millions à la clé...

La méthode Simenon

Pour tout vous dire, ce parallèle entre le film et le roman m’est venu en lisant Simenon qui décrivait sa méthode de travail.

Quoi qu’en disent certains, qui ne voient en lui qu’un romancier populaire de deuxième zone, je le considère comme un auteur majeur du 20e siècle par l’abondance et la qualité de sa production. Sans doute n’est-il pas à la pointe de l’innovation littéraire et il n’a jamais prétendu l’être. Mais quand un auteur réussit à publier plus de 400 titres, à être traduit en des dizaines de langues, à être sans cesse réédité, porté à l’écran, en salle ou à la télévision, on ne peut que lui tirer chapeau bas... En tout cas, il aura beaucoup plus fait pour la promotion de la langue française dans le monde (lui qui fut successivement Belge, Français et Suisse) que bien des discours officiels...

Travailleur acharné et méthodique, il avait mis au point, pour son compte, une procédure qui peut être utile à beaucoup : écrire vite, mais avoir longtemps réfléchi avant par écrit.

Ancien journaliste, Simenon avait d’abord conservé l’habitude de beaucoup voyager, d’explorer des milieux différents, surtout populaires, de tout observer : personnages, dialogues et décors, et de porter ses impressions en fiches. Comme Maigret, son héros, il savait “s’imbiber” comme une éponge, pour pouvoir en restituer le moment venu, beaucoup sur le papier. Alors, il rentre chez lui, s’enferme, et se donne 15 jours pour préparer son travail. Un jour entier est consacré à la préparation des décors, un jour à la construction de ses personnages, une dizaine de jours pour structurer son intrigue, et un jour final pour synthétiser le tout. Il est prêt.

Dès lors, comme un bon cinéaste, il va tourner une séquence par jour ; c’est-à-dire rédiger un chapitre par jour, entre 6 heures du matin et 6 heures du soir.

Le “produit” qu’il vise est un roman grand public, de 180 pages au format de poche.

Ce roman doit pouvoir être lu, par un bon lecteur, en une soirée, ou encore dans le train entre Paris et Nancy. Il est divisé en 11 chapitres de 17 pages imprimés, ce qui correspond à 10 pages machine.

Chaque jour, son objectif est donc de “pondre” 10 pages. Il travaille directement sur le clavier, mais sans s’occuper de la propreté de la présentation (il barre au lieu d’effacer). Le 12e jour, il relit le tout, corrige, et donne à refrapper au propre.

Tenir ses délais

Cette méthode “intensive” n’est possible que parce que tout le travail préparatoire a été minutieusement réalisé.

C’est le modèle que je vous propose, quitte à vous accorder des délais plus importants, mais en essayant de les tenir.

Le temps, dit-on, est comme un gaz qui occupe automatiquement tout le volume qui lui est alloué... Si donc le romancier ne s’accorde aucun délai, il disposera d’un temps infini, et son roman ne sera jamais achevé. Un bon plombier est capable de faire un devis qui estime la nature des travaux, le matériel nécessaire, les coûts et les délais. Un romancier professionnel doit être capable d’en faire autant.

Comme le producteur d’un film, il doit savoir s’autodiscipliner pour prévoir le travail, réunir le matériel, et tenir coûts et délais. Mais son plus grand travail est de veiller à ce que pas un centime ou une minute dépensée, ne se retrouve quelque part dans le produit final seul visible du public.

Ancien architecte, le grand cinéaste allemand, Fritz Lang a tourné, toute sa vie, sans problème. Car non seulement il tenait ses délais, mais encore il savait faire gagner de l’argent à ses producteurs en agençant ses décors de façon à réduire le nombre de plans et donc de prises.

Du même coup, il améliorait en prime la qualité esthétique de ses films, qui sont pratiquement tous considérés, aujourd’hui, comme des chefs-d’œuvre.

Sa préparation minutieuse, à base de croquis, reste un modèle du genre, qu’on peut rapprocher, par l’efficacité, de la méthode Simenon pour le roman.

C’est la méthode que je vous propose. Elle ne remplace pas les qualités littéraires, mais vise à les avérer.

Une méthode pédagogique

Le second caractère important est qu’elle est pédagogique. Je veux dire par là qu’elle dose les difficultés : en commençant par le plus simple, et en terminant par le plus complexe.

Selon Propp, chacun peut créer un synopsis en moins d’une heure. Ce dernier constitue, non pas encore une œuvre achevée, mais son cadre de travail. C’est à partir de cette méthode qu’on rédigera les fiches détaillées, des décors, des personnages et de l’action. Troisième étape : tout réécrire. Quatrième : équilibrer, raccorder, lisser, polir.

Aussi, seul ou en petit groupe, chacun peut-il travailler sur son histoire et dans le genre, le style, le ton, qu’il a choisi. Le modèle de Propp est en effet suffisamment général et souple pour servir de base à tous les genres romanesques ; conte et légende, bien sûr ; mais aussi roman d’aventures ou d’espionnage, roman sentimental, fantastique ou de science-fiction...

De plus, sous réserve de modifications, il peut concerner aussi bien le roman que la nouvelle. C’est une pédagogie de projet : à aucun moment le but final n’est perdu de vue : pour un public, en plusieurs exemplaires, écrire réellement son premier roman.

Le plan de ce livre

Si vous travaillez seul, vous devrez cumuler les 7 rôles indispensables à l’achèvement de votre roman. Et c’est le plan de ce manuel.

Première phase : la création du scénario de base

Vous coiffez ici la casquette du premier rôle : le scénariste. Je vous propose un outil royal : l’analyse que Propp a faite des contes de fées. C’est l’objet de la première partie de ce livre.

Deuxième phase : la préparation détaillée du travail

Dans la deuxième partie du livre vous allez devoir endosser de multiples rôles que je résume à quatre.

D’abord le rôle de producteur. C’est le financier qui accepte (ou pas) de se lancer dans la production, c’est-à-dire de concrétiser le projet pour en faire un produit commercial. Ici, deux cas sont à considérer :

- Ou bien, muni de votre scénario vous consultez un vrai éditeur pour savoir s’il serait d’accord pour sa publication dans une de ses collections, et sous quelles conditions. C’est la méthode de l’entente préalable, et c’est la voie de la sécurité (comme à la Sécurité Sociale !)

- Ou bien vous jouez le rôle de votre propre producteur, et sans demander rien à personne, vous décidez d’écrire le roman d’abord, et ensuite d’essayer de le vendre à un ou plusieurs éditeurs (ou de l’éditer vous-même).

En supposant ce projet accepté, vous avez alors à tenir au moins 4 rôles :

- Celui du “casting”, qui consiste à recruter, manager et habiller les acteurs. Pour l’auteur de roman, il s’agira “d’incarner ses personnages”, c’est-à-dire d’approfondir leurs caractère physique, social et psychologique. C’est le rôle des fichiers-personnages.

- Celui de décorateur, qui consiste soit à repérer des lieux naturels de tournage, soit à faire réaliser des décors artificiels. Pour l’auteur, c’est un travail à partir de fiches lieux- décors à tirer de sa mémoire, d’une documentation, ou à explorer.

- Celui de cadreur qui consiste à choisir le type de caméra et d’objectif, à prévoir les mouvements de caméra et, plus généralement, tout ce qu’on verra sur l’image. Pour l’écrivain, c’est le travail préparatoire du choix des “focalisations” du récit.

- Celui de scénariste-dialoguiste, qui consiste à prévoir en détail tout ce que les personnages vont dire ; et plus généralement tout ce qui concerne la “bande son” : le bruitage et la musique. Pour l’auteur, cela consiste à détailler son scénario en étendant son rôle de scénariste à celui de dialoguiste.

A la fin de ce travail de préparation détaillée, intervient le réalisateur. D dirige toute l’équipe (acteurs, décors, images, son) à partir d’un scénario détaillé susceptible d’être tourné. De même, l’auteur-réalisateur de roman s’est-il constitué toute la documentation nécessaire à l’écriture détaillée de son roman, chapitre après chapitre. Il prévoit un budget et un temps de tournage.

Troisième phase : Le tournage / Ecriture détaillée

C’est la phase centrale : le tournage scène après scène. Ici, le personnage central est notre réalisateur qui assure la liaison avec les 6 autres rôles de l’équipe.

De même, l’écrivain va-t-il se lancer dans l’écriture détaillée de chaque scène de chaque chapitre de son livre. Ce qui lui prendra plusieurs mois.

Quatrième phase : Le montage/finition

Dernière phase de la réalisation du film : le montage, qui est celle de la critique et de la mise en forme finale. La monteuse (c’est souvent une femme) examine tous les “rushes” d’un œil critique pour choisir le meilleur qui sera monté dans la version finale. A ce stade, elle travaille surtout avec la colle et les ciseaux. Pour le romancier, c’est ce travail de relecture critique, d’élagage du superflu, éventuellement de la réécriture de certaines scènes. A nouveau intervient ici fortement le producteur qui exige que le travail final soit digne de son public. Fort de cette prérogative, il peut exiger de couper ici, d’allonger là, de permuter ici ou là, etc. Dans ce dernier stade, bien des améliorations de dernière heure sont encore possibles. Après ce sera trop tard. C’est ainsi qu’on aboutit au produit final : le tapuscrit. Ce dernier sera remis à l’éditeur pour en réaliser des copies multiples dont il faudra enfin vérifier la qualité (relecture des épreuves d’imprimerie).

Le but de ce parallèle entre, travail de cinéaste et celui de romancier, est de vous aider à passer du stade de romancier-amateur à celui de professionnel. Cela, en assurant consciencieusement tous les rôles, même si vous les cumulez tous.

Ecrivain, vous devez devenir un homme-orchestre !

Trois remarques importantes :

1) A la fin de chaque chapitre, vous trouverez des fiches de travail pratique que vous pourrez utiliser pour écrire votre propre roman.

2) Dans mes analyses, j’ai surtout utilisé l’Ile au Trésor de Stevenson comme genre de roman d’aventure, et Madame Bovary de Flaubert comme exemple de roman psychologique.

Comme tous les autres romans cités, vous pourrez vous les procurer facilement en édition du Livre de Poche. Je vous conseille de les lire ou de les relire pour mieux tirer parti de ces analyses.

3) En fin de volume, une liste bibliographique d’auteurs et d’ouvrages est disponible. Elle permettra de pousser plus loin d’éventuelles recherches. Renvoi signalé par un astérisque : (*).

CHAPITRE 1

Le Roman : Origine et évolution du genre.

Le public et le roman

Pour savoir ce que c’est qu’un roman ce n’est pas d’abord vers les littéraires qu’il faut se tourner, mais vers le public qui les lit. En particulier observer comment le mot roman entre dans de petites expressions aussi banales que révélatrices. En gros, nous obtenons deux types de réponse : laudatives et péjoratives.

- “Passionnant comme un roman”, c’est le côté mélioratif du roman qui permet de se plonger et de se perdre dans un monde imaginaire plus intéressant que la grise quotidienneté.

- “Faux comme un roman” ou “c’est un vrai roman” pour dire que c’est inventé de toutes pièces, c’est le revers de la médaille, le côté péjoratif du “romanesque”.

Cette dualité, cette contradiction est au cœur même du roman et elle commande à toutes les analyses qu’on pourra faire sur lui. Quel statut donner à l’imaginaire. Pour les uns, comme Pascal, c’est un “maître d’erreur et de fausseté”. Pour les autres, c’est la source proprement humaine qui nous permet de “décoller du monde” pour pouvoir le changer. La source de toute science et de tout art, la part la plus noble de l’esprit humain.

C’est dans cette ambiguïté que se trouve le roman, de ses origines à aujourd’hui et pour les siècles des siècles.

L’avis des spécialistes

Le dictionnaire encyclopédique Hachette définit ainsi le roman : “récit de fiction en prose, relativement long, qui présente comme réels des personnages dont il décrit les aventures, le milieu social, la psychologie.” Cette définition a le mérite de faire apparaître les traits essentiels de ce genre littéraire.

- D’abord, c’est un récit qui raconte une histoire.

- Ce récit est écrit en prose (sauf à l’origine où le roman médiéval était en vers).

- Ce récit est relativement long (par rapport à des genres plus brefs comme le conte ou la nouvelle).

- Ce récit donne pour vrai ce qui est en réalité une fiction imaginée par l’auteur (cette dialectique fiction-réalité est centrale au roman et méritera de très longues analyses).

- Ce récit est écrit en langue romane, c’est-à-dire populaire, par opposition au latin, langue des clercs, ce qui marque les origines populaires du genre dès le départ (12ème siècle).

Le roman et ses genres

Certains ont dit que le but du roman était de dépeindre la réalité. Dans ses Essais sur l’art de la fiction, Stevenson (qui s’y connaissait un peu) s’inscrit doublement en faux contre cette thèse.

- Réalité ? Non, car la réalité est multiforme, inépuisable, sans signification propre. L’art du romancier n’est pas de la “décrire”, mais de choisir dans cette réalité les éléments d’une histoire qui ait un sens. Dans un roman, la réalité n’est pas donnée, elle est construite.

- Dépeindre ? Non plus. S’il s’agissait seulement de peindre la réalité, autant prendre des pinceaux et de la couleur. On fera plus vite et mieux ! Le romancier ne dépeint pas, il raconte. Ce qui n’est pas la même chose.

Le roman n’est pas un prolongement de la vue, mais de la parole. Cinquante ans avant la linguistique moderne, Stevenson en préfigurait déjà les grandes lignes : la littérature est une extension du langage.

Pour comprendre les genres littéraires, il faut partir du quotidien le plus trivial : les actes de parole. Grosso modo, en effet, la parole sert à 3 choses : raconter, dialoguer, penser.

1- Le récit et le roman racontent

La situation de parole la plus courante est celle du retour à la maison après une journée bien remplie, ou même une longue absence. Votre conjoint vous demande : “Alors, comment ça s’est passé ?” Et vous racontez votre journée ou votre voyage. Un peu plus tard, vous rencontrez un ami qui vous dit : “Il y a un temps fou qu’on ne s’est vus : qu’est-ce que tu deviens ? Donne-moi de tes nouvelles !”. Et vous racontez encore tout ce qui mérite de l’être. Vous donnez de vos nouvelles, c’est-à-dire que vous relatez les événements nouveaux (depuis la dernière fois).

De l’extension artistique de ce pouvoir de raconter dérive la nouvelle, le récit court si vous ne disposez que de peu de temps. Ou, si vous avez tout votre temps, le soir à la veillée, le conte et le roman.

2- Le dialogue et le théâtre

Second usage fondamental de la parole : la conversation, le dialogue. Sur un sujet donné, vous échangez votre point de vue avec ceux des autres. Stevenson a une jolie façon de résumer le contenu des conversations : “Je suis moi”, “tu es toi”, “ils sont différents”. Ce que met en relief le dialogue, c’est en effet les différences. De point de vue, d’abord. Ensuite, différences de caractères, et c’est la comédie ou le drame. Différences de passions, et ça peut virer à l’incompréhension et à la tragédie. L’extension artistique du dialogue, c’est le théâtre : écrit, mais surtout joué en décor et costumes pour plus de réalisme. Ou encore chanté avec l’opérette et l’opéra, qui touchent à la poésie lyrique.

3- Troisième fonction du langage : réfléchir

De temps à autre, quand il nous arrive des aventures, nous cherchons à en tirer la leçon. Et le langage nous sert alors à réfléchir. Tout seul dans notre tête, ou sur le papier. Cette réflexion peut être politique, morale, philosophique, ou un peu des trois à la fois. L’extension littéraire de cette faculté peut être l’essai à caractère didactique qui compare le monde tel qu’il est, à celui tel qu’il pourrait être. Ou alors, si nous cherchons à exprimer le plus personnellement possible nos sentiments, ce sera la poésie lyrique.

Le roman, genre attrape-tout

La grande différence entre théâtre, poésie et roman, c’est leur capacité d’absorption. Le théâtre peut absorber un peu de poésie lyrique (les stances du héros), ou de récit (le monologue du Cid), mais c’est tout. La poésie lyrique peut à la rigueur faire référence à une histoire ou évoquer un dialogue entre personnages, mais accessoirement. Elle doit rester centrée sur le “je” pensant et ressentant.

Un essai peut, de temps à autre, s’illustrer de courtes histoires, mais c’est tout. En revanche, le genre de base, le récit, le roman peut, sur une trame narrative, presque tout absorber : non seulement des dialogues, mais aussi des réflexions de l’auteur sur la vie, ses malheurs et ses bonheurs.

Voilà la raison principale pour laquelle le roman est qualifié par Jacques Laurent “d’art tout-terrain”(*). Il peut tout faire ; tout peut le faire. Aussi, dès que la conscience individuelle se développe avec l’avènement de la bourgeoisie, il devient rapidement le genre majeur, et se divise lui-même en une multitude de sous-genres : psychologique, policier, aventures...

Les limites du genre

Mais si le roman est très plastique, il n’en conserve pas moins ses limites. La première fut explorée par Zola avec le roman naturaliste qui voulait “peindre la vie d’après nature”, et livrer au lecteur une “tranche de vie” : d’où l’accent mis sur le réalisme des descriptions minutieuses. Mais si Zola est encore un artiste, l’école du “réalisme socialiste” qui s’en inspire tombe dans l’insignifiance ou le moralisme.

A l’autre extrémité, par idéalisme, le roman risque de se perdre dans l’idée pure. En voulant supprimer les personnages et l’intrigue, l’école française du Nouveau Roman navigue en plein paradoxe. La description pure, comme dit Stevenson, convient mieux à la peinture (ou aujourd’hui à la photo ou au film...). (De même, la poésie pure, à la Mallarmé, celle qui voudrait être pure musique, et pure intelligence, aboutit aussi à une impasse. Et si l’on veut faire de la musique, autant prendre carrément un piano ou une guitare...).

De même, le roman ne peut pas abandonner, sans périr, sa fonction de base : raconter. Avec des mots placés à la suite les uns des autres. Même s’il peut comporter des connotations picturales ou musicales, inclure des dialogues ou des réflexions, le roman doit rester une extension esthétique de la parole racontante.

Une parole qui, à l’image de la vie, ne dit pas tout, mais sélectionne. Et, ce faisant, transforme ce qui n’a pas de sens en soi, en sens pour soi.

NoveletRomance

Le défaut du français, c’est que, sous le nom de roman, il englobe tout ou presque. L’anglais est plus fin en distinguant le genre Novel du genre Romance.

Novel, c’est “la nouvelle” : le genre réaliste où on raconte des choses vraies ou supposées telles (même si l’auteur y glisse quelque fiction de son cru pour boucher les trous, exagère, ou au contraire passe sous silence).

Romance, c’est l’histoire romanesque : surtout le genre sentimental, où la fiction domine (même si l’auteur y a mis beaucoup de sa vie et de ses observations).

Donc, d’un côté l’histoire, la biographie, avec le maximum d’objectivité. De l’autre la fiction réputée pure. Avec, bien entendu, tout un dégradé entre les deux pôles de la réalité et de la fiction, de l’observation et de l’imagination.

Les 3 niveaux du roman

Mais cette définition a aussi le mérite d’esquisser ce qu’on peut appeler les 3 niveaux du roman : les aventures, les relations sociales, la psychologie des personnages. Ces 3 niveaux vont respectivement du plus concret au plus abstrait, du plus superficiel au plus profond. Ils sont présents dans tout roman, mais pas au même degré, ce qui nous donne 3 types principaux de romans.

1) Les romans d’aventure qui se focalisent sur l’intrigue et la succession rapide d’actions mouvementées. Le genre est ici principalement épique. L’auteur célèbre le héros à travers ses actions et ses exploits sans insister sur ses relations sociales ou sa psychologie intime.

2) Les romans de mœurs qui se focalisent sur le milieu social et les relations qu’entretiennent entre eux les personnages. L’auteur se centre sur les conflits entre les personnages pris dans leur milieu social. Les péripéties de l’intrigue deviennent secondaires.

3) Les romans d’analyse psychologique. Ils se focalisent sur les combats intérieurs du héros, le plus souvent déchiré entre des tendances et des passions contraires. Le genre est ici en dominante lyrique, c’est-à-dire centré sur l’expression du moi du héros.

Genres et temps

Il est aussi important de remarquer que ce n’est pas un hasard si, dans l’ensemble, ces 3 types principaux correspondent aussi aux 3 principaux temps.

- Le roman épique correspond à une aventure passée qui est racontée au passé (ou au présent de narration). Normalement le narrateur connaît la fin de l’histoire du héros au moment où il parle.

- Le roman lyrique correspond au présent : c’est moi qui exprime mes sentiments ici et maintenant (avec bien sûr des retours sur le passé, et des projections dans le futur).

- Le roman dramatique correspond au futur : en effet, en raison des antagonismes en présence, on ne sait pas “comment tout ça va finir”, donc c’est bien le futur qui est la clé.

De fait, si l’on va au fond des choses, en raison du caractère fictif du roman, son temps le plus essentiel est le conditionnel qui est le mode même du fonctionnement de l’imaginaire. On pose une hypothèse et on explore ses conséquences. En ce sens le roman est l’autre face (cerveau droit) de la méthode scientifique expérimentale (cerveau gauche) qui est hypothético-déductive par nature. Scientifique et romancier : même combat ; mais pas par les mêmes moyens (*).

Trois types de psychologie et de philosophie

Si maintenant j’ouvre mon manuel de philosophie à la rubrique “psychologie”, je vois que les auteurs (Huisman et Vergés) adoptent eux aussi un plan tripartite qui est analogue à celui que nous avons adopté.

1- La psychologie à la 3ème personne ou psychologie comportementale, ou encore école behaviouriste (Watson, Skinner...). Cette école, principalement américaine, se fixe comme but d’étudier l’homme à travers son comportement extérieur. Pour raison d’objectivité, elle s’interdit de pénétrer dans les consciences, et se borne à interpréter ce qui est “objectivement observable” : le comportement. L’individu est alors ramené à ce qu’il fait : ses actions. C’est l’optique du roman d’aventure où le héros est surtout vu à travers les actions qu’il accomplit, mais très peu à travers les débats de sa conscience. Cette école comportementaliste a influencé beaucoup le roman américain qui lui était contemporain (Dos Passos, Hemingway, Steinbeck...) avec les techniques de description des personnages “par l’extérieur”.

2- La psychologie à la 2ème personne ou psychologie du “tu”. Dans cette école, mi-objective, mi-subjective, l’individu est surtout conçu comme un être en relation avec les autres dans un milieu social donné. On ne parle plus de comportement, mais de conduite. L’individu n’est plus seulement considéré comme réagissant à des stimuli extérieurs, mais comme interprétant ses stimuli dans sa conscience et faisant des choix de conduite. C’est la tendance majoritaire de la psychologie moderne qui essaie de tenir l’équilibre entre l’individuel et le social, et à les articuler finement entre eux. Sur le plan romanesque, c’est le roman de caractère ou de mœurs à dominante dramatique, proche du genre théâtral, où l’essentiel de l’intrigue repose sur les jeux d’alliances et de conflits qui se nouent et se dénouent entre le héros et les autres personnages. Généralement, à mesure que l’intrigue progresse, on passe insensiblement du monde extérieur des péripéties au monde intérieur des sentiments et des idées.

3- La psychologie à la 1ère personne ou psychologie du “je”. Cette école, à tendance intériorisante, se fixe comme but d’étudier la conscience de l’individu à travers ce qu’il en perçoit de lui-même, autrement dit par l’introspection. Elle se fonde sur le principe que nul n’est mieux placé que lui-même pour saisir l’évolution de sa propre conscience. Sur le plan romanesque, cette attitude correspond à ce que certains critiques ont appelé le roman d’analyse, tout entier centré sur la psychologie du personnage principal, et dont le prototype est La Princesse de Clèves, roman de Madame de Lafayette écrit au 18ème siècle.

Le roman “complet”

Ainsi, le plus souvent, le romancier est-il amené à se concentrer sur un des trois paliers, au détriment des deux autres. Pourtant, dans certains cas, il arrive qu’il n’en néglige aucun et travaille avec autant de bonheur sur les trois à la fois.

C’est ce que j’appelle le roman complet. Ce qui n’est pas très fréquent et signe de grandes personnalités. Moby Dick de Melville est dans ce cas : rien n’y est négligé. Il y a d’abord une histoire mouvementée et très bien documentée de chasse à la baleine, avec de très nombreux rebondissements et des détails si précis que le roman vaut presque déjà comme traité technique de chasse à la baleine au 19ème siècle. Au second palier, les relations entre les principaux personnages à bord du navire sont aussi très bien racontées. En outre, l’auteur se livre à une analyse très profonde de la psychologie du capitaine Achab qui a juré la perte de la baleine blanche. Enfin, couronnant le tout, c’est un livre d’une grande profondeur symbolique sur la destinée humaine, figurée par la quête d’un impossible objet et qui se dérobe sans cesse : le monstre mythique de la baleine blanche. Madame Bovary, de Flaubert, est aussi dans ce cas. Rien n’y manque : ni les péripéties d’une action mouvementée, ni la description précise d’un milieu social d’une petite ville de province, ni l’analyse très fine de la psychologie de l’héroïne. Mais chaque étage est en relation étroite avec l’étage voisin. Sans doute, ce qui intéresse le plus Flaubert, c’est la psychologie de son héroïne dans les relations qu’elle entretient avec 4 hommes : son mari qui la délaisse, un jeune soupirant qu’elle méprise, et ses deux amants successifs. Ces relations ne se comprennent que par la description précise d’un petit village de province qui répond mal à ses aspirations romanesques, et par une succession d’aventures assez mouvementées qui la laissent foncièrement insatisfaite.