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Pour vous guider dans l'écriture de vos romans, de vos nouvelles et de vos scénarios
Ce livre s'adresse à tous ceux qui veulent écrire de la fiction, débutants ou confirmés. Il attire l'attention sur des points-clés méconnus : Comment créer pour le héros un conflit entre plusieurs milieux ? Comment créer des personnages qui tiennent la route ? Comment choisir un point de vue narratif ? Quels décors choisir ? Comment créer la tension narrative : surprise, curiosité, suspense ? Comment créer une chute surprenante ? Etc.
Un guide pratique qui se base sur 7 questions-clés qui sont au départ de tout travail littéraire.
EXTRAIT
Dans la mesure ou le roman moderne raconte la confrontation du héros et du monde naturel et social, il est tout à la fois psychologique et social.
Il ne peut plus, à la manière ancienne, se limiter a être une biographie (individuelle) ou une chronique sociale (collective). Il doit être les deux à la fois, et souvent en même temps.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Louis Timbal-Duclaux, né en 1941 à Toulouse, est diplômé de l'École des hautes études commerciales (1963) et licencié en sociologie (1964).
Entré en 1966 au département des relations publiques du Gaz de France, Louis Timbal-Duclaux a poursuivi toute sa carrière dans cette branche. Actuellement il est responsable de la communication écrite à la Direction des études et recherches de l'Électricité de France.
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Seitenzahl: 230
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Plus et mieux pour raconter votre histoire
Il y a maintenant plus de 15 ans que j’ai publié chez Ecrire Aujourd’hui les titres suivants :
- J’écris mon premier Roman.
- J’écris des Nouvelles et des Contes.
- J’écris mon premier Polar.
- Le travail du style littéraire (sur la rédaction détaillée du texte).
- Techniques du récit et composition dramatique (sur la construction des scénarios).
Ces ouvrages, et d’autres, sont toujours valables et continuent à être édités. Toutefois, ma réflexion a progressé et j’ai pensé utile de publier ce livre comme complément aux précédents. Ce qui n’empêche pas, bien sûr, de le lire en premier, car il est suffisamment autonome pour former un tout.
Sept questions clés qui balisent ce livre.
J’ai appris que, pour étudier une question, il fallait se poser les 7 questions clés : QQO CQPC (à retenir sous la formule : "cucul haut, c’est cul pet !").
Ces questions peuvent à leur tour être précisées à l’aide de prépositions. Par exemple : avec qui ? par qui ? pour qui ? etc , etc.
Quand vous avez à construire une histoire (nouvelle, roman, scénarios) vous devez impérativement poser et résoudre ces questions au brouillon. Tant que ce ne sera pas fait, vous risquez de patauger...
1 - Qui ? Ce sont les personnages. Qui veut quoi ? C’est le personnage du héros. Il désire quoi ? Le personnage ou l’objet qui est le but de sa quête. Poussé par qui ? C’est le personnage du mandateur (celui qui désigne au héros l’objet de sa quête). Au bénéfice de qui ? C’est le personnage du bénéficiaire de cette quête. Avec l’aide de qui ? C’est le personnage de l’auxiliaire. Contre qui ? C’est l’adversaire. Tant que vous n’avez pas déterminé ces personnages, vous n’avez pas tout votre sujet. Mais comment construire tous ces personnages ? Réponse : chapitre 7.
2 - Fait quoi ? La réponse est le scénario qui détermine la séquence de vos épisodes, de vos actes et de vos scènes. Réponse générale dans mes livres précédents et le chapitre 5.
3 - Où ? La réponse est dans le choix de vos décors : unique ou multiples. Réponse au chapitre 8.
4 - Quand ? Renvoie à la question du temps. La succession des scènes. La construction du scénario (retours en arrière). Des éléments de réponse dans le chapitre 9.
5 - Comment ? Comment les personnages vont-ils se comporter ? Et surtout : comment l’auteur va-t-il présenter l’histoire au lecteur ?
- Comment choisir un genre ? réponse dans le chapitre 4.
- Comment narrer ? réponse dans le chapitre 6.
- Comment provoquer le plaisir de lire ? réponse dans le chapitre 10.
- Comment surprendre par une chute inattendue ? réponse dans le chapitre 11.
- Faut-il que l’auteur intervienne lui-même dans son récit ? réponse dans le chapitre 12.
- Comment donner de l’épaisseur à votre récit ? réponse dans le chapitre 13.
- En pratique, comment les grands auteurs s’y prennent-ils ? essai de réponse au chapitre 14 (avec trois exemples fameux).
6 - Pourquoi ? Quelles sont les motivations des personnages (et, derrière eux, l’auteur) ? S’agit-il d’un combat de l’individu contre son milieu social (voir chapitre 1). Le héros est-il tiraillé entre plusieurs mondes d’appartenance ? (voir chapitre 2). Le héros et les autres, sont-ils à la recherche du bonheur ? De quels bonheurs ? (voir chapitre 3).
7 - Combien ? Cette dernière question recoupe en pratique toutes les autres questions pour les préciser :
- Qui ? combien de personnages ?
- Fait quoi ? combien d’épisodes ?
- Où ? combien de lieux ? (un seul ou plusieurs ?).
- Quand ? Combien de temps ? (un seul ou plusieurs ?).
- Comment ? Une seule voix narrative ou plusieurs ? Une fiction à chute ou pas ? Simple chute ou double chute ? Un retour en arrière ou plusieurs ? Etc.
Retenez bien ces sept questions : Elles sont à la base de tout travail littéraire. Et pour résoudre votre problème d’écriture il faudra vous les poser souvent. Et tenter de répondre en les harmonisant aux autres.
Bonne lecture et bonne écriture.
Pourquoi ? Comment ?
L’Essence du Roman : l’individu contre la société et leurs médiations
Le roman moderne est né à la Renaissance en parallèle avec le développement de la conscience individualiste de la bourgeoisie.
C’est un genre moyen, multiforme, à mi-chemin entre des genres plus anciens : de l’optimisme de l’épopée et du conte, et du pessimisme de la tragédie et dupoème lyrique.
Il raconte les aventures d’un héros imparfait dans un monde encore plus imparfait que lui.
Cette connaissance est utile à tous ceux qui veulent écrire à leur tour un roman.
Le genre romanesque naît à la Renaissance.
Posons une définition que nous expliquerons ensuite. Cette définition est celle de Lukacs dans son essai “Théorie du roman” (1910) : “Le roman est l’histoire de la recherche dégradée, par un héros dégradé, de valeurs authentiques, dans un monde dégradé, mais pas de la même manière, ni au même degré”.
Cette définition doit être comprise par rapport au genre antérieur de l’épopée. En effet le roman moderne naît dans le monde occidental à peu près à la même époque que les temps modernes, c’est-à-dire la Renaissance.
Tout à la fois le roman appartient à l’ancien genre épique, mais constitue une importante variation par rapport à lui.
La toile de fond de cette évolution, c’est donc l’avènement des Temps Modernes, marqués par toute une série de bouleversements socio-économiques :
- Les grandes découvertes et la colonisation qui met en rapport, pour la première fois, l’Occident et les autres continents avec leurs civilisations différentes.
- La fracture religieuse entre catholiques et protestants et les luttes et guerres qui ont suivi.
- L’invention de l’imprimerie et la diffusion d’une culture écrite relativement libre par rapport aux traditions orales coutumières.
- Enfin et surtout : la montée d’une nouvelle classe sociale, la bourgeoisie marchande (puis industrielle et financière), entre le peuple paysan et la noblesse. Avec l’émergence d’une nouvelle valeur : l’individualisme, qui contraste avec les valeurs communautaires du Moyen Âge.
Les 4 genres anciens
Deux genres dominaient précédemment : le conte et l’épopée. Le conte était essentiellement populaire et conservateur des valeurs populaires. De même, l’épopée célébrait essentiellement les valeurs chevaleresques de la noblesse. Ainsi, ces deux formes de récits sont à la fois conservatrices de l’ordre social, et à tonalité finale optimiste. Après une période de désordre, on célèbre, à la fin l’ordre social à nouveau retrouvé grâce à l’action du héros. Ce dernier partage les mêmes valeurs que son groupe social, et s’oppose essentiellement aux ennemis extérieurs à ce groupe (animaux féroces, bandits, envahisseurs...)
Par contraste, deux autres genres, mettaient en lumière la rupture sociale entre le héros et le monde : la tragédie et la poésie lyrique.
- La tragédie met en scène un héros en opposition profonde avec les valeurs de sa communauté, qui lutte contre elle, et qui finit par perdre tout, y compris sa vie.
- De même, la poésie lyrique, de l’époque des troubadours évoquait l’amour impossible entre le chevalier et sa dame (voir par exemple le mythe de Tristan et Iseut qui ne peuvent s’aimer dans ce monde terrestre).
Au total, les 4 genres littéraires de l’époque ont un point commun : la dominance des valeurs communautaires sur les valeurs individuelles.
Cela s’explique bien par les conditions de vie de cette époque, marquée par les terribles fléaux que sont : la guerre, l’insécurité permanente, la famine et les épidémies. Ou bien l’individu s’intègre à son groupe social et participe à la nécessaire solidarité face au malheur ; ou bien il est rejeté dans les ténèbres extérieurs (bannissement, mort). C’est le mode de vie qui existe encore dans bien des peuples du tiers-monde.
L’émergence du roman
Le roman naît à la Renaissance et exprime essentiellement les valeurs de la nouvelle classe montante : la bourgeoisie. Avec ses nouvelles valeurs d’individualisme et d’intimité familiale, dans un monde nettement plus complexe et évolutif...
Le héros n’est plus entièrement positif, comme dans l’épopée ou entièrement négatif, comme dans la tragédie : il devient plus complexe avec ses zones d’ombre et de lumière. D’où l’explication du terme de “héros dégradé”.
D’autre part, face à ce héros dégradé, on ne trouve plus un monde monobloc avec les bons et les méchants, mais un “monde dégradé” beaucoup plus complexe et nuancé. Les classes sociales sont plus nombreuses et plus perméables. La naissance des nations et des Etats modernes brouille la belle simplicité des appartenances communautaires. La mobilité géographique, la naissance des grandes villes, le pluralisme religieux et idéologique, multiplient les appartenances. Le héros du roman moderne est ainsi un être déchiré de l’extérieur, au carrefour de plusieurs mondes : famille, village, patrie, profession, religion, philosophie de la vie, amour et sexualité, classe sociale...
Un héros problématique
Ainsi le héros de roman est-il, pour le moins problématique : vulnérable, imparfait, obsédé...
Dans les cas les plus extrêmes ce peut être un héros démoniaque, fou ou criminel (comme on le voit aujourd’hui dans les thrillers américains). Ou encore un fanatique, prêt à tout pour servir un idéal idéologique (guerre, révolution...).
Mais dans la plupart des cas, le héros de roman est simplement imparfait, et conscient, quelque part, de l’être. Ce qui ne l’empêche pas, bien au contraire, de se poser comme une conscience critique vis-à-vis du monde qui l’entoure. C’est en quelque sorte un borgne au pays des aveugles.
Ce héros aspire à un monde meilleur et plus authentique, mais tout en sachant, quelque part en lui, qu’il n’a rien lui-même de parfait : il est lui-même un “héros dégradé”, dans un monde qui l’est aussi, mais pas au même degré, ni de la même façon. Par exemple il va aspirer à l’amour, mais dans un monde corrompu par l’argent (ou vice-versa). Ou encore, comme don Quichotte, il aspire au monde chevaleresque des ses pères, alors que le monde où il vit ne songe plus qu’a s’enrichir.
Ce n’est pas un hasard si le roman est essentiellement une œuvre en prose : il exprime le prosaïsme du monde bourgeois.
Ainsi le roman moderne exprime les aventures imparfaites d’un héros imparfait dans un monde encore plus imparfait que lui. La seule chose qui reste parfaite est l’idéal du héros : ses valeurs authentiques qui, sur le mode plus ou moins formulé, organisent sa “vision du monde”.
Mais, il va de soi que ces valeurs peuvent être fort différentes : à la fois à cause de l’époque du monde du roman et du héros lui-même. Et donc différentes d’un roman à l’autre. D’où une grande variété de romans possibles.
Très schématiquement, on peut considérer, avec Lukacs, quatre grands types de romans. Cela en fonction des rapports qui s’établissent entre le héros et le monde.
1 - Le roman de “l’idéalisme abstrait”
Il se caractérise par la grande activité d’un héros idéaliste, dont la conscience est trop étroite par rapport à la complexité récente du monde. Le prototype en est “don Quichotte” poursuivant son idéal chimérique de chevalerie dans un monde embourgeoisé. Le Julien Sorel de “Le Rouge et le Noir” de Stendhal est aussi (en plus complexe), dans ce cas : il rêve d’héroïsme napoléonien dans le monde bourgeois de la monarchie de Juillet. “Madame Bovary” aussi.
2 - Le Roman “psychologique”
Il est orienté par l’analyse de conflits de la vie intérieure d’un héros non plus actif, mais largement passif face aux évènements. A l’inverse, ce héros a une conscience trop large pour se satisfaire du monde prosaïque et conventionnel de son époque. Exemple : “L’éducation sentimentale” de Flaubert. Son héros passe beaucoup de temps à regretter les occasions perdues sur un mode nostalgique. A force de s’analyser, il oublie de vivre, et le regrette à la fin... C’est le cas du “Swann” de Proust (tome 1 de la “Recherche”).
3 - Le roman “d’apprentissage”
Dans ce type de roman, le héros finit par résoudre son problème entre lui et le monde en auto limitant son idéal. Tout à la fois, à la fin, il n’accepte ni le monde tel qu’il est, ni ne renonce définitivement à ses valeurs, mais décide de tempérer son idéal dans un monde possible ou vivable. Faisant ainsi preuve d’une certaine maturité adulte, par rapport à sa révolte adolescente. Exemple : le “Wilhelm Meister” de Gœthe.
4 - Le roman “existentialiste” contemporain
A partir de 1920 en Europe, le roman moderne va encore plus loin : il met en doute l’identité stable du héros. On trouve cette tendance chez des novateurs comme Proust, Joyce ou Kafka. Chez des philosophes existentialistes comme Camus ou Sartre. Ou encore dans le mouvement du “Nouveau Roman” avec Nathalie Sarraute, Roble Grillet, Claude Simon, et certains autres... Dans un monde où règne désormais la “marchandise”, on assiste à une sorte de désintégration ou de dissolution du héros, broyé par les bureaucraties ou les contraintes de l’économie, ou les totalitarismes divers.
Pour exprimer cette débandade, le roman lui-même part en débandade en remettant en cause ses bases même : identité du héros, structure narrative, stabilité du narrateur, etc...
Six types de romans de genre
D’une certaine manière, ces quatre formes de roman se succèdent au fil des siècles. Mais, en même temps, il ne se suppriment pas : ils coexistent et entrent en concurrence. Si bien que, dans la production actuelle, on trouve finalement 6 types de romans :
- Les romans épiques à l’ancienne (James Bond)
- Les romans “contes de fées” à l’ancienne (Delly, Barbara Cartland)
- Les romans “idéalistes” à la manière des don Quichotte “activistes”
- Les romans “psychologiques” à héros passif.
- Les romans d’apprentissage à héros mûrissant.
- Les “Nouveaux romans” déstructurés et problématiques.
Si vous voulez écrire un roman, cette grille peut servir à vous situer.
L’humour ou l’ironie du romancier
De la définition même que nous avons donné du roman moderne, découle une conséquence très importante : l’impossibilité pour le romancier de s’identifier totalement à son héros.
Pour montrer un héros dégradé dans un monde dégradé, le romancier doit dépasser la conscience de son héros, s’en distancer quelque peut...
Selon les cas, ce nécessaire recul peut être assimilé à de l’humour (compatissant), ou de l’ironie (un peu hostile).
Il faut à la fois que le romancier s’identifie un peu aux sentiments de son héros pour les faire partager ; mais qu’il ne les épouse pas totalement pour marquer leur caractère imparfait, inadéquats, trop limités, ou même parfois déments. C’est le cœur même de la création romanesque : l’empathie qui consiste à comprendre sans nécessairement approuver : ni se fondre, ni s’éloigner, mais rester proche. Cette dimension éthique du romancier doit se traduire dans un dispositif esthétique proprement romanesque, qui est le macro-personnage du narrateur, médiateur entre l’auteur et le héros.
Ainsi le romancier peut-il mieux conserver son autonomie par rapport à son héros. Notamment pour mettre en lumière ses excès ou ses faiblesses, son aveuglement ou ses lacunes.
Cette prise de distance peut s’opérer dans l’espace, ou dans le temps, ou les deux.
Distance dans l’espace : avec la technique du narrateur-témoin, non directement mêlé à l’aventure du héros.
Distance dans le temps : avec la technique du héros vieux ayant mûri, qui raconte ses “folles aventures de jeunesse”.
Mais aussi des technique plus modernes :
- Le style indirect libre chez la “Madame Bovary” de Flaubert, qui lui permet tout à la fois d’épouser la (fausse) conscience de l’héroïne, et de s’en distancer pour la dénoncer.
- La technique du “courant de conscience” chez Virginia Woolf, où le narrateur passe d’une conscience à l’autre en montrant leurs contrastes.
- La technique de “l’intertextualité” dans “L’Ulysse” de Joyce, où le nouveau récit prosaïque, se calque, par contraste, sur le récit antique de “l’héroïque” Homère.
- etc.
Tous ces cas aboutissent à ce que Milan Kundera appelle “l’humour du romancier” et qui est indispensable à sa réussite (Les testaments trahis).
Les médiations du héros
Dans la mesure ou le roman moderne raconte la confrontation du héros et du monde naturel et social, il est tout à la fois psychologique et social.
Il ne peut plus, à la manière ancienne, se limiter a être une biographie (individuelle) ou une chronique sociale (collective). Il doit être les deux à la fois, et souvent en même temps.
D’autre part, l’idéal du héros (les valeurs vers lesquelles il tend) ne peut plus figurer concrètement dans le roman. Il doit rester largement abstrait, c’est-à-dire sous forme d’aspiration émotionnelle vague (“les droits de l’homme”).
Dès lors, l’essentiel de la quête du héros va être d’essayer d’en découvrir des incarnations au moins passables. Par exemple sous forme de personnage admiré au début, mais qui finira par se révéler décevant, ce qui relancera la quête.
D’où une suite de péripéties avec des périodes de hauts et de bas : selon que le héros pense avoir approché l’idéal, et ensuite qu’il s’en détache très déçu.
Dès lors, on peut distinguer deux grands types de romans : horizontal et vertical.
- Le roman “horizontal” est le roman picaresque du 17ème siècle. Son héros est un valet (picaro en espagnol) qui va de ville en ville, et qui (par force ou par ruse) cherche à dépasser sa condition, en devenant puissant, riche, et aimé. Mais à chaque fois, il finit par échouer, et n’a d’autre solution que de fuir ailleurs... D’où un “feuilleton” d’aventures interminables.
- A l’inverse, le roman classique “vertical” est structuré par un seul climax (point culminant d’intensité dramatique). Les aventures y vont crescendo jusqu’à la grande scène finale qui voit le héros réussir enfin (ou tout perdre).
Dans le premier cas on peut citer “Gil Blas” de Santillane ou “Turcaret”, dans le second “Madame Bovary”.
Mais ce problème de la structure des romans mériterait à lui seul de bien plus amples développements.
Le problème du mal
Si l’on va au fond des choses, on est bien obligé d’admettre que la vocation du roman est de traiter sous forme esthétique du problème éthique fondamental de l’homme : “Comment faut-il se conduire dans la vie ?”, avec son centre obscur mais incontournable : le problème du mal qui est double. Le mal qui provient de soi et qu’on appelle l’erreur ou la faute (héros imparfait), et le mal qui provient des autres et qu’on appelle le plus souvent la souffrance (le monde dégradé).
Tout à la fois nous subissons le monde et agissons sur lui. Comme dit le philosophe Heidegger nous pouvons être inauthentiques et authentiques.
Authentiques si nous nous “ouvrons à l’être”. Inauthentiques si nous nous “fermons” à lui. Ainsi, à travers ses mille et un héros, le roman décrit la fragilité et les choix de la condition humaine.
EXERCICES
Exercice 1 - Mes trois héros préférés
Allez dans votre bibliothèque et choisissez trois romans qui vous sont chers. Pour chacun d’eux, expliquez en quoi ils répondent à la définition de Lukacs : “Un héros imparfait, aspirant à des valeurs authentiques, dans un monde encore plus imparfait, mais d’une autre manière.” (maximum 3 pages.)
Exercice 2 - Mon futur héros
Nous supposons que vous voulez écrire une fiction (roman, nouvelle...) comportant obligatoirement au moins un héros (homme, femme, enfant...). Décrire ce héros et dire comment vous le situez parmi les 6 formes de romans analysés dans le texte. Justifiez votre choix. (maximum 2 pages).
Les problèmes à l’intersection de plusieurs mondes d’appartenance
Par nature un roman qui décrit les conflits d’un héros et du monde ne peut être ni uniquement psychologique, ni uniquement social, ni pure biographie individuelle, ni pure chronique sociale. Il doit être les deux à la fois.
Une bonne façon de construire un roman va consister à placer le héros au carrefour de plusieurs mondes d’appartenance que les autres personnages vont symboliser. Et aux conflits externes entre les personnages vont correspondredes conflits internes dans la conscience du héros.
Cette approche part de la sociologie pour aller vers la psychologie.
Elle devrait vous aider à structurer les grandes lignes de votre scénario.
L’appartenance à plusieurs mondes
Le terme d’univers désigne l’ensemble total de ce qui existe. Par opposition le terme de monde désigne une fraction de ce tout, tel qu’il est perçu par une conscience (à la fois objectif et subjectif).
Ainsi, il y a bien des manières de découper des mondes dans le tissu du réel : par disciplines, métiers, dans le temps, dans l’espace, par thème, etc.
Nous utiliserons, ici, la théorie contemporaine de Boltanski et Thévenot dans leur livre “De la justification” (Gallimard - 1991). Leur théorie est socio-économique, mais nous l’utiliserons ici pour décrire les mondes romanesques et leurs conflits. Ce n’est pas le seul mode de découpage, mais il constitue une bonne grille d’analyse pour le monde moderne. Et il peut être adapté aux mondes plus anciens.
Une approche sociologique
Pour bien comprendre ce qui va être expliqué plus loin en détail, il faut partir d’une sorte de paradoxe : L’Individu est plus complexe que la société. C’est ce paradoxe qui fonde la science sociologique.
Par exemple le sociologue pourra affirmer qu’encore cette année environ 10.000 personnes mourront en France d’un accident de voiture, sans pouvoir pour autant dire leurs noms. Il n’y a de science que du général, or l’individu est particulier. La science, en se fondant sur les statistiques passées, n’appréhende l’individu que sur le mode général et abstrait “d’accidenté”, en faisant l’hypothèse que, en prenant des grands nombres, les autres facteurs vont se compenser et s’annuler mutuellement. Ainsi, “l’accidenté” peut être prévu, pas “l’individu” qui aura cet accident (Pierre ou Paul).
Prenons un autre exemple : l’individu Woody Allen est très complexe et largement imprévisible. En revanche, si nous le situons au carrefour des catégories générales : “Intellectuel, Juif, New-Yorkais”, on peut mieux saisir sa personnalité (sans pour autant l’épuiser).
Il en va de même des personnages de roman. “Emma Bovary” est une personnalité unique et complexe. Elle se laisse cependant appréhender par les traits psychosociologiques suivants (mais mêlés) :
- Elle vit en Normandie vers 1860.
- Elle est fille unique de paysans enrichis.
- Elle a fait des études au couvent.
- Elle rêve au monde romanesque de ses lectures.
- Obligée de vivre dans un petit village, elle s’y ennui profondément.
- etc.
Nous reprendrons cette étude plus loin de manière plus rigoureuse.
Commençons par prendre connaissance de la théorie des 6 mondes : nous verrons ensuite comment la faire fonctionner, notamment dans cet exemple privilégié.
Ces 6 mondes sont, classés dans un ordre d’incompatibilité décroissante, les suivants.
1 - Le monde de la Création et de l’innovation.
Sa valeur suprême est la nouveauté, la création dans tous les domaines : non seulement artistique ou littéraire, mais encore scientifique, technique, sociale... Tout novateur, en tant que tel, s’oppose aux forces des habitudes, des routines, de l’ordre établi, du conservatisme régnant, et donc à la stabilité des autres mondes : famille, argent, opinion, civisme, industrie. C’est le monde le plus incompatible avec tous les autres.
2 - Le monde de l’Opinion Publique.
Dont la valeur suprême est la notoriété, la célébrité. Il est aujourd’hui incarné par le monde des mass-média (presse, radio, télé...) capables de faire ou de défaire une réputation. Dans l’ancien temps c’était surtout le bouche à oreille et la rumeur...
3 - Le monde de la Famille.
C’est un monde de stabilité, d’ordre social, d’harmonie et de tradition. C’est le plus conservateur de tous. Ce monde est aujourd’hui érodé par les 5 autres, mais il résiste quand même, comme refuge.
4 - Le monde du Civisme.
C’est le monde des valeurs sociopolitiques fondamentales d’une société, d’un pays donné à une époque donnée : justice, équité, liberté, égalité, fraternité, honneur national. Ce monde est incarné par les institutions politiques (Assemblée, Président,...), la justice, la police, l’administration, les corps constitués... Sa valeur fondamentale est la légalité.
5 - Le monde du Commerce.
Dont la valeur suprême est l’argent, et les critères : fortune, chiffre d’affaires, bénéfices... Ce monde est incarné par les sociétés commerciales et financières (banques,...)
6 - Le monde de la Techno-science.
Monde de l’industrie dont le critère est l’expérience scientifique, seul test de vérité des théories et des pratiques.
Nous poserons les principes suivants :
- Tout individu (concret ou de fiction) appartient à tous ces mondes à la fois, mais cela de manière extrêmement inégale selon les cas.
- Certains de ces mondes sont relativement conciliables ; d’autres très peu (ceux qui sont éloignés sur la liste).
- Même si le tableau 1 ci-après est symétrique, il ne faut donc pas chercher des symétries dans son application. Au contraire, la méthode met en lumière de fortes dissymétries : c’est son but.
Le tableau 2, qui croise ces différents mondes va être notre instrument de travail pour prévoir des conflits (réels ou de fiction).
11 - Conflits à l’intérieur du monde de la création. Valeur suprême : innovation artistique.
Exemple 1 : Gauguin et Van Gogh
Exemple 2 : Camille Claudel et Rodin
Exemple 3 : littérature du 17ème siècle : les Anciens et les Modernes.
22 - Conflits à l’intérieur du monde l’opinion publique. Valeur suprême : notoriété.
exemple : rivalité entre 2 vedettes de la scène, de l’écran, de la littérature, etc :
Les Rolling Stones contre les Beatles
Halliday contre Sardou, etc.
33 - Conflits à l’intérieur du monde de la famille. Valeur suprême : respect des traditions familiales.
Conflits entre personnes de même génération : le père et la mère, le frère et la sœur, entre 2 frères, 2 sœurs,...
Conflits entre génération : parents, grands parents, enfants, petits enfants. Exemples innombrables de rivalités familiales ou de clan.
44 - Conflits à l’intérieur du monde civique (politique). Valeur suprême : les lois ; en France, les grandes valeurs : liberté, égalité, fraternité.
Conflits entre valeurs politiques différentes : droite (républicains) contre gauche (démocrates), libéraux contre socialistes, collaboration contre résistance (De Gaulle contre Pétain).
55 - Conflits à l’intérieur du monde du commerce. Valeur suprême l’argent.
Exemple : Zola “Au bonheur des dames” le combat du grand magasin contre les boutiques. Ou encore l’argent (la bourse et la spéculation) : gros spéculateurs contre petits porteurs.
66 - Conflits à l’intérieur du monde technoscientifique. Valeur suprême : vérité - efficacité scientifique.
Exemple 1 : le procès de Galilée.
Exemple 2 : Les théories de Darwin contre Lamark.
Exemple 3 : Einstein contre Niels Bohr.
Exemple 4 : Pasteur contre la génération spontanée, etc.
Ou encore : la course à l’espace entre Russes et Américains.
1 - Conflits entre le monde de la création et les 5 autres
21 - Création contre Opinion publique : innovation artistique contre gloire académique.
Exemple : jeune peintre créatif contre peintre reconnu (le portrait inconnu de Balzac).
31 - Création contre Famille : dévouement à l’art contre stabilité familiale.
Exemple : sacrifier l’art à la famille (femme, enfants...) ou l’inverse.
41 - Création contre Civisme : innovation contre lois de la cité, conflit du politique et de la création artistique.
Exemple : procès à Flaubert ou Baudelaire pour “immoralité”.
51 - Création contre Commerce : innovation artistique contre marché de l’art, l’artiste contre le marchand de tableaux.
Exemple 1 : le peintre “maudit” qui n’arrive pas à vendre ses toiles.
Exemple 2 : le faussaire de génie qui fabrique de fausses toiles.
61 - Création contre Industrie : innovation contre monde technoscientifique établi.
Exemple : le créateur génial qui se bat pour faire accepter son innovation.
Exemple 1 : la création de la Caravelle ;
Exemple 2 : la Twingo...
2 - Conflits entre le monde de l‘Opinion et les 4 autres
32 - Conflits entre les mondes de l’Opinion et de la Famille : notoriété contre tranquillité, ou comment un homme célèbre peut-il garder un minimum d’intimité familiale, de vie privée ? (la vie de Jackie Kennedy, de Marilyn Monroe, etc).
42 - Conflits entre les mondes de l’Opinion et du Civisme, de la notoriété publique et de l’égalité devant la loi. Cas de l’homme politique corrompu par la gloire et qui devient mégalomane. Cas inverse de l’homme politique qui lutte pour la notoriété à conquérir ou à retrouver (diffamation).
52 - Conflits entre les mondes de l’Opinion et du Commerce, de la notoriété publique et de l’argent ; l’argent utilisé pour acquérir la notoriété. La notoriété utilisée pour faire de l’argent. Les scandales autour des fortunes douteuses qui tuent les notoriétés...
62 - Conflits entre les mondes de l’Opinion et de l’Industrie (techno science). Entre la notoriété et la science : jeune chercheur scientifique en quête de notoriété, par exemple pour financer ses travaux. Ou au contraire : notoriété indue en cas de fraude scientifique, exemple : l’homme de Piltdow, le cas Cécil Burt (truquage scientifique).
3 - Conflits entre le monde de la Famille et les 3 autres
34 - Conflits entre les mondes de la Famille et celui des Droits civiques (justes ou injustes).
