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Pour les romans, contes, nouvelles, pièces de théâtre, scénarios de films, etc.
Si vous savez raconter une histoire en public, vous avez déjà des dons de conteur. Mais encore faut-il les développer sur la durée d'un texte.
Ce manuel expose quatre manières de structurer une histoire `"qui se tienne". Il explique aussi les techniques des professionnels pour complexifier les histoires trop simples, ménager le suspense, créer de l'ironie dramatique. Ce manuel intéressera aussi bien les débutants que les auteurs confirmés : les auteurs de contes, romans, nouvelles ; les dramaturges de théâtre et de cabaret ; les scénaristes de cinéma, B.D., video, multimédias...
Une nouvelle édition de cet ouvrage pratique pour apprendre à rédiger une œuvre littéraire.
EXTRAIT
Le but de ce manuel est d'être une introduction à la dramaturgie, afin d'aider ceux qui veulent construire un récit cohérent et complet. Et cela, que ce récit soit un roman, une nouvelle, un conte, un scénario de film ou de BD, ou encore une pièce de théâtre.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Louis Timbal-Duclaux, né en 1941 à Toulouse, est diplômé de l'École des hautes études commerciales (1963) et licencié en sociologie (1964).
Entré en 1966 au département des relations publiques du Gaz de France, Louis Timbal-Duclaux a poursuivi toute sa carrière dans cette branche. Actuellement il est responsable de la communication écrite à la Direction des études et recherches de l'Électricité de France.
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Seitenzahl: 205
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Rien n’est donné, tout est construit.
Bachelard
Le simple n’est que le résultat d’une simplification volontaire.
Valéry
Le plan n’est pas encore le style mais il en est la base : il le règle, le nourrit, le contient.
Buffon
Le conflit est l’âme de la tragédie.
Aristote
Le but de ce manuel est d’être une introduction à la dramaturgie, afin d’aider ceux qui veulent construire un récit cohérent et complet. Et cela, que ce récit soit un roman, une nouvelle, un conte, un scénario de film ou de BD, ou encore une pièce de théâtre.
Dans la même collection Ecrire Aujourd’hui, j’ai déjà publié Le travail du style littéraire. Il concerne l’écriture détaillée des scènes d’un récit littéraire, tel que le roman ou la nouvelle. Ce nouveau livre est son complément indispensable qui se situe en amont : avant d’écrire ou de réaliser les scènes, il faut d’abord en concevoir la suite ordonnée.
Une œuvre littéraire présente deux aspects majeurs à ne pas confondre : la cohérence et la pertinence.
On appelle cohérence le rapport interne des différents éléments de l’œuvre. Principalement : personnages, actions, lieux et temps qui doivent former un système : c’est-à-dire une structure organisée en fonction d’un but : l’effet sur le lecteur (ou “message” de l’œuvre).
Par ailleurs, on appellera pertinence, le rapport externe et secondaire de l’œuvre à la réalité vécue. C’est un rapport vertical et non plus horizontal (voir schéma 1).
Schéma 1 : Cohérence et pertinence
A l’intérieur de l’œuvre elle-même, on distinguera deux niveaux d’analyse : le niveau général, ou stratégique, qui constitue la cohérence proprement dite. Et le niveau local, souvent appelé cohésion textuelle. C’est l’art de raccorder les phrases et les paragraphes entre eux par des moyens linguistiques.
Ce dernier problème a été traité dans Le travail du style littéraire, et nous n’y reviendrons pas. Ce livre-ci n’envisage que le problème de la cohérence globale de l’œuvre, qui est le problème le plus difficile.
En effet, contrairement aux apparences, le rapport de l’œuvre à la réalité est secondaire. Il peut être faible dans les genres imaginaires comme les contes et légendes. Ou au contraire fort dans les récits réalistes. Mais dans tous les cas, la cohérence de l’œuvre prime. Et c’est un problème difficile à résoudre, car il suppose d’avoir une vue globale, et un recul suffisant par rapport au détail de son travail d’auteur.
L’une des plaintes les plus fréquentes des participants à des ateliers d’écriture est le manque de capacité à charpenter un récit entier. Beaucoup disent : “J’ai commencé à écrire une histoire, mais je n’arrive pas à la terminer”. D’autres : “II m’est relativement facile de coucher des mots sur le papier, d’imaginer des personnages ou des situations. J’ai fait des tas de tentatives, j’ai des brouillons plein mes tiroirs, mais je n’ai jamais réussi à produire une seule histoire (nouvelle, roman…) pleinement achevée”. Ou encore : “J’ai bien écrit quelques histoires, mais je ne suis pas satisfait de la fin. Et je ne sais pas ce qu’il faudrait faire pour la remanier”.
Tous touchent douloureusement du doigt une vérité évidente mais méconnue : écrire, ce n’est pas seulement aligner des mots à la suite sur le papier, au gré de son inspiration. C’est être capable de composer, c’est-à-dire de concevoir un plan d’ensemble qui règle et mette en forme cette inspiration, parfois généreuse, mais souvent désordonnée et aléatoire…
De fait, beaucoup recherchent “leur style” et se focalisent sur l’assemblage “harmonieux” des mots dans la phrase. Mais une suite cohésive de phrases, même “harmonieuses”, n’a jamais fait un texte, si elles ne se succèdent qu’au hasard des idées. Buffon l’a bien dit : “Le plan n’est pas encore le style, mais il en est la base”. Avant de se focaliser sur le style des phrases, il est bon de concevoir un canevas d’ensemble du récit. Sans doute les fondations ne sont-elles pas encore la maison ; mais elles sont nécessaires pour qu’elle tienne debout. Avant de se lancer dan’ ‘a rédaction finale, il est bon de se constituer un canevas général du récit qu’on va raconter : un scénario.
Peut-être, en cours de rédaction détaillée, ce scénario pourra-t-il être modifié, aménagé, voire complètement transformé… C’est une décision grave qu’il appartient à l’auteur d’assumer. Mais, dans tous les cas, ce changement n’aura été possible que parce qu’il existait déjà un scénario de départ.
Autre obstacle de taille : la peur du stéréotype. Chacun se veut original dans l’écriture. Chacun veut marquer sa différence. Chaque “moi” se veut unique. Dans une perspective néo-romantique, on repousse toute imitation au profit d’une valeur sacrée : l’originalité.
Moyennant quoi, on ne pourra jamais s’exprimer : car l’originalité absolue n’est autre que l’idiotie. Au sens propre du terme, l’idiot est celui qui parle une langue tellement personnelle (l’idiome) qu’elle n’est comprise que de lui seul. Il y a bien expression, mais pas communication !
Briser les stéréotypes ? Bravo ! Mais avant de les briser, faut-il encore les connaître ! Et pour bien les connaître, encore faut-il bien les analyser et bien les assimiler soi-même. Ecoutons les leçons d’un vieux routier du scénario, Alfred Hitchcock : “Mieux vaut partir d’un stéréotype pour aboutir à une œuvre personnelle, que de partir d’une œuvre personnelle qui finira par sombrer dans le stéréotype”.
Autrement dit : pour démarrer, n’ayez pas peur des stéréotypes ; mais en cours de route, grâce à votre inspiration, vous pourrez toujours les subvertir pour faire œuvre personnelle.
Reste à savoir quels sont ces fameux “stéréotypes” du récit. Ils ne sont pas si évidents que cela, puisqu’il a fallu attendre longtemps pour en faire une théorie solide, comme on va l’expliquer.
Le projet de dramaturgie générale à tous les médias se heurte, dès l’abord, à la critique des spécialistes des différents genres qui mettent immédiatement l’accent sur le caractère spécifique de leur média chéri.
- Le dramaturge, spécialiste d’écriture théâtrale, s’écriera : “Attention ! On n’écrit pas une pièce de théâtre comme un roman ! La mise en scène théâtrale impose des contraintes spécifiques de jeu scénique, que nul ne saurait transgresser !”
- Le scénariste de film, lors de son premier cours, dira à ses élèves : “Attention ! L’écriture de films impose des contraintes spécifiques de tournage, que nul ne saurait transgresser ! Tout ce que vous écrirez devra être filmable. Un film n’a rien à voir avec un roman !”
- Le romancier dira : “Attention ! Un roman est fondamentalement un objet à lire dans la durée. Il impose ses règles spécifiques, qui le distinguent fortement de la nouvelle ou du scénario ou de la pièce de théâtre, etc.”.
- Le scénariste de BD s’écriera : “Attention ! Tout ce qui est écrit sur un scénario de BD doit pouvoir être traduit en dessins successifs. Rien à voir avec d’autres genres !…
Bref, chacun met l’accent sur le caractère spécifique de son métier. Ne serait-ce que pour le valoriser. Pour exhiber sa différence aux yeux du monde ! Déjà au Moyen Age, les corporations de la viande se déchiraient en luttes intestines pour être reconnues tour à tour comme “équarrisseurs”, “bouchers”, “tripiers” et “charcutiers”, chacun déniant à l’autre le droit d’empiéter sur son “territoire” !
Et c’est de bonne guerre : plus on dispose d’un “monopole” et plus cher on prétend le faire payer… !
Après la thèse, l’antithèse. Force est de constater le nombre élevé d’œuvres littéraires qui ont été adaptées d’un média à un autre, et d’un genre à un autre. Et qui continuent à l’être, chaque jour.
- Adaptation d’un mythe antique en roman, puis en nouvelle, puis en pièce de théâtre, puis en opéra, puis en film, puis en scénario de TV, puis en B.D… (exemples : L’Odyssée d’Homère, le mythe d’Orphée, celui d’œdipe…).
- Adaptation d’une œuvre tragique ou épique au registre comique (exemple : L’Iliade d’Homère devient La belle Hélène d’Offenbach).
- Réciproquement, à l’heure actuelle, de nombreux scénarios de films deviennent des romans (exemple : Indiana Jones de Spielberg est vendu en livre de poche, collection J’ai lu).
On n’en finirait pas de citer des milliers d’autres exemples…
Or, dans tous ces cas, ce qui est le plus souvent conservé, malgré la différence des médias, c’est ce qu’il faut bien considérer comme un invariant relatif : la structure dramatique de l’œuvre.
On objectera que certaines adaptations trahissent l’œuvre originale. C’est vrai. Mais l’exception confirme la règle. S’il y a trahison, c’est qu’il y avait quelque chose à trahir ! Et c’est évidemment la structure dramatique elle-même, qui constitue le “cœur” de l’œuvre, qui a été trahie.
Ce qui renforce notre thèse :
1) Une œuvre littéraire est fondamentalement constituée par sa structure dramatique, qui est - relativement - indépendante du média dans lequel elle s’exprime (sinon le concept “d’adaptation” perdrait son sens).
2) Cette structure dramatique s’exprime par un “script”, c’est-à-dire un texte écrit. Long ou court, précis ou détaillé, peu importe. Mais dans tous les cas suffisant pour donner à l’œuvre son visage essentiel, sinon unique.
La raison en est bien simple. A l’origine, toute histoire, tout récit est oral. Et toute la source des œuvres littéraires se situe en une seule : l’art de raconter une histoire en public (souvent le soir, au coin du feu, devant un groupe d’amis). Ce n’est que tardivement que cet art de base s’est différencié :
- selon les genres : poésie lyrique, épopée, tragédie, comédie, roman…
- selon les médias : théâtre, livre, cinéma, BD, vidéo, etc.
Si, tout petit déjà, vous saviez captiver un auditoire de parents ou d’amis, en racontant des histoires, vous possédez l’essentiel des aptitudes pour structurer un récit. Mais ces aptitudes naturelles doivent être travaillées et approfondies pour accéder au stade du professionnel et des œuvres publiables.
Tel est le but de cet ouvrage. Il allie la réflexion théorique à la mise en pratique détaillée.
Mais avant de rentrer dans le détail, il convient d’approfondir le concept central de ce livre : la structure dramatique d’un récit.
A travers les définitions du dictionnaire de ces 4 termes clés, nous allons définir notre problème : intrigue, scénario, dramaturgie, script
Bien que fortement liés, ces termes vont s’avérer complémentaires pour définir notre objet. Cela, selon le schéma 2 (page suivante).
Schéma 2 : Le triangle dramaturgique
• Intriguer : 1. Embarrasser et/ou étonner quelqu’un en excitant sa curiosité. Ex. : “Sa disparition intriguait ses voisins”.
2. Mener une intrigue, recourir à l’intrigue : manœuvrer en vue d’une fin. Ex. : “Il intriguait pour obtenir ce poste”.
• Intrigant(e) : 1. Adjectif qui embarrasse, qui suscite l’étonnement ou la perplexité ou la curiosité de quelqu’un. Ex. : “Une situation intrigante”.
2. Substantif : une personne qui manœuvre en vue d’obtenir un avantage. Ex. : “C’est un intrigant”.
• Intrigue : 1. Ensemble de combinaisons secrètes et/ou compliquées (synonyme de manœuvres).
2. Liaison amoureuse, souvent clandestine et brève.
3. Ensemble des événements principaux et successifs d’un roman, d’une pièce de théâtre, d’un film (synonyme de : action, scénario).
• Du latin scenarium.
1. Scène de théâtre aménagée pour le jeu des acteurs.
2. Décors successifs placés sur cette scène.
3. Par extension (moderne) : succession des actes et des scènes qui sont prévus pour être joués dans ces décors.
4. (moderne) : succession des actions (d’un film) comprenant des indications techniques et les dialogues (synonyme : script).
5. Par extension : tout processus devant se dérouler selon un ordre préétabli.
• Scénariste : Personne qui écrit des scénarios de films, de bandes dessinées… (pour le théâtre, on dit plutôt dramaturge).
• Drame : 1. En histoire littéraire : genre théâtral alliant le pathétique et le réalisme (tragique ou comique). Ex. : le drame bourgeois (au 18e siècle), le drame romantique (au 19e siècle).
2. Par opposition à comique, toute pièce ou œuvre littéraire à caractère pathétique ou tragique.
3. Par extension : suite d’événements malheureux, tragiques ou terribles (synonyme de tragédie, catastrophe). Ex. : “Un drame passionnel”.
4. Formes : le drame, le mélodrame, le psychodrame…
• Dramatique :1. Ouvrage littéraire destiné au théâtre.
2. Qui a un caractère palpitant, émouvant, poignant…
3. Par extension : tout événement grave, dangereux, pénible.
• Dramaturge : Auteur de pièces de théâtre.
• Dramaturgie : Art du théâtre : de l’écriture des pièces, de leur mise en scène, du jeu des acteurs (en tout ou partie).
• Du latin scriptum : qui a été écrit.
1. Imprimerie : type d’écriture imprimée qui imite l’écriture manuelle.
2. Cinéma, spectacle : scénario d’un film, d’une émission, d’une production : texte comprenant (par écrit) les indications scéniques et les dialogues, tels qu’ils doivent être produits (réalisés, filmés, joués, prononcés, dessinés, etc.).
• Un(e) scripte : Auxiliaire (souvent féminin) de cinéma, radio, télévision (assistante du metteur en scène ou réalisateur) qui surveille le scénario et note les détails techniques de chaque prise de vue, en perspective de leur raccord et de leur cohérence finale. Elle est chargée de la continuité de l’œuvre (en anglais : script girl).
1. Du concept d’intrigue, nous retiendrons l’unité d’action. Et cela à deux niveaux :
- Le héros (et les autres personnages) intriguent pour obtenir l’objet de leur désir.
- A un second degré, l’auteur intrigue, c’est-à-dire qu’il manœuvre ses personnages et leurs actions, en vue de provoquer un certain effet sur le lecteur/spectateur.
2. Du concept de scénario, nous retiendrons l’idée de scène, caractérisée par le décor dans lequel elle se déroule. Scènes formant une certaine unité dans le récit total, grâce à une unité de lieu (relative).
3. Du concept de dramaturgie, nous retiendrons l’idée de suite (relative) de temps. C’est-à-dire d’événements prenant place selon un certain ordre signifiant (propice à des “coups de théâtre”).
4. Du concept, enfin, de script, nous retiendrons l’idée d’écrit (relativement complet) préalable à la réalisation effective (représentation de la pièce, tournage du film, dessin de la BD, écriture détaillée du récit ou du roman…). Manuscrit qui synthétise les 3 concordances précédentes en une totalité signifiante.
Toute la réflexion dramaturgique occidentale sort d’un livre : La Poétique d’Aristote (philosophe grec du 4e siècle avant J.C.). Dans ce livre fondamental (aujourd’hui en Livre de Poche), ce grand esprit a décrit ce qu’on a appelé plus tard les trois unités. Mais il n’a exigé des auteurs que l’unité d’action.
Ce n’est que 20 siècles plus tard, au 17e siècle, que Boileau, dans son Art Poétique, a exigé “la règle des 3 unités”, à respecter de manière stricte, dans le théâtre classique. Ce faisant, il durcissait de manière considérable, la pensée d’Aristote, et définissait, du même coup, son idéal de théâtre classique. Mais avant lui (Moyen Age, Renaissance), et après lui (Romantisme, Modernité), seule l’unité d’action a été en réalité respectée. Ce qui n’a pas empêché de produire des chefs-d’œuvre fondés sur d’autres esthétiques que l’universalisme classique. De plus, Corneille, même classique, n’a respecté qu’à moitié la fameuse règle des trois unités.
Sans doute, je suis plus disciple d’Aristote que de Boileau. Mais il reste que tout dramaturge ou scénariste doit très sérieusement se poser et résoudre la question des trois concordances : action, espace et temps. Cela, même si ces concordances ne sont pas forcément des unités (au sens strict). C’est la base de son travail et de sa réflexion.
Ainsi tout ouvrage de dramaturgie ne fait, en définitive, que gloser indéfiniment sur ce problème central : assurer une certaine concordance entre des actions, des lieux et des temps. Cela pour former une dramaturgie intelligible pour le spectateur/lecteur.
Bien entendu, ce livre n’y échappe pas. Et c’est presque à chaque chapitre que ces trois problèmes seront soulevés, traités, posés et reposés encore… C’est le centre même du sujet de la dramaturgie.
Ce manuel se divise en deux parties :
1) La première jette les bases de l’art de structurer un récit complet
Elle envisage deux méthodes fondamentales. La première, fondée sur le plan en trois parties, est issue du théâtre, même quand on la transpose à d’autres genres ou médias (roman, film…). La seconde, issue du conte, est la méthode structurale moderne, fondée sur un plan en deux grandes parties seulement.
Ces deux approches sont plus complémentaires qu’opposées. C’est ce que j’essaierai de montrer. Voilà pourquoi on peut utiliser soit l’une, soit surtout l’autre ; soit cumuler les deux, ce qui, à mon avis, est encore mieux.
2) La seconde partie est intitulée “complexifier la structure dramatique”.
C’est, si l’on veut, le “cours supérieur”. Celui qui expose les subtilités du métier, les points délicats, les exceptions au moins apparentes. Cet approfondissement concerne non seulement les problèmes de l’intrigue (intrigues multiples), mais encore celui des personnages (le héros), et enfin, celui de l’ironie dramatique, si important pour accéder au professionnalisme.
Ce manuel est destiné à vous accompagner sur les chemins de l’écriture, mais il ne marchera pas à votre place. Vous ne progresserez qu’en pratiquant de nombreux exercices : sur les scénarios des autres et sur les vôtres.
Si vous avez un manuscrit en chantier, bravo ! Mais à chaque lecture d’un chapitre, arrêtez-vous pour réfléchir à la manière dont vous allez appliquer à votre texte ce que vous venez d’apprendre. C’est le rôle des exercices proposés.
Bonne route !
Voici une nouvelle et un conte. Votre travail consiste, sur une page, à déterminer leur structure dramatique. C’est-à-dire le plan d’ensemble qui sous-tend ces deux récits. Vous trouverez le corrigé dans le fil du livre (pour la commodité, j’ai artificiellement numéroté les paragraphes).
Par une froide soirée d’hiver, vous rentrez comme d’habitude de votre travail, par le train de banlieue. La nuit est déjà tombée et la soirée glaciale, quand vous sentez le long de votre jambe, la présence d’un animal.
C’est un gentil petit chien qui a l’air abandonné et qui, maintenant, semble s’attacher à vous. Vous le repoussez en criant :
- Allez, allez, va-t-en !
Le chien s’en va et vous n’y pensez plus…
Mais comme vous atteignez la grille de votre pavillon, que vous vous arrêtez pour sortir votre clé, vous sentez à nouveau le chien contre vous. Il vous avait suivi, sans que vous vous en doutiez…
- Il est tenace ! pensez-vous. Mais vous aussi ! Et vous le chassez à nouveau :
- Allez ! le chien ! va-t-en !
Docile, le chien traverse la route et disparaît dans le chemin. Vous êtes soulagé. De toute façon, il n’était pas question de recueillir tous les chiens errants du quartier. D’ailleurs, votre femme déteste les animaux et tout ce qui pourrait salir sa maison…
Quand le soir, au repas, vous en parlez avec elle, elle ne peut que vous le confirmer :
- Non, pas question de recueillir d’animal, de quelque sorte que ce soit ! C’est mignon cinq minutes, mais, ensuite, ce sont les ennuis qui commencent…
Le reste de la soirée est occupé à regarder la télévision. Comme d’habitude…
Le lendemain matin, alors que vous ouvrez les fenêtres de la cuisine, vous vous apercevez que le chien est toujours là, qui vous regarde, de l’autre côté de la rue. On dirait même qu’il vous dit bonjour en remuant sa charmante petite queue.
Et, un peu plus tard, comme si vous étiez déjà de vieux compagnons, le chien vous raccompagne jusqu’à la gare. Une fois sur le quai, vous vous retournez : il ne vous a pas suivi… Tant mieux ! Vous n’alliez pas l’amener au bureau…
A midi, à la cantine, vous racontez l’histoire à votre ami Marcel, qui, lui, a un chien. Il se lance alors dans de longues considérations, selon lesquelles il importe de bien distinguer le caractère des
chats
et des
chiens
:
- Le chat est attaché à sa maison, le chien à son maître ! Si donc ce chien s’est attaché à vous, c’est qu’il vous reconnaît comme son maître. Il connaît votre odeur. Il est capable de la sentir de loin, même s’il ne vous voit pas. Et quand un chien s’attache, c’est souvent pour la vie ! précise Marcel.
Aussi, le soir, quand vous débarquez à nouveau à votre gare de banlieue, vous ne pouvez pas vous empêcher de regarder autour de vous, en cherchant ‘Têtu”. Car c’est le nom que vous lui avez donné, presque malgré vous. Il n’est pas là, semble-t-il, et vous semblez presque le regretter…
Mais quand vous arrivez à hauteur de votre pavillon, votre cœur fait un bond : il est encore là qui vous attend, comme un vieil ami…
Il est maigre et frigorifié, mais ses yeux semblent pétiller de joie à l’idée que vous allez peut-être, cette fois, l’adopter…
- Il a froid et faim, dites-vous, et la moindre des choses serait de lui donner un peu de réconfort.
Vous ouvrez la porte du garage et vous le laissez entrer. Il vous suit en toute confiance. Vous allez à la cuisine et dénichez quelques restes de repas : un bout de pain, un reste de viande… C’est un vrai plaisir de le voir se régaler. Il avait sûrement très faim.
Il vous suit au salon : vous le caressez et il vous lèche la main et se frotte à vos jambes de contentement.
Mais soudain, la porte s’ouvre et votre femme est là, furieuse :
- Je t’avais dit de ne pas le laisser entrer ! Regarde les traces qu’il est en train de faire partout !
Et joignant le geste à la parole, elle chasse le chien dehors à coups de balai.
- C’est le chien ou moi ! crie-t-elle. Je ne veux plus jamais le voir ici ! Jamais ! Par la fenêtre, vous regardez le chien s’éloigner au coin de la rue…
La soirée est lourde. Comme elle regarde son feuilleton, elle n’est pas très causante :
- Si tu le nourris une fois, après il va toujours revenir !… Forcément, un voisin le signalera à la S.P.A….
Le lendemain matin, vous rencontrez à nouveau le chien sur votre chemin de la gare. Mais il ne s’approche pas de vous. Il vous regarde de loin, comme s’il était seul et triste. Il n’essaie même pas de vous suivre le long du quai.
Et vous, vous lui en voulez aussi. Car c’est lui, la cause de votre dispute. Jamais, depuis longtemps, vous n’aviez eu une telle explication avec votre femme… C’est comme si vous la voyiez avec des yeux nouveaux. Vous ne l’auriez jamais crue capable d’autant d’égoïsme et de froideur…
Aujourd’hui, pour la première fois, il neige. Une fine couche blanche recouvre les prairies, les haies et les arbres. Vous avez mis votre bonnet et vos bottes fourrées, mais malgré cela, il fait très froid.
Au bureau, on ne parle plus que de cela. C’est le grand sujet du jour. La radio a parlé des secours à apporter aux clochards, et des mesures prises par la mairie… Mais vous, vous pensez à
Têtu.
Et vous le voyez, seul, crevant de froid dans la neige, tandis que votre femme est en train de prendre le thé, dans son salon, avec une amie…
Vous regardez plusieurs fois votre montre. Vous êtes décidé à faire quelque chose pour le chien. Même si vous ne pouvez pas le garder, vous pouvez au moins le confier à des voisins ou des amis… Vous vous sentez responsable de lui et bien décidé à agir, coûte que coûte… D’ailleurs, c’est bientôt Noël.
A peine le train arrivé, vous regardez déjà par la fenêtre du wagon, pour voir s’il ne serait pas là, à vous attendre, le long du remblai. Il n’est pas là. Vous prenez le passage souterrain pour vérifier qu’il n’est pas non plus de l’autre côté des voies. Mais en vain…
Vous êtes le dernier à quitter la gare. Tous les autres se pressent déjà vers leurs habitations. Et vous êtes là, tout seul, comme un orphelin, en vous disant :
- C’est trop bête, pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé…
Sur le chemin du retour, vous regardez dans les rues adjacentes, pour le cas où… Mais, rien, toujours rien. Votre colère commence à monter. Si jamais vous récupérez le chien, vous l’amènerez de force à la maison et vous défierez votre femme de le mettre dehors ! Vous avez déjà la formule à la bouche, celle qu’elle vous a servie :
- C’est lui et moi, ou rien !
Si elle n’est pas capable d’aimer le chien, c’est qu’elle ne vous aime pas non plus ! Elle ne méritait pas votre amour…
Votre dernier espoir, c’est que le chien vous attende à la porte de votre pavillon. Forcément, comme il a froid et faim, il s’approche le plus possible de l’objet de son désir. Vous murmurez entre vos dents :
- Têtu… Têtu… Où es-tu ?
Mais seul le vent vous répond et vous vous sentez le cœur broyé…
Mais Têtu n’est pas là.
Alors, vous rentrez, la tête basse, prêt à affronter votre femme. Pour lui dire ce que vous pensez d’elle…
