J'écris une biographie - Laurent Auduc - E-Book

J'écris une biographie E-Book

Laurent Auduc

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Beschreibung

Une nouvelle édition de ce guide pratique sur l'écriture d'une biographie.

Voici une écriture passionnante. Comment choisir sujet et cible pour son livre ? S'agira-t-il de mémoires, de souvenirs ou d'entretiens ? L'auteur s'appuiera-t-il sur des archives ou des témoignages ? Ce genre a toujours connu un engouement constant auprès du grand public. L'Histoire s'appuie sur les faits, la biographie sur les figures qui les ont suscités et conduits.

Le présent ouvrage, qui a bénéficié de plusieurs collaborations, vous fournira des pistes précieuses pour préparer votre entreprise (car c'en est une !) et pour ensuite la conduire jusqu'à son aboutissement.

EXTRAIT

Une biographie n'est pas seulement le récit d'une vie, c'est-à-dire des quelques dates importantes entre la naissance et la mort du sujet, c'est aussi le récit d'une époque, d'une société. En bref il faudra y mettre l'atmosphère. Si vous travaillez dans un laboratoire de recherches, vous serez peut-être plus à même d'écrire une biographie de Pasteur que de Joséphine de Beauharnais (à moins que, né aux Antilles, vous ayez gardé de votre enfance une nostalgie des îles et que vous vouliez vous attacher au récit de cette partie de sa vie, prétexte à la description d'une époque révolue).

À PROPOS DES AUTEURS

Laurent Auduc collabore à Ecrire Aujourd'hui et Ecrire Magazine depuis plusieurs années.

Mousse Boulanger est un auteur suisse connu pour ses nombreuses publications, et notamment : Coeur d'Or, conte (éd. Delachaux), Poèmes à l'Homme (éd. de l'Aire), Littérature de Suisse romande... (Bordas), Noël de Toujours (éd. de l'Hèbe).

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Seitenzahl: 141

Veröffentlichungsjahr: 2017

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AVANT-PROPOS

Avec la biographie, le nombre de sujets possibles touche à l’infini. En se cantonnant aux seuls vivants, le chiffre est déjà de six milliards. Car toute vie est intéressante par nombre de ses aspects et l’histoire vraie d’un homme ou d’une femme pose sans doute à l’écrivain un défi plus grand que tout ce qui pourra sortir de son imagination. S’il ne s’est rien passé d’extraordinaire dans cette vie, c’est justement sa banalité qui en fait l’intérêt. Pierre Jakez Hélias s’est fait un nom de plume en contant celle de son grand-père qui ne fut pourtant pas un “grand homme” (Le cheval d’orgueil). Voir aussi cet autre breton, Jean Rouaud, qui fit un Prix Goncourt du récit de la vie sans éclat de son grand-père à lui (Les champs d’honneur), et a poursuivi son œuvre avec celle de chacun de ses parents.

La biographie familiale est devenue un genre en soi, intermédiaire dans le meilleur des cas entre l’autobiographie et le roman (Hervé Bazin, Vipère au poing). Dans le pire des cas, il s’agit d’un déballage d’anecdotes plus ou moins croustillantes, lorsque les proches d’une personnalité, généralement décédée, publient leur version de sa vie sous forme d’entretiens ou de souvenirs. Il faudra y revenir car leurs auteurs ont le plus souvent fait appel à un “prête-plume” pour mettre en forme leurs souvenirs. Or, si un prête-plume n’est pas à proprement parler un biographe, il reste un écrivain.

Par biographie, on entend généralement le récit d’une vie qui, pour une raison ou une autre a été exceptionnelle, dans l’horreur ou dans le sublime, bourreau ou victime, grand homme d’Etat ou grand criminel. L’attirance du public pour ce genre d’ouvrage ne se dément jamais, sans doute parce qu’il s’agit d’une histoire vraie, à rapprocher du goût universel pour le fait divers. La biographie permet de rêver à des vies possibles puisqu’elles ont existé, et donc de déculpabiliser le lecteur qui pourrait se sentir gêné de perdre son temps à lire ces contes de fées que sont les romans. Le roman a longtemps été un genre sulfureux, fortement déconseillé aux jeunes filles qui risquaient d’y apprendre qu’il est d’autres vies possibles. En revanche, les vies des saints ont fourni pendant des siècles les seules lectures encouragées par les éducateurs. À ce titre, on peut dire que les évangélistes furent les premiers biographes.

Racheté par de grands écrivains, le roman est devenu un genre accepté et enseigné comme tel dans les écoles, mais la biographie n’a rien perdu de son attrait. L’éventail s’est d’abord élargi aux sujets non religieux mais tout aussi édifiants. Il y eut les “bons” rois, les grands chefs de guerre, les grands découvreurs, tous héros de leur époque et qui pouvaient être cités en exemple. Puis l’hagiographie se fit moins systématique et la biographie glissa doucement vers la recherche de la vérité historique. Le nombre de lecteurs potentiels de tels ouvrages connut une croissance exponentielle avec le développement de l’enseignement obligatoire et donc le recul de l’illettrisme. Les vies exemplaires ne furent plus les seules à intéresser ce public nouveau qui se précipitait sur les petits journaux spécialisés dans le récit des affaires judiciaires. Il ne s’agissait plus de vanter les mérites de son sujet, mais au contraire de le noircir (Bonnot, Landru). En même temps se développait la rigueur en matière de recherche historique et la biographie devint ce qu’elle est (ou devrait être) aujourd’hui, à savoir le récit le plus exact possible, et sans parti pris, des péripéties d’une vie replacée dans son contexte psychologique, sociologique et historique.

Cet ouvrage est une synthèse de conseils pratiques de plusieurs auteurs qui, les uns comme les autres, ont une longue expérience de la chose écrite et d’ailleurs certains, comme Louis Timbal-Duclaux ou Laurent Auduc, sont déjà connus du grand public et, en particulier, de nos lecteurs.

Nous avons délibérément choisi de ne pas soustraire quelques propos ou références lorsque ceux-ci apparaissent simultanément chez plusieurs auteurs, afin de souligner ainsi, implicitement, leur pertinence.

Alain Berthelot

Chapitre 1

Choix du sujet

Le nombre de rayons qui lui sont réservés dans les librairies indique assez la popularité du genre, car la place est limitée et le libraire fait son choix en fonction de ses prévisions de vente. S’il a organisé un rayon biographies, c’est qu’il sait que ces ouvrages se vendront. Il suffit d’ailleurs de consulter les listes des meilleurs ventes publiées dans beaucoup de magazines, pour se convaincre que la biographie est un genre qui se porte bien dans le monde de l’édition pourtant perpétuellement en crise. C’est donc là une bonne raison de choisir d’écrire une biographie. Vous n’aurez beaucoup plus de chances d’être édité, et ensuite de vendre l’ouvrage, que si vous choisissez le roman ou l’essai.

Votre nom s’effacera derrière celui de votre sujet. Qui connaît le nom de l’auteur de la dernière biographie de François Mauriac paru chez Flammarion en 2000 ? (Violaine Massenet, par ailleurs romancière !) Le chemin de la gloire passe rarement par la biographie. Pourtant, certains écrivains s’y sont fait un nom, le plus célèbre en France étant Henri Troyat dont l’importance de l’œuvre romanesque est parfois éclipsée par celle de son travail de biographe (Dostoïevski, Pouchkine, Tolstoï, Gogol et autres auteurs russes, mais aussi Balzac, Flaubert, Maupassant, Zola, Verlaine et Baudelaire). D’autres grands écrivains ont voulu faire œuvre de biographes, dont le moindre n’est pas Victor Hugo avec son William Shakespeare.

Un autre genre de biographie est apparu de l’autre côté de l’Atlantique, le “roman de non-fiction”, très populaire aux États-Unis depuis que, voici une quarantaine d’années, Truman Capote créa le genre (avec De sang froid), et dans lequel Norman Mailer fit toute sa carrière. Plus près de nous, un écrivain français contemporain a connu le bonheur des très gros tirages en racontant la vie d’un criminel hors normes : Emmanuel Carrère qui, dans L’Adversaire, raconte la vie de Jean-Claude Romand acteur principal d’un fait divers étrange. Dans ces récits directement tirés des pages des faits divers, le biographe s’efface derrière le romancier et c’est la qualité d’écriture de ce dernier qui fait l’intérêt de l’ouvrage.

LE CHOIX DU SUJET

Sans doute vous arrive-t-il de découvrir dans la page nécrologie de votre quotidien habituel le résumé d’une vie qui vous paraît avoir été intéressante. Vous ignoriez totalement l’existence de celui ou celle qui vient de nous quitter et vous en ressentez un vague regret car ce résumé vous laisse sur votre faim. Il n’en faut pas plus parfois pour éveiller un appétit de biographe.

Tous les domaines de l’activité humaine peuvent fournir un sujet au biographe, contemporains ou personnages historiques, grands ou moins grands : scientifiques (Einstein, Léon Schwartzenberg), militaires (César, Condé, Bigeard), aristocrates (Louis I à XVIII, de Guise, de Broglie), courtisanes et favorites (Mademoiselle de La Vallière, Mme Deviers-Joncour), aventuriers (Jacques Cartier, Bob Denard), littérateurs (Shakespeare, Simenon), poètes (Ronsard, Brassens), criminels (La Brinvilliers, Mesrine), et bien entendu le “show business”. La liste est infinie ! Tous ces noms ont cependant un point commun : ils sont connus du public français et parfois international. Car il ne sert à rien de se cacher les réalités économiques : pour vendre une biographie, mieux vaut que celui ou celle qui en est le sujet soit célèbre !

Mais, actuelle ou posthume, la célébrité de votre sujet n’est pas un impératif absolu. Plusieurs autres facteurs entreront dans votre choix :

VOTRE DOMAINE DE COMPÉTENCE

Une biographie n’est pas seulement le récit d’une vie, c’est-à-dire des quelques dates importantes entre la naissance et la mort du sujet, c’est aussi le récit d’une époque, d’une société. En bref il faudra y mettre l’atmosphère. Si vous travaillez dans un laboratoire de recherches, vous serez peut-être plus à même d’écrire une biographie de Pasteur que de Joséphine de Beauharnais (à moins que, né aux Antilles, vous ayez gardé de votre enfance une nostalgie des îles et que vous vouliez vous attacher au récit de cette partie de sa vie, prétexte à la description d’une époque révolue). De même, l’historien choisira plus volontiers une grande figure de nos manuels scolaires, tandis qu’un journaliste aura tendance à opter pour un contemporain, peut-être une personne qu’il aura côtoyée. Journaliste sportif, il sera bien placé pour écrire la biographie de Zidane par exemple. C’est sans doute la raison pour laquelle les biographies d’écrivains occupent une place disproportionnée sur les rayons des librairies, un écrivain se sentant plus proche d’un autre écrivain que d’un général d’Empire.

VOTRE PROPRE CURIOSITÉ

Une biographie ne s’écrit pas contraint et forcé. Il y faut une certaine empathie, soit avec le sujet, soit avec ses victimes (sinon les biographies de Hitler ou de l’étrangleur de Boston n’auraient jamais vu le jour). Cette curiosité naît de votre perception que cette personne doit avoir eu une vie particulièrement riche. Vous auriez aimé la connaître, savoir ce qui la motive. Cette personne n’est peut-être pas célèbre, sinon dans un petit cercle : sa famille, son village, son métier. Si vous choisissez d’écrire sa vie, c’est peut-être parce que vous avez ressenti une frustration du fait que personne ne l’avait fait jusqu’ici. Votre seul moyen de pénétrer dans son intimité est alors de l’écrire vous-même. Il n’est alors plus question de gros contrat de publication et de place de choix sur les présentoirs du libraire. Votre motivation est ailleurs. Votre éditeur éventuel se déterminera, lui, sur vos qualités d’écrivain et sur le fait que cette biographie fait en réalité un très bon roman.

Si vous choissez un homme célèbre, votre désir d’écrire sa biographie peut remonter à une époque où vous en aviez fait le modèle de votre vie. Si vous avez rêvé d’aventures, vous serez plus naturellement porté à refaire le parcours de Stanley ou de Livingstone. Si vous êtes passionné de petites bêtes, la biographie de Darwin s’imposera naturellement. Si vous êtes née au féminisme trop tard pour en avoir suivi les péripéties en direct, Simone de Beauvoir sera votre sujet.

L’INTÉRET RÉEL OU SUPPOSÉ DU SUJET

Dans l’édition comme ailleurs, il y a des modes. Il y a aussi l’actualité. C’est ainsi qu’en mai 2004, plusieurs biographies de Colette se côtoient sur les rayons des librairies. Il y a deux raisons à cela : la sortie d’un téléfilm et la conclusion judiciaire d’un fait divers dramatique autour de ce dernier. Prévoir de sortir une biographie en même temps que la diffusion du téléfilm et au moment du procès peut être un joli coup d’édition. Le problème est évidemment d’avoir vu venir l’événement, ce qui tient de la divination. Car une biographie ne s’improvise pas : outre l’écriture, il y faut le temps de la recherche et celle de l’impression. En revanche il est facile de prévoir un anniversaire. L’intérêt médiatique suscité par celui-ci peut faciliter un lancement. Vous pouvez donc choisir un sujet dont vous savez que l’intérêt du public sera ravivé à l’occasion du vingtième anniversaire de sa mort, ou des cent ans de sa naissance. Il reste toutefois des valeurs sûres, hors modes : une biographie de Marilyn Monroe suscitera toujours l’intérêt de nombreux lecteurs qui espéreront y trouver enfin la “vérité” sur sa mort. Il faut toutefois pour intéresser un éditeur que vous apportiez un peu plus que votre regard neuf sur un sujet maintes fois traité (ou maltraité) dans toutes les langues. Ce peut être de nouvelles photos - mais si vous possédiez des photos inédites de Marilyn, vous auriez sans doute déjà songé à les exploiter et votre ouvrage ne serait-il pas en librairie depuis des lustres ?

Vous devez surtout vous poser la question de savoir si le personnage que vous avez choisi a suffisamment de consistance pour justifier une véritable biographie et pas seulement un article dans un magazine. Serez-vous capable de soutenir l’intérêt du lecteur (et avant lui d’un éditeur) sur plusieurs centaines de pages ?

L’âge n’est pas un gage de consistance. Raymond Radiguet est mort à vingt ans mais qui niera l’intérêt des quelque milliers de pages qui lui furent consacrées, dont plusieurs biographies ? L’ouvrage sera seulement moins épais si votre sujet est encore jeune (un sportif par exemple) ou s’il est mort jeune.

Outre l’épaisseur psychologique de votre personnage, vous devez aussi vous demander si sa vie a connu assez de rebondissements pour tenir le lecteur en haleine. Par définition, la biographie recèle peu de suspense puisque même la date et les circonstances de la mort sont connus, comme les grands moments de la vie du sujet. Par exemple, Emmanuel Kant fut certainement un très grand philosophe, ce qui justifie amplement que plusieurs ouvrages lui soient consacrés. En revanche, sa vie connut peu de péripéties et le seul intérêt de sa biographie réside dans la recherche de la genèse de sa philosophie. Quel public pourrez-vous intéresser, en dehors du cercle très restreint des spécialistes de la philosophie allemande du XVIIIe siècle ?

En bref, si votre sujet est peu connu et si sa vie, quoique exemplaire, a été aussi monotone que celle de Kant, vous n’intéresserez personne ! On pourrait donc en déduire que les biographies d’écrivains devraient avoir du mal à toucher un large public puisque la plupart d’entre eux ont mené une vie sans histoire (voir Gustave Flaubert, modèle du genre, qui, ruiné, vécut retiré dans sa campagne normande). Ils occupent pourtant une place importante sur les rayons des librairies, à côté des grandes figures de l’histoire et des vedettes. En réalité, ces biographies sont surtout des essais sur le processus de la création littéraire.

UNE COMMANDE

Le choix du sujet peut vous être suggéré par d’autres : le sujet lui-même ou une personne qui lui était proche, ou encore un groupe de gens qui l’ont connu, qui ont travaillé avec lui, et qui voudraient que l’œuvre de sa vie ne soit pas oubliée. Il ou elle peut s’être distingué dans un domaine très restreint, par exemple la sauvegarde d’une tradition locale. Sa vie n’intéressera qu’un petit cercle : famille, voisins, et collègues. La vente de l’ouvrage se fera par souscription et à la librairie-papeterie du village. S’il ne faut y attendre ni gloire, ni fortune, ce peut être un bon moyen pour le biographe en herbe de se faire la main et de roder les outils du métier.

Chapitre 2

Votre lectorat

L’abondance dans ce domaine n’est pas un obstacle rédhibitoire. Les lecteurs passionnés par un personnage ne se lassent pas d’apprendre toujours plus de détails sur leur sujet favori (comme les fans d’un chanteur achèteront toutes ses compilations qui ne font pourtant que reprendre de vieux titres). Sans compter que la durée de vie d’un ouvrage dans une librairie étant, au mieux, de quelques mois, il suffit que la dernière biographie ait disparu des étalages pour que la vôtre retrouve toutes ses chances. Il y aura ainsi toujours un public pour une nouvelle biographie de Napoléon ou de Hitler (ou de Marilyn comme nous l’avons vu). Si vous êtes historien, germanophone, et spécialiste de la période entre les deux guerres, votre choix de vous pencher sur la vie de Hitler est peut-être le bon. Comme il est peu probable que vous y rapportiez des faits nouveaux, il faudra pour persuader un éditeur que l’éclairage soit neuf, au moins sur une partie de sa biographie, par exemple l’enfance, en mettant l’accent sur un fait certes déjà connu mais qui, selon votre propre jugement, aurait été sous-estimé ou mal interprété. Mais le phénomène de saturation joue tout de même et, sauf compétence reconnue dans un domaine très spécifique (ici par exemple Freud et l’antisémitisme à Vienne au tournant du XXe siècle), votre projet risque de ne pas trouver preneur. Mieux vaut donc choisir des sujets encore pas trop défrichés.

Quelle que soit la raison de votre choix, vous devez vous persuader que si vous êtes assez fasciné par votre sujet pour lui consacrer une partie de votre vie, il est certain que d’autres le seront aussi si vous savez éveiller leur intérêt.

LE CHOIX DE VOTRE LECTORAT

Lorsque vous avez choisi votre sujet, vous devez encore définir votre public afin de déterminer la manière de le traiter. En bref, à qui allez-vous vous adresser ?

Biographe de Michel Platini, il est probable que vous n’écrirez pas comme le biographe d’Emmanuel Kant : votre public n’est pas le même. Le lecteur d’un ouvrage sur Platini recherchera l’atmosphère nostalgique d’une époque perçue comme meilleure parce que révolue. Son objectif en achetant un tel ouvrage sera de rêver, il ne sera pas de philosopher sur la place du sport en général et du football en particulier dans la société moderne, sauf incidemment et en citant Platini lui-même. Il ne voudra pas s’embarrasser de citations d’experts, de notes en bas de page, et de renvois bibliographiques. Il recherchera aussi à se voir conforter dans le mythe, celui des “Verts”, personnifié en Platini. Si votre objectif est de démolir ce mythe, vous quittez l’univers de la biographie pour celui de l’essai et vous aurez beaucoup plus de mal à trouver un éditeur prêt à parier sur le succès en librairie de votre travail.