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Open Partners propose ici ses deuxièmes Jeux de construction : jeux de réflexion, sur les questions cruciales et profondément contemporaines de l'Habitat junior (esthétiques, sociales et même philosophiques); jeux d'invention pour, qui sait, parvenir à écrire quelques règles du jeu, afin d'accompagner judicieusement les mutations de notre temps. Avec Le vivier, nous proposons un pari sur la jeunesse. Gageons que beaucoup d'autres s'en inspireront.
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Seitenzahl: 68
Veröffentlichungsjahr: 2020
Avant-propos
PENSER LE VIVIER
Retour sur la notion de parties communes
Fun à l’espace de convivialité
Le génie du lieu
Les initiatives du Vivier 1
Les initiatives du Vivier 2
JOURNAL DE BORD
Angers, La tour TIP, le guetteur
Le Mans, programme Pasteur
Paris, Villa d’Italie
Miscellanées
« La ville dense »
Article du « Moniteur » juillet 2019
Entretien croisé
Tout repenser.
C’est notre époque qui porte cette exigence. Repenser non seulement la méthode, mais les fondements de notre activité. Pourquoi faisons-nous ce que nous faisons, à quelle fin l’assignons-nous? Comment tenons-nous compte, pour ce faire, de notre passé, c’est-à-dire, non seulement de notre patrimoine et de notre culture, mais même de notre civilisation, et du sens qu’elle donne aux choses ? Comment envisageons-nous, de l’autre côté, notre futur ?
Sans aucun doute, l’idée de progrès, d’évolution naturelle de la société sur une bonne pente, a été radicalement remise en cause par notre époque. Cela fait longtemps que les germes du soupçon travaillaient les consciences, mais cette fois, l’inquiétude s’est généralisée.
Surtout, on ne charge plus les mêmes personnes du traitement de ces questions. D’une part, le modèle « problème/solution » qui a été, dans les sphères du pouvoir, le modèle dominant, semble obsolète, parce que le problème est beaucoup trop vaste, beaucoup trop généralisé pour se donner une « solution », et d’autre part, les « experts », conçus dans une orbite qui va des sciences humaines aux sciences politiques, sont aujourd’hui, pour de bonnes et de mauvaises raisons, moins écoutés, moins crédibles.
Il apparaît donc que notre époque est celle d’une vaste interrogation qui est en passe de devenir une responsabilité collective. Les soubresauts politiques de plus en plus répétés que nous observons en sont un signe. Responsabilité collective qui n’est plus celle des seuls intellectuels.
L’initiative que nous prenons est à la fois ambitieuse et modeste. Modeste, parce qu’elle ne se prévaut pas de l’autorité de l’expert, pas plus qu’elle ne prétend apporter l’impossible solution. Mais ambitieuse parce qu’au lieu de se détourner avec inquiétude de la question, elle veut la creuser et l’assumer et, dans le domaine qui est le nôtre, dans notre relation quotidienne avec la réalité, elle consiste à intégrer une réflexion et des enjeux dans l’exercice de notre travail.
Le manque d’âme, ce ne sont pas les Big data que vont le compenser.
Notre métier, c’est la promotion immobilière dans le logement des jeunes.
Parce que nous avons mesuré la profonde mutation des pratiques et des besoins de notre temps, nous avons commencé par le renommer, en habitat junior. Ce n’est pas un effet de communication, pour nous. Il faut commencer par le langage, comme toujours avec les hommes, non pour faire « joli », mais parce qu’un nouveau nom force à penser autrement et, ici, plus loin.
En effet, crise du logement et transformation des pratiques obligent, ce ne sont plus les seuls étudiants, mais aussi les jeunes actifs qui doivent recourir à ce mode de vie.
Or le logement étudiant avait un défaut majeur : sa précarité, son caractère de « parcage », dans des « cellules », qui donnaient à la vie vécue dans la résidence la valeur d’une épreuve, avec tout ce que cela pouvait générer d’ailleurs d’expériences positives. Mais il fallait aller plus loin dans la réflexion, du fait justement du changement de modèle.
Mieux penser la vie des jeunes adultes dans nos résidences. Et, autre problème, moins visible spontanément, mais cuisant pour nous : comment faire pour graver dans le marbre, quand on est promoteur, nos apports ? Trop souvent, on nous regarde comme des fournisseurs, qui n’ont en somme que des boîtes vides à livrer à des gestionnaires qui les remplissent d’habitants. Et si on nous regarde ainsi, il y a de fortes chances pour que nous nous pliions à ce regard.
Or, pour nous, promoteur (même si nous nous retrouvons mieux dans le beau et ancien nom d’entrepreneur, dont Haussmann se désignait lui-même) n’a de sens qu’en son étymologie ; nous voulons effectivement promouvoir et en l’occurrence, promouvoir un vrai art de vivre de l’habitat junior.
Comment pouvons-nous garantir à long terme que nos ouvrages vont contribuer à une amélioration réelle du quotidien des juniors ?
La question est énorme, et nous n’allons évidemment pas la boucler. Mais nous allons, ici, pour que d’autres y ajoutent leur pierre, continuer de la poser.
Nous avons commencé la réflexion, dans Jeux de construction, à notre niveau ; en somme, nous déterminons nos grands thèmes, ceux qui animent notre action, pour son orientation.
Nous la continuons ici, en deux axes : d’une part, dans un travail de réflexion sur les parties communes, auxquelles nous avons donné un nom que nous voulons expliquer et faire croître : « le Vivier ». D’autre part, dans un journal de bord de nos activités de promotion, avec l’occasion d’un retour sur investissement qui ne se mesure pas en euros, mais en intelligence : comment avons-nous conçu nos nouvelles résidences junior, qu’en attendons-nous, et qu’avons-nous encore à faire ?
Porter un témoignage de notre travail, de notre remise en question, et des enjeux de notre métier, oui, ajoute une pierre à l’édifice. Alors que, justement, la tentation est grande, autour de nous, de le défaire, nous espérons que ce petit travail pourra aider à bâtir, plutôt qu’à débâtir, car c’est ce dont nous avons désormais le besoin le plus urgent.
Les mots et les expressions semblent parfois avoir une vie propre, qui leur donne un effet tantôt positif, tantôt dépréciateur sur ce qu’ils désignent. Quelque chose, dans les « parties communes », s’inscrit dans la deuxième alternative.
Il faut peu d’imagination pour se représenter, alors, toutes sortes de nuisances : vie sociale obligée avec le voisin qu’on rencontre dans les « parties communes », couloirs ou ascenseurs, et avec lequel on est forcé d’échanger quelques mots ; saleté qu’on y constate et qui agace, parce qu’elle semble déprécier sa propre expérience de l’habitation ; réunions interminables de la copropriété autour du syndic, où ces mots semblent le sésame d’un surcoût d’entretien, qui n’est en plus jamais bien réalisé, sans compter les plus graves accusations les touchant : M. ou Mme X se sont appropriés les parties communes pour y ranger leur vélo, leur poussette ou leurs vieux livres!
Des scènes tantôt comiques, tantôt sinistres pourraient faire l’objet d’un livre ayant les parties communes pour objet, tant elles illustreraient les capacités infinies des hommes à se disputer, à se chercher noise, dans des débats ayant des questions de règlement pour objet.
Oui, tout près des parties communes, les cernant à chaque instant, le règlement menace, si bien qu’on sera toujours sur le point de l’avoir transgressé, et qu’on s’empressera, en somme, de fermer la porte de son home sweet home pour n’avoir surtout pas à y faire de vieux os.
On pourrait dire que les « parties communes » illustrent à merveille « l’insociable sociabilité » de l’homme dont parle le philosophe Immanuel Kant, pour désigner cette double tendance à d’associer pour se rendre plus fort et à s’isoler, mû par un dégoût du semblable. Dans les petites et les grandes choses de la vie, on rencontre toujours cette contradiction fondamentale de l’homme, qui s’exprimait plus nettement dans les lieux de transition entre la sphère privée et la sphère sociale (du temps où ces deux sphères étaient absolument séparées), comme par exemple les parties communes;
Certes, aujourd’hui, le thème selon lequel cette différence s’estompe est devenu un topos. La vie privée régresse au profit de la vie sociale, à la faveur des réseaux sociaux.
Oui, mais il semblerait que cette régression s’accomplisse essentiellement dans la partie virtuelle, ou numérique de la vie. C’est à son avatar digital, pour faire écho au Ready Player One de Spielberg, qu’on délègue le plus souvent ces sorties hors de chez soi depuis son bureau, depuis sa chambre intime, parce qu’on y est à la fois invité par le petite boîte noire et protégé par ses quatre murs. Socialisation qui est peut-être un prétexte, et qui ressortirait alors davantage à la partie insociablequ’à la sociale
