Joe Van Holsbeeck - Françoise de Roy - E-Book

Joe Van Holsbeeck E-Book

Françoise de Roy

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Beschreibung

Souvenons-nous... Le 12 avril 2006, en plein jour, dans le hall bondé de voyageurs de la gare centrale de Bruxelles, Joe Van Holsbeeck, cet adolescent de 17 ans dont le nom restera à jamais gravé dans toutes les mémoires, est agressé par deux autres jeunes. Un des deux agresseurs le frappe de plusieurs coups de couteau... pour lui voler son mp3. Joe s’effondre au milieu des navetteurs médusés et choqués par la violence de la scène. Il décède quelques heures plus tard à l’hôpital. Débutent alors l’enquête, les arrestations... Très vite, la presse s’empare de l’affaire. Les audiences se déroulent, les jours se succèdent, mais le chagrin,lui, persiste. Dévastée par la mort de son fils adoré, Françoise de Roy, la maman de Joe, essaye de se reconstruire par l’écrit. C’est au travers de mots à la fois tendres et durs qu’elle revient sur cet épisode tragique. Sur fond de drame familial, Françoise de Roy s’interroge sur le système judiciaire belge en matière de jeunesse.

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Seitenzahl: 113

Veröffentlichungsjahr: 2015

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Françoisede Roy

Née à Cologne, Françoise de Roy est issue d’une famille nombreuse de sept enfants. Elle arrive en Belgique à l’âge de 16 ans pour y faire ses humanités supérieures. Elle sera, par la suite, éducatrice dans une école fondamentale à discrimination positive de Bruxelles.

© Éditions Luc Pire

Esplanade de l’Europe, 2A/2 – 4020 Liège

www.lucpire.be

Coordination éditoriale : Éditions Luc Pire

Création graphique et mise en page : [nor]production

www.norproduction.eu

Photo de couverture : © Françoise de Roy (photo personnelle)

ISBN : 978-2-87542-136-4

Version imprimée également disponible en librairies

Droits de traduction et de reproduction réservés pour tous pays.

Françoisede Roy

Joe

Van Holsbeeck

« Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au-dessus d’eux l’autorité de rien et de personne, alors, c’est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie. »

Platon (427-347 av. J.C.)

À Jimi,

Tu me rappelles chaque jour que la vie

vaut la peine d’être vécue !

Préface

Les parents et le frère de Joe Van Holsbeeck m’avaient, dès le lendemain de l’épouvantable drame qui les a frappés, témoigné leur confiance en me demandant de les assister dans les pénibles procédures auxquelles ils allaient être confrontés. Il est coutumier, pour l’avocat des parties civiles dans les affaires pénales, de dire que c’est un honneur, pour lui, de défendre ses clients. S’il est indéniable que j’ai été honoré de la confiance qui m’était faite par la famille de Joe, il m’est tout de même difficile de parler d’honneur en ces circonstances où les mots horreur, douleur et malheur sont infiniment plus appropriés.

Et, aujourd’hui, alors que la maman de Joe publie ce livre et qu’elle me confie le soin de le préfacer, je suis encore honoré de cette nouvelle marque de confiance, mais je suis surtout profondément touché par cette demande qui m’associe à la démarche essentielle consistant, pour cette maman, à prendre la plume pour que l’indicible cesse d’être tu.

La maman de Joe exprime, dans son livre, quelques mots gentils concernant mon intervention d’avocat. Ce faisant, elle est fort indulgente à mon égard, car je suis bien conscient des faibles limites de ce que j’ai pu lui apporter au cours de ces difficiles procédures devant les juridictions de la jeunesse et la cour d’assises. Comme elle l’explique fort bien, elle fut, avec son mari et leur fils Jimi, confrontée à des « logiques » inexplicables pour des personnes de bon sens, ancrées dans la réalité et étrangères au monde surprenant des juristes. Comment comprendre, en effet, qu’un tribunal de la jeunesse dise, en examinant le cas du coauteur qui n’avait pas porté de coups de couteau à la victime, que les faits auxquels il avait participé constituaient bien un vol avec meurtre (c’est-à-dire un homicide volontaire avec intention de donner la mort) et qu’ensuite le jury de la cour d’assises, appelé à statuer sur la culpabilité de l’auteur des coups de couteau mortels, décide que celui-ci n’a pas commis un meurtre, mais seulement des violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner ? Comment comprendre un tel schéma aboutissant, à propos des mêmes faits, à des décisions radicalement inconciliables ? Et surtout comment l’expliquer raisonnablement aux personnes qui sont les premières victimes du crime ? Bien sûr, techniquement, je parvenais à l’expliquer, mais de là à convaincre mes clients que le traitement juridique de la situation était raisonnable… Il est évident que, sur le plan humain, il ne l’était pas et qu’il montrait, une fois encore, que les juristes ne font pas toujours bon ménage avec la réalité. L’écrivain Jean Giraudoux avait raison d’écrire : « Le droit est la plus puissante des écoles de l’imagination. Jamais un poète n’interpréta la réalité aussi librement qu’un juriste. » Et la question que je viens d’évoquer, sans doute la plus cruciale, ne fut pas la seule à laquelle je ne pus donner aucune réponse satisfaisante. Elles furent nombreuses. La maman de Joe les évoque dans son livre. Personnellement, je n’y reviendrai pas, cette préface ne pouvant servir de tentative de justification d’un système procédural dont les carences sont évidentes.

La maman de Joe a bien fait d’écrire ce livre. Démarche essentielle pour elle. Non pas dans une optique « thérapeutique », loin de là. Mais parce qu’il vient un temps où le ressenti doit être partagé, où il s’impose, pour avancer dans cette vie devenue si douloureuse, mais qu’il faut poursuivre, de communiquer tout ce qui n’a pas pu l’être dans les prétoires peu chaleureux – le terme est faible – des instances judiciaires, ni dans le tohu-bohu envahissant des médias. La maman de Joe écrit que « la parole est libératoire lorsqu’il y a une enceinte d’écoute ». C’est à juste titre qu’elle prend la plume aujourd’hui dans l’espoir de bénéficier, auprès de ses futurs lecteurs, de cette « écoute » attentive dont elle a manifestement, souvent et cruellement manqué aux instants où c’eût été pourtant si important. L’auteur écrit dans la solitude et le silence. Le lecteur reçoit le message dans les mêmes conditions. Et tous deux réfléchissent ensuite aux possibles échanges et rencontres. Pour que demain soit meilleur. Pour que l’horreur d’hier ne se répète pas, ne vienne plus anéantir les cœurs et les esprits.

Des idées intéressantes sont émises dans ce livre, comme des appels aux progrès que la Justice et la Société devraient réaliser pour que la mort de Joe ne soit pas reléguée au rang des « faits divers », horrible concept que sa maman rejette avec force et raison.

Françoise – permettez-moi de vous appeler comme cela pour la première fois –, je vous le dis amicalement : vous êtes infiniment mieux qu’une victime figée dans son statut. Vous êtes une Mère, une vraie, qui avez su, depuis ce jour tragique du 12 avril 2006, veiller à ce que toutes les qualités de votre fils Joe demeurent vivaces, pour tous, à jamais. En cela, vous avez transcendé votre douleur pour que seul l’Amour subsiste. C’est tout simplement beau.

Marc PREUMONT

Avocat

Professeur à l’Université Libre de Bruxelles

Introduction

Sept ans après l’assassinat de mon fils Joe, des questions profondes, devenues lancinantes, se bousculent encore dans ma tête. Il m’est arrivé de les poser alors que je savais que l’on ne me répondrait que par des arguments qui me paraîtraient sans fondement.

Je ne pense pas avoir été très bien comprise par les interlocuteurs les plus concernés : éducateurs spécialisés, responsables des centres fermés, politiciens ou assistants sociaux, lors des rencontres qui se sont souvent déroulées dans un contexte où tout était médiatisé, où, pour certains, seule l’image comptait. À présent, mon histoire s’efface des mémoires, alors que je la vis chaque jour. Ce drame est la source d’une profonde douleur et d’un immense vide dans mon existence de mère, de femme et d’épouse. Il a profondément perturbé ma vie.

Joe, la vie devant lui

« Maman, la vie est belle »

Joe, un frère

Joe, un enfant « facile » comme on dit. Simple, sans caprices, sans artifices, débordant d’imagination

Joe, un enfant d’amour

Joe, amoureux de la nature, qui aime grimper aux arbres, faire du camping, jeter des cailloux dans une flaque d’eau les jours de pluie, ou marcher dans la boue

Joe l’adolescent bohème, passionné des sciences dès son plus jeune âge

Joe, « Ourson », le scout marin

Joe, le lecteur passionné des mots

Joe, le musicien, le saxophoniste, le trompettiste

Joe, l’éternel optimiste

Joe, un jeune homme qui croit à la vie

Joe…

Joe et les autres

Joe était un adolescent apprécié tant par son groupe d’amis que par le corps professoral de son établissement scolaire. J’aimerais ici laisser la parole à ceux qui l’ont connu, pour qu’ils parlent de « leur » Joe.

« Joe était un élève formidable, chaque fois que je rentrais dans sa classe, j’étais impatient et me disais : “Qu’est-ce qu’il va encore inventer aujourd’hui ?” Je retrouvais en lui la fantaisie et la créativité que j’avais appréciées déjà chez son frère Jimi, avec le sens de l’oralité en plus.

Son humour entraînait tout le monde. Il avait un côté charismatique tellement naturel. Il ne cherchait en fait jamais à se faire remarquer, mais sa joie de vivre le démarquait constamment. Dans la classe, les élèves éprouvaient une vraie tendresse pour lui, et ils se sentaient protégés par ce grand gaillard.

Parfois, il donnait une mauvaise réponse. Je souriais parce qu’il s’en fichait de s’être trompé. Il gardait le sourire et expliquait pourquoi il s’était trompé, montrant l’exemple à tous en corrigeant sa faute. Je le laissais faire même si parfois, il partait en digression. Il parlait néerlandais, en faisant des fautes mais en se faisant comprendre, ce qui était le but.

Mais Joe n’était pas un pitre, simplement il était tellement spontané que cela surprenait et que personne ne pouvait rester indifférent à son imagination, qui donnait souvent lieu à des situations ou des commentaires cocasses. Parfois, son surréalisme n’était pas dépourvu de poésie.

Lors de la lecture deSigi,qui raconte les péripéties d’un jeune adolescent à l’école, il a résumé le livre en rajoutant ses commentaires… C’était fabuleux, il aurait tout simplement pu écrire le tome deux, il avait compris et intégré le second degré du récit.

Quand je l’appelais pour un jeu de rôle, un frisson et surtout un sourire généralisé parcouraient la classe, comme si tout le monde se disait : “Ah ! Finie la grisaille, on va enfin être emporté par l’imaginaire de Joe.”

Quand sa place est restée vide, le plus affreux sentiment que j’ai éprouvé, c’était qu’il manquait la moitié de la classe. Joe était bien dans sa peau, il ne souhaitait pas avoir déjà vingt ans, c’était un gars super heureux, vif, drôle, intelligent, très proche de sa famille, entouré d’amis, passionné de navigation, de scoutisme, de musique et bien d’autres choses. » 

Un professeur

« Il était sourire. Il était l’épaule dont on rêve. Il était celui qui n’aurait jamais fait de mal à une mouche, Il était bien trop jeune et trop innocent pour mourir. Il était Joe… »

Sophie

« Mon petit Joe, toi mon ami de classe, celui qui me faisait rire, celui qui me remontait le moral, celui au sourire magique et inoubliable, celui à la bonne humeur et la joie de vivre, celui qui avait toujours le mot pour nous motiver… Que de merveilleux moments passés avec toi… Merci. Maintenant, c’est à ton tour de donner aux petits anges la joie de vivre que tu nous as transmise et pour cela, Joe, je te fais confiance. »

Marie-Charlotte

« À toi, Joe, qui nous faisait rire quand on avait un coup de blues. Tu jouais de la trompette avec une telle passion même si au début tu ne la maitrisais pas vraiment. Tu aimais la vie comme personne d’autre ne l’aimait. Que de bons souvenirs avec toi, jamais de prise de tête. Je ne remercierai jamais assez Juan qui a rendu possible notre rencontre. Tu ne passais pas inaperçu, on te remarquait quoi que tu fasses. Tes bisous et tes embrassades brutales quand on se rencontrait faisaient mal et plaisir en même temps. Ta maladresse comme ta gentillesse et ta générosité suffisaient à ce que notre journée soit rayonnante. Quand je savais que j’allais te voir, une joie montait en moi parce que je savais que je n’allais pas m’ennuyer. À toi, Joe, que j’aimais si fort et que j’aimerai toujours. »

S.

« “Adieu Joe”, je ne croyais pas qu’un jour je t’aurais dit “adieu”, car le matin, quand je te voyais, je te disais “bonjour”, et le soir “au revoir” ! Mais jamais “adieu”. Qui aurait pu le croire ? Quand je te voyais dans le couloir de l’école, je te charriais en te disant : “C’est le printemps ! Quand iras-tu te couper les cheveux ?” Tu me répondais avec un grand sourire, “Bientôt, M. Robert”. »

R. 

« Ça allait faire trois ans que j’avais Joe en classe pour son cours d’histoire. Depuis que j’ai appris la nouvelle, vendredi matin, des tas d’images me traversent la tête et je ne peux m’empêcher de penser à toi, Joe. Toutes les images qui défilent peuvent se résumer en quelques mots : sourire, joie de vivre, humour, dynamisme, cool… Je t’entends encore faire ta présentation sur les Incas… J’ai rarement autant ri ; je te vois jouer sur ton instrument lors de la marche de la retraite la semaine avant Pâques et tu m’as répondu : “Je l’ai vu dans le magasin, il était fait pour moi, c’est extraordinaire…”