Jörkenheim - Josué Mercier - E-Book

Jörkenheim E-Book

Josué Mercier

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Beschreibung

Vous êtes à la recherche d'un nouveau berceau de la vie ? Une oasis de paix où l'on pourrait renaître de ses cendres et oublier son passé comme si de rien n'était ? Alors vous avez frappé à la bonne porte. Bienvenue à... Yorunghem 80-C. Mais attention où vous mettez les pieds. Vous pourriez y croiser le chemin de Yuri Santana, un ex-terrien qui s'amuse à enfermer des vieillards dans le coffre de sa voiture et à conduire en état d'ébriété et... Nu. Si vous croisez son chemin, faites demi-tour sans réfléchir. Sinon, embarquez avec lui dans une aventure spatiale à mi-chemin entre humour noir et ultra violence à la recherche d'une pierre plus vieille que l'Univers lui-même.

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Seitenzahl: 376

Veröffentlichungsjahr: 2024

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Josué Mercier est né en 2001 à Cambrai et, depuis son plus jeune âge il a l'âme d'un créateur, imaginant des péripéties à ses plus grands héros en passant par Spider-Man ou bien encore Iron-Man. Aujourd'hui, après avoir sorti son premier roman « Whirlwind » en 2020, il décide d'écrire une tout autre histoire qui lui tient particulièrement à cœur.

Du même auteur :

Jörkenheim Chapitre 2 :Au Nom Du Père (à paraître).Whirlwind Chapitre 1 : La Naissance D'un Nouveau Monde (paru en décembre 2020).

À Esteban Santana, mon frère parti aux cieux avec ses rêves, ce livre est pour toi.

Sommaire

PROLOGUE

1. Chapitre

2. Chapitre

3. Chapitre

4. Chapitre

5. Chapitre

6. Chapitre

7. Chapitre

8. Chapitre

9. Chapitre

10. Chapitre

11. Chapitre

12. Chapitre

13. Chapitre

14. Chapitre

15. Chapitre

16. Chapitre

17. Chapitre

18. Chapitre

19. Chapitre

20. Chapitre

JÖRKENHEIM (COSTUME ORIGINAL)

JÖRKENHEIM (VISAGE)

GAVROL

GONTRAN

SIMUALD

KAZIMOR

VEKOSSE

Mon nom est Yuri Santana, je suis franco-brésilien d'où mon nom de famille un peu exotique.

Je suis né en 2003 et autant vous dire que c'était pas du tout la joie à ce moment-là.

Pour que vous compreniez un peu mieux l'intérêt de toute cette histoire, il est important que l'on remonte un peu dans le temps et plus précisément... En 2001.

PROLOGUE.

En Août 2001, cela faisait un an jour pour jour que la « bataille divine » avait frappé la Terre de plein fouet et mit à genoux nos plus braves concitoyens.

Des millions, pour ne pas dire précisément plus d'une centaine de millions d'humains, ont vu la Mort leur faire un grand sourire et leur tendre les bras après que deux êtres divins se soient arrêtés sur Terre pour se battre.

Tout a été ravagé, les plus grands monuments, les plus grandes villes et pays : New-York, la Grande-Bretagne, le Japon et... Le Brésil.

Pendant un an, les Terriens ont essayé de revenir à leur vie d'avant mais personne n'a réellement réussi ce défi qui paraissait pourtant être un jeu d'enfant.

Durant un an, l'économie a tourné au ralenti et cela a causé de nombreux problèmes d'inégalités autour du globe.

Les riches devenaient plus riches en faisant du profit sur les êtres divins, créant des films, des objets dérivés pour peut-être rappeler aux humains leur défaite monumentale...

Les plus grands pays du monde ont réussi à se relever de cette épreuve en créant des technologies révolutionnaires en s'inspirant, voire même en étudiant en secret la réelle nature des deux Dieux qui se sont battus sur notre planète.

Mêlant un savoir venu d'ailleurs et la technologie terrestre, certains pays sont devenus de véritables oasis de paix où reprendre une vie normale était dorénavant possible.

Ce fut le cas de la France.

En revanche, et c'est là où l'on entre dans la partie la plus compliquée de la vie de mes parents, les pays pauvres et ayant peu de moyens pour survivre se sont endettés jusqu'au cou pour survivre.

Les dirigeants, ne sachant que faire pour réussir, amenèrent, pour certains, une dictature douce par la peur afin de diriger et régner.

Au Brésil, en 2001 et depuis un an désormais, la famine avait fait des ravages, détruit des familles et annihilé tout espoir d'une nouvelle vie plus paisible.

Les coins les plus difficiles, les bidonvilles, sont devenus des endroits où revendre des matériaux volés d'une technologie avancée était la meilleure chose à faire... C'était devenu plus rentable que de revendre de la drogue même si cela se faisait encore.

João Santana, c'était un homme malheureux, rempli d'espoir concernant l'avenir mais doutant de pouvoir y arriver. Du haut de son mètre quatre-vingt-six, il allait et venait pour trouver, hors des bidonvilles, dans les maisons les plus extravagantes du Brésil, des objets rares et des trouvailles qui pouvaient lui rapporter gros.

Mais c'était surtout mon père.

Il avait rencontré, quelques mois plus tôt, une belle jeune femme prénommée Jeanne Leroy. C'était une française venue en voyage d'affaires et qui, après une soirée d'intégration, était tombée éperdument amoureuse de João.

Malheureusement, avec les tensions entre les différents pays, elle n'avait jamais pu retourner en France et avait été contrainte de survivre au Brésil avec mon père.

À deux, ils vivaient dans les bidonvilles.

João avait réussi, avec certains de ses amis, à construire un abri pour son couple afin qu'ils vivent hors du danger, même s'il rodait n'importe où.

Les meurtres, vols et viols étaient nombreux et courants dans ces milieux-là.

Un jour, mon père eut un éclair de génie... Ou de folie... Insufflé par son cerveau rongé par la peur et entouré de cheveux bruns et bouclés.

Il avait pensé, au détour d'une discussion avec certains de ses amis autour d'un feu de camp, à cambrioler la maison du Brésilien le plus riche.

C'était celle d'un mafieux détournant des cargaisons d'objets en tout genre et il était dit de plusieurs rumeurs qu'il gardait dans son sous-sol des objets ultra rares, d'une technologie que seuls les pays les plus riches possèdent.

Ça, ce n'était pas tombé dans l'oreille d'un sourd et João avait bien compris que s'il y arrivait, il pourrait enfin partir d'ici et rejoindre la France avec sa femme.

Alors, après une très courte nuit d'agitation où il rejoignit ses amis pour s'équiper d'armes à feu afin de se protéger en cas de situation complexe, il partit hors des favelas, seul.

Il prit son courage à deux mains et courut dans toute la ville de Rio de Janeiro comme s'il eut à gravir la plus haute des montagnes de la Terre.

Ce grand brésilien arriva, essoufflé et haletant, bavant presque à terre, devant une énorme maison bourgeoise qu'on aurait dit être une villa.

Il y avait au moins trois ou quatre garages, deux piscines, un immense jardin qui pouvait être le terrain de construction de trois maisons et des voitures de sport garées dans l'allée.

João n'en revenait pas, il avait devant ses yeux l'objectif de sa vie et s'il n'y arrivait pas, il allait devoir dire adieu à sa misérable vie, à sa femme.

Heureusement, mon père était assez confiant et surtout, il avait des qualités que beaucoup d'hommes brésiliens n'avaient pas, c'était l'un des meilleurs voleurs de tout le continent.

Enfin... Ne jamais dire jamais... Il se pourrait qu'il rate pour la première fois de sa vie et ce serait bien sa veine.

Il avait étudié cette maison toute la nuit, essayant de savoir où se trouvaient les caméras et les systèmes de sécurité.

En faisant un plan précis, il en vint à la conclusion qu'avec un peu de précision, il pouvait se faufiler sans trop de problèmes.

João prit sa décision et escalada le portail d'entrée.

Malheureusement, ce dernier était construit avec des pointes aiguisées sur le dessus de sorte à ce que personne ne puisse monter sans se blesser.

Mon père eut la mauvaise surprise de découvrir, après être atterri de l'autre côté du portail, qu'il s'était ouvert l'arrière de sa jambe.

Il saignait mais rien de très grave et de toute façon entre nous, il s'en fichait pas mal. Ce que gardait ce mafieux était plus important qu'une simple blessure.

João fit le tour de la maison, en évitant bien sûr les quelques caméras postées sur chaque mur et en faisant attention à ce que personne ne le remarque.

Visiblement, d'après ce qu'il pouvait remarquer, le propriétaire ne semblait pas présent mais les assistantes ménagères elles, si.

Elles passaient et repassaient l'aspirateur sur les tapis, le sol des chambres.

João se baissa pour passer en dessous de la fenêtre d'une des chambre mais frappa de son pied droit un petit vase en terre cuite qui bascula et heurta le sol.

— Flavia t'as entendu ça ? demanda la femme qui passait l'aspirateur dans la chambre.

— Non pourquoi ? répondit l'autre femme plus loin dans la maison.

— Je sais pas... Y'a eu un bruit bizarre...

— C'est rien t'inquiètes !

Mon père, ayant eu peu de chance dans sa vie, fut stupéfait de remarquer que la femme de ménage regardait par la fenêtre.

Elle regardait le jardin, essayait de voir si rien n'était là, sans pour autant se pencher plus que ça sur la question et surtout sur João.

Lui, il était adossé au mur et s'efforçait de rester droit et bien immobile pour qu'on ne le remarque pas.

— Bizarre... affirma la femme avant de reprendre son travail.

João souffla un coup, ses mains moites et tremblantes n'allaient pas lui faciliter la tâche s'il allait devoir crocheter quoi que ce soit.

Pour autant, il fallait qu'il continue, qu'il trouve un accès à la maison et au sous-sol.

Il resta accroupi et marcha doucement, en faisant attention à ce qui l'entourait pour ne pas de nouveau marcher sur quelque chose de sensible à l'ouïe.

Soudain, alors qu'il était arrivé presque au bout du jardin, il se mit debout, les yeux rivés vers une baie vitrée qui était ouverte et qui semblait mener à une pièce vide d'intérêt.

Il allait enfin être tranquille et pouvoir avancer jusqu'à l'endroit qu'il souhaitait atteindre.

Tout à coup, alors qu'il ouvrait entièrement la baie vitrée entrouverte, il entendit de sa fine ouïe un bruit étrange... Un bruit qu'il reconnut après quelques secondes de réflexion.

Un grognement soudain, comme celui d'un monstre venu le capturer, arracha son cœur noyé d'un grand terrassement.

Quand il tourna sa tête, assez lentement pour ne pas être trop brusque, il claqua des dents et des sueurs froides envahirent son dos mouillé.

Devant lui, alors qu'il ne l'avait absolument pas remarqué, un chien, un pitbull, se tenait là à grogner et à baver sur le sol en montrant ses crocs.

Il était prêt... Enfin le chien, pas mon père.

Parce que mon père lui n'était pas prêt à se faire manger vivant.

Mais l'instinct de survie, aussi caché soit-il, dans les moments les plus difficiles et les plus éprouvants, refait surface immédiatement.

Mon père, essayant de faire un pas lentement après l'autre, se dirigea doucement vers l'intérieur de la maison.

Il savait qu'il allait alerter les femmes de ménage mais plus rien n'avait d'importance, rien que sa survie.

Alors, ni une ni deux, d'un mouvement brusque, il atteignit la pièce vide et tenta de refermer la baie vitrée.

Le chien, qui aboyait violemment, arriva en un éclair devant mon père qui n'arrivait pas à refermer la vitre.

En fait, certaines fenêtres étaient dotées d'un système qui bloquait la baie-vitrée en position ouverte.

Si vous souhaitiez la refermer, il fallait activer le mécanisme qui se trouvait en bas de la baie vitrée mais ça... João ne le savait pas du tout.

Ses mains humides glissèrent sur la poignée et, alors qu'il implorait tous les dieux qu'on lui vienne en aide, le chien lui bondit dessus en grognant.

Mon père vit de ses yeux tétanisés ce clébard lui bouffer le pouce et l'index de sa main droite avant d'essayer de le mordre au visage.

Il criait et hurlait et c'est ainsi que les femmes de ménage vinrent à lui sans savoir quoi faire.

— Aidez-moi !! Pitié ! cria mon père en essayant de pousser le chien, sans succès.

Il était à terre en train de pleurer et les femmes de ménage avaient leurs mains posées sur leurs bouches pour exprimer leur choc lorsqu'un sifflement perçant les oreilles fit cesser les attaques du pitbull.

La bête recula, alors que mon père avait perdu l'usage de plusieurs de ses doigts, et devint toute calme.

Soudain, João tourna son regard vers son sauveur et c'est ainsi qu'il croisa le chemin d'Emilio Hugo, un célèbre, si ce n'est le plus célèbre des mafieux brésiliens de ces années-là.

Cet homme, à la chevelure brune plaquée sur le côté grâce à de la cire, à la barbe taillée au millimètre près et vêtu d'un costume d'une élégance hors du commun, tendit sa main vers mon père et l'emmena dans son bureau.

— Tenez Jana apportez des soins à notre jeune homme, il en a bien besoin, annonça le mafieux à une des femmes de ménage qui passait par son bureau.

— Merci... Monsieur...

— Tu peux m'appeler Emilio.

Mon père n'en revenait pas, il venait à sa grande stupeur de se faire sauver par l'un des plus grands riches du Brésil.

Il ne se doutait pas de ce que l'on allait lui demander en contrepartie de cela...

João regardait partout autour de lui, observant l'or qui se dégageait des meubles, tout était bien rangé, tout était à sa place.

Cette pièce resplendissait de luxe et d'objets qui auraient à tout moment pu permettre à mon père de redémarrer une nouvelle vie loin d'ici.

— Tu me fascines, affirma Emilio en se prenant un verre d'alcool fort alors que la femme de ménage revenait avec un étrange pistolet qui brillait d'une lumière jaune orangée.

— Ne bougez pas, dit Jana en visant les doigts arrachés de João.

Mon père, les yeux fortement ouverts et prit d'un grand désarroi, vit sous son regard un rayon chauffer sa peau. Ses doigts, remplis de sang à cause d'une hémorragie importante, commencèrent à se refermer et à former des moignons qui ne le faisaient plus du tout souffrir.

En un rien de temps, ses doigts amputés s'étaient refermés et ne saignaient plus. C'était comme de la magie à ses yeux et pourtant, il était tout à fait conscient qu'il existait des objets aussi incroyables.

— Tu as réussi à entrer ici sans déclencher l'alarme, ajouta Emilio en s'asseyant sur son siège. Tu peux t'asseoir aussi si tu veux.

— Merci, dit mon père.

— J'ai vu ce dont tu étais capable, tu n'es pas encore au top de ton niveau mais tu te débrouilles très bien... Tu es un bon voleur, tu contournes les systèmes de sécurité et pourtant... C'était pas un jeu d'enfant parce qu'il y a pas mal de caméras.

João contempla Emilio, il se demandait ce que ce mafieux allait lui demander.

— Moi aussi j'en ai bavé tu sais... Pour en arriver là, j'ai pas acquis toutes ces richesses sans rien faire... Parfois, pour avoir ce que l'on souhaite on doit être prêt à sacrifier beaucoup de choses qui nous sont chères... J'espère que tu comprends ?

Mon père fit un signe de la tête pour acquiescer.

— Bien... continua le mafieux en regardant João dans les yeux. Alors j'ai un travail à t'offrir. J'ai vu ce que tu faisais et je pense que tu peux être un très bon élément pour mon boulot. J'ai besoin d'un voleur aussi doué que toi pour effectuer des missions... Qui te rapporteront très gros. Je sais que c'est ce que tu veux, n'est-ce pas ? Une vie meilleure ? Plus agréable ? Sinon pourquoi viendrais-tu me cambrioler ?

Emilio s'arrêta quelques instants et avala une gorgée de sa boisson alcoolisée.

— Si tu me rejoins, je peux faire de toi l'un des meilleurs de mon équipe. Tes missions ne seront pas sans risques c'est sûr mais regarde-moi ! Regarde tout ce que j'ai ! Tout ce que je possède, tu l'auras aussi. N'est-ce pas magnifique ? Je sais que tu peux comprendre, si tu as une famille à nourrir... Ou bien une femme... Si tu acceptes de voler des objets rares, d'une technologie avancée, tu auras une bien meilleure vie que celle que tu as maintenant. Je te l'assure, ça te rapportera très gros et tu pourras enfin... Faire de tes rêves une réalité et vivre tu ce que tu veux vivre sans limites. T'es avec moi ?

Mon père doutait un peu au fond de lui mais il était bien tenté par ce genre de choses. Même s'il se demandait ce qu'il allait devoir sacrifier pour réussir sa vie, il était sur le point de dire oui.

Personne ne peut le blâmer pour son choix, car à cette époque-là, le monde était si cruel que la moindre offrande de ce genre que l'on pouvait susurrer à l'oreille des pauvres était acceptée sans broncher.

Alors, sans plus attendre ni réfléchir, João accepta le travail qu'on lui donna.

Il le fit pour sa femme, pour sauver son couple de la destruction, pour qu'ils puissent enfin se sauver de là et reprendre tout à zéro dans un pays propice au bon développement.

Des années durant, mon père effectua des missions aux quatre coins du Brésil et de l'Amérique du Sud en compagnie d'une petite équipe de six ou sept autres mafieux dans la même débauche que lui.

Personne n'avait vraiment eu le choix, ils avaient tous accepté le deal comme João pour enfin avoir l'opportunité d'une nouvelle vie.

Ils allaient et venaient en volant des armes, des munitions, de la drogue, des objets para-médicaux hyper avancés et tout un tas d'autres artefacts.

Mais, parce qu'il y a toujours un « mais » quelque part, João avait beau faire toutes les missions qu'on lui demandait, il avait beau voler tout ce qu'il souhaitait, le patron ne le payait pas convenablement.

C'était comme s'il gardait tout pour lui dans un coffre fort quelque part.

Il ne donnait qu'une petite partie qui ne permettait même pas à mes parents de se sortir de leur misère.

Et moi, en 2003, je naquis, sortant des ténèbres en passant par un tunnel trop étroit pour mon corps afin d'enfin apercevoir la lumière éclatante dans mes iris aux reflets cuivrés.

João contempla mes cheveux lisses et noirs, ma douce peau métisse et comprit que jamais il ne sortirait de la misère.

Ma mère m'avait donné la vie dans un bidonville, entouré de criminels, de trafics de drogue et de viols.

Durant ma jeunesse, de 2003 à 2009, je voyais mon père partir plusieurs fois dans la semaine et revenir avec des blessures que ma mère soignait comme elle le pouvait avant de partir pleurer dans son coin.

Je survivais en gagnant une misère et en ayant les os brisés et les yeux gonflés car les plus grands des favelas organisaient des combats de rue illégaux entre enfants.

Je me battais et on me torturait si je n'arrivais pas à triompher de mon adversaire.

Un soir, au milieu de l'année 2009, mon père, emplit d'une grande colère contre son patron qui ne lui donnait qu'un sou pour vivre, contacta l'un de ses amis mafieux et concocta un plan machiavélique.

Ensemble, ils se mirent d'accord sur la nature égoïste de leur boss et décidèrent d'aller cambrioler sa maison et d'enfin accéder à son sous-sol qui devait être rempli d'argent.

Ils réussirent à entrer par effraction, maintenant qu'ils connaissaient par cœur la bâtisse, et partirent jusqu'au sous-sol sans alerter qui que ce soit.

Quand ils mirent le pied en bas, ils laissèrent tomber leurs bouches jusqu'au sol en admirant toutes les richesses que le patron avait en sa possession.

Ils étaient tellement avides d'argent, envieux et haineux qu'ils remplirent leurs sacs en un éclair.

João, après avoir incité son collègue à partir et à laisser le reste des richesses en bas, fut pris d'un intense sentiment de peur et de regret lorsqu'il aperçut en haut des escaliers une femme de ménage.

La femme cria à en alerter le Brésil entier et courut jusqu'à l'alarme avant de l'activer.

Les lumières de la maison se teintèrent d'un rouge saignant et une sonnerie paralysa les tympans des deux voleurs.

João courut aussi vite qu'il le put en direction de la sortie du sous-sol et remonta afin de croiser la route de la femme de ménage apeurée.

Sous le regard abasourdi de mon père, cette innocente fut envoyée à la morgue d'une balle dans le crâne.

Le collègue de mon père n'avait pas hésité une seule seconde avant de l'abattre.

— Mais t'es taré putain ! s'exclama mon père. On est foutus maintenant ! Le boss va nous retrouver !

— On n'a pas de temps à perdre, viens ! répondit l'autre voleur en courant vers la sortie.

Ils tracèrent leur route en voiture jusqu'aux bidonvilles.

Ce soir-là, j'étais en train d'essayer de dormir comme je le pouvais en ne pensant qu'à mes côtes cassées et à mon long nez brisé qui me tordaient de douleur lorsque j'entendis un véhicule déraper et mon père qui paniquait.

Il nous réveilla en sursaut, enfin du moins ma pauvre mère qui avait la peau sur les os et se rongeait les ongles, et nous implora de prendre toutes nos affaires avant de partir.

Avec le collègue mafieux de mon père, on quitta les lieux en trombe et on fit un petit détour chez un marchand illégal au pied de Rio de Janeiro.

João sortit de cet endroit avec un sac rempli de liasses d'argent et regarda partout autour de lui avec un air oppressé.

Il parla avec ma mère et discuta d'un potentiel ami à lui qui possédait un avion et une piste de décollage un peu plus loin en périphérie.

Jeanne, ma mère, demanda presque en pleure à mon père qu'on lui explique la situation, ce qui était en train de se passer et ce qu'ils avaient fait pour en arriver là.

João ne souhaitait pas en parler et haussa le ton afin d'achever la conversation.

Soudain, alors qu'on se dirigeait vers la fameuse piste de décollage, je perçus de mes oreilles d'enfant un claquement sur la voiture, comme si l'on avait roulé sur quelque chose qu'il ne fallait pas.

Le collègue de mon père perdit le contrôle de la voiture durant quelques instants et nous dérapâmes en manquant presque de nous prendre une rambarde de sécurité de plein fouet.

— C'est bon je maîtrise la situation ! dit le collègue de mon père.

— Tu maîtrises rien du tout ! On a crevé un pneu ! s'exclama mon père en regardant derrière lui. Oh c'est pas vrai...

Avec ma mère, on se retourna vers la vitre arrière pour contempler ce qu'il se passait à l'extérieur.

Une grosse voiture, une berline noire aux phares menaçants, se rapprochait dangereusement de nous. Un bras sortit de l'une des fenêtres, armé d'une mitraillette, et tira sur notre véhicule.

— Baissez-vous ! dit le collègue de mon père.

Tout le monde obéit à ses ordres, des balles traversèrent la carrosserie et vinrent se loger dans le pare-brise.

Mon père fut touché au bras gauche et saigna beaucoup.

Ma mère, apeurée, des larmes coulant le long de ses joues, vint vers mon père pour lui demander si tout allait bien.

João, la tête dans les nuages, fut subitement surpris de voir que son carreau se brisa sous ses yeux. Une moto noire, au moteur rugissant des flammes venues des enfers, était juste à côté de nous.

Deux hommes étaient assis dessus, le passager s'amusait à tirer sur la voiture.

Mon père, ce génie, ouvrit avec brutalité sa portière et fit goûter la dureté du béton aux deux hommes.

La berline qui nous suivait écrasa sans aucun remords les motards qui furent déchiquetés en morceaux.

On était presque arrivés chez l'ami de mon père qui possédait un avion, c'était notre seule et unique chance de partir d'ici.

La piste de décollage était cachée dans une petite forêt aux grands arbres feuillus qui devaient sûrement abriter des animaux exotiques que jamais je n'avais aperçus de ma vie.

La berline heurta subitement notre pare-choc arrière et nous fit déraper alors qu'il ne nous restait plus beaucoup de chemin à parcourir et soudain, elle nous fit une queue de poisson si violente que notre voiture se retourna et fonça tout droit dans un arbre.

Une deuxième moto vint accompagner la berline, il y avait tout un régiment pour nous massacrer.

Je me souviens avoir été enlacé par ma mère une dernière fois, protégé par ses faibles bras cassants, alors que notre voiture se retournait dans tous les sens.

Mon corps et celui de ma mère frappèrent les recoins du véhicule avec tant de brutalité que je sentis tous les os de mon corps bouger pour la première fois de ma vie, je sentis une violente secousse dans mes entrailles comme celle que l'on ressent lorsque l'on fait des attractions à sensations fortes.

Puis, plus rien du tout, aucun souvenir ne me revint à la tête. Le blackout total.

Durant sûrement plusieurs secondes, j'étais inconscient dans la voiture.

Lorsque j'ouvris enfin les yeux, mon crâne me lançait une douleur horrible et mes oreilles sifflotaient.

Mes poumons, enfumés par le gaz qui s'échappait de la voiture enflammée, me firent tousser à m'en arracher les muqueuses.

Les premiers sons que j'entendis furent les paroles de ma mère, pleurant que je revienne à la vie :

— Yuri ! Yuri tu m'entends ?! Yuri réveille-toi s'il te plaît !

C'était comme naître une seconde fois, toutes les sensations perçues étaient violentes. Mes cinq sens, en alerte et hypersensibles, me faisaient souffrir.

— Venez ! cria mon père en nous tendant la main pour nous faire sortir de la voiture.

On prit une première bouffée d'air assez rapide avant de remarquer que l'on était toujours suivi par ces malfrats brésiliens.

Le collègue de mon père, armé d'un pistolet, tira en direction des méchants pour les faire tomber mais il ne touchait personne.

— Allez, venez on doit se grouiller, Frederico nous attend à l'avion ! s'exclama mon père.

Alors, ni une ni deux, on prit nos jambes à nos cous, traversant la petite forêt qui menait à la piste de décollage en essayant de ne pas trébucher sur une racine d'arbre.

Ici, les arbres avaient besoin d'exploiter le sol dans ses moindres ressources pour vivre et s'étaler dans la terre sur plusieurs dizaines de mètres et leurs racines étaient énormes.

Des oiseaux sifflaient et s'envolaient dans le ciel à la vue des flammes qui sortaient du canon des malfrats.

— João ! Il faut que tu m'expliques ! hurla ma mère en courant tandis qu'elle me tenait par la main.

— Jeanne on n'a pas le temps ! Tu veux te faire tuer ?! On doit rejoindre l'avion !

Mon père, convaincu qu'il aurait pu dire la vérité à ma mère un peu plus tard, courut vite pour nous amener à bon port.

Malheureusement, la roue de la chance avait tourné et était désormais en notre défaveur.

Les méchants nous suivaient et de très près, certains étaient même en moto en train de longer la route pour essayer de nous contourner et de nous piéger.

Soudain, alors que j'étais dans le stress le plus intense de toute ma vie, courant pour ma survie, une douloureuse balle perfora la cuisse de mon père qui tomba au sol.

Une deuxième s'arrêta dans son estomac peu de temps après.

On aurait pu entendre son cri de douleur résonner dans toute la ville.

Ma mère, implorant qu'on lui vienne en aide, prit mon père par la main pour le traîner tant bien que mal mais les mafieux nous rattrapaient bien trop.

João lança un regard intense, rempli d'amour, de compréhension et de tristesse, vers ma mère. Il plongea ses yeux une dernière fois dans ceux de Jeanne, criant les dieux qu'on l'aide.

— Jeanne écoute-moi, dit mon père.

— João non ! Tu dois venir ! Tu viens avec nous ! cria ma mère en tirant la main de mon père vers elle.

Mon père fit de même en tirant la main de ma mère vers lui et en pleurant une dernière fois.

J'étais là, dans un univers cruel, plongé dans une vie que je n'avais jamais demandé à avoir, rempli d'une souffrance meurtrière que je n'avais jamais demandé à ressentir.

Je contemplai une dernière fois le visage détruit de mon père, ses yeux marrons en amande, ses cheveux bouclés, sa barbe de trois jours qu'il n'avait pas pu raser, son visage creusé par le manque de nourriture...

— Prends-le, affirma mon père en tendant le sac chargé d'argent.

— Non s'il te plaît viens avec nous mon amour... Ne nous laisse pas, répondit ma mère en s'agenouillant vers mon père.

— Ne t'en fais pas Jeanne, je suis toujours avec toi quoi qu'il arrive... Je vais vous faire gagner un peu de temps pour que vous quittiez cet endroit... Promets-moi de prendre soin de Yuri et... De toi.

— Chéri je t'en prie, pas ça...

Ma mère pleura toutes les larmes de son corps en serrant fortement la main de mon père.

— Promets-le moi Jeanne, rétorqua João.

Ma mère tourna son regard vers João et fit un signe de la tête avant de l'embrasser de toute son âme.

Pour la première et dernière fois, je vis de mes yeux leurs âmes s'unir à jamais dans un élan d'amour inconditionnel.

João retira sa main de celle de ma mère et lui donna le sac.

— Va mon cœur, et vis une belle vie pour moi... Pour nous, annonça mon père avant de se retourner vers les méchants.

Le collègue de mon père lui tendit son arme avant de nous ordonner de partir vers l'avion qui se trouvait un peu plus loin.

— Prends en soin, c'est mon préféré, dit-il en posant son flingue dans la main hésitante de mon père.

On courait encore et encore, s'éloignant de plus en plus de mon père, lorsqu'un violent cri perçant nous arrêta.

On se retourna vers mon père, qui était en train de se battre contre les mafieux et venait de se faire planter par l'un d'eux.

Un couteau aiguisé avait croisé le chemin des intestins de mon père qui se mit à genoux face à eux.

Il s'était battu toute sa vie pour nous, pour que l'on soit heureux et il allait avoir une mort héroïque.

Les feux de notre voiture, écrasée un peu plus loin, éclairaient les mafieux et João.

On apercevait toute la scène, dans les moindres détails.

Un des malfrats immobilisa João et tourna son corps et son visage vers nous, il nous voyait et nous aussi.

On pouvait remarquer ses yeux humides et rouges, du sang coulant hors de ses narines.

Un autre mafieux s'arma de sa machette et commença à découper la gorge de João qui hurlait à la mort en essayant de se débattre.

Tout le monde le tenait pour que l'on nous offre un spectacle que nous allions retenir toute notre vie... C'était ça les règlements de comptes entre mafieux au Brésil.

La voix de mon père s'éleva, ses cris horrifiants tétanisèrent les écureuils qui rentrèrent immédiatement dans leurs tanières.

Le plus terrifiant à entendre, au-delà de ses cris répétitifs, ce fut son dernier.

Lorsque l'on décide de décapiter un homme, ses cordes vocales continuent à s'user jusqu'au moment où la lame rompt le contact entre elles. C'est à ce moment précis où la lame tranche en deux les cordes vocales que le cri le plus effroyable est entendu.

C'est un cri d'horreur, que seuls les amateurs de films d'épouvante ont pu entendre... Ou ceux, comme moi, qui ont vécu une scène aussi traumatisante que celle-là.

J'étais debout, j'assistais à cet événement, voyant mon père entre les mains d'êtres diaboliques, tandis que ma mère aussi choquée que moi n'avait même pas pensé une seule seconde à me couvrir les yeux pour que je sois incapable de vous raconter ça.

Soudain, les malfrats arrachèrent le restant de peau qui liait encore le cou au torse de mon père et l'un d'eux brandit son visage vers nous comme un trophée qu'il souhaitait nous montrer.

Les nerfs, encore en action à ce moment-là, firent trembler la paupière droite de mon père.

Souvent, on dit qu'un être décapité peut encore vivre quelques secondes sans problèmes.

Si cela est vrai, alors il s'était vu hors de son corps avant d'être jeté tel un vulgaire déchet un peu plus loin dans la forêt entre les limaces et les escargots qui allaient lui monter dessus.

Ma mère hurla à s'en détruire la voix et jura sur le nom de Dieu qu'ils iraient en enfer et qu'un jour, elle allait les retrouver pour leur faire ce qu'ils ont fait à son mari.

Moi, je ne savais rien dire, rien faire, mon esprit était comme sorti de mon corps et mon corps était entré dans un état de choc si intense que plus aucune émotion ne me traversait désormais.

J'étais devenu une coquille vide qui ne souhaitait qu'une seule chose : partir de ce monde pour rejoindre mon père.

— C'est trop tard Jeanne ! On ne peut plus rien faire il faut partir ! Sinon on va tous finir comme lui ! cria le collègue de mon défunt père.

On courut aussi vite que possible vers l'avion alors que les mafieux nous rattrapaient.

Un homme, un vieux d'une cinquantaine d'années, possédant une grosse calvitie et un cigare au bord des lèvres, sortit de l'avion, nous ouvrit les portes et empoigna un gros fusil au canon scié.

Une moto vint devant lui et il la fit exploser en tirant sur son réservoir d'essence.

— Montez ! Vite ! dit le vieil homme avant de tirer sur les autres mafieux venus à pieds.

Ma mère jeta un dernier regard vers la forêt avant de monter avec moi et le collègue de mon père dans l'avion.

On démarra de la piste en esquivant les tirs des malfrats et en renversant au passage une dernière moto.

L'un des mafieux fut expulsé du véhicule et rencontra, dans un dernier souvenir de vie, les pales de l'avion. Une sauce rouge visqueuse peignit la vitre par laquelle je regardais le pays et m'empêcha durant quelques secondes de bien apercevoir les ravisseurs de mon père.

Ma mère me prit dans ses bras en pleurant, en m'affirmant que tout irait bien et qu'on irait démarrer une nouvelle vie, en me déposant des bisous sur le crâne.

Moi, je n'avais même pas encore pris conscience de ce que je venais de vivre, je n'avais pas la force de pleurer mais seulement que de regarder au loin la forêt s'allonger sur la ville de Rio de Janeiro.

Les lumières de la ville brillaient dans le ciel alors que des éclairs, des balles, coururent jusqu'à nous afin de nous atteindre une dernière fois.

Je contemplai une ultime fois la forêt dans laquelle j'avais tout perdu, dans laquelle la flamme qui allumait ma vie jusque maintenant s'était éteinte pour toujours.

Un oiseau blanc, peut-être une colombe, glissait entre les nuages et rejoignit les cieux et les étoiles, emportant avec elle l'esprit de mon père.

1.

Année 2013.

Les années se sont écoulées, parfois vite, parfois lentement, elles n'étaient pas vraiment remplies de rebondissements.

J'avais désormais dix ans et je vivais seul avec ma mère dans une toute petite maison en Haute-Savoie.

Ma mère avait toujours rêvé de partir près des montagnes, pour se sentir en harmonie avec la nature.

On habitait dans un petit village qui se prénommait « Saint-Jean-d'Aulps », à proximité des plus belles montagnes.

Ma vie, à cette époque-là, n'avait rien de magique pour un enfant de dix ans.

Le Père-Noël, et je le savais pertinemment, c'était ma mère, qui peinait à m'acheter des cadeaux d'ailleurs.

En quatre années passées dans cet endroit, on avait dépensé presque tout l'argent que mon père nous avait donné... Dans les courses, le loyer, les crédits, l'école...

Alors, pour espérer continuer à vivre, ou dirais-je plutôt à survivre, ma mère avait trouvé un petit boulot exaspérant et dénué d'intérêt en tant que secrétaire dans un office du tourisme.

Tous les soirs, elle revenait éreintée d'être restée assise sur une chaise durant huit heures et tous les soirs, elle venait me chercher à la garderie de mon école.

J'étais un garçon totalement différent des autres, ou du moins j'en avais l'impression lorsque j'essayais de discuter avec mes copains de l'espace, des aliens et des vaisseaux extraterrestres que j'avais cru voir dans le ciel, les yeux rivés vers les nuages lorsque je regardais à travers la fenêtre de ma chambre.

Parfois, alors que ma mère venait me border et me dire au revoir, je regardais les étoiles brillantes et, les pointant du doigt, je demandais :

— Est-ce qu'il y a de la vie ailleurs maman ?

— Dors chéri, tu vas être fatigué demain, répondait-elle avant de me laisser.

— Maman ?

— Oui mon cœur ?

Je me souviens de cette nuit où j'ai lancé un regard rempli de tristesse à ma mère.

— Est-ce que papa il est dans le ciel ?

Ma mère ne savait pas quoi répondre, elle était stupéfaite que je pose une question qui lui rappelait tant de mauvais souvenirs.

— Il te surveille, si t'es pas sage il viendra te chatouiller les pieds cette nuit, disait-elle en me souriant avant de fermer la porte de ma chambre.

À vrai dire, j'ai beau raconter ce que je veux, à cet âge là j'avais encore du mal à réaliser que mon père était décédé.

Cette nuit, il y a quatre ans, au Brésil, où j'ai vu de mes yeux d'enfant candide mon père se faire trancher la tête, m'avait choqué à un tel point que mon cerveau s'était mis en veille durant des années.

Et en fait, je n'ai jamais vraiment réalisé qu'il était décédé, jusqu'à la fin de mon aventure en tout cas. Sûrement car je refoulais tout ce que je ressentais vis-à-vis de lui et de mon passé, je ne voulais plus y penser.

Alors, je me réfugiais dans l'espace, à m'imaginer qu'un jour moi aussi je quitterais la Terre pour aller vivre des aventures hors du commun.

J'étais certain qu'il existait des formes de vie ailleurs qu'ici, et les documentaires et témoignages que je visionnais me confortaient dans cette idée.

Parfois, alors que je redescendais pour aller faire mes besoins aux toilettes, je surprenais ma mère dans le canapé en train de revoir des anciennes photos d'elle et de papa... Elle s'effondrait dans le fauteuil, une bouteille de rhum à la main qu'elle renversait parfois sur le sol collant.

Personne, à moins de l'avoir vécu, ne pourrait comprendre la sensation, les émotions que l'on ressent lorsque l'on a vécu un événement aussi traumatisant.

C'est comme vivre un cauchemar en étant éveillé, comme mourir de l'intérieur et continuer à se déplacer, à manger, à boire, à vivre sans aucune envie de rester ici.

J'avais déjà tenté d'en finir avec ma vie mais je ne pouvais pas laisser ma mère seule face à tant de problèmes, c'était hors de question.

Seules les étoiles, le ciel rempli de tâches brillant dans la nuit, me faisaient rêver et je m'évadais alors dans mes pensées les plus fantastiques avant de m'endormir.

Un soir d'hiver, je m'en souviendrais toute ma vie, vers 18h30, j'étais assis dans la garderie de mon école primaire, attendant une fois de plus que ma mère vienne me rechercher.

Je faisais mes devoirs en regardant de temps en temps la neige s'abattre sur les fenêtres gelées de la pièce.

Le chauffage était activé, les femmes de ménage passaient et repassaient pour discuter avec le directeur, avec les autres enfants.

Je dessinais des aliens, des vaisseaux extraterrestres, des planètes entourées d'un grand soleil jaune, lorsque ma mère pointa le bout de son nez.

Elle était à deux doigts de s'endormir au volant lorsqu'elle reprit la route vers la maison.

Mon école était un peu éloignée de là où on habitait, d'à peu près vingt minutes, et il nous fallait passer dans des petites routes sinueuses aux abords d'une forêt peu rassurante que j'admirais chaque soir.

Elle me faisait frissonner et encore plus lorsque l'hiver était de mise. La neige ne facilitait pas la conduite car la voiture glissait et s'embourbait parfois.

Moi, je contemplais encore les arbres qui bougeaient et menaçaient de s'abattre sur la voiture, ils se déformaient au gré du vent et du poids des flocons.

La nuit qui nous enveloppait ne me permettait pas de voir si un monstre rodait dans les parages mais ce que je savais, c'était que les roues de devant étaient complètement emportées par la boue mélangée à la neige fondue.

Nous n'arrivions plus à redémarrer.

Je commençais à paniquer, car étant petit, rester coincé dans un endroit pareil me terrorisais.

Je regardai partout autour de moi, en demandant à ma mère si tout allait bien et si nous allions rester ici pour toujours.

Elle me répondait en s'énervant, me demandant d'arrêter de poser des questions aussi débiles alors qu'elle poussait de toutes ses forces sur la pédale d'accélérateur.

Soudain, une lueur, aussi aveuglante qu'hypnotisante, s'abattit sur nous. Nos yeux rivés vers le ciel furent enveloppés d'un voile blanc crème, nous nous arrêtâmes subitement.

Nous étions immobilisés ma mère et moi, même si j'avais une folle envie de rentrer chez moi pour qu'on me laisse tranquille et que je puisse enfin dormir.

Je repris le contrôle de mon corps quelques longues secondes plus tard et fut pris d'une intense curiosité qui me poussa à ouvrir ma portière afin d'aller voir de plus près ce qui se passait.

J'entendis ma mère hurler mon prénom et sortir elle aussi de la voiture tandis que j'avançais toujours plus vers la lumière. C'était comme si on avait été aspiré vers un espace totalement différent, une dimension parallèle peut-être.

Tout était coloré de blanc autour de moi, d'une brume épaisse à couper au couteau, mais je continuai ma route, oubliant même que ma mère était sûrement morte de peur à l'heure qu'il est.

Je perçus une dernière fois mon prénom résonner en moi avant de m'arrêter, bouche-bée.

Devant moi, alors que la curiosité m'avait sans aucun doute mené à faire une chose insensée, je remarquai une silhouette qui se dévoilait dans cet espace blanchâtre.

Une petite ombre, à peine plus grande que moi, avec deux longs bras qui tombaient presque sur le sol et une tête ovale plus grosse que la norme, avançait en même temps que moi.

Elle me suivait et semblait faire les mêmes mouvements que moi, c'était peut-être mon reflet mais si je ressemblais à ça il y avait de quoi avoir peur.

Alors que j'étais prêt à m'enfuir, à retourner vers ma mère pour au moins avoir un refuge vers lequel me tourner, cette silhouette commença à courir vers moi.

Ses pas résonnèrent autour de moi et vinrent de plus en plus fortement taper mes tympans sensibles.

Soudain, cette ombre bondit sur moi tel un lion chassant un zèbre et, avec ses mains crochues, elle m'attrapa la gorge.

Je pus, durant une seconde trop courte pour apercevoir tous les détails, observer un visage horrifiant accompagné d'une gueule remplie de dents acérées.

Moi, haut comme trois pommes et trop apeuré pour continuer à subir ça, je m'évanouis et entrai dans un sommeil profond.

Je me rappelle avoir été réveillé par les frappes d'un homme au carreau de ma mère. La douceur de l'hiver et la fraîcheur des environs enveloppaient ma peau lisse et faisaient s'hérisser mes poils.

Je grelottais et mes dents claquaient alors que mes paupières s'ouvrirent doucement.

Ma mère avait émergé en même temps que moi, essayant de comprendre ce qu'il nous était arrivé et si ce que l'on avait cru vivre quelques minutes plus tôt était réel.

— Madame ? Ça va ? demanda le vieil homme dehors en frappant à la vitre.

On avait refait surface et on s'étonnait de voir que l'on était encore dans la voiture, tous les deux assis en se regardant.

Ma mère tourna son regard vers le vieillard qui devait au moins avoir soixante ans et possédait un énorme ventre qui cognait presque contre la portière.

Elle baissa le carreau en regardant avec désarroi l'homme qui ne comprenait pas ce qu'il se passait.

— Ça fait dix minutes que j'essaie de vous réveiller madame, vous bloquez la route, ajouta le vieux monsieur en regardant sa voiture. Je peux pas vous dépasser avec toute la neige... Vous allez bien ?

— Euh... Oui oui, rétorqua ma mère qui ne comprenait rien. Je suis vraiment... Désolée... J'ai dû m'endormir au volant j'étais... Très fatiguée.

— Vous habitez loin ?

— Non pas vraiment... Mais c'est rien je vais reprendre la route, je suis désolée de vous avoir gêné.

— Non c'est rien, ça va aller pour vous ?

— Oui... Oui vous inquiétez pas.

— Bon... Faites attention à vous.

— Ça marche monsieur merci...

Je regardai l'horloge sur le tableau de bord. Elle indiquait une heure du matin... On s'était vraisemblablement endormi durant des heures. Je ne comprenais pas ce qui s'était passé, j'étais pourtant sûr d'avoir vu ce que j'avais vu... Un petit être étrange aux proportions bizarres, une lumière blanche qui nous avait aspiré ma mère et moi... Cette peur, cette sensation d'être avalé dans un espace qui n'est pas le nôtre sans pour autant pouvoir faire machine arrière.

Quelque chose ne tournait pas rond.

Ma mère conduisit jusqu'à la maison, en faisant attention à tout ce qui l'entourait, je la surprenais même à regarder le ciel parfois avec insistance... Comme si elle savait que quelque chose s'était passé au bord de cette forêt plus que singulière.

On rentra à la maison et ma mère ferma toutes les portes à clés, regarda dehors une dernière fois avant de fermer tous les volets.

Elle clôtura même le mien, elle qui n'avait jamais fait cela auparavant et m'avait toujours laissé regarder les étoiles, avant de me mettre au lit.