Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Hugo Legrand, 23 ans, quitte sa province pour Paris, rêvant de richesse sans effort. Beau, charismatique, il attire rapidement l'attention de Sarah Marques, dirigeante d'une grande entreprise de cosmétiques. Elle le choisit comme égérie pour sa nouvelle gamme masculine, mais derrière ce choix, se cache un plan bien plus grand. À mesure qu'Hugo découvre les rouages de l'entreprise et les subtilités du monde dans lequel Sarah l'introduit, il réalise qu'il a plus à apprendre qu'il ne l'imaginait. Peu à peu, une relation complexe naît entre eux : l'ambition de Hugo se mêle à l'amour, tandis qu'il découvre que Sarah cache bien des secrets. Mais lorsque la vérité éclate, il doit affronter non seulement son propre reflet, mais aussi le poids des choix qu'elle a faits pour lui. Un chemin semé d'obstacles, où se croisent ambition, passion et spiritualité, et où Hugo deviendra enfin l'homme qu'il n'avait jamais cru pouvoir être.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 310
Veröffentlichungsjahr: 2024
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Les grands hommes ne naissent pas dans la grandeur, ils grandissent.
Mario Puzo
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Août 2022, ville de Vienne, en Isère.
— Je monte à Paris.
C’est comme cela qu’Hugo Legrand, 23 ans, annonça à ses parents sa nouvelle vie. Au beau milieu de la cuisine, pendant un petit-déjeuner ordinaire où ses parents, Céline et Michel Legrand, trempaient leur tartine beurrée dans le café noir.
Un matin d’été qui démarrait bien, pourtant. En effet, les deux quarantenaires, tout juste en vacances pour trois semaines appréciaient de prendre le premier repas de la journée ensemble. C’est une chose qui n’arrivait jamais le lundi, habituellement.
Céline, femme de ménage dans un supermarché, quittait le domicile tôt afin d’assurer la propreté du magasin avant l’arrivée des clients. Michel, quant à lui, agent de production dans une entreprise exportant des bouteilles de lait, pratiquait des horaires d’équipe.
Ils espéraient passer ces trois semaines paisiblement, à reposer leurs carcasses épuisées par un travail physique, mal rémunéré et non valorisé. Pas de vacances n’étaient prévues cette année. Comme beaucoup de familles modestes, l’augmentation du coût de la vie avait affecté leur quotidien et en faisant leurs comptes, ils durent se résoudre à garder leur budget pour réparer les appareils électroménagers et entretenir le monospace plutôt que de gaspiller l’argent à partir se ressourcer quelque part.
D’autant plus que les études du deuxième garçon de la famille, Maxime, 21 ans, étudiant à Lyon en ingénierie, diminuaient considérablement le portefeuille familial.
Ce jour, de toute évidence, c’était l’aîné de la famille qui venait perturber la quiétude matinale. Et ce n’était pas une histoire d’argent.
— Qu’est-ce qui te prend, t’as vu un reportage à la télé sur la capitale ? s’amusa Céline.
— Non, je suis sérieux, je veux aller tenter ma chance à Paris !
— C’est quoi ton talent ?
— Pas besoin d’avoir un talent, il y a forcément plus d’opportunité qu’ici pour travailler.
— En même temps, tu ne cherches pas ici, lâcha son père en se levant de table pour débarrasser son bol.
— Il n’y a pas que ça. Je me sens mort ici, y’a pas de vie... je veux vivre !
Hugo n’avait pas été un élève brillant. Après avoir passé les épreuves du baccalauréat qu’il avait, d’ailleurs, loupées, aucune activité professionnelle n’avait trouvé grâce à ses yeux et surtout, d’après ses parents, il demeurait soit trop fainéant soit trop réservé pour affronter une vie responsable en tant qu’adulte.
Enfant, en primaire, il traînait dans les couloirs et dans la cour les yeux vers le sol, les bras croisés. Complètement fermé au monde, la solitude avait rallongé ses journées d’école de façon atroce. Trop chétif pour jouer au foot avec les garçons et trop timide pour parler à une fille, son enfance avait été quelque peu gâchée par un manque de confiance en lui. Cette absence d’allégresse ne l’avait pas pour autant poussé à s’instruire davantage ou à pratiquer une activité solitaire comme la lecture, le sport ni même les jeux vidéo.
Au grand désespoir de ses parents, Hugo n’a pas poursuivi ses études et en plus de cela, depuis ses 18 ans, il passa ses journées à végéter et à attendre que le restaurateur du coin l’appelle pour le service du soir.
Mais si une chose avait changé depuis la primaire, c’était bien son physique. Le petit garçon maigrichon et voûté avait laissé place à un homme magnifique de 23 ans.
Depuis la fin de son adolescence, sa figure s’était masculinisée par des maxillaires carrés laissant paraître un creux, au niveau des joues, qui lui conférait une allure très virile. Seul ce détail aurait pu suffire à le qualifier de ‘‘beau’’, mais ça ne s’arrêtait pas là. Ses deux yeux d’un bleu glacial, réchauffés par une large frange de cils foncés lui donnaient un regard angélique et sexy à la fois. Les sourcils, épais comme il le fallait, sublimaient ses expressions faciales et juste au-dessus ressortait son front dans les proportions qu’il fallait afin que le visage soit suffisamment osseux pour posséder des traits masculins, mais pas en excès à l’instar de Quasimodo.
C’était donc cela un joli visage : un assemblage de proportions scientifiques, qui permettait une harmonie parfaite. Tout semblait idéal, de ses cheveux châtain foncé à son menton carré. Sa barbe légère assombrissait sa peau claire et le sexualisait davantage. Et lorsqu’il riait, ses dents impeccablement alignées et de taille parfaite, mais sans effet clinquant, provoquaient chez les autres une réponse similaire immédiate. Il était difficile de lui résister... Les femmes comme les hommes d’ailleurs… Ces derniers ne ressentaient pas de jalousie. Ils se laissaient impressionner comme des esthètes découvrant une œuvre d’art.
Hugo possédait en plus de sa beauté, de l’humilité. Il n’énervait pas les gens, il les captivait. Les harmonies parfaites étaient, certes, un atout, mais il bénéficiait aussi d’une grâce naturelle. Il souriait délicatement. Ses gestes étaient aériens et il parlait calmement avec une voix déjà un peu caverneuse, malgré son jeune âge. Il s’habillait simplement et élégamment et son corps, fidèle à son visage, était bien proportionné. Grand et fin, muscles dessinés sans pratique physique régulière, on le qualifiait tantôt de « mannequin », « belle gueule » et par ses semblables : « beau gosse ».
Hugo avait eu du mal avec ce changement soudain. Passer d’un physique de garçon ordinaire à une véritable silhouette d’acteur souleva, chez lui, une question : « Pourquoi ces filles qui ne me regardaient jamais avant, attendent devant chez moi ? »
C’était sa nouvelle vie. Il avait un véritable fan club auprès des femmes du coin et sortir avec lui semblait être vu comme un accomplissement.
Au début de sa transformation physique, le fait de pouvoir fréquenter les plus belles filles, lui avait permis de connaître les femmes, d’une part et de prendre confiance en lui. En effet, toutes les beautés inaccessibles du temps de son allure banale se jetaient, à présent, sur lui. Il tira profit de cette situation quelques mois, mais cela fini par le lasser.
Se rendant compte que ces filles ne le côtoyaient que pour ses attraits, il évita rapidement son fan club, lui ôtant l’espoir de jouir d’une certaine notoriété.
Ses parents aussi furent surpris par sa métamorphose. Eux qui présentaient des traits banals dans la famille : de la grand-mère au tonton en passant par la cousine et même son frère, Maxime ! Ils portaient tous un physique ordinaire. Loin d’être vilains, avec chacun quelques atouts, mais non réunis en une personne à l’image d’Hugo. À croire que les meilleurs gènes de ses ascendants s’étaient rassemblés en lui.
Cela restait tout de même un sujet tabou dans la famille. Il était inutile d’éveiller des jalousies avec son frère, Maxime, à l’allure fade.
Sans l’exprimer verbalement, Céline pensait que son fils aîné choisissait d’aller à Paris pour passer toutes sortes de castings de publicité, de mannequinat et pourquoi pas d’acteur.
— Et tu vas aller où ? lui questionna sa mère.
— Je m’installerai à l’hôtel quelques jours et je verrai par la suite.
— Avec quel argent ?
— J’ai un peu de côté avec les extras au restaurant.
— Tu sais qu’il faut manger aussi ?
— J’aurai assez… et je pars demain !
Ses parents se regardèrent et Céline trouva l’idée de leur fils démesurée pour un garçon qui ne connaissait presque rien à la vie. Serveur occasionnel dans un restaurant au centre-ville, il n’appréciait pas ce travail et mis à part cela, il ne s’était jamais occupé de lui-même. Si bien que, se faire à manger, faire des lessives et entretenir son habitat, étaient pour lui, des choses qui se faisaient toutes seules. Céline, mère attentionnée, avait maintenu cela, à tort peut-être.
Hugo gagna sa chambre. Ses parents se retrouvèrent seuls dans la cuisine.
— C’est peut-être bien pour lui, ce sera une expérience. Il reviendra vite à mon avis, mais ça lui servira de leçon, annonça le père.
— Mais tu te rends compte qu’il ne sait rien faire de ses dix doigts ? Il n’imagine pas dans quoi il s’embarque !
— Justement, laisse-le faire. Pour une fois qu’il exprime une envie. S’il ne part pas, il va faire quoi ici ? Deux soirs par mois au restaurant quand le patron a besoin de lui et sinon, quoi ? Rester planqué dans sa chambre ? Non, pour une fois, je trouve que ton fils a une idée lumineuse.
Céline se disait que si Michel approuvait le choix d’Hugo, alors elle se sentirait coupable de ne pas le laisser partir. Son fils était majeur depuis plusieurs années et elle manquait d’argument pour le retenir. Elle dut se résoudre à accepter sa volonté.
Le lendemain, Hugo se tenait dans l’entrée de la maison familiale avec un seul sac posé sur le tapis. Il dit au revoir à ses parents et à son frère Maxime. Ce dernier, ému, cachait une légère jalousie au fond de lui. Il trouvait son frère audacieux et se disait qu’il n’aurait pas eu le même courage.
Hugo partit dans sa petite voiture vert foncé direction la gare de Vienne.
Dans le train qui le menait à la gare de Lyon de Paris, il regardait le paysage comme une fresque qui l’emmenait tout doucement vers une nouvelle ère, laissant le passé ennuyeux derrière lui.
Hugo n’avait qu’une idée en tête en décidant d’aller à Paris : faire fortune !
Sa métamorphose récente avait fait naître en lui la possibilité de faire de son visage son gagne-pain. Il l’avait vu dans les médias : être beau, ça pouvait rapporter gros ! Rares étaient les stars au physique ingrat possédant des yachts et résidant dans des villas de luxe. Il remarqua que la beauté s’associait à la réussite. Il avait vu cela dans le regard que les gens posaient sur lui. Seulement, sa jeunesse et sa naïveté idéalisaient cette pensée.
Il refusa d’avouer son désir de gloire à ses parents, car il savait, au fond de lui, que son objectif pouvait l’amener à mal se conduire. Il ignorait tout du comportement à adopter à Paris, comment se faire des relations et jusqu’où fallait-il aller pour réussir. Il se sentait capable de tout, même des pires choses. Ainsi, loin de ceux-ci, il aurait la liberté d’agir sans leur désapprobation.
Une deuxième chose l’obsédait outre l’argent, c’était l’oisiveté. Ses parents n’avaient pas tort en pensant qu’il était fainéant. C’est vrai qu’il l’était. Du moins, sa vie actuelle ne lui avait encore pas permis de trouver une occupation assez intéressante pour le combler et l’enthousiasmer.
Dans le train, il ne savait pas ce qui l’attendait. Ayant menti à sa mère sur sa réservation d’hôtel, il ignorait où il passerait sa première nuit parisienne.
Il avait tout de même choisi son lieu de résidence. Sur vingt arrondissements possibles, son choix se portait sur le septième. Parce qu’il avait vu que ce quartier était un des plus riches de Paris et que s’il souhaitait devenir fortuné, autant commencer par côtoyer des gens qui l’étaient.
Complètement fauché, avec quelques pièces en poche, il ne possédait, en fait, aucune économie liée à ses extras au restaurant de Vienne. En réalité, il n’avait pas beaucoup réfléchi. Seule sa quête comptait. Pour le reste, il se débrouillerait.
Douzième arrondissement de Paris, gare de Lyon.
Sortant du train, noyé entre tous ces gens qui vont et qui viennent, il semblait perdu. La tête baissée sur son Smartphone captant Google Maps pour être certain de ne pas louper la ligne 14 du métro de la gare, bousculé par la foule qui, contrairement à lui, semblait savoir où se diriger, il connut ses premiers instants de solitude parisienne. Tant de monde et pas le moindre intérêt porté aux autres. D’où peuvent venir tous ces gens pensa-t-il.
Il leva la tête pour essayer de trouver des indications concernant la station de métro qu’il avait notée lorsqu’il traça son itinéraire avant de partir. C’était peine perdue. C’était comme si toutes les personnes qui venaient devaient déjà connaître les lieux. Ce qu’il trouva aberrant pour une gare. Demander de l’aide pour trouver son chemin aux inconnus était proscrit ! Il pouvait sentir leur indisponibilité sur leur visage fermé et dépourvu d’expression. Dans cette gare, ce n’étaient pas des gens qu’il croisait, mais des véhicules non motorisés à allure humaine.
N’arrivant plus à jongler entre son téléphone et la foule à éviter, il finit tout de même par apercevoir ‘‘ligne 14’’ au loin. Il descendit les escalators et put tester le métro parisien pour la première fois de sa vie. Il y vit toutes sortes de gens.
De la pauvreté marquée aux richesses exposées. Tout le monde se confondait. Les nationalités se mélangeaient et dans ce brassage culturel où il entendit toutes sortes de langues, de l’espagnol à l’arabe en passant par le chinois, il se dit qu’il serait bien ici. Les personnes excentriques vivaient en paix à la capitale. Il remarqua des looks très recherchés sur certaines personnes sans que cela dérange le tout-venant. Hugo, malgré sa beauté, pouvait se tenir debout face à de nombreuses femmes sans qu’elles le regardent avec insistance. Elles l’avaient remarqué, il s’en était inquiété d’ailleurs. Mais il demeurait tranquille, tenant la barre du métro qui le menait à la station Madeleine.
À Vienne, toutes les filles ou presque le connaissaient et ne l’auraient pas lâché des yeux une seconde. C’est aussi peut-être cela qu’il fuyait inconsciemment.
Il dut être attentif pour ne pas manquer le changement de station.
Arrivé à la station Madeleine, il reprit le métro, ligne 8.
Station des Invalides, septième arrondissement de Paris.
Sortant du tube, il se dirigea dans le couloir du métropolitain sans savoir encore où aller. Il vit un homme qui chantait du blues. Il s’arrêta. Le musicien, d’environ 25 ans, dégageait de la sympathie. Guitare à la main, le son sortant de ses cordes vocales exprimait, toutefois, de la mélancolie et enveloppait d’empathie l’assistance. C’était comme si le public était témoin d’une personne en souffrance et qu’il l’applaudissait.
Hugo décida de rester un peu là, malgré la chaleur étouffante du métro en plein mois d’août. De toute façon, il n’avait rien d’autre à faire. Le bluesman à voix rauque était coiffé d’un chapeau en tissu brun foncé. Cheveux noirs dépassant légèrement, teint hâlé et vêtu d’une chemise bordeaux imprimée de petits saxophones dorés, jean noir assez serré et baskets de couleur vert foncé avec liseré jaune, on pouvait dire que dans le genre original, le provincial avait déniché la perle rare.
Hugo, ne s’étant jamais réellement intéressé à la musique ne pouvait dire si le morceau interprété par cet inconnu existait déjà ou faisait partie de sa composition. Les autres curieux autour s’arrêtaient brièvement, prenant au passage, un peu d’âme du guitariste et allégeaient leur contrariété du métro pour quelques minutes.
Le chanteur avait, devant lui, un chapeau en cuir retourné. Quelques pièces se superposaient à l’intérieur. Certains passants, même sans s’arrêter pour écouter, y jetaient de la monnaie. Pas un seul billet déposé. Hugo pensa, à cet instant, que cet homme, malgré son statut de Parisien, n’avait pas trouvé le secret d’une richesse rapide… bien que doté d’un talent évident.
Absorbé par les doigts de l’inconnu pinçant ses cordes de guitare, Hugo fut soudainement ramené à la réalité par une tornade humaine. Un adolescent passa devant lui à vive allure, s’enquerra du chapeau contenant le salaire du musicien et fila vers la sortie du métropolitain. Hugo, sans réfléchir, suivit le voleur. Traversant le couloir tout en évitant les passants, Hugo réussit à rattraper le jeune garçon qui, essoufflé, ne chercha pas davantage le conflit et lui rendit le chapeau.
Bien que non-concerné, il ne supportait pas cet agissement. Il fit la morale à l’adolescent tout en le tenant par le col. Le musicien apparut à leur hauteur.
— Merci mec, mais tu sais ça arrive presque tous les jours, t’as pas fini de te fatiguer. Ceci dit je te veux bien comme garde du corps !
— C’est insupportable de travailler pour rien. Tu acceptes ça ?
— C’est l’habitude… Tu ne viens pas d’ici manifestement !
— J’arrive d’une petite ville près de Lyon.
Le jeune délinquant profita de la conversation pour partir, Hugo ayant lâché son col pour prioriser sa discussion avec le mélomane.
— Et ne reviens plus ! cria Hugo pour faire peur une dernière fois au voleur du métro.
— Tu ne lâches pas l’affaire, t’es coriace ! Merci en tout cas, je te suis redevable. Moi, c’est Fab !
— Fab comme Fabrice ?
— Non, comme Fabrizio ! Mon accent italien n’a pas dû t’échapper !
— Enchanté Fabrizio, moi c’est Hugo.
Ils se serrèrent la main et dans leurs regards, une lumière s’éclaira. Fab vit en Hugo la simplicité du provincial et Hugo vit en Fab la débrouillardise du Parisien.
Tout en quittant le métropolitain, Fab, guitare accrochée au dos, questionna Hugo.
— Et tu vas où avec ton sac de randonneur ?
— Je l’ignore, sourit Hugo, les yeux baissés, gêné de devoir raconter qu’il était parti sans savoir où aller.
— Hum… je m’en doutais. Tu vas venir chez moi.
— C’est gentil à toi, mais je ne voudrais pas te déranger.
— Je t’ai dit que je t’étais redevable. Et j’ai assez chanté, je dois me reposer pour le service de ce soir.
— Le service… ? T’es serveur, en plus ?
— En plus de quoi ? Bienvenue dans la galère parisienne, mon pote ! Ici, c’est marche ou crève ! T’es dans le septième arrondissement qui puis est. C’est hors de prix, mais dans le métro les gens sont plus généreux.
— Tu rigoles ? T’as récolté quoi ? Sept euros ?
— Tu sais, ce n’est pas la première fois qu’on essaie de me voler ! Alors, toutes les trois ou quatre chansons, je prends l’argent du chapeau et je le mets dans ma poche. Regarde…
Fab ouvrit la poche de son jean et Hugo vit, qu’effectivement, le métro rapportait. Remplie de billets et de pièces, Fab avait gagné environ 80 euros en deux heures de temps.
— Je crois que mon père ne gagne pas cela en une journée, remarqua Hugo.
— Oui, mais ton père ne vit pas dans le septième ! On arrive chez moi. Tu ne feras pas attention, y’a Agathe qui doit être là.
— C’est ta copine ?
— Non, moi je suis homo… Mais ne t’inquiète pas, je ne te mettrai pas la main au cul. Tu n’es pas mon genre…
Fab plaisantait naturellement. Qui ne serait pas attiré par le jeune provincial.
Hugo, amusé par ce qui lui arrivait ne se posa pas de question. Sentant la générosité et la sincérité de Fab, il n’hésita pas non plus à le suivre.
Arrivés sur le perron de l’immeuble, rue Saint-Dominique, ils passèrent une large porte en fer forgé et montèrent les escaliers étroits qui les menaient au troisième étage, appartement numéro 34. Fab mit plusieurs secondes à trouver ses clés entre ses poches pleines et la gêne qu’occasionnait sa guitare accrochée sur son dos. Il ouvrit enfin la porte.
Hugo découvrit un appartement parisien dans toute sa splendeur. Cette espèce de loft construit dans une vieille bâtisse possédait des charmes d’avant-guerre. Les fenêtres extra larges à allège basse, les murs blancs avec moulures horizontales assorties à la fausse cheminée, la hauteur sous plafond d’au moins deux mètres quatre-vingt et le parquet en chêne, contrastaient avec le mobilier moderne et dépareillé qui trônait dans la pièce à vivre. Dans ce que Fab appelait l’entrée, Hugo vit plusieurs petits chapeaux superposés. En réalité, l’entrée n’était qu’un meuble attenant à la porte de l’appartement. Tout semblait désordonné, mais vivant, en mouvement. Un livre ouvert sur la table basse attendait son lecteur. Une veste pendait à une chaise prête à être enfilée, un verre à moitié vide oublié momentanément occupait la table de la cuisine. En un coup d’œil, Hugo fit le tour de la pièce principale.
Son regard fut naturellement attiré par la prétendue Agathe, étendue sur le canapé deux places bleu canard. Elle était assoupie et dans ses bras croisés se trouvait un coussin doré. Une étagère séparait le canapé des deux fauteuils placés devant une des immenses fenêtres. Un lampadaire dominait le tout.
Fab fit visiter l’appartement de 35 mètres carrés. Hugo fut surpris par la contiguïté que subissaient les deux colocataires. Deux minuscules chambres pour refuge, une salle de bain mitoyenne pour l’hygiène et une pièce principale pour le reste. Fab se dirigea vers l’évier de la cuisine, se lava les mains et servit deux verres d’eau. Assis à la minuscule table à manger du loft, Hugo fit part à Fab d’une remarque.
— Comment vous faites pour vivre comme ça, aussi serré ?
— Question d’habitude… C’est Agathe qui loue l’appart à la base, mais sans moi, elle ne pourrait pas le payer. En plus, le proprio nous fait chier tous les mois pour le loyer. Enfin, ce n’est plus un emmerdeur à ce stade, c’est un harceleur… et il est de mauvaise foi, il trouve toujours un truc pour nous soûler et il nous menace, ce con ! Enfin... pour répondre à ta question, c’est clair que l’appart est petit. Ça demande de l’organisation, mais moi ça va je respecte l’intimité des autres, ce n’est pas comme Agathe…
Fab, un brin provocateur, avait vu que celle-ci commençait à se réveiller et saisit l’opportunité de la question d’Hugo pour l’agacer.
Habituée à cela, elle se leva et lui lança le coussin qu’elle tenait lors de sa sieste. Fab, se baissant pour éviter le projectile, en rigolant ajouta à Hugo :
— Tu vois, elle est intenable ! Aucun respect !
Agathe, tout en faisant la moue, alla direction la cuisine qui, de toute évidence, était à quelques pas du canapé. De dos aux garçons, elle se fit couler un café. Elle s’installa ensuite à leurs côtés.
— T’as encore ramené quelqu’un ? Pourquoi les plus beaux mecs sont toujours homos… dit-elle en remuant sa tasse.
— Et non, ce n’est pas pour moi. À moins que tu sois homo, Hugo ?
— Non je ne le suis pas, répondit-il en regardant Agathe.
Elle lui plaisait. À son âge, tous les cœurs étaient sur le marché. Les garçons appartenaient aux filles et vice-versa. La drague était permise et un seul regard suffisait à dire « si tu es libre viens avec moi et si tu n’es pas libre, viens quand même avec moi ! »
Agathe déchiffra très vite ce code lié à sa jeunesse. Âgée de 22 ans, elle possédait le même langage corporel qu’Hugo.
Cheveux châtains, au carré, ondulés et brillants, visage rond et grands yeux bruns en amande, elle ressemblait à une poupée. Petite avec quelques formes, elle ravissait Hugo par sa beauté naturelle. Fab interrompit le jeu de regard.
— Tu chantes ce soir ?
— Oui… et toi tu bosses ?
— Ouais, c’est pour ça que je suis rentré. Va falloir que je dorme un peu.
Agathe et Fab expliquèrent à Hugo leurs soirées parisiennes. Tous les deux au service d’un bar du quartier, lui, servait et elle, chantait.
— Vous êtes chanteurs, tous les deux ?
— Oui, répondit Agathe, Fab ne fait que servir pour l’instant, mais il se peut que bientôt, on se relaye pour les chants.
— Le patron veut un chanteur tous les soirs. Moi, je commence seulement en tant que serveur dans ce bar, mais il veut m’écouter chanter et il décidera s’il me prend ou pas, précisa Fab.
— C’est super, vous serez peut-être célèbres à terme, c’était génial dans le métro ce que tu jouais. C’est ta compo ?
Fab se mit à rire.
— Non, mon pote… c’était
d’Eric Clapton
. Tu sors vraiment de ta campagne, ma parole, tu ne connais pas
Eric Clapton
, sérieux ?
— C’est un truc de vieux, non ?
— C’est de la culture, mon gars ! lâcha un Fab amusé.
— Et vous êtes nés à Paris ?
— Moi oui, répondit Fab.
— Pas moi, je suis venue pour le chant, ajouta Agathe, je cherche un producteur.
— Je te le souhaite, dit Hugo de façon polie tout en quittant sa chaise.
Hugo les remercia pour leur accueil et leur indiqua qu’il allait faire le tour du quartier, voir où il pourrait passer la nuit.
— Ah bon, tu pars comme ça, d’un coup, alors que je t’offre l’hospitalité ! Non, non et non ! Toi, tu restes là ! Beau comme tu es, tu vas te faire harceler. La nuit, c’est la jungle ! Tu dormiras sur le canapé et ce soir, tu viens avec nous au bar. Je te présenterai le patron, je suis sûr que si tu ne fais pas trop ton couillon, il te prendra à l’essai, imposa Fab avec sa générosité habituelle.
Hugo, bien que gêné, accepta volontiers. Il faut dire que Fab avait du charisme et il était difficile de s’opposer à lui.
L’italien lui indiqua où poser ses affaires. Ce fut rapide. Hugo n’étant venu qu’avec quelques vêtements, une brosse à dents et un rasoir, il n’encombra pas davantage l’appartement exigu.
Fab s’excusa et s’éclipsa dans la chambre pour se reposer avant le service du soir. Agathe et Hugo se retrouvèrent seuls. Elle l’invita à s’installer sur le canapé. Elle alluma la télévision. Un film italien se jouait avec les sous-titrages en français annotés au bas de l’écran.
— Il nous fait chier avec ses films en italien, disait Agathe en changeant précipitamment la chaîne.
— Il regarde toujours des films en italien ?
— Oui, il a l’accent, mais il ne sait pas aligner trois mots, ça le complexe.
— Il n’a jamais parlé cette langue ?
— Non, ses parents ont toujours parlé français avec un fort accent italien. Fab a simplement hérité de cet accent.
Rue de Grenelle, devant le café MACCHIATO.
Agathe rangea sa trottinette dans une petite remise attenante au bar. Fab fit de même. Hugo, qui était monté sur le bolide d’Agathe pour le trajet, fut complètement dépaysé par la balade à vive allure. Le vent avait fouetté son visage, mais ne l’avait pas empêché d’observer les Parisiens dans leur quotidien. Du monde partout, dans tous les coins, des gens marchant et traversant n’importe où avec des boissons à emporter, des livreurs de pizzas en scooter ou à vélo qui doublaient les voitures par la gauche et par la droite, des mitrailles de klaxons, des ambulances qui slalomaient entre les insultes des conducteurs. C’était vivant. Hugo, bien qu’étonné, garda le sourire pendant les quelques centaines de mètres parcourus entre l’appartement et le bar.
Hugo remarqua un bâtiment énorme à deux pas du débit de boissons.
— C’est une entreprise ?
— Oui, c’est VENUS COSMETIC.
— Le maquillage ?
— Oui et tous les autres produits de beauté, précisa Fab. Agathe en a plein la salle de bain, c’est l’invasion.
— Ce sont les meilleurs produits, répondit-elle, agacée.
Ils rentrèrent tous les trois dans ce bar chaleureux et coloré. Des affiches étaient placardées sur les murs montrant des stars du passé, notamment des figures du rock’n’roll. D’autres cadres évoquaient des instruments de musique et une grande sculpture représentant un saxophone trônait au fond de la salle là où les chanteurs en herbe venaient exposer leurs voix et ravir les clients. Dès l’entrée, un petit escalier de trois marches les faisait s’enfoncer dans ce lieu comme si, une fois descendu, ils se devaient d’y rester. Fab commença le service, illico.
Agathe, quant à elle, prenait toujours un verre avant d’entrer en scène. Le patron ne les engageait pas à la même heure, mais ils avaient pris l’habitude de partir ensemble. Ainsi, Agathe profitait du bar pour se détendre et pouvait prendre le temps de discuter avec quelques fans, venus exprès pour elle, et rencontrer éventuellement un producteur ou une connaissance d’un producteur qui la remarquerait et ferait évoluer son mode de vie actuel. Ce soir, elle profita d’Hugo. Installés tous les deux au bar et servis par Fab, ce dernier ne manqua pas de parler au patron.
— Marcel, tu vois le gars au bar qui m’accompagne ? Il cherche du boulot.
— Il veut bosser ici ? Il a plutôt l’air d’un mannequin.
— Il vient d’arriver sur Paris, il a besoin d’argent.
— Ok, il peut commencer demain, il te remplacera, dit Marcel, railleur.
— Joue pas ta folle, Marcel, tu sais bien l’effet que ça me fait !
Marcel, le patron du MACCHIATO, la cinquantaine, l’haleine fétide, appréciait Fab. Il s’était fait avoir, comme beaucoup, par la spontanéité du jeune barman. Ils pouvaient se parler librement. Fab osait toutes sortes de fantaisies. Homosexuel assumé, il avait cependant bien compris que l’autodérision facilitait l’acceptation de son orientation sexuelle.
Fab, chargé d’un plateau contenant bières et sodas, chuchota discrètement à la hauteur de l’épaule d’Hugo.
— C’est bon, tu commences demain !
Hugo éleva son regard vers Marcel et le vit lui faire un clin d’œil alors qu’il essuyait un verre. Il ne savait pas si travailler ici serait une bonne idée. Serveur, il l’avait été et il ne le souhaitait plus. Mais, force est de constater que Céline et Michel, ses parents, n’étaient plus là pour gérer la partie financière et hôtelière et qu’il se devait de gagner très vite de l’argent d’une façon ou d’une autre. Il avait trouvé deux amis, ce n’était pas rien. Rester avec eux semblait être la meilleure option pour le moment.
Agathe détendit les esprits en montant sur la petite scène du fond de la salle. Sa robe verte, les ondulations de son corps et sa voix chaude et nuancée firent chavirer Hugo. Elle enchaîna les standards du rock. Elle pouvait tout chanter. Hugo observa les clients du bar et constata qu’ils étaient envoûtés par ses interprétations tantôt douces, tantôt agressives. Elle restait, cependant, gracieuse en tout temps. Cela paraissait facile pour elle. Fab s’installa deux minutes à côté d’Hugo.
— Alors, elle déchire, hein ?
— Elle est incroyable, dit Hugo, fasciné.
— Tu ne craquerais pas un peu, toi ?
— …
— T’es amoureux ?
Hugo fit un sourire gêné. Il était ébloui par la jeune femme. Cependant, bien qu’ayant enchaîné les relations charnelles à Vienne, les sentiments amoureux lui étaient étrangers. Il faut dire que ses anciennes conquêtes ne lui vouaient de l’intérêt que pour sa plastique de rêve. Aucune déclaration d’amour n’avait été prononcée avant, pendant, ni même après l’acte en question. Si bien que ses réactions vis-à-vis des femmes ressemblaient à celles d’un adolescent débutant dans l’apprentissage des codes des sentiments les plus intimes. La voir chanter et distinguer ses formes, remuer gracieusement créant des plissures sur sa robe suggestive et sexy, lui suffisait à s’imaginer l’amener dans son lit. Bien que charmé par ses courbes, son talent de chanteuse participait, en grande partie, à son engouement envers elle.
—
C’est une diva,
pensa-t-il.
Il faut dire que dans son entourage, il ne connaissait pas de talent de cette envergure. Fab possédait également une voix incroyable. Avoir rencontré deux personnes aussi talentueuses alors qu’il venait d’arriver à Paris lui donna la confirmation que c’était bien ici que tout était possible.
De retour à l’appartement n°34, Hugo s’installa sur le canapé qui lui servirait de lit tandis qu’Agathe occupait la salle de bain. Fab se mit assis à côté d’Hugo et commença à visionner son film italien sous-titré. Il répétait certains mots entendus et semblait concentré. Hugo, épuisé de sa journée, s’endormit en position semi-assise, bercé par les sons monocordes d’apprentissage, qu’émettaient Fab.
Le lendemain matin, Hugo se réveilla de bonne heure. Les volets n’ayant pas été descendus la veille, la lumière et la chaleur de l’été l’aveuglaient. En position allongée, il baignait dans des morceaux de chips. Fab avait dû en grignoter pendant ses « cours d’italien » de la veille. Il retrouva un sachet bien entamé sur la petite table, qui séparait le canapé de la télévision. Il était 9 heures. Sa mère l’avait appelé de nombreuses fois. Il la contacta.
— Allô !
— Oui, salut Hugo. Ta nuit s’est bien passée ?
— Oui, très bien, je suis à l’hôtel.
Fab ouvrit la porte de sa chambre. Complètement nu, il chantait très fort comme un ténor dans un opéra.
— Chut, la ferme, chuchota Hugo en dissimulant le téléphone contre lui.
— Quoi, t’as peur que ta copine sache que t’as passé la nuit avec un homme ?
— Ce n’est pas ma copine, c’est ma mère !!!
— Oups…
Hugo reprit la conversation avec Céline.
— Tu es avec quelqu’un ?
— Euh… non du tout, c’est un autre client de l’hôtel, je descends prendre mon petit-déjeuner. Je te laisse, le bonjour à papa et à Max !
— Au revoir, n’oublie pas de me donner des nouvelles.
Fab se dissimula derrière la table de la cuisine de peur de se prendre un coussin en pleine tête. Il était habituel, dans cet appartement, de voir des projectiles voler dans la pièce. Et surtout, Fab était joueur et n’attendait que cela. C’était sans compter sur Hugo, de nature calme, qui riait plutôt de la situation. Le jeune franco-italien se servit un bol de céréales chocolatées, y ajouta du lait et vint s’asseoir près d’Hugo sans aucune pudeur. Naturellement, sans demander si cela gênait, il remit la suite de son film italien.
— Non, mais c’est toute la journée que tu regardes ça ? demanda Hugo, moqueur.
—
Lasciami in pace
!
— Et tu te promènes toujours tout nu ?
—
Guarda il mio culo
, dit-il en décollant son postérieur vers Hugo.
Hugo, ne comprenant pas l’italien, devina tout de même par le langage non verbal de Fab qu’il ne comptait pas excuser son indécence.
Agathe rejoignit ses deux colocataires. En tenue très légère, elle attira l’œil d’Hugo. Leurs regards se croisèrent et elle en profita pour surjouer sa démarche. D’ordinaire voûtée, aujourd’hui, elle se tenait étrangement droite et forçait ses formes à se cambrer légèrement.
— Non, mais vraiment, Fab ? On a un invité et t’as pas pris la peine d’enfiler un slip ?
— Faut bien qu’il sache à quoi s’en tenir quand on passera la nuit ensemble, hein Hugo ?
Le provincial ne répondit pas aux provocations de Fab, mais son sourire doux fit comprendre aux deux Parisiens qu’il faisait partie de la bande.
Lui, c’était le calme. Fab, le boute-en-train ! Quant à Agathe, elle se montrait souvent agacée, mais au fond, elle affectionnait la dualité qu’elle et son colocataire entretenait. Le trio fonctionnait bien pour le moment. Hugo, au fond de lui, savait que ça ne durerait pas. Il avait d’autres ambitions et s’impatientait déjà de trouver la passerelle qui le mènerait vers la fortune.
Ce soir, il commençait son service au MACCHIATO. Il ignorait ce qu’il adviendrait de lui pour la nuit suivante. Ses deux amis ne lui ayant rien dit, il n’osait pas s’imposer, mais se voyait mal passer la nuit dehors. Il tenta une approche.
— On s’organise comment pour ce soir ? On fait comme hier ?
— Oui, tu monteras derrière moi à moins que je t’ai trop effrayé ? répondit Agathe.
— Non c’est très bien ! Et après, on rentrera ensemble ?
— Non on te jette à la Seine, lança Fab.
— En fait, t’as pas dû capter, mais on te garde avec nous, ajouta Agathe.
Hugo fut rassuré. C’était un palier confortable avant d’atteindre le but qu’il s’était fixé. Lui qui s’était imaginé dormir à même le sol, dans un parc, une cave, une station de métro… Ce canapé n’était pas des plus confortables, mais il se trouvait en sécurité avec des personnes généreuses et bienveillantes.
Fab reçu un coup de fil de Marcel, le patron du bar, qui lui demandait de venir en fin de matinée pour l’écouter chanter. Agathe était contente pour lui, mais ne pouvait dissimuler un soupçon de jalousie. Si Marcel l’acceptait comme chanteur au MACCHIATO, elle ne serait plus la chanteuse vedette et devrait chercher un autre contrat ailleurs pour compenser la perte financière occasionnée. Bien qu’amis, ils n’en étaient pas moins concurrents, partageant ainsi la même passion.
Hugo lui demanda s’il pouvait l’accompagner et participer à son audition, ce que Fab accepta.
Au MACCHIATO. Marcel les dirigea vers le fond de la salle, là où avait chanté Agathe la veille. Le bar n’ouvrant que le soir, ils avaient la liberté d’investir l’espace. Hugo choisit une table face à la scène. C’est ici que les premiers clients du bar s’asseyaient, la vue sur le chanteur étant frontale, directe, sans obstacle visuel ou auditif. Cette table offrait le meilleur emplacement pour les mélomanes.
Fab, un peu stressé, n’avait cependant pas perdu son humour.
— Tu ne me choisis pas, je te chope et je te retourne dans l’arrière cour.
— Allez vas-y, joue !
Marcel restait concentré et sérieux. Il devait être attentif, car les chanteurs qu’il choisissait, influaient la fréquentation de son bar. Il avait la réputation de dénicher des talents émérites et tenait à cette renommée.
