L'Amour sur le vif - Valery Coquant - E-Book

L'Amour sur le vif E-Book

Valery Coquant

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Beschreibung

Gabriel et Claire sont ensemble depuis cinq ans, mais il ne vont pas tarder à comprendre que leur histoire respective parasite leur amour...

Gabriel et Claire s'aiment. Gabriel a 42 ans. Après diverses expériences professionnelles, il s'est lancé dans une carrière d'auteur de livres policiers qui lui permet de vivoter.
Claire, 35 ans, est cadre dans un cabinet de conseils en Ressources Humaines. Elle est très férue de développement personnel, a lu l'intégral de John Gray.
Lui s'investit de plus en plus dans l'écriture. Elle, dans son appartement où elle a veillé au moindre détail. Ce n'est pas un chez-soi, c'est un sanctuaire.
Ils ne comprennent pas que leur histoire respective (l'éducation, l'échec des parents, l'intrusion de certaines amies) va parasiter leur amour. Cinq ans après leur coup de foudre, tout vole en éclats.
Gabriel revient donc sur leur histoire, entre autodérision et souffrance. Cela va former le corpus de son nouveau roman. Au fur et à mesure que Gabriel avance dans sa tâche, apparaît une nouvelle évidence : il suffirait de rien, pour que tout recommence. Car il a beau faire, Claire est toujours dans ses pensées, dans son cœur.
Peut-être que oui, peut-être que non !

Une romance malheureuse racontée avec autodérision par Gabriel. Cette narration fera peu à peu la lumière sur une évidence, celle d'un amour toujours bien présent malgré la séparation... Découvrez quel sera le dénouement de leur histoire !

EXTRAIT

Jusqu’à ce samedi de janvier : je pars. Enfin... Je pensais prendre une semaine de recul, une bouffée d’air. Tu espérais qu’au bout d’une heure, j’allais revenir pour te prendre dans mes bras. Cela ne s’est pas passé comme ça. On a laissé le malentendu s’installer et devenir gouffre. Il y a bien eu un retour de flamme. Une semaine où on y a cru. Nos retrouvailles sur le parking de la résidence. Long baiser qui s’imprime en nous. Ne manque plus qu’une musique de Michel Legrand pour faire bonne mesure. Je t’aime et l’on pourrait presque se croire dans un épisode de Sex and the city. On a toujours eu un faible pour cette série qui soudait notre complicité. Non, notre histoire n’était pas morte, il y avait encore de l’envie, du désir... La stupéfaction de ce voisin de nous revoir ensemble... Et puis rien. Une impasse. Bon sang, Claire, pourquoi ce gâchis ? Pourquoi tout balancer par la fenêtre alors que nous commencions à trouver nos repères ?

À PROPOS DE L'AUTEUR

Né dans les Hauts de France, Valéry G. Coquant a 43 ans. Agent immobilier, responsable com, puis professeur d'Histoire-géo en collège, il a un certain regard sur notre société.
Ses biographies de personnages célèbres lui ont valu d'intervenir dans l'émission Secrets d'Histoire, de Stéphane Bern.

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Seitenzahl: 173

Veröffentlichungsjahr: 2019

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Table des matières

Résumé

Préface

Prologue

Toi : Claire

Moi : Gabriel

Pourquoi écrire ?

Le quotidien

Naïveté

Les autres

Tempus fugit

Une idée

Un pas de trop

La chute

Ombre et lumières

Préparatifs

La fin

Une semaine de trop

Post scriptum

Le bilan

Le héros du jour

Épilogue

Du même auteur

Dans la même collection

Résumé

Gabriel et Claire s'aiment. Gabriel a 42 ans. Après diverses expériences professionnelles, il s'est lancé dans une carrière d'auteur de livres policiers qui lui permet de vivoter.

Claire, 35 ans, est cadre dans un cabinet de conseils en Ressources Humaines. Elle est très férue de développement personnel, a lu l'intégral de John Gray.

Lui s'investit de plus en plus dans l'écriture. Elle, dans son appartement où elle a veillé au moindre détail. Ce n'est pas un chez-soi, c'est un sanctuaire.

Ils ne comprennent pas que leur histoire respective (l'éducation, l'échec des parents, l'intrusion de certaines amies) va parasiter leur amour. Cinq ans après leur coup de foudre, tout vole en éclats.

Gabriel revient donc sur leur histoire, entre autodérision et souffrance. Cela va former le corpus de son nouveau roman. Au fur et à mesure que Gabriel avance dans sa tâche, apparaît une nouvelle évidence : il suffirait de rien, pour que tout recommence. Car il a beau faire, Claire est toujours dans ses pensées, dans son cœur.

Peut-être que oui, peut-être que non !

Né dans les Hauts de France, Valéry G. Coquant a 43 ans.

Agent immobilier, responsable com, puis professeur d'Histoire-géo en collège, il a un certain regard sur notre société.

Ses biographies de personnages célèbres lui ont valu d'intervenir dans l'émission Secrets d'Histoire, de Stéphane Bern.

Valéry G. COQUANT

L’Amour sur le vif

Roman

ISBN : 9782378736804

Collection Blanche : 2416-4259

ISSN : 2416-4259

Dépôt légal : avril 2019

© couverture Annabel Peyrard pour Ex Æquo

© 2019 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays.

Toute modification interdite

Éditions Ex Æquo

6 rue des Sybilles

L’amour, tu sais, ce dont il a le plus besoin, c’est l’imagination.

Il faut que chacun invente l’autre avec toute son imagination,

avec toutes ses forces et qu’il ne cède pas un pouce de terrain à la réalité.

Romain Gary

Il disait que la littérature était pour moi

une défécation salutaire.

Émile Ajar

Préface

Ce roman oscille entre l’analyse sauvage et les pensées hâtives d’un héros qui ne comprend pas l’échec de son couple. Avec nostalgie, humour et désespoir, la vie de deux êtres complémentaires est ainsi disséquée sans effets rebutants ni complexités cérébrales.

Au contraire, l’auteur chemine dans le labyrinthe amoureux avec légèreté, se perd dans le passé ombrageux de l’une pour retrouver les écueils familiaux de l’autre. Pas de jugements, aucun cliché, l’aventure progresse au rythme des contradictions, des éducations distinctes, entre tradition et fantaisie et des aspirations individuelles nimbées de culpabilité bien souvent inutile.

Le couple devient peu à peu un objet complexe, autant bijou d’une grande rareté que pacotille ballottée par la routine.

On ne peut rester indifférent à cette histoire d’amour tant elle nous raconte la difficulté de partager l’intimité d’une vie à deux. Cette blessure serait-elle utile ?

Prologue

Qu’ai-je fait de nous deux ?

La formule pourrait être encore plus précise : qu’ai-je fait de ton amour ?

Présentées comme cela, les choses ont l’air graves. On pourrait croire que l’on va basculer en plein drame romantique, Musset et George Sand, retour de Venise, pistolet sur la tempe et tout et tout. Ceux qui attendent les larmes et le désespoir peuvent passer leur chemin, ce n’est pas le genre de la maison. D’abord, je n’ai aucune sympathie pour George Sand. Ses histoires m’em... Pardon, m’ennuient. Et puis, on est au XXIème siècle. En fait, je préfère sourire, même jaune, plutôt que pleurer. Les larmes, je les garde pour moi. Cela fait plus de six mois que nous sommes séparés, sans espoir de retour, et je commence seulement à réagir. À envisager l’ampleur de cette décision.

Pendant 5 ans, on était tout l’un pour l’autre. Il n’y avait de vie qu’ensemble. À deux, nous commencions à bâtir ce rêve fou : créer notre famille, juste toi et moi. Nous. Les 4 premières années furent magnifiques. Il y eut bien des larmes, mais on les balayait d’un revers de la main. On allait bouder dans notre coin et on se retrouvait encore plus unis qu’auparavant. Délices ! On passait outre les tracas, convaincus que c’est comme cela qu’il faut avancer. Regarder droit devant nous, s’épauler, et dépasser les avis de ceux qui veulent s’inviter dans notre histoire.

La dernière année fut celle du naufrage. La patience à bout, la communication qui flanche. Ce constat sans appel : on n’a plus rien à se dire. À quoi bon poursuivre ? La question qui tue : que puis-je encore t’apporter ? Et mon silence en guise de réponse, comme un élève en panne, debout face au tableau noir. J’ai tant de choses à t’exprimer et je ne le fais pas, je me ferme. Je suis fatigué de nos dialogues qui finissent toujours par tourner en rond. Ils me donnent l’impression de repasser mon Bac philo à chaque fois que tu empruntes cette voie. C’est le début d’un cercle infernal. Moins je parle, plus tu t’inquiètes. Le malaise devient crise. La crise devient telle que l’un comme l’autre, nous partons le matin soulagés, et nous rentrons le soir à la maison anxieux, en traînant les pieds. Tu cherches à tout expliquer, interpréter, psychoter... Moi, je nous résume par cette formule qui vaut tous les engagements : je t’aime. Cela me fait de plus en plus mal, car je m’éloigne en me disant que je ne suis pas à la hauteur, je n’arrive plus à te faire sourire, à te faire rêver... Tu souffres. Tu te tortures, tu n’en peux plus ! Claire, qu’est-ce que tu fous avec un pauv'type comme moi ?

Jusqu’à ce samedi de janvier : je pars. Enfin... Je pensais prendre une semaine de recul, une bouffée d’air. Tu espérais qu’au bout d’une heure, j’allais revenir pour te prendre dans mes bras. Cela ne s’est pas passé comme ça. On a laissé le malentendu s’installer et devenir gouffre. Il y a bien eu un retour de flamme. Une semaine où on y a cru. Nos retrouvailles sur le parking de la résidence. Long baiser qui s’imprime en nous. Ne manque plus qu’une musique de Michel Legrand pour faire bonne mesure. Je t’aime et l’on pourrait presque se croire dans un épisode de Sex and the city. On a toujours eu un faible pour cette série qui soudait notre complicité. Non, notre histoire n’était pas morte, il y avait encore de l’envie, du désir... La stupéfaction de ce voisin de nous revoir ensemble... Et puis rien. Une impasse. Bon sang, Claire, pourquoi ce gâchis ? Pourquoi tout balancer par la fenêtre alors que nous commencions à trouver nos repères ?

À présent, nous sommes deux étrangers, chacun assis sur son petit tas de ruines. J’essaye de me convaincre que tout ce qui peut t’arriver m’indiffère. À certains moments j’y arrive très bien, je m’illusionne et tourne la page avec une légèreté déconcertante. Je me dis même qu’il y en aura une autre. Elle ne te remplacera pas, mais ce sera encore mieux, une nouvelle destination, une nouvelle histoire. Toi tu te reconstruis en luttant contre la dépression, cette quasi-certitude d’avoir été trahie. Parce que tu es un bon petit soldat, tu vas réussir à surmonter ce chaos, tu m’auras rayé de ta vie. Je serais rangé dans un tiroir de ta mémoire, dont tu auras jeté la clé. Tu parles !!!  La vérité est ailleurs, ces instants sont trop fugaces... Je m’en veux de t’avoir ratée. D’avoir saccagé notre histoire. En fait tu me manques, Claire, j’ai mal.

On fait aller comme on peut, essayant de faire son deuil sans se laisser submerger par les remords, les regrets. On s’en est sorti abîmés. On continue seul.

***

Toi : Claire

Jolie brune de 35 ans. Grande, presque 1 m 76. Élancée, beaucoup de classe. Regard gris bleu derrière de fines lunettes dorées. Cheveux coupés courts, en carré. D’apparence réservée tu es en fait une personne étonnante d’humanité. À celles et à ceux qui s’en rendent compte, tu réserves des trésors de patience, d’empathie. Tu sais écouter et rassurer les gens, tu les encourages à retrouver foi en eux. Par ta force, tu pourrais rendre le sourire à un paralytique cancéreux au dernier stade, qui vient de perdre tous les siens dans un accident.

Cette caractéristique fait merveille dans ton travail. À longueur de journée, tu reçois des âmes en peine qui se posent mille questions sur leur avenir professionnel. Officiellement, tu dois les orienter, leur faire passer des tests de compétences ou des validations d’expérience... En fait, tu te vis comme un coach qui les remet dans le droit chemin. Tes résultats font la joie de ta patronne, Mme Goulard, gérante du cabinet de ressources humaines... Tu es pour beaucoup dans la crédibilité et la réputation de cette officine. Quelle trajectoire pour une demoiselle entrée toute timide comme stagiaire à 20 ans, et embauchée en CDI un an plus tard !

Pour soulager la pression de ce sacerdoce, tu t’es aménagé un cocon douillet. Ton appartement est sans doute ton premier trophée de femme indépendante. 73 m² dans une petite copropriété qui ressemble presque à un château à la campagne. Mobilier design, peintures claires, des coussins et des plaids dans le salon pour les soirées DVD et les pauses câlins. Ne manque plus que la cheminée. L’envers du décor : un prêt à la banque sur 25 ans. Tu évites d’y penser, car cela te plonge dans une angoisse sourde... Et si tu perdais ton job, comment rembourserais-tu l’emprunt ? Tu as la trouille de te retrouver dehors. Réponse : pourquoi veux-tu perdre ton emploi ? Chaque trimestre, tu reçois au moins une offre émanant d’un cabinet de chasseur de têtes, alors...

Une telle personnalité ne résulte pas d’études ou de formations, c’est toi et c’est en toi. Mais il n’y a pas de secret. Pour parvenir à ce degré de sagesse, il t’a fallu prendre des coups, surmonter des trahisons. Très jeune, tu as appris à avancer, en une réaction de légitime défense presque... C’est de là que tu puises ton humilité et ta détermination. Pour passer ces caps, tu as fait grande consommation de dessins animés Walt Disney, et tu t’es confiée à Bourriquet puis à Marie Poppins, peluches fétiches que les soirs de doutes, tu as failli noyer dans tes larmes.

Aussi curieux que cela puisse paraître, ce ne sont pas tes formes, ton élégance ou ta voix qui m’ont attiré, c’est la bienveillance de tes yeux. Je t’ai vue, et j’ai été frappé par cette profondeur, cette bonté. C’est comme cela que tu m’as emballé. Ce n’est pas très macho tout ça, surtout à notre époque, mais à quoi bon jouer du pipeau ? Je n’écris pas pour épater les copains... Je n’en ai pas. Il est inutile de tourner autour du pot, et de partir dans des considérations salaces.

Je t’ai croisée par hasard dans le hall de l’hôtel de ville d’Arras, pendant une exposition d’artistes amateurs. Comme dans la chanson, c’était un jeudi. Il y avait un portrait de Casimir. Le gentil dinosaure te laissait quelque peu perplexe, surtout que tu n’apprécies pas du tout la couleur orange. Moi, il me faisait sourire. Normal, il me renvoyait à une autre époque... On s’est un peu bousculé, je me suis confondu en excuses... Tu m’as regardé. Voilà, le reste n’a plus eu aucune importance. Pour ne pas passer pour un type vraiment barge, j’ai eu le réflexe de taire le fait que je possédais un Casimir miniature, un jouet fabriqué dans les années 1970, dans le même tissu que l’original. C’est plus tard aussi que je t’ai avoué que Casimir était l’idole de mes 3 ans. Sur le coup, je t’ai emmenée dans un salon de thé, et ce furent nos premières heures ensemble.

C’était si facile, si simple. La sensation de t’avoir reconnue... Je ne savais même pas que je t’attendais, et boum, tu étais devant moi. La veille, si on m’avait dit que j’allais passer par ces impressions, j’aurais ri, me moquant de mon interlocuteur... On ne vit pas dans le monde des Bisounours. C’est évident, mais ce n’est pas une raison suffisante pour se défiler quand cela arrive. L’essentiel est de savoir saisir sa chance, sans se poser trop de questions. L’essentiel est de se lancer, parce que quoiqu’il arrive, à l’instant t, on ne sait vraiment pas comment cela peut se terminer. À cet instant, je ne sais pas grand’chose sur toi. Je n’ai pas besoin d’en savoir plus, ta présence me suffit.

***

Moi : Gabriel

Taille moyenne pour un homme : 1 m 80. Brun, élancé. Cheveux en arrière, fines lunettes argentées. Biologiquement, j’ai 42 ans, mais dans ma tête, je dois tout juste avoir 20 ans. Non que je m’amuse encore à faire tout et n’importe quoi sans me soucier des conséquences. Mais disons qu’à 20 ans, on a encore une certaine candeur, on a encore des tas d’espoirs... Et puis, je dois ajouter que les gens de mon âge m’emmerdent comme c’est pas permis. Soit ils ont basculé dans le camp des bobos, et ils font assaut de conformisme bien-pensant et puant, dans leur Audi anthracite... Soit ce sont des êtres déjà bien amochés par la vie. Au moins un divorce, des gosses à charge, une multitude de CDD mal payés. Ils sont aigres et n’attendent plus rien, sinon la retraite que le salopard de gouvernement est occupé à leur raboter. Parce que pour eux, tout est simple, voire simpliste : c’est jamais leur faute, toujours celle d’un autre !

Je navigue entre ces deux extrêmes, ayant l’illusion d’entretenir ma propre voie. Je ne suis pas un mouton, je ne suis aucun mouvement. Je m’en méfie plutôt. À la mode qui fascine les benêts, je préfère le style. Mon idéal ? Vivre dans un épisode de Chapeau melon et bottes de cuir et culbuter Tara King sur la banquette arrière de la Bentley. Encore que... J’ai une forte préférence pour Amicalement vôtre. D’une certaine façon, j’aime à croire que Lord Sinclair est une sorte de cousin pas si éloigné que ça. Dans la vie de tous les jours, de telles aspirations ne sont pas faciles à gérer. Je fais ce que je peux, entre détermination et indolence.

Jusqu’à 25 ans, j’ai fait l’étudiant, cumulant deux diplômes bac+5, DEA Histoire Contemporaine, et DESS en gestion des entreprises. Après, je me suis lancé dans l’immobilier. C’était le début des années 2000. La conjoncture était dure, mais avec du sérieux, de la rigueur, il y avait encore moyen de faire pleuvoir les Euros sans trop se fatiguer. Mon agence a été très vite sur orbite. En moins de 2 ans, je me suis mis à brasser des sommes... Commissions de ventes, commissions versées par les banques chez qui j’orientais les clients pour leur crédit, qu’importe leur taux de surendettement. Je ne rêvais pas à l’Eldorado, j’y étais. Sauf que cela ne peut pas durer toute la vie. Tout corps qui monte est appelé un jour à descendre. Pas grave, quand le ciel gris s’est levé, j’ai vendu l’affaire à un salarié. J’ai pris le magot, et suis devenu marchand de biens. Un type qui achète des immeubles et les revend, bien sûr dans le souci exclusif de faire un max de plus-value. Là aussi succès... Enfin, jusqu’au moment où je me mets à fantasmer sur un hôtel particulier en centre-ville de Lille, un mini Versailles, avec pierre de taille, balcons et lambris. Un truc sensass, avec plein de possibilités pour créer des appartements, des studios... Je m’y vois déjà, palpant chaque mois les loyers. Je fais mes calculs, me projette. C’est certain, à 35 ans, je serai rentier. Comme ça, je pourrais me consacrer à mon rêve de toujours : devenir écrivain. Je n’écoute personne et surtout pas Victoria, ma compagne de l’époque, qui préfère se projeter dans notre mariage, pour faire comme tout le monde. Je me lance, joue les funambules de la finance, trois petits tours et patatras ! Les « monuments historiques » s’en mêlent, explosent les devis, les banques se retirent, et le Gabriel fait plouf. Limite faire glouglou ! Le projet était trop gros, trop ambitieux pour mes petits bras. Tribunal de commerce, liquidation, les charognards de tout bord se régalent. Il a raison Chirac, les emmerdes volent en escadrille. Au final, je me retrouve rincé. Fini les costumes croisés sur mesure, la Jaguar ancienne rutilante et les week-ends dans une suite du Westminster au Touquet-Paris-Plage. Victoria a essayé de m’aider, cherchant à me soutenir. Je n’ai pas supporté et me suis montré odieux. Déjà ! Un tel revers ne cadrait pas avec l’idée que je m’étais fait de moi-même. Dans l’échec je voulais être seul, sans témoin, comme si c’était une infamie. Pour Victoria, j’avais rêvé une autre existence. Je me rends compte que je ne lui ai pas demandé son avis, elle n’a pas eu le choix. Je l’ai poussée à me quitter. Fin de ma première vie.

Le reste est moins glorieux. Quotidien de baltringue, entre deux eaux. Différents emplois, parfois même en usine de construction mécanique, avec travail de nuit. Un an ici, six mois là. La plupart du temps à émarger sur les listes de Pôle Emploi. Le pire, retour chez les parents. Enfin, entendons-nous bien ! J’étais bien content d’avoir un toit, surtout que mes parents, dix ans auparavant, ont eu, sur mon conseil, la bonne idée d’investir dans un petit immeuble en banlieue de Lille. L’idée était de se ménager un revenu pour compléter leur retraite. Rez-de-chaussée commercial, loué à une profession libérale, et trois appartements. Ils ont emménagé au premier étage, et moi, je suis arrivé au moment où le troisième se libérait. Bonne pioche ! Oui, bon... Sauf qu’un seul étage entre la Mamma et moi, c’est trop peu. La brave femme se vit comme une mère juive, tendance Marthe Villalonga dans un Elephant ça trompe énormément. Le cliché est tellement facile, mais si juste. Donc forcément, des vagues, il y en a eu, pour un oui ou un non. Et que dire quand, un dimanche de grasse matinée, la Mamma apportant des croissants pour son chéri, tomba nez à nez sur ma maîtresse du moment, moitié nue, dans « ma » cuisine !!! Stupeur pour l’une, scandale pour l’autre !!! La pose d’un verrou supplémentaire sur « ma » porte d’entrée n’a pas aidé à la normalisation de nos relations.

Le seul point fixe dans cette période est l’écriture. Dans mes années de golden boy, je n’avais pas le temps, surtout pas l’envie, de me mettre à l’écriture. Je crois surtout que je n’avais rien à exprimer. Là, après la chute, la remise en cause de certains acquis, après les baffes et autres coups bas, tout était différent. Il me fallut du temps pour digérer et prendre du recul sur ces péripéties, mais une fois apaisé, je pus me consacrer vraiment à ce qui n’avait jamais été autre chose qu’une vague lubie : je me fis romancier. Je me suis purgé, en racontant sous couvert de la fiction, mes petits malheurs et mes gros travers. Publié par un éditeur régional, j’accédais à une certaine audience, frisant le millier d’exemplaires vendus à chaque fois. De quoi me faire inviter bon an mal an, à une dizaine de salons du livre en Belgique, à Paris, jusqu’en Suisse, tous frais payés... Sans compter les deux ou trois premières pages du quotidien du secteur, les interventions à la télé locale... Le tout m’aida à retrouver une certaine confiance en moi, et me procura les moyens de refaire une vieille 2 CV, car même là, je ne pouvais décemment pas conduire la même voiture que le beauf du coin. Certes. Mais il faut bien admettre qu’en analysant les faits à froid, en toute objectivité, mes 10 romans et leurs tirages ne suffisaient pas à nourrir pleinement leur auteur. Pour prétendre au vrai statut d’écrivain professionnel, il eut fallu vendre mes bouquins par centaines de mille. Moralité, heureusement que Papa-Maman étaient mes propriétaires, car depuis longtemps, j’aurais été condamné à coucher sous les ponts, ou du moins, à poser mon baluchon dans un HLM crasseux.

À ce stade, je réalise que je me suis plus étalé que pour ta présentation. Il serait facile de penser que je suis narcissique... Sans doute, oui ! Mais la vraie raison est ailleurs : mon parcours est plus tortueux que le tien. Plus exactement, nos parcours respectifs sont inverses. Tu as eu une enfance quelque peu saccagée. Pour moi, elle fut sans histoire. L’âge adulte sonne pour toi comme une libération, tandis que pour moi, c’est celui des détours, des impasses et autres bizarreries. D’une certaine façon, nous ne démarrons pas au même niveau. Toi, tu as résolu pas mal de choses, tu as fait le tour de pas mal de questions, même s’il te reste encore beaucoup de chemin pour atteindre la vraie sérénité. De mon côté, il me reste encore pas mal de boulets. Quand nous nous rencontrons, tu as atteint une certaine vitesse de croisière, pendant que je suis à peine au début de mon travail sur moi.