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L'apparition d'un spectre va lancer Alexandre sur les traces d'un crime non élucidé...
Roubaix, 1953. Willy, un batelier, est retrouvé assassiné. Un autre batelier est suspecté, mais sera acquitté faute de preuve. 50 ans plus tard, Alex, un célèbre photographe de la ville, se retrouve nez-à-nez avec le spectre de Willy qui lui demande de lui rendre justice. Aidé de son ami le commissaire Bébert, Alex va essayer de satisfaire le revenant, malgré la peur, les rebondissements et les secrets enfouis…
Ce roman, qui nous plonge dans l'univers des bateliers à la moitié du XXe siècle, offre une enquête prenante, mêlant péripéties, fantômes et découvertes familiales.
EXTRAIT
La soirée un peu trop arrosée de ce soir a quelque peu émoussée les ardeurs d’Alexandre qui s’endort comme un bébé dans les bras sa belle. Il est 3 heures 30 quand Alexandre se réveille en sueur et tremblant de peur. Il y a quelqu’un dans la chambre ! Mélinda s’est réveillée, elle aussi, mais elle ne voit personne dans la pièce. Elle lui dit qu’il a trop bu et qu’il fait du delirium ! Alexandre est assis dans le lit, adossé contre le mur, il voit distinctement ce même grand blond à la carrure imposante qui l’avait retenu en 1969 lors du suicide de Mado ! Il bafouille :
− Que faites-vous ici ? Que nous voulez-vous ?
Avec un grand sourire, l’immense personnage lui répond d’une voix grave, en lui serrant le poignet gauche très fort :
− Ne crains rien, je ne te veux aucun mal, j'ai besoin de toi. Je m'appelle Willy et, c'est parce que tu as beaucoup fait pour le canal que je t’ai choisi. Retrouve-moi demain là où ma douce Mado est venue me rejoindre. Je t’attendrai à 23 heures 30. Je serai sur le ponton du pont Nyckès, là où tu as sauvé ton ami Michel. Tu seras le seul à pouvoir me voir, comme maintenant, n’oublies pas et sois à l’heure !
Alexandre sent une sueur froide couler sur son front, sur ses tempes et dans le dos. Il a la chair de poule. Il n’ose pas bouger, toutefois, il tourne légèrement la tête vers Mélinda. Elle le regarde d’un air inquisiteur. Il regarde à nouveau devant lui. Le visiteur a disparu. Il allume la lumière. Personne n’est dans la chambre à part eux deux.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Né en 1951 à Paris,
Philippe Mary est venu habiter dans le nord très jeune où il fit ses études. Photographe d’art, puis une carrière commerciale, ne le détourneront jamais de son envie d’écrire. Son passage à la retraite lui a permis d’exprimer pleinement cette envie, ce besoin de partager des histoires et de ravir ses lecteurs.
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Seitenzahl: 159
Veröffentlichungsjahr: 2019
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L’Énigme du Canal
Roman
Philippe Mary
Cet ouvrage a été composé en France par Libre 2 Lire
www.libre2lire.fr – [email protected], Rue du Calvaire – 11600 ARAGON
Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN papier : 978-2-490522-05-7ISBN Numérique : 978-2-490522-16-3Dépôt légal : Avril 2019
© Libre2Lire, 2019
Ce 8 Août 1953, un samedi, est une belle journée d’été et, comme chaque fois qu’il fait escale à Roubaix pour quelques jours, Jeannot le batelier descend de sa péniche après s’être copieusement disputé avec Mado, son épouse qui lui reproche de revenir toujours complètement saoul de ses escapades Roubaisiennes. Mado est une superbe femme de 28 ans, mère des deux enfants de Jeannot, Martine et Michel. Elle ne supporte plus les frasques de son époux et se console dès qu’elle le peut dans les bras de Willy un batelier hollandais. Colosse aux yeux bleus et aux cheveux blonds bouclés qui encadrent un visage d’ange. Willy est amoureux fou de Mado et rêve de partir un jour avec Elle sur sa péniche qu’il a appelée : « La Belle Française ». Il aime beaucoup la France et parle le français presque sans accent. C’est une force de la nature, courageux et toujours de bonne humeur. Il est très apprécié de tous ses confrères, à part Jeannot qui a quelques soupçons sur les rapports de Mado et Willy. Soupçons entretenus régulièrement par Léon son ami d’enfance. Justement à peine à terre, Jeannot retrouve Léon et les voilà partis chez Lulu et Raymond, le petit café de la rue de la Vigne. Ils y passent le plus clair de leur temps à jouer à la belote et à boire bière sur bière. Léon n’est pas batelier il travaille dans une filature et, bien que très ami avec Jeannot, il envie un peu sa liberté sur la Péniche et, aussi, d’avoir une aussi jolie femme.
Invariablement, après quelques heures au bistrot et plusieurs litres de bière, nos deux compères reviennent sur la même discussion. Jeannot commence par écraser une larme en évoquant ses soupçons sur Mado. Léon en rajoute une couche en lui disant que s’il était à sa place, il lui ferait une surprise en rentrant plus tôt que d’habitude. En effet nos deux camarades ne daignent sortir de chez Lulu, que lorsque celle-ci ferme et les met à la porte vers les deux heures du matin. Pourtant ce 8 Août n’est pas une journée comme les autres. Jeannot a un éclair de lucidité, en relevant sa casquette et en rallumant sa cigarette maïs pour la énième fois, il dit mollement en rouvrant l’œil gauche à Léon :
Léon acquiesce d’un œil morne et les voilà en train d’élaborer un plan digne de Napoléon (un soir de fortes migraines !!!). Il est maintenant 23h30 et, nos deux camarades décident qu’il est l’heure de mettre leur plan à exécution. Ils sortent du café et remontent le canal vers « L’Envieuse ». Sur la péniche de Jeannot, tout est sombre. Il n’y a aucune lumière à bord. Jeannot entre dans la péniche. Il n’y a personne, les enfants dorment chez Léon comme à l’accoutumée puisqu’ils les hébergent quand leurs parents sont sur les canaux d’Europe. Mado est absente elle aussi ! Dans son délire éthylique, Jeannot l’imagine dans les bras de Willy. Il s’empare du couteau de boucher qui est toujours accroché au-dessus de l’évier et sort retrouver Léon qui balance sur le quai en essayant de retrouver son équilibre. Jeannot, ivre de rage, s’est dessaoulé d’un coup. Il prend Léon par le bras et lui dit :
Arrivés près de « La Belle Française », ils voient la porte s’ouvrir et Mado sortir suivie de Willy. Les deux amants s’embrassent une dernière fois et, notre belle amie reprend le chemin de sa péniche. Jeannot est aveuglé par la haine et c’est Léon qui l’entraîne derrière les arbres pour l’empêcher de s’en prendre à Mado. Cette dernière passe devant eux sans les voir et retourne sereine vers son destin. Léon a eu très peur pour la belle, il est lui aussi amoureux et, de ce fait, a repris un peu ses esprits, il dit à Jeannot :
Jeannot lui jette un regard chargé de haine et, lui fait signe de le suivre sur la péniche de Willy. Il frappe à la porte, celle-ci s’ouvre sur l’imposante carrure de Willy qui voit une forme brillante s’enfoncer par deux fois dans sa poitrine. Sans un mot il s’écroule en arrière et ferme à jamais les yeux. Léon est affolé.
Ce dernier est en train d’essuyer le couteau sur la manche de sa veste et répond à Léon :
Il est 4 heures du matin lorsque Jeannot rentre sur sa péniche, Mado fait semblant de dormir. Elle le voit, avec stupéfaction, changer de vêtements et ressortir. Par la petite fenêtre, elle le voit donner le sac contenant sa veste et son pantalon à Léon qui s’éloigne rapidement en direction de son domicile, une petite maison en cour qui donne sur le bord du canal.
Les cloches des églises carillonnent et la majorité des habitants de Roubaix sont à la messe. Neuf heures du matin, Mado est debout depuis plus d’une heure. Le café embaume toute la péniche. Jeannot émerge et Mado s’empresse de lui porter son café au lit. Il le boit, sans un merci, puis lui dit :
Mado approuve de la tête et, c’est vrai qu’elle est contente. Elle s’entend très bien avec Louisette, la femme de Léon, leurs enfants jouent et vont à l’école ensemble donc, pas de problème. A 10h30 la petite famille Pellot, c’est le nom de famille de Jeannot, arrive chez la famille Vermeulen, patronyme de Léon. Après s’être dit bonjour et quelques embrassades plus tard, pendant que les enfants jouent dehors, nos quatre amis savourent une bonne bière. Soudain Léon demande à Jeannot de l’accompagner chercher de l’herbe et des pissenlits pour ses lapins. Il a en effet un beau clapier au fond de son jardin situé juste en face de sa maison. Jeannot acquiesce et les deux compères montent sur leur vélo avec chacun une petite remorque derrière pour mettre l’herbage. Ils partent, non sans avoir été prévenus par les deux femmes qu’il fallait qu’ils soient là pour midi et, en sang frais !!! Ils l’ont juré et, aussi incroyable que cela paraisse, à 11h55 ils sont de retour, sobre et les remorques pleines. Mado et Louisette n’en reviennent pas, à tel point qu’elles ont mis les enfants à table et que rien n’est prêt pour les quatre adultes. A leur grande surprise, les deux hommes en rigolent et leur disent qu’en attendant, ils boiront quelques bières en leur donnant un coup de main. Les deux femmes n’en croient pas leurs oreilles. Elles se regardent sans trop comprendre. C’est la première fois qu’ils s’offrent à aider à une quelconque tâche ménagère ! Pendant que nos deux familles mangent et passent un bon moment en plaisantant sur leurs différentes connaissances, on entend la sirène des pompiers qui se rapproche. De leur jardin Léon, Jeannot, Louisette et Mado les voient passer sur la berge. Mado inquiète, a peur pour sa péniche, tout le monde se précipite vers le canal et, tous poussent un ouf ! de soulagement. Les pompiers sont passés devant l’Envieuse et continuent plus loin. En effet une fumée noire s’élève derrière les arbres !!! Mado est affolée, c’est là qu’est « La Belle Française ». Le barrage établi par les pompiers et la police les empêche d’approcher. Elle insiste et un pompier finit par lui confirmer qu’il s’agit bien de la péniche de Willy.
Puisqu’il est impossible d’aller voir ce qu’il se passe sur « La Belle Française », tout notre petit monde retourne chez Léon et décide d’aller voir de temps en temps pour prendre des nouvelles. Ces dernières arrivent vite. Un voisin de Léon passait devant la péniche lorsque celle-ci était déjà en feu et c’est lui qui a prévenu les pompiers. Les policiers viennent de le relâcher, après l’avoir interrogé sur ce qu’il a vu. En fait, à part l’arrière de la péniche en flamme, il n’a rien vu d’autre. Mado lui demande s’il a vu Willy ? Non personne, ni dessus, ni autour de la péniche à ce moment-là. Les policiers lui ont confirmé qu’après l’extinction de l’incendie, les pompiers et la police n’ont trouvé personne à bord. Il est maintenant 20 heures, nos amis décident d’aller voir si on peut approcher de la péniche de Willy. Les pompiers ont levé le barrage et, bien que quelques policiers soient toujours sur la péniche inspectant chaque recoin, ils peuvent voir ce qu’il reste de « La Belle Française ». C'est-à-dire un amas de bois fumant à l’arrière, par contre, à l’avant, les cales sont intactes. Le Commissaire Legros, que ses collègues ont surnommé : Le Bœuf. Un surnom mérité non seulement à cause de son patronyme, mais surtout par son apparence. C’est un homme obèse et autoritaire qui fonce droit devant lui dans ses enquêtes. C’est lui qui est chargé des recherches et il est sur les lieux quand les deux familles arrivent. Il n’aime pas les bateliers et, de suite il fond sur Jeannot pour lui demander ce qu’il fait là. Ce dernier lui répond qu’il s’inquiète pour son collègue Willy et, qu’il vient aux nouvelles. Le Bœuf, pardon, le Commissaire Legros est un vieux policier qui marche à l’instinct et, Jeannot ne lui plait pas du tout. Toutefois il lui dit qu’il ne sait pas où est le propriétaire de cette péniche et, qu’en tout cas, il n’est pas dessus. Un jeune inspecteur s’approche du commissaire et lui murmure quelques mots à l’oreille. Le visage rougeaud et bouffi de Legros s’illumine d’un petit sourire narquois, il se retourne vers Mado et lui dit :
Mado refuse, arguant qu’elle a beaucoup de travail sur sa propre péniche et, qu’en plus « L’Envieuse » doit lever l’ancre lundi après-midi pour Amsterdam. Rien n’y fait. Legros la fait emmener. Jeannot et ses amis ne la reverront qu’à 22 heure 30, accompagnée de notre cher commissaire qui donne l’ordre à Jeannot de ne pas quitter Roubaix jusqu'à la fin de l’enquête. C’est une catastrophe, « L’Envieuse » est presque complètement chargée et, s’ils doivent rester à quai, c’est un autre batelier qui va reprendre sa cargaison. Legros les a prévenus, l’enquête risque d’être longue car il y a peu d’indices, pas de corps, or, il est sûr qu’il y a eu meurtre. Dans les décombres du rouf de la péniche de Willy, les policiers ont retrouvé des morceaux de la table, couverts de sang du même groupe sanguin que ce dernier.
Jeannot lui fait remarquer qu’il n’est pas le seul à avoir accès à cette péniche ! Ce, à quoi Legros, toujours aussi diplomate lui rétorque, qu’en effet il n’est pas le seul, puisque sa femme y était beaucoup plus souvent que lui. Il devait bien être le seul batelier passant par Roubaix à ne pas être au courant de la liaison de cette dernière avec le beau Willy. Jeannot comprend qu’il est suspect et décide de jouer l’offensé. Il se met en rage et envoie une gifle à Mado. Le commissaire les sépare et, par sécurité fait emmener Jeannot au commissariat.
Ce même Dimanche 9 Août 1953, loin de cette tragédie, dans un appartement de la cité du jardin du Plessis Robinson, dans la banlieue sud de Paris, la famille Carty est réunie pour fêter les 2 ans d’Alexandre, le petit dernier. On a sorti le Champagne et, Marie, la mère commence à couper le gâteau. C’est le moment que choisit Lucien, le père, pour annoncer qu’il vient d’être contacté par une très importante société du Nord pour diriger et moderniser son laboratoire photo. Dans cette famille, tout le monde travaille dans le milieu de la photographie et, l’offre de cette grosse entreprise est difficilement refusable. Lucien a donc décidé d’accepter. Il aura un salaire trois fois supérieur à son salaire actuel, plus une maison de fonction. Malgré les hésitations de Marie qui n’a jamais quitté Paris et, qui lui fait remarquer que la famille Carty est issue de sept générations de Parisiens, qu’ils ne connaissent personne dans le Nord, qu’il y fait froid. En fait elle a peur d’arriver dans un lieu inconnu. Lucien insiste et finit par la décider. Il lui promet que si elle ne s’habitue pas, ils reviendront à Paris et que, de toute façon ils viendront passer un week-end sur deux dans la famille. La décision étant prise, on continue la petite fête pour Alexandre, dans la gaieté la plus totale. Le déménagement est prévu pour début Octobre. C’est avec une certaine appréhension, mais aussi un énorme espoir que toute la famille se prépare à faire ses colis pour cette nouvelle aventure.
Un samedi, les Carty emménagent à Roubaix dans une très belle maison de maître, mise à leur disposition par l’entreprise qui a embauché Lucien. Marie n’en croit pas ses yeux. Elle ouvre l’énorme porte en chêne de sa nouvelle demeure. Elle découvre le grand hall qui distribue les pièces avec, à droite une grande salle de séjour, à gauche un salon aux boiseries sculptées et en face un grand escalier de marbre pour monter au premier étage. La porte-fenêtre de la salle de séjour donne sur un grand jardin orné de parterres de fleurs et de quelques arbres, dont un saule pleureur, un pommier et un cerisier. Elle a oublié pour un temps Paris, la famille et ses origines.
Lucien achète « La Voix du Nord », pour se mettre dans l’ambiance affirme-t-il et, connaître un peu mieux son nouvel environnement. On y parle de la vie de la région mais, surtout d’un procès pour meurtre sur un batelier, par un autre batelier. Meurtre, qui se serait déroulé au mois d’Août de la même année. D’après le journal, la présumée victime, un certain Wilfrid Degroote surnommé Willy aurait été assassiné par Jean Pellot, dit Jeannot et son ami Léon Vermeulen, dans la nuit du 8 au 9 Août 1953. Seules les présomptions du commissaire Legros accablent les accusés car, le corps n’a jamais été retrouvé et aucun témoin ne les a vus près de la péniche de Willy. Les accusations reposent uniquement sur le fait que la femme de Jeannot, Madeleine Legrand dite Mado, épouse Pellot, était la maîtresse du disparu. La péniche de la présumée victime a brûlée dans l’après-midi du 9 Août. A cette heure-là, les accusés étaient tranquillement en train de manger chez la famille Vermeulen, les habitants de la cour en ont témoignés. Lucien se dit que finalement, que ce soit à Paris ou ailleurs, les histoires de cul finissent toujours mal !!! Quelques jours après il apprend par le même journal que les accusés, ont été acquittés, faute de preuves mais, que cela a détruit la vie du couple Pellot. Ceux-ci ont dû vendre leur péniche. Jeannot s’est fait embaucher dans la filature avec Léon et les deux couples vivent maintenant dans la même cour à quelques maisons d’intervalle.
Pendant toutes ces années Lucien a repensé de temps à autre à cette étrange histoire. Le soir du 5 Décembre 1965, au cours d’une discussion qui porte sur la justice, un devoir d’Alexandre qui a maintenant quatorze ans, il lui parle de ce mystère qui n’a toujours pas été élucidé. Il lui montre un petit classeur dans lequel il s’est amusé à compiler des articles de journaux lors des premiers mois de leur arrivée à Roubaix. Ceci afin, de mieux faire connaissance avec la ville et, bien sûr, il ressort l’histoire du disparu du canal.
A la lecture de ce drame, l’esprit romanesque du jeune homme s’enflamme. Il va souvent se promener sur les berges du canal. Précisément à l’endroit où « La Belle Française » était amarrée. C’est là, en effet, que l’on est en train de transformer le petit pont Nyckès, en un splendide ouvrage aussi large que le boulevard qui y abouti. Ce chantier l’intéresse beaucoup. Il a souvent été intrigué de voir, le samedi soir, une femme de noir vêtue, jeter des fleurs et, parfois, même de simples herbes dans le canal. Il l’avait toujours prise pour une folle, et puis ce nom, Pellot, un de ses camarades d’école s’appelle comme ça ! Michel Pellot, un élève brillant, dont la sœur Martine, une superbe blonde, de deux ans son aînée, attire les regards des garçons du lycée lorsqu’elle vient à la rencontre de son frère. Serait-ce la même famille ?
Le lendemain, il veut en avoir le cœur net. Il prend Michel Pellot par le bras, l’entraîne à l’écart et, lui demande si son père est bien celui qui a été impliqué dans l’affaire du canal en 1953 ? Michel le regarde, visiblement très en colère et, lui répond d’un ton rageur :
Mais il se rend compte qu’il est sur le point de se disputer avec un de ses meilleurs copains et, il avoue :
Voyant que Michel parait très affecté par sa situation familiale, Alexandre préfère changer de conversation. Il a compris le drame qui avait touché les Pellot et, ça lui suffisait pour l’instant, il ne lui en reparlera plus, c’est ce qu’il se jure intérieurement, ce jour-là.
Les années passent, le pont Nyckès est ouvert depuis trois ans. Nous sommes en 1969 et, par cette belle soirée du vendredi 8 Août, Alexandre prévient ses parents qu’il va faire un tour au bord du canal. Il est resté fasciné par l’histoire de cet ouvrage entièrement artificiel et, il ne se lasse pas d’en faire des photos. Il vient d’obtenir son C.A.P de photographe d’art et, il se dit que la lumière rasante du soleil couchant doit donner lieu à de belles prises de vues. En effet, un soleil rouge éclaire le canal. Sous le pont une silhouette noire s’avance en trottinant vers le bord de la berge. Alexandre est surpris, c’est bien Mado, la femme en noir qui jette des fleurs dans le canal, la mère de Michel, mais, on est Vendredi pas Samedi ! Que fait-elle là ? Il traverse le pont et redescend du côté où se trouve Mado. Elle est toujours là, immobile au bord de la berge. Il veut aller à sa rencontre mais, il la voit basculer dans l’eau, les bras ouverts, comme portée par une main invisible et disparaître dans les eaux noires. Il va se jeter à l’eau pour lui porter secours, quand une main ferme le retient par l’épaule. Un homme grand, blond aux yeux bleus lui dit :
Des sirènes retentissent, les pompiers ont été prévenus et, sont déjà sur la berge. Alexandre se retourne pour se dégager de l’emprise qu’il sent encore sur son épaule mais, il n’y a plus personne !!!
