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Secrets, tensions et grains de sable : quand la vie dérape en un instant...
Deux auteurs vous invitent à explorer leur univers sombre et angoissant où chaque nouvelle révèle ce moment critique qui fait basculer l’existence… vers la folie ou la mort. Dans un avion ou un train, en couple ou seul, la fragilité de la ligne de vie se dévoile, et un simple détail peut tout faire basculer dans le néant. Ce recueil, fruit de la collaboration entre Christian Guillerme et Nelly Topscher, rassemble des nouvelles aussi oppressantes que captivantes, écrites après des années de participation à divers concours littéraires. Plongez dans ces récits intenses où la noirceur règne, et laissez-vous emporter par les multiples destins brisés.
Laissez-vous entraîner par ces récits haletants où chaque instant compte et où la noirceur est omniprésente !
À PROPOS DES AUTEURS
Nelly Topscher : Âgée de 44 ans, Nelly est passionnée par l’écriture, la lecture, et le droit. Après une pause pour construire sa vie professionnelle, elle renoue avec l’écriture en participant à des concours de nouvelles, retrouvant une passion qui ne la quittera plus. Ses nombreux manuscrits ressortent enfin des tiroirs, et son premier roman,
Retour vers l’amour, mêle anecdotes policières réelles et fiction, reflétant son univers unique et personnel.
Christian Guillerme : Né en 1963 à Clichy-la-Garenne, Christian est un ancien musicien devenu concepteur fonctionnel en informatique. Il écrit des nouvelles à l’ambiance noire et inquiétante depuis plusieurs années. Son premier roman,
La corde de Mi, plonge dans un thriller haletant où des personnages ordinaires font face à l’horreur. Son style visuel et captivant laissera les lecteurs hantés longtemps après la lecture. Retrouvez-le sur sa page Facebook : CG auteur.
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Seitenzahl: 83
Veröffentlichungsjahr: 2020
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L’heure du Néant
Nelly Topscher
Christian Guillerme
Nouvelles thriller
Editions « Arts En Mots »Illustration graphique : © Christian Guillerme
« Le néant après la mort ? N'est-ce pas l'état auquel nous étions habitués avant la vie ? »
Arthur Schopenhauer
Le sablier
Christian Guillerme
Au départ, rien de particulièrement remarquable. Juste quelque chose qui ne semble pas à sa place. Comme un petit caillou ou des grains de sable dans une chaussure, quelque chose qui ne se sent pas tout de suite, mais qui finit par prendre de l’importance au fil du temps... et qui petit à petit devient une véritable obsession.
*
Sur 7,5 milliards d’habitants dans le monde, 51 % sont des internautes réguliers et 39 % sont actifs sur les réseaux sociaux. Connect2Me est l’un d’eux, celui où « il faut être » en bon professionnel qui se respecte. Fondé évidemment en Californie, au début des années 2000, il était devenu incontournable. On pouvait y trouver des employeurs, des prestataires, des stages, et toutes sortes de choses pour y développer ses affaires et ses relations professionnelles. Deux cents pays, 666 millions d’utilisateurs, dont 24 millions en France.
*
Marc, chef de projet dans le monde du digital, était l’un de ses utilisateurs. Il avait su au fil des mois apprivoiser ce lieu d’échange numérique où les différentes contributions des membres parlaient de Big Data, d’Uberisation, de réalité augmentée, de certification en Digital Management, mais également de social learning, de « comment calculer le ROI d’un projet IoT en entreprise » ou encore de l’incontournable disruption, un concept devenu lieu commun.
Tous les sujets ne l’intéressaient pas, loin de là, et il se contentait le plus souvent d’en survoler certains. Lui se trouvait présent sur le réseau essentiellement pour développer son carnet d’adresses. En ces périodes d’importantes restructurations dans le tertiaire, mieux valait « anticiper » !
*
Le premier grain de sable arriva un vendredi, jour de son télétravail. Une notification sur son smartphone lui signala qu’un email d’une de ses relations professionnelles l’attendait sur le réseau. Il s’y rendit depuis l’ordinateur de son entreprise, et découvrit qu’un certain Daniele Buonini, Chief Sales Officer selon son profil, s'en trouvait l’émetteur. Son message, lapidaire et sans formule de politesse, était rédigé en Italien : « Ti ho trovato finalmente (Je t’ai enfin trouvé) ».
Grâce à un traducteur en ligne, il put comprendre la teneur du courriel et, bien que surpris, lui répondit sur un ton humoristique « È forte, e allora ? (Super, et maintenant ?) » Il était manifeste que son interlocuteur s’était trompé de destinataire et d’ailleurs, il était persuadé que celui-ci laisserait les choses en l’état après s’être rendu compte de sa bévue.
Le second grain de sable arriva deux heures plus tard, alors qu’il se bagarrait avec un fichier Excel particulièrement complexe à base de formules alambiquées. Il s’agissait d’une seconde notification présente sur la messagerie de Connect2Me qu’il avait laissée ouverte. Il vit qu'il s'agissait de la réponse de Daniele à son email : « Scusa, ma non capisco ? (Désolé, mais je ne comprends pas ?) ». Marc trouva étrange cette réponse.
— Comment ça tu n’as pas compris ? se dit-il à voix haute.
La traduction donnée par le petit outil automatique n’était peut-être pas correcte après tout.
— Bon, je n’ai pas que ça à faire de toutes les manières, pensa-t-il.
Il décida de ne pas donner suite à cet échange absurde, mit fin à la connexion réseau et se concentra de nouveau sur le document à rendre à son entreprise.
En fin de journée il avait complètement oublié cet intermède italien. Il avait réussi à venir à bout de son fichier récalcitrant et terminait juste de l’envoyer à son responsable. Il en était encore à s’étirer, satisfait de lui, quand une nouvelle notification de Connect2Me atterrit sur son smartphone avec un petit « bling » sonore. Il prit son mobile en main et se rendit sur le site. Ce message émanait d’une autre de ses relations, un certain Manuele Da Silva, consultor de seguros de proximidade, écrit en Portugais : « Foste escolhido ! (Tu as été choisi !) »
— Qu’est-ce que c’est que ce délire ?
Une profonde ride horizontale de perplexité s’invita sur son front. Il devait très probablement s’agir d’un dysfonctionnement de la messagerie qui se mélangeait dans les destinataires, ça ne pouvait être que ça.
Il se contenta d’ignorer l’email de Manuele et l’effaça de sa liste de conversation, tout comme les échanges précédents avec Daniele.
Cette simple opération de suppression eut le don de faire cesser l’arrivée de nouvelles notifications.
Plus de grains de sable... jusqu’au lendemain matin !
*
Le week-end se présentait enfin, et Marc avait bien l’intention d’en profiter.
Dès les beaux jours, le rituel était immuable, après avoir étudié méthodiquement le parcours envisagé et noté les points de vue remarquables, il partait pour de longues escapades en VTT.
Son quotidien ressemblait à son intérieur : parfaitement rangé et ordonné. Il était propriétaire de son appartement en duplex, cosy, où le ménage semblait toujours avoir été fait trente secondes auparavant. Un chez-soi qui se trouvait niché dans un bel immeuble en pierres de taille d’une petite ville tranquille située dans un département de la région parisienne où bois et forêts occupaient encore une grande partie de la superficie totale.
À plus de quarante ans, la vie en duo ne lui manquait pas faute de ne l’avoir jamais goûtée, au grand dam de ses géniteurs s’inquiétant de finir leur existence sans connaître la joie d’être grands-parents.
Il alla dans le cellier pour prendre possession de son vélo, et fut surpris de remarquer qu'il n’était pas aussi rutilant qu’il l’avait laissé. Du sable s’était invité sur la chaîne et les pignons du dérailleur, ainsi que sur le guidon. Il était pourtant persuadé de l’avoir nettoyé dès le retour de sa dernière sortie, mais cela remontait maintenant à plus de 2 semaines, la faute au mauvais temps, et peut-être qu’il se trompait.
Une fois le dépoussiérage terminé, il prit encore un petit moment à réviser le trajet qu’il s’apprêtait à suivre. Il avait hâte, et s’imaginait déjà sur son vélo, humant l’air chargé d’odeurs printanières tout en pédalant à un bon rythme.
Il en était là de ses agréables pensées, lorsque son téléphone portable se mit à vibrer. Plusieurs messages se bousculaient à en croire les nombreux soubresauts qui agitaient son appareil. Les sourcils froncés, il se dirigea vers le mobile laissé sur la console de l’entrée. Quatre notifications de Connect2Me étaient affichées sur l’écran.
Les grains de sable étaient de retour.
Il déverrouilla le terminal et tapota sur la première d’entre elles. Encore une fois, le message émanait d’une de ses relations, un certain René Morcalt, courtier en prêt immobilier : « Je t’ai beaucoup cherché !». Marc fronça les sourcils.
— C’est reparti on dirait !
Il passa au second, celui de Jason Bartlett, Account Director : « You’re finally here! (Tu es enfin là !) » Puis celui d’Eshita Khan, Owner at AlphaGeek Consulting : « Don’t hide from me! (Ne te cache pas de moi !) ». Il ne prit pas la peine d’ouvrir le dernier. Il reposa doucement le téléphone, recula de quelques pas, puis s’assit sur les premières marches de l’escalier menant à sa chambre et à un petit bureau. Il avait besoin de réfléchir posément et de trier les pensées qui se pressaient à la lisière de sa conscience, oubliées ses envies de balade en pleine nature !
Au bout de quelques minutes, il décida de passer à l’action, il allait faire part à l’équipe de Connect2Me du dysfonctionnement. Il monta à son bureau pour allumer son PC personnel. Une fois sous tension, il attendit patiemment qu’il se réveille dans un ronronnement de disque dur et de ventilateur, puis ouvrit une session Internet et se connecta sur le site.
Sur la page d’accueil, il hésita entre plusieurs liens et décida de cliquer finalement sur l’un d’eux un peu au hasard. Une notification arriva au même moment. Sans prendre le temps de l’identifier, il l’ouvrit et retint un hoquet de stupéfaction, il était écrit simplement « Je suis là ! » Et la surprise avait été encore plus grande en découvrant le nom de l’expéditeur : Marc Baliers ! Le message émanait de... lui-même ! Il était impossible qu’il se soit envoyé un email sans même s’en rendre compte ! Il relut plusieurs fois le nom de l’émetteur...
— Mais qu’est-ce que c’est ce truc ? se dit-il.
Cette histoire devenait complètement dingue ! Alors qu’il réfléchissait encore à cette aberration, un autre message s’afficha : « Sais-tu qui je suis ? »
D’un doigt mal assuré, Marc parvint à répondre d’un simple « ? »
Un échange épistolaire numérique s’engagea avec son mystérieux « double ».
« Alors ? »
« Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? »
« Qui je suis vraiment n’a pas vraiment grande importance, disons que je suis le symbole du temps qui passe, mais aussi de la mort, je suis l’attribut de Chronos, l’alternance du vide et du plein... ! »
Marc essayait de réfléchir à l’énigme posée quand il se rendit compte que les messages échangés depuis le début de cet entretien surréaliste s’effaçaient automatiquement les uns après les autres de sa boîte de réception, seul subsistait le dernier ! Comment cette prouesse était-elle possible ?
Un éclair le frappa de plein fouet... Un sablier, sa tirade absconse parlait d’un sablier bien sûr ! Il l’écrivit et envoya le message. La réponse fut immédiate.
« Exact, un sablier remplit de milliards de grains de silice qui te fera prendre conscience de la brièveté de tout ce qui est soumis à la mesure. Comme tu t’en es rendu compte, je peux être qui je veux. Les identités numériques n’ont pas de secret pour moi. Je suis Manuele, Daniele, Jason, tous ceux avec qui tu as échangé depuis hier et qui ne savent même pas que je me suis fait passer pour l’un d’eux. Je suis qui je veux, quand je le désire, et actuellement, je suis... TOI tout simplement ! »
« Que me veux-tu ? »
Pas de réponse, Marc envoya un second message.
« Tu es un hacker et tu as installé à mon insu un ransomware sur mon PC ! Tu as crypté mes données personnelles et pour les récupérer, je vais devoir te payer une rançon pour avoir la clé de déchiffrement ! »
