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Manu et Myriam appartiennent au même monde : celui des cœurs remplis de colère et de violence...
Leur dieu : le whisky. Leur famille : la Meute. Leur mission : tuer. À sa sortie de prison, Manu, perdu et sans repères, devient tueur à gages pour une organisation criminelle redoutée, La Meute. Myriam, quant à elle, traîne un passé lourd de douleur et de haine, survivant dans une existence qu’elle n’a jamais choisie. Leur rencontre, dans un bar sombre, marque la naissance d’un duo aussi impitoyable qu’inattendu. Ensemble, Manu et Myriam deviennent le couple le plus redoutable que La Meute ait jamais connu.
Découvrez ce duo hors du commun, répondez à l’appel du loup, et plongez dans l’univers brutal de Manu et Myriam.
EXTRAIT
La pluie tombe sans discontinuer depuis hier soir. Le bruit des gouttes sur les volets alourdit encore mon moral déjà si bas. Je consulte mon portable pour vérifier l’heure, puis me retourne dans mon lit, cherchant le courage de me lever. D’habitude, les salariés en repos apprécient leur journée. Pas moi. Mon téléphone peut sonner à tout moment, m’entraînant vers ce job d’appoint dans lequel je suis tombée. Cumuler deux emplois pour payer des dettes… Beaucoup le font. Mais ce qui me fait enrager, c’est que ces dettes ne sont pas les miennes, mais celles du connard dont je suis tombée amoureuse. Il m’a piégée avec un crédit. Putain que l’amour rend conne ! J’aurais pu trouver un autre boulot que celui proposé par une connaissance, mais l’urgence de l’argent facile m’a poussée à accepter sans réfléchir…
À PROPOS DE L'AUTEUR
Nelly Topscher, 44 ans, est passionnée d’écriture, de lecture et de droit. Après une longue pause pour se consacrer à sa vie professionnelle et personnelle, elle a retrouvé le chemin de l’écriture à travers des concours de nouvelles. Aujourd’hui, l’addiction à l’écriture ne la quitte plus, et elle ressort ses nombreux manuscrits avec l’envie de les faire vivre pleinement.
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Seitenzahl: 267
Veröffentlichungsjahr: 2019
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Nelly TOPSCHER
LA PART DU DIABLE
Dark RomanceEditions « Arts En Mots »Illustration graphique : © Val
Chapitre 1
Le jour est levé et la chaleur déjà assommante quand j’émerge, doucement, de ma nuit de ce début d’été. Pour la première fois en dix ans, je peux affirmer qu’elle a été plutôt bonne. Pour une fois, je n’ai pas rêvé de ce jour qui a causé ma perte.
Un sourire naît sur mon visage. Aujourd’hui sonne le jour de ma délivrance. Et avec lui toute l’angoisse d’un nouveau départ qui s’annonce.
Je me redresse lentement, et jette un œil à mon environnement. Ce même endroit que je vais, enfin, quitter.
Les bruits commencent à arriver à mes oreilles. Voilà la prison s’éveille ! Je guette l’heure à mon réveil et étouffe un petit rire malgré moi. À 7 h tapantes, mon petit-déjeuner est servi, comme tous les matins.
Je suis tellement bien rodé que je fais tout, toujours à la même heure. La vie en taule est réglée comme du papier à musique. La différence, ce matin, c’est que, cette fois, je ne vais pas partir travailler aux ateliers. J’ai dit au revoir à mon responsable hier, et aux quelques gars avec qui j’ai sympathisé au fil du temps. Personne n’a su me dire mon heure de sortie, mais elle n’a jamais été aussi proche.
Mes mains se mettent à trembler. Je suis, à nouveau, pris d’une subite angoisse. Tous les détenus rêvent de ce moment-là. De cette quille qui vous rend votre liberté et dignité d’homme, mais personne ne vous prépare à ce grand saut vers l’inconnu.
Je calme ma respiration devenue rapide. Je suis devenu maître en méditation et autres techniques de relaxation depuis que je suis ici.
Ah ! Si je les avais maîtrisées ce soir-là, je n’en serais peut-être pas là aujourd’hui.
Si ma respiration se calme assez rapidement, mes souvenirs, eux, refont surface. Malgré mes cours de PNL, il m’est toujours impossible de remplacer les images du drame de ma vie par une vision positive.
J’en viens même à me demander si mon esprit ne le fait pas exprès pour me rappeler que j’ai une mort sur la conscience. L’image de ma victime déboule devant mes yeux. Ce collègue de travail qui était venu m’emmerder, alors que ma journée avait été des plus pourries. Je lui avais, pourtant, demandé de bien vouloir remettre cette discussion au lendemain. Le restaurant n’avait pas désempli de la journée, les clients, touristes pour la plupart, avaient été infects, et ce con ne trouvait rien de mieux que de vouloir m’entretenir sur le fait que je lui avais piqué une table.
— Les clients attendaient depuis un moment. T’étais pas là, je suis allé m’en occuper.
J’avais parlé le plus calmement possible.
— C’était dans mon carré, mec.
— C’est bon, je ne le referai plus. Tu te démerderas avec le patron. Maintenant, fous-moi la paix. J’ai eu une mauvaise journée.
Je cherchais alors à le contourner, mais il se mit à vociférer, et à m’insulter. J’ignorais ses sarcasmes jusqu’à ce qu’il prononce la phrase de trop.
— Avec ta tête de con, je comprends qu’elle se soit barrée ta nana.
Il n’aurait jamais dû dire ça ! Il savait que j’avais du mal à me faire à l’idée d’avoir été largué. Pour une fois que je m’étais vraiment attaché à une fille, il avait fallu qu’elle en trouve un autre au bout de trois mois.
Je me revois alors perdre totalement la notion de raison. En une fraction de seconde, je collais mon collègue contre le mur. J’étais nettement plus baraqué que lui, plus fort surtout. Je passais mes mains autour de son cou, et je commençais à serrer. Nous étions seuls à ce moment-là dans le vestiaire.
Au bout d’un moment, je remarquais qu’il avait vraiment du mal à respirer. Un rictus se dessina sur mon visage. J’aimais le sentiment de surpuissance qui m’animait à ce moment précis. Je me rappelle, aussi, le sentiment de honte que je ressentis quand pointa une érection dans mon pantalon. Mais malgré ça, je ne desserrais pas ma pression. Bien au contraire, voir son regard passer de la surprise, à la peur, puis petit à petit à une sorte d’acceptation funeste, me fit complètement tripper.
Je ne le lâchais que lorsque je venais de recueillir son dernier souffle. En quelques minutes, j’étais devenu un tueur, et j’avais adoré ça.
Les réminiscences de ce passé s’évanouissent quand un coup est frappé à la porte de ma cellule, pourtant ouverte.
— Allez gamin, tu es sortant, me dit un des matons qui m’a vu évoluer ici. Un sourire s’affiche sur son visage. Il semble vraiment heureux pour moi. La justice ne m’a jamais considéré comme dangereux. Et c’est vrai ! Je ne suis pas d’un tempérament violent. La mort de mon collègue a été un malheureux concours de circonstances. Et bien entendu, je n’ai jamais avoué à personne que j’avais aimé prendre une vie.
Je regroupe mes affaires, préparées depuis la veille. J’ai presque une pointe de regret, tellement j’angoisse de sortir. J’avais, à peine, vingt-cinq ans quand je suis rentré en maison d’arrêt. Puis, j’ai été transféré dans ce centre de détention où je suis resté jusqu’à mes trente-quatre ans, fêtés quelques jours plus tôt. J’ai énormément mûri, et surtout vieilli entre ces murs.
— T’as quelqu’un qui vient te chercher ? demande mon gardien.
— Ouais.
Je repense alors à ce qui m’attend dehors. En rupture familiale et amicale, je suis seul. Enfin pas tout à fait.
Il y a quelques mois, j’ai reçu la visite d’un homme d’une cinquantaine d’années qui m’était totalement inconnu. J’ai accepté le parloir, car toute visite est bonne à prendre en prison.
Cet homme en costume gris anthracite m’a alors parlé d’une proposition de travail un peu particulière. Il est resté très mystérieux, ce qui a attisé ma curiosité autant que ma méfiance.
— Je ne veux pas revenir à la case départ, l’avais-je averti.
Même s’il parlait à demi-mot, je ne trouvai pas ses paroles très catholiques, et la face cachée de son discours me faisait peur. Il était hors de question que je retombe en prison.
— Je ne peux rien te préciser aujourd’hui, mais tout ce que je peux te promettre, c’est que tu ne seras jamais inquiété, si tu décides de travailler pour nous.
— C’est qui nous ? insistais-je. J’ancrais mon regard en lui, cherchant à percer son secret. Il me sourit simplement.
— Je viendrai te chercher à ta sortie, et nous en reparlerons.
Il repartit aussi vite qu’il était venu, et je restais avec toutes mes questions.
Il ne m’avait plus du tout contacté depuis février. Aujourd’hui, j’allais voir s’il serait ou non présent à ma sortie, s’il était homme de parole, comme il s’en était vanté.
Une drôle d’impression m’étreint, alors que j’emprunte les longs couloirs dans le sens de la sortie. Je croise plusieurs frères de galère. Je vois dans leurs yeux l’espoir d’être un jour à ma place, mais aussi la même angoisse de ne pas savoir ce qui nous attend vraiment une fois les murs franchis.
Je dois avouer que je n’ai pas vraiment préparé ma sortie. Je sais juste qu’une chambre m’attend dans un foyer où je passais mes permissions. Lors de ces quelques jours hors des murs, je n’en avais pas vraiment profité. À chaque fois, l’euphorie des sorties était anéantie par le stress de l’inconnu, la peur de renouer avec la société.
Au greffe, alors qu’on me rend mes affaires personnelles, emballées depuis presque dix ans, je commence à réaliser que je vis mes derniers instants de détenu. Mon premier réflexe est de mettre mon Zippo doré dans ma poche. Il m’avait été offert pour mes dix-huit ans par mon père, mort l’année de mes vingt ans. S’il y a bien un objet en lien avec mon passé qui m’a vraiment manqué, c’est ce briquet.
J’ai désormais hâte de m’allumer une clope avec. Je souris pour moi-même. Si j’ai pris dix ans en âge, je reste toujours aussi gamin face à ce genre de rituel. Peut-être que je cherche à être simplement rassuré.
Quelques instants plus tard, l’agent du greffe me tend mon sésame, ce fameux billet de sortie qui fait de moi un homme libre. Un frisson m’envahit de la tête aux pieds. Plus qu’une centaine de mètres, et je me retrouve devant la lourde porte.
Le maton, qui m’a accompagné depuis ma cellule, se tourne vers moi et ancre son regard dans le mien.
— Fais attention à toi, petit. Et je veux plus te revoir ici, c’est compris ?
— Rassurez-vous, je n’ai pas l’intention de remettre un pied ici.
Nous échangeons un sourire, et je franchis la petite distance qui me sépare de ma nouvelle vie.
La lourde porte bleue se referme, et avec elle, ce bruit de verrous auquel je n’ai jamais pu m’habituer. Un peu perdu, je me dirige vers un des deux arbres présents, devant le centre de détention. Je m’appuie contre un des troncs, face à cette porte, et allume ma cigarette. Je fais jouer mon briquet, et ma première taffe me procure un plaisir immense. Pourtant, j’en ai fumé des cigarettes depuis dix ans, mais aucune n’était aussi délectable que celle-là. Le bruit d’une portière qu’on claque attire mon attention. À quelques mètres de moi, sur le parking, je reconnais l’homme qui était venu me voir. Il s’appuie contre la voiture, les bras croisés. Il ne fait aucun pas vers moi. Il respecte mon premier moment, ma communion avec ma clope du libéré.
J’écrase mon mégot de mon pied, et me dirige tranquillement vers lui. Nous nous serrons la main fermement.
— Vous avez tenu parole, remarqué-je, à défaut de trouver autre chose à dire.
— Si tu nous rejoins, tu apprendras et partageras nos valeurs.
— Et si je décide de ne pas vous rejoindre ? provoqué-je, sans le lâcher du regard. Il me sourit franchement.
— Tu es un homme libre, Manu. Le choix t’appartient. Nous te faisons une proposition, tu l’acceptes, ou la refuses. C’est aussi simple que ça.
Il a dû faire l’école du rire ce mec ! Rien n’est simple au contraire. Je ne sais pas dans quoi il veut m’embarquer et ce côté mystérieux commence à sérieusement m’agacer.
— J’ai besoin de concret pour pouvoir décider.
— Je t’explique tout plus tard. Mais là, nous allons fêter ta sortie. Après ta clope, tu rêvais de quoi ?
Je suis certain qu’il s’attend à ce que je quémande une fille, mais ce n’est absolument pas ma première pensée en écoutant sa question.
— Je veux boire un whisky.
Il émet un petit rire, sans paraître vraiment étonné de ma réponse, et en me faisant signe de grimper dans la grosse berline noire.
— Mahel a vu juste en te choisissant, dit-il, une fois à l’intérieur.
— C’est qui ce mec ?
— Chaque chose en son temps. Pour le moment, nous allons boire un verre.
Je comprends vite à son ton que le moment n’est pas à lui poser des questions. Quand la voiture démarre, j’ignore dans quoi je viens de mettre les pieds, mais une forte intuition me dit que je viens de trouver ma nouvelle famille.
Chapitre 2
La pluie tombe sans discontinuer depuis hier au soir. Rien que le bruit des gouttes sur les volets fait baisser, encore d’un cran, mon moral déjà si bas. Je consulte mon portable pour vérifier l’heure, et me retourne dans mon lit. Je cherche au fond de moi le courage de me lever, mais n’y arrive pas. Pourtant, il le faut.
D’habitude les salariés en repos apprécient leur journée. Pas moi. Je sais qu’à tout moment le téléphone peut sonner, et m’entraîner vers ce job d’appoint dans lequel je suis tombée.
Cumuler deux emplois pour améliorer son quotidien et payer des dettes. Beaucoup le font, le souci n’est pas là. Ce qui me fait enrager c’est que ces dettes ne sont pas les miennes, mais celles du connard dont je suis tombée amoureuse, et qui m’a fait contracter un crédit. Je soupire au fond de mon lit. Putain que l’Amour rend conne !
Bien sûr, j’aurais pu trouver un autre emploi que celui proposé par une connaissance, il y a déjà plusieurs mois. Le créancier étant à cran, l’idée de me faire de l’argent rapidement m’avait fait accepter, sans vraiment réfléchir, cette proposition.
Le souvenir de mon ex arrive dans ma tête, et, avec lui, la rage qui n’est jamais loin. La haine plutôt. Je lui ai promis lors de notre dernier échange au téléphone que je me vengerais de lui un jour. Il a ri avant de raccrocher. Il ne me connaît pas. D’abord, je règle mes soucis et garde espoir qu’un jour, le hasard faisant toujours bien les choses, je retomberai sur lui. Et ce jour-là...
Mon imagination s’emballe sur ce que je pourrais lui dire, ou faire. Et comme par magie, cette divagation de mon esprit me donne le courage de me lever. Enfin la motivation me gagne. Café, cigarette, musique à fond, je suis prête à affronter ma journée !
Je surveille nerveusement mon portable. Le temps passe, et je me prends à espérer que, ce soir, je ne serai pas obligée de sortir. J’ai besoin de cet argent pour encore quelques mois, c’est un fait, mais j’en ai assez de ce boulot. J’en arrive à me dégoûter moi-même. La fille qui m’a fait connaître ce filon m’avait promis qu’une fois les premières heures passées, ce job devenait agréable. Elle doit être tordue dans sa tête pour aimer ça !
Malgré le piquant de cette triste journée d’hiver, je fume une énième clope à ma fenêtre. Voilà encore une chose que je me suis promis d’arrêter. Un jour peut-être, après avoir fini d’éponger mes dettes. Peut-être, mais j’en doute !
Je m’installe devant mon pc pour vérifier mes mails et ce qu’il se passe sur les réseaux sociaux, quand la sonnerie de mon portable m’annonce que je viens de recevoir un nouveau message. J’expulse l’air contenu dans mes poumons. Ce n’est pas encore ce soir que je ferai relâche.
J’ouvre le texto, et le lit rapidement.
— Connard, murmuré-je pour moi-même, après avoir lu la consigne de mon boss. « Ils sont deux. Fais-toi encore plus jolie que d’habitude » a-t-il écrit, ponctuant ses quelques mots d’un smiley à la langue pendante.
J’ai deux heures pour me préparer à jouer ce rôle qui me bouffe plus que m’honore, et pour rejoindre ce grand hôtel du 1er arrondissement. J’essaie de voir le bon côté des choses. Au moins, j’ai la chance de côtoyer de très beaux endroits que ma qualité de caissière n’aurait jamais pu m’offrir.
Douche, maquillage savamment travaillé, et ouverture de ma penderie me prennent déjà plus de la moitié de mon temps. Je déteste ces vêtements, là aussi, fournis par l’employeur. Même s’ils me rendent sexy, ils ne correspondent pas à celle que je suis vraiment.
Un deuxième texto arrive. Oh bon sang ! La nuit va être longue. Je souffle un peu devant le prénom qui représente mon troisième client de la soirée. Il est gentil, et souvent me parle plus qu’il ne me baise. Il ne voit désormais que par moi. Va pas falloir qu’il s’attache de trop, car je ne compte pas vendre mon corps toute ma vie.
Quand j’arrive au Meurice, je vais m’installer au bar. C’est dingue comme en toute chose nous prenons très vite les habitudes. Tout est vraiment parfaitement rodé dans ce réseau d’Escort de luxe. L’appellation est bien jolie, alors que nous ne sommes que des putes. Notre chance, c’est de ne pas tapiner sur un trottoir dans un quartier glauque de Paris.
Le barman, qui commence à bien me connaître, pose un verre de martini blanc devant moi. Ce soir, il me faudrait sûrement un alcool plus fort, mais ce n’est pas dans mes habitudes.
— T’as pas l’air ravie.
— Pourquoi, les autres fois j’ai l’air joyeuse ? rétorqué-je un peu abruptement.
— Certaines transactions semblent te plaire un peu plus que celles de ce soir.
Je souris à Fred, reconnaissante d’employer ce terme-là et non celui de passes que j’entends parfois. Ici tout le monde sait ce qu’il se trame dans certaines chambres, mais personne ne dit mot. Tout le monde y trouve son compte.
— J’ai une double commande, réponds-je.
Le barman hoche la tête. Pas besoin de longs discours, il a compris. Je sirote mon verre avec encore le secret espoir que mes clients ne viennent pas.
À peine ma pensée envolée que je sens deux présences à mes côtés. Le miracle ne se produira pas. Je vais devoir bosser !
J’enfile mon masque de femme aguicheuse et souriante. Une seule œillade féline, et les deux cadres qui m’entourent sont déjà passablement excités. Quelque part ça m’arrange. Les deux heures passeront plus vite !
La chambre est vraiment très belle. Toutefois, les deux hommes me font bien comprendre qu’ils ne sont pas là pour parler des aquarelles sur les murs.
— On peut avoir ton prénom ? demande l’un, déjà nu.
— Je prends le prénom que tu veux bien me donner, fais-je, veillant à donner à ma voix un ton un peu rauque et fortement mystérieux. J’ai remarqué que beaucoup aiment ça, alors j’en use et en abuse.
Au tarif que ces jeunes cadres dynamiques paient, je me dois de donner le change. Je m’effeuille devant eux très lentement. Quand je les regarde, une fois mon string tombé au sol, j’ai comme l’impression d’avoir deux chiens devant un os à moelle. Je soupire pour moi-même. Beaucoup d’hommes sont si prévisibles dans leur instinct animal.
Je ne fais ce métier que depuis six mois et déjà je sais ce qu’il va se passer dans notre étreinte. Un devant et l’autre derrière. Fellation et levrette, le combo gagnant.
Hum ! Je me surprends à gémir sous les assauts de celui qui me pilonne. Il fait les choses bien. Je ne vais sûrement pas jouir car je sens qu’il va venir vite, mais au moins cette fois, je profite un peu des sensations qu’il fait naître en moi. Depuis ma rupture avec mon ex, je ne sais plus vraiment à quoi ressemble un orgasme. La plupart du temps avec mes clients, je fais semblant. Cela les motive et raccourcit aussi l’acte. Là, ce soir, je n’ai pas à trop jouer. Il est plutôt doué. Celui que j’ai en bouche ne tarde pas à décharger. D’un regard de chienne, j’avale jusqu’à la dernière goutte de sa semence. Il sourit avec un air de dominant, alors que le second vient de se répandre en moi dans un cri et dernier sursaut.
Les deux amis reprennent un peu leur esprit, puis l’un me regarde, tandis que je suis assise sur le lit.
— Nous pouvons t’avoir plus longtemps ? se hasarde celui que j’ai sucé.
— Tant que tu paies, tu peux m’avoir aussi longtemps que tu veux, et faire de moi ce que tu veux.
Les deux hommes rigolent, conquis. Je leur ai dit ce qu’ils voulaient entendre. C’est tellement simple.
Alors qu’ils inversent les rôles, je me mets à rêver de trouver enfin un homme qui saura m’aimer vraiment, qui saura faire du désir charnel un ciment de notre couple et non une fin en soi. Je me suis, pourtant, promis de ne plus jamais laisser de place à un homme. Mais je suis humaine et un peu de tendresse me manque. Tout ce que je sais aussi c’est que cet homme devra être différent de tous les autres qui ont croisé ma route ou jalonnent mes nuits.
Lorsque mes deux premiers clients repartent après avoir alignés les billets, il ne me reste que vingt-cinq minutes pour me refaire une beauté avant d’accueillir mon habitué.
Quand il rentre dans la chambre, je vois bien qu’il n’a pas le moral. Cela m’arrange un peu, car au moins il ne me prendra pas, mais je le plains, car je pense que c’est un homme bien, qui ne mérite pas ce que sa femme lui fait voir.
— Tu devrais envisager de la quitter cette femme qui te pourrit la vie, conseillé-je au bout d’un long moment de confidence.
— Je vais le faire, Myriam.
Lui, il connaît mon vrai nom. Dans d’autres circonstances, nous serions devenus amis, je pense.
— Qu’est-ce qui t’en empêche ?
— C’est la dernière fois que tu me vois, ma jolie. J’ai obtenu une mutation. Je pars en Australie la semaine prochaine. Nouveau pays, nouvelle vie.
— Je suis contente pour toi.
Dans un sursaut de folie, j’espère qu’il va me demander de partir avec lui, de le suivre dans ce nouveau départ. Avec le temps je crois que je pourrais l’aimer. Mais je ne fais pas partie de ses projets. J’ai été une très jolie parenthèse dans sa vie d’homme marié bafoué, mais il n’a aucune intention de vivre avec une prostituée, même de luxe.
J’ai envie de lui laisser un bon souvenir de moi, alors je m’attelle à lui faire l’amour longuement. Il n’a rien demandé. Il n’était pas venu pour ça, mais je veux lui faire plaisir.
Nos deux corps ne font bientôt qu’un et cette fois, vraiment je prends énormément de plaisir dans ses bras. Cependant, malgré sa patience et tendresse, je n’arrive pas à atteindre l’orgasme. À croire que mon corps attend celui que j’aimerai véritablement pour atteindre le paroxysme du plaisir.
Mon amant me laisse sur un dernier baiser, et un billet négligemment posé sur la table de chevet en marbre. J’en pleurerais presque quand le porte se ferme sans un bruit. Il était un peu le repère de normalité dans ma condition d’Escort. Avec lui, je me sentais un peu femme, et non pas juste un corps à prendre.
Plus tard, je prends dix minutes pour discuter avec mon mac. Enfin, mon intermédiaire, comme il exige que nous l’appelions. Pour moi il n’y a pas de différence. Il nous prend les rendez-vous, nous surveille, et surtout recompte les billets !
— Sabrina est malade. Tu peux la remplacer samedi ? me demande-t-il d’un ton qui ne laisse place à aucun refus.
— Si ses clients veulent de la blonde à la place de la rousse, oui.
Il me sourit satisfait et, après avoir pris son pourcentage, me rend les billets qui me sont dus. Chaque euro gagné me rapproche de ma liberté retrouvée.
Quand plus tard, le jet d’eau chaude de la douche purifie mon corps des souillures reçues sur cette soirée, mes nerfs lâchent comme souvent. Je ne suis pas faite pour cette vie-là. Ce n’est pas moi, je vaux mieux que cette condition de femme-objet.
Épuisée, je me couche avec l’idée de rencontrer un homme qui me permettra de me sentir enfin moi-même. Un homme qui saura me percer à jour, me voir telle que je suis, et surtout qui saura me libérer de toute cette rage enfouie en moi qui ne demande qu’à exploser.
Chapitre 3
Je regarde la scène autour de moi avec une moue un peu dégoûtée cette fois. Ce ne fut pas facile, mais j’ai fait ce que l’on m’a demandé. Je repense à toutes les descriptions lues dans le dossier que l’on m’avait remis dix jours auparavant. Le geste que j’ai exécuté sans trembler me semble, alors, si évident.
Dans un silence, je referme bientôt la chambre de cet hôtel du centre de ville de Séville. À peine arrivé dans la rue, j’allume une cigarette. Le même frisson me parcourt. Ce mélange d’adrénaline et de nicotine est toujours si jouissif pour moi. Je compléterai ce moment par un verre. Mais plus tard. Là, je sors mon portable et envoie le texto que deux autres membres attendent. J’exécute, ils nettoient ce que j’aurais pu oublier. La réponse au message ne se fait pas attendre. La machine est très bien réglée. C’est toujours très rassurant.
Je retourne tranquillement à mon hôtel l’esprit tranquille en cette fin d’après- midi. La réceptionniste qui me fait les yeux doux depuis mon arrivée quatre jours plus tôt m’adresse son plus beau sourire. Sa tension sexuelle est palpable. Elle n’était pas là, à mon départ, en début d’après-midi. Très vite, j’en conclus qu’elle vient de prendre son service, et je me promets de redescendre plus tard. Peut-être pourrai-je alors l’aider à chasser son émoi ?
Une fois dans ma chambre, je m’écroule, tout habillé, sur le lit. L’excitation retombe un peu et la tension aussi.
Je commence à somnoler, mais mon téléphone me sort de ma torpeur. Je sais quelle voix je vais entendre.
— C’est fait, Milo. Va peut-être falloir qu’un jour tu me lâches les basques. Je pense avoir prouvé que je suis digne de votre confiance, attaqué-je, un peu agacé.
Milo glousse doucement à l’autre bout du fil. Et, en plus, il se fout de ma gueule. Je me redresse, vraiment en rogne cette fois.
— Respire, Manu. Tu es un des meilleurs, et loin de moi l’idée de te surveiller. Les nettoyeurs viennent de me dire que c’était parfait encore une fois.
Je souris, satisfait de moi-même, puis fronce les sourcils, dubitatif. Pourquoi Milo m’appelle-t-il, alors ?
— Je te manque, ma biche, pour que tu me déranges après une mission ? Tu sais que j’ai besoin d’être tranquille.
— Je voulais juste te souhaiter un joyeux anniversaire de la part de Mahel et de moi-même.
— C’était il y a quinze jours !
— Il y un an, tu décidais de faire partie de la Meute.
— Il y a un an, je sortais aussi de taule et t’étais là comme promis, murmuré-je, tout à coup nostalgique.
— Nous préférons partir du moment où tu as accepté notre proposition.
Milo raccroche peu après, me laissant seul avec mes souvenirs de l’an passé. Je me revois dans ce bar où enfin je pouvais boire un single Malt, face à celui dont je ne connaissais pas le nom encore. Il se présenta enfin et me fit part de sa proposition. Devenir tueur à gages pour la Meute. J’éclatais de rire devant ces mots totalement incongrus.
— C’est quoi ce délire d’organisation secrète ? riais-je alors. L’alcool me montait déjà un peu à la tête. Il y avait tellement longtemps que je n’avais pas bu. Face à moi, Milo me regardait sans sourire. Je compris alors que ce n’était pas une plaisanterie. Ce mec était venu m’approcher en taule pour faire de moi un tueur professionnel.
L’homme en costume tira un peu sa manche, et me montra le tatouage de loup gris au creux de son poignet.
J’avalais une rasade de mon alcool brun, totalement perdu face à ce gars sorti de je ne savais où, et qui aujourd’hui m’annonçait qu’il existait cette organisation de tueurs. Devant ma mine déconfite, il commença à tout me raconter, me faisant même comprendre que certains de nos politiques en Europe et ailleurs avaient validé cette idée.
— Attends ! Attends ! Tu en en train de me dire que les États cautionnent ce type de choses ? Je ne sais pas à quoi vous carburez, ta meute et toi, mais faudrait peut-être revoir votre dose ou penser à changer de fournisseur.
Milo plaida longuement avec des arguments qui commencèrent à me plaire.
— Vous êtes un peu des supers héros quoi ! Vous éliminez les méchants, les mauvaises herbes de notre société, là où la justice est trop clémente.
J’ironisais mais tout faisait son chemin dans ma petite tête.
— Si ce résumé te convient, c’est un peu ça.
J’ancrais mon regard dans celui de Milo, qui était d’un calme ahurissant malgré toutes mes moqueries et réflexions.
— Mais qu’est-ce qui te fait croire que j’aimerai ça ?
— Parce que tu as aimé tuer ton collègue. Aucun de nous n’est un tueur de sang-froid, on déteste les injustices et les cons.
— S’il fallait tuer tous les cons qui nous entourent, tu passerais ta vie à recruter, riais-je à gorge déployée.
— Mahel et moi ne voulons que les meilleurs, et on sait que tu en fais partie.
— Vous ne me connaissez pas.
— Mieux que tu ne le penses, Manu. Tu n’en es pas conscient, mais l’esprit du loup t’habite.
— Qu’est-ce encore que cette connerie ?
— Il nous faudrait des heures pour tout te faire comprendre. Et tout ne s’explique pas.
— Euh tu commences à faire gourou de secte avec ton discours, ricanais-je en avalant une gorgée de mon whisky.
— Tu es fait pour être des nôtres.
Je scrutais Milo, essayant de percer la supercherie, mais le mec en face de moi était plus que sérieux, et convaincu de son discours.
— Comment tu sais que j’ai aimé le sentiment que m’a donné l’étranglement de mon collègue ?
— Nous étions à ton procès. Nous t’avons observé dans ton box, et nous avons su.
— Admettons ! Et je le rencontre où ce Mahel ? Tu en as plein la bouche, je suppose donc que c’est lui le grand manitou de tout cela.
Milo afficha un sourire en coin, et fit un signe de tête vers le bar. Je regardais dans sa direction et vit un grand homme d’un certain âge s’avancer vers nous. Le mec imposait le respect non pas par sa taille, mais simplement par l’aura qui se dégageait de tout son être. Je me sentis moins malin et ne pensais même plus à faire une plaisanterie. Il s’assit lentement face à moi et me regarda. Aucune animosité ne perçait son regard, mais je baissais les yeux comme un gamin devant celui qui allait devenir mon alpha.
Je secoue la tête dans ma chambre d’hôtel, un an après cette rencontre. J’ai adhéré à cette histoire de meute, d’esprit du loup. À ces valeurs de loyauté, de fidélité et de mal que nous faisons pour exterminer des vermines qui pensent que l’argent peut tout acheter. Le mal pour le bien.
Milo me forma et très rapidement je devins, comme lui, un membre du clan. Mes facilités à tuer font aussi de moi un des meilleurs éléments du groupe. Aujourd’hui, j’arbore mon tatouage avec fierté, et multiplie les contrats aux quatre coins du monde. Je ne me leurre plus, j’aime tuer ceux qui le méritent, j’aime voir la peur dans leurs yeux, quand enfin ma victime comprend que, de cette rencontre, seule la Mort sortira triomphante.
Cet après-midi, je me suis attaqué à ma première femme. J’ai hésité une fraction de seconde devant ses yeux si doux, puis ce qu’elle a fait à sa fillette m’est revenu en mémoire. Son père avait contacté la Meute pour venger son enfant de cinq ans qu’une mère avait étranglé parce qu’elle refusait de manger sa purée. La femme s’en était tirée à bon compte à coups de pots de vin. Dans mon esprit, je me voyais bien aussi tuer les juges achetés, mais je me conformais à l’ordre qui m’avait été donné. Ni plus ni moins. Quand mon flingue a atteint le cœur de ma cible, je n’ai pas tremblé. J’ai juste été envahi par le plaisir du travail bien fait.
Une bouffée de désir prend possession de mon corps, comme souvent après un contrat. Le sexe est une très agréable façon de faire tomber la tension ressentie après coup. Je repense, alors, à cette réceptionniste qui n’attend que mon aval pour se donner à moi.
Je passe sous la douche, et me prépare pour rejoindre la jolie brune. La draguer n’est pas difficile, mais je prends mon temps. Je ne suis pas un goujat avec les nanas. Je lui fixe gentiment les règles du jeu. Une étreinte, du bon temps et on se quitte bons amis. Elle me confirme qu’elle ne cherche que ce genre de relation. Le deal est passé !
Quand, à sa pause, elle me rejoint dans sa chambre, notre corps à corps est passionné. Je veux lui offrir quelques préliminaires, car je refuse d’être catalogué comme un simple queutard, mais elle n’en a cure. Elle veut un petit coup rapide, et fait tout pour l’obtenir.
Alors qu’elle se rhabille, je fouille dans le minibar de la chambre. Whisky, clope pour profiter du bien-être du pied que je viens de prendre.
— Et merde, lancé-je en tirant une mignonnette.
— Quoi ?
Je souris à ma maîtresse qui parle français.
— Tu pourras dire à tes patrons d’éviter de mettre du Blended.
Elle fronce les sourcils sans rien comprendre à ce que je viens de lui dire. Ce n’est pas grave, ma belle ! Le whisky est un art et tu n’en as pas l’étoffe. Je lui donne un dernier baiser et la laisse repartir vers son travail, vers sa vie.
