L'hiver des roses - Stéphane Turrier - E-Book

L'hiver des roses E-Book

Stéphane Turrier

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Beschreibung

Louise L'amour que l'on recherche, parfois sa vie entière sans vraiment le trouver, se dessine souvent de différentes façons, mais ne trouve pas toujours pointure à son pied. Cependant, l'espoir de le rencontrer un jour demeure, et Louise, elle, le cherche sans se l'avouer. Elle va enfin le vivre... d'une manière bien insolite. Jeannot - Jeanette Quand on passe du bon au mal... Jean n'a jamais connu de femme, n'a jamais connu l'amour, protégé par ses parents qui l'invitent depuis toujours à rester célibataire. Mais voilà qu'un jour, une jeune femme s'introduit dans sa vie et va changer le cours de son destin. Le Retour Les souvenirs peuvent aussi devenir cruels. Et les amours d'antan bousculent parfois le présent. Jeoffroy est tourmenté par ses amours qu'il pensait pourtant enterrées, mais soudains recouvrées dans un rêve qui va faire dérailler son existence. L'Héritage Sous le joug de sa mère au caractère autoritaire, Désiré vit depuis sa plus tendre enfance une vie sans sentiments ni amour, jusqu'au jour où elle décède. Alors son existence culbute.

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Seitenzahl: 146

Veröffentlichungsjahr: 2016

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Du même auteur :

L’automne d’une vie, Éd. Les 2 Encres, 2003 - Éd. BoD, 2016

Volets fermés, Éd. Les 2 Encres 2012 - Éd. BoD, 2016

« L’amour est une rose, chaque pétale une illusion, chaque épine une réalité. »

Charles Baudelaire

À Sabina

Sommaire

Louise

Jeannot - Jeannette

Le retour

L’héritage

Un an plus tard…

Louise

Comme chaque matin de la semaine, Louise se réveilla aux aurores et de bonne humeur. Elle aimait ce moment privilégié de la journée, vierge des bruits et de l’agitation du quotidien. Jouir pendant quelques minutes du doux silence qui régnait dans l’immeuble assoupi… Elle s’étirait alors longuement dans son lit douillet à souhait, et s’autorisait de traîner un peu ; cela lui donnait l’impression de reculer le moment de partir au bureau où l’attendait un supérieur qui serait, pour ne pas changer, encore mal luné !

Pour autant, rien ni personne ne pouvait l’empêcher de commencer la journée de cette manière, non ; aucun homme à l’horizon ou autres marmots braillards, pas d’animal domestique miaulant, aboyant ou piaillant sa pitance… Non, rien pour l’enquiquiner ! Louise vivait seule. Louise pouvait rêvasser tout à son aise jusqu’à ce que l’irrésistible arôme du café chaud vienne lui chatouiller les narines. Depuis quelques mois déjà, grâce à une collègue de bureau, car elle, elle n’y comprenait rien à tous ces boutons, elle avait appris à programmer sa cafetière pour le matin. Une aubaine !

Comme à son habitude, elle se dirigea d’abord vers la salle de bains. Son regard rencontra avec indifférence son visage dans la glace.

Elle se trouvait plutôt triste et banale, même si, à trente-six ans, elle gardait des restes de coquetterie. Des rides sillonnaient le coin de ses yeux bleus et elle continuait à appliquer des crèmes, espérant qu’elles disparaissent miraculeusement pendant la nuit. Elle faisait attention à sa ligne, s’infligeait de temps à autre un régime, et s’obligeait à aller à la piscine du quartier une fois par semaine malgré son profond dégoût pour les regards canaille de certains voyous traînant toujours là. Décidément, elle ne comprendrait jamais rien aux hommes ! Elle se trouvait tellement terne, regrettant des rondeurs mal proportionnées. Elle avait même surpris une conversation au bureau, entre deux collègues qui l’affublaient du surnom de « Patapouf » !

C’est vrai, elle ne faisait pas d’effort. Elle portait toujours ses vilaines lunettes qui lui mangeaient la moitié du visage, et aux verres épais qui lui faisaient des yeux de grenouille, au lieu des lentilles que lui avait pourtant vivement conseillées son opticien. Ses longs cheveux blonds soyeux restaient invariablement prisonniers d’un vilain chignon, pratique, cependant. Et sa garde-robe rendait honneur à ses aïeux !

Ce matin, néanmoins, elle s’accorda un sourire. Aujourd’hui n’était pas un jour comme les autres, non. Déjà, elle ne regimbait pas à aller au travail, malgré les certaines sautes d’humeur de sa vache de chef. Parce qu’aujourd’hui, il lui présentait son nouvel outil de travail : un ordinateur ! Elle éprouvait une excitation mêlée de crainte à l’idée de voir trôner sur son bureau cette grosse machine ronronnante capable de gérer tant de choses. Un collaborateur, technicien en informatique, serait là pour lui enseigner les rudiments d’utilisation. Pour l’occasion, elle décida d’appliquer un peu de rouge sur ses lèvres. Au cas où…

Quand elle arriva au travail, elle fut directement abordée par son supérieur qui l’attendait déjà de pied ferme devant l’ascenseur. C’était un petit homme qui, derrière une apparence qui se voulait bonasse, dégageait une certaine arrogance. Âgé d’une cinquantaine d’années, la barbichette en avant et une calvitie prononcée, il portait une silhouette qui, avec les années, s’enrobait davantage.

– Ah, vous voilà, enfin, mademoiselle, lança-t-il d’un ton bougon quand il l’aperçut. J’avais pensé qu’en ce jour particulier, vous décideriez de venir plus tôt. Je constate que je me suis trompé… Bref, suivez-moi.

– Bonjour, monsieur Serein, excusez-moi, balbutia-t-elle d’une voix fluette, je suis désolée.

– Oui, oui… C’est cela, bonjour, bonjour… Allez, suivez-moi, nous n’avons pas toute la journée, n’est-ce pas ? Je vais vous présenter la « bête », ajouta-t-il en affichant un air connaisseur. Je vous le dis en un mot : extraordinaire ! Une machine flambant neuve, munie, bien évidemment, de tous les programmes pour travailler parfaitement. Et possédant l’Internet, bien entendu, qui nous relie, comme vous le savez, au monde entier. Sans oublier, bien sûr, notre précieux Intranet. Vous allez voir, conclut-il, vous allez vous régaler !

Louise en doutait. Ce vocabulaire technique l’inquiétait.

– Il va falloir apprendre très vite, mademoiselle Dalonne. Très vite même, si vous tenez à conserver votre place. Je ne sais pas pourquoi la direction vous a retenue pour ce poste. En tout cas, vous avez une semaine pour être efficace. Bonne chance ! lui souhaita-t-il sans le penser, avant de la planter devant l’écran noir.

C’en fut trop pour la pauvre Louise qui, découragée, resta là, les bras lourds et le regard perdu fixé sur la « bête ». Seul le clavier lui paraissait familier, quoique plus long et plus large que celui de sa machine à écrire ; il était en outre pourvu de beaucoup plus de touches représentant des sigles incompréhensibles, tels que F12, F14, ESC, Str… et une multitude de flèches. Et tous ces câbles ! Cela lui faisait penser à un pauvre bougre bataillant pour sa survie dans le service de soins intensifs d’un hôpital. Quant à l’écran, il restait stupidement noir, reflétant malgré tout son image.

Lorsqu’elle s’en aperçut, elle fit un bond en arrière comme un faon effarouché. Ce fut à cet instant que Jean l’interpella :

– Ah, je vois que vous avez fait connaissance. Voilà une sacrée « bécane », vous ne trouvez pas ?... Mais… Bonjour ! Je suis Jean Dure, l’informaticien du dimanche, dit-il, un grand sourire aux lèvres. Faites-moi plaisir en m’appelant Jean, tout simplement, et en m’épargnant les blagues. Je crois les connaître par cœur ! Vous êtes madame Delonne ?

– Mademoiselle, rectifia-t-elle. Mais appelez-moi Louise, ce sera plus simple.

– OK, Louise. Mettons-nous au travail, voulez-vous ? Nous n’avons qu’une petite semaine pour vous former. De quel programme s’agit-il ?

– Ben… Tous ! s’exclama la jeune femme décontenancée.

– Comment ça, tous ?

– Je n’en connais aucun, si vous préférez, répondit-elle d’un ton blasé. Je n’ai jamais touché un ordinateur de ma vie et j’avoue même que ça me fait un peu peur, finit-elle par dire en désignant l’appareil.

Jean l’observa, perplexe.

– Alors là, je n’y comprends plus rien ! s’écria-t-il abasourdi. Monsieur Serein vous a pourtant chaudement recommandée auprès de la direction, insistant même sur le fait que vous possédiez d’excellentes connaissances en informatique !

– Là, c’est moi qui n’y comprends plus rien ! s’étonna-t-elle. Il sait parfaitement… Justement, il vient de me dire que si je voulais garder ma place…

– Ne nous affolons pas, l’apaisa-t-il avec un sourire. En une semaine, nous avons le temps d’apprendre.

– Une semaine… répéta-t-elle, sceptique.

– Mais oui, faites-moi confiance, proclama-t-il d’un ton assuré. Allons, première leçon : vous voyez ce petit bouton rouge, là, en haut à gauche ? Appuyez dessus.

Louise obtempéra et, soudain, la machine se mit à ronronner. L’écran afficha aussitôt un script illisible et une petite musique synthétisante retentit. L’appréhension de la jeune femme se transforma alors en émerveillement.

Elle suivit avec attention les diverses manipulations que lui expliquait Jean en même temps.

En fin d’après-midi, Louise pianotait comme une virtuose sur son nouveau clavier et jouait avec la souris comme si elle n’avait jamais fait que cela.

Envoûtée par cette machine qui obéissait à ses moindres clics, elle ignora monsieur Serein qui, lui, consacra pratiquement toute sa journée à l’épier.

En la quittant, en début de soirée, Jean lui laissa quelques fascicules, documentation qu’elle passa une partie de la nuit à étudier.

Quand il débarqua au bureau le lendemain matin, Louise s’essayait déjà à Internet, fascinée par toutes ces nouvelles possibilités qui s’offraient à elle.

La semaine passa comme un éclair et force fut à son chef de constater qu’elle avait largement relevé le défi.

Jean, voyant l’intérêt et la facilité dont Louise faisait preuve pour l’informatique, lui céda à titre personnel un ordinateur d’occasion qu’il avait relégué dans un débarras parmi d’autres. Il alla jusqu’à lui installer l’Internet. Il se sentait ému devant l’image de cette femme pianotant sur son clavier, le regard rivé à son écran, souriante malgré tout et l’air apaisé, toujours à l’écoute de ses conseils. Elle paraissait heureuse de cette relation qu’elle découvrait avec la machine.

Troublé par son attitude réservée, il avait franchement l’impression que cette femme qui s’entêtait à rester dans l’insignifiance en s’attifant de jupes ringardes et de corsages rococo aux couleurs dépareillées s’agrippait, en vérité, désespérément à ce nouveau moyen d’expression. Elle lui rappelait parfois une vieille fille esseulée et malheureuse qui, habituée à la solitude, découvrait une nouvelle façon de vivre et essayait de rattraper les années perdues.

Sa tâche accomplie avec succès, Jean fit son rapport auprès des supérieurs de Louise, ne tarissant pas d’éloges sur elle. Ils avaient gagné leur pari, la jeune femme était au top sur le plan informatique, au grand dam de monsieur Serein qui en vomissait de jalousie. Comment cette petite gourde avait-elle réussi aussi facilement ?

Jean laissa son adresse électronique à Louise au cas où elle aurait encore besoin de son aide, ainsi que quelques sites de chat intéressants sur lesquels elle pouvait aller se connecter. Dans un réflexe qu’il ne chercha pas à s’expliquer, il osa une tentative pour l’embrasser avant de la quitter, mais elle le repoussa doucement. Elle avait oublié depuis longtemps comment on embrassait un homme et redoutait d’être amoureuse.

La semaine suivante, Louise prit conscience que sa formation et donc son avancement étaient loin de lui procurer des avantages, bien au contraire. Cela engendrait beaucoup plus de travail et de tracas, bousculait sa petite vie bien rangée.

De fait, dès le lundi matin, monsieur Serein faisait le pied de grue devant l’ascenseur, ne cherchant nullement à dissimuler le mépris derrière ses verres de lunettes, et affichant un sourire cynique tandis qu’il l’accompagnait à son nouveau poste de travail où il détestait déjà la voir s’épanouir. Il n’en restait pas moins son supérieur hiérarchique et il s’empressa de le lui faire comprendre, redoublant d’efforts pour la rabaisser, voire l’humilier, et ne manquant jamais une occasion de lui reprocher ses erreurs.

Le soir, Louise rentrait chez elle épuisée de sa journée, les nerfs à fleur de peau. Elle grignotait un morceau tout en fixant l’ordinateur que lui avait donné Jean.

Un soir, elle l’alluma et se rendit sur un site de chat dont il lui avait fourni l’adresse. On pouvait là s’exprimer librement, draguer même en toute impunité. Il lui avait même expliqué les règles du jeu : changer son nom par un pseudonyme, ne pas donner d’âge ni de numéro de téléphone et d’adresse. On pouvait donc mentir à sa guise.

Elle commença d’abord par lire ce qu’écrivaient d’autres internautes. On parlait de tout et de rien, on racontait des histoires cochonnes, on faisait des affaires ou l’on se confiait. Ici, tout était permis, put-elle apprécier.

Gênée, Louise eut d’abord l’impression de voyeurisme. L’envie d’écrire à son tour s’empara d’elle et, abasourdie de son propre élan, elle laissa ses doigts courir sur le clavier :

« Bonsoir, je m’appelle Libellule… Je me sens bien seule ce soir. »

Les réponses fusèrent :

« Bonsoir Libellule, moi, c’est Pimpin. Qu’est-ce que tu as comme soucis ? Raconte. »

« Laisse tomber Pimpin, c’est pour moi. Salut Libellule, moi, je m’appelle Tintin. C’est joli Libellule comme pseudo. Dis-moi tout, ma belle. »

« Arrêtez, les garçons, vous l’embêtez. Libellule, moi c’est Pimprenelle. Si t’en as marre des mecs, c’est à moi qu’il faut que tu parles. Si tu veux, je te file l’adresse de mon chat perso. »

« Pimprenelle, tu l’embêtes. Tu vois bien qu’elle n’aime pas les filles, n’est-ce pas Libellule ? »

Sidérée, Louise vit comme par enchantement tous ces gens qui se préoccupaient soudain d’elle. Elle n’avait écrit qu’une petite phrase anodine et toute une horde d’inconnus réclamait à en savoir plus sur sa personne ! Si elle vivait seule, pourquoi était-elle seule, quels étaient ses goûts, pourquoi préférait-elle le chat aux rencontres « physiques » » ?

Elle avait véritablement du mal à répondre à toutes ces questions. Elle trouvait tous ces gens très sympathiques et très drôles aussi. Depuis longtemps, elle n’avait pas autant ri. Et surtout, la soirée était passée à une vitesse folle ! Il fallait qu’elle aille se reposer si elle voulait être en forme au bureau le lendemain, et s’éviter les réflexions désagréables de son supérieur.

Elle allait se déconnecter quand un internaute s’adressa à elle :

« Bonsoir Libellule, je me surnomme Roméo. Cela fait maintenant deux heures que je vous suis et je puis maintenant vous assurer que vous m’impressionnez. Vous montrez beaucoup de courage. »

« Pourquoi ?! » tapa-t-elle, interpellée, les doigts soudain tremblants.

« Vous donnez l’impression d’être une personne joyeuse et débordante d’amour, mais enfermée dans un carcan infernal, oppressée par quelqu’un ou quelque chose que vous n’avez pas révélé ce soir. Voyez-vous, c’est là un point commun qui nous rapproche. Je ne crois pas que nous soyons reconnus par la société comme nous devrions l’être. »

Louise se sentit ébranlée. Roméo avait raison. La société l’ignorait depuis sa naissance, comme si elle n’avait pas d’importance, et voilà qu’un internaute inconnu semblait la comprendre.

« Je ne sais quoi dire… »

Les autres internautes, eux, en revanche, ne se gênaient pas pour écrire leurs avis. Ils s’énervaient, s’emportaient contre cet intrus qui leur volait une « touche ».

« Si vous voulez, écrivit-il sans prendre en compte les réflexions désobligeantes qui défilaient sans interruption sur son écran, je vous donne mon chat perso… Nous pourrons dialoguer plus tranquillement. Donnez-moi seulement votre adresse électronique. Je vous contacte demain. »

Sans réfléchir, Louise s’exécuta, au grand dam des autres internautes. Puis elle quitta le site sans même saluer.

Sa nuit fut mouvementée. Elle rêva d’une horde d’hommes qui tous l’entraînaient dans un monde fait de mots défilant sur un écran.

Cependant, au petit matin, elle se réveilla souriante et son premier regard fut pour l’ordinateur qui lui avait offert quelques heures de bonheur.

Jamais de sa vie, pensa-t-elle, elle n’avait reçu autant de compliments en si peu de temps. Mais seul Roméo l’avait véritablement intriguée. Il n’était pas comme les autres ; plus mystérieux et authentique, lui semblait-il. Quel genre d’homme était-il ? Beau ou laid ? Jeune ou vieux ? Grand ou petit ? Divorcé ? Révolté ?

Elle se mit à rire, se moquant de ses pensées. Sans trop se l’avouer, elle était flattée que tous ces hommes aient joué de séduction virtuelle avec elle.

Ce matin-là, elle se surprit en se montrant critique sur le choix de ses vêtements. D’habitude, elle tirait de l’armoire ce qui venait et l’enfilait à la va-vite. Quand elle partait au travail, elle évitait de se regarder dans le miroir. Ce jour-là, elle essaya tant bien que mal d’harmoniser les couleurs tout en se demandant comment elle avait pu faire pour s’attifer de la sorte pendant toutes ces années ? Elle réussit à trouver une jupe noire qu’elle accorda avec un pull rose tout en se promettant d’aller faire les magasins en fin d’après-midi. Elle pouvait se le permettre, cela faisait des années qu’elle ne dépensait pratiquement rien.

« Et mes cheveux ! » s’exclama-t-elle en se regardant dans la glace.

Elle défit son chignon et une vague soyeuse déferla dans son dos jusqu’à ses reins. Quelques traits discrets de maquillage, une goutte de parfum… Elle se sentait prête à affronter son monstre de chef qui déjà devait fulminer de son retard.

Il était là, en effet, devant la porte de service, affichant l’expression d’un félin prêt à fondre sur sa proie. Cependant, quand il l’aperçut, ses sourcils s’arquèrent de surprise. Il ne reconnaissait pas cette femme qui, la démarche assurée, s’avançait vers lui. Quand il fut certain qu’il ne se méprenait pas sur la personne, il se campa plus fermement sur ses jambes, reprenant son rôle de tyran.

– Alors, mademoiselle Dalonne, vous avez vu l’heure ? Habillée comme vous êtes, vous arrivez certainement d’une partie, c’est ça ? la tança-t-il d’un ton méprisant.

– Excusez-moi, monsieur Serein, cela ne se reproduira plus, répondit-elle d’une voix douce.

Le sourire épanoui qui illuminait le visage de Louise l’exaspérait et le troublait en même temps.

– Une panne de réveil, peut-être ? Vous pensez pouvoir tout vous permettre parce que vous avez été mutée au service informatique ?

– Bien sûr que non, monsieur Serein. Je suis à votre disposition, répondit-elle calmement en rejoignant son poste de travail.

Louise eut l’impression que la journée se traînait. Encouragée par la pensée de retrouver Roméo dans la soirée, elle prit sur elle pour supporter Serein qui ne lui laissa pas une minute de répit.

Elle quitta le bureau vers six heures, non sans avoir souhaité une bonne soirée à monsieur Serein qui se contenta de grommeler quelques phrases désobligeantes d’un ton maussade.

Honorant la promesse qu’elle s’était faite le matin, Louise s’arrêta dans quelques boutiques en vogue pour s’acheter ensembles, chaussures et dessous, avant de rentrer bien vite chez elle pour se précipiter sur son ordinateur.

Heureuse, elle découvrit que Roméo lui avait laissé un mail. Il avait donc tenu parole ! Outre son adresse de chat, il avait eu la délicatesse de lui écrire quelques mots :

« J’ai été ravi de faire votre connaissance et vous me combleriez de bonheur si vous acceptiez de me contacter ce soir. Dans l’attente de vous lire, bien à vous, Roméo ».

Émue, elle se laissa emporter dans un rêve comme elle avait depuis longtemps cessé d’en faire. Puis, sans réfléchir davantage, elle s’empressa de composer l’adresse indiquée.

Quand elle fut « on-line », elle débuta timidement le dialogue :

« Bonsoir Roméo, c’est Libellule, êtes-vous là ? »

Les secondes s’égrenèrent longuement sans qu’aucune réponse ne lui parvienne. Elle en fut déconcertée. Elle savait que Roméo était « on-line » puisqu’elle voyait son pseudo affiché dans la liste de contact.