L'île des dieux - Max Leydier - E-Book

L'île des dieux E-Book

Max Leydier

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Beschreibung

Quatre ans se sont écoulés depuis la défaite de Kar Soleiuus. Les peuples du Bastion se sont focalisés sur la reconstruction de leurs villes et le maintien de la paix. Mais les années passant, leur vigilance a faibli : des mouvements révolutionnaires frappent L'Union, les tensions entre les Dalytes et les Daréïns sont réapparues. Et Trinaria Tharos a été bannie de l'Icestorm. La Protector fait désormais route pour prévenir ses anciens alliés des possibles machinations de son peuple qui s'isole au nord des Glaciers, au sein de leur capitale : la Cité des Glaces. Quelles que soient les intentions de l'Aîné des Protectors, Trinaria est déterminée à les découvrir et pour cela, espère convaincre ses amis de la rejoindre dans sa quête. La Cabale des Protectors est le premier tome de la Trilogie des Esprits.

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Veröffentlichungsjahr: 2025

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Table des matières

Prologue

1. Le Bannissement de Trinaria

2. L’Union

3. La Chasseuse

4. Le Roi Daréïn

5. Le Protocole Ciel

6. La Découverte de KJ

7. La Trahison d'Abraham

8. Les Négociations de Paix

9. L’Espionne des Protectors

10. La Retraite de Karthog

11. Le Joyau Problématique

12. Les Glaciers

13. Entretiens Secrets

14. Route vers l’Axone

15. L’Arrivée des Préliaths

16. La Guerre de l'Axone

17. La Capitale Protector

18. La Fuite de Shark

19. L'Evacuation

20. La Désolation

Epilogue

Glossaire des principaux personnages

Les Umbraleos

Général KJ Veilsun : Chef des Umbraleos, à la tête du projet de reconstruction de L’Union.

Commandant James ''Shark'' Krigan : Mentor de Chris Sanderson, recherché pour le meurtre de l’Empereur.

Capitaine Brian Ferell : Ami des Sanderson.

Capitaine Elias Blake : Ami d'enfance des Sanderson.

John Sanderson : Époux d’Amy, coprésident des Sociétés Stevens/Aldriane.

Amanda Aldriane Sanderson : Épouse de John, coprésidente des Sociétés Stevens/Aldriane

Les Alliés

Les Peuples de Karlion :

Trinaria Tharos : Redoutable guerrière Protector liée d'amitié avec les Umbraleos.

X'Adunilliath : ArchiRoi des Préliaths ayant fusionné avec la météorite d'Imrash.

Le Paladin X'Aronys : Puissant guerrier et chef de l'armée Préliath.

Helena Omorfia : Grande Prêtresse et souveraine des Préhiens de Luminaras du désert de Sunpray.

Kildran : Fils de Kendal, chef du clan nomade des Wundar, bras droit d’Helena

Les Peuples de l'Axone :

Galdar : Roi des Daréïns. Combattant hors pair

Dagger : Jeune frère de Galdar, prince des Daréïns. Habile avec des lames.

Lyras : Capitaine des Dalytes. Alliée et amie d’Helena.

Layna : Promise de Dagger, future Reine des Daréïns. Protégée d’Helena

Hymar : Conseiller et Historien Daréïn maudit par Mortheuus.

Khajyx : Minotaure d’Or. Plus grand guerrier du Bastion.

L’Union :

Chancelier Mike Hicks : Chancelier de L’Union.

Amélia Jarren : Présidente du Sénat.

Les Ennemis

Kar Mortheuus : Père des Kar ensommeillé dans les profondeurs de l’Icestorm.

Karthog : Serviteur de Kar Mortheuus. Maître des Protectors L’Aîné : Premier Protector, chef ecclésiastique des Protectors.

PROLOGUE

L’Aîné des Protectors fut le premier réveillé du rituel par Karthog lui-même. Il avait servi loyalement le serviteur de Kar Mortheuus espérant un jour rencontrer son Kar. Et alors que plus d'un millénaire s’était écoulé, il n’avait jamais perdu espoir. Il possédait une carrure robuste pour quelqu'un de son âge, ses yeux d'émeraude étaient toujours aussi brillants. Il se trouvait dans la plus haute tour de la Cité des Glaces et passa sa main dans sa longue barbe blanche en regardant le blizzard qui avait été l'unique vision de sa vie.

La Cité des Glaces était la capitale des Protectors, elle se trouvait derrière les Glaciers de l'Icestorm, une chaîne de montagnes aussi haute qu’enneigée. Durant l'Ère des Kar, les humains d'Utopia avaient été convaincus par les promesses de la vie éternelle et de l'élévation à une forme de vie supérieure en tout point à l'humanité. Mais Kar Mortheuus n'avait jamais accepté d’intégrer n'importe qui : parmi ses fidèles, beaucoup empruntèrent la route vers le nord, mais peu atteignirent la magnifique cité blanche des Protectors. Ceux qui y parvinrent étaient alors considérés avec le même égard : peu importaient les séquelles du voyage, les Protectors acceptaient les valeureux malgré des handicaps potentiels, car lors du rituel, l'esprit de Kar Mortheuus reconstituait l'ensemble du corps, pour donner une seconde vie au frêle humain que chaque Protector avait été jadis.

Si l’Ère des Kar avait été l'âge d'or des Protectors, l'arrivée de l’Ère des Créations marqua un tournant pour les fidèles de Kar Mortheuus. La dernière fille de ce dernier, Sanctuus pourfendit Karthog, menant au conflit entre les enfants qui conduisit à la destruction d'Utopia, à la mort de Sanctuus et à l'emprisonnement de sa soeur Soleiuus. Malgré la destruction de leur chef, l’Aîné resta fidèle à leur véritable mission divine, et les Protectors restèrent neutres. Lorsque Soleiuus vint répandre la terreur sur Karlion, les Protectors restèrent également neutres. Lorsqu'ils eurent vent de l’existence de Kinshlak, l’élu de la Prophétie de Kar Sanctuus, les Protectors rirent. L'Aîné, malgré sa grande sagesse, partagea le scepticisme de son peuple. Puis Messiahuus mourut ! L’inconvénient de diriger un peuple si pieux est que la superstition peut rapidement s'installer dans le cœur des fidèles.

L'Aîné ne pouvait se résoudre de croire en cette baliverne de prophétie, mais Kar Soleiuus était morte, le fameux Kinshlak avait payé ce sacrilège de sa vie et prouvé qu’un élu humain était capable de vaincre les Kar, aussi absurde que cela lui semble. La fille préférée de son Kar avait tout de même péri, et cela, sans même l'intervention de Kar Préliathuus.

Un mois s'était écoulé depuis la mort de Kar Soleiuus, et rien ne semblait sortir le dirigeant des Protectors de sa stupeur. Jusqu’à ce qu'un épais brouillard noir vienne envelopper son laboratoire. Son peuple pouvait voir dans la nuit, mais pourtant rien ne fut perceptible pour le vieil homme. Parmi les siens, personne ne craignait le froid moins que lui, mais il ressentit un vent glacial l’envahir, qui annonça son invité, Karthog, surgissant de l'obscurité. Son armure noir brillant était recouverte d'inscriptions en Kar. Une capuche noire recouvrait sa tête, ne laissant que deux lumières vertes provenant de ses yeux apparaître dans le néant total que représentait sa tête. Tous les doutes sur les Kar, sur leur divinité vinrent s’estomper. Voilà des semaines qu'il attendait son retour, il s'agenouilla devant son Maître, un sourire émerveillé éclairant son visage.

- Vénérable Karthog, quel immense plaisir de vous revoir.

- Tes émotions sont mal placées mon vieil ami, déclara la voix glaciale du prophète des Protecteurs. Notre Kar est en deuil, je peux le sentir émerger doucement de son long sommeil.

L’Aîné baissa la tête de honte, il observa ses pieds, car si le rituel des Protectors se réalisait dans les entrailles de cette Cité, leur Kar sommeillait encore plus profondément dans les fondements de l'Île des Dieux.

- Relève-toi, déclara Karthog, nous avons beaucoup à accomplir avant son retour !

Le vieil homme se releva, rassuré et se rapprocha de son Maître, qui se dirigeait vers la bibliothèque.

- Kar Mortheuus va-t-il revenir dans ce monde ? demanda-t-il calmement.

Karthog hocha la tête.

- L'insulte de ces créatures ne peut demeurer impunie ! dit-il férocement. Kar Mortheuus comptait reprendre ses forces paisiblement, mais la mort de sa fille préférée l’a contrarié et la soif de parricide de Kar Préliathuus l'impatiente fortement.

L'Aîné s'offusqua devant ces propos.

- Comment Préliathuus ose-t-il ? s'emporta-t-il.

Devant la porte de la bibliothèque, Karthog s'arrêta soudainement.

L'Aîné ne pouvait voir l'expression de son visage et s'inquiéta. Jamais ne s'était-il permis de manquer de respect à un Kar de la sorte.

- Allons, le rassura Karthog, notre Kar a toujours poussé ses enfants à le surpasser. Il a toujours apprécié l'ambition de son fils aîné de vouloir le dépasser, le remplacer. Ce qu’il ne tolère pas, c'est l'arrogance de ce dernier à s'en croire digne !

Karthog entra dans la large bibliothèque qui contenait des étagères gigantesques remplies de milliers de parchemins, il fixa l'Aîné qui connaissait chacun d'entre eux.

- Convoque les Seigneurs et uniquement eux ! Il est temps de semer la discorde au sein de nos ennemis, et de nous préparer à envahir Karlion.

- Une fois le Rituel de l’Éveil prêt, nos ennemis n'auront aucune chance contre nous ! savoura l'Aîné.

Karthog approuva, et supporta le regard interrogatif du premier de ses fidèles.

- Je ne suis pas le seul à être sensible au réveil de notre Kar ! La Reine Ùlmaras avait dissimulé un trésor qui était cher à notre Maître. Durant mes millénaires d'errance, je n'ai jamais réussi à mettre la main dessus. Mais avec son trépas, sa magie a dû s’estomper. Nous laissant l'opportunité de présenter au réveil de notre Kar l'objet de sa convoitise !

Les lumières vertes de Karthog se posèrent sur les parchemins. Après tant d'années sans le voir, l'Aîné fut soulagé de toujours savoir interpréter ses regards. Il vint saisir une dizaine de parchemins sur diverses étagères, les jetant sur la table centrale de la bibliothèque.

- Je regrouperai toutes nos recherches sur le Joyau de Kar Axonéuus, Maître !

- 1 -LE BANNISSEMENT DE TRINARIA

L'An 1022 de l'Ère des Créations venait de débuter, quatre ans s'étaient écoulés depuis la mort de Kar Soleiuus. Karthog attendait patiemment dans sa bibliothèque dans laquelle la majorité de ses Seigneurs s'étaient réunis. Il demeurait souvent en retrait, laissant l'Aîné communiquer ses souhaits. Le Rituel de l’Éveil était enfin prêt, leur guerre allait bientôt commencer, il observait la dispute qui éclatait au sein de ses serviteurs les plus fidèles et les plus puissants. Quatre des cinq Seigneurs Protectors étaient présents : le Seigneur Haltor était le seul que Karthog connaissait personnellement sans compter évidemment le redoutable Seigneur Trork. Il avait instauré au sein de sa lignée humaine une véritable dévotion pour le culte de Mortheuus. D'Utopia à La Nation, ses héritiers continuaient à gonfler les rangs des Protectors pour ceux qui parvenaient à atteindre la capitale. Il était un guerrier redoutable, et bien qu’il n’ait jamais découvert son talent de Protector, il n'en demeurait pas moins le troisième Protector le plus influent. Si l'Aîné était le premier, le Seigneur Trork était le plus incroyable serviteur de Karthog. Il était dur d'imaginer qu'il avait été jadis humain, il avait la taille et la carrure d'un Minotaure, et sa face avait été volontairement balafrée et défigurée : on pouvait encore discerner son teint noir original, même si de la chair rouge apparaissait maintenant majoritairement sur son visage.

Le Seigneur Kohl ne pouvait intervenir oralement : il avait été jadis un Protector prometteur et charmant que Trork avait pris sous son aile. Lorsque l’un des Seigneurs Protectors agaça le terrible Trork, celui-ci décida de le pourfendre dans un duel si violent et cruel que les Protectors en frémissaient encore. Ambitieux, Kohl demanda à son mentor d'occuper la place vacante. Cette demande fut la dernière qu’il fit et sa voix ne retentit plus jamais dans l'Icestorm. Trork accepta sa demande, il l’entraîna dans les catacombes de son château, et le beau Protector plein de vie en ressortit amorphe, son teint encore plus pâle que celui de son peuple, son visage dépourvu du moindre poil, ses paupières coupées pour que ses yeux d'émeraude ne puissent jamais plus cligner. Et ces manifestations physiques furent les seules informations des tortures que Trork lui fit subir, car pour préserver les méthodes du terrible Seigneur, Kohl eut la langue arrachée par son mentor, et sa bouche fut cousue par bonne mesure. Malgré son aspect répugnant, Kohl était toujours fidèle à son maître, et était réputé pour maîtriser la torture comme personne.

Le Seigneur Tharos était le dernier présent dans l'assemblée, Karthog avait eu du mal à faire confiance à ce dernier, ne connaissant que trop bien la réputation de sa fille, mais l'Aîné s'était porté garant de lui. Son talent de Protector était aussi phénoménal que Trork, et avec le temps, le premier Protector le pensait capable de rivaliser avec Trork lui-même.

Et enfin la Seigneuresse Tailer, qui était la plus remarquable pour Karthog. Son talent particulier l'avait éloignée de la Cité des Glaces pour qu’elle puisse mettre en place le plan du serviteur de Mortheuus. Le ton montait entre Trork et l'Aîné, ils étaient de proches amis, aussi redoutables l’un que l’autre dans leur domaine d'expertise, mais cela n’empêcha pas l’Aîné de le trouver imprudent.

- Il est temps d'agir ! conclut finalement Karthog de sa voix glaciale.

Tous se turent en se tournant vers lui, stupéfaits, les Seigneurs étaient peu habitués à sa présence, et encore moins de l'entendre se prononcer. Trork esquissa un sourire immonde et s'inclina respectueusement. L'Aîné frotta sa large barbe, l’air préoccupé.

- Êtes-vous sûr, Maître ? Malgré nos efforts pour créer la discorde parmi les peuples de Karlion, il semblerait que X'Adunilliath les ait unifiés, et ne cesse de nous surveiller !

Le Seigneur Haltor se racla la gorge mal à l'aise.

- Qu’en est-il de la traîtresse Trinaria ? Elle doit être jugée, Maître ! Elle demeure encore l’une de leurs alliés et sert probablement d'espionne pour l'ArchiRoi des Préliaths.

Tharos se leva brusquement en foudroyant Haltor, malgré l'ancienneté de celui-ci, il était clair que Tharos était le plus craint. Voir cela ravit une nouvelle fois Trork qui vint se placer devant le père furieux.

- Non ! trancha Karthog. J'ai des plans particuliers pour la fille du Seigneur Tharos, et traduire en justice l'amie du Bastion n'est pas très sage si nous ne voulons pas attirer l'attention.

La voix rauque de Trork intervint alors avec une aisance qu'aucun autre Seigneur ne possédait en s'adressant à leur Maître.

- Quels sont vos ordres, puissant Karthog ?

- Rassemblez tous les Protectors à la Cité des Glaces. Mon vieil ami, continua-t-il en se tournant vers l'Aîné, commence le rituel. Tharos, ta fille est bannie de l'Icestorm ! La sanction pour ses trahisons semble adéquate : plus jamais elle ne doit remettre un pied sur nos terres !

Tharos se crispa en acquiesçant à contrecœur, il jeta un regard noir à Haltor qui savourait cette sanction. Il connaissait et ressentait la puissance de Karthog, il fut soulagé que la peine ne soit pas la mort.

Mais il fut surpris de la décision de leur prophète : dévoiler une manœuvre de cette ampleur n’allait-il susciter l'interrogation de leurs ennemis.

Les années passées au sein de son peuple avaient été moins désastreuses que ce que Trinaria aurait pu penser. Tous les entraînements suivis, toutes les épreuves et les aventures qu'elle avait menées lors de la défaite de Soleiuus avaient intrigué une bonne partie des résidents du château Protector, dont son père était le Seigneur. Même si peu d’entre eux assumaient l'apprécier publiquement, certains la sollicitaient pour les entraîner ou raconter ses périples. Certains Protectors avaient accepté des mutations pour la rencontrer. Les Protectors vivants dans les cinq châteaux au sud des Glaciers étaient souvent les plus jeunes et le monde extérieur suscitait encore leur intérêt. Abraham, petit-fils du premier empereur Marksen débordait de curiosité, encore plus que les autres, le vieil homme avait été le seul qu'elle pouvait considérer comme un ami. Les deux Protectors, essayaient d’enquêter sur l'Ère de l'Axone, la toute première ère de l'Île des Dieux. Le retour des peuples Dalyte et Daréïn, les rencontres fantastiques que Trinaria avait faites leur permettaient d'alimenter leurs recherches. Son ami X'Adunilliath qu'elle allait voir de temps en temps aurait pu les éclairer davantage, mais à son habitude, il demeurait mystérieux. Quant à son père, elle n'avait pu le voir autant qu'elle le souhaitait, il s'était montré aimable, presque préoccupé par sa fille durant la fin de la guerre contre Soleiuus, mais une fois qu'elle était rentrée, il avait été beaucoup absent, pris par ses responsabilités en tant que Seigneur et ses nombreux voyages vers la capitale au-delà des Glaciers. Le Seigneur Tharos vint se présenter devant sa fille et son conseiller, l'air grave et sombre.

- Qu’y a-t-il, Père ? s'inquiéta-t-elle.

- Les Protectors se rassemblent derrière les Glaciers...

Elle fronça des sourcils, surprise et méfiante.

- Pourquoi ?

Tharos répondit simplement.

- Ce sont les ordres de l'Aîné. Il a été très clair que tu ne pourrais pas nous accompagner.

Elle ouvrit grand les yeux, effarée devant le calme de son père. Abraham ne dissimula ni sa surprise ni sa déception, ce qui ravit Trinaria.

- Et pour quelles raisons ? déclara-t-elle d’une voix légèrement contrariée.

Le Seigneur Tharos se racla la gorge et fixa la grande bibliothèque de son conseiller.

- Tu es consciente que ta foi est inexistante et que tout pèlerinage vers la Capitale est sacré. Sans oublier que tu as fait partie du groupe qui a assassiné Kar Soleiuus, la fille préférée de notre Kar.

- Si cette pétasse était sa préférée, je n'ose douter de la grandeur de Kar Mortheuus, lança-t-elle avec provocation.

Abraham, pourtant moins croyant que la plupart de son peuple, fut choqué par ce blasphème. Mais le Seigneur Tharos ne sembla pas lui en tenir rigueur, un sourire apparut au coin de ses lèvres. Il fit disposer son conseiller pour se retrouver face à sa fille. Lorsqu'ils furent seuls, le Seigneur Tharos ajusta les cheveux d'ébène de sa fille pour observer son beau visage. Elle ouvrit les yeux, surprise par la fierté et l'affection que lui témoignait son père, qu'elle avait toujours connu froid et distant.

- Ton pèlerinage ressemble surtout à une concentration d'armées ! accusa-t-elle gentiment, tout de même perturbée par ces marques d'affection.

- Trinaria ! Ne sois pas ridicule... Tu sais que les Protectors ne s'aventurent pas en dehors de l'Icestorm.

Son pouvoir de déduction avait toujours été compliqué auprès de son peuple, et son père était le pire de tous. Il était complètement insondable, mais elle fut persuadée qu’il lui cachait quelque chose.

- Je pense qu'il est préférable que tu restes auprès de tes amis pendant un temps... je t'assure que j'essayerai de faire entendre raison à l'Aîné ! Et que tu pourras revenir très bientôt.

- Comme si j'allais avoir envie de revenir ! bouda-t-elle.

Il se lamenta du comportement puéril de sa fille de plusieurs siècles et l'embrassa sur le front.

- Tu auras au moins le choix de faire ce que bon te semble ! conclutil.

Dans un élan d'émotion devant la tendresse de son père, elle vint le prendre dans ses bras, le serrant de toutes ses forces.

- Moins fort, Trinaria, tu m'écrases !

Elle se redressa telle une furie, scandalisée par ce qu'elle pensait être de la manipulation de la part de son père.

- Que je te surpasse à l'épée, je peux le concevoir, mais n'insulte pas mon intelligence ! Tu es bien plus fort que moi.

Il resta impassible devant le changement d'humeur de sa fille, qui finit par craquer, et baissa les yeux, gênée d'avoir monté le ton.

- Mon talent de Protector, lui confia-t-il, ma puissance, est liée à mon état émotionnel : ma rage alimente ma force, et m'apaiser me rend vulnérable.

Elle ouvrit grand ses yeux, tout devenant limpide. Elle fut touchée que son père se livre à elle sur un sujet aussi secret que son talent, mais elle fut déçue de ne pas l'avoir vaincu au meilleur de sa forme lors de leur duel au sein du Léviathan. Son père se retira calmement lorsqu'elle l'appela d’un ton grave.

- Si les plans de l'Aîné s’avèrent néfastes pour Karlion, j'interviendrai contre lui, Père ! Et contre toi si tu décides de l'assister.

Le Seigneur Tharos soupira, tout en approuvant calmement. Il sortit, profondément affecté. Trinaria n'aurait jamais imaginé regretter que son pouvoir de déduction fonctionne avec son père. Car ses dernières expressions trahissaient une profonde crainte d'affronter sa fille. Quoi qu'il en soit, l'Aîné préparait quelque chose de grave. Elle devait prévenir ses amis.

Son premier arrêt fut évidemment Fireland, les terres de son ami l'ArchiRoi X'Adunilliath. Lorsqu'elle arriva dans les contrées volcaniques de l'Ouest, elle fut surprise de voir les Préliaths dans leurs terres sacrées. Trinaria en aperçut des centaines à l’horizon, méditant comme elle avait vu X'Adun le faire si souvent. Elle se dirigea vers le Château de Basalte. Les quelques visites qu'elle avait rendues à l'ArchiRoi ces quatre dernières années et ses actions lors de la Guerre de Soleiuus faisaient d'elle une personnalité réputée et respectée par l'ensemble de Karlion et ce d'autant plus auprès des êtres de magma. Elle entra dans l'immense salle du trône vide. Le Paladin X'Aronys se rapprocha d'elle, accompagné par deux gardes.

- Trinaria, la salua-t-il respectueusement, quel bon vent t'amène ici ?

- Bonjour X'Aron, l’appela-t-elle familièrement, j'ai besoin de voir X'Adun au plus vite !

Les Préliaths semblèrent étonnés par l'utilisation du surnom que se permettait la Protector, mais X'Aronys y était habitué, il sourit.

- Il règle un différend, il te recevra dès qu'il aura fini.

Malgré l'esprit joueur de la Protector, elle laissa apparaître ses craintes et déclara.

- C'est très important, Paladin !

X'Aronys la regarda gravement et l'invita à le suivre. Trinaria le suivit en dehors du Château de Basalte, elle avait été rancunière avec le Paladin pour sa tromperie envers Chris, mais elle avait fini par lui pardonner. Le puissant Préliath, à l'inverse de X'Adun, ne refusait jamais un entraînement. Et pour avoir combattu en Fireland pendant un an, elle savait qu’aucun Préliath n’arrivait à la cheville du robuste Paladin.

Ils se dirigèrent vers le nord, et après une longue heure de marche, Trinaria vit X'Adun s'entretenir avec deux de ses confrères, il s’arrêta de parler en voyant la belle Protector et lui adressa un sourire bienveillant.

- Paladin X'Aronys, déclara l'ArchiRoi, occupez-vous de ce conflit pendant que je m'entretiens avec notre invitée.

Il s'inclina et ils sortirent tous deux et gagnèrent encore en altitude, pour avoir une belle vue sur les Volcans de l'Ys. Trinaria posa ses yeux d'émeraude sur son ami, débordant comme d’habitude de curiosité.

- Que voulaient les deux Préliaths avec qui tu parlais ?

- Comme tu l'as sûrement remarqué, depuis la mort de Kar Soleiuus, mes confrères s'isolent pour fusionner avec Fireland...

- Fusionner ? coupa-t-elle en fronçant les sourcils d'incompréhension.

Il continua avec sa douceur habituelle malgré sa voix imposante.

- Tout Préliath est lié à notre terre, et recherche des zones où il est en symbiose avec Fireland et donc avec Kar Préliathuus.

Elle sourit, amusée par leur culture.

- Qui y a-t-il de drôle ? demanda gentiment l'ArchiRoi.

- Vous autres, êtres psychiques, et vos méditations, resterez toujours un mystère pour moi.

Il sourit et ses lumières bleues se posèrent sur Trinaria.

- Cela est une réaction logique venant d'un Être Humanoïde. Vous êtes les peuples les plus diversifiés, mais les moins tolérants !

- Hé ! se scandalisa Trinaria.

- Tu es une exception à la règle, mon amie...

Elle n'était pas dupe, elle vit que l'ArchiRoi avait enfin maîtrisé la diplomatie que KJ Veilsun et Chris tentaient de longue date de lui enseigner. Penser à son défunt ami la plongea dans une profonde déprime, surtout alors qu'elle se trouvait dans ces contrées, où ils avaient vécu un an ensemble.

- Et lorsque deux Préliaths réclament une même zone, c'est là que tu interviens ? intervint-elle déterminée à sortir de sa tristesse.

- En effet, ils échangent d'abord des menaces, de la haine et de la violence, puis ils apprennent à vivre ensemble.

Elle eut un sourire, amusée par le Préliath.

- Ça a l'air simple quand tu en parles...

- Cela ne l'est pas, mais maintenant que les Préliaths se sont répartis dans Fireland, il est difficile de trouver une zone de fusion. C'est la différence entre Préliaths et Humains, les choix qui se posent lors d'une cohabitation sont soit la mort d'un des deux résidents, ou la paix, les Préliaths ont été tourmentés par la guerre pendant des siècles, ils connaissent la valeur de la paix.

Trinaria croisa ses bras avec défi.

- Et les humains sont incapables d'être en paix ?

- Cela dépend...

La réponse vague de X'Adun fit exploser Trinaria de rire, elle l’invita à développer, ses arguments déjà prêts pour rétorquer.

- Si tu parles de la paix en opposition à la guerre, les humains en sont capables. Mais la véritable paix est un état d'esprit, et je pense que vous autres humains soyez incapables de l'atteindre collectivement...

Elle grimaça en se frottant la tête et répliqua avec espièglerie.

- Hey, je reste une Protector !

X'Adun approuva avec diplomatie. Un silence s’installa, tout ce temps à guerroyer en Fireland, la faisait se sentir plus proche des Préliaths que jamais. Et elle n’avait pas imaginé trouver ces contrées si magnifiques.

- Pourquoi venir me voir, Trinaria ? demanda enfin l'ArchiRoi.

Elle s'assit, sortant de sa contemplation et soupira.

- L’Aîné rassemble les Protectors derrière les Glaciers. Et je n’ai pas été admise !

Le sentiment de rejet de Trinaria était encore très présent. X'Adun réfléchit en restant muet.

- Je pense qu'ils s’apprêtent à faire revenir Kar Mortheuus, continuat-elle.

Bien qu'elle ait exposé cette hypothèse pour faire réagir X'Adun, elle fut alarmée de le voir hésitant.

- J'en doute ! dit X'Adun. La mort de Soleiuus l'a affecté, mais son réveil n'est pas imminent, je le sentirais !

Trinaria ravala sa peur de voir le Père des Kar revenir sur l'Île des Dieux. Elle retrouva enfin son courage et déclara avec conviction.

- Quoi qu'il en soit, ils préparent quelque chose. J'ai besoin de tes Préliaths, marchons sur l'Icestorm, forçons l’Aîné à dévoiler son jeu.

Il fixa Trinaria avec gravité.

- L'Icestorm n'est pas un lieu pour un Préliath, les températures nous affaiblissent trop, nous arriverons aux portes de la Cité des Glaces avec une armée de Préliath inefficace. De plus, si tu veux faire dévoiler son plan à l’Aîné des Protectors, un petit groupe fera l'affaire.

Un grand sourire satisfait apparut sur le visage de la Protector.

- Super, je vais rassembler nos anciens coéquipiers, et se sera comme au bon vieux temps...

- Je doute qu'ils répondent favorablement, répondit l'ArchiRoi.

Elle le fixa avec incompréhension, ne pouvant le prendre au sérieux.

- Comme s’ils étaient débordés depuis que Soleiuus est morte !

- Ils le sont ! l’informa-t-il avec tristesse. Tu as été absente longtemps, la guerre gronde au sud, la Reine Maranne est incontrôlable. Les tensions entre Dalytes et Daréïns sont des plus délicates, Helena essaye de s'en occuper. L'Union de KJ Veilsun se reconstruit lentement, mais difficilement. Seuls les Préliaths se préoccupent de tes semblables !

Trinaria fût profondément déçue, et lui demanda.

- Qu'en est-il des minotaures ? Khajyx peut m'aider...

- Helena a sollicité l'aide du Minotaure d'Or et de son armée pour intimider les deux peuples !

Lorsque la Protector entendit le nom de la Prêtresse de Sanctuus, une angoisse encore plus forte la saisit.

- Donc, ce que tu essayes de me dire, c'est que personne ne se soucie des Protectors désormais ? Déjà que le sentiment de solitude était désagréable après m'être fait bannir, maintenant que tu m'expliques clairement que personne ne m'aidera, je me sens bien mieux.

X'Adun remarqua l'agacement de la Protector qui passa ses mains dans ses cheveux noirs lui arrivant un peu plus bas que les épaules.

- J'ai mis plein de cendres sur mes cheveux pour rien ! dit-elle en se dirigeant vers l'Est, boudeuse.

Il sourit en posant une main sur son épaule.

- Trinaria... Tu sais que je serais le premier à te suivre si les Protectors passaient à l'action, mais leur armée ne fait pas le poids avec celle du Bastion maintenant que les minotaures sont dans nos rangs. Nous tirerons cela au clair, je te le promets !

Elle remercia son ami pour ses paroles réconfortantes. Elle s’apprêtait à partir à la rencontre de ses vieux amis, dans l'espoir qu'il l'assiste dans sa quête, mais savoir que le puissant Préliath la soutenait la rassura. Elle déposa ses lèvres sur la joue rocheuse d'un X'Adun confus et partit vers sa prochaine destination.

Les Montagnes Arides étaient le prochain arrêt de Trinaria. Quand Galdar avait emprunté la voie du Roi pour retrouver son peuple, il avait ouvert trois accès de son Royaume Souterrain, un dans chaque pays. Lorsqu'elle entra, un chef de guerre Daréïn portant l'armure en bronze de son peuple ainsi qu'une cape rouge, vint vers elle, accompagné d'une dizaine de gardes.

- Trinaria Tharos, déclara-t-il, je suis Andar, protecteur du royaume, et loyal bras droit du Roi Galdar. Que puis-je faire pour vous ?

Il était intéressant de voir l'influence qu'avait Sunpray sur les Daréïns, Galdar avait grandi dans le désert du sud durant sa jeunesse, et tout comme Luminaras, il nommait un protecteur. Le nouveau Roi Daréïn avait copié cette pratique pour contourner les grandes familles influentes.

- J'aimerais m'entretenir avec ton Roi ! dit-elle avec noblesse.

- Sa Majesté s'est rendue au Temple du Soleil pour quelque temps, le Seigneur Dagger et le Conseiller Hymar, vous recevront en son nom.

Il s'inclina respectueusement devant la Protector qui sourit et le suivit dans les profondeurs de la ville. De nombreux travaux s'effectuaient encore, et même si Trinaria observa que les quartiers de Daréïnnes et des Daréïns étaient encore séparés, le confort des habitations était maintenant devenu équitable, les femmes n'étant plus reléguées dans la profondeur des cavernes.

- Je dois reconnaître que c'est un honneur de vous rencontrer, Dame Tharos, avoua Andar. Vos exploits lors de la Guerre de Soleiuus sont légendaires.

Elle apprécia le compliment, d'autant plus valorisant qu’il venait d'un Daréïn d'une quarantaine d'années.

- J'ai souvent été épaulée dans ses ''exploits'', se surprit-elle à dire avec modestie.

- Vous étiez tout de même le bras droit de Kinshlak... Il n'y a pas de titre plus honorable.

Elle le regarda et sourit.

- Qu'en est-il de Kinshlak lui-même ?

- Être Kinshlak, le Pourfendeur des Kar, n'était pas un titre, Ma Dame, c'était un rôle Divin !

Ils continuèrent de monter jusqu'à la salle du trône.

Le conseiller Hymar salua la Protector et prit le relai d'Andar pour la mener à Dagger qui dirigeait son peuple en l'absence de son frère aîné. Une fois Trinaria devant le jeune Seigneur, le Protector aveugle à la longue iroquoise blonde déclara.

- Seigneur Dagger, Trinaria Tharos vous demande audience.

Le jeune Daréïn n'avait pas changé en quatre ans. Il était toujours un beau ténébreux qui ne parvenait pas à prendre grand-chose au sérieux. Dagger regarda autour de lui avant de fixer son conseiller.

- Hymar, à quoi tu joues ? Nous ne sommes que tous les trois, pas la peine d'en faire des tonnes.

Le Conseiller fixa l'héritier du trône des Daréïns et soupira.

- Seigneur, il est temps que vous appreniez à assumer votre rang... Dagger se leva de son siège pour saluer Trinaria qui s'agenouilla lorsqu'il s'approcha d'elle.

- Seigneur Dagger, commença-t-elle d'une voix caricaturale, c'est un immense plaisir d'avoir le grand honneur, de contempler votre imposante présence. J'espère que dans votre grandiose générosité, vous allez m'accorder votre audience vénérable.

Il sourit, exaspéré par la Protector, qui se releva pour le prendre dans ses bras.

- Dagger ! Je suis si contente de te voir.

- Et moi donc, je te signale que c'est toi qui ne donnes aucune nouvelle.

Elle le fixa désabusée.

- On s'est vu il y a un an...

Il était difficile pour Trinaria de concevoir le temps comme le faisaient ses amis mortels.

- Euh... Cette défense est nulle ! rétorqua Dagger.

- Roh ! Tu ne vas pas commencer avec les reproches...

Le Conseiller Hymar, qui assistait toujours à ses retrouvailles des plus étranges, prit la parole.

- Un an passe relativement rapidement pour un Protector, expliquat-il.

- Quoi qu'il en soit, continua Dagger en s'adressant à Trinaria, tu devras trouver une autre excuse quand tu verras Elias, il se plaint constamment de ton ''abandon'' !

Elle éclata de rire avant de mettre une main sur l'épaule d'Hymar.

- Et toi, mon Protector préféré, comment vas-tu ?

- J'essaye désespérément de faire prendre conscience au Seigneur Dagger qu’il doit prendre ses responsabilités. Heureusement pour lui, je suis patient, je ne laisserai pas quatre années d'échecs me décourager !

Dagger sourit et même si Hymar garda son sérieux, Trinaria détecta une certaine complicité entre les deux Daréïns.

Ils s'installèrent dans une salle de réunion, le Royaume Souterrain avait été construit dans un autre temps, quand la magie était encore présente sur l'Île des Dieux. Des sphères rondes incrustées dans les parois rocheuses simulaient l'effet du soleil, permettant des récoltes, grâce aussi aux nappes phréatiques qui étaient abondantes dans les profondeurs. Les meubles de la salle de réunion étaient d'une véritable beauté. Trinaria s'assit en face de Dagger et d’Hymar, et leur expliqua ses craintes devant le repli des Protectors derrière les Glaciers. Le conseiller qui avait étudié les Protectors pendant des siècles médita quelques instants.

- Je suis désolé Trinaria, commença Dagger, je ne pense pas que notre armée puisse t'aider pour l'instant. Tu devrais en parler avec Galdar.

- Quand rentre-t-il ? demanda-t-elle.

- Il serait plus simple pour toi de te rendre à Sunpray.

C'est ce que redoutait Trinaria, elle n'avait aucune envie de se retrouver au Temple du Soleil, devant la tombe de Chris et de ses autres amis tombés au combat, mais ce qu'elle appréhendait le plus était d’être confrontée à Helena Omorfia.

- Dagger, reprit-elle le fixant avec sérieux, le Bastion devrait se mobiliser au Nord.

- Le Bastion n'est plus que l'ombre de ce qu'il était ! coupa tristement Hymar, L'Union s'isole dans sa reconstruction, la Reine Maranne a fermé ses frontières, tous ceux qui ne sont pas Dalytes n’ont plus aucun droit de marcher sur leur terre.

Trinaria haussa les épaules, peu impactée.

- Et alors ? Qu'elle y reste, on a des minotaures maintenant !

- Elle a recréé un Arbre Mère. Nous avons envoyé nos meilleurs espions, mais ils ont été débusqués et exécutés...

Une expression de tristesse apparut sur le visage de Dagger. Et il répondit au regard interrogatif de Trinaria.

- C'est Lyras qui les a compromis.

Elle ne préféra rien dire, malgré leurs incessantes querelles Dagger et Lyras étaient des amis proches, il était malheureux qu'un tel différend les oppose.

- Pourquoi Galdar a-t-il risqué une mission si délicate après les exigences de Maranne ? s’intéressa Trinaria.

- Parce que Maranne a créé un Arbre Mère en moins de trois ans. Elle peut désormais donner vie à des milliers de Dalytes grâce aux arbres qui composent sa nouvelle forêt au sud, dans les ruines des châtelleries Préhiennes près de la Tempête Éternelle. La Reine Ùlmaras était l’un des êtres les plus sages et puissants, et je doute qu'elle ait pu réussir cet exploit.

Trinaria intervint alors, balançant l'argument qui jouait en sa faveur.

- Kar Mortheuus doit surement l'aider !

- Impossible, rétorqua Hymar, les ouvrages des minotaures sont formels : lorsque Mortheuus marchait sur l'Île des Dieux, tout être pouvait le sentir.

Trinaria se mit à bouillir.

- Donc les Protectors s’apprêtent à partir en guerre pour lui ! Nous devons agir !

- L'ArchiRoi X'Adunilliath nous assure qu'il s'occupe de surveiller ce qui se passe au Nord, notre priorité reste les Dalytes.

La Protector cogna la table de son poing.

- LORSQUE LES MIENS SERONT À VOS PORTES. J'ESPÈRE QUE VOUS REGRETTEREZ TOUS D'AVOIR ÉTÉ AUSSI CONS !

Elle sortit de la salle dans une fureur incontrôlable. Elle qui pensait que le soutien de X'Adun suffirait, cela ne s’était pas vérifié, et elle gérait le rejet toujours aussi difficilement.

Trinaria partit comme une furie, exaspérée par le rejet des siens, et de ses prétendus alliés, elle se retrouva devant la porte principale et vit Dagger l'attendre les bras croisés, un sourire amusé aux lèvres. Elle posa un regard impitoyable sur le jeune Daréïn qui déclara :

- J'avais oublié ton tempérament de feu.

- Ne commence pas ! Comment m'as-tu rattrapée ?

- Je suis juste plus rapide que toi, la taquina-t-il.

Le visage dur de Trinaria céda et un rire chaleureux prit sa place.

- Dans tes rêves !

Il s'approcha d'elle et ajouta malicieusement.

- Crois-moi, mes rêves te concernant n'ont rien à voir avec ça.

Trinaria explosa de rire devant l'audace ou la sincérité du jeune homme.

- Venant d'un homme qui va bientôt se marier, cela peut être mal interprété...

Le sourire de Dagger s'effaça doucement, et Trinaria s'en voulut de l'avoir rendu mal à l'aise.

- Marche avec moi, s'il te plaît, demanda-t-il.

Ils se déplacèrent dans le royaume souterrain et Dagger lui avoua ce qui lui pesait sur le cœur.

- Layna et moi devions nous marier il y a quelques mois de cela, cependant Galdar et Hymar ne pensaient pas qu'un mariage serait bienvenu, avec les tensions avec Maranne. Les quelques lois de mon frère commencent à échauffer les esprits.

- C'est un bon début en tout cas, les conditions de vies des Daréïnnes sont les mêmes que celles des hommes... non ?

Il hocha la tête avec peu de convictions.

- La loi sur l'égalité des sexes est appliquée, désormais si à la suite d’une aventure, le bébé est une fille, elle revient à la mère et si c'est un fils, il revient au père.

Elle ouvrit grand les yeux, scandalisée.

- Je sais, poursuivit Dagger, c'est dur aussi pour Galdar et moi, mais la notion de couple n'existe pas ici, l'amour se développe trop doucement et est souvent méprisé par les autres Daréïns qui voient les femmes comme une propriété.

Trinaria leva les yeux au ciel écœurée. Dagger préféra changer de sujet avant que la Protector ne se révolte davantage.

- J'aimerais te suivre dans ton projet, mais je pense que si tu veux savoir ce que préparent les tiens, l'Arbre Mère de Maranne en est la clef.

- Je vous laisse vous occuper de ça, je vais me rendre à L'Union pour parler à KJ Veilsun, et les autres Umbraleos, j'en ai marre de me faire rejeter, je ne peux compter que sur moi-même, je vais prévenir KJ, Galdar, Khajyx et Helena de mes craintes, puis je partirai en mission toute seule.

Dagger baissa les yeux un peu honteux de ne pas aider plus la Protector, puis la fixa dans ses yeux émeraude.

- Depuis combien de temps n'as-tu pas vu ou reparlé à Helena ?

- Vu, à l’enterrement de Chris, Stevens et Jessica. Parlé, pas depuis la mort de Chris.

Une grimace de compassion et d'appréhension apparut sur le visage du Daréïn brun.

- 2 -L’UNION

Le Capitaine Elias Blake se déplaçait dans les villages de l'ancien Quartier de Fer Ouest. En quatre ans, on ne pouvait qu'être émerveillé par l’amélioration de ces anciens bidonvilles. Et bien que la reconstruction du Quartier de Fer soit un vrai motif de se réjouir, la raison de son déplacement l'était beaucoup moins. L'Unité Raid qu’il menait avec son coéquipier Brian Ferell avait été chargée par le Chancelier Hicks de traquer et d’arrêter toute révolte d'un quartier comme de l'autre envers L'Union. Que ce soit les Ferreux, incapables de surmonter leur haine envers le Quartier de Cristal, ou des défenseurs de La Nation et de l'ancien régime de Marksen, les victimes de ces révolutionnaires étaient souvent des innocents. Il rejoignit Brian qui était devenu comme son frère depuis ses années de collaboration, le Capitaine Ferell s'approcha rapidement.

- L'Escouade est déjà présente !

Il acquiesça, l'Escouade était une unité d'élite de la Brigade Antiterroriste, c’était la plus redoutable pour traquer les malfrats qui agissaient dans toute L'Union et avec la démolition du mur séparant les quartiers, les mouvements de possibles criminels étaient durs à anticiper. L'Unité Raid avait le même rôle que l'Escouade au sein de l'armée de L'Union. Mais ni Elias, ni Brian ne pensaient rivaliser avec le professionnalisme des policiers du Directeur Coleman. Même si la technologie de John s'était adaptée pour traquer cette nouvelle forme de terrorisme, Elias était soulagé que Bernard Coleman ait été nommé Directeur bien après le début de la révolution des Umbraleos. Ils arrivèrent enfin devant la Capitaine de l'Escouade, qui jura en les voyant approcher. Tout comme lui, Brian connaissait Lynda Foster mais en fonction de ses missions, elle opérait sous un nom de code, rendant l'Escouade plus mystérieuse et plus redoutable.

- Epsilon ! l’appela Brian. Le Sénat insiste pour que ce soit nous qui arrêtions le suspect. Les interventions policières dans le Quartier de Fer ont tendance à créer des tensions...

- Ferell, Blake, salua-t-elle froidement. Nous parlons d'un terroriste qui a fait exploser un restaurant et tué douze personnes et un enfant, je ne m'attendais pas à ce que vous vous souciiez de politique !

Elias dut avouer qu'il l’approuvait. Il laissa Brian et Epsilon échanger sur la juridiction et la procédure, son ami préférant ne jamais le laisser négocier. Les deux Capitaines avaient connu une notoriété impressionnante due à leur complémentarité, et à l’entraînement de Krigan. Mais depuis une année celui qu'il appelait encore « Gueule d'Ange », était profondément affecté par sa rupture avec Lyras qui avait décidé d'aller rejoindre Maranne. Une fois qu'Epsilon ait accepté simplement d'épauler les deux Capitaines, elle exposa la situation.

- La photo du suspect est sombre, confia-t-elle en leur montrant l'image. Nos services de renseignement savent qu'il se trouve dans ce groupe d'échange.

Elias leva les yeux pour voir le vieux bâtiment en ruines sur lequel quelqu'un avait tagué « La Nation est toujours là ! », il leva les yeux pour voir un bâtiment surélevé qui permettrait d’observer ce qui se passait à l’intérieur.

- Brian, envoie le Sergent Broke me couvrir de ce perchoir !

Elias était habillé en civil, et prit la direction du bâtiment, alarmant Epsilon.

- Ce n'est tout de même pas ton plan ? Confier ta sécurité à un gamin de vingt ans.

- Ne sois pas jalouse s’il a préféré notre unité à la tienne ! la provoqua-t-il.

Epsilon allait protester, mais Brian s'approcha d'elle avec sa radio. Elle échangea avec son supérieur et ne sembla nullement ravie de ce qu'elle entendit. Elias y vit son signal et se rendit auprès de ce groupe de parole.

Une fois à l'intérieur, il découvrit que huit personnes se tenaient en cercle, en pleine discussion, il reconnut immédiatement le suspect, sa morphologie ne pouvait le tromper. Il s'avança pour rejoindre le cercle. Une vieille femme présidait le groupe, une grande bienveillance émanait d'elle. Et bien que l'arrivée du renommé Capitaine attirât l'attention de tous, Elias s'empressa d'encourager une autre femme qui parlait à continuer.

- … ils se promènent dans nos ruelles, dans nos quartiers comme si de rien était ! expliqua-t-elle ébranlée. Ils ont beau ne plus avoir le symbole de La Nation sur leur torse, ils patrouillent comme si de rien n’était. Ils disent assurer notre sécurité... mais c'était le même discours sous Marksen... ces gardes armés étaient le symbole de l’oppression du Quartier de Cristal. Ils ont tabassé mon mari à mort, s'effondra-t-elle en larmes, je ne comprends pas comment KJ Veilsun peut accepter cela !

Malgré sa détresse, elle s'empressa de s'excuser auprès d'Elias Blake qu'elle savait connaître le général. Celui-ci ne lui en tint pas rigueur et ne put que se montrer compatissant avec elle.

- Merci pour ce témoignage, remercia la vieille dame en se tournant vers lui. Capitaine Blake, que nous vaut l'honneur de votre visite ?

Il allait répondre, mais le suspect intervint plus rapidement avec un rictus de mépris.

- Peut-être culpabilise-t-il d'être devenu aussi corrompu que les gardes de La Nation ?

Peu des membres présents partagèrent cette opinion, Elias était tout de même réputé auprès des Ferreux.

- Et comment, mon frère ! répondit-il sincèrement. Je fais un métier difficile, un métier que je hais parce que je le sais nécessaire. Car si je crois en quelqu’un, c'est KJ Veilsun ! Si on peut lui reprocher une chose sur la reconstruction du Quartier de Fer, c'est qu'il est bien trop rapide pour qu'on puisse s’accommoder de nos nouveaux voisins ! Et même si cela est dur pour nous, nous devons penser à l'avenir, aux prochaines générations...

Le suspect le coupa, furieux.

- Je me moque des futures générations, ma fille et ma femme sont mortes de maladie, tandis que ces fumiers possédaient tout ce qui aurait pu les sauver ! En quoi es-tu différent de ceux qui nous chassaient auparavant ?

Vu la réaction de l'audience, il devait être rare de le voir autant s'exprimer, Elias pensait qu'il venait ici simplement pour recruter des personnes qui enrageaient contre le Quartier de Cristal, mais lorsque Elias fit un tour d'horizon, il ne vit qu'une tristesse qu'il ne connaissait que trop.

- Tu as raison, je défends L'Union de KJ Veilsun, comme certains défendaient La Nation de Marksen, contre tous ceux qui perturbent cette paix. Ne nous voilons pas la face, corrigea-t-il, cet équilibre est un danger. Aujourd'hui, je recherche des terroristes dans les deux quartiers, et la terrible vérité, c'est qu'ils ont tous des raisons justifiables d'être en colère, d'être en peine comme chacun d'entre nous.

Elias avait captivé l'attention de tous et observa désormais le coupable droit dans les yeux avec une fureur intraitable.

- Mais rien ne justifie de tuer des innocents, et encore moins des enfants ! Ayant perdu ta fille, je m'attendais à ce que tu saches cela !

Le suspect se releva en dégainant son arme, mais il n'eut pas le temps de pointer Elias qu'une détonation vint résonner. Le terroriste fut propulsé en arrière par l'impact de la balle et s'effondra au sol, mort.

Bien que choqué par ce spectacle et l'intervention de l'Escouade, Elias parvint à calmer son entourage. Après un interrogatoire, chaque intervenant pu rentrer chez lui. Le Capitaine Blake ne pouvait nier que cet échange agitait des préoccupations qu'il avait également. Il vit Epsilon venir vers lui, furieuse.

- Tu es fier de ta petite thérapie ? Nous étions censés le capturer vivant ! Qu'est-ce que c'était que ce bordel ?

Elias se leva, peu ravi du ton de la Capitaine de l'Escouade, qui se montrait peu préoccupée par le malheur des Ferreux. Heureusement, Brian vint l'apaiser. Certes cette femme avait fait preuve d’héroïsme lors de la Terrible Bataille, et il l'admirerait toujours pour cela, mais la vérité vint exploser aux yeux d'Elias, elle ne pourrait comprendre le mal-être des Ferreux et la vision conflictuelle que le Capitaine Blake entretenait avec son métier. Il disposa, tandis que Brian essayait tant bien que mal d'apaiser les tensions.

Elias rentra chez lui à l'aube, il avait erré pensif dans l'ancien Quartier de Fer Sud, Brian avait pris de ses nouvelles, comme d'habitude avec gentillesse. Sa maison se trouvait dans l'ancien Quartier de Cristal Sud pour être plus proche de ses responsabilités. Il s’apprêtait à aller se coucher lorsqu'il entendit des bruits à l’extérieur. Katherine sortit dehors, elle n'était toujours pas majeure, elle inspira profondément et s'attacha ses cheveux marron foncé. Sa longue queue de cheval descendait jusqu'au bas de son dos. Elle avait enfilé une brassière rouge et un short et commença ses exercices. Elle fit quelques pompes et du renforcement physique qui malheureusement ne transformaient pas la jeune adolescente au gabarit léger, mais elle n'espérait pas devenir une Umbraleos légendaire pour sa force. Ses talents restaient nombreux : en plus d'être une acrobate exceptionnelle, c'était une alpiniste et une espionne sensationnelle. Soudain, lorsqu'elle se mit à escalader la maison sans protection, elle entendit la voix lasse d'Elias devant le numéro de sa fille adoptive.

- Kate, il est cinq heures du mat...

- Je sais, Eli, dit-elle en descendant pour mettre pied à terre.

Elias Blake n'avait pas vu la jeune adolescente grandir si vite, elle était devenue si belle et si têtue. Il la regarda, désespéré.

- C'est une maison, pas un mur d’escalade, ronchonna-t-il, et où sont tes protections ?

- Parce que lorsque je serai enfin en mission, je suis convaincue que nos ennemis nous tendront des cordes…

Lorsqu'elle eut fini son exercice sans la moindre difficulté, elle vint offrir à Elias un sourire radieux et lui tendit des gants tactiques. Elias enleva son haut dévoilant ses muscles et les enfila. Il se plaça dans leur jardin pour se battre contre Kate. Malgré sa fatigue, il ne pouvait lui refuser quoi que ce soit

- Laisser apparaître tes muscles face à une adolescente pleine d'hormones n'est pas très prudent, papy...

Il sourit, ne préférant pas répondre et la conseilla.

- Ton physique ne te permettra pas de vaincre un ennemi, repose tout sur ta rapidité et ta technique.

Kate reprit son sérieux et le premier round commença, sa rapidité et son agilité étaient supérieures à celles de son mentor, mais sa force lui faisait toujours prendre l'avantage sans trop de difficultés. Après plusieurs combats et autant de défaites pour la jeune fille, elle s'étira tandis qu’Elias se défoulait contre un sac de sable.

- Pourquoi tant d’agressivité ? Tu es plutôt content lorsque tu rentres de chez la Sénatrice Jarren !

Il s'arrêta brusquement en regardant la jeune fille insolente qui laissa un sourire espiègle apparaître.

- Je ne suis pas en bons termes avec Amelia en ce moment. Le Sénat refuse que L'Union se mêle du conflit entre les Dalytes et les Daréïns.

Elle hocha la tête tournant autour du vrai sujet dont elle voulait parler.

- Que dit KJ Veilsun de tout cela ?

- Le Général Veilsun, corrigea-t-il, s'occupe de la reconstruction de l'ancien Quartier de Fer, il refuse d'interférer avec le Sénat.

- Dans ce cas-là, que dit le ''Chancelier'' Hicks de tout cela ? demanda-t-elle avec une insolence amicale qui fit sourire le Capitaine.

- Pour l'instant rien...

Elias continuait de frapper sur le sac de sable jusqu'à ce que Kate déclare timidement.

- Eli... Est-ce qu'on peut parler ?

- Ma réponse est non, gamine !

Elle se leva brusquement avec détermination.

- Je suis prête ! Je veux rejoindre les Umbraleos ! Je veux me battre à tes côtés !

Il soupira, redoutant cette demande depuis bientôt un an, elle avait fait énormément de progrès, ses talents d'infiltration, d'espionne et d’athlète étaient plus impressionnants que certains Umbraleos en service. Et dans une période où le maintien de la paix résidait sur une infiltration des groupes dissidents, elle serait un atout considérable, mais le Capitaine Blake ne pouvait se résoudre à la laisser prendre de tels risques à son âge.

- Tu es trop jeune !

- Arrête ! coupa-t-elle irritée, Chris, Will et toi étiez tout aussi impatients de rejoindre une cause à mon âge !

- En effet, et regarde où ça les a menés...

Le ton protecteur d'Elias était devenu plus nostalgique.

- Eli ! Tu me connais depuis toujours ! Pendant quatre ans, tu m'as préparé à cela !

- Je ne t'ai préparé à rien du tout, Kate ! C'était ton choix ! Tout comme c'est le mien de te refuser l'accès aux Umbraleos. Elle s’apprêta à ouvrir la bouche pour répondre, mais Elias fut plus rapide.

- ASSEZ ! coupa-t-il en s'approchant d'elle, tu es trop jeune pour les horreurs de la guerre. Will, Chris et moi avons dû commencer tôt, car nous n'avions pas d'autre option ! Nous nous sommes battus pour que les plus jeunes générations puissent profiter de leur innocence, et de leur jeunesse. Les yeux marron de Kate plongèrent dans ceux de son mentor, des larmes de frustration s'accumulaient dans ses yeux.

- Je suis une orpheline, Elias ! Je n'ai pas eu d'enfance et encore moins d'innocence !

Elle le défia jusqu'à céder, prendre doucement ses affaires et le laisser finir son entraînement.

Son altercation avec sa protégée, avait mis Elias de mauvaise humeur, il faisait des tractions lorsqu'une voix déclara.

- La fillette est complètement prête...

Le colosse se retourna pour voir une Trinaria Tharos souriante. Il la fixa, plein de reproches dus à l'absence de nouvelles de la part de son amie, avant de sourire, incapable de ne pas être contaminé par la bonne humeur de la Protector. Il ouvrit ses bras et reçut une étreinte amicale de la belle femme aux yeux d'émeraude.

- Qu'est-ce que tu viens faire ici ?

- Je me rends au Temple du Soleil, j'ai pensé que je pouvais faire un petit arrêt pour voir mes vieux amis...

- Après un an, ce n’est pas trop tôt, critiqua-t-il.

Elle sourit avant de froncer les sourcils en lui ordonnant de baisser sa tête. Elle contempla un crâne complètement rasé, et un large bouc sur son visage de trentenaire.

- Dagger m'avait prévenu que tu ne t'en étais pas remis : j'aime la barbe, mais qu'as-tu fait à tes cheveux ?

Il se plia à la bonne humeur que Trinaria savait communiquer.

- J'ai moins de temps pour m'en occuper, et tous mes potes qui savaient les tailler sont morts ! Kate a essayé une fois et...

Il grimaça en se rappelant du résultat.

- … disons que c'est depuis ce jour-là que je me rase la tête !

Trinaria se tourna vers la maison dans laquelle la jeune adolescente s’était réfugiée.

- C'était qui la gamine ?

- Katherine Blake, une orpheline que j'ai recueillie...

- Et elle a pris ton nom de famille ? Comme c'est mignon, le taquinat-elle.

Elias hocha la tête, perturbé.

- Ou alors, tu ne veux pas qu'elle connaisse son vrai nom !

- Sors de ma tête ! Je te mène aux quartiers de KJ, il supervise les constructions du Fort de Cristal.

Elle accepta et les deux amis partirent en direction du centre de L'Union.

- Pourquoi as-tu refusé que Katherine t'assiste ?

- Elle est trop jeune !

- D'accord, mais sinon quelle est la vraie raison ?

Il soupira, s’arrêta et prit Trinaria par le bras.

- Je ne veux pas qu'elle se fasse blesser ou tuer ! Ne te mêle pas de ça !

Le ton d'Elias était plus agressif. Elle comprit qu'elle avait trop insisté.

- Désolée, dit-elle surprise, je ne voulais pas te contrarier...