L’océanographie - Julien Thoulet - E-Book

L’océanographie E-Book

Julien Thoulet

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  • Herausgeber: EHS
  • Kategorie: Bildung
  • Sprache: Französisch
Beschreibung

"L’océanographie" est l’étude de la mer. Elle se propose de constater les phénomènes s’accomplissant au sein de l’immense masse d’eau qui couvre plus des trois quarts de notre globe, elle les mesure, les explique, découvre et formule les lois qui la gouvernent, à sa surface et au fond d’abîmes qu’on appelait autrefois insondables, alors qu’on croyait à l’insondable. Aujourd’hui, l’océanographie progresse à pas de géant ; les nations maritimes contribuent toutes à son développement aussi bien au point de vue théorique, pour le plus grand bénéfice de l’esprit humain qui a le droit et le devoir de chercher à tout connaître, qu’au point de vue pratique des avantages matériels qu’on en retire, car la lutte entre l’homme et la nature, devenue toujours plus âpre, oblige impérieusement à ne laisser aucune force improductive. En océanographie, la France a créé ; elle a fait d’importantes découvertes, puis elle s’est arrêtée et elle a laissé à d’autres le soin de continuer l’œuvre, oubliant même ceux de ses enfants dont elle tenait des mérites qu’elle ignorait et dont on s’emparait ailleurs...
Nous allons exposer en quoi consiste l’océanographie, montrer les rapports étroits qu’elle présente avec les autres sciences, son utilité théorique et pratique ; nous raconterons l’histoire abrégée de ses progrès depuis ses débuts jusqu’au moment où elle est devenue un ensemble bien complet, exposé clairement coordonné de faits examinés avec soin, de phénomènes mesurés et expliqués. Nous dirons quelques mots sur ce qui, dans cet ordre d’idées, a été exécuté par les diverses nations avec le caractère que leur tempérament particulier, les conditions de leur passé et de leur présent, ont imprimé à leurs travaux...

À PROPOS DES AUTEURS

Professeur de géologie et de minéralogie.  Julien Marie Olivier Thoulet est né à Alger le 6 février 1843, dans une famille qui comptera trois enfants. Son père, Gilles Thoulet (1813-1870) est négociant, tapissier-ébéniste. Sa mère Marie Pauline Nisard (1818-1895) est originaire de Châtillon-sur-Seine. Julien Thoulet épouse à Clamart, en 1879, Gabrielle Foyatier (1854-1933), fille de Denis Foyatier, sculpteur néoclassique français d’une certaine renommée. Ils auront cinq enfants. Julien Thoulet meurt à Paris le 2 janvier 1936.

Charles Nordmann est un astronome français. Recruté par le directeur de l’observatoire de Nice, Henri Perrotin, il cherche à détecter les ondes radio émises par le Soleil. Il mène son expérience sur les pentes du Mont Blanc (Alpes françaises), à 3100 mètres d'altitude, au mois de septembre 1901. Malheureusement il effectue ces mesures pendant une période d'activité solaire minimum, et les résultats sont négatifs. Dans sa thèse, soutenue en 1903, il décrit l’expérience négative du Mont Blanc, tout en considérant comme « infiniment probable l'émission par le Soleil d'ondes électriques ».

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Seitenzahl: 101

Veröffentlichungsjahr: 2023

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L’océanographie

L’Océanographie

Étude de la mer et du sol de l’océan

L’Océanographie{1}

Une science nouvelle a fait récemment son apparition et commence à être connue. À vrai dire, elle n’est pas absolument nouvelle ; elle est vieille de près de deux siècles avec son but défini, ses procédés d’investigation, ses lois déjà connues, l’indication des découvertes qui lui restent à accomplir, son individualité didactique pour tout dire d’un seul mot. Mais elle n’était guère l’objet jusqu’à ces derniers temps, que de recherches personnelles, et comme elle n’était étudiée que par quelques spécialistes, elle restait à peu près ignorée du public.

Cette science est l’océanographie : elle se propose de constater les phénomènes s’accomplissant au sein de l’immense masse d’eau qui couvre plus des trois quarts de notre globe, elle les mesure, les explique, découvre et formule les lois qui la gouvernent, à sa surface et au fond d’abîmes qu’on appelait autrefois insondables, alors qu’on croyait à l’insondable. Aujourd’hui, l’océanographie progresse à pas de géant ; les nations maritimes contribuent toutes à son développement aussi bien au point de vue théorique, pour le plus grand bénéfice de l’esprit humain qui a le droit et le devoir de chercher à tout connaître, qu’au point de vue pratique des avantages matériels qu’on en retire, car la lutte entre l’homme et la nature, devenue toujours plus âpre, oblige impérieusement à ne laisser aucune force improductive. En océanographie, la France a créé ; elle a fait d’importantes découvertes, puis elle s’est arrêtée et elle a laissé à d’autres le soin de continuer l’œuvre, oubliant même ceux de ses enfants dont elle tenait des mérites qu’elle ignorait et dont on s’emparait ailleurs. Maintenant que les étrangers ont pris une avance qu’il est impossible de méconnaître, il semble qu’elle commence à se douter du temps et du terrain perdus. Elle est certes, si elle le veut, en état de les regagner promptement.

Nous allons exposer en quoi consiste l’océanographie, montrer les rapports étroits qu’elle présente avec les autres sciences, son utilité théorique et pratique ; nous raconterons l’histoire abrégée de ses progrès depuis ses débuts jusqu’au moment où elle est devenue un ensemble bien complet, exposé clairement coordonné de faits examinés avec soin, de phénomènes mesurés et expliqués. Nous dirons quelques mots sur ce qui, dans cet ordre d’idées, a été exécuté par les diverses nations avec le caractère que leur tempérament particulier, les conditions de leur passé et de leur présent, ont imprimé à leurs travaux. De même, en effet, que chaque homme marque chacune de ses actions, au physique comme au moral, d’un cachet spécial qui est l’empreinte de sa personnalité ainsi dans le domaine de la science, chaque race imprime à son œuvre, fruit de son esprit collectif, une empreinte qui lui est propre et constitue l’essence même de son génie.

I.

L’océanographie est l’étude de la mer. L’océanographie statique s’occupe de l’eau salée considérée indépendamment des mouvements qui s’y manifestent ; elle traite successivement de la topographie du lit des océans et de la constitution même de ceux-ci, de leur lithologie ; elle analyse les eaux, examine leur composition et leur influence sur la nature des fonds, leurs multiples propriétés physiques, la façon dont elles subissent les effets des variations de la température, leur densité, leur compressibilité, le mode de propagation de la lumière à travers leurs couches superposées et les divers phénomènes optiques. Les glaces polaires forment un chapitre de l’action du froid sur la mer.

En océanographie dynamique, on étudie l’océan en mouvement, les vagues qui, sous le souffle des vents en agitent la surface, les courants qui, semblables au réseau des artères et des veines, en sillonnent la masse jusqu’à une certaine profondeur et résultent de l’action simultanée de la chaleur, de l’évaporation, de la topographie du fond, de la configuration géographique des continents environnants, du climat, du régime des vents, en un mot de l’ensemble des causes extérieures quelles qu’elles soient qui possèdent toutes une influence et inversement sont toutes influencées, cycle où tout commence et où tout finit, et qui, aussitôt qu’il cessera d’exister, marquera l’instant de la mort de notre planète, pareille au corps humain lorsque le cœur a donné son dernier battement. L’océanographie dynamique comprend aussi l’étude des marées dont les mouvements rythmés s’accordent avec ceux des astres ; l’examen des procédés par lesquels les débris des continents entraînés par les vents ou amenés par les fleuves parviennent au grand réservoir commun, se dispersent au milieu de ses eaux, descendent en pluie jusqu’au plus profond des abîmes, s’y accumulent pour y constituer des roches analogues à la plupart de celles que nous rencontrons maintenant sur nos continents et qui sont le fond des océans d’autrefois. Elle s’occupe des phénomènes de contact entre la mer et la terre, elle cherche les lois qui président à la formation des deltas ou des barres qui s’étendent à travers l’embouchure des fleuves, au comblement des estuaires, à la façon dont les vagues et les courants découpent les contours des rivages, aux dunes, aux étangs côtiers et à ces constructions madréporiques, atolls et îles de corail, conquêtes de la vie organique sur la vie inorganique, triomphe de l’infiniment petit, le zoophyte, sur l’infiniment puissant, l’océan.

L’océanographie touche donc, directement ou indirectement, à une foule de sciences et plus qu’à toute autre, à la géologie. Le présent est à la fois la clé du passé et celle de l’avenir, surtout en histoire naturelle. L’homme, dans ses investigations, procède du connu à l’inconnu, de ce qu’il est capable de voir de ses yeux, de toucher de ses mains, de mesurer avec ses instruments, à ce dont il ne peut plus apercevoir que les résultats ; des phénomènes auxquels il assiste à ceux qui se sont accomplis des milliers de siècles avant lui. Longtemps la géologie s’est traînée dans une sorte d’ornière dont l’océanographie la force à sortir, peut-être même un peu contre son gré. Vieilles gens et vieilles sciences ont leurs habitudes et n’aiment point à en changer ; mais, plus heureuses, les vieilles sciences peuvent rajeunir.

Les roches sont d’origine ignée ou métamorphique et sédimentaire. Les premières sont l’objet des recherches d’une science spéciale, la pétrographie, qui étudie leur nature intime et l’ensemble des connaissances qui se rapportent aux phénomènes éruptifs. La stratigraphie s’occupe des roches d’origine aqueuse, et comme la genèse de celles-ci est intimement liée à l’ordre de leur superposition, les stratigraphes, dans leurs investigations, sont amenés à ne point séparer l’examen de la nature intime des couches sédimentaires et celui de leur ordre de superposition. Or celles-ci ayant été formées sous les eaux, rien n’est mieux en état d’éclairer sur leur genèse que l’observation de la manière dont elles se créent actuellement au fond de nos océans. La tâche concerne l’océanographie, et elle s’y applique avec ardeur. Quand on connaîtra les caractères particuliers des formations de rivages ou de mer profonde ; lorsque l’observation attentive et la mesure exacte des phénomènes actuels aura enseigné, pour prendre un exemple, la relation nécessaire entre la forme et la dimension d’un grain de sable et la vitesse exacte du courant qui l’a entraîné, suspendu par la poussée même des eaux, — et alors il est anguleux, — ou simplement roulé sur le fond contre les autres grains, — et dans ce cas il est usé et arrondi ; — dès que la présence reconnue par dosage d’une proportion fixe d’argile au sein d’un dépôt sableux aura permis de conclure en vertu de lois physiques et mécaniques que ce dépôt s’est formé en eau calme ou agitée, que des mesures nombreuses et répétées en divers endroits des océans auront établi la généralité de ces relations, c’est-à-dire en auront fait des lois, nous serons en état de reconstituer le passé. Il suffira de retrouver les mêmes caractères dans un dépôt ancien pour être en droit d’invoquer les relations établies. On affirmera que le point où se rencontre le dépôt était jadis par telle ou telle profondeur d’eau, à telle distance du rivage. Si plus tard d’autres sciences viennent apporter leur concours et signaler de nouvelles relations, tous les détails apparaîtront les uns après les autres. On retrouvera la dimension et la forme de la mer Silurienne, Carbonifère ou Crétacée, la force de ses vagues, la salure, la température de ses eaux, l’intensité et la direction de ses courants, sa flore et sa faune. Ainsi n’ayant pour fondation qu’un seul grain de sable observé au microscope et qui, grâce à l’océanographie, aura fait le récit de tous les événements auxquels il a assisté, après des siècles de siècles, l’édifice apparaîtra ferme, solide, dans son entière magnificence. Et que l’on ne croie pas qu’il s’agisse ici d’un rêve scientifique aussi rempli de charme que d’incertitude ! Ces déductions offrent l’absolue et indiscutable rigueur des chiffres. Notre époque, après tant de découvertes inattendues, n’en est plus à douter que les plus grands des poètes ne soient quelquefois les savants.

Les lois de la météorologie présentent un important intérêt pratique parce qu’elles conduisent à la prévision du temps. Il n’est pas besoin de montrer le profit que trouverait l’humanité à pareille découverte. Combien de mauvaises chances évitées pour l’agriculteur ! La navigation ne ressentirait pas moins de bienfaits si l’on savait à l’avance les régions de calmes, de vents contraires ou favorables ; que de traversées abrégées, que de vies sauvées ! On en peut juger par les cyclones. Jadis l’effroi des marins, depuis que leurs lois sont connues, on les utilise pour hâter les voyages. L’ouragan dompté travaille pour le matelot, et quand on lui ordonne de ramener plus vite le navire au port, la tempête docile obéit et écarte les dangers de la route. Qui donc, parmi nos pères, eût osé faire un pareil rêve, réalisé cependant par les travaux de Bridet. Or les lois de l’océan aérien et de l’océan liquide sont les mêmes, quoique plus compliquées pour le premier que pour le second. Elles doivent par conséquent être étudiées synthétiquement d’abord sur la mer et appliquées ensuite à l’atmosphère, en y apportant les modifications nécessitées par le degré si différent de sensibilité des deux fluides. L’introduction rationnelle à la météorologie est l’océanographie. La vapeur a considérablement modifié et simplifié les anciennes conditions de la navigation, et les steamers s’avancent aujourd’hui presque en ligne droite en dépit du vent et de la mer. Cependant la marine à voiles n’est pas aussi morte qu’on serait tenté de le croire. Par suite des réactions mutuelles si délicates, si variables des conditions économiques, du prix élevé du charbon, du vaste espace occupé par les machines et l’approvisionnement du combustible, du salaire plus élevé des mécaniciens et pour d’autres causes encore, plusieurs nations en reviennent aux voiliers. Les Américains en particulier possèdent des clippers à grande vitesse, à bord desquels le fret est moins coûteux que sur les bâtiments à vapeur. L’étude des phénomènes de l’Océan n’a donc rien perdu de son utilité pratique en navigation et il devient indispensable d’élucider une foule de points. Les courants marins tiennent à la météorologie grâce à la concordance si complète qui existe entre la marche des eaux et les directions suivant lesquelles soufflent les vents réguliers. Ils règlent le régime des glaces flottantes. On sait combien les navires sont en péril sur les bancs de Terre-Neuve. Là viennent se fondre, au contact du Gulf-Stream chaud, les icebergs détachés des glaciers du Groenland et qui ont descendu la mer de Baffin emportés par le courant du Labrador ; ils y trouvent les glaces des côtes mêmes de l’île qui, au moment de la débâcle, déversent les matériaux qu’elles ont charriés presque au même endroit, dans le vaste remous des trois courants du Labrador, de Cabot et du Gulf-Stream. L’amoncellement des débris de roches constitue les bancs de Terre-Neuve.

Ces glaces ont un intérêt capital par les craintes qu’inspire leur rencontre, par les hauts-fonds qu’elles édifient en se fondant et enfin parce que l’air qu’elles refroidissent, arrivant en contact avec une atmosphère plus chaude et saturée de vapeur, donne naissance à d’épaisses brumes. Des centaines de sinistres seraient évités, d’énormes économies seraient réalisées pour le transport des marchandises, si l’on parvenait à connaître et à prévoir ces phénomènes. Les admirables Pilot-Charts