La Byzantine - Jean-Luc Marchand - E-Book

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Jean-Luc Marchand

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Beschreibung

Sous la menace des Bulgares et des Arabes, Constantinople doit retrouver sa vigueur, notamment en mettant un terme aux impérities de l’empereur Constantin VI.Sa mère, la très pieuse Irène, qui détient déjà de fait le pouvoir, va devoir envisager des mesures extrêmes pour sauver l’Empire.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Après Drusilla, pièce de théâtre en alexandrins, et quatre romans historiques mettant en lumière des périodes méconnues, Jean-Luc Marchand revient à l’écriture dramatique avec cette tragédie en cinq actes, un théâtre à lire qui ressuscite la figure d’Irène l’Athénienne, seule femme dans l’Histoire à avoir osé prendre le titre d’empereur romain.

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Seitenzahl: 88

Veröffentlichungsjahr: 2026

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Du même auteur :

Drusilla, Éditions La Compagnie Littéraire, 2018

L’Hoplite ou l’épopée des Dix-Mille, Éditions La Compagnie Littéraire, 2020

L’Ambassade des Francs, Éditions La Compagnie Littéraire, 2022

La Croisade détournée, Éditions La Compagnie Littéraire, 2024

Préface

DansDrusilla1, j’avais souhaité raconter l’histoire de la petite sœur oubliée de Bérénice sous la forme d’une pièce de théâtre à la façon du XVIIe siècle en hommage à Jean Racine. Une fois ce récit achevé, j’ai entrepris l’écriture d’autres histoires, délaissant à regret les alexandrins. L’exercice exigeant pour trouver la bonne rime en respectant le nombre de pieds, tout en faisant avancer l’histoire, m’avait pourtant beaucoup plu. Grâce aux dictionnaires de rimes ou de synonymes, j’avais pu découvrir, choisir, sélectionner les mots qui, à chaque phrase, m’avaient paru les plus adaptés. J’en avais éprouvé un peu de satisfaction à l’écriture de quelques vers que j’estimais mieux réussis que d’autres.

Voulant renouer avec cet exercice, pour raconter là encore une histoire méconnue qui se prêtât à la forme théâtrale, j’ai découvert l’histoire d’Irène, dite l’Athénienne, et de son fils Constantin VI, empereur des Romains à Constantinople. Cette histoire, l’enchaînement des événements, les protagonistes m’ont offert l’opportunité de pratiquer à nouveau cette forme d’écriture, sans doute assez peu répandue, mais que je trouve toujours aussi plaisante. Sans chercher alors à soumettre ce texte à publication, j’entreprenais un récit plus vaste qui englobait l’histoire d’Irène : l’Ambassade des Francs2. Quelques années après, je souhaite proposer ce drame aux lecteurs.

L’histoire d’Irène et de Constantin VI se déroule au début de l’époque mésobyzantine, entre VIIe et XIIe siècle, qui correspond au haut moyen-âge en occident. Elle nous rappelle notamment combien le pouvoir reste un objet de fascination pour certains, mais aussi que le cours de l’Histoire dévie sous l’action de quelques protagonistes.

Jean-Luc Marchand

Introduction

L’Empire romain d’Orient

En 286, Dioclétien, Auguste3 de l’Empire romain, ne peut faire face aux agressions étrangères. L’empire est trop grand pour qu’un seul homme puisse organiser sa défense face aux multiples tentatives d’invasions. Il nomme alors Maximien Hercule au titre de César, lui délégant ainsi une partie de son pouvoir pour résister aux incursions barbares. Le découpage de l’empire est à la fois géographique et linguistique, puisque l’occident utilise préférentiellement le latin et l’orient le grec. Il n’y a alors toujours qu’un seul empereur, mais le germe du futur Empire romain d’Orient est semé. Maximien est rapidement élevé lui aussi au titre honorifique d’Auguste. D’autres Césars sont nommés pour les seconder. C’est la période de la tétrarchie. L’empire se divise, plusieurs Augustes et Césars revendiquant territoires et pouvoir, jusqu’à l’avènement de Constantin Ier qui règne seul de 324 à 337. Alors que les empereurs ne vivaient plus à Rome, Constantin choisit de fonder la nouvelle capitale de l’empire à Byzance qui change de nom en l’honneur de son refondateur. Il se convertit et favorise l’essor du christianisme qui devient progressivement la religion prédominante.

À la mort de l’empereur Théodose Ier en 3954, son fils Honorius dirige la partie occidentale de l’empire tandis que son frère Arcadius règne sur l’orient. Mais bientôt la partie occidentale de l’empire se disloque5 sous la pression des peuples germaniques et slaves. Les états fédérés qui avaient prêté allégeance à Rome s’affranchissent de cette tutelle et deviennent des royaumes indépendants. Les Francs s’implantent en Gaule. Les Arabes omeyyades conquièrent l’Afrique du Nord et l’Espagne. Cependant, une relative stabilité perdure à Constantinople. Se considérant toujours comme les seuls maîtres de l’Empire romain, les empereurs délaissent pourtant le titre d’Auguste pour celui de basileus, titre de roi en Grèce antique, signe que la romanité a évolué vers une hellénisation du pouvoir. Ils doivent néanmoins faire face à de nombreux agresseurs : sortis victorieux mais affaiblis de la guerre contre les Perses6, ils reculent sous la pression des Arabes à partir des années 630. Apparaissent aussi dans les Balkans les Slaves et les Bulgares qui convoitent les grandes richesses de l’empire.

L’Église et l’iconoclasme

En parallèle, l’Église a prospéré partout en Europe. Cependant, des débats christologiques nourrissent depuis des années des dissensions en son sein. Différents courants sont apparus qui prétendent définir la vraie nature du Christ : l’arianisme (le Fils est d’une nature inférieure à celle du Père), le nestorianisme (le Christ a deux natures et Marie n’était mère que de l’homme), le monophysisme (une seule nature divine du Christ), le monothélisme (dyophysisme du Christ, mais une seule volonté divine). L’essor des diverses Églises qui reconnaissent ou non les conclusions des différents conciles traduisent ces déchirements théologiques derrière lesquels il faut également discerner des manœuvres politiques. Ces courants jugés comme hérétiques débouchent sur la période iconoclaste de l’Empire byzantin qui commence au début du VIIIe siècle et dure plus d’un siècle. La volonté de bannir les images du Christ correspond à cette impossibilité de pouvoir représenter la véritable nature divine du Christ. On ne peut pas non plus adorer des images semblables à des idoles, ainsi que le rappelle le second commandement. Les revers militaires et les catastrophes naturelles récentes avaient été imputés à cette vénération idolâtrique des images qui avaient pris depuis peu une ampleur sans précédent. Les premières condamnations de l’iconographie datent de Léon III7. Il est certain cependant qu’au-delà des débats métaphysiques, ce refus des images vise à contrecarrer la puissance croissante des moines, grands producteurs d’images, dont l’emprise sur les peuples est devenue de plus en plus problématique pour l’autorité de l’empereur et d’une partie de l’Église.

Irène et Constantin

Irène Sarantapechos est née en 752 à Athènes. Elle appartient à une famille de l’aristocratie athénienne. En 768, elle est choisie pour devenir l’épouse de Léon IV le Khazar, fils de l’empereur Constantin V, à la suite d’un concours de beauté8. Elle devient impératrice consort aux côtés de son époux en 775. Elle réussit à écarter alors les autres « Césars », demi-frères de l’empereur, et elle fait désigner son fils comme co-empereur en 776. À la mort soudaine de Léon IV en 780, elle prend la régence au nom de son fils Constantin VI, âgé seulement de neuf ans.

Alors que l’armée est largement iconoclaste, Irène, une fois seule au pouvoir, ne dissimule plus son iconophilie (ou iconodulie). Cette inclinaison, contraire aux positions fortes des empereurs depuis quelques décennies, provient sans aucun doute de son éducation. Cela lui permet aussi de rechercher le soutien des monastères toujours très puissants. Elle choisit, sans l’aval de Rome, un laïc nommé Taraise comme nouveau Patriarche de Constantinople. Elle nomme un eunuque, Staurakios comme principal ministre. En 786, elle tente de restaurer le culte des images à l’occasion du concile de Constantinople. C’est un échec, l’armée iconoclaste (le régiment des Tagmata9, corps d’élite basé à Constantinople) ayant mis fin à l’assemblée des évêques. Malgré ce revers, elle s’impose progressivement comme souveraine. Après avoir éloigné l’armée, elle réussit le concile suivant à Nicée en 787 qui rétablit en présence du pape le culte des images et l’orthodoxie.

Les conclusions du concile ne sont cependant pas reconnues par Charlemagne, ce puissant souverain qui a émergé en occident. Celui-ci n’a notamment pas apprécié que les évêques francs n’aient pas été conviés. Une rivalité pour dominer toute l’Europe s’est en fait installée entre les deux. Alors que Byzance considère toujours l’Italie comme une partie de l’empire, même si elle ne possède plus que le bout de la botte, Charlemagne annexe le duché de Bénévent et offre sa protection au pape. À la suite de cette manœuvre du roi des Francs, un projet d’union entre une fille de Charlemagne, Rotrude, et l’héritier Constantin, qui avait vu le jour quelques années auparavant, est alors abandonné. La perspective de reconstituer l’intégralité territoriale de l’Empire romain, grâce à ce mariage, disparaît. Irène impose alors en 788 une épouse à son fils, Marie d’Amnia, contre son gré. Elle le tient à distance du pouvoir et assure toutes les prérogatives impériales. Elle fait aussi prêter serment à l’armée de lui être fidèle.

Le jeune homme aime sa mère, mais il vit mal d’être ainsi écarté ; aussi s’en prend-il au début de l’année 790 à son ministre Staurakios, contre lequel il fomente un complot ; mais celui-ci est découvert. Les comploteurs sont arrêtés et Constantin est assigné à résidence. En septembre 790, une lourde défaite militaire contre les Arabes provoque un mouvement de révolte d’une partie de l’armée qui réclame l’éviction d’Irène au profit de Constantin. Elle envoie un chef d’armée nommé Mosèle pour négocier avec les rebelles, mais celui-ci rallie les insurgés. Tous les thèmes (régions administratives) basculent alors et réclament son remplacement par Constantin. Irène doit céder sa place et elle se retire dans son palais. Constantin bannit le ministre Staurakios après l’avoir humilié et il peut enfin prendre le titre d’Empereur romain10.

Mais incapable de gérer l’empire et ayant subi plusieurs défaites face aux Arabes et aux Bulgares, il rappelle sa mère en 792. Officiellement, elle règne à ses côtés en qualité d’Impératrice Augusta, mais en pratique, elle est la véritable dirigeante de l’empire, assistée de son ministre Staurakios rappelé aux affaires et avec le soutien du Patriarche Taraise. Ces deux hommes lui doivent tout. En 795, non dissuadé par sa mère, Constantin renvoie sa femme dans un couvent et épouse une dame de compagnie d’Irène, Théodote. L’église est scandalisée de ce divorce et ce discrédit fournit à Irène l’occasion de réduire encore plus le rôle de son fils.

En 797, Constantin vient d’avoir un fils de Théodote, héritier légitime selon lui. Les Arabes menacent toujours Constantinople. Au nord, les Bulgares continuent leur harcèlement de l’empire. En Occident, Charlemagne est devenu un souverain très puissant aux ambitions « mondiales ». Mais la très pieuse Irène fait face.

Personnages :

Constantin VI, Empereur de l’Empire romain d’Orient

Irène, Augusta11, co-régente, mère de l’Empereur Constantin,

Taraise, Patriarche de Constantinople

Staurakios l’Eunuque, logothète du Drome12

Euphrosyne, confidente d’Irène

Bardanès, confident de Constantin

« Jamais ni Octave-Auguste fondant le principat que, dans notre langue quotidienne, nous appelons l’empire, ni Constantin choisissant l’emplacement d’une nouvelle capitale qui déplace le centre de gravité de l’État romain, ni Justinien, perdu dans ses rêves universalistes et, à ce titre, l’un des derniers empereurs romains d’une Antiquité qui n’en finit pas de mourir, n’ont pensé avoir un jour pour successeur une femme. Car Irène est avant tout le premier empereur femme de l’Histoire »

Dominique Barbe, Irène de Byzance, avant-propos.

ACTE I

Constantinople, Palais impérial, antichambre de la salle d’audience. Mai 797.

I.1 Constantin, Bardanès

Constantin et Bardanès entrent dans l’antichambre de la salle d’audience.

Constantin