La Cinquième Lune - Olivia Martens - E-Book

La Cinquième Lune E-Book

Olivia Martens

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Beschreibung

Après que la Lune soit apparue dans le ciel, rouge et pleine ce soir-là, Inaya apprend qu'elle est l'élue : celle dont les gens pensent qu'elle sauvera le monde de ce nouveau sorcier semant la terreur : Niala. Dans ce monde où la magie est chose courante et où les magiciens sans pouvoirs sont mis en quarantaine et tués, Inaya doit se rendre à l'évidence : sa petite vie de magicienne sans problème est bel et bien finie. Sur sa route se dressent des épreuves qu'il lui faudra surpasser, mais malgré tout, l'amour n'est pas loin ! Il se pourrait même qu'il soit juste à côté d'elle... Néanmoins, une question persiste : survivra-t-elle à la malédiction qui s'est abattue sur les précédentes élues ou mourra-t-elle aussi, peu après avoir accompli son destin ?

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Seitenzahl: 367

Veröffentlichungsjahr: 2017

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Je dédicace ce livre à mes grands-parents, ma tante et mon oncle, qui comme les quatre magiciens ayant apporté la magie dans le monde d’Inaya, ce sont eux qui ont apporté de la magie dans mon propre monde. Sans eux, jamais La Cinquième Lune n’aurait vu le jour.

« Quand la Cinquième Lune sera levée,

l’Élue sera révélée. »

Table des matières

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 1

Quand la nuit pointe le bout de son étoile

Il faisait froid en cette nuit de février, sur Portis. Le vent soufflait fort et pénétrait dans les vieilles bâtisses construites le siècle passé ou à une période plus ancienne encore. Ces maisons, tout en ayant l’air présentable, commençaient à se détériorer au fil du temps. Les rafales de vent emportaient au loin les quelques feuilles mortes qui traînaient encore sur la route où rien ni personne ne passait. Un hululement brisa soudain le silence oppressant qui s’était installé. Les arbres luttaient face aux bourrasques, comme mus par une énergie propre, leur donnant ainsi un air sombre et inquiétant. Cette atmosphère morose en aurait découragé plus d’un d’habiter ce quartier où la nuit donnait l’impression d’être dans une ville hantée.

Cependant, non loin de là, dans un manoir où vivaient seules une mère et sa fille, une histoire était racontée calmement, presque comme dans un murmure. Emmitouflées toutes les deux dans une bonne couverture et couchées dans le divan du salon face à la cheminée allumée, la plus jeune était collée à sa mère. L’histoire relatée était en fait une prophétie qui remontait à six siècles au minimum. Cet oracle désignait une femme ayant vécu dans le même pays. Elle avait acquis des pouvoirs et avait libéré le monde d’un très puissant sorcier. Néanmoins, elle était décédée peu de temps après et personne n’en sut jamais la raison, bien que beaucoup spéculèrent sur cette mort tout aussi étrange que tragique.

Toujours étroitement collée à sa mère, la fille était pendue à ces lèvres fines qui contaient cette histoire étrange et captivante que toutes les demoiselles de son âge avaient appris à connaître. Elle était habillée d’un pyjama soyeux, chaud et dans les tons bleu clair, tandis que sa mère, de son côté, portait un long peignoir en satin.

–Croyez-vous qu’elle existe cette Élue ? demanda l'adolescente après que la conteuse eut posé le point final invisible de son histoire.

–Cette légende étant transmise de génération en génération, je pense bien, en effet. Après tout, ne dit-on pas que les légendes sont basées sur une certaine vérité ?

Dès la fin de sa phrase, elles entendirent un déclic. Tournant la tête vers l’antiquité à leur droite, la plus âgée la fixa un instant en la détaillant mentalement. L’objet en question était haut et principalement fait d’acajou. Cette horloge avait été fabriquée par l’arrière-grand-père maternel de la fille se trouvant dans les bras de sa maman, celui-ci étant un ébéniste très connu à son époque.

Pour en revenir à la détente, c’était ce que faisait la pendule lorsqu’elle annonçait l’heure. En l’occurrence, elle signalait à cet instant vingt-trois heures.

–Je ne pensais pas qu’il était si tard..., soupira la femme d’une quarantaine d’années.

Doucement, elle desserra l’étreinte qu’elle offrait à sa petite princesse, Inaya, et se leva après l’avoir embrassée en guise de bonne nuit.

La matriarche s’appelait Clarisse Devis et était une femme aussi douce que gentille. Le monde disait qu’elle avait le cœur sur la main. Malgré le fait qu'elle ait déjà quarante-deux ans, elle ne présentait pas un seul signe de vieillissement. D’un point de vue génétique, Inaya ne semblait avoir aucun lien de parenté avec cette femme, mis à part son nom. C’était donc la raison pour laquelle les gens disaient qu’elle tenait davantage du physique de son père. Du moins, pour ceux qui avaient la chance de l'avoir connu. Malheureusement pour elle, la jeune fille n’avait jamais eu l’occasion et ne pourrait même jamais vérifier si c’était la vérité. Elle en aurait bien la possibilité au travers de photos, mais ce ne serait jamais la même chose que de l'avoir en face d'elle. En effet, son père était décédé alors qu’elle n’avait encore que trois ans, la laissant seule avec celle qui l’avait mise au monde. Malgré tout, la jeune fille n’en avait rien à faire de savoir à qui elle ressemblait le plus puisque, pour elle, sa mère était sa mère et son père était son père, qu’ils soient en vie ou non. L’apparence ne changeait rien aux liens du sang, après tout.

Lors de son réveil le lendemain, le soleil se trouvait déjà relativement haut dans le ciel azur qui surplombait la belle cité de Jetto. Inaya se mit alors à bâiller à s’en décrocher la mâchoire avant de soupirer d’aise. La chaleur corporelle qu’elle avait accumulée dans les draps cette nuit lui faisait l’effet d’un cocon dont elle refusait de sortir. En tendant l’oreille, elle entendit les oiseaux dehors qui étaient déjà sortis depuis quelques heures. C’était de même pour les enfants aux voix aiguës respirant la bonne humeur. Pour tout dire, une préceptrice venait s’occuper de ses cours, mais à cause du congé de maternité de trois mois que la femme avait pris et grâce au fait que la jeune fille était très en avance contrairement aux autres élèves de son âge, personne ne remplaçait la professeure. De plus, l’adolescente n’aimait pas l’école. Était-ce parce qu’elle trouvait ses camarades trop peu matures pour leur âge ou simplement car elle préférait la solitude au brouhaha ? Certainement un peu des deux et Clarisse l’avait bien compris.

Doucement, les yeux de la fille s’ouvrirent et elle tourna la tête vers la fenêtre. Sa chambre était spacieuse et son double lit se trouvait justement à côté de ladite fenêtre. Le soleil tapait légèrement à travers la vitre tandis que le silence n’était simplement troublé que par les pépiements incessants.

–Encore cinq minutes…, pensa-t-elle alors qu’elle refermait les yeux en s’enfonçant dans ses oreillers, se replongeant immédiatement dans le pays des rêves.

Quelques fois, des choses étranges se passaient durant ses songes. Dont spécialement le fait de les contrôler. La jeune fille avait trouvé cette manifestation de son esprit quelque peu étrange au début, mais avait appris à l’utiliser à son avantage. Ainsi, désormais, elle s’amusait à faire tout ce qu’elle ne ferait jamais dans la vie réelle.

C’est pour cela qu’à cet instant, elle se décida à suivre cette règle. Lentement, elle ouvrit les yeux pour la seconde fois avant de soudainement les refermer. Ce n’était toutefois jamais arrivé qu’elle se retrouve sous l’eau ! Après avoir fait travailler ses méninges quelques secondes, elle se rendit compte qu’elle pouvait respirer aussi normalement que si elle se trouvait sur la terre ferme. Techniquement, elle aurait dû s’en rendre compte plus vite, mais la surprise l’avait empêchée de s’en apercevoir.

Après davantage de réflexion, elle conclut en se disant que si elle pouvait respirer, elle aurait la capacité de faire tout ce qu’elle accomplissait en étant éveillée, ce qui n'était pas tout à fait faux.

En effet, dès que l'adolescente battit des paupières, ses soupçons furent oubliés : elle respirait et voyait comme si rien n’avait changé. Sans attendre, elle commença à arpenter l’endroit, mais déchanta bien vite.

Rien.

Ce lieu était vide des esprits qui peuplaient ses nuits. Il n’y avait que l’océan à perte de vue. Le rêve était comme un territoire qui avait été englouti il y a bien longtemps.

–Je n’ai qu’à attendre de me réveiller…, chuchota-t-elle comme pour briser le silence oppressant qui l’englobait.

–J’en doute fort, déclara une douce voix à son oreille, la faisant de ce fait vivement sursauter.

Inaya se retourna d’un coup et se recula tout aussi vite lorsqu’elle vit une femme qui flottait à seulement deux petits centimètres du sol, à quelques pieds d'elle. À peine l’avait-elle vue que la lévitation disparut et la femme redevint un être normal marchant sur terre. Cette dame portait une longue robe nacrée voletant tout autour d’elle, certainement à cause de l’eau. Ses cheveux étaient châtain clair et ses yeux… ses yeux étaient comme ceux d’Inaya, dorés.

–N’ayez pas peur, je ne vous veux aucun mal, lui fit remarquer l’esprit.

–Après tout je suis dans mon rêve, donc je ne peux rien ressentir physiquement, pensa l’intelligente jeune fille comme pour essayer de croire elle-même à ses propres mensonges.

Pourtant, elle savait bien que ce n’était pas rare que des enfants se réveillent au petit matin le corps recouvert de coupures, de brûlures ou bien encore avec des membres cassés. Tout le monde savait ça pour en avoir été l’objet au moins une fois dans sa vie. Par contre, personne ne savait comment il était possible que des rêves prennent le dessus sur la réalité. On savait seulement que c’était à cause des sbires d’un quelconque sorcier. Ou alors, c'étaient simplement des esprits venant s'amuser à leur façon. Malgré tout, Inaya tenta de se convaincre qu’il ne lui arriverait rien de ce genre. Du moins, pas ici.

–Êtes-vous vraiment certaine de cela ? la questionna l’esprit, un brin moqueur.

La fille ne répondit pas, se contentant de froncer les sourcils en se disant qu’elle n’y croyait pas une seule seconde, que personne ne pourrait lui faire du mal. Et peut-être que si elle se le répétait assez fort, cela n'arriverait pas.

–Je suis désolée, je n’aurais pas dû lire dans votre esprit. Au fait, je m’appelle Elvire. Je suis une Nostra.

–Voyez-vous ça… Une Nostra, qu’est-ce donc encore que cette arnaque ? pensa la demoiselle en haussant un sourcil.

–Une Nostra est une personne capable de voir l’avenir, répondit Elvire à la question mentale de la fille.

Celle-ci s’énerva bien vite... Après avoir assouvi sa curiosité, bien évidemment.

–Comment faites-vous pour entendre ce que je pense ? Outre le fait que ce soit terriblement impoli de votre part !

–Je vous trouve bien curieuse pour quelqu’un qui dit d’une personne se caractérisant du nom de Nostra qu’elle est une menteuse ! s’offusqua la femme.

De la fille intelligente, Inaya se transforma en une gamine capricieuse et elle tourna la tête vers la droite en croisant les bras, signalant ainsi un refus certain de communication.

Après quelques minutes dans le silence où la Nostra comprit qu’elles y seraient encore pour longtemps si elles ne changeaient pas d’attitude, la femme recommença à discourir.

–Je suis là pour vous parler de la Cinquième Lune, dit-elle sans donner une once de réponse à la question précédente.

Cette phrase sonna comme un son de cloche à l’oreille d’Inaya qui se retourna, un air interrogatif sur le visage.

–Je vois que vous êtes de nouveau intéressée par mes propos, ne put s’empêcher de dire l’esprit sur un ton qui se voulait ironique.

Bien sûr qu’elle était intéressée. C’était intriguant comme histoire : une fille avait des pouvoirs bien plus puissants qu’en général et libérait le monde avec sa magie. Pour faire simple, le rêve d’une bonne partie des filles de son âge, si pas toutes, même si elles savaient qu'en fin de compte, elles finiraient par mourir. Pourtant, tout le monde avait des pouvoirs, même si certaines personnes ne savaient seulement utiliser que la télékinésie.

Une douce couleur rouge vint se poser sur les pommettes de la demoiselle en se rendant compte de son intérêt soudain.

–Mère m’en a parlé hier, avoua celle-ci.

L’autre acquiesça et se tut, semblant chercher ses mots. Inaya, pendant ce temps, décida de réfléchir un peu. Elle se trouvait donc dans son propre rêve avec pour seule compagnie une femme qui se prenait pour une Nostra, qui lisait dans l’avenir, et plus inquiétant encore, dans les esprits. Et maintenant elle voulait lui parler de la Cinquième Lune qui, rappelons-le, n'était qu'une simple légende !

… Irréaliste. Cette situation était tout bonnement surréaliste et Inaya ne pouvait décidément pas y croire une seconde.

–Deviendrais-je folle ? Non, mais sérieusement, je fais de ces rêves parfois…, pensa-t-elle en soupirant intérieurement de lassitude, oubliant momentanément les pouvoirs de la Nostra.

–Détrompez-vous, jeune fille, ceci n’est pas un rêve. Je suis dans votre esprit par projection, mais tout ce qui se passe ici…

La dame fit une petite pause puis reprit sans que l’adolescente n’ait besoin de vociférer une fois de plus.

–… est réel.

–Et maintenant, que fait-on ? Vous êtes là pour quoi exactement ?

–J’avais donc, comme je vous l’ai déjà dit, l’intention de vous parler de…

Elle s’arrêta à nouveau. Cette fois-ci par contre, au loin, Inaya entendit un bruit sourd, comme placé sous un couvercle atténuant les vibrations. Ce fut à ce moment qu’Elvire changea de sujet, laissant tomber le premier.

–Quelqu’un vous appelle, vous devez vous réveiller.

–Non, nous avons encore des choses à nous dire ! rétorqua-t-elle.

–Nous nous reverrons, je vous le promets.

–Quand vous reverrai-je ? s’inquiéta la fille.

Même si elle avait l'air complètement désespérée, il ne s'agissait en fait que d'une manifestation de sa curiosité. Déjà petite, sa patience lui faisait défaut. Inutile de préciser que ça n’avait été que de mal en pis !

–Je serai toujours…, de son doigt, la femme de brume pointa l’organe le plus intelligent que possédait tout être humain, dans votre esprit.

Sans qu’Inaya ne puisse dire quoi que ce soit d’autre, elle fut obligée de fermer les yeux, comme si quelqu’un l’y avait forcé. Et elle n’avait pas totalement tort.

–… Aya ! Inaya ! cria une voix tout près de ses tympans, devenant de plus en plus audible alors qu'elle reprenait conscience avec la réalité.

Ladite Inaya ouvrit les yeux presque immédiatement, comme sortant d'un cauchemar particulièrement effrayant. Elle prit le temps de se repérer dans l'espace avant de lancer un coup d’œil à sa gauche et d'offrir un léger sourire à sa mère, se calmant instantanément. Elle tourna ensuite la tête vers la fenêtre pour voir le temps qu'il faisait, remarquant alors qu’il faisait plus obscur que la dernière fois. D’abord surprise, elle se dit simplement qu’elle avait dormi plus que de raison. Doucement, s’étirant et en baillant ensuite d’une manière fort peu élégante, la jeune fille se retourna vers sa maman, lui disant qu’elle se sentait reposée comme jamais.

–Inaya, comment vas-tu ? s’inquiéta de suite Clarisse, une lueur de peur bien présente dans ses yeux ternes, preuve des combats qu’elle avait vécus des années auparavant. Je me fais un sang d’encre depuis deux heures de l’après-midi ! Tu n’as jamais voulu te réveiller.

–Ne vous inquiétez plus, mère, je me sens parfaitement bien. Je suis désolée de vous avoir fait du souci. Pour tout vous avouer, je rêvais.

–Tu rêvais ?! s’étrangla la femme. Jusqu’à dix-sept heures ?

–Hum oui, tout de même…, fit-elle tout en glissant une main dans sa nuque, prouvant sa gêne légère, avant de donner une explication. C’était un drôle de rêve où j’étais sous l’eau avec une femme qui lévitait. Elle voulait me dire des choses, mais vous m’avez réveillée avant. Elle me racontait des histoires bizarres, elle se disait être une Nos… je ne sais plus trop quoi, et elle parlait de projection… Enfin, des choses irréalistes, confia-t-elle à sa mère, un léger sourire au bord des lèvres. On sait toutes les deux que la magie n’est pas mon fort niveau pratique, n’est-ce pas ? ajouta-t-elle tout en se disant qu'en effet il était déjà relativement tard.

Clarisse lui sourit en retour et se baissa pour donner un léger baiser sur le front de sa fille, soupirant de soulagement une nouvelle fois.

–Je suppose que tu n’es plus fatiguée, désormais ? Voudrais-tu manger quelque chose ? Tu as raté les trois repas de la journée et tu sais ce que je pense de cela, c’est très mauvais pour l’organisme.

La jeune fille se redressa un peu dans son lit et constata qu’elle était encore en pyjama. Logique puisqu'elle n’avait fait que dormir.

Non, rien n’avait changé.

Rien, à part une chose : une bague. Une bague était apparue à son majeur droit.

–Mère ? Elle plongea les yeux dans ceux de sa maman, la scrutant du regard tout en abaissant légèrement la tête sur le côté en guise d'interrogation. Est-ce vous qui m’avez mis ceci au doigt ? questionna-t-elle.

Surprise, l'adulte prit la main de sa fille et examina le joyau.

C’était un très bel objet où trônait fièrement une pierre vert clair. Celle-ci était de forme ovale et se trouvait entourée d’une multitude de petits cailloux noirs qui scintillaient à la lumière éclairant la chambre d’Inaya. Cet ensemble faisait penser à une chevalière d’homme, mais tout en gardant l’allure de celle d’une dame.

–Non…, elle secoua la tête de droite à gauche. Non Ina’, je n’ai jamais vu cette bague, et je ne te l’ai certainement pas mise au doigt, répondit Clarisse, tout aussi confuse que sa fille.

Enlevant sa main de celles de la femme, l’adolescente essaya d’ôter la bague en question.

Quelle ne fut pas sa surprise de ne pas pouvoir le faire ! Fronçant les sourcils, elle se leva et partit dans la salle de bain sous le regard de l'autre personne présente dans la pièce. Elle s’approcha du lavabo et tourna le robinet pour y faire couler l’eau chaude. Après avoir mis du savon sur son doigt, elle ajouta encore un peu d’eau et réessaya de l’enlever, mais l’anneau refusait de bouger ! Peu importe qu’elle le tire ou qu’elle le tourne, le bijou ne voulait pas déclarer forfait et fut proclamé vainqueur de cette lutte dont l’aboutissement était inévitable.

Moment de panique. Qui lui avait mis cet anneau ? Pourquoi ne voulait-il pas partir ? Cet objet était-il maudit ? Qu’allait-il lui arriver ? Tant de questions sans réponses…

Les larmes aux yeux à cause de la panique qui l’envahissait et du mal qu’elle s’était infligé, la jeune fille retourna dans sa chambre où sa mère l’attendait, sagement assise sur le lit, les mains croisées sur les genoux dans une position très aristocratique. Oui, Clarisse avait beaucoup de manières qu’on pouvait qualifier de nobles.

La plus âgée comprit tout de suite la situation et se dépêcha d'intervenir pour la rassurer.

–Ne t’en fais pas ma chérie, ce n’est rien qu’une bague. On verra plus tard pour te l’enlever. Maintenant, suis-moi dans la cuisine, je vais te préparer quelque chose !

À moitié à contrecœur – elle commençait vraiment à avoir faim, mais elle n’avait pas envie de bouger –, Inaya suivit sa mère après avoir enfilé un peignoir.

Toutes deux se rendirent dans la cuisine, l'adolescente s’assit et regarda sa mère s’affairer aux fourneaux.

–Que dirais-tu de manger du pain perdu ? lui demanda soudainement cette dernière.

Mais Inaya ne lui répondit pas.

–Je ne sais pas pourquoi, mais j’en ai envie depuis plusieurs jours, continua-t-elle sans que sa fille ne lui témoigne un quelconque signe prouvant qu’elle écoutait.

La mère avait maintenant la tête dans le frigo à la recherche des œufs.

–Ina’ ? Alors, qu’en penses-tu ? Et je mangerai même avec toi !

Clarisse ne mangeait pas souvent avec sa fille ces temps-ci. Elle était trop occupée, alors elle se levait une heure plus tôt et prenait son repas seule dans la cuisine. Bien qu’elle n’ait pas de travail à proprement parler, elle rendait régulièrement service aux gens de la ville. C’était un peu comme du bénévolat et les habitants la payaient s’ils en avaient envie.

En ce moment, elle faisait des recherches pour une vieille dame qui avait perdu son Froufrou – c’était un petit caniche qui faisait tout le bonheur de cette bonne femme.

Se rendant enfin compte après plusieurs appels que sa fille ne répondait pas, la maman sortit la tête du réfrigérateur les mains pleines et se retourna.

Devant son regard, la jeune fille aux yeux dorés les avait désormais de couleur gris comme du métal et s’était levée. C’était un petit changement, mais étant sa mère, elle ne pouvait ne pas l’avoir remarqué.

Les œufs qu’elle tenait entre ses doigts tombèrent à terre et se fracassèrent au sol dans un bruit sec. Inaya s’avança vers l’autre femme et la pièce sembla se mettre à trembler. Les objets commencèrent à vaciller sur la table alors que la « nouvelle » Inaya poursuivait sa progression. En plus des yeux, ses longs cheveux noirs devinrent encore plus longs et prirent une teinte blond cendré. L’oxygène commençait à se raréfier, mais Clarisse ne s’en rendait pas compte parce qu’elle était bien plus préoccupée par sa peur. Effectivement, la femme avait peur. Peur de sa fille.

–Qui es-tu ? demanda-t-elle. Tu n’es pas ma fille !

Sa « fille » ne dit rien.

–Ré… Réponds ! répliqua la femme en essayant de se reculer bien que ce fut impossible, le plan de travail rendant toute fuite trop difficile pour que ce soit faisable.

Sans qu’elle ne l’ait vue venir, la demoiselle l’attrapa à la gorge à une vitesse inouïe et la souleva de quelques centimètres du sol. Étant donné qu’elle était plus petite qu’Inaya, elle fut désormais à la hauteur de ses yeux gris-fer.

Ils étaient sans expression.

Rien.

Aucun sentiment ne vivait dans les, autrefois, magnifiques yeux dorés de son adolescente.

Dans un dernier élan de lucidité, Clarisse porta difficilement la main droite à son cou et toucha le pendentif qu’elle avait toujours sur elle, un beau cristal bleu…

Puis, juste au moment où elle croyait avoir touché le bijou, tout devint noir.

Qu’allait-il se passer maintenant ? L’avait-elle actionné ou non ?

–Est-ce donc cela, la mort ? C’est dommage, pensa-t-elle dans un éclair de lucidité, j’aurais cru que c’était plus sympathique….

Et elle ferma les yeux.

–Vous vous réveillez enfin, mère. Comment allez-vous ? soupira de soulagement une fille aux iris ambrés étincelants à côté d’une femme qu’elle semblait de toute évidence connaître.

–Inaya ? C’est réellement toi ? questionna la mère en papillonnant des yeux, n’arrivant pas à y croire.

–Bien sûr que c’est moi, plaisanta doucement Inaya. Qui voudriez-vous que ce soit d’autre ? Un soupir passa ses lèvres avant qu’elle n’explique. Hier soir, vous aviez à peine sorti les œufs du frigo que vous êtes tombée évanouie sur le sol. Je vous ai tout de suite transportée dans votre lit. Je ne savais pas vous soulever, alors je vous ai tirée. Je suis désolée, mais vous aurez certainement quelques douleurs au dos à cause des marches…

–Ce n’est pas grave, tu as bien fait, ma chérie. Alors, tout ceci n’était qu’un rêve ? J’en suis bien soulagée…, pensa Clarisse en se redressant.

–Mère, je vais faire à manger, voulez-vous que je vous prépare quelque chose ?

La mère posa les yeux dans ceux de sa fille et sembla réfléchir un instant. Cependant, la réponse qu'elle lui offrit n'avait pas grand-chose à voir avec la question posée.

–Oui, veux-tu bien téléphoner à un certain Marcus Doff pour moi ? Tiens.

Elle voulut se lever dans l’intention de donner quelque chose se trouvant dans la petite table de nuit à ses côtés, mais l’adolescente l’en empêcha. Inaya fit donc le tour du lit et alla chercher un morceau de papier dans une boite que sa mère lui montrait.

Tous les meubles de la maison semblaient avoir été faits à la même époque et ils venaient sûrement du même ébéniste – le grand-père d’Inaya.

Après avoir donné le numéro de téléphone à sa fille, Clarisse lui demanda d’inviter Marcus à venir, stipulant qu'elle devait lui parler de toute urgence. Inaya acquiesça sans se poser la moindre question et sortit de la pièce.

Peu de temps après – une petite demi-heure à peine – quelqu’un frappa à la porte de la chambre de Clarisse.

–Entrez.

La porte s’ouvrit seulement assez pour laisser passer une tête.

–Oh, Marcus, déjà là ? Entre voyons, fais comme chez toi !

–Bonjour Clarisse, comment vas-tu ? Ta fille m’a dit que tu avais fait un malaise et que tu voulais me parler de toute urgence ? s’inquiéta-t-il directement. Ce n’est pas grave, j’espère ?

C’était un bel homme ce Doff, et pour dire vrai, tous les membres de sa famille avaient du charme, même s’il en était le dernier descendant. Il paraissait que c’était dû à ses gènes. Il avait de longs cheveux bruns qu’il attachait, comme en ce moment même, en catogan dans le dos et des yeux bleu azur.

–Il n’y a pas de quoi s’en faire, je n’ai de toute évidence pas assez dormi…

Son regard était fuyant, comme si elle était mal à l’aise. En fait, Clarisse était toujours mal à l’aise lorsqu’elle se retrouvait seule dans la même salle que Marcus. Principalement quand celle-ci était une chambre ! C’était une des raisons pour laquelle ils ne se voyaient plus autant qu’avant. Mais sans doute qu’en reprenant le temps de se voir ce trouble passerait rapidement. Néanmoins, un silence pesant s'installa dans la pièce durant lequel, semblait-il, l'homme préparait son discourt.

–Tu es seule ? Enfin tu sais que je…, questionna-t-il un peu maladroitement avant d'être rapidement coupé dans son monologue de persuasion – sans doute.

–J’ai ma fille, elle me suffit amplement, je n’ai besoin de personne d’autre. Et nous avons déjà eu cette conversation. Je ne t’ai pas fait appeler pour que l’on parle de ce sujet, gronda-t-elle un peu en fronçant les sourcils.

L’autre sembla comprendre la « mise en garde » et changea de sujet.

–Oui, excuse-moi. D’ailleurs, pourquoi m’as-tu appelé ? Qu’y avait-il de si important ?

Clarisse commença alors à lui expliquer la tournure qu’avait prise sa petite vie tranquille en seulement deux jours…

Il y avait quelques années, et ce bien avant la naissance d’Inaya, Clarisse et Marcus avaient énormément eu besoin de la présence de l’autre et de fil en aiguille, ils s’étaient appréciés plus que de raison pour une nuit. Le lendemain, ils avaient décidé d’un commun accord que cela ne se reproduirait plus. Depuis, une certaine gêne planait entre eux, bien qu’ils s’arrangeaient toujours pour faire comme si de rien n’était.

De l’autre côté de la maison et plus précisément dans la cuisine, Inaya entendit soudain un bruit étrange. C’était une espèce de feulement mélangé à un grondement de bête sauvage en rut et elle se mit immédiatement à rire. C’est à cet instant précis qu’elle se rendit compte que le bruit en question venait de son propre corps, car elle aussi avait assez faim, n'ayant pas mangé pour surveiller sa maman.

En tout cas, qu'est-ce qu'elle avait eu peur pour celle-ci, la veille ! Le pire était quand Clarisse avait cessé de respirer alors que son cœur continuait malgré tout de battre ! Comment savoir ce qui n’allait pas dans de telles conditions ? Peut-être avait-elle fait de l’apnée sans s’en rendre compte et qu’elle avait été en manque d’oxygène ? Peut-être aussi qu’elle était simplement trop fatiguée et que le fait de garder un œil sur elle pendant toute la journée l’avait épuisée jusqu’à l’évanouissement. Et, sans doute est-ce à cause de l’état de panique, mais elle ne se rappelait pas exactement de tout ce qui s’était passé cette nuit. Une vague de remord l'assaillit. Elle détestait quand sa mère se rendait malade à cause d'elle. Inaya s'était toujours promis de la protéger, quoi qu'il se passe dans leur vie.

Une vingtaine de minutes plus tard, durant lesquelles elle n’avait fait que songer à la journée précédente, à la nuit blanche qu’elle avait passée et après avoir cuit ces satanés pains perdus, Inaya monta, tenant le plateau à deux mains, jusqu’à l'entrée de la chambre où se trouvaient sa mère et son invité. Alors qu’elle allait s’annoncer, elle vit que la porte était entrouverte : Marcus l’avait sans aucun doute mal refermée. Doucement, elle s’avança vers celle-ci. De là, elle pouvait voir le dos du nouvel arrivant ainsi qu’un bout du lit de Clarisse, et assurément, pouvait entendre leur conversation.

–… Je ne peux pas le lui dire comme ça ! Marcus, voyons, soit un peu logique ! murmurait la voix anxieuse de la dame.

–Tu n’as pas l’intention de lui mentir à ce sujet, tout de même ? C’est ta fille ! C’est elle ! Elle détient ses pouvoirs !

Mais de quoi parlaient-ils tous les deux ? Inaya savait que c’était incorrect, très même, d’écouter aux portes, sa mère le lui avait assez répété, mais elle ne l’avait pas fait exprès. Malheureusement, il était impossible de faire marche arrière, malgré la bataille qui naissait entre elle et sa conscience.

–Je ne veux pas qu’elle parte. Je ne veux pas qu’elle meure elle aussi après avoir fait son devoir, gronda la femme d’un ton peiné.

–C’est son destin, Clarisse, tu ne peux rien y faire… Et ce rêve dont elle t’a parlé, cette femme, là…

Inaya avait maintenant compris qu’elle était le centre de la conversation. Mais qu’y avait-il d’important avec son rêve ? N’était-ce pas qu’un vulgaire songe ? L’homme allait continuer sur sa lancée, mais stoppa sa phrase pour en reprendre une autre, utilisant un ton plus grave.

–Si ce n’est pas toi qui lui dis, ce sera elle. Cette femme lui dira qu’elle est l’Élue !

–… Quoi ? Moi, je suis… Non ! pensa la fille qui se trouvait toujours cachée, le criant en même temps sans s'en rendre compte d'une voix bien claire, tout en faisant tomber son plateau qui s’écrasa dans un bruit sonore sur le parquet en chêne.

Les deux adultes se redressèrent d’un même bon et l’homme ouvrit la porte à la volée.

–Inaya ! Qu’y a-t-il ? s’inquiéta naïvement sa mère, ne se doutant pas une seule seconde qu’elle les avait entendus.

–Ce qu’il y a ? chuchota-t-elle. Ce qu’il y a ? reprit-elle plus fort. Ce qu’il y a, c’est que vous saviez ! Vous saviez tout depuis le début ! Cette bague, montra-t-elle en levant sa main, ce rêve et tout ce qui s’est passé après, vous saviez tout ! Tout ! Et vous ne m’avez rien dit…

Cette dernière phrase avait été murmurée, comme si le sujet qui l’avait prononcée avait utilisé ses dernières forces pour la dire.

Mais Inaya n'était pas mourante, elle était juste à bout de force mentalement parlant suite à sa tirade et à ce qu'elle ressentait.

–Non, tu te trompes, je ne savais rien ! se défendit la plus âgée, blessée intérieurement, en avançant d’un pas vers sa fille.

–Qu’as-tu entendu exactement ? questionna l’homme en fronçant les sourcils.

L'adolescente, la colère ayant fait place à la tristesse et à la culpabilité, eut la décence de rougir face à sa curiosité.

–À partir du moment où vous avez expliqué à mère qu’elle devait me dire quelque chose, que sinon Elvire le ferait à sa place. Le regard interrogateur, il l’invita à continuer d’un geste sec de la tête. Elvire est la femme de mon rêve. Elle voulait me révéler quelque chose, c’est sûrement ce qu’elle allait m’annoncer…

Discrètement et du coin de l’œil, elle vit la main de sa mère se défaire de l’emprise de celle, virile, de la personne à côté d’elle.

–Écoutez les filles, nous allons descendre tous les trois au salon et nous parlerons de tout ça au calme. C’est compris ?

Clarisse acquiesça au moment même où Inaya disait qu’elle allait s’occuper du plateau. Marcus hocha la tête à son tour et passa un bras quelque peu autoritaire autour des épaules de la femme qui ne se dégagea pas cette fois-ci, pendant que la demoiselle se mettait à nettoyer.

Après avoir fini, elle se rendit au salon. Bien sûr, elle était impatiente de connaître la vérité – même si elle s’en doutait fortement – et, s’étant dépêchée sans en avoir conscience, elle arriva limite essoufflée devant la grande porte. Se rendant compte de son état, elle décida de se calmer. Elle se posta bien sur ses deux jambes et pris de grandes bouffées d’air. Inaya ferma les yeux et visualisa dans son esprit une grande bulle où elle mettait tous ses sentiments : culpabilité, tristesse, amour,…

Lorsque la fille ouvrit ses paupières, seules deux orbes dorées regardaient le monde avec un nouveau regard quelque peu effrayant.

Elle se promit que dans n’importe quelle situation, qu’elle soit en danger ou bien qu’elle soit heureuse, elle essayerait de garder son regard vide et sans aucun sentiment. Ce qu’elle ne savait pas, cependant, c’était que cette maîtrise prenait des années pour être accomplie.

D’un coup bref, elle frappa et entra dès qu’elle obtint une réponse, puis alla s’asseoir devant les deux adultes et attendit patiemment.

–Allez, Marcus… Explique-lui, pensa Clarisse, lançant un petit regard suppliant à celui-ci, sachant que son ami l’entendrait malgré tout.

La jeune fille eut l’air énervé.

–Pourquoi demandez-vous à Monsieur Doff de me l’expliquer ? Est-ce si dur que cela de dire à sa fille qu’elle est l’Élue ? demanda-t-elle, une pointe d’ironie dans son ton.

–Pardon ? Mais… Marcus, essaye !

–Tu m’entends ? pensa alors l’homme. L’adolescente haussa un sourcil, mais acquiesça. Inaya, ne trouves-tu pas cela bizarre ? la questionna-t-il à nouveau, à voix haute cette fois.

Sans répondre, la fille ne fit qu’un léger haussement d’épaules.

–Tu refuses de communiquer ? Bien, alors c’est moi qui vais parler.

Elle approuva d'un geste.

–Il y a près de six cents ans, une fille du nom de Staya fut mise au monde. Ses parents étaient des riches et nobles personnes et ils comprirent bien vite que leur fille n’était pas comme les autres. En effet, dès l'âge de ses deux ans, elle arrivait à faire venir des objets à elle sans qu’on ne comprenne comment – un enfant normal n’y arrive seulement que vers six ans, comme tu dois sans doute le savoir. Des années après, un prêtre se présenta et demanda à parler aux parents de la jeune fille qui avait alors quatorze ans à ce moment-là. Le prêtre expliqua à ses tuteurs que leur petite était une Élue, qu’elle détenait les pouvoirs capables de sauver le monde… Je te passe les quelques détails insignifiants bien sûr, car sinon nous y sommes encore dans beaucoup d’années... Enfin bon, au final, Staya tua le sorcier qui prenait de plus en plus de pouvoir sur le monde et quelques mois après, elle mourut.

Se décidant finalement à prendre la parole, la jeune fille demanda comment il était possible qu’elle soit cette fameuse Élue. Après tout, elle n’avait pas eu une faculté quelconque dès ses deux ans. Il lui expliqua alors qu’il n’en savait rien, mais qu’il se doutait que quelqu’un avait dû lui mettre un sort de restriction de pouvoir. Ensuite, Inaya le questionna sur ses connaissance concernant tout ce dont il venait de lui parler, car cette partie avec le prêtre n’était, paraît-il, jamais parue dans les livres anciens – sa mère lui en aurait parlé si tel avait été le cas.

Mal à l’aise, Marcus se frotta la nuque avec la main droite et son regard se fit quelque peu fuyant. Après un rapide coup de coude dans les côtes de la part de la femme se trouvant à ses côtés, il toussota un peu, mais avoua.

–Je suis le descendant de ce prêtre…

Soudain, sans que personne dans la pièce ne comprenne quoi que ce soit, Inaya éclata de rire. Cette phrase avait eu le don de la décontracter et rire un bon coup lui avait fait le plus grand bien. Cependant, après quelques minutes, elle sembla se calmer. En effet, sa promesse lui était revenue en tête : sans sentiment.

Son visage changea alors de nouveau radicalement, faisant un peu sursauter la mère qui ne put s'empêcher de repenser à la soirée d'hier et elle frissonna violemment.

–N’est-ce pas interdit pour un homme d’église d’avoir des enfants ? s’enquit l'adolescente à haute voix.

–Pas à l’époque. Cette loi n’est d'application que depuis trois siècles seulement, l’informa l’homme.

Inaya ferma les yeux et s’enferma dans ses pensées. Soudainement, elle crut comprendre une chose, et les rouvrit.

–Donc vous saviez depuis ma naissance que j’étais l’Élue, n’est-ce pas ?

Il lui répondit à la négative, car rien, jusqu’à maintenant, n’avait donné de signe comme quoi elle pourrait l’être.

–Que devez-vous faire de moi ? Ou plutôt, avec moi.

–Je dois te former à la magie.

–Bien.

Et ce fut la fin de la conversation.

Il faisait froid en cette nuit de février, sur Portis. Le vent soufflait fort et pénétrait dans les vieilles bâtisses construites le siècle passé ou à une période plus ancienne encore. Ces maisons, tout en ayant l’air présentable, commençaient à se détériorer au fil du temps. Les rafales de vent emportaient au loin les quelques feuilles mortes qui traînaient encore sur la route où rien ni personne ne passait. Un hululement brisa soudain le silence oppressant qui s’était installé. Les arbres luttaient face aux bourrasques, comme mus par une énergie propre, leur donnant ainsi un air sombre et inquiétant. Cette atmosphère morose en aurait découragé plus d’un d’habiter ce quartier où la nuit donnait l’impression de vivre dans une ville hantée. Cependant, non loin de là, dans un manoir où vivaient seules une mère et sa fille, régnait un silence des plus pesant. Toutes deux se trouvaient dans leur chambre respective, contemplant les étoiles. L’une pensait à son avenir, l’autre avait peur de ce même avenir auquel sa fille était obligée de se soumettre.

Mais après tout, c’était son destin.

Chapitre 2

Quand la magie apparaît, tout est possible. Ou presque…

Cela faisait maintenant quelques jours qu’Inaya savait qu’elle était l’Élue. Depuis, elle avait découvert qu’elle était capable de lire dans les pensées. En ce moment même, elle était en train d’apprendre comment trouver sa source de magie afin de la débloquer totalement du sort de restriction auquel elle était hypothétiquement soumise… Malgré tout, beaucoup de questions restaient en suspens, dont l'éternel « Qui a bien pu faire cela ? »

« Tu dois te concentrer ! », « Ferme les yeux, oublie tout ce qu’il y a autour de toi ! »,… Tels étaient les « ordres » que lui dictait Marcus Doff, l’ami – ou plus que ça, allez savoir – de sa mère.

–Écoutez, Marcus, je n’arrive pas à me concentrer, puis-je avoir quelques minutes de pause ?

L’homme lui avait dit de l’appeler par son prénom et de le tutoyer étant donné qu’ils allaient devoir se côtoyer pendant sûrement les quelques mois à venir, et bien qu'Inaya avait accepté d’utiliser son prénom, le tutoiement se faisait prier. Ce n’était pas qu’elle ne l’appréciait pas, mais quelque chose chez lui la perturbait. Quoi, elle n’en savait rien, mais c’était sûrement l’aura de domination qui émanait de lui, pourtant chaleureuse et protectrice. Peut-être cela allait-il s’arranger avec le temps ? Du moins, elle voulait y croire.

–Allez, reviens dans un quart d’heure, soupira-t-il en portant une main à ses yeux dans un geste de lassitude.

Elle s’aida de ses deux mains pour se relever du sol où elle était assise en tailleur, et sans un regard, – le sien restant solidement neutre – elle se dirigea vers la cuisine. Là, elle se prit un grand verre de lait ainsi que deux toasts et commença à manger silencieusement en se demandant si elle arriverait un jour à trouver cette source de magie qui devait théoriquement habiter en elle comme dans chaque être normalement constitué…

Pendant ce temps, Clarisse était allée parler un peu à Marcus se trouvant toujours dans le salon. Il semblait que leur relation était devenue plus douce, la femme étant moins sur la défensive.

–Es-tu vraiment certain que ma fille soit l’Élue ?

Elle avait l’air inquiet, comme d'habitude lorsqu’il s'agissait de sa petite princesse qu'elle considérait encore comme son bébé alors qu'elle avait déjà seize ans.

–Oui, Clarisse. Tout porte à croire que c’est elle, et en plus, c’est écrit dans l’avenir. Elle lit dans les pensées sans avoir fait un quelconque entraînement, une femme est apparue dans un rêve pour vouloir lui parler de quelque chose et…

La femme le coupa.

–Justement, elle n’est apparue qu’une seule et unique fois, non ? Alors qu’est-ce que ça change ?

Il prit le temps de la regarder, d’analyser ses traits qu’il connaissait pourtant par cœur, et souffla juste avant de lui répondre.

–Cela change tout, cela prouve une fois de plus que ta fille est celle que tout le monde attend.

–…Alors c’est irrémédiable, n’est-ce pas ?

Elle avait eu du mal à sortir ces mots, la boule dans sa gorge menaçant d’exploser à tout moment. En posant une main sur l’avant-bras de son amie, Marcus secoua la tête en faisant une petite moue de désolation. Non, il n’y avait rien à faire, sa fille était l’Élue, qu’elle le veuille ou non. Si ça avait été quelqu’un d’autre, Clarisse n'aurait pas réagi de la sorte, même si elle aurait été désolée que la fille en question présente un risque mortel certain. Mais là il s’agissait de sa fille ! C’était la chair de sa chair qui pouvait l’abandonner du jour au lendemain à cause d’un sort ou de son destin. Elle secoua la tête : elle ne pourrait supporter de devoir enterrer Inaya avant que celle-ci doive ne le faire pour elle.

Le quart d’heure passé, l’adolescente alla directement s’asseoir en tailleur sur le sol, en bonne élève qu’elle était. À ce moment, sans un bruit, Clarisse se leva et fit signe à son ami qu’elle allait s’occuper de ses recherches pour son travail bénévole.

Des secondes passèrent et se changèrent en minutes puis en heures. Marcus avait d’ailleurs déjà fait le tour de la pièce plusieurs fois et était très légèrement en train de perdre patience.

–Bon, ça suffit ! s’énerva-t-il en se tournant vers la jeune fille.

Jeune fille en question qui ne bougea pas d’un millimètre.

–Je me suis certainement trompé, tu ne dois pas être l’Élue. Lève-toi et disparais, continua l’homme en se dirigeant vivement vers elle, ses paroles dépassant ses pensées.

Parce qu’il s’agissait là d’une chose dont il était certain : elle présentait quelques difficultés avec sa magie, mais son âme avait cet attrait si particulier que les Dieux l’avaient bénie de leur bénédiction. Tous les grands sages n’étaient que des apprentis à leur commencement.

Étant donné qu’elle ne répondait toujours pas et qu’elle ne bronchait pas, Marcus voulut la secouer un peu, histoire de la réveiller. Cette idiote s’était peut-être endormie, se disait-il. Il essaya de lui donner une tape sur l’épaule.

Oui, essaya, mais sans l’ombre d’un résultat.

En effet, dès que la pulpe de ses doigts toucha le tissu qui recouvrait la peau douce de la jeune fille, la bague émit un faible rayonnement et une petite décharge électrique survint dans la main qui la touchait. Clarisse – qui avait arrêté son enquête depuis une bonne heure – trouva étrange que Marcus enlève sa paume aussi soudainement.

–Qu’y a-t-il ? demanda-t-elle.

–Je ne peux pas la toucher… à cause d’un bouclier, je dirais. Je suppose que c’est grâce à cette mystérieuse bague qu’elle porte. Ce bijou agit comme ton cristal qui te permet de te téléporter jusqu’à moi. Le sien lui servirait de protection. Enfin, je présume.

Surprise, la femme ne fit qu’acquiescer, frôlant machinalement son collier, avant qu'une question ne fuse dans son esprit.

–Mais, elle jeta un coup d’œil à la pendule, il est déjà tard, comment va-t-on faire pour la mettre au lit si on ne peut pas la toucher ?

–On ne va rien faire du tout.

La mère lui demanda plus d’explications qu’il ne tarda pas à clarifier.

–Son esprit s’est enfermé sur lui-même. Il n’y a donc qu’elle qui puisse en sortir et seulement par ses propres moyens avec pour seule arme la force de son esprit. Cette espèce de coma peut durer un jour comme il peut durer un mois… voire plus.

À cet instant précis, elle qui avait posé des yeux inquiets sur sa fille réprima comme elle le put un bâillement. Cependant, il ne fut pas assez discret pour passer sous le regard inquisiteur de Marcus qui lui dit qu’il était temps qu’elle aille se reposer et qu’elle n’avait pas à s’en faire, qu’il veillerait sur son enfant.

C’est comme ça qu’ils partirent tous les deux de la pièce, l’un glissant la main sur l’épaule de la femme et l’autre posant la tête sur cette même main.

De son côté, Inaya se trouvait maintenant dans un endroit sombre et froid. Malgré le peu de lumière qu’il y avait, elle remarqua qu’elle avait la faculté de voir son corps en entier, comme s’il brillait intensément.

–Quelqu’un est là ? cria-t-elle.