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Inaya se remet difficilement des blessures infligées par la dernière bataille, sa famille restant malgré tout le pilier inébranlable qui la maintient debout... jusqu'à l'attaque de trop. Puisque s'éloigner est la seule optique qu'il lui reste pour garder ceux qu'elle aime en vie, Inaya décide de plier bagage. Elle se rend sans le savoir au Village des Oubliés, petite partie retirée du monde où elle recevra le soutient et l'amour qu'il lui faut pour se remettre debout. Néanmoins, le danger est partout et elle devra continuer à protéger ses proches. Mais que faire de ce double maléfique qui semble mettre le monde en péril sous ses traits ? Existe-t-il seulement un moyen de l'arrêter ou est-ce déjà trop tard ?
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Seitenzahl: 342
Veröffentlichungsjahr: 2018
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Je dédicace ce livre à mes grands-parents, ma tante et
mon oncle, qui comme les quatre magiciens ayant apporté
la magie dans le monde d’Inaya, ce sont eux qui ont apporté
de la magie dans mon propre monde. Sans eux, jamais La
Cinquième Lune n’aurait vu le jour.
« Quand la Cinquième Lune sera levée,
l’Élue sera révélée. »
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
« Explosion mortelle
Ce lundi 11 août, une nouvelle explosion a retenti dans les contrées du mont Désastro. Cette chaîne de montagnes porte effectivement bien son nom étant donné que plus de vingt personnes sont portées disparues jusqu'à présent. Après les différents attentats étant survenus ces derniers temps, on pourrait en venir à se demander ce qu'il se passe vraiment sur terre. La fin du monde est-elle proche ? [...] »
C'était un extrait du magazine le Mag'Un, la revue universelle des magiciens.
–Avec ce fou de sorcier qui sème la terreur partout, il y a de quoi se poser la question, en effet ! commenta hargneusement Clarisse en mâchant violemment un bout de sa tartine comme si cette dernière était responsable de tous ces malheurs.
Depuis l'anniversaire de la cité, deux mois s'étaient écoulés. Deux mois où plus d'une cinquantaine de personnes avaient été tuées et qu'autant de familles étaient en deuil. Alors que cette journée aurait normalement dû rester dans les mémoires comme étant le jour du millénaire, elle sera à présent une date nationale afin de rendre hommage à tous les gens ayant péri.
Dès lors que cet événement tragique eut lieu, Inaya s’était mise à dépérir à vue d'œil. Devant les autres, elle restait forte, mais lorsqu'on était le soir et qu'elle se retrouvait seule dans sa chambre, la jeune fille laissait enfin évacuer sa peine. Personne ne peut comprendre à quel point la culpabilité est une douleur inconditionnelle avant de l'avoir vécu pleinement.
Néanmoins, qu'on ne s'y méprenne : l'Élue n'était pas la seule à se sentir mal intérieurement. Sa mère se montrait impuissante face à ce début de dépression qui faisait peu à peu sombrer son enfant, Kain n'avait plus la force de rétracter ses canines ni même de faire revenir ses yeux à leur couleur d'origine et Marcus faisait ce qu'il pouvait pour rester calme et en pleine possession de ses moyens devant cette situation. Il se posait cependant des tas de questions quant au changement d'attitude de sa petite protégée, passant du : « Où est cette jeune fille qui s'est jetée sur le petit garçon afin de le protéger ? » au « Où se trouve la demoiselle que j'ai toujours connue, forte et courageuse ? » Nonobstant, il n'avait rien à dire, même s'il n'aimait pas la manière dont leur famille recomposée, comme il s'amusait à appeler, se dégradait.
En outre, ils passaient le plus clair de leur temps à s'éviter les uns les autres. Clarisse ne mangeait plus et restait dans sa chambre, seule, ne voulant voir personne, tandis que, de son côté, Kain faisait de même en demeurant aussi dans la sienne, celle-ci soumise à un sort de silence afin que les autres n'entendent pas le bruit venant des affaires qu'il envoyait sans remords se fracasser contre le mur dans un but purement exutoire et Inaya refoulait tous ses sentiments négatifs au plus profond d'elle.
Cette dernière avait aussi entrepris de retrouver le mystérieux inconnu qui l'avait embrassée au bal de minuit, souhaitant se changer les idées, mais malheureusement, cela s'était soldé par un échec. Elle avait bien essayé d'utiliser le pendule de sa mère pour avoir ne serait-ce qu'un petit indice, mais l'objet était vieux et Inaya se disait qu'il était sans doute défectueux puisqu'il pointait continuellement la maison. De ce fait, elle avait cessé de s'en servir.
Bien qu'il veuille agir, le mage en soin ne savait ni par où commencer ni par qui. La tristesse de sa meilleure amie n'était basée uniquement que sur le comportement d'Inaya et il en était de même pour le vampire. Par conséquent, s'il voulait changer les choses, il faudrait tout d'abord ramener l'Élue à de meilleures pensées.
–Bien, pensa-t-il. Réunion générale ! hurla l'homme du bas des escaliers afin d'être sûr que tout le monde l'entende et réagisse selon ses souhaits.
Inaya fut la première à descendre.
–Y a-t-il un problème ? demanda-t-elle à son ami en arrivant à sa hauteur.
–Va attendre dans le salon, ta mère et Kain ne vont pas tarder, lui ordonna-t-il sans répondre à son interrogation. Je suppose enfin, pensa-t-il.
Même si elle restait perplexe, la demoiselle hocha positivement la tête en se dirigeant vers l'endroit désigné. La jeune fille n'eut pas à attendre longtemps puisque seulement quelques minutes après apparurent un Kain tout aussi effrayant que d'habitude ainsi qu'une Clarisse aux yeux rougis, preuve de ses récents pleurs, ceux-ci sans doute liés à ses pensées et sa culpabilité qu'elle ne cessait de ressasser.
Lorsque la plus âgée demanda à son tour s'il y avait quelque chose qui n'allait pas, faisant mine de rien à l'égard des œillades en coin qu'on lui lançait avec plus ou moins de discrétion, l'homme déclara qu'il revenait dans quelques secondes. Ce qu'il fit, une boite à chaussure dans les mains qui semblait vide.
–Ceci, dit-il en montrant la boite, est une boite à messages.
–Une boite à messages ? Peut-on savoir à quoi elle va nous servir ? s'enquit Inaya, toujours aussi confuse.
–Depuis quelque temps, notre famille reconstituée n'a plus les piliers d'il y a quelques mois et tout part en vrille ! Regardez-vous ! dit-il d'un ton autoritaire en les pointant de la main.
Kain baissa les yeux, honteux de sa nouvelle apparence, et Clarisse ne s'offusqua pas, preuve qu'elle n'était pas au meilleur de sa forme. Si elle avait été dans un état préférable, elle lui aurait expliqué calmement mais fermement qu'elle n'aimait pas du tout la façon dont il avait de la montrer de la sorte, que ce n'était pas quelque chose qu'elle lui permettait ou qu'elle lui avait permis par le passé.
–Clarisse ne sort que pour faire les courses et faire à manger, quand c'est mangeable ! reprit-il en annonçant ce dernier point comme si c'était évident qu'elle n'était pas bien. Sans oublier qu'elle maigrit car elle ne s'alimente plus correctement. Kain, quant à lui, reste cloîtré dans sa chambre à casser tout ce qui lui passe sous la main !
Sous le regard se voulant surpris du vampire, il ajouta : « Tu pensais sérieusement que je n'étais pas au courant ? » avec une œillade entendue.
Après cela, il passa à Inaya. Prenant une grande inspiration, il commença son petit discourt. Tout en énumérant les points qu'il jugeait important de s'occuper en premier lieu, il tenta de lui faire comprendre à quels niveaux il était dangereux de tout garder en soi, que cela risquait de la détruire de l'intérieur aussi bien qu'une maladie particulièrement perfide. Il effectua ensuite une petite pause pour reprendre plus calmement.
–Cette boite va nous servir à nous dire des choses que l'on n'oserait pas s'avouer en face, mais qu'on aura plus facile, normalement, à se confier en groupe. Chacun a son propre compartiment. Vous écrirez sur un papier ce que vous voudrez dire à la personne souhaitée et vous le mettrez dans votre case. Je tiens à ce que, dès ce vendredi, nous les lisions à la personne désirée. J'espère qu'ainsi tout redeviendra comme avant... ou du moins qu’il y ait un mieux.
Enfin, Marcus se tut et alla près de la vitre. Le regard des trois autres était troublé et aucun d'entre eux n'osait se regarder. Le mage se retourna une dernière fois dans le but d'indiquer l'endroit où il plaçait la boite à messages, soit, sur l'appui de fenêtre. Après quoi, il sortit dans l'espoir de se calmer. La colère qu'il avait emmagasinée depuis plusieurs semaines était aussitôt ressortie. Peut-être que tout allait s'arranger. Du moins, l'espérait-il.
Quelques minutes plus tard, alors qu'il clarifiait ses pensées, assis à même le sol, il fut surpris de sentir quelqu'un se glisser dans son dos et l'enlacer doucement. En effet, il n'avait pas entendu la porte s'ouvrir et se refermer derrière lui.
–Pardonne-moi..., murmura une voix féminine.
Prenant doucement les mains se trouvant devant ses yeux, il entrecroisa leurs doigts en posant un regard songeur dessus.
–Je ne vois pas pour quelle raison, déclara-t-il d’un ton bas.
La jeune fille avoua qu'elle pensait l'avoir déçu, ce à quoi l'homme répondit, en resserrant sa prise sur les fins membres qu'il tenait, qu'elle ne le décevrait jamais. Il ajouta :
–Même si je dois avouer que te voir ainsi abattue me fait du mal. Je ne suis pas le seul, tu sais ? Mon rêve est de pouvoir te venir en aide, mais c'est une chose que tu dois réaliser seule. Cependant, peut-être pourras-tu me confier ce qui te trouble à ce point ?
La connaissant, il savait qu'elle l'écrirait sur un mot et donc qu'il serait au courant de la situation dès la fin de la semaine, mais rien ne l'empêchait de tenter de savoir de quoi il en retournait avant la date prévue, n'est-ce pas ? Ouvrant dans un premier temps la bouche afin de répondre au mage, la jeune fille se rétracta dans un second et mentit en disant que rien ne la troublait, connaissant néanmoins son ami et devinant qu'il n'allait pas la croire.
–Sais-tu que mentir est un vilain défaut ? Je pense te l'avoir déjà dit, j'ai tort ?
Voilà la preuve comme quoi ce qu'elle pensait était justifié.
–Je ne veux pas que tu t'en fasses pour moi, c'est tout, confessa l'Élue.
–Quand tu ne me dis rien, c'est encore pire, car je m'imagine des tas de choses.
Inaya ne répondit pas tout de suite, mais resserra sa prise autour de la taille du mage.
–Je suis désolée, Marcus.
Enfin, elle s'en alla, le laissant seul. L'homme resta encore quelques minutes sans bouger, autorisant seulement ses pensées à vagabonder librement dans son esprit.
Quant à la demoiselle, elle rentra chez elle et passa obligatoirement devant la boite. Alors que son but principal était de se rendre dans sa chambre, une force étrange l'arrêta, la contraignant de cette manière à se retourner. Debout dans le salon, le fameux coffret en carton à quelques pas d'elle, Inaya ne bougeait pas. D'ailleurs, même si extérieurement elle était très calme, en elle, c'était la guerre. Elle pesait le pour et le contre cette idée d'abandonner ses sentiments sur papier et finalement, l'avis négatif perdant cette bagarre mentale, la fille de dix-sept ans soupira presque de soulagement et alla chercher une feuille et de quoi écrire.
De toute façon, elle devait le dire à quelqu'un... Elle devait confesser que c'était sa faute...
Durant l'écriture de son mot, elle entendit qu'on frappait quelques coups brefs à la porte d'entrée et cela la fit sursauter. Ils n'attendaient personne, sa mère le lui aurait dit, sinon. Dans ce cas, qui cela pouvait-il bien être ?
N'entendant rien pouvant lui indiquer qu'un des adultes de la maison avait l'intention d'aller ouvrir, Inaya arrêta de consigner ses problèmes et se leva afin de le faire elle-même. Après tout, peut-être n'avaient-ils rien entendu ?
Cependant, elle était déjà presque arrivée dans le corridor lorsque Clarisse arriva à son tour et lui demanda silencieusement de retourner de là où elle venait, à savoir, du salon. Comme toujours, la fille obéit à sa mère et alla patienter calmement, assise sur le divan, oubliant momentanément ses pensées écrites. De là où elle était, elle pouvait aisément entendre chacune des paroles prononcées dans la pièce d'à côté.
Ce ne fut que quelques secondes plus tard qu'elle décida de les rejoindre. La plus âgée avait fait l'ignorante lorsqu'on lui avait demandé s'il était possible de parler à l'Élue, s'attirant ainsi un regard noir de la part de l'inconnu. C'est ce qui l'avait incité à aller rencontrer le nouvel arrivant. De toute façon, il était inutile qu'elle continue de se cacher puisque, de toute évidence, l'homme savait qu'elle habitait ici, vu qu'il la demandait avec insistance.
–Qui êtes-vous ? demanda la jeune fille de but en blanc en arrivant dans le corridor, ne faisant pas cas des regards qu'on lui lançait.
–Je cherche l'Élue. Je sais qu'elle est ici.
–Que lui voulez-vous ? quémanda une nouvelle fois Clarisse, légèrement agacée.
–Je l'ai sauvée en échange de son aide pour retrouver quelqu'un. C'est tout ce que vous avez à savoir, déclara l'homme d'une voix neutre, ne cessant de fixer avec insistance la demoiselle dans les yeux.
Il savait. Il avait compris qu'il venait de trouver celle qu'il cherchait.
–Docteur Vamp..., murmura alors Inaya, légèrement plus soulagée. Je suis celle que vous recherchez, reprit-elle avec un peu plus d'assurance, bien que ce fût inutile.
–Depuis le temps que je vous recherche ! admit-il ironiquement.
–Eh bien ! Bienvenue chez..., commença Clarisse d'un ton chaleureux avant de se faire couper la parole par sa fille.
–Comment puis-je être certaine que vous êtes bien celui que vous dites être ?
Elle était méfiante et elle avait raison. Il pourrait très bien être un Shlaah. En pensant à cela, Clarisse se sentit honteuse d'avoir un instant pu mettre sa fille en danger. Déjà que ce n'était pas la première fois...
Effectivement, la femme pensait encore à ce jour où Kain avait perdu le contrôle de son être surnaturel et elle s'en voulait toujours autant.
–Peut-être le fait que votre ami, Doff, je crois, m'ait donné un code ?
Par télépathie, la demoiselle demanda à Marcus de venir les rejoindre à la porte d'entrée illico presto. Quelques secondes après, le mage était là, l'air visiblement déconcerté.
–Que se passe-t-il, Inaya ?
–Tu te souviens, il y a plus ou moins deux mois, lorsque tu as voulu me sauver, lui rappela-t-elle sur un ton de reproche, taisant le « lorsque tu as été suicidaire » qui se trouvait sur le bout de sa langue. Un homme t'a parlé mentalement et tu lui as donné un code.
–Oh... Serait-ce donc lui ? chuchota-t-il à l'oreille de la jeune fille, ne sachant pas que l'autre l'entendait.
L'adolescente hocha positivement de la tête.
–Bien, déclara-t-elle. Monsieur ?
–Le mot est Amortentia, dit-il sans une once d'hésitation et Marcus opina.
–Cette fois, je vous dis bienvenue à la maison ! déclara Clarisse d'un ton enthousiaste.
Inaya, lançant un regard en biais à sa mère, se rendit compte que cette attitude contrastait horriblement avec son teint verdâtre, mais ne fit aucun commentaire.
Alors qu'ils étaient tous assis dans le salon, la demoiselle alla prévenir Kain qu'elle voulait lui présenter quelqu'un. Ils descendirent quelques minutes plus tard. Le vampire avait mis des lunettes noires afin de ne pas faire peur à la personne présente dans le salon.
–Monsieur, voici Kain Colam. Kain, je te présente Docteur Vamp qui..., commença Inaya avant de se faire interrompre par ledit Docteur.
–Oh non ! rigola-t-il. Ce n'est qu'un petit sobriquet que j'utilise pour l'anonymat ! Mon vrai nom est Craig Sarazeri. Je sais, je sais, c'est nettement moins classe, mais on ne choisit pas notre nom !
En guise de réponse, Kain acquiesça. Il refusait d'ouvrir la bouche pour parler afin de ne pas inquiéter l'homme à cause de ses canines qu'il n'arrivait plus à rétracter. Après tout, le vampirisme n'était pas un état très bien vu par la société, étant donné que c'était trop peu compris par cette dernière.
Finalement, après un léger silence, le vampire refit le même mouvement avec sa tête avant de tourner de cent quatre-vingts degrés sur lui-même afin de repartir dans sa chambre. Cependant, il reçut une charge semblable à un paquet cadeau qui s'accrocha à lui. En baissant légèrement la tête – et même bien avant cela –, il se rendit compte que ce n'était autre que l'Élue qui s'agrippait à son bras droit, l'arrêtant ainsi dans son avancée.
–Reste, je t'en prie, lui murmura-t-elle.
L'hybride hésita, ce qui laissa le temps à Craig de dire quelque chose.
–Monsieur Colam, je n'ai pas vu vos yeux. À vrai dire, si je ne vois pas le regard d'un homme, je ne peux pas croire à ce qu'il dit, susurra-t-il d'un ton joyeux.
Puisqu'il se trouvait dos à lui, Kain s'autorisa à lui répondre.
–Ça tombe bien, je n'avais pas encore prononcé le moindre mot.
–Eh bien, techniquement, maintenant, c'est fait, ricana le nouvel arrivé.
–Quel sens de la déduction ! Maintenant, veuillez m'excuser...
Le vampire fit quelques pas en direction de la porte d'où il venait, voulant retourner s'isoler dans sa chambre dans le but de laisser sortir sa colère.
–En tout cas, reprit Sarazeri, c'est dommage, car vous avez une voix magnifique !
En un clin d'œil et sans que personne ne puisse faire quoi que ce soit, Kain venait de plaquer une main sur le dossier du fauteuil où l'inconnu était assis, à deux petits centimètres de sa tête, et son autre main, la droite, portant ses lunettes, dévoilant ainsi ses yeux. Il, enfin, son côté vampirique, n'aimait pas du tout ce genre d'insinuation, surtout venant de la part d'un type aussi étrange que celui se trouvant en face de lui. Bizarrement, l’autre homme n’eut même pas un mouvement de recul, ce qui fit légèrement tiquer Marcus même s’il ne dit rien, lui-même ayant sursauté.
–Je vous le dis tout de suite, je ne vous apprécie pas. Et j'ai cette opinion de vous en seulement trois phrases, c'est bizarre, ne trouvez-vous pas ? Vous m'avez l'air assez douteux, monsieur, déclara Kain en laissant échapper sa colère sur cet homme qui ne l'avait que très légèrement titillé.
Ensuite, il reprit sur sa lancée en changeant de ton et en n’en prenant un bien plus mystérieux que colérique.
–Alors, mes yeux sont-ils à la hauteur de votre espérance ? Et mes canines aussi ? Faites attention à vous, ne me taquinez pas ou vous pourriez finir en casse-croûte, directement envoyé dans mon estomac.
Dignement, l'hybride se redressa, remit ses lunettes, sortit un papier de sa poche et le glissa dans la boite à messages comme si de rien n'était. Il fit ensuite demi-tour pour la dernière fois et se redirigea vers les escaliers, non sans interpeller les adultes qu'il connaissait.
–Clarisse, Marcus, mettez-moi cet homme à la porte, il est sans aucun doute d'une sincérité défectueuse ! Sur ce, à ce soir.
Kain repartit de la même manière qu'il était venu, laissant de cette façon les quatre autres personnes perplexes… et amusée pour l’une. Inaya soupira subitement au même moment que Marcus se levait.
–Monsieur, la sortie est..., commença-t-il, prêt à céder à l'ordre de son ami.
–Non Marcus, je suis désolée, mais c'est impossible, le coupa doucement Inaya d'un ton gêné en appréhendant la suite.
–Qu'est-ce qui est impossible ? demanda Clarisse.
–Vous ne pouvez pas le mettre dehors.
–Et pourquoi donc ?
Clarisse posa ses mains sur ses hanches, certainement dans l'espoir de paraître un peu plus sévère. Cependant, il ne fallait pas oublier la couleur de sa figure, la rendant très peu menaçante.
–Parce que cette mademoiselle m'a promis quelque chose..., susurra le nouvel arrivant. Et chose promise, chose due !
–Je dois retrouver quelqu'un pour lui, acheva calmement Inaya.
Quelques secondes passèrent sans que personne ne parle.
–C'est une blague, c'est ça ? questionna le mage.
–Pas du tout ! ricana l'autre homme.
–Tu viens de dire que tu as fait un pacte avec un parfait inconnu ? Et si c'était un Shlaah ?
Marcus s'énervait, mais Inaya ne pouvait pas l'en blâmer. Il traduisait si bien les questions intérieures de l'Élue ! Pourtant, personne ne savait pour quelle raison il était contrarié, pas même le principal intéressé. Peut-être était-ce une séquelle de sa précédente dépression ?
–Mais je n'en suis pas un... Enfin, peut-être ! chantonna l'inconnu en question qui, maintenant, se tordait de rire dans le fauteuil.
L'homme venait de dire cela sous le regard effaré de l'hôtesse de maison.
–Disons que c'était un échange de bon procédé, déclara simplement Inaya pour essayer de calmer l'ambiance. Je devais faire quelque chose pour te sauver la vie et m'enfuir de là !
–Et tu as fait appel à ce... à ce guignol ? cria quasiment Marcus en désignant la forme prise d'un fou rire sur le tapis.
–Il est apparu de lui-même dans mon esprit, par télépathie. Mais je t'en prie Marcus, comprends-moi ! Il était mon unique chance, le seul et l'unique moyen de m'en sortir ! continua Inaya, un air suppliant au fond du regard. De nous en sortir, rajouta-t-elle en insistant bien sur le pronom utilisé. Si tu n’avais pas fait cela…
–Si je n’avais pas fait cela tu serais sans doute morte de folie ! dit-il en haussant le ton une nouvelle fois.
Ne trouvant sûrement plus ses mots, le mage fit un geste de la main qui signifiait qu'il en avait plus qu'assez et s'enfuit dans sa chambre à l'étage. Clarisse, qui avait assisté à tout cela sans dire un mot, posa une main sur l'épaule de sa fille dans un geste qui se voulait compatissant et partit dans la cuisine afin de faire le repas, la laissant régler ses petits problèmes. Après tout, si elle avait réussi à s'en sortir jusque-là, elle pourrait très bien arranger ce qu'elle avait fait ! De plus, il fallait qu'elle apprenne à se sortir d'elle-même de ses embrouilles, elle ne serait pas toujours derrière sa fille !
Le fou se trouvant toujours à même le sol se maîtrisa peu à peu et reprit une allure plus ou moins normale.
–Vous ne ressemblez pas du tout, mais alors là vraiment pas au Docteur Vamp d'y a deux mois !
L'homme prit une mine outragée pour ensuite se remette à rire d'un seul coup.
–Mais non non non, jeune fille ! À dire vrai, ceci est le vrai Craig ! Et ceci, dit-il en changeant radicalement de regard et d'expression, devenant ainsi plus sérieux, est le Docteur Vamp. Je ne suis, continua-t-il d'un ton hautin, qu'une seule et même personne ! finit-il en rigolant comme un bienheureux.
Inaya soupira de lassitude et de désespoir. Qu'est-ce qui lui était passé par la tête en le faisant entrer chez elle, sérieusement ?
–Restez Docteur Vamp, je vous prie, ce sera bien mieux pour moi et pour les autres, supplia-t-elle presque en redoutant les jours à venir.
–Ce n'est pas possible voyons !
–Et pour quelles raisons ?
–Mais c'est évident ! À vrai dire, maintenant que vous connaissez mon vrai moi, je resterai comme ça avec vous et votre famille ! ricana Craig.
–Oh mon Dieu..., soupira la jeune fille. Elle décida finalement de changer de sujet. Vous ne m'avez pas encore dit le nom de la personne que je devais retrouver.
–À dire vrai, je..., commença l'homme avant de se faire réprimander.
–Êtes-vous obligé de ponctuer toutes vos phrases d'un « à dire vrai » ou d'un « à vrai dire » ? Parce que c'est vraiment énervant à la longue !
–C'est un tic fâcheux que j'ai depuis mon enfance, j'en suis désolé, s'excusa-t-il d'un ton tout sauf navré.
La jeune fille secoua la tête, montrant son désappointement. Par la suite, il reprit là où il s'était arrêté.
–Donc, comme je disais, je ne le connais pas. Je ne sais même pas s'il est encore vivant pour tout dire ! Tout ce que je sais, c'est que c'était un vampire qui habitait dans le Ruman.
Inaya parut surprise.
–Un vampire dites-vous ? Comment en êtes-vous si sûr ?
–C'est très simple, dit-il en souriant. Je l'ai moi-même transformé !
–Transformé ? Alors vous aussi vous êtes un...
–Je suis un suceur de sang qui aime le chocolat à la fraise ! avoua-t-il en se remettant une fois de plus à rire.
–Comment sommes-nous censés retrouver cet homme si on ne sait rien d'autre sur lui ? soupira-t-elle d'agacement.
–En allant au Ruman voyons, ma chérie ! déclara-t-il comme s'il parlait à un bébé.
En remplaçant les mots par des « Gouzi Gouzi », ça devrait ressembler à la même chose...
Lorsque Clarisse se décida à appeler tout le monde afin de venir souper, sa fille et Craig n'arrivèrent pas de suite. Marcus savait qu'elle s'entraînait dans le jardin avec l'inconnu. Il trouvait d'ailleurs que ce dernier la regardait avec un peu trop d'insistance à son goût. En effet, quand la jeune fille « ratait » un sortilège, soit, quand il était quasiment réussi, Sarazeri se plaçait derrière elle et la guidait de manière très entreprenante.
Le mage se trouvant non loin d'eux depuis le début de la leçon attendit que l'homme intervienne de nouveau – alors que la représentation de l'Élue était superbe – avant d'aller à leur rencontre. Il avait la ferme intention de faire arrêter ce petit manège qu'il trouvait ridicule et qui le mettait hors de lui !
Ainsi, à l'instant même où elle « échoua » une fois de plus son sort sur le pantin et que Craig se colla à son dos, une main sur la hanche et l'autre posée sur son épaule, Marcus bondit. Se rapprochant, il entendit le timbre utilisé par le vampire et, à ce son, le meilleur ami de Clarisse eut envie de vomir ! C'était le mélange d'un ton se voulant sensuel et joyeux. Immonde aux yeux de l'autre homme. Le nouveau vampire dans les parages n'était pas moche... Enfin, dans le genre si on aimait les hommes pas très grands, trapus et se prenant pour le centre du monde – d’après Marcus.
Le mage toucha doucement l'épaule de l'individu qui osait poser ainsi ses mains sur sa protégée et, sans aucun doute grâce à son intuition, Craig sentit qu'un danger le guettait. Il lâcha alors promptement la demoiselle qui, étant dos à Marcus, se retourna en même temps que son professeur temporaire vers lui et elle fut la seule à être surprise de le voir avec ce drôle d'air qu'elle ne lui connaissait pas.
–Inaya, on mange, lui indiqua-t-il d'un ton froid en regardant l'autre homme dans les yeux.
Ne les voyant pas bouger, elle ne fit rien pour dire qu'elle avait saisi les paroles qu'il avait prononcées et croisa les bras sur sa poitrine.
–Nous te rejoignons, chérie ! déclara d'un ton joyeux Craig en la poussant doucement mais fermement vers la porte vitrée séparant la maison du jardin.
Comprenant finalement par ce geste que les deux hommes avaient des choses à se dire, elle ne résista pas plus et rentra. Pendant qu'elle se rendait à l'intérieur, le vampire regardait toujours Marcus. Ils jouaient à celui qui baisserait les yeux en premier.
–« Chérie » donc ? questionna le mage.
–À vrai dire, elle adore ce petit surnom !
Ce qui énervait le plus le magicien, c'était l'intonation amusée de l'hybride que celui-ci utilisait constamment. Ne sentait-il donc pas que s'il continuait, suceur de sang ou pas, il en ferait de la charpie ? Après tout, il avait aussi peur du feu que du bois, n'est-ce pas ? Tant de moyens d'en finir...
–Faites attention à ce que vous dites sur Inaya en ma présence. Retenez que je ne vous suis respectueux uniquement parce que vous nous avez sauvé la vie, à elle et à moi, à elle surtout. Pour ça, et simplement pour ça. N'en abusez pas, je vous prie.
Sur ces ultimes mots, ils se dirigèrent tous les deux vers la maison sans en prononcer un de plus. Les choses étaient dites, il n'y avait rien d'autre à expliquer.
Quand les deux hommes arrivèrent, Inaya se retourna vers Marcus en cherchant son regard. Peut-être était-il encore fâché de tout à l'heure, mais dans tous les cas, il ne répondit pas à cette œillade, ce qui la déçut fortement.
–Monsieur Sarazeri, commença Clarisse sur un ton clair et désolé. Je suis navrée, mais vous ne pourrez pas rester ici pour la nuit. Pour aujourd'hui ainsi que les prochains jours, cela va de soi. Nous n'avons plus de chambres de libre, se justifia-t-elle assez inutilement.
Effectivement, c'était de loin ce qui ne manquait pas dans le manoir, et c'était même assez visible de l'extérieur dû aux nombreuses fenêtres présentes, ce que le vampire n'avait pas dû manquer.
L'homme rigola, comme à son habitude. Il ne semblait pas fâché que son hôte lui mente aussi effrontément.
–Je ne compte pas rester, à dire vrai ! Je ne suis pas certain de revoir la lumière du jour demain matin avec les deux hommes présents à cette table.
–Et cela vous fait rire ? demanda Kain d'un ton froid.
–Peut-être ne nous en croit-il pas capable..., argumenta Marcus en lançant un regard à son ami qui hocha la tête d'un signe complice.
–Messieurs ! s'énerva Inaya en haussant un peu le ton, semblant ainsi être du côté du nouvel hybride à leur table alors qu'elle ne voulait seulement qu'un peu de calme.
Contrairement à Kain, elle ne remarqua pas le regard de son ami où brillait une nouvelle lueur communément appelée « jalousie ».
Il y avait de cela quelques jours, Inaya avait accidentellement fait tomber le pantin qu'elle avait reçu quelques années auparavant dans le Chaudron que Marcus lui avait offert pour ses dix-sept ans. Au départ, rien ne s'était passé, bien que le Chaudron soit soudainement devenu assez chaud. Afin de faire une expérience, Inaya avait ajouté de l'eau qu'elle avait trouvée dans une bouteille placée non loin d'elle.
Le liquide s'était alors mis à bouillonner sans qu'elle n'ait fait quoi que ce soit.
Une fois, à Celoua, lorsqu'elle était encore dans la bibliothèque, elle avait lu quelque chose qui l'avait intéressée. Il disait qu'il était possible de donner une vie à un objet inanimé en lui insufflant un peu de sa propre magie. De cette façon, l'objet nous serait d'une loyauté sans faille. Évidemment, Inaya n'avait pas pu s'empêcher d'essayer avec ce pantin qui trempait joyeusement, ne se doutant pas une seconde de ce qui se passait autour de lui !
Elle avait placé son index au-dessus de l'eau et fait remonter sa magie jusqu'à son doigt afin que celle-ci sorte de son corps.
Quelques remous plus puissants étaient apparus puis le tout s'était calmé aussi vite que ça s'était agité ! L'eau avait ensuite disparu, sans vapeur ni autres effets en conséquence, diminuant simplement de quantité. Dans le fond du Chaudron, il ne restait que son pantin, tel qu'elle l'avait toujours connu.
Doucement, elle s'était rapprochée – n'ayant même pas conscience de s'être éloignée – et avait pris le pantin dans ses mains. À l'instant même où l'objet était sorti de sa boite de fer, il avait émis une espèce de bourdonnement sourd et avait crû de plus en plus, si bien qu'elle avait dû le lâcher.
Finalement, lorsqu'il eut fini sa croissance, l'objet avait atteint la taille de l'Élue.
Elle n'avait pas été surprise en le voyant immobile vu que c'était son attitude normale, alors elle s'était approchée afin de le prendre par les bras et le relever de cette position. Par contre, quel ne fut pas son étonnement quand, au moment de le toucher, le pantin avait soudainement redressé la tête !
Il avait sauté sur ses pieds et ouvert les yeux, la regardant de ses deux fentes brunes aux petits points noirs.
La demoiselle avait alors essayé de le toucher, mais dès cet instant, il s'était enfui en rigolant ! Inaya l'avait donc pris en chasse tout en rattrapant les objets qu'il faisait tomber sur son passage infernal.
Ils traversèrent ainsi toute la maison et Marcus croisa une Élue criant après un objet non identifié sans pour autant réagir. Les deux protagonistes arrivèrent devant Kain qui rattrapa le pantin en plein vol grâce à son intuition. La jeune fille s'arrêta devant eux et le vampire tenta de calmer le pantin magique. Posant ses mains sur ses cuisses en se courbant sur l'avant, l'Élue essayait de reprendre son souffle. C'était un fait confirmé depuis des années : l'endurance était loin d'être sa meilleure amie !
Finalement, Marcus les rejoint et, après avoir vainement tenté de calmer le pantin, lui jeta un sortilège. Ainsi, il pourrait servir d'adversaire lors des entraînements. Depuis, Inaya s'exerçait avec le pantin qui n'avait qu'une vie propre que lorsqu'elle le lui ordonnait pour combattre.
Aujourd'hui, c'était le vendredi et Inaya appréhendait ce moment depuis la veille car il était convenu que vendredi prochain ils partaient, Marcus, Kain, Craig et elle, au Ruman. Cependant, ce n'était pas là la raison de son angoisse. La vraie raison était la fameuse boite à message que Marcus avait fabriqué le jour précédent. Bien sûr, la demoiselle avait décidé de « jouer le jeu » et, à son tour, avait glissé des mots dans la boite en question.
Il y en avait cinq en tout.
Un pour sa mère, Clarisse, sur lequel elle s'excusait d'être ainsi parce qu'à cause de son comportement, la plus âgée était mal dans sa peau.
Un second pour Marcus sur lequel elle se justifiait de la situation qu'elle avait créée avec Craig ainsi que le marché qu'elle avait passé avec lui, mettant ainsi sa vie en danger alors qu'il s'évertuait à la protéger par n'importe quel moyen.
Le troisième était pour Kain envers qui elle s'excusait d'avoir eu peur de lui ces derniers jours, alors qu'elle savait très bien qu'il ne lui ferait pas le moindre mal, malgré ce qui s'était déjà passé entre eux.
Il restait maintenant deux petits papiers dans le fond de son compartiment. En quelque sorte, ceux-ci étaient inutiles étant donné que les personnes auxquelles Inaya s'adressait n'étaient plus présentes et ne le seraient plus jamais... Mais ils étaient malgré tout importants, ne serait-ce que pour elle.
L'un était pour Senga, la prophétesse décédée deux mois auparavant. Inaya croyait depuis lors que c'était sa faute, parce qu'elle était ce qu'elle était. Parce qu'elle était là. Parce qu'elle existait, tout simplement.
L'Élue avait écrit les mêmes excuses à toutes les personnes mortes lors de la fête, ou plutôt lors du massacre du Millénaire. Il y avait aussi ce petit garçon sur lequel elle s'était jetée, au tout début, afin de le protéger... Il avait finalement péri lui aussi, comme tous les autres...
Finalement, ce n'était que cinq petits papiers, n'est-ce pas ? Mais un plus un faisant deux, les problèmes s'accumulent. La culpabilité aussi. Inaya prenait tout sur elle, se disant que c'était normal car elle était l'Élue et que c'était son devoir.
Justement, quand elle le cita, elle qui appelait cela un argument, elle se fit réprimander par Marcus.
–Tu n'as pas le droit de faire ça, Inaya. Refouler toutes tes émotions, les cacher au fond de toi, tu ne peux pas ou ça va te tuer à petit feu. Nous sommes ta famille, nous sommes là pour t'aider. Sinon, à quoi servons-nous alors ?
–Mais je suis l'Élue, donc je dois..., tenta-t-elle de se justifier encore.
Elle se fit cependant couper par son ami qui ne voulait pas la laisser aller dans le chemin périlleux de sa conscience blessée.
–Tout garder sur tes épaules et ne pas t'en décharger ? Prendre les bagages du monde entier avec toi alors qu'il y a des coffres à tes côtés : nous ? Non, Inaya. Tu n'es encore qu'une enfant après tout, et nous sommes des adultes. Laisse-nous t'épauler. Ne vis pas seule la douleur des autres. Ce n'est pas ton rôle, finit l'homme en découpant chaque mot tout en la regardant bien dans les yeux.
Lorsque Marcus s'était arrêté de parler, tous avaient pu voir les défenses mentales de la jeune fille voler en éclats. Elle les avait d'abord tous regardés les uns à la suite des autres, les questionnant mentalement du regard, puis son corps avait commencé à avoir des spasmes. Doucement au début, puis par vagues, comme si elle avait des convulsions de fièvre soudain. Des sillons s'étaient ensuite formés sur ses joues et elle s'était effondrée sur le sol, pleurant à chaudes larmes, ses bras autour d’elle-même comme pour se protéger. Elle ne s’était pas rendu compte à quel point cela la faisait souffrir. À quel point cela l’avait fait souffrir. Clarisse s'était immédiatement levée et l'avait lentement calmée en la berçant à même le sol, laissant son rôle de mère prendre le dessus sur la femme qu'elle était. Les tremblements s'étaient peu à peu calmés et ça avait été au tour de Kain de lire son message.
Il ronchonna pour la forme, mais consentit à se lever tout en jetant un petit regard à Inaya qui, calmée, lui envoya un petit sourire. Celui-ci était tellement sincère que les canines du vampire se rétractèrent sur-le-champ. Ils en furent tous surpris malgré le fait que les yeux n'avaient pas changé d'un iota.
L'homme s'excusa auprès de tous pour son comportement qu'il qualifiait de gamin et qu'il n'aurait jamais dû avoir. C'est vrai après tout : il avait cent septante-six ans ! À cet âge-là, on ne faisait plus le gamin capricieux ! Dire cela les fit tous rire. Au moment où il s'excusa auprès d'Inaya pour lui avoir inconsciemment fait peur, ses yeux reprirent une couleur normale, prouvant que ça le soulageait. Puis vint Clarisse. À son tour, elle s'excusa sur le ton de la plaisanterie – elle aussi allant déjà mieux – pour avoir raté une bonne partie des repas faits au cours de ces deux derniers mois.
Enfin passa Marcus qui s'excusa envers Inaya pour le jour précédent. Il était aussi désolé de ne pas avoir su la protéger.
–Me protéger de quoi ? demanda-t-elle, totalement surprise.
–De toi-même, répondit immédiatement le trentenaire. De tes sentiments et de ta culpabilité. J'aurais dû intervenir plus tôt.
Afin d'essayer de le consoler, Inaya dit quelque chose.
–Ce que tu vois aujourd'hui, ça ne compte pour rien peut-être ? Ce que tu as fait grâce à cette boite, c'était quelque chose de magnifique. Grâce à toi, j'ai compris à quel point je me trompais et à quel point j'ai été stupide. Je t'en suis infiniment reconnaissante.
Rien que cette phrase redonna du baume au cœur de chacun et tous affichèrent un sourire ravi.
On sait tous qu'il est difficile de vivre. Certains arrivent même à en mourir avant l'heure prévue. Malgré tout, la vie est la chose la plus précieuse qui nous soit donné, pourquoi la gâcher en culpabilisant ? Pourquoi se rendre malade à force de tout garder en soi, de vivre en faisant comme si tout allait bien alors que c'est le contraire ? Être heureux est le seul fait qui importe.
Maintenant que tous allaient mieux, la promesse qu'Inaya avait faite à Craig Sarazeri pouvait enfin s'accomplir. Mais qu'allait-il encore bien pouvoir se passer ?
Une bonne semaine s'était écoulée depuis ce que le mage avait accompli au sein de la famille. Désormais, tous se portaient au mieux ou du moins faisaient semblant. Les adultes retrouvaient peu à peu la joie de vivre et Sarazeri pouvait être une personne sympathique, si on mettait de côté le fait qu'il demeurait assez irritant.
Quant à Inaya, depuis que Marcus lui avait brassé l'antidote contre le poison qu'Elvire lui avait fait ingurgiter deux mois plus tôt, sa joie de vivre était presque totalement revenue. Presque, pas encore totalement. En effet, malgré ses sourires reflétant sa bonne humeur et ses rires donnant l'illusion que tous ses problèmes étaient maintenant réglés, Inaya culpabilisait encore. Il fallait s'en douter, écrire et lire ce qui l'ennuyait n'allait pas la faire aller mieux ! Ceci dit, soit elle était une actrice fantastique, soit personne ne disait rien. Ils pensaient peut-être que cela passerait avec le temps, car pas une seule fois on ne lui fit la remarque du drôle d'air qu'elle arborait.
Nous étions donc aujourd'hui, jour du départ. Dès sept heures, elle, ainsi que les trois hommes de la maison, se préparaient rapidement pour leur voyage au Ruman. Normalement, ça n'aurait dû être uniquement qu'à l'Élue et à Craig de partir, mais Marcus et Kain ne voulaient en aucun cas laisser leur précieuse amie aux mains d'un inconnu. C'en était même hors de question ! De ce fait, ils avaient décidé de les accompagner. Bien que laisser Clarisse toute seule et sans aucun pouvoir n'était pas bien rassurant, le mage avait le sentiment que rien ne pourrait lui arriver.
–Inaya ? demanda Marcus en passant sa tête dans l'embrasure de la porte. Es-tu prête ? Il va bientôt être temps d'y aller...
–Oui, j'arrive tout de suite ! Juste le temps de prendre mon journal et je suis là.
L'homme acquiesça en souriant légèrement et descendit l'attendre dans le salon où les autres se trouvaient déjà.
Preuve de son amitié : dans son carnet qui l'accompagnait toujours, Inaya avait déjà consigné l'endroit où ils allaient.
Une dizaine de minutes après, l'Élue se trouvait dans les bras de sa mère dans un ultime câlin avant le départ. Comme à chaque voyage, bien que ce ne soit que le second, Clarisse confia à sa fille le cristal qu'elle portait autour du cou. Elle ajoutait à cela la recommandation de l'utiliser au moindre problème. Évidemment, la maman espérait que sa fille n'ait pas à s'en servir, mais dans le doute, valait mieux qu'elle l'ait avec elle. Arrivant dans le hall d'entrée, Inaya se détacha de sa mère sous les regards attendris des hommes.
–Bon, en route ! déclara joyeusement Craig. Après toi... dit-il en s'inclinant légèrement. Chérie, ajouta-t-il en regardant Marcus droit dans les yeux, lui lançant le défi de dire quoi que ce soit.
