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En Afrique, les banques résistent bien à la pandémie de COVID-19 et déploient une grande créativité pour surmonter les problèmes liés à la crise. Mais la guerre en Ukraine suscite de nouvelles inquiétudes. Alors que les taux d'intérêt augmentent dans de nombreux pays et que l'émission d'obligations est devenue plus onéreuse, un grand nombre de banques sont préoccupées par l'augmentation des coûts de financement. Ces questions et d'autres sont abordées dans le nouveau rapport La finance en Afrique, fondé sur une enquête annuelle sur les banques en Afrique et soutenu par Making Finance Work for Africa, une initiative qui aide à renforcer l'accès aux prêts sur tout le continent. Entre avril et juin 2022, la BEI a mené une enquête auprès de 70 banques en Afrique subsaharienne afin de déterminer si la guerre pénalise leur activité et de connaître leur point de vue sur les prêts climatiques, l'accès des femmes aux financements et l'accélération de la transformation numérique du secteur financier.
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Seitenzahl: 310
Veröffentlichungsjahr: 2021
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LA FINANCE EN AFRIQUE
Naviguer en eaux troubles
À propos de la Banque européenne d’investissement
Le Groupe Banque européenne d’investissement est la banque de l’UE et le premier bailleur de fonds multilatéral au monde. Nous finançons des investissements durables en faveur des petites et moyennes entreprises, de l’innovation, des infrastructures, du climat et de l’environnement. Nous finançons la croissance économique de l’Europe depuis six décennies et nous sommes à l’avant-garde de la réaction apportée par l’UE en cas de crise. Nous sommes les chefs de file pour les investissements liés au climat et nous soutenons le développement du premier vaccin contre le COVID-19. Pour lutter contre les changements climatiques, nous nous sommes engagés à soutenir l’investissement dans l’action pour le climat et la durabilité environnementale à hauteur de 1 000 milliards d’euros d’ici la fin de la décennie. Près de 10 % de tous nos financements concernent des pays tiers, où notre branche BEI Monde soutient les pays voisins de l’Europe et le développement dans le monde.
Résumé analytique
1. La situation macroéconomique en Afrique
2. Financement du développement économique en Afrique
3. Secteur bancaire, genre et institutions de microfinance
4. Accélération de la transformation numérique
5. Changements climatiques en Afrique : risques et réponses
6. Investissements de la Banque européenne d’investissement en Afrique subsaharienne
La BEI tient à remercier, avant tout, le personnel et la direction des banques africaines qui ont généreusement donné de leur temps pour compléter l’enquête 2022 de la BEI sur le secteur bancaire en Afrique.
En plus des principaux auteurs, la BEI remercie tous les collègues de la BEI, du Making Finance Work for Africa Partnership (MFW4A), du Groupe consultatif d’assistance aux plus pauvres (CGAP), de Microfinanza Ratings, de Tellimer Research, de la Global Private Capital Association (GPCA) et de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), dont les contributions ont soutenu et enrichi le présent rapport. En particulier, nous souhaiterions mentionner : Sanja Blatt, Donal Cannon, Marius Chirila, Carmelo Cocuzza, Marc-Antoine Coursaget, David Crush (CGAP), Myriam Djari, Mihaljek Dubravko (Banque des règlements internationaux), Olivier Edelmen, Christian Elias, Jane Feehan, Sabrina Katz (GPCA), Eleni Kyrou, Hugues Kamewe Tsafack (Making Finance Work for Africa, MFW4A), Sai Krishna Kumaraswamy (CGAP), Hilina Lakew Weldetekle, Patrick Le Goff, Christophe Litt, Guy Menan (MFW4A), Sonja Mohnen, Davide Monguzzi, Ibrahim Muazu (MFW4A), Arthur Minsat (Centre de développement, OCDE), Faith Njoroge, Nicholas Nzioka, Elisa Saint Martin (Centre de développement, OCDE), Anne Schmidt-Sheehan, Markus Schulte, Rahul Shah (Tellimer Research), Inmaculada Soto Riba, Lucia Spaggiari (Microfinanza Ratings), Jean-Philippe Stijns, Annamaria Tueske, Axel-Boris Zabo et Peter Zajc.
La pandémie de COVID-19 est l’événement mondial le plus perturbateur depuis des générations, entraînant des pertes catastrophiques en vies humaines et d’immenses difficultés économiques. Alors que les cicatrices économiques laissées par la pandémie commençaient à se refermer, la Russie a entamé une guerre injustifiable contre l’Ukraine.
La guerre est désormais une préoccupation majeure pour les banques africaines. Les entreprises financières s’inquiètent aujourd’hui davantage du ralentissement de l’économie, des mauvais résultats commerciaux, de la hausse des taux d’intérêt, de la détérioration des portefeuilles de prêts et de l’augmentation des coûts de financement de leurs opérations.
Le niveau de soutien de la Banque européenne d’investissement ne devrait en revanche pas être une source d’inquiétude pour nos partenaires africains. La guerre a déclenché une réponse décisive de la part de l’Europe et nous resterons fermement aux côtés de nos partenaires africains pour répondre à cette nouvelle crise, tout comme nous nous sommes efforcés de les aider à résoudre les plus grandes difficultés entraînées par le COVID-19.
En début d’année, la Banque européenne d’investissement a mis sur pied BEI Monde, une nouvelle branche dédiée aux partenariats mondiaux, illustration concrète de notre engagement en faveur du développement. BEI Monde vise à renforcer l’impact au moyen d’opérations de développement ciblées et, en étroite coopération avec l’Union européenne, à nouer des relations toujours plus solides entre l’Europe et l’Afrique, à intensifier les liens économiques et commerciaux entre les deux continents et à placer l’action pour le climat et le développement durable au coeur d’un programme commun.
La finance en Afrique : naviguer en eaux troubles évalue la capacité du système financier à appuyer ces objectifs, même lorsque les temps sont difficiles. L’Afrique est à la traîne par rapport à d’autres régions en développement en ce qui concerne de nombreux indicateurs de développement financier, mais on note des signes de progrès encourageants : des liens plus étroits ont été établis avec l’économie mondiale au cours de la dernière décennie et les marchés nationaux des capitaux ont fait preuve d’une certaine résilience. Les capitaux privés investis en Afrique en 2021 ont atteint un nouveau record et les institutions de microfinance en Afrique subsaharienne ont vu leur portefeuille de prêts croître plus rapidement que dans n’importe quelle autre région du monde depuis le début de la pandémie.
Notre enquête annuelle sur les banques d’Afrique subsaharienne met en lumière de nouvelles préoccupations en 2022, notamment le coût du financement local. Les inquiétudes quant à la qualité des actifs, qui sont apparues après la pandémie, persistent également. Les banques s’attendent à devoir durcir à nouveau les critères d’octroi de crédit à leurs clients. Mais l’enquête montre également des signes manifestes d’optimisme. Par rapport à l’année dernière, davantage de banques prévoient cette année d’étendre leurs activités et anticipent une augmentation des demandes de prêts des grandes entreprises et des petites et moyennes entreprises.
De nombreuses banques en Afrique nous disent vouloir se mobiliser davantage pour élaborer des stratégies climatiques, se préparer aux risques des changements climatiques et accroître leurs prêts verts. La Banque européenne d’investissement est le meilleur partenaire de l’Afrique en matière d’action pour le climat : en 2021, plus de la moitié de nos prêts à l’échelle mondiale ont soutenu l’action pour le climat et le développement durable. Quelque 70 % des banques interrogées ont également mis en place une stratégie en matière d’égalité entre les sexes et parrainent des initiatives axées sur les femmes et la dimension de genre au sein des collectivités, soit une augmentation de 10 points de pourcentage par rapport à l’enquête de 2021.
La BEI est active en Afrique depuis près de 60 ans, avec des investissements totalisant 59 milliards d’euros dans 52 pays. Les projets signés en Afrique subsaharienne pour la seule année 2021 devraient contribuer à la vaccination de centaines de millions de personnes contre le COVID-19, améliorer la collecte des déchets pour plus de 3 millions d’habitants, garantir l’accès à une eau potable plus sûre pour près d’un demi-million de personnes, maintenir des centaines de milliers d’emplois dans les petites et moyennes entreprises et produire 374 GWh/an d’électricité à partir de sources d’énergie renouvelables.
Nous savons que la transformation de l’Afrique nécessitera des investissements majeurs – jusqu’à 1 300 milliards de dollars de financement annuel – pour réaliser les objectifs de développement durable des Nations unies. Nous allons continuer à apporter notre pierre à l’édifice.
J’espère que l’édition 2022 de La finance en Afrique vous donnera un aperçu utile du secteur financier africain et démontrera comment nous pouvons oeuvrer ensemble à la prospérité de l’Afrique et de sa population.
Werner HoyerPrésident de la Banque européenne d’investissement
La guerre en Ukraine amplifie les problèmes économiques auxquels l’Afrique est confrontée. La reprise de la croissance à la suite de la pandémie est par conséquent retardée, en particulier pour les importateurs de produits de base. Alors que certains exportateurs de produits de base ont vu leurs prévisions de croissance augmenter pour 2022 (chapitre 1), le taux de croissance économique est souvent à peine supérieur à l’expansion démographique, entraînant des progressions marginales du revenu par habitant. L’inflation était déjà élevée avant la guerre, partiellement en raison de contraintes persistantes liées à la pandémie qui ont entravé les chaînes d’approvisionnement. La guerre a provoqué des pénuries d’approvisionnement en ressources essentielles, notamment la nourriture et l’énergie, exerçant une pression haussière sur leur prix et alimentant des niveaux d’inflation encore plus élevés. Par rapport à d’autres parties du monde, l’Afrique est particulièrement exposée à la hausse des prix des denrées alimentaires en raison de la part élevée de l’alimentation dans les dépenses de consommation. La hausse de l’inflation combinée à la stagnation de la progression des revenus plonge encore plus d’Africaines et d’Africains dans la pauvreté. En 2019, environ 424 millions de personnes en Afrique subsaharienne vivaient dans l’extrême pauvreté. On estime que, du fait de la pandémie et la guerre, au moins 460 millions de personnes vivent dans l’extrême pauvreté en 2022, soit une augmentation de 36 millions en l’espace de trois ans[1].
Les États d’Afrique subsaharienne sont contraints de freiner leur déficit budgétaire, qui a enflé pendant la pandémie, limitant leur capacité à protéger la population pauvre et à préserver la stabilité sociale. Toutefois, s’ils veulent améliorer considérablement leur situation budgétaire, ils devront inverser la tendance baissière à long terme des recettes publiques (chapitre 1). Les coûts du service de la dette sont plus élevés et augmentent plus rapidement en Afrique subsaharienne que dans les économies avancées, et la viabilité de la dette posera des problèmes à certains pays. Dans le même temps, les besoins de financement sur le continent sont importants. Selon les Nations unies, la réalisation des objectifs de développement durable en Afrique nécessiterait un financement annuel de 1 300 milliards de dollars, compte tenu de la trajectoire démographique du continent marquée par la croissance. En outre, le Fonds monétaire international estime qu’il faudrait 50 milliards de dollars pour couvrir les seuls coûts de l’adaptation aux effets des changements climatiques[2].
Le système financier soutient d’importants objectifs de développement tels que l’adaptation aux changements climatiques, l’amélioration de l’inclusion financière, la progression de la transition numérique au sein de l’économie et la promotion de meilleures perspectives pour les femmes. Toutefois, le système financier luimême doit évoluer davantage pour appuyer ces objectifs. Cette évolution passe notamment par l’approfondissement de son intégration dans d’autres systèmes financiers à l’échelle mondiale. L’intégration financière, définie comme la somme des avoirs et des engagements extérieurs divisée par le produit intérieur brut (PIB), est plus faible en Afrique subsaharienne que dans d’autres régions en développement, bien que l’Afrique australe soit une exception en raison des grands secteurs financiers intégrés que possèdent l’Afrique du Sud et Maurice (chapitre 2). En 2019, l’Afrique de l’Ouest affichait le niveau d’intégration financière le plus bas, avec 76 % du PIB[3]. Quant à l’Afrique de l’Est et à l’Afrique centrale, leur intégration financière était respectivement de 105 % et 114 % du PIB. À l’inverse, l’intégration financière en Afrique australe, à près de 400 % du PIB, éclipse celle des autres régions. Le renforcement de l’intégration financière pourrait soutenir l’investissement en Afrique lorsque l’épargne nationale est faible, améliorer la diversification des portefeuilles, entraînant un meilleur partage des risques au niveau international, et permettre d’emprunter davantage pour lisser la consommation en cas de chocs défavorables.
Malgré une intégration financière relativement faible dans la plupart des régions d’Afrique subsaharienne, son niveau a augmenté de manière significative depuis 2010. Cette situation tient à l’augmentation à la fois des avoirs et des engagements extérieurs, bien que ces derniers aient progressé plus rapidement. Néanmoins, la croissance des engagements a été tirée tant par le capital que par les titres de dette. La progression des engagements en capital s’explique par l’appui des investisseurs extérieurs aux entreprises locales et pas simplement par une accumulation de dette extérieure. La plupart des engagements en capital résultent d’investissements directs étrangers.
En 2019, le total des engagements de portefeuille, qui sont plus exposés au risque de fuite des capitaux que les investissements directs étrangers, représentait moins de 5 % du PIB en Afrique de l’Est et en Afrique centrale. Pour l’Afrique de l’Ouest, ce pourcentage est passé d’environ 5 % du PIB en 2016 à près de 10 % en 2019. À titre de comparaison, ce ratio est de 22 % en Asie de l’Est/du Sud-Est et de 23 % en Amérique du Sud, ce qui signifie que l’Afrique attire nettement moins ce type de financement. L’Afrique australe fait à nouveau figure d’exception, avec des engagements de portefeuille équivalant à 54 % du PIB en 2019. La pandémie a provoqué des sorties de portefeuille en Afrique subsaharienne qui concernaient essentiellement le capital plutôt que la dette. Les données disponibles appuient l’hypothèse que les périodes d’aversion au risque à l’échelle mondiale ont une incidence sur les flux de portefeuille en Afrique subsaharienne. Dès lors, bien que l’intégration financière présente de nombreux avantages, elle peut accroître la sensibilité de l’économie aux chocs internationaux.
L’évolution des marchés des actions appuie la croissance économique en améliorant l’affectation efficace de l’épargne, car un plus grand volume est acheminé vers le secteur des entreprises et le financement de l’investissement. Nous observons qu’il existe une étroite corrélation positive entre la profondeur du marché des capitaux et le développement économique sur le continent, ce qui implique que l’approfondissement du marché des capitaux a une incidence sur l’intensification du développement économique (chapitre 2). Des réformes sont indispensables pour approfondir les marchés des capitaux et soutenir davantage les objectifs de développement. En outre, les investissements nécessaires pour appuyer l’atténuation des changements climatiques et l’adaptation à leurs effets pourraient être partiellement financés par l’émission d’instruments de dette verts. L’émission d’obligations respectant les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance par des entités africaines a considérablement augmenté pour atteindre près de 5,1 milliards de dollars en 2021, éclipsant ainsi le record précédent de 3 milliards de dollars atteint en 2018, avant la pandémie. Cependant, il est peu probable de réitérer ce montant d’émissions obligataires en 2022. Les coûts des financements verts en Afrique sont gonflés par un risque souverain élevé, ce qui rend les émetteurs africains de dette verte tributaires de la demande des investisseurs s’exposant aux risques élevés, qui sont plus sensibles aux variations du sentiment du marché.
Le capital privé est un segment du paysage financier qui gagne du terrain en Afrique et la levée de fonds a renoué en 2021 avec son niveau d’avant la pandémie. En outre, les investissements privés ont atteint de nouveaux sommets en 2021. Les investissements privés africains ont continué à bien résister en 2020 malgré la pandémie, passant de 3,9 milliards de dollars en 2019 à 4,3 milliards de dollars, les opérations en réserve et existantes ayant été menées à bien (chapitre 2). En 2021, la valeur des opérations a de nouveau augmenté pour atteindre 6,3 milliards de dollars, ce qui représente une hausse de 48 % par rapport à 2020. L’accroissement des investissements en 2021 est principalement attribuable au capital-risque, dont la valeur des opérations a augmenté, passant de 485 millions de dollars en 2020 à 3,23 milliards de dollars en 2021, et pour environ la moitié dans les technologies financières.
Avec le concours du partenariat Making Finance Work for Africa (MFW4A), la Banque européenne d’investissement (BEI) a achevé l’édition 2022 de son enquête annuelle sur les banques en Afrique. Elle a récolté les avis de 70 banques d’Afrique subsaharienne, représentant environ 30 % des avoirs du continent. Cette enquête s’est déroulée d’avril à juin 2022, ce qui signifie que les répercussions de la guerre en Ukraine avaient déjà commencé à influencer les perceptions des banques.
L’enquête 2022 de la BEI sur les banques en Afrique montre que depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, les principales préoccupations des banques sont le coût du financement en monnaie locale, la concurrence du secteur non bancaire et la détérioration de la qualité des actifs (chapitre 3). L’année dernière, du fait de la pandémie, les banques s’inquiétaient surtout de la qualité des actifs et peu des coûts de financement en monnaie locale. Cependant, comme les banques centrales de nombreux pays ont relevé les taux d’intérêt nationaux et que le financement obligataire est devenu plus coûteux en raison du resserrement des conditions financières mondiales, il y a eu une hausse significative du nombre de banques préoccupées par les coûts de financement.
La baisse de la qualité des actifs jusqu’à présent est plus marquée pour le portefeuille des petites et moyennes entreprises (PME) que pour celui des grandes entreprises. En outre, les chiffres clés relatifs aux prêts non productifs ne reflètent pas la réalité : une part importante des prêts font l’objet de moratoires ou de restructurations (chapitre 3). Les préoccupations des banques au sujet de la qualité des actifs laissent penser que les prêts non productifs sont probablement plus nombreux dans certains pays, étant donné le ralentissement des mesures de soutien et la persistance d’une conjoncture économique difficile à l’échelle mondiale. Les banques ont durci leurs conditions de prêt pour une troisième année consécutive en 2022. Le manque de garanties et les faibles antécédents en matière de crédit sont des obstacles majeurs à l’octroi de financements, en particulier aux petites et moyennes entreprises. Ces facteurs reviennent à plusieurs reprises dans notre enquête, ce qui suggère qu’il s’agit de problèmes structurels, bien qu’ils puissent être aggravés par des facteurs cycliques.
Les banques s’attendent à une poussée de la demande de crédits et prévoient également d’étendre leurs propres activités opérationnelles, ce qui nécessitera par conséquent un accroissement de leurs financements. La proportion de banques qui prévoient d’étendre leurs opérations de prêt est un peu plus élevée dans l’enquête de 2022 que dans celle de 2021 (chapitre 3). Malgré d’évidentes inquiétudes quant à la qualité des actifs, le secteur semble donc caractérisé par un optimisme prudent.
Les banques de tout le continent intensifient leurs efforts pour améliorer l’accès des femmes au financement. Quelque 70 % des banques interrogées ont mis en place une stratégie en matière d’égalité entre les sexes et parrainent des initiatives axées sur les femmes et la dimension de genre au sein des collectivités, soit une augmentation de 10 points de pourcentage par rapport à l’enquête de 2021. L’enquête 2022 sur les banques en Afrique dissipe tous les malentendus qui subsistent à l’égard des femmes et de la qualité des actifs. En réalité, près de 30 % des banques interrogées n’ont observé aucune différence entre les portefeuilles d’entreprises dirigées par des hommes et ceux d’entreprises dirigées par des femmes concernant le taux de défaillance et le ratio de prêts non productifs. De plus, quatre banques sur dix ont constaté que le ratio de prêts non productifs des entreprises dirigées par des femmes était inférieur au ratio moyen de leur portefeuille de prêts.
Les institutions de microfinance en Afrique subsaharienne ont enregistré entre 2019 et 2021 une croissance cumulée de leur portefeuille de prêts d’environ 30 %, ce qui signifie que la croissance y a été plus rapide que dans d’autres parties du monde (chapitre 3). Cependant, il subsiste des difficultés liées à la qualité des actifs et certaines institutions présentent une faible capitalisation. La solvabilité est l’enjeu le plus criant pour les petites institutions de microfinance, car elles ont une plus grande proportion de prêts qui posent des problèmes. Toutefois, ce sont aussi des institutions dont la clientèle comprend davantage de ruraux et de femmes parmi ses emprunteurs. Leur défaillance annulerait donc de nombreux progrès réalisés en matière d’inclusion financière au cours de la dernière décennie.
Le déploiement des technologies financières continue de transformer le secteur financier traditionnel dominé par les banques sur le continent. L’ensemble de l’écosystème africain des technologies financières a connu un essor rapide. En avril 2022, il y avait plus de 1 000 entreprises actives dans ce domaine, contre 450 en 2020 (chapitre 4). Parmi celles-ci, 80 % sont d’origine locale et 20 % proviennent de l’extérieur de l’Afrique. Les services de paiement et de prêt restent les produits dominants, mais le secteur s’est diversifié. Parmi les principaux domaines de croissance figurent les solutions logicielles et l’utilisation de la technologie des chaînes de blocs. La part des autres produits dans l’offre (composée d’un mélange d’activités diverses, dont la cybersécurité et les technologies réglementaires[4]) a également augmenté.
Les banques d’Afrique subsaharienne proposent de nombreux services numériques aux particuliers et aux entreprises (chapitre 4). Au sein de cette région, notre enquête montre que la part des banques fournissant des applications ou des services numériques varie d’un minimum de 80 % en Afrique centrale à plus de 95 % en Afrique de l’Ouest (principalement sous l’impulsion du Nigeria). Les transferts d’argent à l’échelle nationale (87 %), la réception de versements de clients (85 %) et le paiement de factures ou de fournisseurs (79,6 %) sont les trois services les plus demandés. Pour accélérer encore la transformation numérique des services financiers, près de neuf banques sur dix participant à l’enquête en Afrique subsaharienne investissent dans l’amélioration des compétences numériques de leur personnel et de leur direction grâce à des programmes de formation spécifiques. Toutefois, il existe également des contraintes qui entravent la progression de la transition numérique, notamment la nécessité de répondre aux préoccupations liées à la cybersécurité et d’améliorer les infrastructures informatiques. En effet, plus de 74 % des banques ayant fait l’objet de l’enquête considèrent le cyberrisque comme la contrainte la plus courante dans toutes les régions.
Le classement de la BEI des risques climatiques par pays montre que l’Afrique subsaharienne est la région la plus exposée aux risques physiques dans le monde. Les principaux risques découlant des phénomènes climatiques sont la diminution des rendements agricoles, les dommages causés aux infrastructures et une augmentation des pénuries d’eau (chapitre 5). Bon nombre des pays les plus exposés aux effets physiques directs des changements climatiques sont aussi parmi les moins aptes à s’y adapter. Bien que les risques de transition soient faibles par rapport à d’autres régions, ils sont élevés dans certains pays d’Afrique subsaharienne. Des pays tels que l’Algérie, l’Égypte, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Niger, le Nigeria, le Sénégal, la République du Congo, le Cameroun, l’Angola et le Mozambique sont plus exposés en raison de leur dépendance à l’extraction des combustibles fossiles. La dégradation de l’environnement entraîne également un coût énorme pour les pays africains. Selon de nouvelles estimations du coût de la pollution atmosphérique en Afrique, en 2019, la pollution par les particules dans l’air ambiant est à l’origine d’au moins 383 000 décès prématurés en Afrique[5]. Cela représentait environ 7,4 % du nombre total de décès prématurés dans la région, contre seulement 3,6 % en 1990.
Les banques d’Afrique subsaharienne réagissent aux difficultés complexes que posent les changements climatiques. Cela apparaît clairement dans notre enquête : 53 % des banques disposent déjà d’une stratégie officielle en matière de changements climatiques et 26 % envisagent d’en élaborer une, ce qui signifie que près de quatre banques sur cinq pourraient bientôt disposer d’une stratégie de ce type (chapitre 5). Selon plus de 80 % des banques interrogées pour notre enquête, la réduction du risque financier découlant des changements climatiques est l’un des principaux motifs d’adoption d’une stratégie sur le climat. Toutefois, les changements climatiques peuvent également offrir des possibilités, plus de 80 % des banques citant également cette raison pour justifier l’adoption d’une stratégie sur le climat. Près de 70 % des banques considèrent les prêts à l’appui du climat comme une occasion à saisir, ce qui en fait le principal moyen pour les banques de tirer profit de la lutte contre les changements climatiques. À ce jour, seul un cinquième des banques proposent des prêts verts ; dès lors, l’écart important entre la proportion de banques qui considèrent les prêts en faveur du climat comme une occasion à saisir et celles qui ont déjà lancé des produits verts signifie qu’il existe une marge de progression importante pour ce type de produit. Toutefois, les banques auront besoin d’un soutien. Environ 60 % d’entre elles citent un manque d’expertise, de données et d’outils permettant d’évaluer les risques climatiques comme obstacle à une meilleure détermination des risques et possibilités en matière de climat.
La BEI investit en Afrique depuis 1965, en y soutenant des projets d’infrastructure, des entreprises innovantes, des initiatives relatives aux énergies renouvelables, les secteurs public et privé – des microentreprises aux plus grandes multinationales – au moyen de financements d’un montant de 59 milliards d’euros dans 52 pays africains (chapitre 6). Au cours de la seule année 2021, la BEI a signé des accords d’investissement au profit d’opérations d’un montant de 2 milliards d’euros en Afrique subsaharienne, dans le cadre d’une facilité d’investissement spécifique s’adressant aux pays ACP[6]. Ces opérations représentent environ un quart du total des investissements de la BEI à l’extérieur de l’Europe.
La BEI dispose d’un cadre bien établi d’instruction des projets et d’évaluation des incidences pour suivre et jauger à la fois la viabilité financière et les résultats escomptés de chaque projet à l’aide d’un ensemble d’indicateurs formalisé. En Afrique subsaharienne, les projets signés en 2021 devraient aider 420 millions de personnes à se faire vacciner contre le COVID-19, 3,2 millions d’habitants à bénéficier d’une meilleure collecte des déchets et 455 229 personnes à accéder à une eau potable plus sûre. En outre, ils devraient permettre de maintenir 375 354 emplois dans les microentreprises, les PME et les ETI et de produire 374 GWh/an d’électricité à partir de sources d’énergie renouvelables. Notre dernier rapport[7] en date détaille les résultats des activités de la BEI à l’extérieur de l’Europe.
En novembre 2021, la BEI a créé BEI Monde, une branche destinée entièrement à renforcer encore son engagement au-delà des frontières de l’Europe. BEI Monde se consacre à produire encore plus d’impact sur le plan du développement grâce à ses opérations ciblées, en contribuant à resserrer les liens entre l’Europe et l’Afrique, en intensifiant les échanges économiques et commerciaux entre les deux continents et en plaçant le développement et l’action pour le climat de l’Union européenne au coeur de leur programme commun.
Debora RevoltellaDirectrice, département Analyses économiquesBanque européenne d’investissement
[1] Gerszon Mahler, D., Yonzan, N., Hill, R., Lakner, C., Wu, H. et Yoshida, N. (2022), « Pandémie, inflation et pauvreté », Banque mondiale, Blog de données, le 13 avril, disponible à l’adresse : https://blogs.worldbank.org/fr/opendata/pandemie-inflation-et-pauvrete.
[2] Nations unies (2020), « Rapport économique sur l’Afrique 2020 – Financements innovants pour le développement des entreprises en Afrique », disponible à l’adresse : https://www.un-ilibrary.org/content/books/9789210051255, FMI (2022), « Perspectives économiques régionales pour l’Afrique subsaharienne : un nouveau choc et peu de marge de manoeuvre », disponible à l’adresse : https://www.imf.org/fr/News/Articles/2022/04/28/pr22133-sub-saharan-africa-a-new-shock-and-little-room-to-maneuver.
[3] Toutes les mesures de l’intégration financière régionale en Afrique citées dans ce chapitre sont pondérées en fonction du PIB des pays de la région concernée (chapitre 2).
[4] Les technologies réglementaires concernent l’utilisation des mégadonnées et des technologies d’apprentissage automatique pour améliorer le respect de la réglementation financière.
[5] CUA/OCDE (2022). « Dynamiques du développement en Afrique 2022 – Des chaînes de valeur régionales pour une reprise durable », Éditions de l’OCDE, Paris, disponible à l’adresse : https://www.oecd.org/fr/dev/dynamiques-du-developpement-en-afrique-9e4128d9-fr.htm
[6] La Facilité d’investissement ACP fait référence à un fonds renouvelable établi dans le cadre de l’accord de partenariat UE-ACP (ou accord de Cotonou) via lequel les recettes ont été réinvesties dans de nouvelles opérations de financement de projets d’investissement dans la région au moyen d’un large éventail d’instruments souples avec prise en charge des risques, tels que les prêts en monnaie locale, les subventions à l’investissement et les garanties.
[7] Disponible à l’adresse : https://www.eib.org/publications/online/global-reports-2022.htm.
Ce chapitre a été rédigé par Colin Bermingham et Emmanouil Davradakis de la Banque européenne d’investissement. Les auteurs expriment leur reconnaissance à Koray Alper pour sa contribution à un encadré consacré aux primes de risque sur les titres souverains africains.
Les auteurs tiennent à remercier Claudio Cali, Barbara Marchitto, Debora Revoltella et Ricardo Santos pour leurs commentaires sur les versions précédentes.
Les opinions exprimées dans ce chapitre sont celles des auteurs et ne représentent pas nécessairement celles de la Banque européenne d’investissement. Toute erreur relève de la responsabilité des auteurs.
La guerre en Ukraine constitue un nouveau choc pour le continent africain, qui se relève de la pandémie de coronavirus. Nombre de pays africains avaient déjà plus de difficultés que les économies avancées à soutenir la croissance économique intérieure notamment en raison d’une marge de manoeuvre budgétaire plus limitée, d’une couverture vaccinale moins complète, de niveaux d’investissement plus faibles et d’une plus grande vulnérabilité aux variations de la propension internationale au risque. La hausse de l’inflation sous l’effet de l’augmentation des prix des denrées alimentaires et de l’énergie met les revenus des ménages sous pression et entraîne davantage de personnes dans la pauvreté. Dans les économies émergentes et en développement, la pandémie de COVID-19 a mis à rude épreuve la capacité des politiques budgétaires à contenir le choc des prix de l’alimentation et à préserver la stabilité sociale. En effet, l’assainissement budgétaire devrait se poursuivre sur le continent en 2022, mais le coût du service de la dette augmente également, notamment parce que les banques centrales continuent de relever les taux d’intérêt pour faire face à une inflation élevée. En conséquence, les problèmes liés à la soutenabilité de la dette pourraient s’étendre à un plus grand nombre de pays, mais les mécanismes mis en place pour gérer les pays insolvables continuent de faire preuve de lenteur en raison de la diversité croissante des créanciers. L’augmentation des prêts bancaires accordés aux pouvoirs publics pendant la pandémie risque également d’entraîner un effet d’éviction sur les prêts au secteur privé.
La guerre en Ukraine freine la reprise post-COVID et exacerbe de nombreuses difficultés structurelles du continent africain. La guerre constitue un choc de l’offre, ce qui accentue la pression haussière sur les prix du pétrole, des produits agricoles et des métaux (figure 1). La relance économique post-pandémie dans les pays en développement accusait déjà un retard par rapport aux économies avancées pour diverses raisons, notamment une marge de manoeuvre budgétaire plus limitée, une couverture vaccinale moins complète, des ratios d’endettement élevés et une plus grande vulnérabilité aux variations de la propension internationale au risque. D’après l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE, 2022), la part du produit intérieur brut (PIB) de l’Afrique dans le PIB mondial a globalement reculé depuis 2010. Elle devrait représenter environ 4,7 % du PIB mondial en 2022, soit le pourcentage le plus faible depuis plus de 20 ans. La faiblesse des résultats économiques freine la réduction de la pauvreté. En 2019, environ 424 millions de personnes en Afrique subsaharienne vivaient dans l’extrême pauvreté. La pandémie devrait avoir fait passer ce nombre à 448 millions de personnes en 2020. Cette tendance à la hausse se poursuit. Il est estimé qu’au moins 460 millions de personnes vivent dans l’extrême pauvreté en 2022, soit une augmentation de 36 millions en l’espace de trois ans (Gerszon Mahler et al., 2022).
Figure 1 : Prix internationaux des produits de base
Source : Bloomberg et les calculs des auteurs.
Dans ses Perspectives de l’économie mondiale publiées en avril 2022 (FMI, 2022a), le Fonds monétaire international prévoyait un ralentissement de la croissance en Afrique subsaharienne, passant de 4,5 % en 2021 à 3,8 % en 2022 avant de se raffermir à 4,0 % en 2023. Les prévisions pour 2022 et 2023 n’ont guère changé par rapport à celles publiées avant la guerre, en octobre 2021, mais cette stabilité apparente masque d’importantes disparités entre pays. Compte tenu de la hausse des prix des matières premières, les économies qui exportent des produits de base ont vu leurs prévisions de croissance s’améliorer, notamment la Guinée équatoriale, le Tchad, la République démocratique du Congo et le Nigeria (figure 2). Cependant, environ deux tiers des pays d’Afrique subsaharienne ont vu leurs prévisions de croissance en 2022 diminuer. Les pays tributaires du tourisme éprouvent toujours des difficultés et ceux qui importent des produits de base sont confrontés à une perte de revenu en raison de la détérioration des termes de l’échange.
Figure 2 : Croissance du PIB en Afrique en 2022 (en %) et évolution des projections de croissance par rapport à 2021 (en points de pourcentage)
Le ralentissement de la croissance du PIB signifie que l’augmentation des revenus sera limitée. Le PIB réel par habitant devrait rester inférieur aux niveaux d’avant la pandémie au moins jusqu’en 2024 pour les pays à forte intensité de ressources (exportateurs de produits de base), avec une croissance de seulement 1 % par an en 2022 et 2023 (figure 3). Une croissance supérieure à 2 % était attendue avant la pandémie. Une partie du problème réside dans le fait que certains grands exportateurs de pétrole n’ont pas été en mesure d’accroître leur production pour bénéficier de la hausse des prix du pétrole et que les taux de croissance des exportateurs ont en fait été inférieurs à ceux des pays importateurs de produits de base. Cela montre que, si les exportateurs de produits de base ont vu leurs prévisions de croissance augmenter, leurs taux de croissance restent inférieurs à ceux des autres pays, et que la flambée des prix des produits de base ne se traduit pas par une envolée des revenus pour la population. Néanmoins, les soldes de la balance extérieure et les indicateurs budgétaires se sont globalement améliorés[1]. Les perspectives de croissance de la richesse sont légèrement meilleures pour les pays à faible intensité de ressources, le PIB par habitant étant en 2022 déjà supérieur de 5 % aux niveaux d’avant la pandémie. Toutefois, la croissance du PIB par habitant devrait atteindre en moyenne 3 % en 2022-2023, contre une estimation de 5 % avant la pandémie, ce qui devrait contribuer à un écart important concernant le PIB par habitant prévu pour ce groupe d’ici à 2023.
Figure 3 : Croissance réelle du PIB par habitant en Afrique subsaharienne sur la période 2019-2023, prévisions actuelles par rapport à celles avant la pandémie
Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale (octobre 2019 et avril 2022[2]), et calculs des auteurs.
Remarque : 2019=100 ; les lignes en pointillés indiquent les prévisions avant la pandémie.
Si la hausse des prix du pétrole se reflète largement dans les prévisions de croissance, celle des prix des denrées alimentaires menace l’ordre social. Ensemble, la Russie et l’Ukraine représentent 52 % de la part des échanges mondiaux d’huile et de graines de tournesol et 24 % des échanges mondiaux de blé (base de données Comtrade des Nations unies, 2020)[3]. La hausse des prix du maïs pourrait également entraîner l’augmentation des coûts des aliments pour animaux et de nouvelles progressions des prix de la viande. Ces prix haussiers menacent la sécurité alimentaire et la stabilité politique. En 2011, le Printemps arabe en Afrique du Nord a coïncidé avec l’élévation des prix alimentaires mondiaux. Avant cela, des « émeutes de la faim » ont éclaté dans de nombreux pays en développement en 2008, lorsque les prix des denrées alimentaires ont également monté en flèche. Comme le montre la figure 1, l’augmentation rapide des prix des produits de base depuis le début de la guerre en Ukraine signifie que les prix des denrées alimentaires ont temporairement dépassé les sommets atteints précédemment, même s’ils ont quelque peu reculé depuis.
L’Afrique est largement tributaire de la Russie et de l’Ukraine pour la sécurité de son approvisionnement en blé. L’Afrique est un gros importateur net de blé, même si elle est globalement un exportateur de denrées alimentaires. Sur la période 2018-2020, le continent a importé en moyenne 3,7 milliards de dollars de blé de Russie (32 % du total des importations africaines de blé) et 1,4 milliard de dollars de blé d’Ukraine (12 % du total). Les importations d’aliments et de blé en provenance de Russie et d’Ukraine représentent une part importante des importations totales de denrées alimentaires de l’Afrique. Pas moins de 25 États africains, dont de nombreux pays parmi les moins avancés, importent plus d’un tiers de leur blé de ces deux pays. Ils sont 15 à en importer plus de la moitié. L’exposition – en particulier à l’offre ukrainienne – est surtout élevée en Afrique du Nord (figure 4).
Figure 4 : Part des importations de blé et de denrées alimentaires en provenance de Russie et d’Ukraine (en % du total des importations de blé et de denrées alimentaires), par région, en 2020
Sources : Cnuced (2021) et calculs des auteurs.
Les revenus des ménages africains seront mis sous pression en raison des prix élevés des denrées alimentaires. La vulnérabilité d’un pays ou d’une région aux prix élevés des denrées alimentaires peut être caractérisée par la dépendance à l’égard des importations de ces denrées et la part de ces dernières dans l’indice des prix à la consommation, donnant ainsi une idée de la part du budget moyen des ménages consacrée à l’alimentation. Dans la figure 5a
