La rebelle de l'Armada - Lydia Lagarde - E-Book

La rebelle de l'Armada E-Book

Lydia Lagarde

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Beschreibung

À bord de l’Armada, où vit maintenant ce qui reste de l’humanité tout entière, la jeune rebelle Haelee s’ennuie. En essayant d’occuper ses journées, elle finit par s’attirer des problèmes. Heureusement, le Major Cayne Baumeister n’est jamais loin derrière elle.

Ne pouvant résister à l’envie de tout savoir, Haelee découvre rapidement que bien des secrets circulent entre les murs de métal de l’immense vaisseau. Comme d’habitude, avec ou sans l’aide de son protecteur, elle décide d’aller au fond des choses. Elle rassemble ses alliées et défie les plus hauts dirigeants de l’humanité, suivant sa propre justice sans se soucier des lois de sa nouvelle demeure.

Ce deuxième tome de la trilogie de science-fiction dystopique de l’auteure Lydia Lagarde est une vraie chasse au trésor pour découvrir la vérité sur les coulisses de l’Armada. 

À PROPOS DE L'AUTRICE

Lydia Lagarde commença à écrire dès ses 14 ans. Ce fut sur un banc d’école, écoutant à peine ce que racontait son professeur, qu’elle prit pour la première fois une feuille lignée et un crayon à mine dans le but de retranscrire ces petites histoires qu’elle créait dans sa tête afin de meubler le temps.

Au début, inspirée de ses lectures de jeunesse héroïques et fantastiques, elle rêvait d’écrire des pages remplies d’action et d’aventure. Depuis, jamais elle ne cessa. Ce qui était pour combler son ennui devint un passe-temps. Et celui-ci se transforma en pure passion.





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Seitenzahl: 517

Veröffentlichungsjahr: 2024

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Couverture

Page de titre

 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Copyright

Lydia Lagarde

Éditions Lo-Ély

www.editionsloely.com

 

Facebook : Éditions Lo-Ély

 

Auteure : Lydia Lagarde

Facebook : Lydia Lagarde – Romancière

 

Direction littéraire : Tricia Lauzon

Mise en page : Lydia Lagarde

Correction : Anne-Laure Perez

Graphiste pour la couverture : Mélissa Laurendeau

 

Imprimerie : Marquis

 

Dépôt légal —

Bibliothèque et Archives nationales du Québec 2024

Bibliothèque et Archives Canada 2024

 

 

 

Toute reproduction, intégrale ou partielle, faite par quelque procédé que ce soit, photographie, photocopie, microfilms, bande magnétique, disque ou autre, est formellement interdite sans le consentement de l’éditeur.

Subventionné par :

Imprimé au Canada

ISBN EPUB: 978-2-89855-059-1

ISBN EPUB (ensemble) : 978-2-89855-036-2

 

 

 

 

Chapitre 1

L’armada

 

 

Haelee

Elle avait les yeux tournés vers le ciel, il était si bleu. Jamais elle n’avait vu un ciel si magnifique. Elle observait les nuages d’une blancheur éclatante, elle percevait le vent souffler contre son visage et sur ses bras nus, il lui amenait un peu de fraicheur. Le soleil qui plombait contre sa peau n’était cependant pas aussi puissant que ce qu’elle avait connu, et beaucoup moins rouge. Son jaune pastel était intéressant. Et la brise ne lui apportait pas autant d’humidité que sa terre natale. Cela la changeait tout de même assez bien du plafond en métal de l’Armada. Elle releva une main lorsqu’une feuille se détacha d’un arbre qu’elle ne connaissait pas et qui la surplombait. Elle soupira lorsque sa main passa à travers l’hologramme d’un vert soyeux.

Elle s’assit, la magie venait de la quitter. Elle regarda autour d’elle. Elle aurait beaucoup donné pour pouvoir partir à la course et traverser sans s’arrêter cette forêt un peu plus loin du champ d’herbes. Elle allait cependant heurter un mur de métal si elle osait se laisser tenter. Elle porta sa main à sa montre, elle changea l’habitat dans lequel elle se trouvait. Du décor d’une prairie de la première Terre, elle décida d’afficher cette fois-ci un désert. L’air autour d’elle devint sec et la température monta radicalement. Elle s’étendit de nouveau un instant, mais se releva aussi rapidement. Elle n’était pas encore satisfaite, et elle refusait de revenir dans les paysages de la deuxième Terre. Elle ne voulait pas souffrir inutilement. Même si elle n’y retournerait pas et même si elle était plus que bien ici, elle s’ennuyait d’avoir les deux pieds sur terre.

― Haeleeeeeeee, résonna la voix de Cayne dans sa tête. Où est-ce que tu es?

― Bulle holographique, lui répondit-elle dans sa montre avant de lui envoyer sa position.

Elle avait le temps d’afficher encore un dernier paysage. Elle décida d’appuyer au hasard parmi les milliers qui défilaient sur la liste que lui proposait sa montre. Elle eut un sourire amusé lorsqu’elle se retrouva assise au fond de l’eau, à quelques mètres de profondeur. L’air était chaud et humide. Elle était entourée de corail et de poissons qui vaguaient à leurs occupations. Elle pouvait voir leurs écailles briller sous les rayons du soleil qui pénétrait l’eau absente. Elle ne put une fois de plus s’empêcher de toucher un poisson qui passait tout près d’elle. Sa main passa encore à travers, mais cela l’amusa tout de même. Le poisson s’était enfui lorsqu’elle avait traversé l’hologramme. La porte de la petite pièce s’ouvrit. Elle ne prit pas la peine de regarder.

― Tu t’es trouvé de nouveaux amis! fit la voix fière du major derrière elle.

― Regarde, lui dit-elle avant de s’étirer afin de toucher un autre poisson, s’amusant encore alors qu’il s’enfuyait.

Cayne se moqua devant cette banalité qui semblait un peu trop la divertir, puis s’assit près d’elle sur le plancher confortable. Il regarda sa montre, prenant le contrôle de la pièce. Haelee fronça les sourcils lorsqu’ils se retrouvèrent au milieu d’une grande et vieille maison. La première chose qu’elle remarqua fut que les fenêtres donnaient sur le ciel bleu de la première Terre. Elle observa partout autour d’elle en fronçant les sourcils, quelque chose venait de bouger dans un coin de la pièce. Puis, une bête terrifiante sauta tout juste devant elle. Haelee ouvrit la bouche en s’agrippant au bras de Cayne, choquée par cet étrange mammifère aux longues oreilles pointues et à la démarche souple et fluide.

― C’est… c’est l’un de ces animaux domestiques qu’il y a certaines fois dans les histoires provenant de la première Terre…, réalisa-t-elle en s’intéressant un peu plus à la bête poilue qui se rapprochait d’elle en émettant un étrange bruit de ronronnement.

― C’est un chat, lui apprit-il alors que l’hologramme se frottait maintenant contre ses pieds.

Haelee fondit sous la mignonnerie de la bestiole. Elle aurait aimé pouvoir toucher à son poil qui avait l’air si doux.

― Nos ancêtres ont essayé d’en amener dans l’Armada avec d’autres espèces, mais ils sont tous morts, continua-t-il un peu plus macabrement.

― Temps hebdomadaire écoulé, annonça soudainement une voix sortant de nulle part alors que tout ce qui se trouvait devant eux, dont le chat, disparaissait peu à peu afin de revenir sur les blancs murs de la petite pièce sphérique.

― Haelee, on est lundi! Ça fait combien de temps que tu es là-dedans? lui demanda Cayne avec désespoir.

― Ah non…, se plaignit-elle avec beaucoup de tristesse, tournant ses yeux suppliants vers Cayne. Redonne-m’en, je t’en prie.

― Je ne peux pas, répondit-il en soupirant, puis se relevant. Allez.

― Je peux prendre le tien? demanda-t-elle en se levant à son tour.

― Nous viendrons plus tard dans la semaine, mon père nous attend, rappela-t-il en prenant les devants.

― Ce n’était pas ce soir, la réunion? fit-elle en le dévisageant, lui emboitant le pas.

Cayne s’arrêta en ouvrant les bras, la fixant, découragé.

― Il va falloir que tu te fasses une routine! s’exclama-t-il avant de reprendre la marche.

Haelee devina qu’il était déjà le soir, elle comprit aussi pourquoi elle n’avait déjà plus de temps aux bulles holographiques. Cayne avait peut-être raison, elle allait devoir mieux gérer son temps. Ils traversèrent le grand espace de divertissements. L’aile destinée à la légion et aux affaires administratives et scientifiques était loin, la marche était longue. Haelee suivit Cayne rapidement afin qu’il ne la distance pas de ses grands pas décidés.

― C’est pour quoi cette fois-ci? demanda-t-elle.

― Il n’a pas voulu me le dire, ça ne sent pas très bon, dit-il avec inquiétude. J’y ai réfléchi, il semble préparer tout ça depuis longtemps. On va peut-être devoir s’enfuir, finit-il sa phrase en exagérant un peu plus qu’il ne l’aurait fallu.

― Allons…, se découragea-t-elle devant son air presque sérieux.

― Ça fait un mois aujourd’hui que l’Armada a quitté l’orbite de la deuxième Terre, c’est peut-être en rapport, conclut-il plus sérieusement, incertain.

Elle ne s’en soucia pas plus que ça. Pour le reste du chemin, elle se contenta de regarder les personnes qu’ils croisèrent et qui ne se gênaient pas pour l’observer, elle. Ici, il n’existait pas beaucoup de différentes façons de s’habiller. Les choix étaient en fait très limités. Pour le haut, il y avait les manches courtes ou les manches longues. Une seule sorte de pantalon était disponible. En contrepartie, les couleurs variaient plutôt bien. Depuis son arrivée, jamais elle n’avait vu Cayne habillé autrement que de noir ou de différents tons de gris. Pour sa part, elle osait expérimenter de temps en temps, mais les moqueries du major l’avaient freinée à se vêtir de beaucoup de noir, de brun et de jaune. Ils arrivèrent bientôt dans des corridors plus perdus au milieu de l’Armada. Cayne s’arrêta devant le bureau du colonel.

― Il était temps! s’exclama ce dernier lorsque la porte de son bureau s’ouvrit.

― J’étais dans une bulle, s’excusa Haelee en remarquant dans un coin du spacieux bureau un autre légionnaire qu’elle reconnut.

La Rebelle releva la main en offrant un large sourire à Shawn, qui s’avança en direction d’eux trois. Elle ne l’avait pas revu depuis leur départ de la deuxième Terre.

― Capitaine! fit Cayne, heureux, allant lui serrer la main.

― Major, le salua-t-il avant de se retourner vers elle et de relever la main à sa manière. Haelee.

― Alors, c’est quoi, cette petite réunion? demanda Cayne en se retournant vers son père. Tu me demandes de venir spécifiquement avec Haelee, et mon capitaine est là. Qu’est-ce que tu as préparé ?

― Nous attendons une dernière personne, les informa le colonel en soufflant déjà devant l’attitude de Cayne.

― Donc, nous ne sommes pas en retard, constata son fils d’un petit sourire comique.

― Le commandant peut se permettre d’être en retard, contrairement à vous, major, objecta sévèrement le colonel.

― Hey! Je suis encore en permission!

La porte du bureau s’ouvrit. L’homme qui traversa le cadrage le calma légèrement.

― Alors, voici donc l’équipe de choc, s’exclama le commandant avec bonne humeur en entrant dans le bureau.

― Commandant, fit aussitôt Cayne en se redressant, lui tendant la main.

Haelee retrouva le légionnaire qu’elle avait connu lorsqu’elle était encore en bas. Elle sourit, amusée de voir Cayne changer aussi radicalement de comportement. Elle les regarda se saluer chacun leur tour comme les Armadiens avaient l’habitude de le faire. Elle serra elle aussi la main du commandant Gainsborough, le plus haut dirigeant de l’Armada, lorsqu’il s’approcha d’elle.

― Ravi de vous revoir, Haelee, dit-il en la relâchant.

― De même, répondit-elle alors qu’il était déjà en train d’aller rejoindre le père de Cayne de l’autre côté du bureau.

― Je vous ai entendu vous exclamer à propos de votre permission, major, s’amusa le commandant. Comment cela se passe-t-il?

― Très bien, fit aussitôt Cayne.

Elle se retint de rire devant le malaise qui apparaissait sur le visage du major.

― Excellent! Vous vous questionnez sans doute sur la raison de notre rencontre. Je vous expliquerai tout ceci rapidement, nous ne nous attarderons pas aujourd’hui sur les détails. Mais tout d’abord, je voulais vous remercier. Maintenant que la deuxième Terre et ses histoires sont déjà à un mois-lumière derrière nous, je voulais vous rendre le mérite qui vous est dû. Vous avez fait preuve d’un fort engagement et de dévouement, vous en avez tous mes honneurs. Et cela s’adresse autant à vous tous, colonel, major, capitaine et Haelee, dit-il en prenant soin de croiser leur regard chacun à leur tour.

Plus qu’attentive à son monologue, la Rebelle ne put que le remercier, de la même manière que les légionnaires qui l’entouraient. Le commandant soutint cependant son regard.

― Haelee, j’accepte votre demande, continua-t-il. J’ai déjà donné l’autorisation ce matin même. Bienvenue dans la légion, soldate Haelee! Vous êtes maintenant sous les commandements du colonel Baumeister. Vous allez cependant avoir une formation à suivre assidument, je laisse le colonel s’occuper de cela.

― Évidemment, fit aussitôt le colonel alors que la jeune femme souriait jusqu’aux oreilles.

― Merci! s’exclama-t-elle, reconnaissante.

― Cela me fait plaisir, répondit-il avant de jeter un coup d’œil au major et au capitaine. Avant de continuer d’annoncer de bonnes nouvelles, je dois aborder avec vous un dossier confidentiel. Je me dois avant tout de vous informer qu’un légionnaire dévoilant toute information classée confidentielle à un tiers est passible d’une accusation de haute trahison.

― C’est une grave infraction politique passible d’une très longue période d’incarcération ainsi que de la suppression de tous les droits et libertés d’une personne, Haelee, c’est irréversible, ajouta le colonel en lui adressant pour sa part directement l’avertissement, sans se gêner. Comprends-tu ce que cela signifie?

― Oui, fit-elle en balançant rapidement sa tête de haut en bas, intimidée par tous les regards sévères braqués sur elle.

Elle se pinça les lèvres et fit semblant de les sceller ainsi, continuant d’acquiescer.

― Bien, approuva le colonel avant de laisser la parole au commandant.

― Vous savez probablement que je porte une bienveillance particulière au confort des habitants de mon vaisseau, continua-t-il alors. Je fais tout en mon possible afin de respecter leurs valeurs et leurs choix. Mais certaines fois, je ne peux me permettre de suivre ce principe moral qui m’est pourtant bien cher. Lorsque j’ai accepté le poste de dirigeant de l’Armada, je me suis engagé sur une et une seule mission, celle de veiller à la survie de l’espèce humaine. Nous avons déjà eu un exemple de cela lors de la mission de récupération des Rebelles, donna-t-il en image. Aujourd’hui, je suis confronté une deuxième fois à un évènement qui va sans doute aller contre la liberté de certaines personnes. Cependant, cette fois-ci, cet évènement n’est pas malheureux, bien au contraire. L’Armada a été construite pour un million de personnes. Avec les naissances ne faisant qu’augmenter, pour notre plus grand bonheur, et avec l’arrivée de tous les Rebelles, nous arrivons au maximum de notre capacité. Il était déjà prévu, avant d’avoir connaissance de l’existence de ces derniers, qu’une deuxième Armada devait bientôt ouvrir ses portes. Tout cela est déjà bien connu des civils.

Haelee se rappela que le commandant avait déjà mentionné cette information la première fois qu’elle avait assisté à l’une de ses réunions. Elle se posait tout de même une question : l’Armada ne trainait tout de même pas la dizaine de gros vaisseaux qu’ils avaient construits derrière elle alors qu’ils ne servaient à rien? Elle n’osa pas interrompre le dirigeant.

― Cependant, ce que les civils ne réalisent pas pour l’instant est que cela signifiera également le déménagement de cinquante pour cent de la population, poursuivit-il. Gardez tout cela pour vous, ne créons pas tout de suite des grèves et des lettres d’opinion décousues. Bref, tout cela pour vous amener plusieurs points. Premièrement, cinquante pour cent de la population rebelle déménagera avec les Armadiens. Haelee, en tant que seule représentante des Rebelles au sein des légionnaires, vous serez appelée à leur mentionner les faits et le plan d’action le moment venu. Vous devez en attendant rester silencieuse. Je comprends que tout cela peut être nouveau pour vous et que vous aurez besoin d’un temps d’adaptation, c’est pour cela que je souhaitais tout de suite vous prévenir. En tant que légionnaire, vous aurez des rôles importants à assumer. Prenez-en conscience.

― Oui, répondit-elle, acceptant sans immédiatement réaliser tout ce que cela signifiait.

― Deuxièmement, cinquante pour cent du corps légionnaire déménagera lui aussi. Ce qui veut dire, en troisième, que des postes se libèreront et se créeront. Plusieurs postes. Il a d’ailleurs déjà été conclu avec honneur que le colonel Baumeister aura sa place parmi les officiers généraux, leur annonça-t-il sous le sourire très peu retenu du colonel.

― Eh bien, répondit Cayne sans la moindre part de surprise. Félicitations, colonel.

― Tout cela n’est bien sûr pas encore officiel, mais ce sera bien ce qui se fera sous peu, continua le commandant. Je vous laisserai donc deviner quel nom votre père m’a suggéré afin de le remplacer au rang de colonel.

Cayne rigola. Même Haelee eut quelques frissons lorsque le père de Cayne envoya à son fils un regard rempli d’un sombre avertissement.

― Moi, colonel? fit Cayne d’un air sceptique. Sérieux, j’ai vingt-cinq ans… Ça ne s’est jamais vu.

― Major! commença d’une voix mécontente le colonel.

― Non, laissez-le s’exprimer, le rassura le commandant. Nous sommes ici dans une discussion tout à fait informelle. Nous mentionnons et partageons des projets, je veux son avis.

― Si c’est effectivement ce que vous projetez, continua Cayne, j’accepte sans hésiter. Je me demande seulement ce que tout cela peut bien signifier.

Le sourire que lui offrit le commandant plongea la pièce dans un étrange silence. Il ne semblait pas avoir l’intention de lui répondre, puisque son regard dévia en direction du capitaine.

― Vous serez bientôt major. Avez-vous l’intention d’enquêter à propos de cette décision vous aussi? lui demanda-t-il avec une légère pointe d’amusement.

― Aucunement, répondit ce dernier avant de sourire.

― Bien, fit-il, satisfait, avant d’hésiter le temps d’une courte seconde.

Le commandant finit par ravaler son idée, bien à contrecœur. Il semblait se retenir d’en dire trop.

― Nous nous reverrons bientôt, conclut-il en contournant une nouvelle fois le bureau, quittant l’endroit sans rien rajouter.

Tous l’observèrent quitter la pièce sans bouger. Aussitôt la porte close, Cayne releva les deux bras en regardant son père, attendant immédiatement des informations supplémentaires.

― Pourquoi moi? Je suis trop jeune, ça ne colle pas. Il veut de toute évidence m’utiliser pour avoir Haelee de son côté, extrapola-t-il sans se gêner.

― Quand quelqu’un te propose un grade de colonel, tu n’argumentes pas et tu dis oui! Bon sens! Ton rôle n’est pas de poser des questions, mais d’obéir aux ordres! le réprimanda son père, sévèrement outré.

― Pour l’instant…, lui répondit Cayne malicieusement devant la réalité de son futur grade.

― Pour l’instant, tu es toujours major, rétorqua le colonel, clôturant la conversation.

― Pour l’instant: major et toujours en permission. Allez, j’en ai terminé ! finit à son tour Cayne en tournant les talons.

― Demain, nous serons mardi. Je t’attends donc avec ta mère à neuf heures trente. Ne sois pas en retard! lui lança en dernier avertissement le colonel alors que la porte de son bureau s’ouvrait encore une fois.

Haelee se dépêcha de suivre le major, lançant un dernier au revoir au colonel et à Shawn, toujours aussi statique qu’au début de la rencontre.

Chapitre 2

La nouvelle légionnaire

 

 

― Ça change quoi, maintenant que je suis une légionnaire? fit Haelee en marchant joyeusement auprès du futur colonel.

― Ça ne change rien, tes tâches ne t’ont pas été attribuées, répondit-il, réduisant presque à néant sa joie.

Elle marcha un peu plus calmement en soupirant.

― Tu n’as pas trouvé cette rencontre bizarre? finit-il par lui demander.

Haelee fut surprise de sa méfiance.

― Mm…, réfléchit-elle sérieusement. Il semble effectivement garder quelques secrets, mais je ne pense pas que cela soit bien méchant…

Cayne sembla trouver évident ce qu’elle venait de lui dire, il était d’accord, mais quelque chose le tracassait encore.

― Je n’ai pas l’impression que ces tâches supplémentaires qu’il semble vouloir nous attribuer sont réellement pour ce qu’il veut nous faire croire, expliqua-t-il en réfléchissant.

― Il veut nous faire croire que c’est pour la séparation de l’Armada, résuma Haelee en essayant de suivre la conversation. Mais ça ne serait pas pour ça? Pourquoi as-tu dit qu’il voulait m’avoir de son côté ?

― Il va probablement vouloir que tu l’aides à calmer les Rebelles mécontents de leur nouveau mode de vie…, fit Cayne avant de soupirer, semblant mettre tout ça dans un coin de son esprit. Ce n’est pas bien méchant, comme tu le dis. Ça n’a pas d’importance. Ah, la barbante soirée de promotion que je sens venir! se plaignit-il avec souffrance.

― Mais tu n’auras plus de comptes à rendre à ton père.

― Il trouvera un moyen, assura-t-il avec découragement.

― Avais-tu prévu quelque chose ce soir? demanda-t-elle après un instant de silence.

― J’allais jouer quelques parties avec des amis, l’informa-t-il en lui jetant un coup d’œil, vérifiant si cette question suggérait un changement de plan.

― D’accord, j’avais envie de lire avec Fay et Adéline, approuva-t-elle.

― À cette nuit, finit-il avec un petit haussement de sourcil qui la fit rougir.

Elle ne lui répondit pas alors que le major se séparait d’elle, prenant peu après un chemin différent. Elle le regarda s’éloigner avant de continuer à son tour son chemin à travers l’immensité de l’Armada. Une nouvelle quête se présentait à elle, elle devait se rendre seule à l’aile où habitaient les Rebelles.

Elle ne voulut pas se perdre encore une fois. Elle afficha l’itinéraire directement sur sa montre. Elle avait déjà tenté plusieurs fois de se rendre par elle-même quelque part, elle avait chaque fois tourné en rond durant plusieurs heures. L’écran de sa montre lui indiqua environ dix minutes de marche. Elle entama la route un pas après l’autre. Une seule fois, elle avait tenté de courir dans les corridors de l’Armada afin de se rendre à un endroit plus rapidement. En moins d’une minute, elle s’était fait interpeler sans ménagement. Les légionnaires l’ayant arrêtée n’avaient pas été à l’écoute de ses explications. Cayne avait même dû venir la chercher, elle avait été assez gênée.

C’était peut-être cliché venant d’une Rebelle, mais courir lui manquait sincèrement. Cayne lui avait bien montré quelques salles remplies de machines bizarres afin de se muscler et contenant une sorte de tapis roulant donnant l’impression de défiler dans différents décors, mais cela ne l’intéressait pas. Et puis, elle avait les fameuses pilules noires afin de se garder en forme, elle n’avait pas besoin de faire d’effort. Elle avait déjà aperçu quelques fois des légionnaires se promener avec de petits véhicules. À défaut de ne pas lui donner plus de liberté de mouvement, un tel engin lui permettrait de bien réduire ses temps de déplacement. Elle allait devoir demander à Cayne quel poste occuper afin d’y avoir droit.

― Bonsoir, Haelee, fit le légionnaire sans casque à l’entrée des quartiers des Rebelles en l’apercevant tourner le coin du large corridor.

― Andy, le commandant a accepté ma demande! Je suis une légionnaire maintenant! lui annonça-t-elle en s’arrêtant devant lui, lui tendant l’un de ses doigts.

― Nous sommes donc collègues de travail, nota ce dernier en scannant son empreinte.

― Oui, c’est vrai…, fit-elle, pensant à la quantité de légionnaires qu’il y avait sur le vaisseau. J’ai vraiment beaucoup de collègues de travail maintenant…

Cayne lui avait déjà expliqué que la légion comptait dix-mille légionnaires, comprenant les réservistes. Elle traversa les portes en offrant un au revoir de la main à Andy. Ce dernier était plutôt sympathique, même s’il semblait en permanence déprimé. Haelee le croisait presque tous les jours, bien posté devant les portes, contrôlant les permissions de ceux voulant y entrer.

Elle salua de la même manière ceux gardant les portes à l’intérieur de la grande aire commune des habitants de ce secteur, puis elle s’avança sous la forte luminosité de l’endroit. Devant elle se trouvaient un peu plus de cinq-mille Rebelles assis par terre en petit groupe, tablette en main. Haelee s’avança vers l’un des arbres que l’Armada avait positionnés ici et là. Elle souffla, attentive au silence qui régnait. Même si avant, elle appréciait peu ce vide, maintenant, quand elle avait la chance de pouvoir en faire profiter ses oreilles, elle y était attentive. Les Armadiens étaient si bruyants!

Elle traversa l’endroit en se souciant peu des regards. Elle salua ceux qui lui dirent bonjour, ignora les mauvais yeux que d’autres lui adressèrent. Elle n’avait pas peur de ceux qui avaient encore du ressentiment envers elle. Même si beaucoup se plaignaient, plus personne n’avait faim, plus personne n’était malade, plus personne n’était en danger. Haelee n’avait aucun remords.

Un peu plus loin, à quelques mètres seulement d’un mur, Fay, Adéline, Élyzio et Basil étaient encore, et toujours, sous le même arbre. Elle s’avança vers eux, leur offrant un grand sourire, puis s’assit au sol en leur compagnie. Elle n’avait pas vu ses amis depuis plus d’une journée entière.

― Vous devriez sortir d’ici avec moi, venir vous promener dans le vaisseau, j’aurais tant à vous montrer, insista-t-elle pour une énième fois auprès d’eux, les coupant dans leur lecture.

― Nous ne souhaitons pas sortir. Toi, tu devrais venir ici plus souvent, répondit avec franchise Adéline.

― Je sais, avoua-t-elle avec tristesse. Mais j’ai tout un nouveau monde à découvrir… Je ne peux pas me résoudre à venir m’enfermer ici des journées entières…

― Mais nous sommes ta famille, rappela Fay sans comprendre.

― Nous ne pouvons pas la blâmer de cette façon. Haelee est curieuse de nature, et je comprends son désir d’exploration, prit sa défense Élyzio. De plus, nous avons le droit de sortir, nous pourrions aller avec elle de l’autre côté.

― Nous irons… un jour…, termina Basil, voulant tout dire.

Ils allaient avoir le temps de poser les pieds sur la troisième Terre avant que l’un d’eux ne se décide à faire un premier pas parmi les Armadiens, Haelee le savait très bien. Elle se contenta de rouler des yeux, ne voulant pas argumenter. Elle n’était pas venue pour ça. Elle décida de changer de sujet, cela faisait quelque temps qu’elle n’avait pas pris de nouvelle du petit ventre de Fay. Celui-ci commençait à bien s’arrondir.

― Comment va ton bébé ? demanda-t-elle en se retournant vers la concernée.

― Bien, répondit son amie en posant une main contre ses quelques mois de grossesse.

― Trois femmes Rebelles ont donné naissance depuis notre arrivée, expliqua Élyzio, renseigné. Les trois mères et les trois enfants sont vivants et en bonne santé, même si l’un d’eux est prématuré.

― Je n’en doute pas, dit Haelee avec le sourire.

― Et toi? fit Adéline. Comment vas-tu?

― Je vais bien. Même si quelques fois…, je suis étourdie par leur rythme de vie, essaya-t-elle de leur expliquer avant de baisser la voix radicalement, s’avançant afin de parler le moins fort possible. J’essaie de m’adapter comme je le peux, vivant comme une vraie Armadienne. J’ai même été acceptée, je suis officiellement une légionnaire!

Elle finit en se redressant, se permettant d’exprimer un peu de joie en tapotant dans ses mains. Ses amis ne partagèrent cependant pas son sentiment. Ils prirent tout de même la peine de lui faire un sourire de félicitations plus ou moins forcé, sauf Adéline, qui ne se gêna pas pour lui montrer tout son dégout.

― Tu fais bien ce qui te tente, finit-elle par lui lancer en replongeant les yeux sur sa tablette.

― Un légionnaire ne fait pas que chasser des gens, lui fit remarquer Haelee.

― Mais cela peut faire partie de sa tâche, rétorqua du tac au tac son amie.

― Cela m’étonnerait fortement que de nouveau, des humains soient découverts sur une ancienne planète colonisée, s’obstina Haelee en croisant les bras. Mais qu’est-ce que vous avez contre moi?

― Tout va simplement trop vite en dehors d’ici, expliqua après un moment Basil. C’est pour cela que personne ne veut sortir. Ici, on est bien et tranquilles. Dehors, après une heure, ceux qui reviennent dorment trois heures. Regarde-toi, tu pars et tu deviens légionnaire. La prochaine fois que tu viendras, tu seras toi aussi enceinte.

― Basil! se choqua une nouvelle fois Haelee avant de se retourner vers Élyzio. Il ne manque plus que toi! Veux-tu aussi me remettre quelque chose sur le dos? Si vous le souhaitez, je peux aussi partir.

― Laisse-les digérer la nouvelle, lui répondit-il en voulant calmer le jeu. Moi, contrairement à eux, je comprends qu’il peut nous être plus que favorable, à nous, les Rebelles, d’avoir un représentant parmi eux. Je vois ça positivement, dit-il en parlant un peu plus fort afin que tout leur groupe d’amis comprenne qu’il s’adressait à eux aussi.

― Je ne suis pas en colère, clarifia Fay. Haelee, tu me manques, c’est tout…

Adéline baissa la tête, n’osant plus croiser leur regard.

― Je croyais que j’allais mourir, Haelee, finit-elle par se confier. J’ai été terrifiée par celui avec qui tu passes tout ton temps.

― Il t’a sauvé la vie, répondit Haelee, ne comprenant pas.

― Je sais, j’ai compris, et ça me met encore plus en colère, avoua-t-elle en soufflant fort du nez. J’aurais aimé pouvoir lui en vouloir!

Haelee passa une main découragée contre son visage. Elle comprit que son amie ne leur en voulait pas, ni à elle ni même réellement à Cayne. Adéline avait de la rancœur parce qu’elle avait eu très peur lorsque les légionnaires l’avaient amenée là-haut.

― Et comment pourrais-je t’aider? lui demanda-t-elle avec désespoir.

― Je ne sais pas, répondit son amie en haussant les épaules, sincère.

― Tu devrais venir avec moi voir comment c’est à l’extérieur, proposa-t-elle sérieusement.

― Non, coupa aussitôt Adéline.

― C’est ce que l’on verra, conclut Haelee, ne voulant plus en discuter.

Adéline plissa les yeux, mais Haelee décida de ne rien rajouter. Elle détourna le regard.

― Je m’ennuie de toi, dit à son tour Fay en prenant une grande inspiration. Je viendrai bientôt te voir de l’autre côté.

Haelee la remercia d’un bref mouvement de la tête.

― Pouvons-nous recommencer à lire maintenant? leur demanda Élyzio, les dévisageant chacun leur tour.

― Que lisons-nous? demanda Haelee en se rapprochant de sa plus proche voisine, c’est-à-dire Fay.

Elle l’écouta attentivement lui résumer le début de l’histoire. Se détendant, elle commença à lire à partir de là où Fay en était rendue. Cela lui fit le plus grand bien, et ce, malgré la positivité de ses amis qui laissait plus ou moins à désirer.

Haelee fut dérangée par l’une des alarmes programmées sur sa montre.

― Il sera bientôt l’heure du couvre-feu, signifia-t-elle en éteignant le bip incessant.

Cayne avait paramétré cette alarme la troisième fois qu’il avait été obligé d’aller la chercher auprès de légionnaires l’ayant encore arrêtée. Elle ne réussissait jamais à se rendre à temps à sa chambre, sa montre l’avertissait maintenant quarante-cinq minutes avant que minuit ne sonne. Elle échangea un bref au revoir avec ses amis, puis elle se leva.

― Je vais essayer de revenir demain matin, les informa-t-elle.

― Essayer? lui demanda curieusement Fay.

― Je dois réussir à me sauver de la famille de Cayne, leur dit-elle avec une voix leur laissant comprendre que cela allait être difficile à réaliser.

― Peut-être à demain alors, fit Adéline.

Haelee leur envoya un dernier signe de main avant de s’éloigner. Elle était fatiguée. Elle se dirigea donc vers sa chambre en bâillant, repassant la sécurité de l’aile des Rebelles afin de rejoindre l’un des corridors principaux faisant le tour de l’espace habitable de l’Armada. Elle longea l’immense corridor décoré de verdure et de bancs en croisant très peu de personnes, il était tard. Elle put ainsi gagner du temps. Elle finit par rejoindre l’aile où elle logeait. Après un peu plus d’une demi-heure de marche, elle appuya enfin son doigt sur le lecteur d’empreintes digitales de sa porte avec soulagement.

Lorsqu’elle entra, elle ouvrit les lumières du salon de son petit espace personnel constitué de deux pièces et d’une salle de bain. Elle enleva ses chaussures et alla sans attendre prendre une douche chaude. Elle remit un pantalon et un chandail propres avant d’envoyer son linge de la journée dans l’un des tuyaux menant au lavage. Elle se glissa ensuite sous les couvertures de son lit après avoir refermé toutes les lumières. La température de la pièce était fraiche, elle était idéale. Le matelas était si mou, les couvertures étaient bien plus épaisses que tout ce qu’elle avait connu. Le silence était complet, pas un seul bruit ne la dérangeait. Mais… elle était seule.

Haelee se retourna sur le dos, fixant la noirceur de sa chambre avant de soupirer. Elle regarda l’heure, le couvre-feu était passé depuis déjà six minutes. Elle dut patienter encore deux minutes avant que la porte de sa chambre ne s’ouvre enfin.

― Pourquoi est-ce que toi, tu ne te fais pas arrêter? maugréa-t-elle à voix haute depuis le lit.

― J’aimerais bien voir quelqu’un essayer de m’arrêter, rit Cayne, trouvant visiblement l’idée amusante.

Puis, elle entendit l’eau de la salle de bain à nouveau couler. Elle ferma les yeux, n’osant pas avouer qu’elle trouvait ce qu’il venait de lui dire bien injuste. Elle aurait aimé elle aussi avoir un grade lui permettant de faire un peu n’importe quoi, comme Cayne. Elle devait bien commencer quelque part, être soldate était déjà mieux que rien du tout.

La rencontre qu’elle avait eue quelques heures plus tôt avec le commandant lui revint en mémoire. Il lui avait annoncé son engagement tout juste avant de leur parler de cette séparation… Elle se souvint de l’inquiétude de Cayne, du petit sourire du commandant, des yeux insistants du colonel et de l’article de loi qu’il lui avait cité tout de suite après lui avoir souhaité la bienvenue dans la légion. L’eau de la salle de bain s’éteignit. Cayne la rejoignit sous les couvertures et posa une main contre son ventre. Elle ne bougea pas lorsque cette dernière se faufila sous son chandail.

― Ils nous testent, en déduisit Haelee en continuant de fixer le plafond.

― Qui est le « ils » et qui est le « nous » ? lui demanda d’une voix neutre Cayne devant cette affirmation.

― Le commandant, ton père, et je ne sais qui encore, répondit Haelee.

Elle sentit sa main légèrement aventureuse perdre beaucoup de volonté.

― Mais pourquoi est-ce que tu me parles de mon père maintenant? se plaignit-il avec découragement.

― Ils nous testent tous les deux, et peut-être Shawn aussi, continua-t-elle. Pour ma part, c’est déjà commencé.

― Ils veulent sans doute savoir si tu vas dévoiler aux Rebelles qu’ils vont à nouveau être séparés, confirma-t-il à son tour.

― Où sont les vaisseaux, Cayne? Les autres Armadas?

― Elles étaient toutes en orbite autour de l’étoile de la deuxième Terre. Mais maintenant…, je n’en ai aucune idée, dit-il avec sincérité.

― Ça gaspillerait une quantité effroyable d’énergie de les trainer derrière celle-ci, non?

― La production d’énergie n’est plus un problème depuis longtemps, nos ancêtres avaient régléça bien avant de partir de la première Terre, lui répondit-il. Cela dit, je n’en ai vraiment aucune idée.

― Et s’il n’y avait pas d’autres Armadas? fit Haelee avec inquiétude.

― Calme-toi, tu m’as toi-même dit que ça ne devait pas cacher quelque chose de bien méchant, lui rappela-t-il. C’est normal qu’il y ait de l’information qui ne soit pas accessible à tout le monde, Haelee. Il y a certaines Armadas qui n’étaient plus utilisables. La nôtre traine peut-être seulement celles qui peuvent encore être utiles. Peut-être les hauts gradés ont-ils prévu de les mettre en sécurité quelque part dans la Voie lactée. Et je ne fais là que quelques suppositions au hasard.

Haelee soupira, Cayne avait raison. Tout ce qui s’était passé dans son campement lui montait à la tête. Ceux qui s’occupaient de l’Armada étaient des gens bien, elle ne devait pas crier à la conspiration trop rapidement.

― Peut-être me testent-ils afin de savoir si j’ai ma place parmi les légionnaires, finit-elle par conclure.

― Peut-être…, fit-il sans s’en soucier plus que ça. Tu as encore des questions ou c’est bon maintenant?

― C’est bon maintenant, répéta-t-elle après y avoir réfléchi quelques secondes.

Elle eut l’intention de se tourner face à lui, mais elle n’en eut pas l’occasion. Les mains du major avaient trouvé ses poignets avant de les capturer. Elle ne put plus les relever du matelas, sa tête fut repoussée. Elle frissonna lorsque les lèvres de Cayne embrassèrent son épaule.

― Et s’ils nous avaient mis sur écoute, fit soudainement Haelee en ouvrant les deux yeux bien grands.

Elle entendit un soupir exagéré.

― Alors, tais-toi, lui répondit-il avec évidence.

Elle fit la moue, puis essaya de se concentrer sur les caresses de Cayne, mettant pour quelque temps ses pensées de côté.

 

 

Chapitre 3

Rencontre hebdomadaire

 

 

Lorsque la luminosité artificiellement programmée de l’Armada la réveilla, Haelee regarda l’heure. Il était huit heures trente-huit. Le réveil général ne sonnerait pas avant encore vingt-deux minutes. À ses côtés, Cayne dormait toujours, dos à elle. Elle allait peut-être pouvoir se sauver. Ils étaient mardi, et les mardis matin, Cayne avait son avant-midi hebdomadaire familial obligatoire, c’était ainsi que le colonel appelait ce moment pénible où toute sa famille se réunissait afin de passer du temps ensemble, en profitant pour poser des questions assez embarrassantes les uns aux autres. Plus jamais Haelee n’allait passer un avant-midi complet avec les sept sœurs de Cayne.

Le plus doucement possible, elle sortit des couvertures. Elle s’assit sur le rebord du lit en attrapant rapidement ses vêtements, se levant sans faire rebondir moindrement le matelas. Elle s’habilla sans un bruit. En enfilant en dernier sa tête à travers le trou de son chandail, elle eut l’audace de penser que c’était gagné. À peine l’avait-elle rabaissé, une main attrapa son poignet.

― Tu pensais aller où ? fit la voix endormie du major.

Haelee ne lui répondit pas, elle tira sur son poignet même si elle savait que cela était inutile. Il ne la laisserait jamais partir. Elle se désespéra, se laissant tomber assise dans le lit.

― S’il te plait, le supplia-t-elle en dernier espoir.

― Tu viens avec moi, lui ordonna Cayne en s’asseyant à son tour, la regardant dans les yeux.

― Tu sais très bien que je vis l’enfer avec elles, dit-elle d’une voix douloureuse.

― Qu’une heure ou deux, tu te sauveras après, essaya-t-il de négocier.

― D’accord, souffla-t-elle, n’ayant pas d’autre possibilité de toute façon. Mais en contrepartie, je veux que tu me rendes un service… J’aurais besoin de ton aide…

Il fut sceptique devant son hésitation.

― Tu veux mon aide pour… ?

― Je veux forcer Adéline à sortir de l’aile réservée aux Rebelles. Elle commence à m’inquiéter.

― C’est tout? lui demanda-t-il sans même paraitre surpris. Tu veux ça quand?

― J’y ai réfléchi et…, continua Haelee, cela pourrait être intéressant de se réserver un petit espace et inviter mes amis et les tiens à se rencontrer, non?

Cette fois-ci, il fut surpris.

― Je ne pense pas que ça soit une bonne idée, dit-il avec sérieux.

― Pourquoi? demanda-t-elle, un peu bête.

― Ça va être malaisant! répondit-il sans se gêner.

― Mais non…

Cayne avait complètement raison, mais cela forcerait bien ses amis à s’ouvrir un peu plus aux Armadiens.

― On verra ça plus tard, conclut-il en se levant, se dirigeant vers la salle de bain.

Haelee se réétendit sur le lit, attrapant sa tablette qui se trouvait sur sa table de chevet. Elle prit le temps de regarder les nouvelles de la journée, il n’y avait rien d’intéressant. Cela lui permit tout de même de s’occuper jusqu’à ce que Cayne soit prêt. Ils mangèrent rapidement, puis le réveil sonna. La jeune femme démêla rapidement ses cheveux avant de sortir en compagnie du major. Elle se dirigea à reculons à ses côtés jusqu’à la salle où la famille Baumeister avait l’habitude de se réunir.

Aussitôt arrivée, Haelee avait réussi à se soustraire au major afin de se faufiler dans un coin de la pièce. Elle s’était assise sur un petit sofa, repliant ses jambes sous ses fesses. Elle observait de loin la trentaine de personnes qui étaient déjà arrivées, mais Cayne, sortant de nulle part, la fit presque tomber du divan lorsqu’il s’assit à côté d’elle en se laissant choir.

― Le prochain qui me demande c’est pour quand, le bébé, je lui dévisse la tête, grinça-t-il avant de fermer les yeux en soupirant.

Elle fut bien amusée qu’il se fasse lui aussi bombarder de questions personnelles.

― Cayne! s’exclama soudainement une femme en arrivant auprès d’eux.

― Hey! Mamie! s’exclama l’interpelé en se relevant aussi rapidement du sofa.

La Rebelle manqua de tomber par terre encore une fois. Cette femme nouvellement arrivée n’avait pas la moindre ride sur son visage. Haelee regarda le major serrer dans ses bras l’Armadienne avec beaucoup de joie.

― Pourquoi est-ce que tu n’es pas venue avant? Tu sais bien que l’on n’a pas le droit de manquer une rencontre hebdomadaire! lui reprocha son petit-fils. Je reviens de deux ans de mission et tu ne passes même pas me voir!

― Bruce ne t’a rien dit? demanda cette dernière avec surprise.

― Non? fit-il, attentif.

― Je ne peux rien te dire, se désola-t-elle, lui tapotant deux fois l’épaule. Tu seras bien assez vite au courant.

― D’accord…, répondit Cayne d’une voix étrange.

― Alors, c’est elle, la fameuse Haelee? demanda la femme en se tournant vers la concernée. Ton père m’en a longtemps parlé. Présente-nous officiellement.

― Officiellement? répéta Cayne, ennuyé.

Il lui fit signe d’approcher. La Rebelle se leva, essayant de sourire naturellement. Elle les rejoignit.

― Haelee, je te présente April Baumeister, cheffe d’état-major de la défense. C’est… la mère de mon père, souffla-t-il.

― Oh… enchantée, fit Haelee en ayant comme réflexe de lui tendre la main.

La femme rit en la serrant.

― Mamie, je te présente Haelee, soldate depuis hier, précisa-t-il.

― Ravie de vous connaitre, soldate Haelee, déclara la générale avant de reporter son attention sur Cayne. Lorsque tu auras des questions, appelle-moi, termina-t-elle avant de s’éloigner.

Ils la regardèrent tous les deux les quitter en silence. Le regard que Cayne lui jeta peu après n’annonça rien de bon. Ils n’eurent cependant pas le temps d’échanger un mot sur cette conversation. L’une des sœurs de Cayne venait de les apercevoir.

― Vous voilà enfin! s’exclama-t-elle, attirant avec elle quelques autres sœurs.

― Quoi! Oui, papa! J’arrive! fit Cayne en faisant semblant de s’éclipser.

Haelee attrapa son bras, le retenant bien près d’elle tout en souriant aux trois Armadiennes qui s’approchaient d’eux.

― Je vous ai apporté un cadeau, dit celle qui les avait aperçus avant de dévoiler au creux de ses mains une large broche. Je suis allée l’imprimer hier soir uniquement pour toi, Haelee.

La Rebelle regarda avec attention l’accessoire d’un léger jaune pastel. Le sceau de l’Armada le décorait. Elle le trouva très joli et se sentit un peu mal d’avoir autant d’amertume envers elles.

― Tu as tellement de beaux cheveux! Je me suis dit que cela les décorerait un peu, continua Joy d’un petit sourire.

Haelee fronça les sourcils. Décorer ses cheveux? Quel message essayaient-elles de lui faire passer? Elle essaya de rester calme, elle ne devait pas tout prendre mal. Les sourires que lui offraient toujours les trois sœurs ne semblaient pas ironiques, elles étaient sincères.

― C’est pour te souhaiter la bienvenue dans la famille, continua la première. C’est de la part de nous tous. Attends, je vais te l’installer.

Haelee lui laissa l’accès à ses cheveux sans broncher. Les mains de Joy attrapèrent quelques-unes de ses mèches, dégageant l’avant de sa tête. Haelee la remercia une fois que ce fut terminé.

― Ça nous fait plaisir, répondit Joy avec joie. Ça fait longtemps que j’attends enfin d’avoir une belle-sœur!

― Si on allait s’assoir? demanda Stacy, une autre sœur.

Haelee les suivit jusqu’au divan. Elle se rassit à la même place qu’un peu plus tôt, Cayne se mit à ses côtés.

― Alors, commença Amber, la dernière. Ça y est? Est-ce que tu es enceinte?

― Non…, fit Haelee en clignant des yeux, la regardant sans comprendre.

Cayne ne cacha aucunement son exaspération. Le malaise resta un instant, mais passa rapidement.

― Notre père nous a dit avoir hâte de découvrir à quoi ressemblera le premier enfant hybride, continua Amber. Il était sceptique au début, mais maintenant, il semble plutôt fier qu’il fasse partie de notre famille. Il pourra l’avoir à l’œil et étudier de près son développement! C’est tellement excitant!

Le visage de Haelee se décomposa, elle dévia tranquillement les yeux en direction de Cayne. Ce dernier ne la regardait pas. En fait, il ne regardait nulle part. Il avait la tête baissée vers le sol et l’une de ses mains cachait en majorité son visage condamné. Elle l’aperçut très bien murmurer un désolé presque inaudible.

― Racontez-nous comment vous vous êtes rencontrés, je suis curieuse, voulut savoir Joy.

― Il me chassait, fit simplement Haelee avec franchise, restant sérieuse devant le visage très sceptique que les trois Armadiennes lui offraient.

― Et… comment est-ce que vous vous êtes rendu compte que vous étiez faits l’un pour l’autre? tenta Stacy.

Cette fois-ci, Haelee jeta un coup d’œil embêté à Cayne, qui la regarda de la même manière. Le malaise s’intensifia. La Rebelle ne se sentait pas du tout à sa place. Elle ne comprenait en rien où les sœurs de Cayne voulaient en venir en lui posant toutes ces questions.

― Bon, ça suffit, protesta enfin Cayne en la libérant de la situation pour son plus grand soulagement. Désolé de vous interrompre dans cette discussion incroyable. Haelee a une obligation auprès des Rebelles.

Elle se leva en même temps que lui, faisant un signe de main aux trois sœurs, qui les observèrent partir avec autant d’incompréhension.

― Merci, murmura-t-elle à Cayne lorsqu’ils furent près de la sortie.

Mais ce dernier ne la laissa pas filer aussi facilement. Il sortit un instant avec elle.

― Tu ne fais pas beaucoup d’effort, lui dit-il prudemment, essayant de ne pas s’attirer ses foudres.

― Quoi? fit-elle, surprise.

― Même si c’est maladroit, elles essayent seulement d’être sympathiques avec toi, expliqua-t-il.

― Nous nous revoyons quand? demanda-t-elle pour changer de sujet, croisant les bras.

― Ce soir, lui répondit-il bêtement devant son attitude bornée.

― À ce soir alors, dit-elle en tournant les talons.

En plus, il prenait leur défense! Il parlait comme si c’était sa faute! Elle maugréa en s’éloignant.

― Il m’a dit que je ne faisais pas d’effort! se plaignit Haelee avec beaucoup d’émoi.

Ses quatre amis se contentèrent de froncer les sourcils. Ils ne semblaient pas savoir quoi lui répondre.

― Mais en fais-tu? finit par lui demander Basil.

― Bien sûr! fit Haelee.

― Mais alors, où est le problème? interrogea Élyzio, dubitatif.

― Je ne sais pas, je ne comprends pas, dit-elle, aussi perdue qu’eux.

― Je crois qu’il est temps d’avoir une discussion entre filles, proposa Fay.

Élyzio et Basil se levèrent d’un même pas sans tenter d’en savoir plus. Haelee releva une main, lui demandant ce que cela voulait signifier. Fay ne lui répondit pas immédiatement, elle se contenta d’observer les deux garçons s’éloigner.

― Tu prends du bon temps avec lui, mais l’aimes-tu réellement? continua son amie alors que Haelee se renfrognait devant cette question.

― Mais bien sûr que si! dit-elle sans hésitation.

― Es-tu amoureuse de lui, redemanda Fay en appuyant sur chacun de ses mots, ou es-tu attachée à lui?

― Je l’aime, lui répondit-elle, gênée, mais avec toute la sincérité qu’elle pouvait avoir.

― Pourquoi? continua-t-elle, voulant absolument tout vérifier.

― L’amour ne s’explique pas, ça ne marche pas comme cela, s’offusqua Haelee en croisant les bras.

― Ce n’est pas une réponse. Réfléchis à ça, je veux savoir ce qui te fait penser que tu es amoureuse de lui. Et j’aimerais également que tu lui poses la question. Demande à Cayne pourquoi. Je veux savoir sa réponse.

― Il ne répondra jamais à une question comme ça, fit Haelee en étant même amusée par l’idée.

― Alors, cela en dit beaucoup, en conclut Adéline.

― Il ne répondrait pas, parce que les Armadiens parlent difficilement de sentiments, expliqua Haelee. Ça les met mal à l’aise.

― Je lui poserai la question, décida Adéline, avec tout de même un peu d’hésitation.

Haelee dévisagea son amie avec incrédulité, elle ne la croyait pas du tout.

― Je veux te protéger, finit-elle par lui expliquer. Si tu l’aimes réellement, alors je veux être certaine que pour lui, tu n’es pas là uniquement pour passer le temps et avoir de la reconnaissance. Avec tout ce que tu nous racontes, cela m’inquiète.

― Pourquoi est-ce que tu ne me fais plus confiance? constata Haelee avec tristesse.

― J’ai confiance en toi, pas en lui, déclara-t-elle sans hésitation.

― Mais moi, j’ai confiance en lui. Alors, logiquement, si tu as confiance en moi, tu devrais avoir confiance en lui.

Adéline fronça les sourcils, puis roula des yeux. Haelee venait de gagner un point.

― Et si tu souhaites lui parler, il va falloir que tu sortes d’ici, rajouta Haelee en lui pointant au loin la porte de sortie.

― Il pourrait venir nous voir avec toi de temps en temps, reprit Fay, adoptant un ton de reproche.

― La dernière fois qu’il est venu, quelqu’un lui a lancé sa tablette, rappela Haelee.

― Au vu de comment il a été puni…, plus personne n’osera, lui assura Fay en repensant au pauvre Rebelle écrasé et menotté par plusieurs légionnaires.

― Je le lui demanderai, finit par accepter Haelee en voulant couper court à cette intervention inutile.

Elle fut tout de même touchée que ses amies s’inquiètent de la sorte pour elle.

Avant de partir, Haelee avait rejoint ses parents afin de passer un peu de temps en leur compagnie. Ils avaient mangé leur barre du midi ensemble, puis elle avait quitté l’aile des Rebelles afin d’occuper sa journée différemment. Elle pensa au fait qu’il ne lui restait plus de temps à passer en bulle holographique uniquement après avoir franchi les portes.

― Au revoir, Haelee, la salua Andy alors qu’elle était perdue dans ses pensées.

― Andy, y a-t-il un moyen d’avoir plus de temps en bulle holographique?

― Ce type de divertissement est effectivement plutôt addictif, lui répondit-il simplement.

― Mais encore? fit-elle en lui offrant un regard suppliant.

― Vous pourriez toujours déposer une demande au comité responsable du divertissement, suggéra-t-il avec un ton lui laissant bien entendre que cela ne changerait en rien la situation.

― D’accord, se désespéra-t-elle en abandonnant.

― Les légionnaires ne gèrent en rien cette section de l’Armada, ajouta-t-il tout de même. Le temps attribué par le comité est en fonction d’études qu’ils ont menées sur la santé mentale des Armadiens. Ceux passant trop de temps dans les bulles holographiques ont un plus haut taux de dépression.

― D’accord, répéta-t-elle, cette fois-ci d’un air convaincu, avant de tristement continuer son chemin. Au revoir, Andy.

Elle allait devoir se trouver un autre passetemps. Elle marcha en direction de l’une des ailes du vaisseau réservé au divertissement. Elle décida de déambuler sans but précis à travers ce gigantesque endroit à aire ouverte. Elle avait compris que les Armadiens avaient essayé d’imiter l’allure de l’extérieur. Les petits bâtiments situés de chaque côté du corridor en métal faisaient plus ou moins penser à une rue. Les bancs installés ici et là et les plantes pouvaient aider l’image à se créer, mais le plafond restait trop bas et sa lumière était aussi beaucoup trop blanche. Elle s’arrêta au niveau d’un banc et décida de s’y assoir un instant. Elle regarda autour d’elle. Il y avait beaucoup d’Armadiens, beaucoup de familles, beaucoup d’enfants. Et un certain nombre d’entre eux lui jetaient des regards peu discrets. Elle soupira, tout cela commençait à bien l’ennuyer.

― Que fais-tu? demanda-t-elle à Cayne dans sa montre.

― Je suis en réunion, je te fais signe quand j’ai fini, lui répondit-il quelques instants plus tard.

― Salut, fit soudainement une voix tout près d’elle.

Elle sursauta, se retournant vers la personne qui venait de s’assoir à ses côtés. Un adolescent affublé d’un large sourire la fixait.

― Oui? fit-elle avec hésitation.

― Est-ce que je peux prendre une photo avec toi? la supplia-t-il.

Haelee ne sut pas comment réagir.

― C’est la première fois que je voie une Rebelle! Je dois avoir une preuve à montrer à mes amis! s’expliqua-t-il en insistant avec hâte.

― Euh… d’accord…, fit-elle d’une petite voix très gênée.

Elle n’essaya pas de sourire lorsqu’il se mit à côté d’elle afin de se photographier en sa compagnie grâce à sa montre.

― Trop bien, merci! fit le jeune homme avant de s’éloigner.

Aussitôt, Haelee se leva. Elle se dirigea vers sa chambre d’un pas pressé, n’osant pas courir. Elle ne regarda plus personne. Elle ne voulait plus jamais vivre ça, elle n’irait plus jamais s’assoir sur un banc au milieu d’une aile de divertissement.

 

 

Chapitre 4

L’aile des rebelles

 

 

Elle était entrée dans son appartement avant de se poser devant l’écran. Il était à peine six heures lorsqu’elle décida de manger et de se doucher. Ce fut en regardant le plafond, désespérée, qu’elle resta dans son lit. Elle finit par attraper sa tablette avant de continuer de lire. Elle ne compta pas les heures, mais elle lut longtemps.

― J’ai vécu… quelque chose, annonça-t-elle lorsqu’elle entendit la porte d’entrée s’ouvrir.

Elle regarda sa montre, il était neuf heures.

― Je t’écoute, lui lança Cayne depuis l’autre pièce.

― Quelqu’un a voulu prendre une photo avec moi, dit-elle en laissant paraitre tout le traumatisme dans sa voix.

Cayne apparut dans le cadrage de la porte, il la regarda bizarrement.

― Tu l’as prise?

― Oui… Je n’aurais pas dû ? s’inquiéta-t-elle devant son air grave.

― Tu peux…, mais ça va probablement circuler un peu…

― Circuler? répéta Haelee sans comprendre en le regardant s’éloigner en direction de la salle de bain.

― Sur les réseaux sociaux, lui précisa-t-il.

Quelqu’un d’autre lui avait déjà parlé de ça… Elle avait également déjà lu des livres y faisant mention.

― Je peux voir?

― Tu n’es pas prête à ça, dit-il depuis la salle de bain.

Elle entendit la douche couler. Elle dut attendre une dizaine de minutes avant de continuer de parler.

― Je peux connaitre le sujet de ta réunion? demanda-t-elle aussitôt l’eau arrêtée.

― Non.

Haelee fronça les sourcils avant de soupirer.

― Ce n’était rien en rapport avec nos questionnements, la rassura-t-il alors que sa voix se rapprochait.

Elle se coucha, ne reprenant pas sa tablette. Les lumières se fermèrent. À cette heure, le plafond de l’Armada n’émettait plus aucune clarté. Elle fut donc à nouveau plongée dans un noir presque total. Elle ne bougea pas ni ne parla lorsqu’elle sentit le major se glisser en sa compagnie sous la couverture. Elle voulait revenir sur ce matin, mais elle n’osait pas. Elle soupira longuement.

― Allez, parle, lui ordonna-t-il.

― Depuis quand, pour toi, sommes-nous ensemble? Sois sincère, s’il te plait.

Il ne répondit pas tout de suite, les secondes s’écoulèrent, il était sans doute en train de réfléchir.

― C’est une bonne question, avoua-t-il en pensant toujours.

― Si je te demande, commença-t-elle d’une petite voix un peu timide, de me dire quand tu as commencé à avoir des sentiments pour moi, vas-tu me répondre?

― Ça serait effectivement une question pour laquelle j’aurais sans doute une réponse un peu plus définie que la première, dit-il avec une pointe d’amusement.

Le style d’interrogatoire que la jeune femme avait décidé de lui faire subir ce soir semblait peu le surprendre, il avait dû s’y attendre.

― Alors, dis-le, ordonna-t-elle en n’osant pas reposer la question.

― La première fois, commença-t-il d’une petite voix bizarre, que j’ai senti mon cœur battre un peu plus fort, c’est quand tu as tiré sur le Rebelle au fusil de précision.

― Tu es tombé amoureux de moi à ce moment-là ? se choqua-t-elle.

Le rire de Cayne confirma son doute.

― Tu es tellement primitif, continua-t-elle en rigolant bien malgré elle.

Elle se sentit légère, elle avait encore cette boule dans la gorge. Comment est-ce que les filles avaient-elles pu la faire douter, elle était de toute évidence amoureuse de lui.

― Plus sérieusement, le petit discours que tu avais fait à mon père sur la confiance avait assez attiré mon attention, mais on venait à peine de se rencontrer. Et toi? lui retourna-t-il la question avec curiosité.

Elle prit le temps de réfléchir elle aussi. Elle eut de la misère à situer un moment précis, comme lui, mais elle voulait lui offrir une réponse aussi franche que celle qu’il lui avait donnée.

― Je ne sais pas…, mais je l’ai compris lorsque tu es venu me chercher dans le cachot de mon campement.

Elle sentit sa main se poser contre sa cuisse. Elle continua de parler.

― Nous pourrions fixer une date, cela pourrait être au moment où nous sommes revenus du campement, lorsque ta mission a été terminée, et lorsque nous avons quitté la deuxième Terre.

― Je suis d’accord, accepta-t-il avant que Haelee n’attrape sa main.

Il la serra au creux de la sienne. Elle se retourna face à lui, il ne bougea pas. Elle réussit à discerner les pupilles du major, il l’observait déjà. Elle accota sa tête contre son épaule.

― Passons la journée ensemble demain, proposa-t-elle alors qu’il l’entourait de ses bras.

― Ça me va, dit-il avant de la serrer fort.

Elle se laissa transporter par sa caresse.

― Je ne veux pas d’enfant maintenant, affirma-t-elle grâce au courage que ses bras lui donnaient.

― Moi non plus, avoua Cayne d’une voix exagérément soulagée.

― Génial, souffla Haelee de la même manière.

Et dire que cela faisait à peine deux mois qu’ils se connaissaient. Sa vie avait complètement changé.

― Mes amis ont raison, tout va tellement vite…, murmura-t-elle en restant contre lui.

― On n’a qu’une vie.

― Crois-tu?

― Je ne veux pas le savoir.

― Horaire de la journée? exigea Cayne le lendemain matin alors qu’elle sortait de la salle de bain, sa broche en main.

― Peux-tu bien la placer? lui demanda-t-elle, l’observant se lever difficilement de leur divan.

Elle se retourna lorsqu’il prit la broche d’entre ses mains.

― Nous pourrions passer l’avant-midi dans l’aile des Rebelles, proposa-t-elle alors qu’elle sentait ses doigts dans ses cheveux.

― Super…, souffla-t-il sans cacher son sarcasme.

― Fay dit que les Rebelles ont bien eu leur leçon la dernière fois, essaya-t-elle de le rassurer alors qu’il finissait. Plus personne n’essayera de t’attaquer.

― J’ai bien hâte de voir ça.

Elle se retourna face à lui.

― Avais-tu prévu quelque chose aujourd’hui?

― Seulement quelques parties avec des amis ce soir, dit-il sans s’en soucier. Ça ne me dérange pas de ne pas y aller.

― Je t’accompagnerai, affirma-t-elle.

Cayne lui jeta un long regard, très sceptique à l’idée.

― Si c’est ce que tu veux…, finit-il tout de même par accepter, toujours embêté.

― Nous pourrions aller dans les bulles holographiques entre les deux, proposa-t-elle.

― On verra ça à ce moment-là, termina-t-il en se dirigeant vers la sortie de leur appartement.

Haelee s’empressa de le suivre.

― Bonjour, Haelee, la salua sans presse Andy lorsqu’il les aperçut arriver aux portes. Major… L’accompagnez-vous aujourd’hui à l’intérieur?

― C’est bien ce qui est en train de se passer, affirma Cayne en le laissant prendre leurs empreintes digitales.

― Demande d’effectifs supplémentaires à l’aile des Rebelles, fit Andy d’une voix lente et neutre dans sa montre. Agitation à prévoir, visite du major Baumeister.

― Vous êtes un bon soldat, le félicita Cayne alors que la porte s’ouvrait devant eux.

Haelee roula des yeux lorsqu’elle entra dans l’aire ouverte en premier. Elle mena la marche à travers les Rebelles qui se contentaient de regarder passer le temps, les dirigeant vers là où elle avait l’habitude de retrouver ses amis. Cayne fixa bien devant, ne cherchant à croiser aucun des regards qui se tournaient vers lui. Haelee fut soulagée lorsqu’ils arrivèrent auprès de ceux qui étaient toujours en train de lire sous le même arbre, rien n’avait encore été lancé. Elle leur sourit en s’asseyant au sol en leur compagnie.

― Il est venu, leur indiqua-t-elle inutilement en leur désignant Cayne, qui restait debout derrière elle, les bras croisés. La prochaine fois, ce sera à votre tour de sortir.

Elle dut se retourner et lui faire de gros yeux pour qu’il daigne s’assoir. Il ne vint cependant pas s’installer près d’elle. Il traversa le cercle que Haelee formait avec ses amis pour aller s’adosser contre l’arbre sous lequel ils étaient tous, se protégeant ainsi d’une attaque potentielle. Elle ne passa aucun commentaire, pensant qu’il faisait bien de faire attention.

― Vous ne passez quand même pas quatre heures à lire et à vous regarder! Vous discutez de quoi? finit-il par demander après quelques secondes à être assis.

― De ce que nous souhaitons discuter, dit en haussant les épaules Élyzio. Tu as quelque chose à dire?

― Pas vraiment…, rétorqua Cayne en se désespérant devant les longues heures à venir, s’adossant confortablement et observant autour de lui.

― Haelee, l’appela une voix qu’elle reconnut.

La jeune femme aperçut sa mère qui s’approchait d’eux. Elle se releva sans plus attendre avant de la prendre dans ses bras.

― J’ai eu vent que Cayne était là, je voulais venir vous saluer, leur dit-elle en se retournant vers lui.

Ce dernier se releva à son tour. Il se contenta cependant de lui envoyer une salutation de loin.

― Les nouvelles vont vite, remarqua-t-il en perdant le peu d’aise qu’il avait.

― Hey! s’exclama soudainement un Rebelle à quelques mètres d’eux.

Tous les yeux à plusieurs mètres à la ronde se tournèrent en direction de celui qui venait de les déranger.

― Alors! Ils sont où, les gouverneurs? demanda-t-il d’une voix forte et agressive, restant tout de même à bonne distance.

Elle perçut tout l’agacement dans le visage de Cayne. Ce dernier mit tranquillement ses mains dans ses poches, il respira avant de regarder Élouan. Il ne le reconnut pas tout de suite, et pourtant, Haelee sut qu’il se retenait déjà de lui balancer quelques légionnaires.

― Ils sont enfermés, parce qu’ils sont dangereux, lui répondit le major d’une voix exceptionnellement calme, mais d’un air tout de même supérieur.