Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Les êtres humains ont quitté la Terre. Ils pensaient être préparés, avoir tout planifié. Ils se sont pourtant trompés. La nouvelle planète choisie pour l’humanité n’était pas adaptée. Afin d’éviter l’extinction, certains se réfugièrent dans l’Armada, le vaisseau leur ayant permis de voyager dans l’espace. Mais d’autres préférèrent rester sur cette terre hostile. Durant plus de trois cents ans, ces rebelles se sont cachés de ceux étant retournés là-haut, jusqu’à ce que les nouvelles générations oublient peu à peu leurs histoires.
Les Rebelles furent redécouverts. Les Armadiens décidèrent de les récupérer.
La chasse commença.
Un jour, une rebelle nommée Haelee décida de faire les choses différemment. Après deux ans de guerre et de secrets, elle osa entrer en communication avec l’un des combattants de l’Armada, le major Cayne Baumeister. Ensemble, ils lutteront pour sauver les Rebelles, ces êtres humains oubliés de la deuxième terre.
Découvrez le premier roman de genre science-fiction de l’auteure Lydia Lagarde.
À PROPOS DE L'AUTRICE
Lydia Lagarde commença à écrire dès ses 14 ans. Ce fut sur un banc d’école, écoutant à peine ce que racontait son professeur, qu’elle prit pour la première fois une feuille lignée et un crayon à mine dans le but de retranscrire ces petites histoires qu’elle créait dans sa tête afin de meubler le temps.
Au début, inspirée de ses lectures de jeunesse héroïques et fantastiques, elle rêvait d’écrire des pages remplies d’action et d’aventure. Depuis, jamais elle ne cessa. Ce qui était pour combler son ennui devint un passe-temps. Et celui-ci se transforma en pure passion.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 478
Veröffentlichungsjahr: 2024
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:



Lydia Lagarde
Éditions Lo-Ély
www.editionsloely.com
Facebook : Éditions Lo-Ély
Auteure : Lydia Lagarde
Facebook : Lydia Lagarde – Romancière
Direction littéraire : Tricia Lauzon
Mise en page : Lydia Lagarde
Correction : Anne-Laure Perez
Graphiste pour la couverture : Mélissa Laurendeau
Dépôt légal —
Bibliothèque et Archives nationales du Québec 2023
Bibliothèque et Archives Canada 2023
Toute reproduction, intégrale ou partielle, faite par quelque procédé que ce soit, photographie, photocopie, microfilms, bande magnétique, disque ou autre, est formellement interdite sans le consentement de l’éditeur.
Subventionné par :

Imprimé au Canada
ISBN PDF : 978-2-89855-031-7
ISBN EPUB : 978-2-89855-032-4
ISBN : 978-2-89855-034-8 (ensemble)
Merci à Brigitte, premièrelectrice de toutes mes aventures.
Merci à Philipe de toujours m’encouragerdans mes projets abracadabrants.
Prologue
Dans un monde où les gens n’avaient jamais arrêté de procréer, où le nombre d’êtres vivants n’avait jamais cessé de croitre, l’humanité manqua de ressource. Cependant, en concentrant leurs efforts sur la science, les humains réussirent à étendre leur collecte de métaux précieux sur les astéroïdes géocroiseurs à l’orbite de la Terre. Ils y récupérèrent le minerai et ils y trouvèrent même de l’eau gelée en grande quantité. Aveuglés par le pouvoir de la consommation, ils remplacèrent artificiellement ce qu’ils continuaient à détruire. Pensant pouvoir tout remplacer grâce à l’innovation, ils bousculèrent les cycles fragiles de la première Terre. Lorsqu’ils s’en aperçurent, il était déjà trop tard, la chaine s’était déjà brisée. Grâce aux dernières ressources collectées dans l’espace, ils furent en mesure de créer d’immenses vaisseaux ayant la capacité d’abriter un million d’êtres humains. Lorsque l’avancée technologique arriva à suffisance, seulement dix vaisseaux – qu’ils nommèrent Armada – quittèrent la Terre, puis le champ gravitationnel du Soleil. Ils voyagèrent dans le milieu intergalactique vers une exoplanète longtemps recherchée.
Elle était dans la zone habitable de son étoile, sa circonférence et son atmosphère étaient semblables à celle de la Terre et de l’eau liquide en grande quantité s’y trouvait. Son seul défaut était la vieillesse de son étoile, mais le choix ne s’offrait alors plus aux humains. La première Terre n’était plus une option, elle était définitivement perdue à cause de la pollution.La deuxième Terre ne serait qu’une étape temporaire de quelques centaines d’années, le temps de trouver une troisième Terre habitable. Ce qui resta donc de l’humanité embarqua avec elle dans l’Armada des plantes et des animaux préservés des ravages climatiques avec l’espoir d’y reproduire une partie de ce qui avait été détruit. Cependant, le voyage fut encore plus difficile que ce que les pires scénaristes avaient produit dans les films. Après plus de trois générations de voyageurs, il n’y eut que cinq vaisseaux qui arrivèrent à destination.
Cette nouvelle Terre habitable et la lenteur de l’évolution, et donc les difficultés d’adaptation, furent le deuxième défi que les êtres humains peinèrent à surmonter. De ces cinq millions, il n’y en eut qu’un seul qui put fêter le centième anniversaire de la colonisation de la deuxième Terre. Ce fut ainsi qu’en festoyant, ils comptèrent combien de plantes natives de cette planète avaient été supprimées et remplacées par la faune et la flore de la première Terre. Dix ans plus tard, lorsque l’humanité ne compta plus qu’un demi-million de personnes, la légion, l’armée gouvernant la deuxième Terre, décida de sonner l’alarme. Cette planète qu’ils avaient pensée habitable ne convenait pas aux humains. Tous furent obligés de retourner dans le seul vaisseau qui était maintenant nécessaire.
Cependant, certains humains refusèrent de remonter là-haut. Ceux-ci décidèrent de se cacher, de se rebeller. Ils fuirent la légion et ses légionnaires et devinrent les Rebelles. Des cent-mille qui avaient refusé de se rendre et qui avaient pris les armes, un nombre infime survécut aux conditions de la planète. La légion finit par perdre leurs traces, ne se doutant nullement que certains avaient réussi à s’adapter.
Durant des centaines d’années, les légionnaires puisèrent les ressources de la planète afin de sauver l’humanité, attendant que les experts trouvent enfin une troisième Terre viable pour les humains. Les dirigeants de l’Armada mirent tout en place afin que l’humanité puisse se renflouer. Ils encouragèrent les naissances et réapprovisionnèrent leur vaisseau grâce aux autres Armadas encore en orbite autour de l’étoile et sur la deuxième Terre en vue du prochain voyage.
Ce fut seulement au bout de trois-cents ans, lorsque les Rebelles oublièrent peu à peu les légendes des générations qui les avaient précédés, se montrant imprudemment au grand jour, qu’ils se firent surprendre par les légionnaires. Les Rebelles n’étaient plus qu’alors environ cinq-mille, alors que le dernier vaisseau de l’Armada était presque au maximum de sa capacité : neuf-cent-mille et quelques poussières êtres humains vivaient maintenant confortablement confinés dans la gigantesque boite métallique aménagée.
Chapitre 1
La chasseuse
Haelee
Elle courait. Elle sautait par-dessus les débris majoritairement constitués de béton laissés par ces ancêtres que les Rebelles et les Armadiens avaient eus en commun, les êtres humains. Dorénavant, plus personne n’était certain que cette appellation était encore légitime. Cela ne faisait pourtant que trois-cents ans qu’ils avaient été séparés, certaines particularités et évolutions physiques les avaient même étonnamment dissociés.
Ceux de là-haut étaient grands et maigres. Les rayons de l’étoile autour de laquelle gravitait la nouvelle planète que l’humain avait envahie ne réussissaient pas à pénétrer les épais murs de métal de cette gigantesque structure dans le ciel où ils habitaient. La luminosité créée par ces derniers les avait rendus pâles, leur peau était d’un beige grisâtre. De plus, la gravité qui était artificiellement fabriquée les avait naturellement élancés. Il y avait maintenant peu de gras qui s’accumulait sur leurs muscles. Les plus entrainés, ceux faisant partie de la légion, la grande armée de l’Armada, étaient facilement reconnaissables par leur musculature seyante.
Quant à eux, les Rebelles, ils avaient gardé le gabarit de leurs ancêtres. Ils n’étaient ni plus grands ni plus petits. Leur peau s’était unie dans des teintes brun pâle. Leurs cheveux étaient épais, leurs jambes et leurs bras, habiles, afin de pouvoir survivre dans ce milieu hostile.
Ce fut pour cette dernière raison que Haelee avait réussi à facilement les devancer. Ceux de là-haut, ceux qui la pourchassaient, étaient à peine visibles derrière elle. Elle entendit une dernière balle siffler près d’une de ses oreilles. Elle perçut la pointe de son aiguille passer dans son champ de vision. Son cœur rata un battement. Ils avaient presque réussi à la capturer. Elle sauta en bas du vieil immeuble abandonné dans lequel elle avait tenté de semer les quelques légionnaires qui les avaient repérés, elle et ses amis. Les balles qu’ils utilisaient n’étaient pas perforantes. Les Rebelles avaient eu amplement l’occasion de les étudier. Elles contenaient une certaine quantité de narcotique et étaient munies d’une aiguille assez longue afin de se planter profondément dans les muscles de n’importe quel Rebelle.
Haelee fut bientôt hors de leur vue. Lorsqu’elle fut certaine de ne pas être retrouvée, elle arrêta de zigzaguer entre les murs brisés. Elle s’adossa contre l’un d’eux, ses jambes étaient molles. Elle avait sprinté brutalement lorsqu’elle s’était aperçue de leur présence. Elle respira profondément, essayant de calmer son cœur qui battait à tout rompre. Elle ne voulait pas faire de bruit. Elle pensa bien vite à ses amis qui étaient avec elle. Elle espérait seulement qu’ils avaient eu le temps de se cacher, de se mettre à l’abri de leurs poursuivants. Elle attendit patiemment de longues minutes. Elle eut le temps de reprendre sa respiration.
Lorsqu’elle n’entendit plus aucun bruit, elle se décida à tranquillement faire quelques pas. Elle se retira de derrière le mur qui la cachait. L’immeuble dans lequel elle se trouvait était en ruine. Le plancher de l’étage du dessus était presque complètement effondré contre le rez-de-chaussée. Haelee devait sortir d’ici et se diriger vers son campement le plus rapidement possible. Il était rare que la légion envoie des troupes dans cet endroit éloigné, mais cette dernière se faisait de plus en plus insistante. Il était de plus en plus dangereux de sortir hors du campement. Mais à l’intérieur de ce dernier, bien qu’il y eût un peu d’agriculture, la nourriture manquait. Ils devaient chasser et cueillir pour survivre. Le seul confort que leur apportait leur campement était les armes qui s’y trouvaient. Dans ces anciens campements militaires, les Rebelles avaient trouvé de quoi se défendre contre les Armadiens.
Haelee traversa sur la pointe des pieds et le plus rapidement possible une rue asphaltée et cabossée. Elle se cacha contre une vieille benne à ordures qui avait été avec le temps recouverte de lianes aux larges feuilles. Elle n’hésita pas à entrer dans une nouvelle bâtisse en ruine afin de la traverser. Elle voulait atteindre la forêt d’immenses fougères. Elle voulait se cacher dans la verdure et avancer. Elle devait être rapide, sinon les légionnaires n’allaient pas tarder à la retrouver.
La chasseuse tenta de se frayer un chemin entre la fenêtre sans vitre et les murs brisés qui lui bloquaient le passage. Elle sortit de l’autre côté par un fossé qui s’était avec le temps creusé dans le sol, lui permettant ainsi de passer sous un mur encore debout, mais un bruit attira son attention au dernier moment. Elle reconnut immédiatement sa provenance, c’était le silement strident qu’émettaient les capteurs thermiques des légionnaires. Elle se retint de sortir du trou boueux. Elle se coucha au sol, osant relever sa tête et ainsi porter son regard rempli d’adrénaline vers l’extérieur. Les immenses fougères de la forêt n’étaient qu’à trois ou quatre mètres devant elle. Allait-elle être obligée de courir à nouveau?
Le sifflement se rapprochait d’elle, il était un peu plus fort. Elle ne voyait personne. C’était peut-être sa dernière chance. Au moment où elle s’élança, une botte noire apparut au coin de l’immeuble où elle était cachée. C’était trop tard, son regard paniqué croisa les yeux pâles du légionnaire. Elle l’aperçut attraper son fusil d’assaut, lâchant au passage son capteur, qui resta accroché contre son gilet tactique, alors qu’elle se projetait vers les fougères en y donnant tout ce qu’elle avait. Elle prit ses jambes à son cou, sautant dans la forêt sans rien analyser. Elle entendit les balles siffler à travers les tiges et les feuilles. Le légionnaire tirait sans cible, espérant la toucher à travers les fougères. Haelee ne put empêcher un gémissement paniqué de sortir de sa bouche alors qu’elle rentrait sa tête vers son corps, plaçant ses mains par-dessus.
Elle remercia ses ancêtres d’être toujours réveillée lorsque la pluie de projectiles cessa. Mais des pas courant à travers la forêt derrière elle lui rappelèrent que tout n’était pas gagné. Le légionnaire semblait seul, mais cela n’était que pour l’instant. Les autres n’allaient pas tarder. La forêt était dense, les feuilles étaient larges et basses, mais elle ne pouvait pas tenter de se cacher. Il allait immédiatement la détecter grâce au silement de plus en plus insistant de son capteur. Elle n’avait pas son arme à feu, son sac était resté par terre dans les débris. Elle ne pouvait que continuer à courir, espérant réussir à le distancer, mais une racine la fit soudainement trébucher.
Bien que plusieurs plantes venant de la première Terre eussent été introduites sur cette planète, les forêts s’étaient adaptées avec le temps aux conditions de vie de ce nouvel écosystème. Aussitôt que son pied toucha la racine, elle sentit la sève du bois capturer son soulier. Elle s’étendit de tout son corps au sol. Elle eut cependant le réflexe de couvrir son visage grâce aux manches de son chandail. Elle s’évita ainsi tout contact avec les autres racines qui parcouraient la terre battue de la forêt humide. Son chandail se colla contre le bois du même arbre sur lequel elle était tombée.
Elle essaya de ne pas paniquer en prenant de profondes respirations. Elle savait ce qu’elle avait à faire, et elle devait le faire rapidement avant qu’il ne soit trop tard. Elle releva son dos. Elle passa tranquillement sa tête dans le col de son chandail toujours collé par les manches. Elle réussit à le retirer, se retrouvant en camisole. Il ne lui manquait plus qu’à se débarrasser de ses souliers, mais l’ombre du légionnaire traversa les plantes. Elle l’entendit plus qu’elle ne le vit tomber sur les mêmes racines qu’elle. Elle perçut du coin de l’œil son arme tomber près de lui, toujours attachée à son habit. Il se colla contre la sève. Le légionnaire ne pourrait pas la récupérer de sitôt. C’était la chance de Haelee. Elle commençait à sentir la sève bruler ses chaussures. Son chandail était en train de fondre sous son corps. Elle ôta ses souliers avec précaution. Posant ses pieds et ses mains dans des endroits dégagés, elle se releva en évitant tout contact avec la sève dévorante. Elle osa enfin regarder directement le légionnaire.
Il était tombé à quatre pattes au sol. L’homme essayait de relever ses mains l’une après l’autre. Il portait des gants solidement collés contre le bois, tout comme ses genouillères et ses bottes l’étaient également. Il n’avait plus quelques secondes pour se relever avant que la sève ne commence à faire fondre ses vêtements. Haelee traversa prudemment les racines, se dirigeant à son opposé. Mais un gémissement retenu de douleur fit dévier son regard pour une deuxième fois. Les mains de l’homme de l’Armada fumaient. Ses gants fondaient très certainement, la sève n’allait pas tarder à attaquer sa peau. Et il n’était plus armé…
Il n’y avait qu’une seule loi qu’aucun Rebelle ne s’était jamais permis de franchir. Personne ne devait entrer en contact de quelconque façon avec ces êtres habitant l’Armada. Mais Haelee était différente. Elle ne croyait plus à toutes ces histoires… à ces mensonges que les anciens de son campement aimaient raconter. Elle avait découvert, il y avait maintenant deux ans de cela, une information venant tout contredire.
Elle serra des dents, en colère contre elle-même et son imprudence, mais elle décida de tout défier. Quelque chose au fond d’elle lui criait de ne pas manquer cette occasion. Celle-ci serait la seule qui lui permettrait de se rapprocher de la vérité. Elle décida d’écouter ce qui lui restait de ce que leurs ancêtres appelaient humanité.
La chasseuse fit avec prudence les quelques pas qui la séparaient de l’homme qui n’allait sans doute pas s’en sortir sans quelques brulures. Elle souffla avec un mélange de peur et de nervosité, plongeant son regard à travers la vitre du casque que portait l’homme. Les yeux surpris du légionnaire rencontrèrent les siens pour une deuxième fois. Ses iris brun pastel la frappèrent. La faible luminosité naturelle de l’habitat de l’Armada avait pâli leurs nuances. Elle hésita une seconde fois, mais la douleur qui parcourait les yeux pâles de l’homme la fit grincer des dents. Sans plus, elle se pencha. Elle ne devait pas trainer. Elle regarda l’une de ses mains, elle observa son gant, alors que l’homme l’observait, elle. Ses mains et ses bras tremblaient. Il souffrait, mais jamais il ne gémit une seconde fois. Il affrontait sa douleur en silence. Haelee repéra une sangle retenant les gants bien attachés contre son poignet, elle tendit les mains. Elle les posa contre la lanière et la défit.
Aussitôt, l’homme retira sa main d’un geste brusque. Haelee recula avant de se relever précipitamment, sursautant, mais l’homme ne tenta pas de l’attraper. Il défit lui-même les liens de sa deuxième main, la retirant aussi rapidement. La peau beige grisâtre de l’homme était légèrement brulée, mais il ne sembla pas s’en soucier lorsqu’il porta ses deux mains contre la ceinture de son habit de guerre. Il décrocha un pistolet dissimulé dans l’une de ses poches. Sans mouvement brusque, Haelee fit quelques pas de reculons.
L’homme était maintenant à genoux devant elle. Ses deux jambes étaient toujours clouées au sol, ses genouillères en métal ne fondraient pas. Et Haelee avait le canon de son pistolet pointé contre elle. Elle ne bougea plus, son souffle se coupa. Des larmes envahirent ses yeux. Doucement, elle leva les mains. Elle venait de le sauver, elle espéra qu’il restait aux Armadiens la même part d’humanité qu’eux, les Rebelles, avaient conservée. Haelee recula encore d’un pas. Le légionnaire ne tira pas, mais il ne baissa pas son arme pour autant. Elle perçut très bien ses doigts hésiter: ils se rapprochèrent de la gâchette, puis se détendirent, avant de tenter une seconde fois. Elle profita de sa réticence. Doucement, elle baissa ses deux mains jusqu’à les rejoindre au niveau de sa poitrine, se désignant elle-même. Elle mit tout son courage entre ses mains.
― Haelee, se présenta-t-elle elle-même d’une voix tremblante et enrouée.
Les Rebelles s’étaient habitués à vivre cachés, dans le silence. Il n’y avait que certains d’entre eux qui parlaient fréquemment. Ils avaient peu à peu perdu le réflexe que l’humanité avait de parler pour ne rien dire.
― Tu dois venir, lui répondit l’homme d’une voix plus qu’étonnée à travers la cagoule qui couvrait sa bouche.
Jamais il n’avait entendu un Rebelle parler. Haelee secoua la tête avant de reculer d’un autre pas.
― Vous ne comprenez rien, grinça entre ses dents le légionnaire. Vous devez nous écouter.
― Mes amis…, se contenta de dire d’une voix suppliante Haelee en regardant derrière elle.
― Dis-leur, exigea d’une voix sévère l’homme, perturbé par la tournure de l’évènement. Nous devons partir. Nous n’avons plus de temps!
Haelee plissa les yeux, elle n’avait pas tout saisi. L’homme devant elle baissa son arme aussi rapidement qu’il l’avait dégainée.
― Va-t’en, mon équipe arrive. Va chercher tes amis et reviens dans cette ville. Mes hommes et moi y serons déployés pendant deux mois. Lorsque nous aurons quitté cette planète, nous ne reviendrons pas, il sera trop tard.
― Trop tard? répéta Haelee en ne comprenant rien.
― Deux mois, répéta le légionnaire alors que Haelee tournait les talons. C’est tout ce que vous avez.
Elle retint ces mots, même si elle ne comprenait pas leur signification. Prudemment, elle retraversa les racines. Elle s’assura d’être sortie de ce piège de la nature avant de reprendre sa course. Elle courut sans plus se retourner jusqu’à son campement. Elle alla rejoindre les siens après une fois de plus s’en être sortie de justesse.

Cayne
― Major! s’exclama un légionnaire en arrivant en courant auprès de lui.
― Ne vous approchez pas! s’exclama Cayne sans attendre. Je suis pris dans un système racinaire.
― Le capteur thermique capte quelque chose au sud-ouest, major, lui informa un deuxième homme.
― Laissez, j’ai vérifié, leur ordonna-t-il en attrapant la petite canette en métal munie d’un vaporisateur que le premier homme lui lançait.
Cayne regarda brièvement les inscriptions sur la bouteille, s’assurant que c’était le bon produit. Il aspergea ses genouillères, puis ses bottes. Tranquillement, il commença à bouger ses jambes. Peu à peu, la sève laissa son équipement se retirer de son emprise. Une fois debout, il alla asperger son arme. Ce fut en grimaçant de douleur qu’il la ramassa à l’aide de ses deux paumes de mains brulées au premier degré. Il rejoignit son équipe.
― Rapport, ordonna-t-il en parlant dans le micro de son casque.
― Nous avons pris trois femmes et quatre hommes estimés entre vingt et trente ans, lui répondit son capitaine depuis leur centre de commandement.
― Merde! C’est encore moi qui vais prendre toute la mauvaise humeur du colonel, soupira le jeune major, relâchant son arme rattachée à lui grâce à sa sangle, les mains souffrantes. Quelqu’un a un antiseptique? demanda-t-il aux cinq hommes qui l’entouraient maintenant.
― Voici, major, lui répondit un de ses soldats en lui tendant son vaporisateur.
― Cochonnerie…, grogna-t-il en essayant de se nettoyer les mains. J’espère que ça ne va pas s’infecter.
La deuxième Terre n’avait jamais été aussi favorable à la prolifération des bactéries. Cayne eut tout juste le temps de rendre la bouteille à l’homme qu’une voix agaçante résonna dans l’une de ses oreilles. La transmission sonore du colonel ne tarda pas à se faire entendre: « Major Baumeister, je vous attends dans exactement trois heures. »
― Génial! s’irrita Cayne à haute voix. Je vais encore me faire taper sur les doigts. Je veux que le déploiement soit parfaitement installé à mon retour. Bande de têtes de nœud!
― Ça sera fait, major, lui répondit l’un de ses hommes sans broncher.
― Je rentre au vaisseau intermédiaire avec les Rebelles que nous avons eus, finit-il par décider. C’est bon, j’en ai assez. Je pars.
Cayne s’avança sans jeter un regard de plus à ceux qui l’entouraient. Il se dirigea vers la ville où ses hommes étaient déjà en train d’organiser les différents bâtiments. Durant un instant, il regretta d’avoir laissé partir la Rebelle qu’il avait pourchassée. Un de plus aurait pu faire la différence. Mais cette Rebelle ne lui avait pas semblé aussi sauvage que les autres qu’il avait déjà dû côtoyer. En deux ans, c’était la première qui lui avait adressé la parole. Si elle démontrait effectivement la moindre parcelle d’intelligence comme il l’avait soupçonné dans un fol espoir, elle allait ramener ses proches dans l’ancienne ville en ruine comme il lui avait mentionné.
Chapitre 2
Le major
Cayne
Il avait mis la main à la pâte. Il avait aidé ceux qu’il avait accompagnés à débarquer les Rebelles sans connaissance et sous monitorage. Ils avaient soulevé deux par deux les brancards avant de les sortir des vaisseaux de transport. Il prit ensuite son temps pour traverser les nombreux couloirs en métal du vaisseau intermédiaire qui se situait en orbite haute autour de la deuxième Terre. Il passa à ses appartements privés constitués d’une simple chambre et d’une minuscule salle de bain afin d’aller chercher un repas et d’y déposer ses armes et son casque. Il attrapa la barre de nutriments dans l’un des tiroirs de rangement directement intégré au mur et la déballa avant d’y prendre une large bouchée. La poudre de nutriment artificiellement fabriquée et compressée dans une barre un peu trop sèche constituait le repas traditionnel de tous ceux habitant l’Armada. Ce fut donc en se nourrissant et en regrettant de n’avoir rien pris à boire que Cayne fit le chemin à contrecœur jusqu’au bureau du colonel, de celui qui s’occupait de l’entièreté de la mission visant à récupérer les Rebelles.
Arrivé, il n’eut qu’à attendre que le capteur facial le reconnaisse. La porte métallique s’ouvrit devant lui alors qu’il finissait d’avaler sa dernière bouchée.
― Major Baumeister, le salua en soupirant le colonel, se levant de son bureau.
― Colonel Baumeister, lui répondit Cayne en se redressant dans un digne salut militaire.
― Repos, major, lui répondit le colonel, d’un air sévère, en faisant le tour de son bureau afin de venir lui faire face, ses deux mains entrecroisées dans son dos.
Cayne ne se détendit pas pour autant.
― Combien de temps nous reste-t-il, major? lui demanda l’homme dans la cinquantaine en le fixant durement.
― Deux mois, mon colonel, lui répondit Cayne en se retenant de relever les yeux vers le plafond, espérant que sa leçon de morale serait brève.
― Effectivement, il ne nous reste que deux mois! s’énerva l’homme haut gradé. Nous comptons encore six regroupements d’environ cent-cinquante Rebelles! Nous ne pouvons pas perdre un millier de gens comme eux! Il en va de la survie de tous! Chacune des personnes qui sont en bas compte. Nous avons deux mois pour évacuer près de mille personnes. Deux mois pour mille personnes qui se cachent, qui nous fuient, de vrais imbéciles! Vous devez nous ramener beaucoup plus que sept Rebelles par jour! Ce chiffre est ridiculement bas! Vous n’atteindrez jamais vos objectifs avec de tels résultats!
― Oui, colonel, désolé, colonel, ne put s’empêcher de dire d’une voix légèrement désespérée Cayne, acquiesçant de la tête exagérément.
― Je suis sérieux, Cayne, ajouta-t-il en changeant subitement d’attitude, le pointant sévèrement d’un doigt en revenant face à lui. Je ne te l’ai pas assez répété ? Je sais que tu comprends, tu es intelligent. Tu as un sens logique exceptionnel.
― Papa, se plaignit Cayne en soupirant franchement cette fois-ci, laissant ses épaules retomber d’un air découragé. Les autres majors n’ont pas réussi plus que moi à capturer suffisamment de Rebelles, se défendit-il. C’est ma première journée, donne-moi une chance!
― Lorsque tu es en bas, continua l’homme, tu me représentes.
― Et je fais de mon mieux, lui répondit-il des plus sérieusement.
― Ce n’est pas suffisant, renchérit le colonel aussitôt. Te rappelles-tu la fierté qu’avait éprouvée ta mère lorsque tu as été promu major à seulement vingt-cinq ans ? Tu as maintenant un déploiement complet sous ta responsabilité ! Tu dois t’en montrer digne!
― Ce n’est pas non plus comme si tu n’y avais pas été pour quelque chose, dit Cayne avec évidence.
― Ce n’est pas le point que je voulais apporter, se découragea le colonel. Tout le monde attend beaucoup de toi.
― Et je n’ai pas l’intention de les décevoir, lui répondit-il avec sincérité.
Il y eut un instant de silence. Le colonel observa son fils dans les yeux, l’analysant avec exigence.
― Bien, approuva-t-il simplement avant de retourner d’un pas lent s’assoir de l’autre côté de son bureau. Cette guerre dure depuis assez longtemps. Selon les dernières informations venant du commandant, nous devrons prendre les grands moyens dans moins de quarante jours. Tu as moins de quarante jours afin d’innover et de me ramener le plus de Rebelles possible.
― Tout ça pour ça…, émit Cayne avec prudence. Je veux dire… après tout… s’ils veulent rester où ils sont…
― Les ordres sont les ordres! s’exclama sans attendre le colonel. Va répéter ça au commandant, Cayne, j’aimerais bien voir la fessée que tu vas recevoir!
― C’est bon, souffla Cayne en abandonnant. C’est seulement que je me dis… Nous risquons nos vies pour une branche de l’humanité qui n’a presque pas évolué depuis la première Terre, même au contraire, qui semble avoir manifestement régressé !
― Chaque personne compte, se contenta de répéter le colonel en plongeant ses yeux intransigeants dans ceux de son fils.
Cayne n’osa plus le contredire, acceptant l’évidence.
― Retourne dans tes appartements pour ce soir, finit le colonel. Repose-toi. Tu retournes demain matin sur le terrain.
― Merci, colonel, déclara Cayne, y rajoutant un signe de tête en guise d’au revoir, avant de tourner les talons en direction de sa chambre.

Haelee
Elle avait passé les portes de son campement en respirant difficilement. Elle venait de courir quelques heures. Aussitôt que les grilles de métal furent refermées derrière elle, deux gardes armées coururent à sa rencontre. Elle arrêta de bouger, posant ses deux mains contre ses hanches. Il faisait chaud, l’air était l’humide. Cela ne l’aidait pas à mieux respirer après tant d’efforts. Les deux gardes lui demandèrent d’un simple regard si elle allait bien. Elle leur répondit d’un bref signe de tête affirmatif. Aussitôt, l’un d’eux attrapa l’un de ses bras. Il l’entraina en direction du bureau du gouverneur de leur campement. Elle le suivit. La Rebelle savait qu’en rentrant, ses amis faisant partie du même groupe de chasse qu’elle avaient dû sonner l’alarme. Elle espérait seulement que cela ne signifiait pas que d’autres manquaient à l’appel.
Ils arrivèrent rapidement à destination. Aussitôt qu’elle passa la porte en compagnie du garde, une jeune femme en larmes sauta dans ses bras. Haelee reçut son amie en la serrant fort contre elle.
― Adéline…, lui murmura-t-elle.
Quelque chose déchira son cœur, Haelee comprit que les légionnaires avaient réussi à l’amener avec eux. Elle connaissait Adéline depuis aussi jeune qu’elle se souvienne, tout comme Fay, celle qu’elle serrait toujours dans ses bras.
― Haelee, l’appela le gouverneur, qui était adossé contre son bureau.
Fay la relâcha enfin. Haelee se tourna face à l’homme âgé.
― As-tu été en contact? lui demanda-t-il franchement.
― Non, lui répondit-elle le plus naturellement possible en secouant la tête doucement.
― Tout va bien? continua-t-il en paraissant satisfait de sa réponse.
― Oui, dit-elle de la même manière.
Elles eurent le droit à un sourire encourageant, puis l’homme leur fit signe poliment du revers de la main de disposer. Haelee récupéra Fay en larmes par les épaules. Elle la fit sortir, puis elle attendit que la porte du bureau du gouverneur se ferme derrière elles avant de la serrer une seconde fois dans ses bras. Elle s’autorisa à verser elle aussi une larme, sans toutefois perdre espoir. Elle refusait de croire que ceux que les légionnaires amenaient avec eux là-haut étaient perdus à jamais. Elle défendait ses croyances avec assurance.
― Nous devons nous parler, lui murmura-t-elle après quelques instants.
Fay comprit qu’elle souhaitait aller dans un coin plus tranquille. Sous le regard questionneur de son amie, Haelee les dirigea vers les hauts murs de béton surplombés de barbelés, qui délimitaient le terrain défendu par les Rebelles. Une fois loin des oreilles indiscrètes, elle fit face à Fay.
― J’ai parlé… avec un qui vient de là-haut, murmura-t-elle à voix basse.
― QUOI? s’exclama soudainement Fay.
Haelee eut le réflexe de poser brutalement sa main sur la bouche grande ouverte de son amie, mais cela ne lui servit aucunement. Des têtes au loin dans le campement se tournèrent vers elles. La Rebelle leva une main en leur direction, s’excusant en penchant la tête.
― Haelee, c’est le pas que nous ne devons pas franchir! Ils vont te planter ces trucs dans la peau, ils vont te laver le cerveau! Ils te l’ont peut-être déjà fait! paniqua Fay en gardant tout de même une voix étonnamment basse. Mais qu’est-ce que tu as fait?!
― Fay, calme-toi, je t’en prie, essaya de la contrôler Haelee. Je n’avais pas le choix! Et il ne m’a pas touchée, je te le promets! Écoute-moi! J’ai été obligée, il m’aurait peut-être amenée là-haut! J’étais prise au piège!
― Ah la la la la! fit encore à voix basse Fay, n’en revenant tout simplement pas. Si quelqu’un apprend ça, tu vas être exclue!
― Personne ne l’apprendra, lui dit d’un air rassurant Haelee.
― Mais qu’est-ce qu’il t’a dit? lui demanda son amie sans plus attendre.
Haelee chercha ses mots, devenant plus que sérieuse. Elle essaya de trouver la meilleure formulation afin de tout lui résumer.
― Je n’ai pas tout compris, finit-elle par avouer en gardant son air grave alors que Fay relevait les deux mains, lui demandant si elle était sérieuse. Il a dit que… dans deux mois, ils allaient partir et ne plus revenir…
― Ah oui? Mais c’est génial, se rassura immédiatement Fay. Nous avons une chance de nous en sortir si nous continuons à bien nous défendre.
― Ce n’est pas tout, mais j’y avais pensé… Cela veut également dire que nous avons deux mois afin de trouver comment récupérer ceux qu’ils ont déjà amenés là-haut…
Fay posa sa main sur son épaule, l’arrêtant. Elle partagea avec elle sa tristesse d’un regard. Pour sa part, Fay n’y croyait pas. Elle n’espérait plus depuis longtemps. Cela faisait maintenant presque deux années entières que les légionnaires étaient descendus sur la deuxième Terre et que les Rebelles étaient pourchassés. En deux ans, moins du quart des habitants de leur campement avait réussi à leur tenir tête, et jamais ils n’avaient eu de nouvelles des trois quarts capturés. Jamais les Rebelles n’avaient eu d’espoir.
― Il m’a dit, reprit Haelee, que nous ne comprenons pas et qu’il allait être trop tard.
― Trop tard, répéta doucement Fay en réfléchissant.
― Tu te souviens…, murmura des plus faiblement Haelee, voulant garder le secret.
― Tu veux dire…
― Oui, cette journée-là… Ce que nous avons lu… dans son bureau.
― Nous ne devons plus en parler! Il va nous arriver malheur! dit Fay en balançant négativement sa tête.
― Je suis certaine qu’il est encore au même endroit…, fit-elle avec tentation. Nous devrions y retourner!
Fay bougea exagérément sa tête de droite à gauche, refusant catégoriquement cette option.
― Tu veux que l’on risque nos vies uniquement pour les paroles d’un légionnaire? n’en revint-elle pas.
― Mais… et si c’était vrai…
― C’est impossible! finit-elle par dire en bougeant aussitôt sa tête de la même manière.
Haelee se tut, ne sachant pas quoi rajouter. Elle savait que la logique de son amie était fondée. Mais jamais elle n’allait pouvoir s’enlever de la tête les doutes que tout cela avait ressemé dans son esprit. Elle décida tout de même de simplement acquiescer, abandonnant et donnant raison à son amie.
― Il se fait tard, annonça Haelee en terminant leur conversation.
Ce fut au tour de Fay d’acquiescer. Ensemble, elles reprirent donc la route de leurs quartiers. Elles marchèrent jusqu’au bâtiment faisant office de lieu de repos. Cet immense dortoir avait été aménagé pour beaucoup plus de personnes.
Il y avait deux ans, lorsque les légionnaires avaient fait leur grand retour sur la deuxième Terre, cela avait été une période de grands bouleversements. Auparavant, depuis des centaines d’années, les livres d’histoire existant toujours, les Rebelles avaient réussi à conserver une bonne éducation grâce à l’enseignement de ces feuilles de papier refabriquées par leurs ancêtres au moment de leur arrivée sur la deuxième Terre. C’était également la raison pour laquelle ils avaient préservé ainsi parfaitement leur langue à travers toutes ces années. Les Rebelles connaissaient donc le dur choix qu’avaient pris leurs ancêtres de se séparer du reste de l’humanité, de survivre par leurs propres moyens, de ne pas encore abandonner et de tout recommencer.
Cependant, jamais les Rebelles n’auraient pensé que trois-cents ans plus tard, cette ancienne version d’eux-mêmes reviendrait afin de puiser une dernière fois dans les ressources de la deuxième Terre. Et ils auraient encore moins pu imaginer que peu à peu, ces derniers les obligeraient à se retrancher dans leurs dernières défenses. Les Rebelles avaient quitté les forêts de fougères et les bourgades à peine aménagées. Ils s’étaient alors regroupés dans ces horribles campements afin de se défendre avec les armes que leurs ancêtres avaient laissées. Maintenant, il ne restait que six de ces campements actifs. Et chaque jour, le nombre de leurs habitants diminuait. Le campement que Haelee avait rejoint en compagnie de ses amis était le campement numéro quatre. Depuis, Haelee dormait dans un simple petit lit cordé en rang d’ognons avec tous les autres.

Cayne
« Bip bip bip bip bip bip bip… »
Il ouvrit les yeux sans prendre la peine de bouger. L’alarme était programmée à six heures du matin exactement. Elle résonnait durant soixante secondes dans tout le vaisseau intermédiaire. Cayne ne pouvait rien y faire. Il devait attendre, pour le plus grand malheur de ses oreilles, les longues secondes qui le séparaient du silence. Ce fut seulement lorsqu’elle eut fini de retentir entre les murs de métal de sa chambre qu’il décida dans un soupir de se lever.
Le major se rendit à sa salle de bain d’un pas automatique. Il se servit en premier un grand verre d’eau et attrapa dans la pharmacie du miroir une simple petite gélule complètement noire. Il l’avala, prit rapidement une douche, puis se dirigea vers l’un des tiroirs du mur de sa chambre. Il mangea l’une des barres repas rapidement en s’assoyant brièvement sur son lit. Il soupira encore avant de se relever. Il devait se rendre au vaisseau de transport afin de retourner sur la deuxième Terre. Machinalement, il attrapa dans un autre de ses tiroirs un chandail noir, un pantalon noir, une cagoule et des bas.
Il s’habilla, gardant la cagoule pour plus tard. Il commença ensuite par enfiler son gilet tactique avant d’attacher ses coudières et ses genouillères. Il continua en chaussant ses lourdes bottes noires, puis sa nouvelle paire de gants.
Il finit sa routine en s’assurant que son armement était bien en place. Il attrapa son fusil d’assaut et son casque au passage, insérant dans ce dernier sa cagoule, puis il sortit de sa chambre en direction des départs. Il longea les murs gris, passant sans même s’arrêter quelques contrôles de sécurité. Il arriva à sa destination au même moment où les derniers occupants d’une navette la libéraient.
― Major, le salua alors l’un de ses légionnaires en arrivant devant lui.
― Sergent, vous êtes en bonne compagnie, fit Cayne d’un sourire satisfait en regardant l’homme qui retenait devant lui une Rebelle menottée et tachée de peinture verte. Vous montez dans mon estime.
Les légionnaires utilisaient un système de couleurs afin de classifier certains Rebelles. Le vert signifiait qu’aucun narcotique ne pouvait leur être administré, le rouge, au contraire, signalait qu’il était important de garder le Rebelle inanimé.
― Je vais vous décevoir, major, lui dit d’un air désolé le sergent. Nous ne l’avons pas nouvellement capturée. Il s’agit de la Rebelle qui s’était intoxiquée hier et que nous avons dû aliter dans l’infirmerie.
― Ah, d’accord, fit-il en haussant les épaules. Dans ce cas, je retire tout ce que j’ai dit. Elle ne semble pas avoir offert de résistance.
― Non, elle s’est réveillée ce matin. Nous n’avons pas osé lui administrer une autre dose de narcotique. Nous avons trouvé dans son sang une dose élevée d’hétérosides cardiotoniques. Elle devait avoir des feuilles ou des fleurs d’une forme de plante en contenant, elle les a probablement ingérées tout juste avant que le narcotique de la balle perforante ne lui fasse perdre connaissance.
― Bien, vous pouvez la mener en cellule, en conclut Cayne, satisfait.
Mais au dernier instant, le visage de la Rebelle qui lui avait adressé la parole la journée précédente lui revint en tête. Il fit signe au sergent d’attendre d’un geste de la main. Cayne prit le temps de réfléchir, fixant le vide une brève seconde. Puis, il se tourna en fronçant les sourcils, portant toute son attention sur la Rebelle, qui baissa la tête devant le légionnaire qui la dévisageait.
― L’une des sauvages qui t’accompagnait hier a produit avec sa bouche un bruit assez étrange, commença-t-il avec beaucoup de sarcasme, relevant le coin de sa bouche avec dégout en se penchant, insistant vers elle. Je pense que c’était un mot… Un prénom, plus exactement…
La jeune Rebelle tourna sa tête à son opposé, intimidée. Elle regarda le plancher en gardant un parfait silence.
― Une Rebelle vous a parlé ? s’étonna le sergent.
― Elle ne m’a rien dit d’important, lui fit savoir Cayne avant de s’adresser à nouveau à la Rebelle. Toi, tu n’aurais pas quelque chose à me dire, par tout hasard?
La seule réponse que Cayne reçut fut une certaine quantité de crachat. Le major se recula doucement alors que son visage se crispait. Il essuya la partie de sa joue qui avait reçu le projectile de fluide du revers d’une manche de son chandail, retenant toute la rage qui venait de soudainement l’envahir. Tranquillement, Cayne tourna les talons en inspirant profondément, espérant être capable d’entrer dans la navette sans dévisser la tête de la Rebelle.
― Sales primitifs d’ignorants d’arriérés de merde! finit-il par s’exclamer, cédant à sa rage en se laissant tomber sur un siège de la navette, s’attachant d’une main brusque.
Chapitre 3
Silence
Haelee
Elle était en train de manger, perdue dans ses pensées. Elle fixait la bouillie de blé et de légumes qui se trouvait dans son assiette en le mélangeant du bout de sa cuillère. Fay, qui mangeait face à elle en compagnie d’Élyzio, son petit ami, lui fit des signes de la main, espérant la sortir de son état lunatique. Haelee la regarda au bout de quelques instants, elle leva ses épaules devant son questionnement, lui indiquant que ce n’était rien, mais Fay se fit insistante. Elle savait très bien que quelque chose tracassait son amie.
― Hier…, lui murmura Haelee alors que plusieurs regards mauvais se dirigeaient vers elle.
Fay tourna les yeux au ciel et soupira. Haelee ignora l’embêtement des personnes qui mangeaient dans la cafétéria.
― Va parler au gouverneur, conseilla Fay.
Ce fut au tour de Haelee de s’interroger.
― Trouve les bons mots…, expliqua-t-elle avec simplicité, voulant en dire beaucoup plus qu’elle ne le laissait paraitre. Mais pour… tu sais qui…
Fay finit en posant son index contre sa bouche. Haelee acquiesça, elle n’était pas si stupide. Elle n’allait pas avouer au gouverneur qu’elle avait parlé avec un légionnaire, elle ne souhaitait pas être exclue du campement. Décidée, elle se leva. Fay et Élyzio l’imitèrent, leur bol entre les mains. Ensemble, ils déposèrent les couverts dans le charriot prévu à cet effet, puis ils quittèrent le bâtiment. Ses deux amis partirent main dans la main de leur côté, alors qu’elle marcha d’un pas nerveux jusqu’au bureau du gouverneur.
Haelee n’avait presque pas fermé l’œil de la nuit. Les paroles du légionnaire avaient tourné sans cesse dans ses pensées. Il y avait trop d’incertitudes, trop de coïncidences. Comment les autres Rebelles faisaient-ils pour ne pas s’interroger? Dans quel monde vivaient-ils pour accepter cette vie de prisonnier? Était-elle donc la seule à se poser des questions? Même si elle doutait que le gouverneur soit totalement honnête avec elle, Fay avait raison, elle devait tenter d’en savoir un peu plus, de lui soutirer une ou deux vérités, avant de partir avec ses amis à la chasse et à la cueillette.
Avec douceur, elle cogna à la porte du bureau. Elle patienta les quelques secondes qui s’écoulèrent avant que le dirigeant de leur campement ne lui ouvre la porte. Il l’invita à entrer, referma sans presse derrière eux, puis retourna s’assoir à son bureau. Haelee s’avança vers lui, elle ne prit pas la peine de s’assoir pour sa part. Le gouverneur l’observa, lui signifiant qu’il était attentif à sa demande. Haelee prit soin de choisir ses mots.
― Cette nuit, je n’ai pas réussi à dormir…, commença-t-elle à voix basse.
― Ce que tu as vécu hier n’était pas facile, en plus d’y avoir perdu une amie, lui dit l’homme d’une manière réconfortante.
La Rebelle eut une pensée pour Adéline. Elle dut se retenir pour ne pas révéler au vieil homme tout le fond de sa pensée. Elle ne voulait pas entendre parler de son amie de cette manière.
― Adéline n’a pas disparu, nous savons tous où elle se trouve, elle est là-haut.
Le visage de l’homme se fronça. Haelee ne lui laissa pas le temps de répliquer, elle continua.
― Tout ce que j’ai vécu hier, continua-t-elle en reprenant ses mots, a fait resurgir dans ma mémoire un certain évènement…
Doucement, le gouverneur se leva et fit le tour de son bureau. Il vint se mettre face à elle, s’assoyant légèrement sur le dessus de son meuble en croisant les bras. Elle reprit la parole.
― Lorsque j’ai appris la disparition d’Adéline, je n’ai pas été capable de pleurer son départ, comme Fay. Je me suis posé tant de questions… Pourquoi nous amener là-haut? Pourquoi avoir besoin de nous? Avoir la technologie pour voyager dans l’espace… et s’intéresser à un peuple malade et terrorisé… Je ne comprends pas.
― Ça suffit! s’exclama l’homme avec sévérité. Cet évènement qui te bouscule tant n’a rien d’exceptionnel. Cette journée-là, Fay, Adéline et toi avez mis votre nez dans quelque chose que vous ne pouvez pas comprendre. Ces gribouillis ont été réalisés par des gens malintentionnés dans le but de nous tromper. Je vous ai déjà tout expliqué. Écoute-moi, mon enfant, tu es bien trop jeune pour tout comprendre. La vie doit encore beaucoup t’en apprendre.
― Trop jeune? J’ai vingt-et-un ans, monsieur. Je suis plus qu’en âge de comprendre. Vous essayez de m’infantiliser, s’affirma-t-elle, insultée.
― Haelee, ton père et moi étions de bons amis. Tes parents étaient intelligents et curieux. Tu leur ressembles beaucoup. Tu devrais dépenser toute cette énergie afin de trouver de nouveaux points de chasse et de cueillette. Nous devons consacrer tous nos efforts à ne pas manquer de nourriture. Tu es au courant de la situation, nous n’avons plus de territoire, les légionnaires sont de plus en plus présents et les bêtes s’éloignent des campements. Je compte sur toi pour travailler avec nous. Il nous faut des jeunes dans ton genre, aussi déterminés que toi, pour nous aider à trouver des solutions.
Cette conversation ne mènerait nulle part, le gouverneur déviait n’importe quel sujet à son avantage. Haelee pencha la tête, acceptant encore faussement les paroles sans aucun sens qu’il lui servait. Elle lui en voulait de la prendre de haut de cette manière, il ne lui accordait aucune crédibilité, la traitant presque à voix haute d’enfant immature. Elle en avait assez. Elle fit un signe de tête au vieux dirigeant, puis elle quitta le bureau. Elle sortit du bâtiment et marcha jusqu’à l’armurerie afin d’aller se préparer.
Lorsque ses parents avaient été emmenés là-haut, il y avait maintenant bientôt deux ans, au début de l’invasion des légionnaires, ses amies avaient été là pour elle. Mais maintenant, sans qu’elle ne comprenne pourquoi, Fay ne lui donnait plus son appui. Et les légionnaires lui avaient enlevé Adéline… Jamais elle ne s’était sentie aussi seule. Elle n’allait pas pour autant abandonner. Elle allait prouver à Fay que ses doutes étaient justifiés. Elle allait découvrir ce qui se passait là-haut, peu importe si elle devait se mettre en danger.
Lorsqu’elle arriva à l’armurerie, ses amis y étaient déjà. Hier, ils étaient cinq. Aujourd’hui, il n’y avait que trois personnes qui l’attendaient, accoutrées de leurs vieux habits de chasse. Avec un pincement au cœur, Haelee enfila le même vêtement que Fay, Élyzio et Basil. Elle attrapa un sac à dos déjà préparé. Elle vérifia si le pistolet était bien à l’intérieur, ainsi que plusieurs cartouches, des couteaux et une gourde d’eau. Tout y était, elle était prête à vivre une énième journée de chasse, tout comme environ cinquante pour cent de la population de leur campement.

Cayne
Lorsque Cayne se posa sur le module d’atterrissage de son déploiement, sa colère ne s’était pas encore tout à fait dissipée. Ce fut donc du pied gauche qu’il débarqua de la navette, trainant toujours avec lui son casque dans une main. Il mit rapidement la courroie de son fusil d’assaut autour de ses épaules. Il marcha d’un pas convaincu en direction de l’abri temporaire qui avait été érigé afin de commander. Il passa la porte de métal en se raclant la gorge, attirant l’attention des quelques sergents et de son capitaine qui s’y trouvaient.
― Major, le saluèrent-ils tous d’une même voix.
― Rapport, leur ordonna-t-il en regardant les écrans installés sur l’un des murs.
― Nous avons compté environ cinquante Rebelles se déplaçant dans des équipes variant entre trois et cinq individus. Aucune ne se dirige dans notre direction, lui répondit le capitaine.
― Évidemment, le coupa d’une voix lasse Cayne.
― Nous avons neuf équipes prêtes à s’engager sur le terrain, continua le même homme.
― Alors, qu’est-ce que vous attendez? répondit Cayne en observant les images que les caméras posées au-dessous du vaisseau intermédiaire pouvaient leur transmettre sur le quatrième campement des Rebelles.
― Vos ordres, major? répondit aussitôt le capitaine.
― Déployez les neuf équipes dans les zones cinq à treize, ordonna-t-il naturellement. Aujourd’hui, j’ai une envie surprenante de tirer sur des Rebelles, je joindrai la première équipe. Capitaine, je vous confie le déploiement.

Haelee
Elle était étendue dans la terre détrempée à travers les épaisses feuilles. Elle avait un œil fermé et son autre était bien concentré contre la mire de l’arme munie d’un silencieux qu’elle avait entre les mains. Elle retint son souffle lorsqu’elle appuya sur la gâchette. La balle traversa la tête du pauvre mammifère d’une dizaine de kilos. Le claquement répétitif des mains de Fay qui exprimait ainsi toute sa joie fit sourire Haelee. L’ombre de leur coéquipier entra dans leurs champs de vision. Elle reconnut Basil qui leur envoyait un pouce en l’air en apercevant la bête au sol. Il se releva en faisant jouer l’un de ses muscles, indiquant ainsi qu’il se chargeait de transporter la bête jusqu’au campement.
Haelee et Fay décidèrent de retrouver Élyzio. Dans un parfait silence, elles rangèrent leurs armes et se dirigèrent dans la direction de ce dernier. Elles marchèrent l’une derrière l’autre, distinguant mal ce qui se trouvait devant elles. Les plantes étaient hautes, elles devaient faire attention à l’endroit où elles marchaient et à la présence d’animaux sauvages et de plantes vénéneuses. Un coup de feu étouffé les arrêta soudainement. L’arme qui venait de se déclencher n’était pas munie du même silencieux que leurs pistolets. Les voix qu’elles entendirent s’élever à travers la forêt les firent paniquer.
Haelee se lança par terre, entrainant par la main Fay avec elle. Sans attendre, elle commença à se déplacer accroupie, sans un bruit, se cachant entre les feuilles basses et plus épaisses. Fay la suivit de la même manière, la peur envahissant ses yeux. La chasseuse serra la main de son amie, espérant que l’ami de cœur de Fay ait réussi à s’enfuir.
― Homme dans la vingtaine, entendirent-elles un peu plus loin, ce qui confirma leurs craintes.
― Ils nous ont entendus. Activez vos capteurs, fit une voix que Haelee reconnut aussitôt.
C’était celle du légionnaire à qui elle avait parlé la veille!
Le silement agaçant des capteurs thermiques se porta à leurs oreilles. Haelee et Fay se relevèrent d’un même mouvement, elles prirent leurs jambes à leur cou, espérant être assez loin pour que leurs pas soient dissimulés par la terre boueuse. Elles coursèrent ensemble, main dans la main, priant pour mettre assez de distance entre eux et ne pas être détectées.
Le bruit se faisant de plus en plus présent devant elles les fit dévier de direction. Haelee comprit qu’ils tentaient de les encercler. Il était surement déjà trop tard. Elle arrêta de courir sans prévenir. Fay manqua de tomber au sol. Ses yeux paniqués se retournèrent vers son amie maintenant immobile. Elle tira la main de Haelee afin de reprendre la course, mais cette dernière refusa, elle devait tenter quelque chose.
Elle venait d’avoir une idée. De quelques signes, elle demanda à Fay de la suivre. Celle-ci accepta d’un bref mouvement de tête. La chasseuse changea une nouvelle fois de direction. Elle retourna vers là où elle avait entendu la voix qu’elle avait reconnue. Bientôt, elle réussit à discerner un seul sifflement. Elle n’avait aucun moyen de savoir si le bruit appartenait au légionnaire avec qui elle avait échangé ces quelques mots qui la hantaient, c’était le coup de dé qu’elle devait lancer. Et elle n’avait pas d’autre choix si elle voulait donner une chance à Fay de s’en sortir.
Elle arrêta encore de courir, puis fit signe à Fay de suivre une direction différente de la sienne. Celle-ci comprit qu’elle voulait faire diversion. Elle refusa premièrement, mais Haelee insista, lui expliquant de ses mains qu’elles ne pouvaient faire autrement. Dans un élan de tristesse, un câlin précité fut échangé, puis les deux rebelles se séparèrent. Elles sprintèrent dans des directions différentes. Fay essaya de ne pas faire de bruit, alors que Haelee laissait ses souliers tambouriner le sol et ses bras brasser les feuilles. Elle entendit très bien le légionnaire prendre sa direction à la course.
Au moins, elle avait probablement réussi à sauver son amie. Elle ne courut pas très longtemps, car elle savait qu’il allait alors demander de l’aide. Au bout de quelques secondes seulement, elle se cacha derrière le large pied d’une énorme fougère. Elle écouta en priant les pas de l’homme et le silement de son capteur se rapprocher d’elle. Elle ferma les yeux un instant, essayant de contrôler sa respiration. D’une main tremblante, elle sortit son pistolet de son sac. Elle inspira une dernière fois, le légionnaire était tout près d’elle, de l’autre côté de la fougère.
Tranquillement, elle se releva, se préparant. Elle fit glisser son dos contre la plante afin de doucement la contourner. Elle aperçut le coin de l’épaule de l’homme. Elle pointa son fusil. Puis, leurs yeux se croisèrent. L’homme releva son fusil en sa direction par simple réflexe, mais il se retint de tirer face au pistolet qui pointait de près sa tête. Le narcotique que contenaient ses balles mettait tout de même quelques secondes à agir.
― Est-ce que c’est toi? prit rapidement la parole Haelee.
― Et il faut que je tombe encore sur la sauvage évoluée! s’exclama le légionnaire d’une voix rauque et colérique.
― Haelee, lui répéta-t-elle en faisant bouger son arme, lui rappelant qu’elle était pointée contre lui.
― Je m’en moque! Tu savais que ta copine m’a craché au visage ce matin! l’accusa-t-il d’un air offusqué.
― Adéline? voulut confirmer aussitôt Haelee, se remplissant d’espoir.
― Je ne sais pas, vous ne parlez pas! Et vous vous ressemblez tous de toute manière! lui cracha-t-il méchamment.
Haelee ouvrit la bouche, offensée. Elle n’eut cependant pas le temps de répliquer. Le fusil d’assaut du légionnaire frappa le dessous de son bras. Sa main s’ouvrit sous la violence du geste. Une douleur envahit tout son bras jusqu’à l’épaule alors qu’elle vit son pistolet lamentablement tomber au sol. Ce dernier n’eut pas le temps de toucher terre que Haelee se retrouvait le visage enfoncé dans les larges tiges de la fougère. Ses deux mains se firent capturer.
― Et je n’aurais même pas à te transporter! fit d’une voix exagérément satisfaite le légionnaire.
― Attends!Je devais te parler, le pria-t-elle en se laissant complètement faire, ne montrant plus de résistance.
― Ah! Tiens, c’est nouveau, ça! Une Rebelle qui veut se taper une discussion, fit-il avec ironie…
Lorsqu’elle fut bien maitrisée, il la retourna face à lui, menottant ses deux poignets et lui donnant un aperçu de ses yeux moqueurs.
― Mais qu’est-ce qui se passe? Je ne comprends plus rien! Ai-je déjà changé de planète?
― Je suis sérieuse, affirma-t-elle d’une voix ne laissant pas place à la rigolade.
Le légionnaire plongea son regard dans le sien, puis ses deux pâles iris la décrivirent entièrement. Elle n’osa plus bouger un cil. De sa main libre, il pointa un doigt sévère en sa direction.
― Tu cours, je tire, l’avertit-il avant de relâcher son emprise sur ses menottes, éteignant par la même occasion son capteur thermique.
― On nous ment, annonça-t-elle avec conviction.
― Je sais! s’exclama-t-il avec une évidence exagérée.
― Tout cela a commencé il y a deux ans… lorsque vous êtes descendus…
― D’accord, il va falloir accélérer, l’encouragea le légionnaire, pointant autour d’eux. Nous sommes à votre recherche et je n’ai pas toute la journée!
― J’ai trouvé un document…
― R. A. S., faux signal de mon côté, fit-il en la coupant de nouveau, touchant un bouton intégré à son casque, avant de lui faire signe une nouvelle fois d’accélérer.
― Il a été écrit par l’Armada et remis à mon gouverneur…
― Et qu’est-ce qu’il disait, ce document? souffla d’un air ennuyé le major.
― Il nous avertissait d’un danger… Que va-t-il exactement se passer dans deux mois? Pourquoi devez-vous aussi rapidement quitter l’orbite de la deuxième Terre? Que faites-vous des Rebelles que vous capturez? le harcela-t-elle avec tous ses questionnements.
L’homme de l’Armada la dévisagea tout en fronçant les sourcils. Embêté, il recula même sa tête. Il ne semblait pas la prendre au sérieux.
― Tu me demandes… ce que nous faisons de vous? fit-il avec toujours autant d’étonnement.
― Je te demande de m’expliquer pourquoi cette guerre existe, confirma-t-elle.
― Je n’ai pas le temps de tout t’expliquer, dit-il en regardant expressément derrière lui.
― Alors quand? voulut-elle savoir.
― Tu veux rire de moi? fit-il avec encore plus de surprise. C’est quoi, ton projet? Tu veux que l’on se prenne un rendez-vous, que je te donne un temps de consultation? Ce n’est pas comme cela que ça fonctionne!
― Pourquoi pas? insista-t-elle.
Quelques secondes s’écoulèrent.
― Ce soir, minuit, du côté ouest de la ville, il y a une petite tente un peu à part, décida-t-il finalement.
Son père lui avait demandé d’innover, ce furent les paroles que Cayne eut en tête lorsqu’il libéra les deux mains de la Rebelle. Il recula prudemment, posant un pied sur le pistolet qui était au sol.
― Je le garde, lui indiqua-t-il en la défiant du regard d’essayer de le reprendre.
Mais Haelee n’avait aucunement l’intention de s’attarder pour son arme.
― Merci, dit-elle avec tout le soulagement du monde.
―
