La Vie est belle, n’est-ce pas ! - Anne Dechêne - E-Book

La Vie est belle, n’est-ce pas ! E-Book

Anne Dechene

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Beschreibung

Eliane, jeune citadine épanouie, pensait avoir trouvé l’équilibre parfait : un travail qu’elle aime, des amis fidèles, un compagnon, un appartement idéal. Cependant, un bouleversement inattendu vient tout remettre en question. Face à une décision radicale, elle quitte tout pour s’inventer ailleurs. Au détour de ce changement, une rencontre improbable – celle d’un ancien – fait naître une amitié lumineuse qui l’aidera à grandir. Un ouvrage tendre et inspirant sur le courage de se réinventer et la sagesse que l’on reçoit parfois là où on ne l’attend pas.

À PROPOS DE L'AUTRICE

Élevée à la campagne, Anne Dechêne puise dans ce cadre paisible une source de sérénité et d’inspiration. Assistante sociale de formation, elle place l’écoute et l’accompagnement au cœur de sa vie. Après Là devant moi ! qui invitait à la redécouverte de soi, elle signe ici un deuxième opus empreint de douceur et de tendresse, explorant le chemin de la reconstruction et les choix qui façonnent une vie.

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Seitenzahl: 286

Veröffentlichungsjahr: 2025

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Anne Dechêne

La Vie est belle, n’est-ce pas !

Roman

© Lys Bleu Éditions – Anne Dechêne

ISBN : 979-10-422-8643-9

Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

Pour ceux qui hésitent à quitter leur vie d’inconfort

par peur de découvrir l’inconnu.

Si le premier pas ne t’amène pas là où tu veux,

au moins il te sort de là où tu es.

Tout début a une fin

De mon lit, par l’espace de la jointure des tentures, je prends conscience que la nuit s’achève. Une nuit de plus au sommeil perturbé. Je pense que je n’ai jamais regardé autant les minutes s’égrainer sur l’écran du réveil que cette fois. C’est le jour J, celui que j’ai tellement essayé de repousser et pourtant… Impossible d’enlever une date au calendrier ou de passer outre, je le sais. Le jour fatidique est bien là !

Cette nuit ne fut pas étoilée, loin de là. Elle fut à l’image de mes dernières journées dans ce logement. La pluie, bousculée par les rafales, venait frapper les fenêtres. Le tonnerre grondait et j’ai même aperçu des éclairs déchirer le ciel à deux reprises. La vision offerte par ce déchaînement m’a occupé l’esprit et j’ai senti un peu moins le poids de ma solitude. En fait, cette animation m’a tenu compagnie durant mon insomnie. C’était un peu un duo virtuose entre la nature et moi. Nous étions sur la même longueur d’onde, entre colère, cafard et larmes. Mes humeurs étaient siennes et inversement. Assise dans mon fauteuil fétiche rouge à roulettes, je suis longtemps restée face à la fenêtre et les yeux dans le vague. J’étais en train de parachever cette page de ma vie, ce fut le point final. Puis, tout s’est arrêté d’un seul coup. Le Stop fut donné par le chef d’orchestre qui a déposé sa baguette et est rentré chez lui. Bon, moi, j’étais chez moi encore pour quelques heures, c’est donc dans mon lit que je suis rentrée pour attendre que le sommeil me gagne enfin ! J’étais apaisée et, surtout, épuisée. Il ne m’a pas fallu longtemps pour être emportée par la fatigue.

En cet instant, je suis couchée sur le côté, toujours la tête sur l’oreiller, j’observe les caisses alignées le long du mur. Quand j’y réfléchis, cela fait combien de temps que j’habite ce lieu, cinq ou six ans ? Il me faut légèrement calculer. J’avais quoi, 20 ans ? Mais presque 21 ! Je vais sur mes 27 dans quatre mois. Oui, donc six ans, un bail quoi. D’ailleurs, j’en ai signé deux d’une durée de trois ans, le compte est bon. Plutôt non, c’est faux. NOUS en avons signé deux et ce n’est pas avec le proprio qu’il a résilié le bail, mais avec moi ! La douleur de cette rupture toujours vive me fait monter les larmes aux yeux. D’un mouvement de la main, j’essuie celles que je ne peux recaler et me redresse. Plus de place au chagrin, je dois me ressaisir et débuter rapidement les derniers préparatifs. Car oui, mon déménagement, c’est aujourd’hui.

En m’agitant dans l’espace vide du trois-pièces, je ne peux m’empêcher de me remémorer les dernières semaines. Qu’est-ce que j’ai pu tourner et me déplacer pour rien dans cet appartement où presque toutes les traces de ma vie antérieure ont disparu :

Le canapé où, la tête posée sur ses genoux, je m’endormais bien souvent durant les reportages sportifs. La lampe sur pied que nous avions choisie ensemble et qui, même si hors budget, avait rejoint notre petit nid douillet. Il l’a emmenée, je ne voulais pas me rappeler nos soirées en la croisant du regard. Le meuble TV absent depuis près d’un mois, et la vision de ce tabouret qui l’a remplacé après son départ.

Dans la cuisine, son lieu préféré pour nous concocter ses menus de petit chef, je n’ai plus de repère. Il avait tout amené et a emporté l’entièreté. Depuis, je me suis rendu compte que des pâtes et des œufs tous les jours, cela ne fonctionnerait qu’un temps. Mes finances à présent ne me permettent pas trop d’écart, mais, pour ma santé, il sera nécessaire malgré tout que j’apprenne à varier un peu les plaisirs.

La chambre à coucher de style, ou plus justement de mon style, dégotée sur Marketplace, je l’ai bien entendu conservée. Tout d’abord, elle a intégré ma chambre de jeune fille lorsque j’ai voulu avoir un lit de deux personnes, et évidemment, j’étais toute fière de l’amener à notre appartement. Puis, pour ajouter sa petite touche dans la pièce, il avait couvert les murs de tableaux, de dessins. Là, je regarde autour de moi les emplacements laissant à nouveau visible la couleur vert pâle du mur. Chaque espace vidé de son contenu me renvoie l’image du souvenir du meuble ou bibelot installé par nos soins durant notre vie de couple. Ils brillent tous par leur absence, ce qui me fait souffrir au moindre regard perdu. Mes amis avaient raison lorsqu’ils m’ont bousculée, d’ailleurs un peu trop à mon goût. Même si je ne voulais pas le reconnaître à ce moment-là, il fallait que je quitte cet endroit rempli de nos souvenirs.

La sonnerie de mon GSM me fait sortir de ma rêverie, c’est bon, ils sont là. Je me dirige vers le parlophone et ouvre la porte. J’y suis, je ne sais plus bien où, mais je me laisse diriger et porter par le mouvement en cours. J’obéis et suis le rythme. Je n’ai pas vraiment le choix ! Intérieurement, j’ignore si j’arriverai à fermer la porte de ce chez-moi, pour la dernière fois. Je sais que c’est le cas pour celle de l’appartement, mais pour celle de mon cœur, de mes souvenirs, j’ai de sérieux doutes.

Tout le monde me dit :

— Le temps fera son œuvre ! comme pour tout deuil.

OK, je l’ai déjà entendu bon nombre de fois et l’ai certainement dit pour soutenir une amie qui traversait des moments difficiles ou toute personne qui vivait la perte d’un être cher. C’est ainsi que l’on essaie de donner de l’espoir d’un avenir plus doux, en espérant soulager une peine. Mais là, on parle de MOI !

Moi ! Oui, je suis là et je n’existe plus, je suis dévastée. J’ai fini de vivre le jour où il est parti. Je ne suis pas sûre de vouloir continuer ma route toute seule. Je sens au plus profond de mon cœur que je suis coupée en deux. Je crois que je ne veux pas le mettre de côté ou même quitter cette tranche de vie. C’est mon choix après tout !

Aux donneurs de leçons qui me répètent depuis plusieurs jours :

— Oublie-le, il ne te méritait pas !
— Sachez que non, je ne veux pas l’oublier, je me suis tellement répété qu’il faisait partie de moi. Combien de fois j’ai étouffé par son absence ? C’était mon oxygène, ma vie, ma moitié…

Oh que c’est pénible ces pensées, cette souffrance qui me ronge comme au premier jour lors de son départ. Cet acte qui m’a fait comprendre que Oui, c’en était fini de ce NOUS.

Là, je viens de parcourir les trois pièces totalement vides et fraîchement lavées. Je ferme doucement la porte et amène la clé vers la serrure. Mon amie Gabrielle me saisit la main et reste à mes côtés. Les larmes coulent malgré moi et je tremble d’émotion.

— Tu vas y arriver et tu te relèveras, me dit-elle chaleureusement.
— Oui, je suppose, mais c’est horrible !
— Je sais que ceci te fait souffrir. Et cela t’accompagnera encore un bon moment.
— J’adorais cet appart ! soufflai-je à demi-mot.
— Bien sûr ! Je te laisse. Prends le temps qu’il te faut. Je rejoins les autres près de la camionnette, me déclare Gabrielle en me quittant.
— Merci, tu es gentille, ai-je le temps de lui dire en la voyant s’éloigner.

Puis, juste avant de descendre l’escalier, elle revient sur ses pas et ajoute :

— Ce n’est pas la fin. Bientôt, tu remarqueras que c’est un nouveau départ !

C’est sur ces magnifiques mots qui me reviennent souvent à l’esprit que j’ai fermé cette porte en ville pour en ouvrir une autre à la campagne.

Toute fin est un début !

Sur le trajet, bien installée à l’arrière de la voiture de mes parents, je ne peux m’empêcher de me rappeler les semaines précédant ce bouleversement. À plusieurs reprises, Adrien avait disparu de la circulation, en général une nuit, parfois deux…

Je me souviens de ma réaction au moment de ses absences. J’étais totalement effondrée en me rendant compte que cela devenait répétitif. Je ne comprenais pas ce qui se passait. En fermant les yeux, je me revois notamment lors d’une fois en particulier :

Je suis seule, assise dans le canapé et je n’arrête pas de pleurer. Je me lamente, avec à mes côtés ma boîte de mouchoirs en papier. Ce jour-là, je décide de téléphoner à Gabrielle. Cela fait presqu’une heure qu’elle m’écoute religieusement. Elle me connaît tellement bien. Nous nous sommes rencontrées au début du graduat de comptabilité et avons évolué ensemble. C’est d’ailleurs grâce à elle que ma route a croisé celle d’Adrien. Lors d’une sortie en groupe au bowling le Carré d’AS, il accompagnait sa sœur, amie proche de Gabrielle. Au tirage au sort pour la composition des équipes, nous nous sommes retrouvés dans la même. Rapidement, nous avons échangé puis avons décidé de nous revoir. Nos envies et goûts étaient fort semblables concernant la musique, le cinéma et même sur l’avenir. Étudier, réussir autant que possible du premier coup pour ne pas se gâcher les vacances. Jovial, gentil et prévenant, il avait tout d’un bon camarade et d’un bon ami. Il s’avéra en plus qu’il était un bon amant, mais bon, là, ça me regarde.

Le temps a fait son œuvre et notre couple s’est affirmé. Adrien a ensuite été adopté par ma famille et moi par la sienne. J’étais accro à ce type. Un an et demi après notre rencontre, la fin des études arrivant, la question de la cohabitation s’est posée. Il avait un kot que je squattais de temps en temps mais qu’il ne pouvait pas garder. Il venait bien parfois chez nous en Outremeuse, mais il n’était pas envisageable qu’on y vive ensemble. C’est devenu une évidence de chercher à nous loger pour démarrer notre vie de couple. Juste avant le diplôme, nous avons déniché cet appartement non loin des Guillemins, ce qui facilitait l’accès aux transports en commun. Même si nous possédions tous deux le permis de conduire, il était hors de question d’acquérir un véhicule. Impossible financièrement de l’assumer de toute façon. Il nous fallait commencer petit avec nos emplois précaires. Après plusieurs contrats, l’un et l’autre avons signé un CDI. Ces belles étapes nous ont permis de terminer de nous meubler et ainsi de nous installer au mieux. Sorties, amis et famille nous comblaient et nous avons continué gentiment notre vie.

Puis, des mois et quelques années plus tard, voilà que je me retrouve seule le week-end de plus en plus souvent. À n’y rien comprendre, en tout cas à mes yeux. Je ne l’ai jamais empêché de passer du temps avec ses amis, nous en avions d’ailleurs plusieurs en commun. C’était clair dès le début de notre liaison : nous avions chacun des amitiés et des relations auxquelles nous tenions et qui faisaient partie de notre vie. Il était important de les garder, mais dans le respect du couple ! Ce n’était plus le cas de son côté, il piétinait notre engagement commun.

Dans ce cas de cafard, il n’était pas rare que Gabrielle joue du tam-tam et que mes amis décident alors de me changer les idées. Là, je me souviens d’un autre jour où mon moral était vraiment très bas. S’ils n’avaient pas rappliqué, je ne sais pas ce que j’aurais fait. Ou plutôt, si je sais ! J’aurais attendu l’être aimé sans manger, boire ou respirer. Puis, je l’aurais supplié par téléphone de revenir, de ne pas me laisser ainsi plus longtemps… J’aurais, à son retour, pleuré et me serais faite toute douce, j’aurais rampé au besoin… soit, me serais ridiculisée peut-être… non, sûrement.

Donc, cette soirée-là, à la suite de l’alerte réalisée par Gabrielle, mes amis ont égayé par des jeux mon mal-être. J’ai même ri de leurs bêtises. Le temps est passé et, fin de soirée, j’étais nettement mieux, comme reboostée. Oui, et ce, malgré leurs paroles parfois désobligeantes déjà entendues à de nombreuses reprises. Mais là, il y a dû se passer un « je ne sais quoi » tout au fond de moi. Bien sûr, je savais et sais que je peux compter sur la troupe pour écouter ma tristesse, mon gros coup de cafard et certainement mon incertitude. J’ignore où ils ont trouvé la patience pour la xième fois ce soir-là. En fin de compte, j’ai reçu également un maximum d’avis, de conseils avisés et un max d’amitié. Naturellement, mon cœur a aussi été malmené et mes pensées coachées de main de maître jusqu’aux petites heures. Le lendemain, à tour de rôle, chacun s’est manifesté, par téléphone ou par message. Quelle équipe !

Je les adore tous, même si à certains moments je les ai également détestés par leur comportement, mais surtout pour les paroles qu’ils m’envoyaient. C’était déchirant de les entendre critiquer celui que j’avais dans la peau et qui d’ailleurs occupe toujours actuellement la place d’honneur dans mon cœur. Mais bon, ils étaient lucides tandis que moi, j’avais la tête punaisée directement sur le cœur !

Toujours est-il que le vendredi suivant, alors qu’Adrien me prévenait qu’il partait à un week-end entre amis dans les Ardennes, j’ai réussi à lui dire :

— Reviens quand tu veux, pas de problème !

J’ai été surprise de m’entendre prononcer ces mots. Je venais de réussir une première étape :

Celle de montrer que je ne l’attendais pas pour vivre.

Que je ne resterais pas comme un toutou à la fenêtre pour guetter son retour.

Du coup, étonné, il m’a dit :

— Ah bon, tu as quelque chose de prévu ?
— Oui, il y a une soirée chez le cousin de Gabrielle et on vient me chercher à 20 h. Je dormirai peut-être sur place, ai-je précisé.
— OK, et bien… tant mieux. Amuse-toi bien ! a-t-il prononcé du bout des lèvres en se forçant à sourire.
— Toi aussi ! lui ai-je répondu d’un air plutôt affirmé.

Je savais que je venais de le piquer au vif. Il faut dire qu’il commençait à prendre de plus en plus de liberté en me mettant devant le fait accompli. Pour la première fois, c’est moi qui venais de le secouer un peu, d’ébranler son équilibre, peut-être ? Je venais en tout cas de l’avertir que j’allais agir de même en sortant pour m’amuser. J’en étais stupéfaite. Juste après son départ, j’ai téléphoné à Gabrielle et lui ai raconté la scène. Elle jubilait et, pour fêter cela, m’a invité à sortir, non pas chez son cousin, puisqu’aucune fête n’y avait lieu, mais dans le carré. Je ne me rappelle pas l’heure à laquelle j’ai remis les pieds dans l’appartement, mais par contre, très bien le mal de tête au réveil. C’est traitre les shots, surtout lorsqu’on décide de les boire l’estomac vide.

Quelques semaines plus tard, une deuxième étape a eu lieu, un vendredi soir fin janvier. Après avoir constaté qu’Adrien prenait sa douche et avait préparé des vêtements sur le lit, j’ai pris mon téléphone et ai envoyé un SMS : « Soirée jeux de société chez moi », ai-je lancé sur le groupe. C’est ainsi que quatre de mes amis ont débarqué. Le souper ne s’est pas tout à fait passé comme je l’avais prévu, puisque rapidement, le sujet de mon couple a été servi entre la pizza et le dessert. Les avis étaient unanimes, sauf mon vote blanc : « Cela ne pouvait plus durer, il fallait passer à l’action ». Julien a saisi son GSM, Gabrielle a pris un papier et moi j’ai été nommée d’office comme personnage principal. J’ai juste suivi le mouvement sans protestation. J’ai donné la date de signature du bail et Arthur a calculé le délai du renom. L’étape suivante a été la rédaction d’un courrier sur lequel il me restait à ajouter le jour calendrier et les signatures. L’enveloppe était prête et adressée au propriétaire du logement.

Gabrielle m’a observée tout au long des échanges pour décrypter mes réactions. Elle a bien vu que cela me bousculait mais que je ne me rebellais pas. Il fallait qu’on me donne un coup de pied au derrière, c’était fait !

— Je ne veux pas retourner chez mes parents, c’est inutile, ai-je déclaré alors que je déposais l’enveloppe sur le buffet.
— Il n’en est pas question, m’a déclaré Gabrielle.
— Tu vas trouver un logement ! Réfléchis-y et commence tes recherches dès que possible, m’ont répondu les amis, presqu’en chœur.

Bon, plus facile à dire qu’à faire ! Mais c’est pourtant ce que j’ai débuté avant de m’endormir et que j’ai poursuivi la matinée du lendemain. Définir un espace géographique me permettant d’aller et venir facilement, proche du travail, du lieu de réunion d’équipe et de mes amis. Ah oui, aussi de mes parents et de mon frère, moi qui les vois régulièrement. Oh là, il y en a des choses à penser. Il me faudra un véhicule également, mais pas trop cher. Soit ! C’est sur toutes ces pensées que le sommeil m’a gagné et que le lendemain, mon réveil m’a fourni une partie des réponses.

Curieusement au matin, je ne me suis pas du tout sentie abattue. Au contraire, je me sentais plutôt en forme. C’est ainsi que je me suis saisie de mon GSM et ai envoyé un SMS à mon frère.

— Puis-je venir dire bonjour, j’ai besoin de te parler ?

Il n’a fallu que deux minutes pour qu’il me téléphone.

— Tu vas bien ? s’est-il enquis directement, le ton tracassé.
— Oui, ça va, mais je voudrais t’expliquer quelque chose, lui ai-je répondu à la suite.
— Bien sûr. Attends, je demande à Virginie si tu peux te joindre à nous pour dîner. Écoute, elle a compris, pas de souci ! Elle m’a fait un signe de la tête. Eh bien, à tout à l’heure !

J’ai réellement apprécié d’avoir pris cette initiative de demander à venir les voir. Partager mon vécu et eux le leur m’a ouvert l’esprit et m’a fait avancer une fois de plus. Je m’en rappelle comme si c’était hier.

Belle famille

Me voilà dans le bus pour traverser la ville et monter à Cointe. Mon esprit est un peu perturbé, je ne sais pas vraiment comment aborder le sujet. Corentin est en général de bon conseil. Nous avons la chance de très bien nous entendre. Il a joué son rôle de grand frère à merveille. Il était tellement content quand il a appris la grossesse, m’a-t-on raconté. Il avait déjà 8 ans lorsque j’ai poussé mon premier cri. Il était fier d’aider les parents, de me lire des histoires le soir. Il était à mes côtés lors de ma première rentrée scolaire. En sa présence, il n’était pas possible que l’on me bouscule ou que l’on me cherche des noises, Bref, il me protégeait. J’ai d’ailleurs eu très difficile lorsqu’il a quitté l’établissement pour entrer à Saint-Servais. Heureusement, une semaine a suffi pour m’apaiser, j’avais près de moi mes amies.

Soudain, je repense à la lettre qui trône sur l’armoire et j’ignore quand Adrien va rentrer. Tant pis ! Qu’il assume ses choix et que lui aussi soit dans l’embarras. Après tout, c’est de sa faute ! Absorbée par mes pensées, j’en arrive presqu’à louper mon arrêt. Heureusement qu’une dame âgée met du temps pour entrer et s’installer. C’est ainsi que je prends conscience d’où on est et me lève d’un coup. L’aimable chauffeur comprend mon intention et ouvre la porte qu’il venait à peine de fermer pour repartir. Cent mètres me séparent de leur logement. Ils sont bien installés sur le dessus de la ville dans un joli quartier, non loin du centre. C’est un beau coin de verdure. Comme Corentin et Virginie mettent la main à tout, ils ont fait un vrai bijou de ce lieu acquis il y a 7 ans déjà. Alors que je sonne à la porte, j’entends mes nièces courir dans le couloir. Les revoir me changera également les idées. Il sera toujours temps de discuter pendant leur sieste. C’est Amanda qui me saute au cou la première. Justine est juste derrière et attend sagement son tour. Elles se ressemblent tellement ! Seule la petite tâche sous l’œil droit d’Amanda me permet de les distinguer.

— Allez, les filles, laissez entrer Tante Eliane et allez aider maman à dresser la table, dit Corentin à ses filles.
— Elles sont vraiment adorables, dis-je en les regardant partir vers la cuisine.
— Oui, oui, tout le monde me le répète souvent. Mais bon, ce n’est pas rose tous les jours, ajoute Corentin en refermant la porte derrière moi.
— Je suppose, mais je ne le saurai peut-être jamais.

Ces mots sortent tout seuls de ma bouche et, voyant le regard stupéfait de mon frère, je me mords les lèvres et passe devant lui.

— Et alors, Virginie, comment vas-tu ? lançai-je en entrant dans la cuisine.
— Super ! contente de te voir. Il paraît que tu as envie de discuter un peu, me répond-elle.
— Oui, mais pas tout de suite. Je préfère jouer avec ces demoiselles, dis-je en tournant les talons et en me dirigeant vers le salon pour aller les taquiner un peu.

Le repas se déroule calmement et le sujet principal qui nous occupe est l’entrée en maternelle des filles. Je sens les parents autant confiants que tracassés. C’est une étape et le décompte est lancé. Il reste une dizaine de jours avant leurs deux ans et demi. L’école est toute proche et les premières semaines, la gardienne a proposé de les reprendre pour la sieste. Ce sera donc un tournant tout en douceur.

Les filles insistent pour que ce soit moi qui les monte pour leur sieste. Toutes deux me prennent la main et m’emmènent vers l’escalier. J’adore ce moment où elles font de moi le centre de leur préoccupation. Je suis la reine et elles sont mes princesses. Je découvre ainsi les nouveaux jouets et peluches. Comme il s’agit de la sieste, pas d’histoire officielle. Juste celles que j’invente lorsqu’elles posent la tête sur l’oreiller. Je m’inspire toujours de leur univers et de ce qu’elles m’ont raconté. Donc, ici :

Plume l’éléphant (étrange nom pour un éléphant) part se promener avec son ami Joko le singe. Ils aiment vraiment la forêt et particulièrement le grand espace de jeux près du lac. Tout d’un coup, Joko, qui se balance de liane en liane, décide de tout lâcher pour tomber dans l’eau, plouf, dis-je tout calmement en faisant tomber la peluche sur le lit. Ensuite, je poursuis :

Au même moment, Plume se met à courir, puis s’élance et saute à son tour. PLOUF ! dis-je en lâchant l’éléphant et en frappant dans les mains.

Les filles sursautent et commencent à rire avec moi. C’est ainsi que j’entends mon frère crier du bas de l’escalier :

— Eliane, je te rappelle qu’elles sont là pour dormir !
— Oui, oui, elles ont les yeux fermés d’ailleurs, prononçai-je tout me en mettant rapidement la main sur la bouche pour caler mon rire.
— Hi hi hi ! raisonne dans la chambre.
— Papa a raison, maintenant, reposez-vous et fermez les yeux. À tout à l’heure mes trésors ! dis-je en posant un baiser sur le front de chacune.
— Tantôt Tant’ Eliane.
— Tantôt, Tant’ Eliane.

Je ferme la porte et redescends l’escalier. Virginie et Corentin ont déjà débarrassé la table et sont installés dans le salon. À leur regard, j’ai l’impression d’entrer dans une salle d’examen.

— Et alors, tu voulais me parler seul à seul ou Virginie peut entendre ? me demande directement mon frère.
— Non, pas de souci. Virginie pourra certainement m’aider. C’est une fille après tout, dis-je sans vraiment me rendre compte de mes paroles.
— OK, merci et oui, je suis une fille, c’est vrai ! dit-elle en souriant.
— Oh, ce n’est pas ce que je voulais dire, mais plutôt, ton avis… enfin, tu sauras peut-être te mettre à ma place…
— Tracasse. On t’écoute ! me lance-t-elle.

Je m’installe dans le fauteuil et les regarde assis côte à côte dans le canapé, juste en face de moi. Quel beau couple ! Cela me fait plaisir et, en même temps, me renvoie à ce qui n’est plus ! J’ignore par où commencer en fait. Alors, je repense à la lettre :

— J’ai préparé un courrier pour le proprio. C’est un renom pour le bail ! précisai-je pour débuter par ce qui me trotte principalement dans la tête.
— Ah bon ? disent-ils presqu’en même temps.

Je vois leur étonnement. Ils tournent la tête l’un vers l’autre, puis je croise à nouveau leurs regards. Ils attendent la suite et restent silencieux.

— Il faut que je trouve un logement… et une voiture. Je quitte Liège ! dis-je sans réfléchir.

Cela m’est venu tout seul. Un peu comme une décision que mon cerveau avait prise et qu’il daignait à cet instant m’en avertir.

— Adrien est d’accord de quitter la ville ? me demande Corentin.
— Ce sera sans lui ! répondis-je du tac au tac.
— Ok Eliane. Ton récit n’est effectivement pas vraiment dans l’ordre et je ne suis pas certain de te suivre, me déclare Corentin.

Sur ces entrefaites, Virginie vient à mon secours pour résumer la situation qu’elle pense avoir bien cernée.

— Ta sœur se sépare et doit trouver un endroit pour se loger. Comme elle n’habitera plus à Liège, elle va également avoir besoin d’une voiture.
— C’est ça ! Exactement ! prononçai-je, l’air un peu trop enthousiaste pour mon cœur serré par l’émotion.
— D’accord, vraisemblablement, ta décision est prise, ajoute Corentin.
— Juste à l’instant ! dis-je étonnée moi-même.
— Qu’attends-tu de nous puisque tu voulais me parler ? déclare-t-il.
— En fait, je ne sais pas ! J’avais besoin de me l’entendre dire tout d’abord. C’est fait et ce n’est pas marrant du tout ! énonçai-je, les larmes dans les yeux.
— Normal ! Respire un bon coup, prononce alors Virginie.

Un peu gênée, je poursuis :

— À présent, j’ignore comment m’organiser pour chercher un logement.
— D’accord, mais dis-nous d’abord comment tu vas ! engage directement ma belle-sœur avant même que Corentin ne réagisse.

C’est ainsi que j’explique les absences répétées d’Adrien puis les soirées et conseils de mes amis. Je termine avec la répartie que j’ai eue puis les dernières semaines de « cohabitation ».

— Pourquoi ne nous as-tu rien dit ? Nous aurions pu t’aider, déclare mon valeureux frère.
— Je ne sais pas, j’étais honteuse et perdue en fait, dis-je en baissant les yeux.
— Honteuse de quoi, de vouloir être respectée ? lâche Virginie sur un ton plus ferme qu’elle ne le voulait certainement.
— Oh là, la solidarité féminine a parlé. On se calme un peu, ajoute son mari en lui posant la main sur la jambe.
— Oui, prenons les choses dans l’ordre, répond-elle alors en se ressaisissant.
— Sais-tu pourquoi nous habitons ici ? me demande mon frère après avoir croisé le regard de son épouse.
— Non, pas vraiment ! lui répondis-je.
— En fait, nous savions que nous voulions des enfants. C’est sur base notamment de l’école et de son enseignement que nous sommes ici. C’est également pour le calme et la verdure, bien entendu. Nous voulions élever nos enfants dans un lieu sécurisé, entre nature et ville.

D’un coup, je me rappelle qu’effectivement, l’école toute proche applique la méthode Frenet. C’est ainsi que mon frère et son épouse ont cherché un logement à proximité. Ils ont eu une opportunité, mais la bâtisse nécessitait pas mal de travaux. Cela ne leur a pas fait peur et ils ont retroussé leurs manches. À présent, ils sont bien installés et sont heureux d’y voir grandir leur progéniture.

— La première chose à faire est donc de cibler tes priorités pour ensuite définir une zone géographique, me dit Corentin.
— OK, mais je ne veux pas acheter, je ne saurais pas obtenir un prêt toute seule. Puis d’ailleurs, je désire d’abord retrouver un équilibre et prendre le temps de voir où je me plais.
— Bien entendu, mais quelles sont tes priorités en dehors de moi ? dit-il en m’envoyant un large sourire.
— La proximité de mon travail, en sachant que je commence à avoir des réunions dans plusieurs endroits. Et puis, je donne également des formations à Namur. Pour le moment, je m’en sors avec le covoiturage, mais cela pourrait ne pas tenir dans la durée.
— Donc, c’est l’occasion d’en parler aux parents. La semaine passée, papa m’a parlé de son envie de changer de voiture. Peut-être peux-tu reprendre la leur ? ajoute-t-il directement.

Après la sieste et le goûter, j’étais plus légère grâce à l’écoute et l’amour que je venais de recevoir. Nous sommes tous les cinq partis nous promener pour que les filles me montrent leur école. Elles semblent heureuses de cette étape à venir. Ils m’ont ensuite accompagnée jusqu’à l’arrêt et m’ont fait de grands signes lorsque le bus a démarré. J’étais contente de rentrer chez moi, puis ai rapidement senti mon cœur s’emballer. Et si Adrien m’attendait la lettre à la main ! Arrivée sur le palier, j’ai pris une grande respiration. Ensuite, j’ai voulu ouvrir, pensant qu’il était rentré, mais la porte était verrouillée. J’étais donc seule. Je me suis jetée dans le canapé et me suis remémoré la journée. C’était vraiment un beau moment et la balade tous ensemble fut géniale. Voir ces paysages et cette nature autour de chez eux sur le dessus de la ville de Liège, c’est réellement magique.

Soudain, je ressens une sensation d’oppression. Je ne comprends pas car j’ai profité du grand air et suis en forme, même si la fatigue est présente. Pour chasser cet état, je me lève et me prépare à souper. Corentin et Virginie m’ont proposé de rester avec eux, mais j’avais envie de revenir à l’appartement. Nos échanges m’ont fait du bien, mais cela m’a malgré tout retournée dans tous les sens. Dans la poche, j’ai placé une carte imprimée. Elle est agrémentée de croix pour les axes autoroutiers et de petits ronds pour mes lieux de réunion. Je sais que cela va m’aider à y voir plus clair et à prendre mes décisions, mais un pas à la fois. Ici, je les fais vers le frigo car mon estomac réclame de la nourriture. J’entends un bip au loin et directement, je pense que c’est peut-être Adrien. Mais non, Corentin me prévient qu’il va m’envoyer plusieurs liens pour des locations et me demande si cela me dérange. À peine le bain des filles donné et la mise au lit réalisée, ils ont tous deux commencé des recherches.

Pas du tout !

Je lui écris et les remercie autant pour la journée que pour cette recherche. Me rendant compte que j’ai déjà assez cogité aujourd’hui, je leur annonce que je regarderai le tout le lendemain. Effectivement, après la douche, je suis littéralement vidée de toute énergie. Le sommeil m’emporte et je n’entends même pas Adrien rentrer. Je le découvre au matin, endormi sur le canapé. Il sursaute lorsque je mets en route le micro-ondes pour me chauffer la tasse de cacao qui agrémente quotidiennement mon petit déjeuner.

— Désolée de t’avoir réveillé, je pars travailler, dis-je sans lui prêter une réelle attention.
— Euh… Je dois m’apprêter également, je pars dans dix minutes, me répond-il en jetant un œil à l’écran de son GSM.

C’est à peu près tout ce que l’on s’est dit !

Sur le trajet qui me mène au travail, je comprends que mon cœur et mon esprit viennent de se mettre d’accord. Les pièces du puzzle de ces derniers jours terminent de prendre leur place et dessinent un avenir tout autre que celui que j’avais planifié. Cela me conduit directement à l’étape suivante, celle de me trouver un logement au plus vite. Malgré cette décision plutôt mûrie, une boule pèse toujours sur mon estomac. Elle est notamment composée d’un élément primordial : parler avec Adrien !

La déclaration

Ma journée de travail se passe très bien. Je ne pense plus à mon couple, aux difficultés que je vis et encore moins à mon avenir incertain. Je suis juste dans mes calculs la matinée et dans ma réunion de service l’après-midi. Avant de quitter, je prends le temps de noter dans mon agenda les différentes dates de formation à donner aux nouveaux et les lieux de supervision pour les six prochains mois. Satisfaite, je reviens nettement plus tard que d’habitude à l’appartement. Quelle ne fut pas ma surprise de voir un sac dans l’entrée ainsi que la lettre ouverte jetée sur la table ! J’avais encore oublié de l’ôter, à croire que c’était un acte manqué.