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Le génie de Pascal, une chance pour l’humanité, a pu faire dire au Pape Paul VI que la langue française possède « la magistrature de l’universel ». Par ses Pensées traduites dans le monde entier, Pascal est bien un maître universel, dans la clarté éclatante de ses écrits. Ce livre montre que leur justesse, leur profondeur et leur élévation font de lui un guide pour la vie encore aujourd’hui, à l’heure de ses 400 ans.
Maître à penser universel par sa rigueur d’acteur du progrès scientifique d’une stupéfiante précocité, Pascal conjugue à merveille le raisonnement de l’« esprit de géométrie » et l’intuition de l’« esprit de finesse ».
Son « apologie de la religion chrétienne » est une prodigieuse pédagogie de la foi, avec son célèbre « pari » contre la « misère de l’homme sans Dieu ».
Maître spirituel, il a connu le bonheur d’une Foi vécue pour un Dieu-Amour avec la coopération de la Raison. Outre ses Provinciales de Port Royal contre des Jésuites laxistes, ses Pensées contiennent des pépites de sagesse aux formules lumineuses, ‘bonheurs d’expression’ au reflet d’éternité.
Malgré sa maladie, il accède au bonheur suprême dans l’extase de la Révélation d’une « Nuit de feu ». Dans son âme ardente ainsi purifiée, éloignée d’un « Jansénisme » fantomatique, dans le privilège de cette conversion, Pascal pourra-t-il être élevé au rang des « Bienheureux » par l’Église ?
À PROPOS DE L’AUTEUR
Journaliste, essayiste, enseignant après des études de lettres classiques et d’histoire, Denis Lensel collabore à Radio Espérance et au site Aleteia.
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Seitenzahl: 167
Veröffentlichungsjahr: 2023
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Denis Lensel
Le bonheur de Pascal
Lettre ouverte au Pape François
Du même auteur
Le Passage de la mer Rouge, les chrétiens dans la libération des peuples de l’Est, Fleurus, 1991.
Le levain de la liberté, l’Église et les totalitarismes du xxe siècle, Régnier, 1996.
Pour guérir, des médecins proposent, Téqui, 1998.
Jean-Paul II vu par…, Éd. F-X de Guibert, 2001.
Insupportables catholiques, Éd. F-X de Guibert, 2006.
« Nous lui devons la liberté », Jean-Paul II et les orthodoxes, Salvator, 2008.
François le successeur, la complémentarité des papes, Téqui, 2020.
En collaboration :
Génération JMJ, Fayard, 1997.
La pensée unique, le vrai procès, Economica, 1998.
La Famille à venir, Economica, 2000.
Les autoroutes du mal, Presses de la Renaissance, 2001.
Atout Famille, Presses de la Renaissance, 2007.
Faisons Chemin, entretiens avec Mgr Defois et Henri Hude, Saint-Léger, 2022.
Préface
À l’occasion de la célébration du quatrième centenaire de la naissance de Blaise Pascal (1623-1661), Denis Lensel annonce un livre intitulé « Le Bonheur de Pascal ». Selon lui, le bonheur de Pascal a sa source auprès du Golgotha. Bernanos, augustinien contemporain, rend très exactement compte de cette paradoxale réalité : « Chacun, écrit-il, au moins une fois dans sa vie a cru couler à pic, toucher le fond. L’illusion que tout nous manque à la fois, ce sentiment de complète dépossession est le signe divin, qu’au contraire tout commence »1 et encore : « Pour rencontrer l’espérance, il faut être allé au-delà du désespoir »2. On verra que cette métaphore rend très précisément compte de la vie intérieure de Pascal.
Denis Lensel insiste de plus sur la proximité de l’expérience présente du pape François – issu pourtant de la Compagnie de Jésus si hostile à Port-Royal – qui s’est déclaré favorable à la béatification de Pascal. L’expérience port-royaliste est de la sorte placée dans le sillon de l’Église et de la papauté contemporaine. Il souligne de plus avec raison la vacuité du terme jansénisme.
Les tenants d’une certaine tradition catholique ont voulu voir dans le jansénisme une hérésie. Pour qu’il y ait hérésie, il faut condamnation d’un texte. Or toute l’histoire autour de la bulle Cum Occasione est celle d’un texte introuvable qui sera condamné quoiqu’on ne l’ait pas retrouvé.
Aujourd’hui, les plus grands des pascaliens nous ont quitté ou sont entrés dans une humble retraite. Ayant fourni un travail titanesque, ils méritent, à tout le moins, une mention. Il faut bien sûr nommer, en tout premier M. Jean Mesnard que la mort aura empêché de mener à bien un gigantesque projet : publier tout ce que Pascal avait écrit et tout ce qui a été écrit à son sujet ; M. Philippe Sellier à propos duquel Jean Mesnard disait qu’il lui avait apporté stimulation et idées neuves, M. Jean Le Saulnier, M. Gérard Ferreyrolles et d’autres.
Pour revenir à l’ouvrage annoncé, celui-ci est une riche synthèse qui propose un panorama critique des études essentielles réalisées sur Blaise Pascal. Il souligne le propos juste et acéré qui valut à Pascal le succès de ses Provinciales, texte polémique auquel il travailla en compagnie d’Arnauld. À ce sujet M. Michel Le Guern nous a procuré dans son Pascal et Arnauld toute une série de mises au point extrêmement précieuses qui font apparaître à la fois leurs divergences et leur indéfectible amitié3. Les Provinciales sont consacrées initialement à la grâce puis à la vie morale. Ce sens de la langue vaut aux lecteurs que nous sommes, des reliefs qui s’offrent à nous sous la forme de perles stylistiques. Elles font la joie et suscitent l’enthousiasme des orpailleurs que sont peu ou prou les lecteurs de Pascal. Plongeons la main dans notre besace où sont conservées les Pensées ! Nous y trouvons des pierres précieuses resplendissant de mille feux. Nous n’avons que l’embarras du choix : « Trois degrés d’élévation au pôle renversent toute la jurisprudence… » – « Le droit a ses époques, l’entrée de Saturne au Lion nous marque l’origine d’un tel crime. » – « Plaisante justice qu’une rivière borne ! Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà. » « Que le cœur de l’homme est creux et plein d’ordures. » On aperçoit alors l’origine du scintillement et de la force de la prose pascalienne qui s’explique par la charge métaphorique du discours.
Il serait toutefois décevant de fêter le quatrième centenaire de la naissance de Pascal en nous arrêtant exclusivement aux Provinciales. Celles-ci relèvent de la communication, au sens contemporain du mot. Pascal y joue le rôle de facilitateur discret. La grande œuvre est son apologie inachevée de la religion chrétienne, connue sous le titre de Pensées. On aperçoit la diversité des talents de Pascal : communicant, penseur plus que philosophe, chercheur, scientifique poursuivant des recherches sur le vide, mathématicien, physicien, à la tête d’une sorte de startup travaillant à l’assèchement du marais poitevin et à la construction de canaux, en lien avec le duc de Roannez, gentilhomme-entrepreneur. Par ailleurs il remit à la reine de Pologne en partance pour son lointain royaume une machine à calculer de son invention pendant qu’à Varsovie, Buratini (1617-1681) port-royaliste convaincu au service du roi de Pologne, construisait une machine volante4. Étonnamment, Pascal ne semble pas avoir suivi ces dernières expériences.
Cependant ce qui fascine et a fasciné le lecteur moderne, c’est la pensée paradoxale dont use Pascal. Elle est inspirée de saint-Cyran qui écrit : « Il n’appartient qu’à la grâce d’allier des choses contraires. Elles ne sont plus contraires lorsque, par grâce, elles sont alliées. » Ainsi en est-il de la crainte et de la paix, de la souffrance et de la joie, de la folie et de la sagesse, de la nécessité et de la liberté… » ; M. Laporte a bien montré dans ses travaux qu’Arnauld transposait théologiquement la spiritualité de Saint-Cyran. Pour lui la théologie catholique est l’alliance de deux concepts apparemment inconciliables : toute-puissance de Dieu et liberté humaine. Isolées, elles seraient hérétiques alors que réunies, elles sont la vérité catholique. Elles sont la vérité catholique non pas en raison d’un consensus, mais par suite d’une perspective nouvelle qui naît de la ruine de la philosophie et transcende les contraires en plaçant la problématique à un point de vue supérieur. La théologie d’Arnauld ne se situe donc pas dans la continuité du raisonnement mais en rupture.
Ce raisonnement paradoxal sera développé par Pascal dans les Pensées. Cela est vrai dès l’Entretien avec M.de Sacy : Pascal y ramène la philosophie à deux écoles, les dogmatistes et les sceptiques. Pour lui Épictète représente le dogmatisme et Montaigne le scepticisme. Sur les trois points d’études et de réflexion qui s’offrent à la philosophie, justice, vérité, vrai bien (bonheur), les deux courants philosophiques, pyrrhonisme et dogmatisme, auxquels l’auteur des Pensées ramène toute la philosophie, s’opposent frontalement. Ainsi pour le dogmatisme, la philosophie peut mener à la justice, à la vérité et au bonheur quand pour le pyrrhonisme elle en est radicalement incapable. Ces deux écoles, qui représentent la quintessence philosophique, se détruisent l’une l’autre. C’est la philosophie qui ruine toute la philosophie. Néanmoins, ayant fait provisoirement table rase de la philosophie, la ruine de la philosophie va permettre d’accueillir une réalité supérieure qui redonne sens à l’insensée philosophie.
Dès la mise en marche de la réflexion philosophique, cette dernière est comme « déboussolée » par l’ébranlement que suscite le discours de Pascal. Le diptyque grandeur/misère en fournit un exemple. En effet, la misère se conclut de la grandeur et la grandeur de la misère : « C’est… être misérable que de se connaître misérable mais c’est être grand que de se connaître misérable » (Sellier fr. 148). La misère de l’homme est évidente. Il est donc misérable mais l’homme a conscience de sa misère. Il est donc grand. Il affirme alors sa grandeur manifestant par là sa misère. Nous sommes au rouet, dirait Montaigne. Pascal se proposait d’adopter cette démarche philosophique pour en faire le plan de son Apologie de la religion chrétienne. « La vérité de l’Évangile ne se déduit pas de la philosophie ; c’est après l’anéantissement de cette dernière qu’arrive la Révélation qui apporte l’introuvable vérité » (A. Gounelle, L’Entretien de Pascal avec M.de Sacy, 1966, p. 103).
La réflexion philosophique apparaît comme un dépouillement puisque le savoir ne peut être que l’abandon des certitudes. La vie spirituelle l’est aussi. Elle implique en effet le passage par l’écroulement de toute vie intérieure à l’issue d’angoisses et d’ennuis (cf. supra Bernanos) au sens que Racine – célèbre port-royaliste d’abord ingrat puis reconnaissant – donne à ce terme. « Dans l’Orient désert quel fut mon ennui » (Racine, Bérénice Acte I). Le Carmel appellera « nuit » cette expérience. La Mère Angélique connut également cette expérience qu’elle évita de rapprocher de celle du Carmel. La réformatrice de Port-Royal avait eu de bonnes relations avec les premières filles de sainte Thérèse mais elle se montrait critique face à l’évolution des carmels parisiens.
Pascal fit l’expérience de l’Essentiel à l’issue de sa prise de conscience de la vanité du monde et de la science. Lors de la nuit de feu du 23 novembre 1654 dont il conserva traces dans un document appelé « Mémorial » : « Oubli du monde et de tout, hormis Dieu/joie joie joie pleurs de joie… Renonciation totale et douce etc./Soumission totale à Jésus-Christ et à mon directeur (fr 913). » Il consacra désormais son temps aux pauvres et aux malades, à ceux de l’extérieur et à ceux qu’il avait recueillis chez lui. Puis il s’installa chez sa sœur avant de mourir le 21 août 1662. Paradoxalement, au moment où il se dépouillait de tout, il conservait l’entreprise de transports publics (les carrosses à cinq sols) qu’il avait créée avec le duc de Roannez notamment. Ce n’était pas incohérence ! Il conservait sa fortune pour les pauvres après sa mort. Par son testament, en effet, il donna aux Hôpitaux généraux de Paris et de Clermont la moitié de sa part aux pauvres : ainsi les bénéfices des « carrosses à cinq sols » furent réservés aux plus démunis.
Peu avant de mourir il écrivait : « Je vois mon abîme d’orgueil, de curiosité, de concupiscence ; mais il (le Christ) a été fait péché pour moi… Il faut ajouter mes plaies aux siennes et me joindre à lui et il me sauvera en se sauvant » et encore : « Je bénis tous les jours de ma vie mon rédempteur… qui d’un homme plein de faiblesse, de misère, de concupiscence, d’orgueil et d’ambition a fait un homme exempt de tous ces maux… n’ayant de moi que la misère et l’erreur. »
Pascal fut non seulement un grand savant et un grand penseur, il fut également un mystique. On ne peut que remercier Denis Lensel d’avoir voulu fêter celui qui, pour Julien Green, est « le plus grand des Français ».
François Boulétreau
Directeur général émérite de l’Institut catholique d’études supérieures.
Fait Chevalier de l’ordre de Saint-Grégoire-le-Grand en 2011, a été assistant invité de l’Université catholique de Lublin et Senior Lecturer de l’Université du Witwatersrand à Johannesburg.
1 (Saint Dominique, p. 9 dans Essais et écrits de combat, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade 1971, p. 3-18).
2 (La liberté pour quoi faire ? Œuvres romanesques, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1961, p. 1182, note de la p. 1116).
3 Paris, Champion, 2003.
4 K. Targosz, « Le Dragon volant de Tito Livio Buratini », Annali Dell’Istituto e Museo di Storia Della Scienza Di Firenze, Anno II, 1977,fasc. 2°, p. 67-85.
I. L’héritage d’un génie sanctifié
I
Nous autres Français, croyants comme incroyants, Saint-Père, nous sommes heureux de célébrer la mémoire de Pascal, en cette année qui marque le 400e anniversaire de sa naissance. Nous en ressentons un certain bonheur de diverses façons, selon que nous sommes croyants ou non, chrétiens, catholiques ou protestants, ou bien agnostiques ou encore athées.
Nous sommes heureux de nous rappeler tout l’héritage que ce penseur hors du commun nous a légué pour des générations, à nous Français comme au reste du monde.
Et certains d’entre nous pensent même que dans la grandeur secrète qu’il a ressentie dans son intimité spirituelle avec Dieu, Pascal a bien été heureux malgré les épreuves de sa santé et de sa vie. Oui, il fut bien un homme heureux, il fut bien heureux, d’un bonheur peut-être paradoxal d’un point de vue physique, mais ce bonheur sans aucun doute, ce bonheur conforme à celui de certaines des Béatitudes du Christ, aura probablement fait de lui un homme digne d’être déclaré… « Bienheureux » par l’Église, comme vous l’avez dit vous-même, Pape François.
Cette Église est comptable des grâces, des peines et des mérites de ses brebis, dans leur multitude présente, mais aussi dans la vaste multitude de ceux qui ont déjà rendu leur âme à Dieu ; une foule d’hommes et de femmes dont on peut mesurer la valeur d’un regard rétrospectif, le regard d’un amour capable aussi de reconnaître à leur juste valeur ceux que l’Église peut béatifier, rendant ainsi heureux à leur échelle bien des hommes vivant de nos jours.
Le Bonheur de Pascal, c’est aussi le bonheur de notre Église qui peut éprouver la fierté légitime de son héritage. C’est également le bonheur de tous ceux qui, encore aujourd’hui, découvrent l’œuvre immense de ce penseur qui a su allier Foi et Raison avec une telle puissance créatrice.
En cette année 2023, en effet, notre pays se réjouit de fêter les 400 ans de la naissance de Blaise Pascal. C’est un bonheur et c’est une chance. Le bonheur d’une fierté légitime, et la chance de puiser encore dans ce trésor de sagesse et de boire à cette source de vie spirituelle d’une profondeur rarement atteinte.
II
Le génie de Pascal est une chance pour l’humanité
Par l’héritage qu’il nous a laissé, cet homme nous a apporté d’immenses ressources, que nous pouvons encore exploiter aujourd’hui dans notre vie pour notre plus grand bien.
L’œuvre de Pascal peut nous éclairer dans de nombreux domaines de l’existence. Plus encore, l’itinéraire qu’il a suivi dans la trajectoire de sa vie courte mais féconde peut nous servir de modèle à bien des égards, à nous qui vivons dans un monde en crise.
Pascal vivait lui-même dans un monde qui sortait de la crise des xve et xvie siècles, avec l’épreuve des « Guerres de religion », ces guerres civiles internes à l’Église et endémiques dans plusieurs pays de l’Europe d’alors. Ces guerres civiles qu’il dénonçait comme « le plus grand des maux »…
Aujourd’hui, notre monde est en proie à une crise qui est peut-être la pire de toutes celles qu’il a traversées jusqu’à maintenant : notre monde est tenté et hanté par des germes d’autodestruction suicidaire, dans son oubli ou son rejet du Décalogue des commandements de Dieu, cette boussole éthique de la civilisation judéo-chrétienne.
Notre monde malade et fragile a besoin de retrouver une sagesse, dans sa décadence morale et culturelle où la capacité de nuire est dangereusement multipliée par un accroissement sans précédent des moyens matériels de destruction, et dans ses guerres qui vont désormais – comme vous l’avez vous-même rappelé, Saint-Père, à Hiroshima et à Nagasaki – jusqu’à la menace de destruction de notre planète…
Cette année, en France comme partout dans ce monde, chaque homme a besoin de trouver – ou de retrouver – le chemin du bonheur, et a la chance renouvelée de la rencontre avec le génie bienveillant et bienfaisant de Blaise Pascal.
III
La « magistrature de l’universel »
Virtuose dans l’art d’écrire, Pascal est un orfèvre de la langue française, notre langue. Pape François, cette langue a « la magistrature de l’universel », si l’on s’en réfère à la formule magnifique de votre prédécesseur Paul VI, qui l’a employée pour appeler à la paix dans le monde à la tribune des Nations Unies en 1965 : doué d’un talent prodigieux Pascal est un maître écrivain de l’universalité, un penseur inégalé de l’univers et du catholicisme.
Par ses Pensées traduites dans le monde entier, Pascal est un maître universel, dans la clarté éclatante de ses écrits. Leur justesse, leur concision, leur profondeur et leur élévation font de lui un guide pour la vie, encore aujourd’hui, à l’heure de son 400e anniversaire.
Maître à penser et à écrire, Pascal l’est par sa rigueur d’acteur hors pair du progrès scientifique d’une stupéfiante précocité. Il a conjugué à merveille le raisonnement de l’« esprit de géométrie » et l’intuition de l’« esprit de finesse ». Comme un critique littéraire l’a écrit cette année, Pascal, quand il dénonçait les sophismes de certains théologiens, des Jésuites…, ou plus encore, quand il préparait une Apologie de la religion chrétienne, « n’entendait pas faire de la littérature, mais persuader et convaincre ». N’a-t-il d’ailleurs pas affirmé que « la vraie éloquence se moque de l’éloquence » ?
Des pépites de sagesse aux formules éclatantes
Outre ses « Lettres Provinciales » de Port-Royal contre… des Jésuites laxistes qui cautionnaient le relâchement des mœurs à son époque, ses « Pensées » possèdent une valeur perpétuelle : elles contiennent des pépites de sagesse aux formules lumineuses, des « bonheurs d’expression » au reflet d’éternité. Oui, c’est bien parce qu’il a la jeunesse d’une valeur éternelle que le discours de Pascal n’a pas vieilli : il nous parle encore aujourd’hui le langage direct d’un perpétuel contemporain.
Aujourd’hui comme hier, nous recueillons avec bonheur ces fragments d’une œuvre inachevée mais précieuse avec ses marques de sagesse clairvoyante.
C’est le bonheur de Pascal que nous ressentons, avec la joie de découvrir et redécouvrir sans cesse ces messages dont la forme a parfaitement épousé le contenu, comme l’écrin d’un diamant. Comme le contour d’une alliance de l’homme avec Dieu, au milieu de l’univers des « deux infinis », l’infiniment grand et l’infiniment petit, perçus dans leur géométrie vertigineuse et dans leur finesse absolue.
IV
Une prodigieuse efficacité scientifique et humaine
Particulièrement précoce, celui que Chateaubriand évoquera comme « un effrayant génie » a composé un traité d’acoustique à l’âge de 11 ans, un traité de géométrie à 12 ans. À 16 ans, il écrit un traité sur les coniques : ces courbes planes algébriques, qui décrivent la forme des orbites d’un système à deux corps sous l’effet de la gravitation, seront d’un intérêt particulier en astronautique.
Maître et champion de l’efficacité humanitaire et sociale, Pascal a procédé à l’assèchement des marais insalubres du Poitou, un chef-d’œuvre d’une agronomie écologique avant la lettre ; et il a mis au point la première entreprise de transports en commun à la portée du plus grand nombre, avec les « carrosses à cinq sols » dans Paris.
Il a aussi effectué des expériences novatrices sur l’existence du vide, et mis au point une presse hydraulique. Ses « expériences du vide » contribuent fortement à l’étude des fluides et clarifient les concepts de pression et de vide, en étendant le travail de Torricelli qui était quant à lui l’inventeur du baromètre.
Il a inventé à l’âge de 19 ans la première machine à calculer, la « pascaline », onéreuse mais en mesure de faciliter et d’accélérer le travail des comptables, et… celui d’un père collecteur d’impôts, bientôt transformé lui aussi en apôtre du christianisme. Dans son récit biographique « La vie de Monsieur Pascal », sa sœur Gilberte précise qu’avec cette « machine d’arithmétique », « non seulement on fait toutes sortes de supputations sans plumes et sans jetons, mais on les fait même sans savoir aucune règle d’arithmétique, et avec une sûreté infaillible ».
Elle rapporte que « cet ouvrage a été considéré comme une chose nouvelle dans la nature, d’avoir réduit en machine une science qui réside tout entière dans l’esprit, et d’avoir trouvé le moyen d’en faire toutes les opérations avec une entière certitude, sans avoir besoin du raisonnement ».
En 1659, à l’âge de 26 ans, Pascal publie sous un pseudonyme un Traité de la roulette : les mathématiciens le considéreront comme un livre situé à la charnière des recherches, qui aura précédé le calcul infinitésimal créé par Newton en 1669 et par Leibnitz en 1684.
V
Maître spirituel par-dessus tout
Par-dessus tout maître spirituel, Pascal a connu le bonheur d’une Foi vécue pour un Dieu-Amour avec la coopération de la Raison.
Rappelant le drame de la nuit de Gethsémani, Pascal nous secoue, nous autres hommes insouciants, avec ces mots à la fois fraternels et impérieux : « Jésus sera en agonie jusqu’à la fin du monde : il ne faut pas dormir pendant ce temps-là »…
Cependant, Pascal nous apporte une définition du bonheur qui nous appelle à nous dépasser en sortant de notre ego tout en nous maintenant dans notre condition humaine : « Le bonheur n’est ni hors de nous ni dans nous. Il est en Dieu, et hors et dans nous » (fr 26 éd. Sellier).
