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Dans cet ouvrage très pédagogique, l’auteur nous plonge dans l’histoire et la spiritualité du cœur de Jésus, ou Sacré Cœur. Partant des apparitions de Paray-le-Monial au XVIIe siècle, il élargit notre regard pour nous en faire découvrir les origines, l’ampleur et l’actualité. Le cœur de Jésus n’est pas, en effet, une dévotion parmi les autres (sentimentale ou doloriste, comme on le croit trop souvent), mais désigne le message central de l’Écriture, déployé dans toute l’histoire de l’Église et dont nous sommes appelés à vivre pleinement aujourd’hui. Un livre lumineux et argumenté, pour renouveler notre compréhension du cœur de Jésus et le laisser transformer notre cœur.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Prêtre du diocèse de Malines-Bruxelles et membre de la Communauté de l’Emmanuel,
Benoît de Baenst a enseigné la théologie pendant de nombreuses années et est coresponsable de l’Unité pastorale des Sources Vives à Ixelles et Uccle. Il est l’auteur de
Que penser de l’au-delà ? (Fidélité, 2020) et
La Parole de Dieu (Emmanuel, 2021).
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Seitenzahl: 163
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Conception couverture : © Christophe Roger
Image couverture : © Monastère de la Visitation (Paray-le-Monial)
Composition : Soft Office (38)
© Éditions de l’Emmanuel, 2022
89, bd Auguste-Blanqui – 75013 Paris
www.editions-emmanuel.com
ISBN : 978-2-35389-993-7
Dépôt légal : 2e trimestre 2022
In memoriam Édouard Glotin s. j. Daniel Dideberg s. j.
Introduction
Le cœur de Jésus est à la fois très connu et peu connu. En visitant une église, qui n’a vu, peut-être sans vraiment le remarquer, dans une chapelle latérale ou au-dessus d’un autel, une statue de Jésus avec un cœur entouré d’une couronne d’épines sur sa poitrine ? Innombrables sont les églises en Europe et dans le monde où l’on trouve de telles statues, plus ou moins réussies d’un point de vue artistique. À ces représentations, il faut encore ajouter tous les vitraux, les tableaux… Cela fait d’une certaine manière partie du décor habituel, à tel point qu’on ne s’en rend même plus compte. Tout juste se dit-on : « Ah, encore un Sacré-Cœur ! » et l’on passe sans trop y faire attention. De ce point de vue, donc, le cœur de Jésus est très connu, généralement davantage sous le vocable de « Sacré-Cœur ». Mais l’idée que l’on en a est souvent à l’image de la couche de poussière qui recouvre la plupart de ces statues : un reliquat du passé sans grande importance, une dévotion d’un autre âge. C’est une statue parmi d’autres, une dévotion parmi d’autres à côté de saint Antoine, de sainte Rita, de sainte Thérèse de Lisieux… De temps à autre cependant, certains s’attardent devant l’une ces statues, comme s’ils étaient aimantés par un je-ne-sais-quoi mystérieux. Une double question se pose alors. Pourquoi tant de représentations du cœur de Jésus ? Pourquoi ce cœur ?
Les plus perspicaces en connaissent l’origine. Cela vient des apparitions de Jésus à Marguerite-Marie Alacoque à Paray-le-Monial, en Bourgogne française au XVIIe siècle. À cette religieuse de l’ordre de la Visitation, fondé par Jeanne de Chantal et François de Sales, Jésus a révélé son cœur et demandé que l’on instaure une fête universelle en son honneur, chose qui fut faite. Il a aussi promis des grâces spéciales à ceux qui honoreraient son cœur. Mais, pourrait-on se demander, comment se fait-il qu’une révélation privée ait eu un tel impact, un tel rayonnement ? Pourquoi tant d’images du Sacré-Cœur dans le monde, au point que quasiment chaque paroisse ait désiré avoir sa propre statue ? En fait, en instaurant la fête du Sacré-Cœur, l’Église a reconnu une réalité autrement plus profonde qu’une énième dévotion. Lorsque l’Église s’engage si fortement, en instituant une fête liturgique à laquelle elle attribue le plus haut degré de solennité, c’est qu’elle exprime quelque chose de fondamental qui est son bien depuis les débuts. C’est dire que le cœur de Jésus ne se réduit pas aux événements de Paray-le-Monial. Il est une réalité dont l’Église vit, au moins implicitement, depuis toujours, une réalité exprimée dans l’Écriture et la Tradition. Autrement dit, malgré un aspect poussiéreux aux yeux de certains, le cœur de Jésus est aujourd’hui encore d’une actualité brûlante car il est la réalité et l’expression de quelque chose d’essentiel. Comme le titre de ce livre l’indique, le cœur de Jésus est au cœur de la foi – et nous pourrions ajouter de la charité et de l’espérance – chrétienne.
Au cœur de la foi ? Qu’entendre par là ? Que la vie chrétienne trouve son barycentre dans le cœur de Jésus ? Que tout se rapporte à lui ? Oui, certainement ! De nombreux chrétiens et théologiens l’ont d’ailleurs montré. Le but de ce livre n’est cependant pas d’expliquer comment toute la foi, la charité et l’espérance se rapportent au cœur de Jésus, comment elles y trouvent à la fois leur source et leur centre. Notre intention est plutôt de montrer que, loin d’être une nouveauté du XVIIe siècle, le cœur de Jésus a toujours été au cœur de la vie et de la foi chrétiennes, et ainsi d’en élargir notre compréhension. À sa manière, l’Écriture sainte l’exprime et la Tradition de l’Église, en lisant l’Écriture, en a progressivement reconnu et déployé la richesse. Et elle continue de le faire. L’histoire du cœur de Jésus est donc extrêmement riche, et elle n’est pas terminée.
Dans cette histoire, les révélations privées de Jésus à Marguerite-Marie Alacoque sont une étape particulièrement importante. Par elle, le Seigneur a voulu faire connaître l’amour de son cœur au monde. Aussi commencerons-nous par relater brièvement la vie de la visitandine, en nous concentrant sur le cœur de Jésus. Ensuite, nous plongerons dans l’Écriture et nous verrons combien le cœur de Jésus y est déjà présent et révélé. Plus loin, nous verrons comment, au cours des siècles, l’Église, guidée par l’Esprit Saint, en a progressivement découvert et explicité l’incommensurable valeur. En mettant ainsi en valeur les témoignages du cœur de Jésus dans l’histoire, nous pourrons en recevoir une intelligence plus profonde et précise. Le fruit de nos « fouilles », cependant, demandera quelques approfondissements théologiques, car les implications du cœur de Jésus ne sont pas sans poser question. Nous essaierons humblement de répondre à quelques-unes.
Chapitre 1
Le cœur de Jésus chez sainte Marguerite-Marie
Comme nous l’avons dit dans l’introduction, c’est par Marguerite-Marie Alacoque que le culte du cœur de Jésus, sous la forme que nous lui connaissons aujourd’hui, s’est répandu. Aussi n’est-il pas sans intérêt de nous attarder un tant soit peu sur la vie de la sainte visitandine. Le but ici n’est pas de raconter sa vie de long en large. Nous ne ferons qu’esquisser son portrait en opérant un zoom sur les événements particulièrement liés au cœur de Jésus.
Dans la vie de sainte Marguerite-Marie Alacoque, on peut distinguer trois grandes périodes. La première s’étend de sa naissance à son entrée au monastère de la Visitation de Paray-le-Monial. La seconde court de l’entrée au couvent au départ du père Claude La Colombière pour l’Angleterre. La troisième, enfin, va jusqu’à la mort de la visitandine. La première relate les débuts de la vie de l’héritière du Sacré-Cœur, la seconde, les grâces du Sacré-Cœur jusqu’à la reconnaissance qu’elles sont bien de Dieu, la troisième, la progressive extension du culte du cœur de Jésus et les combats qui y furent liés jusqu’à la mort de Marguerite-Marie.
Avant de raconter cette vie exceptionnelle, une mise en garde s’avère utile. Car pour éviter de nous méprendre au sujet de Marguerite-Marie, de ce qu’elle a fait et écrit, il nous faut prendre conscience, comme le dit Édouard Glotin s. j., de trois fossés. Le premier est celui qui sépare les ruraux des urbains que nous sommes. La vie alors était d’une rudesse qui très tôt exigeait une grande force morale. Le deuxième est la différence entre l’homme du XVIIe siècle et celui d’aujourd’hui, moins capable de porter l’austérité et la souffrance qu’à l’époque de Marguerite-Marie, dominée par le jansénisme. Pour celui-ci, il s’agissait davantage, malheureusement, de craindre Dieu que de l’aimer. Nous verrons justement comment le cœur de Jésus est une réponse à cette maladie spirituelle qu’est le jansénisme. Enfin, le troisième fossé est dû à la grande sainteté de Marguerite-Marie. Difficile pour nous de saisir l’univers d’une telle vie mystique et ses conséquences. Ces trois fossés ont une incidence sur le langage. La manière dont écrit Marguerite-Marie peut mal sonner à nos oreilles, voire nous rebuter. Attention donc à ne pas laisser ces possibles impressions nous priver de la grande richesse de sa vie et de ses écrits. Il s’agit d’entrer par la petite porte. Nous sommes ici au seuil d’une expérience spirituelle d’une intensité peu commune dont la logique nous dépasse, au moins en partie. Ouvrons donc maintenant ce que Dieu nous dévoile du livre de vie de Marguerite-Marie.
De la naissance à l’entrée au couvent
Née le 22 juillet 1647 de Philiberte Lamyn et Claude Alacoque, notaire royal à Verosvres, à moins de 30 kilomètres de Paray-le-Monial en Bourgogne, Marguerite grandit dans une famille de bons chrétiens, généreux envers les pauvres. Elle est la cinquième de six enfants, seule fille restante puisque ses deux sœurs décèdent en bas âge. Ayant reçu comme marraine l’épouse du seigneur de Corcheval, elle a assez tôt appris la lecture et le catéchisme. Et très vite, elle se met à aimer profondément Dieu et ne désire en rien le blesser. Il suffit ainsi de lui dire que telle chose est un péché qui offense Dieu pour qu’elle s’arrête « tout court1 ». À l’âge de cinq ans, elle se sent intérieurement appelée à se donner tout entière à Dieu, ce qu’elle fait un jour lors d’une eucharistie entre les deux élévations. Elle prie souvent et librement le chapelet à genoux, n’osant s’adresser à Jésus que par Marie.
Trois ans plus tard, à l’âge de huit ans et demi, le 11 décembre 1655, Marguerite se retrouve orpheline de père. Elle est alors envoyée chez les clarisses urbanistes de Charolles, à une quinzaine de kilomètres, pour apprendre à mieux lire et à écrire. Là, elle fait sa première communion à neuf ans, ce qui est jeune pour l’époque. L’effet de la première communion est assez impressionnant. L’attrait et la saveur de Dieu sont alors tels que les petits plaisirs et les divertissements, pourtant bons en soi, c’est-à-dire toute autre chose que Dieu, deviennent pour elle sans goût et même amers. Elle se sent par contre de plus en plus attirée par la solitude et la prière, au point qu’elle ne trouve de repos qu’en se tournant vers Dieu. Elle désire devenir comme les religieuses chez lesquelles elle demeure tout en trouvant qu’elles ne sont pas assez retirées du monde.
Lors de sa deuxième année scolaire cependant, Marguerite commence à souffrir d’escarres et d’anorexie au point d’avoir du mal à se mouvoir. Au bout de deux ans, sa mère doit la ramener chez elle, aux « Janots ». Pendant quatre ans, la jeune malade reste sans pouvoir marcher, souffrant intensément. Tous les remèdes s’avèrent impuissants. Après s’être consacrée à la Vierge Marie et lui avoir promis, si elle la guérit, de devenir une de ses filles, elle retrouve la santé. Mais, si les souffrances physiques cessent, d’autres s’abattent sur elle. En effet, l’oncle paternel de Marguerite décide d’occuper la maison construite par son défunt père sur le terrain de sa grand-mère paternelle. Marguerite et sa mère sont alors instamment priées, voire obligées, de laisser leur logis pour un autre, nettement plus modeste, sur la même propriété. Là, elles doivent cohabiter avec la belle-mère et la grand-tante dans une seule pièce qui sert à la fois de chambre à coucher, de cuisine et de salle à manger. La veuve est ainsi dépouillée de son autorité, dans sa propre maison, par sa belle-mère, une grand-tante et sa belle-sœur. Plus encore, la mère et la fille subissent la tyrannie de ces trois parentes qui les harcèlent moralement. Marguerite se retrouve, selon ses propres mots, en « captivité2 », ne pouvant rien faire, même sortir, sans le consentement de chacune des trois. Et lorsque sa pauvre mère tombe malade, elle est la seule à prendre soin d’elle.
Heureusement, durant cette période, la vie spirituelle de Marguerite est déjà très intense. Son cœur se sent consommé du désir d’aimer le Seigneur3. Elle aime s’approcher au plus près du tabernacle et servir les pauvres. Jésus lui-même lui apprend à prier à et se recueillir dans l’oraison du cœur. Il lui découvre combien il a souffert par amour pour elle et lui montre comment agir comme lui dans ces souffrances. Durant cette période, Jésus lui est toujours présent. Elle le voit « sous la forme d’un Crucifix ou d’un Ecce Homo4 ». Candidement, Marguerite croit que les autres bénéficient eux aussi de ces grâces si fortes. En 1669, à l’âge de vingt-deux ans environ – ce qui est assez tard comparé à notre époque –, elle reçoit le sacrement de la confirmation. Elle décide alors d’ajouter Marie à son prénom.
Parvenue à l’âge adulte, Marguerite-Marie est tiraillée entre d’une part les pleurs de sa mère qui n’a plus d’autre espérance que son mariage pour la sortir de la misère5 et d’autre part le désir et l’appel de Dieu à se donner tout à lui dans la vie religieuse. Et une fois fermement et intérieurement décidée, il lui faut beaucoup d’énergie pour convaincre sa mère et son plus jeune frère, déterminés à la marier, de la laisser se consacrer au Seigneur et entrer là où le Seigneur l’appelle, c’est-à-dire au monastère de la Visitation de Paray-le-Monial. Cet ordre a été fondé par Jeanne de Chantal et François de Sales « pour donner à Dieu des filles d’oraison6 ».
La révélation du cœur de Jésus
Après de nombreux combats, le 25 août 1671, à l’âge de vingt-quatre ans donc, Marguerite-Marie prend l’habit au couvent de la Visitation de Paray. Lors de sa première visite au monastère, Jésus l’avait encouragée et confirmée en lui disant : « C’est ici que je te veux7. » Au monastère, Marguerite-Marie est plus âgée et plus mûre que ses compagnes novices. À son entrée, ses responsables reconnaissent que, en matière d’oraison, elles n’ont pas affaire à une débutante. Aussi lui conseille-t-on seulement ceci : « Allez vous mettre devant Notre-Seigneur comme une toile d’attente devant un peintre8. » De fait, avant d’entrer au monastère, Jésus lui-même avait commencé à l’enseigner, à lui présenter les mystères de sa vie qu’il souhaitait la voir considérer.
Marguerite-Marie fait sa profession religieuse le 6 novembre 1672. Très habile dans les différents travaux, la nouvelle visitandine sera chargée au cours de sa vie religieuse de tous les emplois de son monastère, excepté ceux de portière et de supérieure. Comme nous l’avons déjà mentionné, la vie spirituelle de notre religieuse était déjà intense et marquée par de nombreux faits mystiques avant son entrée au monastère, et cela continue. En voici quelques exemples au monastère de la Visitation. Elle reçoit de nombreuses lumières sur la passion du Christ. Le 11 juillet 1673, une lumière divine vient reposer sur ses bras sous la figure d’un petit enfant et la guérit d’une grave extinction de voix. Le 4 octobre 1673, saint François d’Assise lui apparaît dans une éminente lumière de gloire auprès du Seigneur Jésus, au-dessus des autres saints. Elle le reçoit comme guide particulier « pour, écrit-elle, [la] conduire dans les peines et les souffrances qui [lui] arriveraient ». Parmi toutes ces grâces reçues, il en est trois grandes qui concernent particulièrement le cœur de Jésus.
Première « grande » apparition
La première a lieu le 27 décembre 1673, deux ans après l’entrée à la Visitation, le jour de la fête de saint Jean l’évangéliste. Dans la chapelle du monastère de Paray, le Christ découvre pour la première fois son sacré Cœur à Marguerite-Marie. En voici le récit qu’elle donne dans son autobiographie :
Une [fois] donc, étant devant le saint Sacrement, me trouvant un peu plus de loisir, car les occupations que l’on me donnait ne m’en laissaient guère, me trouvant toute investie de cette divine présence, mais si fortement, que je m’oubliai de moi-même et du lieu où j’étais, et je m’abandonnai à ce divin Esprit, livrant mon [cœur] à la force de son amour. Il me fit reposer fort longtemps sur sa divine poitrine, où il me découvrit les merveilles de son amour, et les secrets inexplicables de son sacré Cœur, qu’il m’avait toujours tenus cachés, jusqu’alors qu’il me l’ouvrit pour la première fois, mais d’une manière si effective et sensible qu’il ne me laissa aucun lieu d’en douter par les effets que cette grâce produi[si]t en moi, qui crains pourtant toujours de me tromper en tout ce que je dis se passer en moi. Et voici comme il me semble la chose s’être passée :
Il me dit : – « Mon divin Cœur est si passionné d’amour pour les hommes, et pour toi en particulier, que ne pouvant plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu’il les répande par ton moyen et qu’il se manifeste à eux pour les enrichir de ses précieux trésors que jse te découvre, et qui contiennent les grâces sanctifiantes et salutaires nécessaires pour les retirer de l’abîme de perdition ; et je t’ai choisie comme un abîme d’indignité et d’ignorance pour l’accomplissement de ce grand dessein, afin que tout soit fait par moi. » – Après, il me demanda mon cœur, lequel je le suppliai de prendre, ce qu’il fit, et le mit dans le sien adorable, dans lequel il me le fit voir comme un petit atome qui se consommait dans cette ardente fournaise, d’où le retirant comme une flamme ardente en forme de cœur, il [le] remit dans le lieu où il l’avait pris, en me disant : « Voilà ma bien-aimée, un précieux gage de mon amour, qui renferme dans ton côté une petite étincelle de ses plus vives flammes9. »
Ailleurs, dans une lettre, la sainte décrit l’événement de la manière suivante :
[La] première grâce particulière qu’il me semble avoir reçue pour cela, ce fut un jour de saint Jean l’Évangéliste qu’après m’avoir fait reposer plusieurs heures sur cette sacrée poitrine, je reçus de cet aimable Cœur des grâces dont le souvenir me met hors de moi-même. […] Après cela, ce divin Cœur me fut présenté comme dans un trône de flammes, plus rayonnant qu’un soleil et transparent comme un cristal, avec cette plaie adorable, et il était environné d’une couronne d’épines, qui signifiait les piqûres que nos péchés lui faisaient, et une croix au-dessus qui signifiait que dès les premiers instants de son Incarnation, c’est-à-dire que dès lors que ce sacré Cœur fut formé, la Croix y fut plantée, et il fut rempli dès ces premiers instants, de toutes les amertumes que devaient lui causer les humiliations, pauvretés, douleurs et mépris que la sacrée humanité devait souffrir, pendant tout le cours de sa vie et en sa sainte Passion10.
Puis elle poursuit :
Et il me fit voir [que] l’ardent désir qu’il avait d’être aimé et de les retirer de la voie de perdition où Satan les précipite en foule, lui avait fait former ce dessein de manifester son Cœur aux hommes, avec tous les trésors d’amour, de miséricorde, de grâce, de sanctification et de salut qu’il contenait, afin que tous ceux qui voudraient lui rendre et procurer tout l’amour, l’honneur et la gloire qui serait en leur pouvoir, il les enrichît avec abondance et profusion de ces divins trésors du Cœur de Dieu, qui en était la source, lequel il fallait honorer sous la figure de ce Cœur de chair, dont il voulait l’image être exposé et porté sur moi, et sur le cœur, pour y imprimer son amour et le remplir de tous les dons dont il était plein et pour détruire tous les mouvements déréglés. Et que partout où cette sainte image serait exposée, pour y être honorée, il y répandrait ses grâces et ses bénédictions11.
La richesse de cet événement est telle qu’il est nécessaire de le décanter un peu pour mieux en percevoir la force.
Soulignons tout d’abord les circonstances. Marguerite-Marie est à la chapelle du monastère devant le Saint Sacrement le jour de la mémoire de l’évangéliste Jean. Très prise par les tâches qui lui incombent au couvent, elle profite en effet de cette fête, pendant laquelle elle a plus de temps libre, pour venir prier à la chapelle.
Durant ce temps, le Seigneur la fait reposer plusieurs heures sur sa poitrine, comme le disciple que Jésus aimait à la dernière Cène. Elle est si investie de la présence du Seigneur qu’elle se trouve dans l’oubli de soi et de l’endroit où elle est. Elle se livre à la force de l’amour du Christ.
C’est alors que le Seigneur lui ouvre les « secrets inexprimables de son sacré Cœur ». Marguerite-Marie pénètre pour la première fois ce mystère. Elle découvre quelque chose de nouveau alors même qu’elle est déjà religieuse et qu’elle a déjà une riche expérience des choses de Dieu. Elle acquiert une conscience nouvelle de l’amour de Jésus.
