Le café des écorchés - Frédérique Mosimann - E-Book

Le café des écorchés E-Book

Frédérique Mosimann

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Beschreibung

Eugénie, Pénélope et Guillaume, trois accidentés de la vie, trois parcours de vie. Celui d'Eugénie veuve depuis peu qui vit péniblement la perte de l'homme de sa vie. Celui de Pénélope en plein "burnout" qui remonte difficilement la pente et qui digère amèrement son divorce ou plutôt, son union avec un manipulateur. Celui du Guillaume qui a souffert de violences psychologiques. Tous les trois avec un lourd vécu que le hasard a décidé d'aider en leur ouvrant la porte du café. Ce café où ils se rencontrent, se livrant les uns, les autres, sur leurs parcours de vie qu'il partagent au fil du temps, jusqu'à devenir inséparables. Soyez les bienvenus au café des écorchés !

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Seitenzahl: 121

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Illustrations

Couverture : Écorchure – Frédérique Mosimann 4e de couverture : Tendresse Sibylline – William Monteiro

Infographie

William Monteiro

À mon Tonton…

À toutes les femmes et tous les hommes en souffrance, qu’elles soient physiques ou psychologiques, n’oubliez jamais que la roue tourne, emplissez-vous d’espoir, ne vous interdisez pas le bonheur, aimez-vous, vous y avez droit !

Sommaire

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Chapitre 15

Chapitre 16

Chapitre 17

Épilogue

Chapitre 1 Un lieu atypique

Pénélope déambulait dans le centre de Bordeaux, préoccupée par son rendez-vous de 11 heures, au numéro 7 de la rue du Pont de la Mousque. Elle se demandait comment ce dernier allait se dérouler, ce qu’il lui réservait, et elle ne savait pas comment l’appréhender, ce qui la déstabilisait énormément.

Son angoisse grandissante, elle décida de quitter le chahut de Sainte-Catherine, artère piétonne toujours bondée qui reste un lieu incontournable de cette belle ville de Bordeaux. Elle emprunta les petites ruelles, jusqu’à ce que le 2, rue Courbin l’interpelle.

Elle se sentait attirée, tout comme si la façade de ce vieux café était aimantée, et que sa charge magnétique lui disait : viens, entre ! Sans réfléchir, elle poussa la porte et fut émerveillée par l’atmosphère et par la chaleur qui se dégageait de cet endroit.

Un mélange de bars, de librairies et de brocante s’offrait à son regard ébahi. Comment était-il possible qu’un tel lieu existe dans sa ville sans qu’elle le sache ? Il est vrai qu’elle ne prenait les petites rues de traverses que depuis peu. Auparavant, elle déambulait la tête haute à travers les rues très fréquentées de Bordeaux.

Elle se mit à contempler cet endroit et remarqua que les murs étaient en « pierre de Bordeaux ». Des tomettes d’origine, couleur rouille, apportaient de la chaleur à cet intérieur dont l’éclairage chaud, mais tamisé, suggérait le délassement. Le contraste entre la pierre blanche et les tomettes rouille dégageait une ambiance apaisante.

Comme elle avait du temps devant elle, elle décida de s’installer à une table pour contempler le décor que lui proposait cet établissement, tout droit sorti d’un songe.

Il représentait tout ce qu’elle aimait : les livres qui étaient ses fidèles compagnons de route depuis son enfance, le vieux mobilier qui racontait son histoire au fil du temps, et la tenancière derrière son comptoir qui dégageait tant de chaleur et de bienveillance.

Plongée dans ses pensées et dans son rêve éveillé, Pénélope ne vit pas arriver Eugénie qui la fit sursauter :

— Alors ma jolie, qu’est-ce qui vous ferait plaisir ? Sortie brusquement de son émerveillement, Pénélope balbutia :

— Euh…, servez-moi un petit noisette, s’il vous plaît.

Eugénie s’en retourna au comptoir pour lui préparer sa commande tout en chantonnant. Cette femme, plus toute jeune, dégageait une bonhomie, une envie de satisfaire ses clients qui étaient chose rare de nos jours, et qui rendaient cet endroit encore plus précieux aux yeux de Pénélope.

Repartie dans le tumulte de ses pensées, Pénélope ne se rendit pas compte qu’Eugénie avait déposé sur la table une tasse avec un expresso, un petit pot de lait chaud, le tout accompagné d’un biscuit et du traditionnel bâtonnet de sucre. La délicatesse dont Eugénie avait fait preuve la fit sourire.

Le temps filait si vite qu’il était déjà l’heure de partir pour son rendez-vous de 11 heures. Pénélope se sentait moins angoissée après ce moment passé dans cet endroit plein de surprises. Sans doute, la magie dégagée par le café et la tendresse d’Eugénie avaient su l’apaiser, sentiment méconnu pour elle aujourd’hui.

Elle se déplaça au comptoir afin de payer.

— Excusez-moi, Madame, puis-je vous régler ?

— Bien sûr, vous nous quittez déjà ?

— Eh oui, je n’ai malheureusement pas le choix, j’ai un rendez-vous important à 11 heures.

Le ton et la mine sombre de Pénélope provoquèrent chez Eugénie le même effet qu’un coup de poignard dans le cœur.

— Alors ça fera 1,50 €.

Pénélope, le regard vide, régla sa note et s’en alla. Lorsqu’elle arriva sur le pas de la porte, Eugénie lui dit :

— Bonne journée, j’espère vous revoir très vite !

Pénélope partit tête baissée, sans même se retourner, errant dans la rue comme une âme en peine.

Eugénie interpellée et touchée par cette jeune femme ne put s’empêcher de se poser des questions à voix haute :

— La pauvre petite, si mignonne, mais tellement ravagée à l’intérieur, que lui arrive-t-il et quel est ce mystérieux rendez-vous de 11 heures qui a l’air de la bouleverser ? Ah ! chienne de vie, pourquoi tortures-tu cette demoiselle ?

Eugénie en resta là de ses tergiversations et s’installa, nostalgique, derrière son comptoir.

Si la vie n’avait apparemment pas épargné Pénélope, Eugénie avait eu, elle aussi, son lot et cachait, derrière sa bonhomie, une grande tristesse. Elle continuait, malgré tout, à ouvrir tous les jours son café pour servir ses clients de moins en moins nombreux.

Lasse de ses pensées, Eugénie émit tout de même le souhait que la petite revienne. Elle ressentait au fond d’elle que cette rencontre n’était pas due au hasard, et que si leurs routes s’étaient croisées, il y avait bien une raison.

Chapitre 2 Eugénie

Eugénie, du haut de ses 76 ans, prit place à la table où Pénélope s’était installée et laissa voguer ses souvenirs sur son parcours de vie…

Comme bon nombre de jeunes filles dans les années 60, Eugénie était tombée enceinte à l’âge de 16 ans et avait caché sa grossesse le plus longtemps possible à ses parents, ignorant quelle pourrait être leur réaction.

Heureusement pour elle, ils étaient ouverts et aimants. Ils n’avaient pas émis de jugement, et ne l’avaient pas acculée. Au contraire, ils l’avaient accompagnée et soutenue.

À l’époque, il n’y avait pas cinquante solutions, on trouvait le papa et l’on mariait le duo. Nous ne nous rendions pas compte que le nouveau couple était composé de deux gosses, qui avaient « fauté », mais voilà, ce qui est fait, est fait.

Elle donna naissance à un fils sans imaginer le bonheur et le lien indéfectible qui les unirait à tout jamais. Pour Eugénie, c’était là le début de sa première véritable histoire d’amour.

Quelques années plus tard, une fille pointa le bout de son nez, mais le couple vacillait. Son mari avait tendance à boire énormément ce qui rendit la vie d’Eugénie et de ses enfants, précaire.

Lorsque ses parents se rendirent compte de la situation dans laquelle vivait Eugénie, la décision de la séparation fut prise. Il ne servait à rien de mettre tout un ménage en danger pour les seuls actes du père, qui ne se comportait pas en tant que tel.

Peu après son divorce, Eugénie alla à une soirée dansante, et laissa ses petits sous la garde aimante de leurs grands-parents. Elle était encore si pétillante, il fallait bien qu’elle vive tout de même un peu sa jeunesse, même si cette dernière avait déjà été raccourcie et qu’elle avait dû grandir très vite.

En arrivant à la salle de bal, elle le vit. Grand, élancé, beau, ténébreux, la voix grave. Elle sut à ce moment-là qu’il serait l’homme de sa vie !

À partir de cet instant, Eugénie mit tout en œuvre pour le conquérir. Elle alla même jusqu’à emmener sa propre mère avec elle dans les bistrots, afin qu’elle l’aide dans ses manigances pour l’approcher et le posséder.

Divorcé, père de 4 enfants, il ne comprenait pas ce que cette « jeunette » pouvait bien lui trouver. Il était plus âgé et son parcours de vie lui faisait croire qu’il n’avait rien de bien à lui offrir.

Il esquivait toutes les tentatives d’Eugénie, allant jusqu’à se cacher sous les tables lorsqu’il la voyait entrer. Il ne se doutait pas, à quel point elle était prête à tout pour parvenir à ses fins.

Las de se battre, et malgré lui fort attiré par cette femme, il baissa la garde et ce qui devait arriver, arriva. Ils tombèrent passionnément amoureux et décidèrent d’unir leurs vies après avoir vécu quelques années ensemble.

Les débuts furent compliqués pour Eugénie qui n’était pas acceptée par ses enfants, il est vrai que sa différence d’âge avec son aînée ne dépassait guère la quinzaine d’années. La force de leur amour leur permit de passer outre les tempêtes, et de vivre de merveilleux moments.

Eugénie l’avait su de suite, ce serait lui et aucun autre. Elle ne s’était pas trompée !

À la fin des années 60, il était difficile pour un artisan de nourrir une famille de 6 rejetons, raison pour laquelle, Eugénie et lui n’eurent pas de bambin ensemble. Par contre, Eugénie rêvait secrètement de reprendre ce petit bar situé 2, rue Courbin.

À chaque fois qu’ils passaient devant, Eugénie lui disait :

— Tu sais mon chéri, je serais heureuse de rouvrir ce café, je m’y sentirais tellement bien, ce pourrait être un peu « notre bébé ».

Et sans se lasser, il lui répondait :

— Mon amour, les temps sont difficiles, nos enfants ne sont pas tous hors de la coquille. Nous avons d’autres priorités, mais je sais ce que tu souhaites, un jour peut-être…

Les années passèrent et Eugénie ne cessait de penser au petit bar, se disant que son mari, tellement habile de ses mains pourrait en faire une merveille. Il pourrait être l’enfant qu’ils n’avaient pas eu. Une fois hors de ses rêveries, elle mettait de côté ce désir inaccessible, remplie de mélancolie.

Alors qu’elle s’était fait une raison sachant que le café resterait une illusion, son adoré lui proposa d’aller faire une promenade dans les rues de la ville.

Eugénie, fatiguée par une semaine de nettoyage de lycée, n’avait pas une envie folle de quitter son nid douillet pour aller déambuler dans les rues de Bordeaux, mais voyant l’excitation de son mari, finit par accepter.

Au cours de leur promenade, elle ne se doutait absolument pas de la surprise que lui réservait son bel amour, qui la baladait de rue en rue.

Arrivés au 2, rue Courbin, il lui demanda de fermer les yeux, ce qu’elle fit immédiatement, rêvant secrètement que ce jour serait le début d’une nouvelle aventure.

Son mari la fit languir un peu, puis il lui dit :

— Mon amour, ouvre les mains.

Eugénie emplie d’impatience obtempéra sans poser de questions et c’est là que, tout en douceur, il lui mit un trousseau de clés dans les mains et lui dit :

— Voilà mon cœur, ce café tant espéré est enfin à toi, tu pourras en faire ce que tu voudras.

Eugénie, le souffle coupé par cette surprise lui sauta au cou.

— Oh ! mon amour, mais… mais comment cela est-il possible ? Nous n’avons pas l’argent pour payer ce café, quelle folie as-tu faite ?

Il lui répondit :

— Depuis la première fois où nous sommes passés devant cet établissement, j’ai mis de côté quelques pièces chaque jour, sans te le dire et voilà qu’aujourd’hui, ce bar est à toi.

— Mais enfin, pourquoi ne m’en as-tu jamais parlé ?

— Je ne l’ai pas fait, car j’avais peur de te décevoir en n’arrivant pas à économiser le montant qu’il fallait pour l’acheter. Mais quand je vois tes yeux tout pétillants à cet instant, je ne regrette rien.

Eugénie, pleine d’émotions et de reconnaissance, se jeta dans les bras de cet homme qu’elle affectionnait tant et lui murmura à l’oreille :

— Merci, mon chéri, je t’aime.

Dès lors, ils mirent tout leur cœur dans la décoration du café. Eugénie souhaitait que cet endroit soit empli de chaleur et qu’il y fasse bon vivre pour sa clientèle. Ce fut chose faite quand ils décidèrent de récupérer du mobilier ancien et de l’agrémenter de livres de tous horizons, afin d’offrir aux clients un havre de paix.

Le bar se transforma vite en un lieu incontournable de Bordeaux où les badauds et autres touristes aimaient venir s’installer pour refaire le monde, philosopher, rire et chanter.

Mais voilà, depuis quelques années, avec l’ouverture de nouveaux établissements, le café devenait désert et le cœur d’Eugénie s’était assombri.

Chapitre 3 Chemin faisant…

Pénélope quitta la rue Courbin, le cœur lourd. Le bar lui avait permis de se ressourcer certes, mais il avait surtout laissé beaucoup de choses sombres de son passé remonter en surface. Elle qui était convaincue d’être guérie de tout ça, elle se rendit compte que ce n’était nullement le cas.

Elle cheminait en direction du numéro 7 de la rue du Pont de la Mousque. Avancer était un bien grand mot, elle était tellement occupée par ses réflexions qu’elle avait plutôt l’impression de reculer.

Parvenue au croisement de la rue du Pont de la Mousque et de la rue Courbin, elle ne remarqua pas l’homme grand et brun qui arrivait face à elle, et le percuta de plein fouet. Pénélope confuse lui dit :

— Pardon, Monsieur, je suis désolée, je ne vous avais pas vu !

Lui, apparemment aussi pris par ses pensées, répondit d’un ton bourru en la regardant droit dans les yeux :

— Y’a pas de mal !

Pénélope, un peu secouée, l’observa partir et distingua qu’il empruntait la rue Courbin.

Une fois remise de ses émotions, Pénélope revit le regard que lui avait lancé cet homme. Un regard froid, voire glacial. Ce regard, elle en était sûre, cachait un grand déchirement, mais lequel ?

Son visage dégageait pourtant quelque chose de si doux qu’il avait l’air très gentil malgré les apparences.

Pénélope, très empathique, se dit que cet homme avait certainement eu des soucis à son travail et qu’il était pressé de rentrer chez lui afin de passer à autre chose. Puis elle se rappela qu’il n’était pas l’heure du déjeuner et que ce pauvre homme devait souffrir énormément, ce qui lui rendit le cœur lourd.

Laissant planer ses idées, Pénélope se remit en route, mais n’arriva pas à penser à autre chose qu’à cet inconnu qu’elle venait de percuter. Il est vrai qu’elle apprivoisait sa douance1, elle ressentait toujours le besoin de tout comprendre et surtout, les faits inexplicables dus au hasard.

***

Lui, de son côté, se retourna, puis une deuxième fois et reprit son chemin en secouant la tête.

Comme à son habitude il s’en voulut d’avoir réagi avec autant de froideur envers cette jeune femme si désolée et perdue.

Il se surprit en esquissant un sourire sur ses lèvres tout en repensant à la scène qu’il venait de vivre, mais il était triste, si triste.