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En 2032, une avancée scientifique aussi étonnante que controversée ouvre des perspectives fascinantes. La conquête spatiale, la médecine et de nombreuses professions à risques bénéficient de cette technologie. Hélas, comme toutes les découvertes humaines, celle-ci a aussi son revers. Une organisation terroriste s’est emparée du procédé et l’utilise à des fins peu philanthropiques. Une agence discrète a été créée ; qui se bat avec les mêmes armes afin d’éviter le chaos. L’agent Clifford Turner appartient à cette agence. Lorsque lors d’une mission une grave menace pèse sur lui, son supérieur décide de lui cacher la vérité. Enfreignant un ordre direct, le docteur Kelly Springer, une scientifique à l’origine du projet, risque tout pour lui venir en aide. L'aventure est périlleuse, l'avenir incertain. Un roman d'action-anticipation au style dynamique, qui porte un récit riche en rebondissements, émaillé d'humour.
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Seitenzahl: 383
Veröffentlichungsjahr: 2016
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Chapitre I 2032
Chapitre II INFILTRATION
Chapitre III NOM DE CODE MÉDAILLON
Chapitre IV ON Y RETOURNE
Chapitre V RIEN NE VA PLUS
Chapitre VI ESCAPADE
Chapitre VII LORNA
Chapitre VIII RETROUVAILLES
Chapitre IX UN JUMEAU SERVIABLE
Chapitre X LORNA, LORNA ET LORNA
Chapitre XI LABYRINTHE
Chapitre XII EXTRACTION
Chapitre XIII RETOUR À LA BASE
Chapitre XIV EXODUS
Chapitre XV SECOND RETOUR À LA BASE
Chapitre XVI KELLY RENCONTRE KELLY
Chapitre XVII UNE LUEUR D'ESPOIR
Chapitre XVIII MISSION EN DUO
Chapitre XIX OÙ L’ON RETROUVE LAWFIELD
Chapitre XX PAS DE FUMÉE SANS FEU
Chapitre XXI LAWFIELD RENCONTRE LAWFIELD
Chapitre XXII PRIS AU PIÈGE
Chapitre XXIII TIC TAC
Chapitre XXIV INSAISISSABLE
Chapitre XXV LE TEMPS DES ADIEUX
Chapitre XXVI UN VIEIL AMI
Chapitre XXVII CET AUTRE LUI
Chapitre XXVIII MAUVAISE NOUVELLE
Chapitre XXIX LA PLUME OU L'ÉPÉE ?
Chapitre XXX LA CHASSE AU LOUP
Chapitre XXXI DU CAFÉ, ENCORE DU CAFÉ
Chapitre XXXII UNE IMPRESSION DE DÉJÀ VU
Chapitre XXXIII À PIED D'ŒUVRE
Chapitre XXXIV OUPS !
Chapitre XXXV BANZAI !
Chapitre XXXVI KIELER ENTRE DANS LA DANSE
Chapitre XXXVII GUEULE DE BOIS
Chapitre XXXVIII UN CANON DE BEAUTÉ
Chapitre XXXIX UN GRAND BOL D'AIR
Chapitre XL DANS LA GUEULE DU LOUP
Chapitre XLI UN RÉVEIL MOUVEMENTÉ
Chapitre XLII LA CAVALERIE
Chapitre XLIII LE BOUT DU TUNNEL
Chapitre XLIV REJET
Après deux cents ans de progrès à croissance exponentielle, un net ralentissement fit prendre conscience aux scientifiques de plus en plus spécialisés de la nécessité de confronter leur savoir. De nouveaux domaines virent le jour, entraînant la science dans une nouvelle ère pluridisciplinaire aux perspectives prometteuses. Au début du vingt et unième siècle, les neurosciences sont en plein essor. Des notions comme la plasticité des synapses apportent des ébauches de réponses autour du fonctionnement du cerveau humain, mais soulèvent peu à peu d’autres questions, au fur et à mesure que l’on semble se rapprocher d’un schéma plus compréhensible.
Certains scientifiques, se basant sur des chiffres, émettent l’hypothèse que les zones du cerveau concernées par les différents types de mémoires contiennent trop peu de neurones au regard de la somme d’information stockée au cours d’une vie. Par ailleurs, si le nombre de connexions entre neurones est bien plus important que le nombre de neurones lui-même, en dépit des traces mnésiques observées en étudiant la plasticité des synapses, leur comportement dynamique fait que les informations qu’ils véhiculent ne peuvent y rester à long terme.
Tandis que la majorité des chercheurs pense trouver des réponses dans les mécanismes moléculaires de la mémoire, certains explorent des voies plus marginales et plus audacieuses, convaincus que le cerveau, longtemps considéré comme un ordinateur organique, n’est en réalité qu’une interface permettant de collecter des informations en provenance de nos cinq sens, et d’interagir avec notre environnement. Le cœur de l’ordinateur, se situant ailleurs.
L’hypothèse d’une intelligence extra-corporelle prend forme. Considérée farfelue par une large part de la communauté scientifique, cette piste exotique est néanmoins explorée par quelques chercheurs convaincus. Contre toute attente, ces recherches qui bénéficient d’un budget réduit et menées dans le secret, débouchent sur une découverte fascinante.
Le 09 juin 2032, quelque part près de Norfolk en Virginie, USA.
Deux heures rondes se sont écoulées depuis le coucher du soleil. S'il faisait jour, peut être le garde posté sur le toit verrait-il les hautes herbes bouger et se coucher pour former une sorte de tranchée sinueuse s'allongeant de la clôture jusqu’à la bordure du parking. Mais à la faveur de la nuit, même le léger bruissement de la verdure est masqué par le souffle du vent.
Une silhouette sombre se lève lentement à demi et deux yeux entraînés fouillent l'obscurité avec application. Quelques instants plus tard, la forme mouvante gagne la bande de sol dur qui court autour de la construction. Un autre jour, une ombre glissant sur le mur aurait pu attirer l’attention du garde ; mais sous le couvert de la nouvelle lune tout n'est que noir sur noir. Deux clics du bout des doigts sur le bouton d'un petit talkie-walkie. Quelques secondes d'attente. Au loin en écho au signal, faisant diversion, une moto passe en ronflant sur la grand route. C'est le moment. Un objet de métal tinte faiblement là haut sur le béton, lancé avec précision par une main experte. D'une traction ferme, une main gantée vérifie la fixation du grappin. Quelques brassées de la corde à nœuds, genoux au mur, et la silhouette prend pied sur la toiture en terrasse.
De ce côté, le revêtement goudronné destiné à l'étanchéité absorbe le bruit des pas. Un levier d'acier vient rapidement à bout d'une fenêtre au cadre d'aluminium, qui coulisse avec un bruit sourd. Une brève attente l'oreille aux aguets. Rien que le silence relatif de la nuit. L'ombre s'insinue par l'ouverture. Finalement, ce n'était pas bien difficile, et c’est même assez étonnant à bien y repenser, si l'on considère que cette installation paramilitaire est le quartier général du cartel terroriste CODEX. COntrôler, Détruire, EXécuter. Tout un programme ! La forme sombre, à petits pas glissés, progresse avec prudence mais détermination vers le cœur du complexe, sur ses semelles de caoutchouc.
En éclairage atténué, la vaste salle de supervision avec ses rampes fluorescentes rouges et vertes semble étrangement calme. On en viendrait presque à oublier que sous cette apparente quiétude, l'endroit est cependant l'un des hauts lieux d'une guerre implacable et permanente. Ces douces lumières qui baignent les consoles où s'affairent des techniciens en blouse et des hommes en uniforme du GCS ont pour seul but de créer l'atmosphère propice à la grande concentration que nécessite le travail en ce lieu. L'ambiance est calme certes, en apparence. Pesante serait un mot plus juste. Il règne ici un silence lourd que troublent seulement le bruissement des machines et les murmures intermittents des hommes échangeant des informations techniques. Parfois, un ordre à voix haute traverse la salle. Le destinataire y répond alors d'un signe de tête ou d'un respectueux « Oui, Monsieur ».
En position centrale, un écran mural aux dimensions imposantes captive l'attention d'un petit groupe de personnes. L'image est brouillée.
Un homme en uniforme, debout :
— Vous ne pouvez pas faire mieux ?
L'homme au pupitre, juste en face de l'écran, porte un doigt à son oreillette en tournant la tête de côté :
— Non, Mon Colonel. Les murs empêchent la transmission vidéo. Nous le récupérerons dès qu'il sortira ou atteindra une zone du bâtiment plus perméable aux ondes radio. En revanche, nous avons toujours le traceur et le contact audio grâce aux transmissions en salves. Tout va bien.
— Bon. Tenez moi informé.
— Entendu, Mon Colonel.
Le militaire tourne les talons et quitte la salle d'un pas déterminé.
Dans les veines de L'agent Clifford Turner, l'adrénaline coule maintenant à flots, et les battements de son cœur lui parviennent, sourds mais nettement perceptibles, comme le flux et le reflux d'une mer intérieure. Même si l'approche est une manœuvre délicate, la progression est maintenant bien plus risquée encore et les possibilités de fuite très limitées. Il se plaque un instant au mur, dans un recoin sombre. Un bruit de pas au bout d'un couloir, qui semble se rapprocher, puis cesse pour reprendre en s'éloignant. Un garde en ronde, sans doute. Il ajuste sa caméra de tête puis reprend sa progression. Une nouvelle intersection et un nouveau corridor. Un bref coup d'œil au moyen d'un miroir à manche articulé pour vérifier s'il n'y a pas de caméra ou de capteur d'alarme. Rien. Il s'engage dans le couloir. Au milieu de celui-ci, une porte de fer retient son attention. Un clavier numérique en commande l'ouverture.
Ayant jeté un regard circonspect dans chacune des directions du couloir, Cliff sort d'une poche de son gilet une mince plaquette adhésive de couleur gris neutre, dont il retire la feuille de protection en papier silicone. Il colle ensuite la plaquette sous le boîtier du clavier numérique. Pour un homme debout, le dispositif en place est invisible. Il s'éloigne ensuite vers une extrémité du couloir. Un escalier mène aux niveaux supérieurs et inférieurs. La construction semble plus vaste qu'il n'y paraissait de l'extérieur. La portion d'escalier montante, n'est pas collée au mur, et en s'insinuant dans l'intervalle d'une quarantaine de centimètres qui sépare la rampe du mur, il trouve sous l'escalier un recoin sombre où quelques pots de peinture dorment, empilés depuis longtemps dans leur nid de poussière, oubliés sans doute lors de la dernière réfection du bâtiment. Ici, on ne devrait pas le déranger. Il s'installe tant bien que mal dans une relative obscurité, trouvant une place à peu près confortable sur un gros seau retourné. L'attente lui semble interminable, mais finit par payer. Un homme en combinaison kaki, portant un pistolet mitrailleur à l'épaule, s'engage dans le couloir. Cliff prend en main un petit appareil plat et rectangulaire ressemblant à une radio. L'homme armé s'arrête devant la porte de fer, et compose un code sur le boîtier de commande. La gâche électrique émet un bref bourdonnement suivi d'un claquement métallique. La porte s'entrouvre. l'homme entre, et tire la porte derrière lui. Sur le petit appareil de Cliff, des afficheurs numériques indiquent le code que l'homme vient de taper. Peu après, le déclic caractéristique de la serrure résonne dans le silence du corridor et la porte s'ouvre de nouveau. L'homme sort à demi, puis revient brièvement en arrière pour éteindre la lumière. Il referme la porte, et s'avance dans le couloir en direction de Cliff. Un instant plus tard, ses pas résonnent au dessus de la tête de l'agent Turner. Le garde, empruntant l'escalier, disparaît bientôt à l'étage supérieur.
Cliff sort de sa cachette avec précaution, et se dirige vers la porte blindée. Consultant le boîtier qu'il a dans sa main gauche, il compose un à un les six chiffres du code d'accès sur le clavier mural. Un voyant passe au vert, et la porte se débloque. Il entre. Avant d'allumer la lumière au moyen de l'interrupteur situé près de l'entrée, il scrute un instant les environs. Tout d'abord à l'œil nu, puis au moyen d'une petite caméra numérique qu'il tient au poing. Pas de faisceau infrarouge, pas de caméra. Il insère une petite feuille de carton entre le cadre de la porte et la gâche électrique afin de pouvoir ressortir aisément, au cas où la porte comporterait un dispositif d'ouverture différent depuis l'intérieur. Ce serait trop bête de rester enfermé ! Ensuite, Il allume la lumière et entreprend un examen plus approfondi des lieux. Des classeurs métalliques sur la plupart des murs. Ceux-ci sont verrouillés. Des tables grises aussi bien par leur peinture que par la poussière qui les recouvre ; deux téléphones. La lumière crue provient de trois suspensions aux ampoules grillagées. Une quatrième porte une lampe manifestement grillée. La configuration de la pièce en forme de « L », dissimule un recoin où trône sur un petit bureau en faux bois, un ordinateur d'un modèle récent qui tranche avec le reste du décor. Manifestement, c'est de ce côté qu'il faut chercher. Une lampe d'architecte fixée au bureau lui donne une lumière plus chaude. Il s'en sert pour jeter un coup d'œil aux tiroirs du bureau. Rien de bien intéressant dans le premier : du papier pour l'imprimante, quelques crayons et stylos bon marché, et tout le fatras habituel de gommes, trombones et autres fournitures que recèle tout bureau. Le deuxième contient un coffret de rangement en plastique défraîchi, pour disquettes informatiques, vestige d’une autre époque. Il n’y trouve que trois clés USB-5. Cliff allume l'ordinateur, tout en restant attentif aux bruits éventuels de l'extérieur. Si la cadence des rondes intérieures est identique à celle qu'il a pu observer à l'extérieur, la prochaine aura lieu dans trente minutes, et il ne faudra pas traîner ici. Le temps de chargement de l'ordinateur est assez court, et il entreprend bientôt d'explorer les clés trouvées dans la boîte. Manifestement, ces supports sont vierges. Tant mieux après tout ! Les copier aurait pris du temps. Les unités logiques du disque dur contiennent certainement plus intéressant. Pas question de tout regarder, et pas question non plus de démonter le disque pour l'emporter. Trop long et trop hasardeux, surtout s'il se faisait prendre. Non, il y a mieux. Il branche sur un port de l'ordinateur un câble relié à un boîtier noir qu'il sort encore d'une des nombreuses poches de sa veste de combat. Par chance, le niveau de remplissage du disque dur est faible, et le transfert à haute vitesse prend environ dix minutes. Minutes qui lui semblent néanmoins les plus longues minutes de sa vie !
Cliff vient de ranger ses accessoires lorsque une sirène d'alarme retentit dans le couloir. Une autre, plus éloignée, lui fait écho. Soit il s'est passé quelque chose au dehors, soit il y avait une alarme sur l'ordinateur. Peut être même y avait-il une temporisation sur le système de verrouillage de la gâche électrique. Dans tous les cas, il vaudrait mieux pour lui ne pas être surpris dans le secteur. S'il y parvenait, la cachette sous l'escalier serait provisoirement un bon refuge, mais en cas de découverte il y serait acculé comme un rat dans son trou. Il sort dans le couloir et se dirige vers l'extrémité opposée à l'escalier, par où il est arrivé. Il est toujours plus rapide de fuir par une voie connue. Hélas, des bruits de bottes se font entendre de ce côté là. Un groupe d'hommes échangeant des consignes à voix haute avance au pas de course dans sa direction. S'ils atteignent l'angle du couloir avant qu'il ne parvienne à l'escalier, il est fait. Il rebrousse rapidement chemin en courant vers le bout du couloir et parvient à l'escalier au moment où les gardes apparaissent à l'autre extrémité du corridor.
L'un d'eux l'aperçoit et ouvre le feu. Pas le temps d'hésiter : descendre risque de le mener au sous-sol. Si c'est le seul accès, c'en est fini. Mieux vaut monter, au risque de tomber sur un groupe armé. Cliff se rue dans l'escalier, dont il gravit les degrés quatre à quatre, poursuivi par les ricochets des balles sur le béton et la rampe en fer. Tout en courant, il amorce une grenade fumigène qu'il lâche immédiatement. Elle explose presque aussitôt derrière lui en remplissant l'espace de la montée d'escalier d'une fumée blanche et âcre, puis continue de fuser en densifiant l'atmosphère. Alors qu'il prend pied sur un palier, une porte s'ouvre brutalement devant lui sur sa droite et un homme armé sort. Celui-ci aperçoit l'agent Turner, mais au même moment Cliff percute la porte avec violence sans ralentir sa course. L'homme, le nez écrasé est projeté en arrière contre le cadre de la porte. Il s'effondre dans l'embrasure, créant ainsi un obstacle sur le trajet de ses comparses. Cliff atteint le palier supérieur où une porte de fer débouche sur l'extérieur. Il pousse la barre antipanique et se rue dehors.
Sur l'écran, dans la salle de contrôle, l'image réapparaît brusquement, sombre, mouvante et floue. Un bref panoramique révèle un escalier de fer en colimaçon, luisant d'humidité dans l'obscurité et une construction à quelques dizaines de mètres.
Cliff s'arrête un instant pour scruter les environs du bâtiment et amorce une autre grenade qu'il jette derrière lui avant de refermer la porte. L'objet noir et sphérique roule de marche en marche à la rencontre de ses poursuivants. Cliff dévale ensuite l'escalier à claire voie. Cette fois-ci, ce n'était pas un fumigène : à peine Cliff a-t-il atteint l'étage intermédiaire, que retentit une terrible déflagration. Juste au dessus de lui, la porte de fer, poussée par une langue de feu est projetée dans l'air où elle tournoie un instant avant de retomber tordue et fumante sur l'asphalte du parking. Cliff se souvient alors du garde sur le toit. Cependant, dans l’immédiat, ce n’est pas du toit que vient la menace. Alerté par les explosions et les coups de feu, l’homme a sans doute couru porter main forte à ses collègues, à l’intérieur. À l'instant même ou l'agent Turner pose un pied sur le sol, un garde posté en sentinelle sur une tour aménagée en mirador, à quelque distance de là, ouvre le feu sur lui à l'arme automatique. À ses pieds, faisant écho à la rafale, quelques balles arrachent aux graviers du macadam des gerbes d'étincelles et poursuivent leur route en vrombissant plaintivement. Cliff bifurque soudainement, et court dans la direction opposée à la tour, moins exposée. Hélas, de la tour, le faisceau d'un projecteur jaillit, blanc et aveuglant, qui balaie le terrain et le suit dans sa course. Cliff aperçoit dans le cercle de sa lumière le treillis d'un grillage.
C'est la limite du camp. Au delà, après la route et une dizaine de mètres d'herbes hautes, c'est la forêt, et sans doute le salut. Une ébauche de sourire s'affiche un instant sur le visage en sueur de Cliff. Un sourire qui s'efface bien vite, car des aboiements se font entendre, qui se rapprochent. Cliff entend les ordres des hommes, au milieu du tumulte. Les chiens sont derrière lui, à trente mètres, environ. Il lâche un fumigène, pour effrayer les bêtes et troubler leur odorat. Après l'explosion, qui tout en couvrant sa fuite révèle du même coup sa position avec précision, il peut voir les faisceaux des lampes torches qui trouent la fumée. Les gardes, derrière les chiens, sont tout près. Le franchissement du grillage prendra trop de temps. Celui-ci est maintenant à quinze mètres. Cliff lance une grenade offensive, et se jette à terre. L'explosion projette de la terre en tous sens et aveugle un instant ses poursuivants. Cliff se relève vivement et s'engouffre tête en avant dans la brèche ouverte dans la clôture. Il s'engage sur la route. Mais soudain, il est pris dans le pinceau d'un phare blanc venant de la droite. Il hésite une fraction de seconde, abritant ses yeux derrière sa main gauche tandis que sa main droite pointe un pistolet en direction du phare. Derrière lui un homme lance une sommation :
— Halte ! Ne bougez plus !
Cliff se retourne pour voir deux paires d'yeux aux reflets rouges se ruer vers lui dans la lumière des phares de la Jeep qui s'arrête à sa hauteur. Les chiens tous crocs dehors grognent férocement, retenus par les gardes à moins d'un mètre de l'agent Turner. Un homme descend du véhicule et s'avance en direction de Cliff. Il se campe devant celui-ci, qui est maintenant tenu par deux hommes, alors que deux autres le tiennent en respect avec leurs chiens. L'homme prend l'arme que l'un des gardes a retirée à Cliff et la pointe sur sa poitrine. Il affiche un rictus sadique.
— C'est fini, Turner. Je vous souhaite une bonne nuit !
— On se reverra, Wolf !
— Ça m'étonnerait.
Le regard est dur, le ton méprisant. C’est Wolfgang Kieler, plus connu sous le nom de Wolf. D’origine autrichienne, persona non grata dans son pays d’origine, il avait émigré clandestinement quelques années auparavant, avec une conception toute personnelle du rêve américain. Sous couvert d’anarchisme alors que paradoxalement il maintient farouchement sa position dominante au sein de son organisation, se disant parfois altermondialiste, Kieler n’est en fait qu’un opportuniste sociopathe sans foi ni loi ; un vulgaire pillard usant de méthodes terroristes. Dans ses yeux gris acier, Cliff peut voir toute la haine de cet homme. Une haine contre lui-même, instrument du GCS, mais aussi contre l'humanité tout entière.
Il va le faire, se dit-il. En effet : Une flamme jaillit du bout noir et luisant de l'arme de Wolf. Cliff n'entend même pas la détonation. Tout au plus sent-il un choc dans sa poitrine. Son regard s'emplit de la nuit. Il est mort, et il le sait.
Sur le large écran vidéo de la salle de supervision, l'on peut voir l'image transmise par la caméra de Cliff. Sur fond de nuit noire, le visage luisant de Wolf déformé par un large rictus, se penche vers l'écran, éclairé par une lumière crue. Les phares de la Jeep, sans doute. Il avance une main gantée de noir qui occulte le champ de la caméra. Il s'empare de celle-ci, fixe un instant l'objectif comme s'il tentait de voir son ennemi à travers la lentille, puis lâche le petit appareil qui l'espace d'un instant ne filme que le sol poussiéreux de la route dans la lumière des phares, avant que l'écran ne soit envahi de nouveau par les parasites.
En surimpression, un message inquiétant s'inscrit à l'écran en lettres vertes : 09 juin 2032. 22h37.00. Agent Cliff Turner. Enregistrement 35. Mission interrompue.
Rompant le silence après quelques instants, fixant ses proches collègues d'un air consterné, l'homme au pupitre presse un bouton et se penche vers un micro de table :
— On l'a perdu. Prévenez le colonel.
Dans une salle voisine, sur un écran plus petit, le même message en lettres vertes s'est inscrit simultanément. Une femme d’une trentaine d’années vêtue d'une blouse blanche s'affaire sur un clavier. Ses cheveux blonds mi-longs sont retenus par un bandeau sombre. Ses yeux bleus où se reflètent par instants les voyants lumineux de la console font la navette entre l'écran et un étrange fauteuil enveloppant, au creux duquel, sous un casque garni d'électrodes, semble dormir un homme encore jeune au visage en sueur. D'une couronne de spots tombe un cône de lumière douce, centré sur le fauteuil. Sur le moniteur physiologique placé à côté du fauteuil sur un support articulé surmontant une colonne de métal, le tracé cardiaque est très lent, presque plat. L'encéphalogramme quant à lui, l'est totalement. Un assistant qui porte un discret combiné micro-casque se penche vers la jeune femme :
— Ils ont perdu le contact, Docteur Springer !
— J'ai vu. À nous de jouer.
— Je n'ai toujours rien sur physio.
— Contrôlez le traceur DMS. Il est certainement en phase d'inversion !
L'assistant jette rapidement un œil vers la console voisine :
— Traceur inerte, et on en est à 15 secondes ! Il est cuit, Docteur.
— Pas encore, Hastings, pas encore. On a perdu le traceur, c'est tout.
Elle tape quelques touches et s'adresse à l'assistant qui est dans son dos, penché sur l'homme endormi :
— Ou en est l'encéphalo ?
Hastings qui regardait le moniteur, secoue la tête, l'air désolé. L'index gauche du docteur effleure une liste de paramètres sur un petit moniteur encastré dans le haut de la console, tandis que sa main droite enfonce quelques touches du clavier principal, situé sous l'écran vidéo. Se tournant à demi, et jetant un regard inquiet en direction de son collaborateur, elle s'enquiert de nouveau :
— Et maintenant ?
— Toujours rien...
L'espace d'un instant, un doute affreux s'insinue dans l'esprit du docteur, mais Hastings corrige :
— Attendez ! Si ! Ça remonte !
Sur le moniteur physiologique, la ligne bleue semble trembloter ; puis peu à peu les ondulations reprennent de l'amplitude. Un bip retentit, puis un autre, et un autre encore. C'est maintenant le rythme cardiaque qui semble s'accélérer à son tour pour reprendre une cadence plus proche de la normale. Le docteur Springer soulève l'une des paupières de son patient et braque rapidement une petite lampe, droit dans l'œil marron. Un spasme traverse le visage de l'homme dont les deux yeux s'ouvrent brutalement, tandis qu'il se redresse d'un coup en chassant de l'air convulsivement, ses doigts crispés sur l'extrémité des accoudoirs du fauteuil.
— Raaaaaah !
— Vous voyez, Hastings, C’était juste le traceur. Il peut arriver qu’il décroche sur un choc terminal. Il va bien.
Sur l'écran informatique, une ligne de texte vient de s'ajouter : 09 juin 2032. 22h38.00. Agent Cliff Turner. Transfert retour réussi.
Le docteur Kelly Springer une plaquette de relevé en main, prend quelques notes, assise devant la console de la salle de transfert. On a remonté le niveau des lumières, et la pièce semble plus grande sous cet éclairage.
Cliff s'est redressé un peu dans le fauteuil, et essuie sa sueur avec une serviette de toilette. Un assistant tend un verre d'eau que le jeune homme brun au physique relativement athlétique saisit en lui rendant la serviette. Il ne le porte pas tout de suite à ses lèvres car le docteur Springer se retourne pour voir descendre du plafond, contre le mur, une petite plate-forme d'ascenseur avec une rampe pour se tenir. Il porte son regard dans cette direction. Un militaire très décoré prend pieds dans la salle. Large d’épaules, d’un âge moyen, aux tempes grisonnantes. On sent le vieux baroudeur.
C'est le colonel Sanders, chef des opérations. Blessé plusieurs fois dans des missions à haut risque lorsqu’il était plus jeune, il en a gardé une jambe gauche légèrement raide par intermittence en raison d’un tendon abîmé. Son dynamisme n’en a pas été amoindri. Homme d’action contraint à la sédentarité, tant par son grade que par sa fonction, son attitude évoque souvent aux yeux de ses subalternes un lion en cage. Il franchit les quelques pas le séparant du cône de lumière qui tombe du plafond au centre de la pièce.
Venant se camper près du fauteuil de transfert, il s'adresse à Cliff :
— Après cette aventure, ils savent désormais que nous savons où ils sont. Ils vont hâter leur départ en s'attendant à une attaque de l'armée. Mais l'armée n'attaquera pas. Cependant, nous enverrons bien un détachement, mais qui devra arriver trop tard, pour donner le change. Cliff fronce les sourcils. L’idée lui parait saugrenue, même venant du colonel. Son visage carré exprime l’inquiétude :
— Vous voulez dire, Mon Colonel, que nous allons les laisser s'échapper ?
— Pas exactement. Les informations que vous avez pu nous transmettre avant de vous faire tuer par Kieler ne laissent aucun doute quant à l'existence d'une autre base clandestine. Mais si les troupes gouvernementales investissent le complexe, nous risquons de voir ce bandit faire tout sauter comme à son habitude, et nous n'apprendrons rien du tout. Au mieux attraperions nous une poignée de ses sbires au prix de pertes humaines. Ce Kieler est glissant comme une anguille ; qu’il nous échappe et CODEX renaîtrait de ses cendres sans que nous puissions découvrir ses projets.
— Que préconisez vous ?
— Voici donc le plan : ils s'échappent, et nous les suivons jusqu'à leur nouvelle base. Là, nous frapperons un grand coup.
— Je ne saisis pas bien, Mon Colonel. Vous croyez que ce plan va réussir ? Nous n'avons jamais pu les suivre à la trace. Les balises radio sont indiscrètes et vite repérées, le marquage radioactif par hélicoptère n'est pas lisible du ciel, et de surcroît, ils se déplacent en ordre dispersé en changeant de véhicules comme de chemises ! À ce jour nous avons toujours perdu à ce jeu là !
— C'est pourquoi vous allez devoir repartir.
— Maintenant ? Mon cadavre est encore chaud ! Vous n'avez donc aucun respect pour les morts, Mon Colonel ?
— Je suis désolé, Agent Turner ; mais le temps presse. Une équipe de lancement est déjà en place sur le terrain. Nous disposons d'une seconde copie de vous dans un camion, à proximité de votre point d'opération. Votre mission n'est pas terminée. La deuxième équipe a capturé un de leurs agents et l'a désactivé, mais vous devez trouver les originaux. C'est primordial. Il est vraisemblable que tout à fêter votre trépas, Kieler ne va pas s'attendre à vous voir revenir de suite. C'est pourquoi il faut agir au plus vite.
Le colonel Sanders marque une courte pause, puis passant sa main droite dans ses cheveux en brosse :
— Turner, j'ai suivi une partie de votre progression depuis l'écran de mon bureau. Changez d'angle d'attaque et cette fois-ci prenez garde au mirador !
Le colonel se tourne vers Kelly :
— Quand pouvez vous le renvoyer, Docteur Springer ?
— Selon les données fournies à l’instant par le labo mobile, les paramètres vitaux de Cliff 3 sont normaux et stables, le corps atteindra sa température optimale de transfert dans vingt secondes.
— Parfait !
Il s'adresse à Cliff :
— Vos nouvelles instructions ont été communiquées à l'instant à votre équipe de lancement. Vous en prendrez connaissance sur place.
Cliff constatant :
— Vous ne perdez pas de temps, Mon Colonel !
Il boit enfin le verre d'eau qu'il tenait à la main. Kelly attend qu'il ait terminé et l'en débarrasse. Puis, rajustant les électrodes de Cliff :
— Agent Turner, choisissez votre nouveau code de transfert, s'il vous plaît.
Cliff regarde la main du docteur sur l'accoudoir du fauteuil. Kelly porte une chaîne au poignet avec un médaillon.
— Nom de code pour la mission : médaillon.
— D’accord. Elle se retourne et tape le code. L’écran affiche : 09 juin 2032. 22h50.00. Agent Cliff Turner. Enregistrement 36. Code : médaillon. Transfert en attente.
Kelly s'adresse de nouveau à Cliff :
— Cliff 3, n'a effectué que 2 missions en plus de la préparation de base. En conséquence, votre coefficient d'efficacité ne sera que de 76%. Tâchez de vous en souvenir !
— D'accord.
Elle bascule sur le bras gauche de Cliff le demi bracelet injecteur attenant à l'accoudoir du fauteuil. Celui-ci équipé d'un injecteur hydropneumatique permet de « piquer » sans aiguille avec une drogue induisant le sommeil artificiel propice au transfert de conscience.
— Prêt ?
— Prêt.
— Bonne chance, Agent Turner.
Elle valide la séquence au clavier. Un léger choc sur l'avant bras gauche, une sensation fugitive de décharge électrique plus que de piqûre, un flash aveuglant... Sur l'écran du moniteur physiologique, les tracés s'aplatissent.
La lumière éblouissante s'estompe rapidement. L'ambiance sonore est différente. La température semble avoir baissé. Il flotte dans l'air une odeur de transpiration. Cliff ouvre les yeux et jette un regard circulaire. Le fauteuil est moins confortable, le plafond bas. Manifestement il est dans un camion. Un homme se penche sur lui, qu'il ne connaît pas :
— Il est réveillé, dit l'homme en se tournant vers son collègue.
Cliff tourne la tête et grimace en reconnaissant le second personnage :
— Salut Bob !
— Salut Cliff. Bienvenu dans le labo mobile. Je te présente mon nouvel équipier, Joe Curtis.
— Bonjour Joe !
— Avez-vous fait un bon voyage ? demande Curtis.
— L'hôtesse était charmante, mais le repas laisse à désirer.
Le dénommé Bob aide Cliff à se redresser. Quelques instants plus tard, Turner s'équipe, aidé par les deux techniciens. Finalement, il questionne Bob :
— Alors, ce plan ?
— Comme nous ne pouvons pas marquer efficacement les véhicules, nous allons marquer Wolf lui-même !
— Le marquer ? Comment ça ? demande Cliff, incrédule.
— Plus précisément, vous allez le marquer ! Voici comment : pour cette mission, vous emporterez en plus de votre équipement standard, un chargeur garni avec des munitions spéciales, conçues par nos ingénieurs pour cette occasion. Joignant le geste à la parole, Curtis lui tend un chargeur contenant des cartouches d'apparence ordinaire.
— Ces balles possèdent une ogive creuse micro-perforée, remplie d'une gélatine de synthèse qui à la particularité de se vaporiser à l'impact. Celle-ci contient une substance chimique aisément absorbée par l'épiderme, qui agit sur le système lymphatique et provoque une élévation légère de la température corporelle, sans sudation.
— Vise Wolf à la poitrine, conseille Bob ; il porte quasiment en permanence un gilet pare balles, qu'il emporte partout. La balle va s'écraser sur le Kevlar, libérer la gélatine qui va se vaporiser et souffler à travers les fibres du gilet, comme un aérosol. La balle est moins pénétrante qu'une balle ordinaire, mais sa puissance d'arrêt est quasiment identique. Il ne s'apercevra de rien, car la douleur due au choc de la balle fera diversion. Bob cède la parole à Curtis :
— Nos satellites de surveillance scrutent tout le territoire dans un large spectre, dont l'infrarouge. Il suffit de paramétrer le système correctement, et tout corps dont la température est comprise entre 38 et 39° Celsius nous apparaîtra comme un phare dans la nuit ! Le produit agit en deux heures environ, et ses effets se dissipent en 72 heures pour une seule balle placée bien à plat.
— Et s'il ne se montre jamais à découvert ?
— C'est un risque à courir, mais il n'a aucune raison de se douter de quelque chose.
— De plus vous essaierez de faire sauter les installations. Il croira à une simple mission de sabotage faisant suite à votre visite de reconnaissance. Cliff :
— Ok... Quel est l’effet d’une de ces balles spéciales sur un individu dépourvu de gilet ?
— N’ayez aucune inquiétude sur l’efficacité du projectile, au cas où vous auriez à faire face à un autre adversaire au moment de les utiliser. Elles sont tout aussi mortelles que vos balles ordinaires. Veillez toutefois à ne les utiliser qu’à bon escient : primo, elles ne traverseraient pas un blindage ou une porte, comme vos balles ordinaires, et secundo, vous n’avez qu’un seul chargeur ! Ne les gaspillez pas !
Curtis présente à Cliff 3 un petit appareil de son nouvel équipement :
— Maintenant, passons à autre chose : avec ceci, vous pouvez trouver l'implant d'un clone et le désactiver par induction. L'opération n'est possible qu'au contact, car pour éviter que l'on puisse brouiller l'implant, celui-ci est blindé et quasi impénétrable à tout rayonnement. La conscience qui habite le clone sera libérée et rapatriée dans l'original. À ce moment, si le clone ne se trouve pas dans un caisson d'assistance vitale, il meurt en trois minutes et devient inutilisable. Pour tuer l'original, il faut retirer l'implant chirurgicalement sur un clone vivant en état de connexion. Le transfert n'est alors plus possible. C'est faisable, mais les clones de l'ennemi sont supervisés comme les nôtres depuis leur base d'opération, et le transfert d'un clone en danger mortel réel peut être commandé à distance en réveillant l'original, mais vous savez cela...
Bob sur un ton de conspirateur :
— La rumeur court que d'ici peu, nous disposerons d'un site protégé où nous pourrons garder des copies de sauvegarde de chacun de nos agents. Hélas, ce n'est cependant pas une garantie d'immortalité, car le transfert de clone à clone n'est pas possible à ce jour.
— Nous ne pouvons en effet nous passer de l'original, ajoute Curtis ; mais cela constitue une solution d'évasion unique au cas où la base viendrait à tomber sous le contrôle de l'ennemi. Ce site deviendrait alors l'équivalent d'une capsule de sauvetage.
Cliff terminant l'inspection de sa tenue :
— Cela peut en effet s'avérer utile. Bon, je crois que je suis paré.
— Ok. Alors bonne chance Cliff !
Les deux techniciens lui serrent la main. Il sort du camion, et se dirige une fois encore en direction du complexe. L’agent Turner jette un regard à sa montre : il est vingt-trois heures.
— Belle soirée pour re-mourir ! se dit-il.
Dans la salle de supervision, au cœur de la base d'opérations, le colonel, renversé dans un fauteuil à haut dossier suit avec intérêt la progression de Cliff sur grand écran. À son côté, un homme debout, les bras croisés, fixe l'écran.
Kelly, assise à la console, manifeste des signes de fatigue. Le colonel :
— Docteur Springer, vous devriez vous reposer.
— Ça ira, Colonel.
— Vous venez de suivre 3 enregistrements successifs sans interruption. Prenez du repos ; c'est un ordre ! Pour ma part, je vais faire de même. Si un transfert s'avère nécessaire, nous vous appellerons. Le lieutenant Lawfield prendra le relais des opérations.
— Bien, Colonel.
Le docteur Springer se retire. Le colonel s'extrait de son fauteuil et se tourne vers le lieutenant :
— Ouvrez l'œil Lawfield ; le site 2 n'aura pas d'autre copie mature pour lui avant deux semaines au moins. Je ne tiens pas à le perdre.
— J'y veillerai, Mon Colonel.
— J'y compte bien, Lieutenant. S'il y a le moindre problème, sonnez moi. Je vais m'allonger quelques instants dans mes quartiers.
A cette heure de la nuit, l'air est plutôt frais, et le souvenir d'avoir été tué moins d'une heure auparavant à la lisière de cette même forêt n'est pas pour réchauffer l'atmosphère. L'agent Turner se retourne pour jeter un dernier regard au camion, dissimulé sous son filet de camouflage quelques trente mètres derrière lui. Il ne distingue qu'une masse noire en laquelle quiconque de non averti, ne verrait qu'un rocher moussu. Personne ne devrait de toutes façons passer par là à cette heure de la nuit. Le véhicule est suffisamment enfoncé dans le sous-bois pour être hors de vue depuis le chemin, et d'ailleurs, l'endroit est peu fréquenté, même le jour.
Cliff avance rapidement. Dans ces bois de feuillus peu denses, les arbres sont assez dégarnis à la base et la progression en est facilitée. Il lui faut cependant prendre garde à la multitude de branches tombées qui sont autant de pièges dans l'obscurité, et aux brindilles craquantes qui se révèlent être pour le pied insouciant, de véritables pétards dans le silence de la nuit.
Parvenu à la lisière de la forêt, Cliff marque un temps d'arrêt pour observer les lieux. La première fois, il avait réalisé son approche différemment : il avait sauté en marche d'un véhicule roulant à faible vitesse sur la route délimitant le sud du complexe. Celle-ci est peu passante, mais un véhicule ne s'arrêtant pas avait peu de chance d'être remarqué. Le colonel devait avoir concocté ce plan de secours longtemps à l'avance, car le labo mobile était sûrement à pied d'œuvre depuis bien avant sa mission précédente.
Le colonel avait toujours des idées tordues, mais c'était sans doute pour cela qu'il était colonel au GCS ! Dans l'ensemble, Cliff n'avait d'ailleurs pas vraiment eu à s'en plaindre. Les plans portaient leurs fruits, et puis que risquait-il après tout ? Il prenait des coups c'est vrai, mais il avait choisi ce métier, et compte tenu de la marge de sécurité autorisée par le transfert de conscience, le vrai danger était surtout de « foirer » la mission et d'essuyer le courroux du colonel qui n'appréciait pas vraiment que l'on gaspille des répliques coûtant au bas mot trois cent mille dollars l'unité pour les premiers exemplaires produits !
Par la suite, une fois la technologie mieux maîtrisée, il est vrai que le coût de fabrication des clones avait considérablement baissé. Toutefois, leur maturation était lente et leur production restait limitée en nombre ; ce qui en faisait toujours des denrées précieuses. L’abaissement du coût de production et la vulgarisation du procédé ont hélas leur revers : l’ennemi aussi peut désormais s’offrir cette technologie ! Compte tenu du temps nécessaire à leur préparation, les copies sont bien entendu entraînées par des agents spécialisés dans la pratique des sports. Il suffit à Cliff de s'entraîner aux techniques de combat et de prendre les commandes le moment venu, d'un corps à la musculature rodée et optimisée. Il n'est d'ailleurs pas très musclé, bien que très agile, et cela n'est pas un handicap en télé-missions. Cette fois-ci, son corps d'emprunt lui ressemble beaucoup. Cliff 3, dénommé ainsi parce qu'étant la seconde copie à être activée pour cette mission (le numéro 1 étant réservé à l'original et sous entendu) a peu servi.
On ne lançait pas d'ordinaire de mission sans avoir une série de suffisante de répliques en réserve, mais CODEX avait lancé un ultimatum, et on savait pour l'avoir ignorée une fois, que l'organisation ne plaisantait pas. Ces terroristes étaient prêts à tout pour prendre le pouvoir par le chaos, et la mission n'avait pu être différée. Cliff n'est pas le seul agent C, mais ils sont néanmoins en petit nombre compte tenu du budget modéré de l’agence, en grande partie englouti dans les frais de fonctionnement des installations techniques et la fabrication des répliques. Le GCS n'ayant pas d'existence officielle, ne peut pas trop compter sur le soutien des contribuables, et les fonds secrets de l'armée ont leurs limites.
En cas de besoin, Cliff pourrait piloter la réplique d'un autre agent. Cela s'est déjà fait, mais le résultat n'est pas optimal car le pilote n'est pas à son aise dans un corps aux sensations sensiblement différentes des siennes propres. La différence éventuelle de taille, par exemple, a son importance. Elle demande un temps d'adaptation, le sujet ayant tendance à trébucher, évaluant mal la hauteur de ses jambes ! En résumé, son efficacité sur le terrain s'en ressent. Il n'est pas souhaitable non plus d'envoyer successivement plusieurs agents sur une même mission. Il vaut mieux tirer parti de l'enseignement cumulé, comme la connaissance des lieux, complétée à chaque tentative d'un même agent.
Cliff se souvient comme si cela datait d'hier de son premier contact avec le GCS peu après sa réussite au concours des forces spéciales de la police. Ayant opté pour une branche administrative, il avait été surpris d'être contacté pour un entretien par un haut représentant d'un service Action. Plus encore lorsqu'il avait appris qu'il avait été sélectionné au vu de son dossier médical et de ses qualités sportives ! Un examen physiologique poussé avait suivi dont on ne lui avait tout d'abord pas dévoilé le but exact. Enfin, après que le GCS ait eu la certitude de son aptitude on lui dévoila la chose. Le GCS, autrement dit, le Government Clone Squad !
Bien entendu, il avait entendu parler des progrès effectués en matière de clonage, mais ce qu'il entendit ce jour là de la bouche du colonel Sanders, et sous le sceau du secret, le sidéra. Des scientifiques avaient découvert le moyen de transférer la conscience humaine d'un corps dans un autre par le biais d'une machine électronique. Cependant, un être humain vivant ne pouvait recevoir l'esprit d'un autre. Seule la technique du clonage rendait la chose possible. Celle-ci était au point, et il était possible de créer en croissance accélérée des clones de n'importe qui. Cliff entendait encore le colonel expliquer la chose :
— Si un clone à croissance normale est doté d'une conscience, un clone porté rapidement à l'âge adulte, n'est qu'une enveloppe charnelle en état de mort clinique dont le cerveau ne serait qu'une masse graisseuse inerte sans un implant électronique qui assure le lien entre le pilote et le clone. Le système fonctionne ainsi : le sujet pilote est installé dans une machine, d'où à l'abri dans son corps maintenu en état de sommeil artificiel, il pilote comme dans un rêve hyperréaliste le corps du clone porteur de l'implant.
Le colonel avait ensuite confié au docteur Springer le soin de poursuivre. Le docteur Springer s'était étendu avec enthousiasme sur les avantages de la technique et ses perspectives dans l'avenir :
— Il n'y a pas si longtemps, cette technique n'était qu'expérimentale. Depuis peu, on envisage de l'utiliser officiellement à des fins thérapeutiques sous surveillance étroite pour le traitement chirurgical des pathologies lourdes. Dans l'avenir, l'emploi des clones pilotés pourrait apporter une excellente alternative à la robotique dans bien des domaines de l'industrie, en particulier pour des travaux dangereux demandant une grande précision. Le voyage spatial en bénéficiera aussi, permettant des missions longues et lointaines et autorisant des permissions aux astronautes...
Toutes ces perspectives étaient merveilleuses, mais ceci n'était que la partie émergée de l'iceberg. Si tout cela était au stade de projet à l'époque, la réalité recelait d'autres aspects, hier comme aujourd'hui. Sur le plan militaire, le projet fonctionnait déjà depuis un certain temps ! Rapidement, les gouvernement des grandes puissances s'étaient emparés du procédé, et avaient créé des copies de leurs meilleurs agents, qu'ils envoyaient de par le monde accomplir des missions toujours plus risquées au mépris du danger, car lorsque le clone était tué, la conscience réintégrait l'original, grâce à l'implant et à la machine.
Des perspectives fascinantes en vérité. Cliff avait accepté la proposition du colonel. Hélas depuis quelque temps, les règles du jeu s'étaient sensiblement compliquées. En se vulgarisant, cette technique était malheureusement tombée entre les mains d'une organisation terroriste, lui accordant un pouvoir redoutable.
Turner interrompt là le fil de ses réflexions, car la lisière du bois est maintenant toute proche. Il voit à travers les ramures noires le ciel étoilé et les lumignons rouges surmontant les points hauts du complexe. Restant à quelques mètres en retrait à l'intérieur du bois, il longe la bordure du camp sur une centaine de mètres, contournant un angle de la clôture pour faire face à ce que sa boussole lui indique comme étant la façade Nord. Le grillage est devant lui, à moins de dix mètres, et l'endroit sombre à souhait. Tapi dans l'ombre, il prend sa radio dans une poche de poitrine et lance un dernier appel à la base, avant de pénétrer dans le repère de l'ennemi :
— Supervision ? Ici C3.
— Ici Lawfield, je vous écoute.
— J'entame la phase 2.
— Bien reçu C3, sauf imprévu prochain contact en phase 3, concentrez vous sur la mission.
— Compris, terminé.
Cliff range sa radio et s'approche de la clôture. Le treillis métallique installé depuis longtemps est peu tendu et le lierre qui grimpe par endroits à mi hauteur absorbe les éventuelles vibrations. Il s'ouvre une entrée discrète au bas du grillage à l'aide d'un coupe-boulons et se glisse dans l'ouverture. Une fois à l'intérieur, il prend soin de remettre le pan de grillage en place, et fixe le bord de la déchirure en tordant en forme de crochet l'extrémité coupée de quelques fils de fer.
Gare au mirador, avait dit le colonel. Un petit coup d'œil en direction de la tour ne révèle aucune présence en haut de l'édifice, mais n'en était-il pas de même la première fois ? S'il y a un homme de garde, il doit se tenir assis dans le noir la plupart du temps. Peut-être même s'était-il assoupi et avait-il été réveillé par les explosions ! À moins qu'il n'observe au travers d'une ouverture invisible ? Comment savoir dans cette obscurité dense ? De toutes manières, sous ce nouvel angle d'attaque Cliff sera vite hors de vue de la tour.
Dans la pénombre de son bureau, où derrière un paravent un coin repos sommairement meublé a été aménagé, Kelly a fini par s'assoupir. Une succession de hurlements lugubres la tire brutalement de son demi-sommeil. Dans la base jusque là quasiment silencieuse, des klaxons se font écho, de couloirs en couloirs.
