Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
En tant que rêveur lucide, l'auteur aborde l'exploration de l'univers onirique avec méthode, en immersion dans un environnement en perpétuel mouvement. Expérimentant de manière interactive, il observe avec rigueur le comportement de cet univers étrange et merveilleux, dont l'extraordinaire imagerie lui livre peu à peu les bases d'une étrange physique du rêve. Ouvrant grand les portes de l'inconscient, il nous entraîne dans un fabuleux voyage de découverte au cœur de l'imaginaire, où rationnel et irrationnel se livrent un perpétuel combat au creux de l'oreiller. De ses aventures dans la réalité virtuelle, au delà du miroir du sommeil, il rapporte un guide à la portée de tous et de chacun qui fera de vos nuits des journées bien remplies.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 308
Veröffentlichungsjahr: 2015
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
AVANT-PROPOS ou Pardon Docteur FREUD
Introduction
Chapitre 1 Rêve et projection
Chapitre 2 Bien dormir pour bien rêver
Chapitre 3 Création d'une habitude
Chapitre 4 Reconnaissance du rêve - Étiquettes
Chapitre 5 Rationalisme et handicap
Chapitre 6 Dualité
Chapitre 7 L'imaginaire
Chapitre 8 Le rejet
Chapitre 9 Regardez vos mains
Chapitre 10 A la découverte du rêve
Chapitre 11 Les trois unités
Chapitre 12 Le plus vieux rêve de l'homme
Chapitre 13 L'autosuggestion et l'invisible
Chapitre 14 Objets stables et objets parasites
Chapitre 15 Où l'on reparle des mains - Le passe-muraille
Chapitre 16 Intégration des pouvoirs
Chapitre 17 Les autres
Chapitre 18 Qui sont ces gens ? L'identité
Chapitre 19 Les rebelles
Chapitre 20 Notion d'interface – Pensée non résidente
Chapitre 21 L'hallucination hypnagogique - Rêve éveillé
Chapitre 22 Le rêve imbriqué, ou rêve gigogne
Chapitre 23 Défonctionnalisation du rêve
Chapitre 24 Perception - Kinésthésie – Cénesthésie
Chapitre 25 Héritage culturel - Succubes et incubes
Chapitre 26 Kanashibari – Narcolepsie
Chapitre 27 Sensation de mort imminente - Dérive
Chapitre 28 L'inconscient s'amuse
Chapitre 29 Le rêve en stéréo - L'œil directeur du rêve
Chapitre 30 La mémoire
Chapitre 31 Quand le réel et le virtuel se rejoignent
Chapitre 32 Le rêve prémonitoire - Le voyant extralucide
Chapitre 33 Le rêve et l'écriture
Chapitre 34 Le temps
Chapitre 35 Ombre et lumière
Chapitre 36 Toujours plus complexe
Conclusion
Glossaire
N’étant pas psychologue de métier, je ne suis venu à la psychologie que tardivement, en dilettante, poussé par mon intérêt pour l’univers fantasmagorique du rêve. Lorsque je pris la décision d’écrire ce livre, mon intention était simple : porter le résultat de mes expériences à la connaissance du public, en espérant trouver à travers les réactions de celui-ci, confirmation ou infirmation des principes énoncés, dans un but constructif. Toutefois, parvenu à un certain point de cette étude du rêve, et ayant couché sur le papier l’essentiel de mes idées, je me suis senti contraint de comparer mes opinions personnelles issues de nombreuses expériences nocturnes, aux grandes théories de la psychologie. Ce-faisant, je ne pouvais ignorer entre autres références, l’incontournable œuvre du père de la psychanalyse.
Disciple convaincu de Socrate, et conscient depuis longtemps que la seule sagesse réside dans la lucidité de l’homme face à l’étendue de son ignorance, j’ai souvent été porté à douter des certitudes acquises (à commencer par les miennes), et les découvertes de Sigmund Freud sur le rêve n’ont pas échappé à cette ligne de pensée, lorsque je les ai examinées. Ceci étant posé, loin de contester la validité des grands principes de la psychanalyse, je pense cependant contrairement à Freud, que le contenu manifeste du rêve tel qu’il le définit, n’est pas sans intérêt dès lors que l’on peut s’en servir, comme c’est le cas dans le rêve conscient ou rêve lucide, lorsque celui-ci prend l’apparence de la réalité telle que nous la connaissons, et que nous y avons la faculté de prendre des initiatives.
Je préciserai la signification de « contenu manifeste » et de « contenu latent » du rêve, définis par Freud, et adoptés par la psychanalyse : le contenu manifeste est l’aspect du rêve, son contenu apparent, fait d’images et d’actions. D’après Freud, le travail du rêve serait de convertir le contenu latent du rêve, fait de désirs conscients et inconscients insatisfaits, en une représentation imagée et symbolique dans laquelle ces désirs verraient leur réalisation. ce travail serait régi par deux principes, qui sont la condensation et le déplacement. L’opération inverse du travail onirique, est l’analyse. L’analyse étant le travail du psychanalyste, qui a pour tâche de retrouver le contenu latent par le biais de l’interprétation des symboles, en relation avec l’étude du contexte du patient analysé.
Si l’on fait exception des postulants aux professions ayant trait à la psychologie et à la psychiatrie, il ne reste pour remplir les cabinets des psychanalystes que les personnes affectées d’un trouble psychologique. Ceci a pour conséquence regrettable d’alimenter le « savoir » de la profession essentiellement avec des matériaux « altérés ». Le cas des personnes saines semble n’intéresser qu’une minorité de chercheurs, ce qui conduit à mon avis à une méconnaissance de ce qui constitue la « normalité » en matière de psychologie, si tant est qu’elle existe. On remarquera à ce propos qu’en grande majorité les rêves relatés par les auteurs ayant travaillé sur le sujet sont introduits par une formule du type : « le patient raconte que », fort significative. Si définir une normalité en matière de psychisme relève sans doute d’une gageure, il me semble qu’une étude approfondie de l’univers du rêve et des comportements oniriques sur une plus large échelle permettrait sans doute de mettre à jour une plus large part des subtils mécanismes de la pensée.
J’illustrerai ces propos par cette remarque de M. Gilbert Ballet et sa Leçon de clinique médicale : < C’est une profonde erreur de l’ancienne psychologie d’avoir considéré l’homme comme un type toujours identique à lui-même. La psychologie objective nous montre, au contraire, qu’il existe entre les individus de notre espèce des différences très accusées au point de vue du fonctionnement cérébral et de ce que l’on appelait autrefois les « facultés de l’âme ». Ces différences s’accusent surtout lorsque l’on considère la faculté d’évocation des images >.
Le Docteur Schatzmann (rêves et hallucinations, 1925) qui cite M. Ballet, ajoute : < J’en ai conclu qu’en cherchant à comprendre les rêves des autres, je ne pouvais manquer de les juger d’après les miens et de me tromper lourdement >.
Pour Freud, médecin, comme pour nombre de ses successeurs, la psychanalyse est un outil qu’il emploie à des fins thérapeutiques. Son intérêt se porte sur le contenu latent du rêve, sensé détenir la clé d’un état pathologique. Le contenu manifeste quant à lui, ne fait l’objet que de son indifférence. Pourquoi la psychanalyse ne devrait-elle servir que d’auxiliaire à la médecine ? Je suis convaincu pour ma part qu’en dehors de toute considération d’ordre médical, le rêve par son contenu manifeste, accessible directement à notre perception peut apporter beaucoup à qui sait en apprécier la fantaisie, et l’appréhende avec la curiosité d’un explorateur, ou plus simplement dans un esprit ludique. Nous verrons que les outils de la psychologie sont à même de nous aider dans cette approche différente du rêve et dans la compréhension des mécanismes qui le régissent.
Pour vous qui découvrez le présent ouvrage, je souhaite lever une part du voile jeté sur l’étrange comédie du rêve, et soumettre à votre appréciation mes déductions issues de l’observation de situations oniriques ayant vu le jour dans mon esprit.
Notez bien que j’écris « mon esprit », et non « ma tête » ou « mon cerveau ». C’est à ce choix, et à cette différence que vous devez de pouvoir lire les lignes, et avec un peu de chance, les pages qui vont suivre. Je souhaite vous emmener à ma suite, tel un guide touristique au cœur d’une contrée étrange, qui est sans doute ce que la littérature et le cinéma ont approché avec la quatrième dimension. Toutefois, ne vous méprenez pas, car ceci n’est pas un roman de fiction, et tout ce qui y sera relaté ou décrit, sera le fruit d’une longue expérience, et d’aventures « vécues ». Je n’ai point la prétention de vous livrer d’absolues certitudes, mais seulement le résultat incomplet de mes observations que je vous invite à confronter à votre expérience personnelle.
L’étrange contrée où je souhaite vous entraîner, est le rêve. Contrairement à de nombreux auteurs qui ont essayé d’attribuer des significations à nos rêves, liées aux événements de notre quotidien matériel ou affectif, mon but est de vous faire découvrir de l’intérieur un monde fascinant, régi par des règles particulières, et dans lequel, avec un certain entraînement, l’on peut apprendre à évoluer. Pour qui possède quelques connaissances en ce domaine, le rêve offre un univers merveilleux qui ne demande qu’à être exploré, et le rêveur initié découvrira des richesses insoupçonnées qui lui apporteront un autre regard sur le monde, et le sens de la vie. Il pourra sans doute sembler difficile au lecteur non averti d’admettre a priori certains concepts. Pourtant, dans cet ouvrage où nous aborderons le domaine de l’étrange, il sera nécessaire de poser certains postulats, et d’émettre des hypothèses. Paranormal, parapsychologie et sciences exactes ne font généralement pas bon ménage, mais j’essaierai d’être le plus cohérent possible dans mes démarches, et les postulats et hypothèses seront toujours justifiés par les phénomènes observés. J’entends par là que ce sont les circonstances et les observations qui en ont découlé qui m’ont amené à poser ces postulats, et qu’il ne s’agit pas d’une décision arbitraire pour tenter de justifier des allégations. Je ne souhaite pas accréditer une œuvre de fiction, mais apporter des réponses sinon justes, du moins possibles, aux questions que le rêve peut susciter. Mon seul but est de faire partager mes découvertes, et d’offrir au lecteur intéressé un raccourci pour accéder à une meilleure compréhension du rêve et de ses mécanismes en lui épargnant les laborieuses et longues recherches que j’ai pu mener ces deux dernières décennies. Cette approche du rêve nécessitera de la part du lecteur une certaine part de confiance, de crédulité, devrais-je dire, sans qu’un sens péjoratif doive être attribué ici à ce terme. J’entends par là que si certains parmi vous pourront se reconnaître, ou reconnaître certains de leurs rêves, et donc comprendre au mieux les concepts énoncés, d’autres moins ouverts au rêve, et ayant eu moins d’expériences en ce domaine, auront peut-être l’impression que tout ceci n’est que fantaisie. A ceux-ci, je demande de bien vouloir admettre ces concepts, ne serait-ce que le temps d’aller au bout de ce livre. Peut-être à un moment ou à un autre reconnaîtront-ils en ces ligne une situation vécue qui leur fournira le germe de la compréhension. Je n’ai cependant pas la prétention de tout expliquer, et vous invite à considérer simplement cet ouvrage comme une incitation à l’introspection.
J’emprunterai parfois quelques termes à la psychologie classique. Le lecteur initié constatera sans doute que j’ai quelque peu détourné la terminologie relative aux outils de la psychanalyse, et que l’emploi qu’il sera fait de ces notions pourra être quelque peu différent de celui qu’en aurait fait un psychologue ou un psychanalyste. Que ceux-ci ne m’en veuillent pas, car je pense sincèrement que cet ouvrage peut leur apporter quelque chose à eux aussi, comme à toute personne qui apprécie le rêve et qu’anime la curiosité, que cette curiosité ait un but scientifique ou non. La raison de ce détournement de vocabulaire réside dans la nécessité d’exprimer avec clarté le principe de symétrie, ou principe du miroir, que l’on découvrira au chapitre quatre intitulé « reconnaissance du rêve ». Nous adopterons donc une notation simplifiée. Ainsi, le subconscient, ou préconscient chers à Freud deviennent l’inconscient, notion opposable par symétrie à la notion de conscient, tandis que l’inconscient de la psychanalyse classique que l’on nomme aussi le « Ça », devient simplement le « Ça » Au fur et à mesure de notre avancée, nous reviendrons à une terminologie plus conventionnelle, ce qui nous permettra d'étoffer certains raisonnements.
Vous trouverez tout au long de ces lignes, des exemples de situations oniriques, mettant en œuvre les mécanismes que j’ai pu découvrir, et dont je souhaite vous faire partager la connaissance. Bien que présentés comme des cas d’école, ces exemples sont réels, et les rêves mis en situation sont pour la plupart communs à un large échantillonnage d’individus.
Faisant suite à une étude des situations les plus classiques qui nous sont offertes par l’univers onirique, sous un aspect purement psychologique et analytique, nous tenterons une approche du rêve moins conformiste inspirée par l’observations de rêves particuliers constituant des cas non résolus.
Des notions étranges seront abordées, que je n’envisageais pas moi-même il y a quelques temps. Je comprendrais très bien que l’on soit sceptique car je le suis encore moi aussi à certains égards, et lorsque j’aborderai des points faisant appel à des hypothèses, j’en avertirai le lecteur, qui aura tout loisir de m’adresser des commentaires s’il désire apporter des éléments susceptibles d’éclaircir un concept que je n’ai pu maîtriser. Pour une progression « logique », je devrais commencer cet ouvrage précisément par l’un de ces concepts irrationnels, mais ce serait peut-être stopper net l’élan des plus rationalistes d’entre vous. Nous verrons plus loin que le rationalisme est précisément un handicap pour aborder le domaine du rêve, mais déjà, j’anticipe.
L’approche choisie sera donc une approche chronologique, telle que je l’ai effectuée au cours de ma « vie » de rêveur. Le terme vie peut se justifier si l’on considère que nous dormons pendant un tiers de notre vie terrestre. Nos rêves mis bout à bout représentent alors un temps apparent considérable, assimilable à une seconde vie. Nous verrons plus loin qu’indépendament de cette notion de durée, certains aspects du rêve permettent de le considérer comme une seconde existence. Cela prend toute sa signification à une époque où ce que l’on nomme réalité virtuelle suscite un intérêt croissant. Nous gagnerons en compréhension en considérant le rêve comme une réalité virtuelle. En 1995 (Night Light) Stephen Laberge et Brenda Giguere emploient le terme d’onironaute pour désigner les expérimentateurs du rêve lucide. On ne saurait à mon sens trouver meilleure appellation pour les explorateurs de l’univers onirique.
Enfin, pour les connaisseurs, mon approche sera une approche essentiellement mentaliste, s’appuyant sur les outils offerts par la psychanalyse et éclairée par les découvertes plus récentes de la neurophysiologie. Elle se veut analytique mais non interprétative, dans un esprit d’objectivité respectant les particularités de chacun.
Afin de mieux appréhender le monde merveilleux qui s’ouvre à nous lorsque nous rêvons, il est nécessaire d’étudier un peu l’environnement du rêve, et le processus qui y conduit. Je n’ai pas l’intention de faire ici un cours sur le sommeil, comme on peut en trouver dans de nombreux ouvrages traitant du rêve. Disons simplement que notre sommeil est soumis à un cycle au cours duquel des périodes d’une vingtaine de minutes, propices à l’établissement du rêve, apparaissent toutes les quatre-vingt-dix minutes environ. L’immuable processus entre en fonction chaque soir de notre vie : nous nous allongeons, et tôt ou tard, le sommeil nous gagne. La notion de temps disparaît, et le rêve commence. Ensuite, les images défilent, les événements s’enchaînent, agréables ou non, puis c’est l’éveil. Entre ces périodes de rêve, qui mises bout à bout représentent d’après les scientifiques environ vingt pour cent de notre temps de sommeil, des périodes de noir, d’absence de temps, comme si la durée apparente de notre nuit n’était basée que sur la durée apparente de nos rêves, et les périodes d’éveil. Paradoxalement, ce sont donc les périodes les plus courtes de la nuit, celles où nous rêvons qui paraissent les plus longues, comme si notre esprit ignorait les intervalles sans rêve, où comme si nous étions alors véritablement hors du temps. Les plus rationalistes d’entre nous ont sans doute déjà choisi la première de ces deux solutions. Pourtant, c’est dans la seconde que réside sans doute une des réponses à la question : où se tient le rêve ? Question qu’il faut bien se poser puisque les images qui nous apparaissent doivent bien avoir un support. De même qu’ont un support les images que notre esprit crée volontairement lorsque nous faisons appel à nos souvenirs ou lorsque nous faisons un effort d’imagination pour visualiser un lieu ou un objet qu’un tiers nous décrit. Ce support porte un nom : c’est la psyché. La psychologie et la parapsychologie donnent de la psyché une signification différente. Pour la psychologie, la psyché désigne l’ensemble des composants relationnels et affectifs du moi. C’est ici à la seconde définition, moins conformiste, que nous nous référerons.
La psyché n’a pas d’existence matérielle. Il s’agit d’une sorte d’écran imaginaire sur lequel se projettent les images virtuelles issues de notre esprit. Notez bien que je dis « issues de notre esprit », et non « créées par notre esprit ». Cette nuance aura son importance comme nous aurons le loisir de le voir plus tard. Le terme d’écran est quelque peu limitatif, et inapproprié, mais il a le mérite de représenter quelque chose de concret. C’est une image pour les matérialistes, mais nous irons bien au-delà de cette image, car l’atmosphère du rêve est d’une telle richesse qu’elle ne saurait se satisfaire d’une projection plane, et la notion d’écran est largement dépassée. Nous en prenons bien vite conscience lorsque de spectateur nous devenons acteur, et que notre rêve s’anime. Nous agissons alors, éprouvons des sensations souvent proches de la réalité, le rêve devient alors palpable, tridimensionnel. Il devient virtuellement réel. La psyché est alors bien autre chose qu’un écran plat. C’est plutôt une porte qui s’ouvre sur un univers étrange, à la consistance instable, où nous côtoyons tous les dangers, visitons des lieux fabuleux, et dont nous revenons toujours, tantôt apeurés tantôt rassurés, souvent émerveillés.
L’expérience montre qu’il existe divers types de rêves. Je les classerai dans un premier temps en deux catégories principales : les rêves dont on se souvient, et les rêves dont on ne se souvient pas. Beaucoup de personnes prétendent ne pas rêver. En réalité, ces personnes rêvent comme tout le monde, mais n’en ont pas le souvenir. Si le sommeil, et en particulier le sommeil lent (sommeil profond caractérisé par un électro-encéphalogramme montrant des ondes à basse fréquence) est indispensable au repos du corps, l’utilité du rêve sur le plan organique reste encore douteuse. Sur le plan psychologique, diverses théories se sont succédé dans le camp des psychanalystes, qui n’ont apporté que fort peu de certitudes. Les expériences menées par le biais de la privation pure et simple du sommeil, ainsi que la privation du sommeil paradoxal par éveil provoqué ou par l’utilisation de médicaments n’ont pas permis de conclure à la nécessité du rêve pour l’équilibre psychologique du sujet. Cependant, cela demeure un fait, tout être humain rêve. Cela est également applicable à la plupart des animaux homéothermes, mais ici hors de propos. La raison de ces différentes catégories de rêves me semble explicable par différents niveaux de sommeil, que nous pourrons arbitrairement appeler sommeil léger, sommeil moyen et sommeil profond. Faisons maintenant appel à des notions connues, telles que conscient et inconscient et émettons une première hypothèse : lors du sommeil léger, qui peut correspondre par exemple à une phase d’assoupissement, le conscient est dominant, et l’inconscient peu ouvert. Le rêveur tiré de son état dans cette période aura le souvenir des bribes de rêve entamé s’il a eu le temps d’établir une liaison entre conscient et inconscient, mais considérons plutôt que cette liaison est établie pleinement dans le sommeil moyen. Dans cette période, conscient et inconscient communiquent, et les données du rêve peuvent pénétrer le conscient, et s’inscrire dans ce que nous appellerons la mémoire consciente. Le rêveur qui effectue un rêve dans cette phase se souviendra alors certainement de son rêve avec une grande précision. Considérons maintenant que le rêve se produit dans le sommeil profond : l’inconscient est à présent aux commandes. Le rêve est maintenant totalement inconscient, et le conscient n’en aura aucun souvenir, ou un souvenir imprécis et fragmentaire. Il n’y a pas transfert dans la mémoire consciente, et seule l’hypnose, ou le souvenir de ce rêve lors d’un état de sommeil moyen permettront d’opérer un transfert dans la mémoire consciente. Comme je l’ai dit, le choix des définitions est arbitraire et sans corrélation directe avec les dénominations scientifiques des différents stades du sommeil, mais on pourrait éventuellement assimiler le sommeil profond au sommeil lent. En 1953, Eugen Aserinsky qui observe le sommeil chez l’enfant, constate des mouvements oculaires rapides et émet l’hypothèse d’un lien avec le rêve. En 1957, William Dement et Nathaniel Kleitman publiaient le premier article établissant un parallèle entre les mouvements oculaires rapides caractéristiques du sommeil paradoxal et l’activité onirique. Rêve et sommeil paradoxal devaient par la suite être intimement liés dans l’opinion scientifique. Pour ma part, en raison d’expériences personnelles, je n’ai jamais été convaincu de la nécessité d’être dans le sommeil paradoxal pour rêver. La mémoire du non vécu et le rêve éveillé qui se déroule comme son nom l’indique, hors du sommeil, parallèlement au réel, sans posséder les caractéristiques de l’hallucination, me semblaient constituer de bons arguments en faveur de cette théorie. Le rêve éveillé est cependant très rare, mais l’étrangeté des sensations qu’il procure justifiera un développement ultérieur. Quelques chercheurs néanmoins entrevoyaient dans le lien entre le rêve et le sommeil paradoxal le résultat d’une erreur méthodologique. David Foulkes (Université de Chicago - Université du Wyoming) confirma cette hypothèse. Plus récemment, Mark Solms qui travaille au Département de neurochirurgie du Royal London Hospital a mené des études portant sur un nombre important de patients présentant des lésions cérébrales particulières. Celles-ci ont montré d’une part que le sommeil paradoxal pouvait être dépourvu de rêve, et d’autre part que le rêve peut survenir en sommeil lent, particulièrement en début ou en fin d’un cycle de sommeil. L’emploi de substances chimiques activatrices du cerveau peut par ailleurs provoquer le rêve en dehors du sommeil paradoxal.
Nous avons vu que pour se souvenir de ses rêves, ceux-ci devaient se situer dans ce que nous avons décidé de nommer le sommeil moyen. Cela dit, pour bien rêver, il y a une condition importante à remplir : bien dormir ! De nos jours, nous vivons le plus souvent à cent à l’heure, les journées sont trop courtes pour tout faire, des emplois du temps surchargés nous obligent à veiller tard. Comme il faut le plus souvent également se lever tôt pour aborder une nouvelle journée de travail qui se déroulera à la même vitesse que la précédente, il apparaît évident que le temps de sommeil en pâtit, et par conséquent la qualité de celui-ci. Votre temps de sommeil moyen sera diminué, au profit du sommeil profond et réparateur. Vos rêves ne seront pas transférés dans la mémoire consciente, et vous n’en aurez donc pas le souvenir.
Si vous désirez explorer le rêve, et tirer parti de ses richesses, Le premier conseil que je pourrais vous donner, est de vous coucher tôt. Si vous disposez d’un peu de temps en fin de soirée, essayez de ne pas allumer votre poste de télévision, et allez dormir le plus tôt possible. Si réellement vous ne disposez pas de temps en semaine, alors expérimentez le week-end ou pendant vos congés. Se coucher tôt, lorsque l’on n’est pas encore très fatigué est la meilleure garantie d’accéder au sommeil moyen, et de s’y maintenir. L’idéal serait de ne jamais vous endormir après vingt deux heures. Il est possible, voire probable que vous couchant tôt, vous vous réveillez à la moitié de la nuit. Disons vers une ou deux heures du matin. N’essayez pas alors de vous rendormir immédiatement. Vous allez certainement vous mettre à penser, aborder un processus de réflexion, qui peut éventuellement tourner à l’obsession si vous avez quelque souci professionnel ou autre. Levez-vous, marchez un peu, allez faire un tour du côté des toilettes, boire un demi verre d’eau à la cuisine. Cela ne vous prendra qu’une minute ou deux, mais vous serez prêt à aborder la seconde partie de la nuit dans les meilleures conditions. Le sommeil est constitué d’une succession de cycles d’une heure et demi à deux heures. L’éveil nocturne intervient parfois légèrement avant la fin d’un cycle, durant une phase ou les conditions physiologiques sont défavorables à l’endormissement. Se rendormir durant cette période sera donc difficile. Une courte période d’activité vous permet d’attendre le cycle suivant.
L’usage de certains médicaments est défavorable à l’apparition du rêve. Certains tranquillisants, ou antidépresseurs ont une action inhibitrice qui supprime le sommeil paradoxal, ils sont donc à proscrire si l’on souhaite étudier le rêve. On trouve par ailleurs d’autres principes actifs ayant une action similaire sur le sommeil paradoxal, parmi lesquels le chloramphénicol, utilisé dans la composition de certaines solutions nasales, abandonné depuis quelques années car responsable de cas d’aplasie médullaire.
A l’inverse, il existe des produits onirogènes. Cependant, comme il est exclu d’avoir recours à des drogues pour mener nos expériences, je ne vous signalerai qu’un seul exemple bien inoffensif. Il est connu que consommer des oranges le soir peut perturber le sommeil, particulièrement chez les enfants, en vertu des propriétés excitantes de la vitamine C. J’ai pour ma part constaté qu’en absorbant le soir un ou deux verres de jus d’orange, j’avais un sommeil agité, entrecoupé d’éveils fréquents, mais extrêmement riche en rêves de grande qualité sur les plans de l’imagerie et des sensations. Ces rêves semblent toutefois avoir une propension particulière à s’évaporer au matin, et il est préférable de les fixer au plus tôt en s’efforçant de se les raconter dans les premiers instants qui suivent le réveil.
Bien respirer est également très important. Évitez de dormir dans une atmosphère trop chaude et trop sèche. Si la saison le permet, ouvrez votre fenêtre. Vous pourrez par ailleurs laisser vos volets fermés si vous craignez d’être gêné par la lumière d’un réverbère ou le vrombissement d’un moustique égaré. Un léger filet d’air est suffisant. A la ville, n’hésitez pas à régénérer l’air de votre appartement au moyen d’un générateur d’ions négatifs. Outre les bienfaits apportés à vos bronches, et après une très courte période d’adaptation de deux à trois jours durant lesquels vous pourrez éprouver une légère excitation, vous constaterez une réelle amélioration de votre sommeil. Pensez également à mettre un récipient contenant de l’eau sur un radiateur. La lente évaporation de son contenu évitera à vos muqueuses de se dessécher et vous épargnera les maux de gorge nocturnes si fréquents lorsque fonctionne le chauffage central.
Pour de nombreuses personnes, l’endormissement est difficile, voire pénible. Chacun a sa méthode, plus ou moins empirique : compter les moutons sautant par dessus une clôture (Tiens ! Une utilisation de la psyché ! ), lire quelques pages d’un ouvrage de mécanique des fluides, ou écouter le tic tac du réveil. Pour ma part, la solution que j’ai mise en pratique pourra sembler quelque peu fastidieuse au début, mais apportera certainement rapidement un résultat. Ayant eu l’endormissement difficile pendant assez longtemps par suite de préoccupations professionnelles, j’essayais par tous les moyens de me vider l’esprit des problèmes technologiques non résolus dans la journée, et qui se projetaient sur ma psyché comme cherchant à se résoudre d’eux-mêmes en dépit de ma volonté de dormir. L’idée me vint que puisque je ne pouvais vider mon esprit de toute image, le mieux était de remplacer celles présentes par d’autres, choisies par moi.
Dans un premier temps, j’ai imaginé un lieu de départ. Un bâtiment dans ses grandes lignes. Tout d’abord la façade, un hall d’accueil, un couloir avec des portes ouvrant sur d’autres couloirs et pièces, et j’imaginais que j’avançais à l’intérieur de ce bâtiment, avec un but précis supposé agréable, mais difficile à atteindre. Je mémorisais un trajet type, avec les détails de chaque portion de couloir : couleur de la moquette, type d’éclairage, décoration, ascenseurs, etc. Le but à atteindre pouvait être un grand bureau avec une baie vitrée, agréablement décoré, dans lequel j’avais rendez vous avec « X ». X représentant une personne de mon choix, ce choix étant par ailleurs sans importance, car en principe, je n’arriverais jamais dans ce bureau, le but étant de m’endormir le long du trajet. Ce processus de construction peut demander un certain temps, mais ce temps sera en général toujours plus court que celui que vous auriez mis en laissant errer votre esprit au gré de vos soucis quotidiens. Si toutefois au début, le sommeil ne venait pas, et que vous soyez parvenu au but initialement fixé, n’hésitez pas à « en rajouter ». Vous vous êtes trompé de porte, ce n’est pas le bon bureau, vous revenez sur vos pas, ou poursuivez dans le couloir. continuez la construction vous allez vous endormir.
Le plus gros du travail est fait. Vous êtes au début de la seconde nuit, et la construction existe. Les lieux que vous avez imaginés sont dessinés dans votre mémoire, et peuvent être projetés sur votre psyché. Vous arrivez devant le bâtiment, vous pouvez même imaginer les environs si vous le désirez. Votre construction n’est pas limitée en espace, mais vous devez conserver une progression, et un but. Vous arrivez donc devant le bâtiment, entrez, et faisant appel à votre mémoire, vous refaites le trajet choisi, en vous remémorant tous les détails, pas à pas, tranquillement. Vous verrez que chaque soir, vous irez un peu moins loin avant de vous endormir. Pour ma part, pratiquant cette méthode régulièrement, je m’endors fréquemment avant même de pénétrer dans le bâtiment ! J’arrive en voiture, descends, ferme la portière, fais quelques pas en direction du hall vitré, et ensuite c’est le sommeil. Le rideau se lève sur la psyché, et le rêve et son fabuleux théâtre m’est ouvert.
Parallèlement à ce processus mental, vous pouvez adopter certaines positions favorisant l’assoupissement. Commencez par exemple votre exercice sur le dos, tête bien à plat. Lorsque parvenu à un stade de votre progression vous ressentez une certaine lassitude, et des difficultés à vous concentrer, tournez vous alors sur le ventre en ayant soin de ménager vos vertèbres cervicales pour ne pas devoir changer de position par la suite. Votre nouvelle position ne doit pas non plus gêner votre respiration. Ce changement de position vous apportera un certain soulagement, et vous devriez dormir peu après.
Très bien. Vous dormez, à présent. Vous dormez, et vous rêvez. Pour vous, ce rêve est réalité. Il peut être agréable ou bien désagréable, vous ne l’avez pas choisi. Vous avez été projeté dans une réalité virtuelle. Vous ne savez pas pourquoi vous êtes là, ni même où vous vous trouvez. Qui sont ces gens ? Que vous veulent-ils ? Vous avez vaguement un but, mal défini, souvent. Auquel cas, vous ignorez comment y parvenir. Vous aviez à l’instant une valise à la main, et vous l’avez perdue, l’espace d’une seconde. Vous trouvez une personne amie. Détournez un instant les yeux et regardez : elle n’est plus là. Vous avez marché trop loin, vous êtes las et voulez revenir, mais votre chemin n’existe plus. Les maisons ne sont pas les mêmes qu’à l’instant précédent. < Soyez le bienvenu dans la quatrième dimension ! >, souhaiteriez vous vous entendre dire par l’hôtesse d’accueil ? Mais il n’y a pas d’hôtesse, et passé la frontière du sommeil, vous devrez vous débrouiller seul. Le rêve est une dimension étrange où vous entraîne votre inconscient. Ses limites sont mal définies, ses lois restent à découvrir. A vous d’œuvrer. Vous êtes un explorateur solitaire dans un univers immense.
C’est dans le sommeil moyen que vous pourrez apprendre à découvrir cet univers. Pour cela, vous devrez prendre conscience que vous rêvez. Ceci est la condition indispensable pour ne pas subir le rêve, pour devenir actif dans celui-ci, et effectuer des choix volontaires et conscients. Indispensable également pour en rapporter quelque chose. Oh bien sûr, rien de tangible, ni même de concret, mais un soupçon de connaissance, de compréhension. Conscient de l’état de rêve, vous découvrirez ses mécanismes de manière interactive, en examinant vos choix et les effets qui en résulteront.
Comment savoir que l’on rêve me direz-vous ? Si vous êtes dans le sommeil profond, ni vous, ni moi, ni personne ne pourra vous aider, sauf cas particulier que je citerai un peu plus loin. Si en revanche, vous vous débattez aux prises avec un rêve dans le sommeil moyen, vous avez quelque chance de vous rendre compte de la situation. En effet, on se souvient que dans le sommeil moyen, conscient et inconscient peuvent communiquer, et ce qui est vrai dans un sens l’est aussi dans l’autre. Cela revient à dire que si le rêve issu de l’inconscient peut s’inscrire dans la mémoire consciente de manière que nous puissions nous en souvenir à l’état éveillé, le contenu de la mémoire consciente est accessible à l’inconscient. L’étendue de nos connaissances rationnelles est disponible et notre inconscient est alors à même de comparer les situations engendrées par le rêve à ce qui est susceptible de se produire dans la réalité à laquelle nous sommes habitués, et qui pour nous constitue ce qui est rationnel et possible. Lorsqu’un élément discordant est mis en évidence au terme de cette comparaison la prise de conscience a lieu, et le rêve est identifié. Une certaine catégorie de rêve rend cette identification plus aisée : le cauchemar.
Chacun d’entre nous s’est éveillé une nuit ou une autre en proie à une grande terreur. Personne n’est à l’abri du cauchemar, et bien que fort désagréable et susceptible de vous gâcher une nuit, ce type de rêve constitue un excellent terrain pour l’expérimentateur. Le cauchemar, par le réalisme des images, sensations et émotions qu’il suscite, possède une intensité particulière, capable de nous affecter profondément, et dont les effets peuvent se faire sentir bien au-delà du réveil. Cette influence puissante sur le conscient situe le cauchemar dans le sommeil moyen.
Outre le fait qu’une situation conflictuelle critique est généralement un excellent stimulant de l’imagination, une particularité du cauchemar, et des plus utiles, réside dans le caractère répétitif de ce genre de rêve. En effet, il n’est pas rare de refaire le même cauchemar plusieurs fois, et parfois même au cours d’une seule nuit. Certaines personnes, notamment des individus traumatisés par un événement grave, tel qu’accident, ou fait de guerre, font régulièrement le même cauchemar, et cela parfois durant des années. Sans envisager des cas d’une telle gravité, il est fort intéressant de constater une accoutumance au cauchemar, qui progressivement, sera reconnu par le rêveur. En effet, dans le sommeil moyen, comme nous l’avons vu plus haut, l’inconscient, bien que possédant sa mémoire propre, peut puiser dans la mémoire consciente. Dans le cas de la répétition d’un rêve, celui-ci figure parallèlement dans la mémoire inconsciente et dans la mémoire consciente. Cette dernière ayant la particularité de « savoir » que le souvenir qu’elle contient est un rêve. Lorsque conscient et inconscient sont mis en relation, l’inconscient est capable de reconnaître le rêve. N’oubliez pas que vous vous situez dans un monde virtuel dont l’action se déroule de l’autre côté de la psyché, comme si vous étiez le double inversé de vous-même au-delà d’un miroir. Cela pour vous faire comprendre que lorsque vous rêvez, conscient et inconscient permutent leurs rôles. Dans le rêve, c’est l’inconscient qui dirige, et vous n’avez de choix réel que lorsque vous réalisez que vous rêvez, et que vous empruntez des atouts dans le conscient.
Le rêve répétitif n’est pas seul à permettre ce genre d’interaction entre conscient et inconscient. En effet, vous pouvez transférer volontairement des informations du conscient vers l’inconscient. Pour cela, il vous faut au maximum tirer parti des rêves que vous faites, et dont vous vous souvenez, en vous les remémorant plusieurs fois une fois éveillé. Revisionnez-les, comme vous le feriez de films vus la veille, et si possible racontez-les à un de vos proches. Cela vous aidera à les fixer. Tirez-en le maximum. Souvenez-vous de ce que vous avez vu, fait, ressenti. Notez tout ce qui vous a paru étrange, et essayez de vous l’expliquer. N’interprétez pas, mais analysez. Ce faisant, vous attachez à vos rêves une part de conscient, que nous pouvons considérer comme une étiquette. Votre inconscient sera alors capable lorsqu’il fera appel à sa mémoire, de lire cette étiquette. Vous pourrez alors dans votre rêve, tirer profit de l’enseignement des rêves précédents.
