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Extrait : "On nous l'avait cependant annoncé bien longtemps à l'avance ; on nous avait fait suivre sur la carte sa marche rapide et menaçante. Le fléau voyageur n'était plus séparé de nous que par cette mer étroite qui nous ramène et nous remporte, avec la mobilité de ses flots, nos rois rétablis ou déchus."
À PROPOS DES ÉDITIONS LIGARAN
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Seitenzahl: 23
Veröffentlichungsjahr: 2015
Paris, ou le Livre des Cent-et-Un publié en quinze volumes chez Ladvocat de 1831 à 1834, constitue une des premières initiatives éditoriales majeures de la « littérature panoramique », selon l’expression du philosophe Walter Benjamin, très en vogue au XIXe siècle. Cent un contributeurs, célèbres pour certains, moins connus pour d’autres, appartenant tous au paysage littéraire et mondain de l’époque, ont écrit ces textes pour venir en aide à leur éditeur qui faisait face à d'importantes difficultés financières… Ainsi ont-ils constitué une fresque unique qui offre un véritable « Paris kaléidoscopique ».
Le présent ouvrage a été sélectionné parmi les textes publiés dans Paris ou le Livre des Cent-et-Un. De nombreux titres de cette fresque sont disponibles auprès de la majorité des librairies en ligne.
On nous l’avait cependant annoncé bien longtemps à l’avance ; on nous avait fait suivre sur la carte sa marche rapide et menaçante. Le fléau voyageur notait plus séparé de nous que par cette mer étroite qui nous ramène et nous remporte, avec la mobilité de ses flots, nos rois rétablis ou déchus. Et pourtant, ce voisinage nous inquiétait moins que ne l’avaient d’abord fait les récits venus des pays lointains, doublement terribles par la distance et par la nouveauté. Tout notre effroi s’était usé sur les premières descriptions de ses ravages, sur les premiers dénombrements de ses victimes. Car le Parisien ne peut pas avoir peur longtemps du mal qu’il ne voit pas, lui qui s’habitue si facilement à ses misères. Et puis, quoi qu’on veuille lui dire, il a foi dans la salubrité de sa ville natale, dans l’air suave et pur que l’on respire depuis l’Estrapade jusqu’à la rue du Rocher, dans la limpidité des eaux que roule la Seine enflée par d’innombrables égouts, dans les émanations bienfaisantes des ruisseaux qui parcourent nos rues. Comme l’épidémie se faisait attendre, il s’est imaginé qu’elle reculait devant nos calembours, nos caricatures et nos patrouilles ; et déjà il l’avait oubliée aussi complètement qu’un enthousiasme de l’année précédente, une émeute du mois dernier, et un scandale de la veille. Rien n’avait donc été dérangé dans notre vie et dans nos habitudes. Tout allait de cette marche incertaine et cahotée qui n’a ni la douceur du repos, ni les distractions puissantes du mouvement. La législation en était au rejet du divorce, le budget à une économie de quinze mille francs, la diplomatie à son cinquante-sixième protocole ; l’art dramatique venait de fermer deux théâtres, et la politique, par un de ces progrès hardis qui caractérisent un grand siècle, était passée tout-à-coup des chapeaux cirés aux chapeaux rouges. Nous touchions à la fin de mars 1832. Nous allions bientôt revoir les feuilles, et ne plus entendre les discussions.
