Le coût d'une vie - Alexis Richert - E-Book

Le coût d'une vie E-Book

Alexis Richert

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Beschreibung

Commerçant, le narrateur nous entraîne au fil des pages dans l'histoire de son confinement. Entre nostalgie et quotidien chargé d'incertitudes, cette épreuve va bouleverser sa vie.

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Seitenzahl: 62

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Sommaire

Prologue

Chapitre 1 : Au commencement

Chapitre 2 : Un coup de tonnerre

Chapitre 3 : Un long isolement

Chapitre 4 : Rêveries nostalgiques

Chapitre 5 : Dérive et désunion

Chapitre 6 : Un étrange renouveau

Chapitre 7 : La trahison

Chapitre 8 : Aimer, quoi qu’il en coûte

Epilogue

Prologue

Trois heures du matin, je me trouvais là, seul, dans cette grange baignée encore par l’air chaud et sec de cette journée d’été. Le calme de la nuit avait à présent envahi l’atmosphère, quelques bruissements d’ailes me tenaient une compagnie éphémère, frôlant ma lampe et diffusant çà et là les larges ombres de papillons et d’insectes dont la courte vie dépendait du vol furtif et magique d’une chauve-souris, sentence inéluctable, rapide et silencieuse. Improbable nature, si belle et si cruelle, que je regardai brièvement avec fascination en constatant combien je n’étais aussi qu’un point dans ce grand dessein de notre Terre. Le ciel s’était parsemé d’étoiles, petits points brillants et chaleureux placés dans cette immensité comme autant d’appels au voyage et à la découverte de nouveaux univers, invitant à rechercher plus activement les moyens de s’affranchir de ce monde déjà trop connu. Je m’évadai un instant dans ces rêveries de conquêtes où tout était encore à faire, puis me ressaisissant, je repris mes préparatifs. J’étais décidé, j’avais mûri mon projet à la lueur des événements de ces derniers mois, de ces années faites de bonheurs fractionnés, entrecoupés par des périodes d’ombre plus ou moins sombres. Ma vie n’avait pas été lisse, tout au contraire, les aspérités, comme la langue d’une râpe, avaient usé la longue traîne que je déroulais à chacun de mes pas et les lambeaux de tissus s’envolaient par fragments, souvenirs que le temps emportait et parfois me rendait après avoir joué à les faire virevolter en tourbillons de nostalgie, en me laissant aux prises avec la froidure de mon dénuement et les quolibets de mes semblables. Le besoin d’un grand changement était devenu impérieux, et il ne supportait plus le moindre contre-temps. Je jetai un œil à gauche, dans cette large construction de poutres et de planches, et je vis mon fidèle destrier d’acier, stationné dans l’attente d’un ordre, d’une impulsion, pour me porter à côté ou à cent lieues, suivant mes désirs, en compagnon de route infatigable. J’aimais ces échappées libres, la vitesse, la maîtrise des courbes, le crissement sur les gravillons, ces plaisirs que nous vivions égoïstement ensemble. Il m’avait accompagné plus d’une fois dans des retraites ou des victoires, c’était aussi des pages de ma vie que je tournai une fois encore avec la tendresse d’une époque passée dont on garde quelques regrets. Oui, il était temps de rompre cette chaîne avant que la force me vînt à manquer. Il fallait maintenant réaliser pleinement cette nouvelle entreprise et se donner à sa réussite.

Dans un dernier regard en arrière, je me remis alors un court moment à penser à toutes ces semaines qui aboutirent à cette décision.

Chapitre 1

Au commencement

Tout avait débuté en ce mois de mars, ou un peu avant, mais la date était imprécise et les querelles d’experts déjà nombreuses. J’avais quarante-neuf ans. Père divorcé à la suite d’un mariage dont il ne restait plus que des scories froides et coupantes, me blessant encore quand par mégarde je m’aventurais à ressasser ce passé, j’avais tout de même refait ma vie – usant ainsi de cette expression galvaudée et au sens illusoire tant il est improbable que l’on puisse se détacher irrémédiablement d’un amour fusionnel au point qu’on lui ait donné par le mariage un sacrement aux yeux de tous et surtout de soi-même - et je vivais à présent entre les ombres du passé et l’amour d’Anaïs.

Après avoir travaillé quelques années pour un grand groupe, je m’étais établi à mon compte. J’avais longtemps rêvé d’être mon seul maître et de connaître l’indépendance. C’était évidemment un travail dévorant mes journées, avec une multitude de tâches, mais je le trouvais plus valorisant et intellectuellement enrichissant en me laissant une liberté et des responsabilités conséquentes. J’avais repris, et je tenais, un petit magasin de vêtements pour hommes en centre-ville, à l’angle de la rue Camille Desmoulins et du Boulevard Pierre Mendes-France, vendant plutôt des articles de milieu de gamme. C’était une affaire qui vivait surtout d’une clientèle déjà d’un certain âge recherchant la qualité, le classicisme et une proximité rassurante avec leur commerçant. J’aimais ce rôle de conseiller empathique m’enquérant toujours des petits maux de mes acheteurs les plus fidèles, usant d’un ton presque obséquieux leur donnant ainsi une importance les valorisant. J’étais à leur service et ils appréciaient ce sentiment presque désuet, renaissant ainsi, de l’intimité que l’on forge avec sa domesticité. Dans cet ordre ancestral, ma modeste boutique devait toutefois compter avec la concurrence toujours accrue des franchisés appartenant à de puissants groupes ayant les moyens de jouer sur les prix et sur la publicité, ainsi que sur une population de plus en plus mobile, pouvant facilement se déplacer dans les grandes zones commerciales installées en périphérie, dans ces hangars sans charme mais tellement plus pratiques pour flâner entre les portants et les commodes de marchandises. Tout y était prévu pour agrémenter la journée du quidam qui n’avait que l’embarras du choix parmi les chaînes de restauration, les commerces de décoration d’intérieur, les animaleries et jardineries, les supermarchés et tant d’autres lieux de dépenses. Face à une telle concurrence, si bien ordonnée, si bien pensée pour entrer en bataille, comme nombres de confrères je réussissais à me maintenir à flot à force d’efforts et d’inventivité, mais sans pour autant connaitre le luxe de rémunérations attractives. Le climat des affaires s’était également nettement dégradé en centre-ville cette année, à la suite des manifestions incessantes contre les projets gouvernementaux et d’un climat social délétère qui pesait sur les achats non urgents. L’avenir semblait moins certain dans ce contexte. C’est alors que le Covid-19 toucha le monde, bondissant par avion, glissant par bateau de pays en pays grâce aux voyages et aux transports internationaux.

Depuis deux mois déjà la peur grandissait partout, et en France également, mais les premières semaines le pays semblait avoir su garder une distance avec des mesures restrictives sévères telles que connaissaient l’Italie et l’Espagne, nos proches voisins. Les ministres n’avaient pas semblé juger la situation critique, ayant laissé les frontières ouvertes, et parlant d’un virus proche d’une grippe hivernale. Je m’en félicitais et je m’accrochais à ce mince espoir que les gens continueraient à vivre presque normalement, à consommer, à dépenser, sans doute un peu moins, mais en gardant ce recul sur les évènements. Certes cela pèserait sur les affaires, mais nous ferions avec, en étant précautionneux et attentifs encore plus qu’avant. Puis nous étions une petite union de commerçants, nous nous épaulerions en organisant des évènements festifs, nous nous serrerions les coudes en démarchant la mairie. Ainsi, chaque jour je menais mon travail avec cet espoir chevillé a l’âme.

Chapitre 2

Un coup de tonnerre