Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Deux nouvelles où se rejoignent l'étrange et la psychologie des personnages composent cet ouvrage. Pierre, trentenaire parisien accompagné de la belle Amandine, hérite du charmant manoir des Terres Rouges, en pleine forêt. Cependant, cette chance réserve quelques pièges auxquels il pourrait bien se laisser prendre quand se mêleront son attirance pour une jolie jeune femme et la confusion des sentiments. La tentation serait-elle aussi votre péché dans le farniente de la campagne ? Seul dans un refuge au milieu des bois, après une catastrophe planétaire, votre raison vacillerait-elle ? La peur vous tiendrait-elle comme elle accapare l'esprit du héros de Mortelle solitude ?
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 70
Veröffentlichungsjahr: 2024
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Le maléfice des Terres Rouges
Mortelle Solitude
Du même auteur
C’était un petit matin ensoleillé d’avril. La route printanière courait dans la forêt, les doux rayons d’or se mêlaient à l’explosion des fines lamelles de jade parcourant les branchages sortant de leur longue léthargie, et créaient ainsi un univers féérique d’ombres et d’étincelles éblouissantes. Pierre avait ralenti l’allure du cabriolet afin de laisser Amandine admirer les bois qui entouraient leur nouveau domaine.
- Quelle chance, l’héritage de ton oncle ! dit-elle subitement.
- Oui, je venais souvent ici lorsque j’étais enfant puis, ses soucis de santé, ses pertes de mémoire, m’ont éloigné de cette maison.
- Il y a vécu longtemps ?
- Oui, jusqu’à il y a deux ans. Mais il préférait y vivre seul, s’isolant du monde et de nous.
- L’avais-tu revu avant sa mort ?
- Il était venu déjeuner il y a cinq ans, nous étions tous là, mais les choses ont pris un drôle de tour. Il parlait d’ombres, de nombreux visages qui le guettaient, d’une femme étrange… Tous les débuts d’une folie liée à sa solitude sans doute. Il ne resta pas plus, prétextant ne pas pouvoir laisser ses affaires sans surveillance. Mais il était aussi vexé qu’on ne l’ait pas cru.
- Et il y a deux ans ?
- Son médecin a ordonné son placement, ses propos étaient devenus incohérents, il ne s’occupait même plus de lui-même. Tu connais la suite, il a fini par trouver une possibilité de se jeter par une fenêtre du quatrième étage de l’hôpital.
- C'est triste pour un homme qui était ingénieur et cultivé.
- Oui, nous sommes peu de choses dans la vieillesse. Profitons du moment présent.
- Oui… Je t’aime, lui dit-elle doucement en posant sa main sur la sienne.
Il braqua soudainement et prit un petit chemin gravillonné au bout duquel siégeait une magnifique demeure entourée d’un parc. Plantés çà et là, des bouquets de saules, de pruniers, et de tamaris égayaient en touffes de fraicheur et d’ombre le large tapis de brins d’émeraude jeunes et frais qui s’étendait jusqu’à un lointain mur de hauts peupliers bordant un petit ruisseau s’écoulant dans l’étang que l’on pouvait apercevoir avant la lisière de la forêt ; une île réhaussée d’une folie japonisante trônait en son centre et une petite barque vermoulue attendait encore patiemment les promeneurs au risque de leur faire à présent visiter les fonds vaseux où se baignaient grenouilles et carpes. Pierre avait pris en charge la rénovation de la propriété depuis déjà six mois, le jardin avait été remis en état et invitait au farniente dans un calme absolu, que seuls troublaient les chants des oiseaux et le frémissement du vent qui en faisait délicatement bruisser les rameaux des grands arbres. Il se gara devant l’escalier d’honneur, large, puissant, cerné de deux balustrades en pierre, ciselées en feuillages et épines de ronces et se terminant par deux bustes de tigres prodigieux, toisant de leurs prunelles topaze les intrus en laissant paraitre une inquiétante dentition. Par une savante illusion d’optique, ils semblaient suivre du regard les moindres mouvements. La façade de pierre grise était austère, percée symétriquement, de chaque côté de la lourde porte à double battants, de cinq fenêtres au rez-de-chaussée et autant à l’étage. De petits frontons surplombaient chacune d’elle et présentaient des monstres imaginaires et des signes inconnus que les saisons et les intempéries avaient patinés, mais qui devaient sembler jaillir de la maison lorsqu’ils furent apposés.
- Il te reste à imaginer l’impression de cette bâtisse sur le paysan ou le bucheron venant rendre compte de son fermage au propriétaire il y a deux siècles, avec deux ou trois dogues allemands en liberté, dit Pierre.
- Cette maison est étrange, presque dérangeante. Heureusement, j’avais vu les photos et tu es là.
- Ne t’inquiète pas, les travaux ne sont pas encore complètement finis, mais elle sera très confortable.
Ils entrèrent. Le large couloir allant se perdre à l’opposé sur une grande terrasse accessible par une jolie porte de petits carreaux en vitrail à dominante carmin, desservait à sa droite un beau salon, une grande salle à manger et une cuisine, et à sa gauche une vaste salle de réception se prolongeant par un boudoir, et une salle de billard. Comme l’avait fait son oncle, Pierre, dans la restauration des lieux, souhaita garder un maximum d’éléments d’origine. Ainsi les plafonds à l’italienne étaient conservés, et, contre toute logique face au temps, leurs peintures fantasques n’avaient étrangement pas perdu de leur luisant. Les diablotins, les hommes-bêtes, les bûchers faisant le décor avaient encore leurs teintes rouge vif, ocres, nacrées ou encore azur pour les cieux. Mais pour ce qui était des murs, autrefois couverts de peintures ou de papiers peints, trop abimés, il avait fallu tous les retapisser à l’exception de celui de la salle de billard qui présentait au milieu de boiseries vert amande une scène de chasse des plus intrigante. On n'y chassait pas le cerf mais visiblement des sortes de gargouilles ; à moins que ce ne soit plutôt ces bêtes étranges qui chassaient des hommes semblant peiner sous l’effort dans une forêt dense et piégeuse. Dans ce vaste tableau, tout était si bien emmêlé qu’il était difficile d’être affirmatif ; par un hasard du sort son état était cependant bien plus qu’acceptable, et Pierre souhaitait le garder. Même s'il n’en comprenait pas les clés, il ressentait une sorte de fascination, un appel à glisser dans cette nature imaginaire.
- Quelles étranges figures ! J’aurais vu quelque chose de plus moderne et nous ressemblant, suggéra Amandine
- Non, ici c’est un lieu hors du temps pour rompre avec nos habitudes de parisiens ! répondit-il presque abruptement. Il n’arrivait pas à exprimer l’impression que lui laisser cette oeuvre, tant il voulait la garder pour lui seul, que par crainte de quelques moqueries.
Cette intonation étonna un instant la jeune femme, qui hocha la tête, puis oublia,et poursuivit la visite. Elle fut ravie de voir que la cuisine, bien plus sobre, avait subi une rénovation complète. Mobilier intégré, électroménager de grandes marques des plus novatrices, larges plans de travail, nombreux rangements, rendaient cette pièce chaleureuse et confortable pour y préparer les meilleurs plats et, pourquoi pas, préférer même y passer les repas, l’ilot central et ses tabourets le permettant amplement.
- Quelle merveille ! Je vais pouvoir cuisiner encore mieux que chez nous !
- Tu vois, il y a des touches de modernité, sourit-il. Et je n’ai pas lésiné pour nous faire plaisir, tu sais combien suis un grand gourmand.
- Oh oui, et nous allons être bien installés. Elle le saisit et l’embrassa goulument. Maintenant viens vite, montre-moi notre chambre, dit-elle malicieusement en lui prenant la main.
Un petit dégagement dans le couloir permettait d’accéder à l’escalier menant à l’étage, et d’y retrouver toujours avec un souci de symétrie parfaite un autre couloir desservant en tout cinq chambres, un bureau, une bibliothèque et un petit salon qui servit peut-être de cabinet de curiosités au siècle passé. Du moins Pierre ayant retrouvé çà et là divers objets insolites, l’avait imaginé ainsi.
Chaque chambre possédait son cabinet de toilette. Mais à l’étage, seule leur chambre avait été complètement restaurée ; il y avait d’ailleurs fait adjoindre une belle salle de bain avec baignoire et douche à l’italienne. Les plafonds, voulus moins fastueux, étaient à la française, mais chaque poutre laissait encore apparaitre des marques de peintures anciennes, entrelacs de plantes, de formes géométriques dorées ou sang, et l’on sentait une recherche de richesse, de respectabilité. Une grande cheminée mangeait une partie du mur du fond. Magnifiquement ouvragée, elle reprenait des motifs du rez-de-chaussée, notamment des têtes de bouc et des brasiers et au milieu du linteau deux lettre, un D et un L, s’entremêlant.
- Nous n’avons jamais su à qui correspondent ces lettres. Du moins à aucun des propriétaires, dit Pierre.
- Ah bon ? Un mystère alors ?
- Oui, peut-être une ancienne maitresse... Un domaine comme ça, permet et oblige même à ce genre de relation, tu sais. Il faudra que je tienne mon rang, badina-t-il.
- Que je ne t’y prenne pas, les temps ont changé ! Le gronda-t-elle en riant. En attendant, il faut tester ce nouveau lit que tu as fait livrer.
Elle le renversa dessus et déboutonna sa chemise fougueusement. Et ne pensant plus qu’au plaisir, ils passèrent la fin de l’après-midi à faire l’amour.
