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Qu’est-ce que le diamant ? C’est ce qu’il y a de plus précieux et de plus cher au monde…
Les pierres précieuses ont donc été de tout temps en grande estime, et le seront sans doute tout autant dans les siècles à venir. Lorsqu’aux somptuosités des cours de l’Orient et des citoyens romains enrichis des dépouilles du monde on compare notre luxe moderne, nous avons l’infériorité sur bien des points, excepté pour les diamants. Si dans une des brillantes réunions des Tuileries on apprécie la valeur des diamants, même en défalquant les parures en strass, on trouve que notre richesse française, quoique plus disséminée, ne le cède en rien à la richesse romaine tant vantée, pas plus que le vin mousseux de Champagne servi aux invités ne le cède aux crus antiques, grecs et romains, qui offraient la même particularité.
L’étude des pierreries, qui peut paraître frivole lorsqu’on ne voit en elles que des objets d’ornement, se relève lorsqu’on les considère du côté de l’importante question du commerce et sous le point de vue de l’optique et de la minéralogie, deux des sciences auxquelles notre époque a fait faire le plus de progrès…
À PROPOS DE L'AUTEUR
Jacques Babinet, né en 1794 à Lusignan et mort en 1872 à Paris, est un physicien français reconnu pour ses avancées en optique et instrumentation. Élève de l’École polytechnique, il enseigne la physique et collabore avec de grands savants comme Ampère. Il perfectionne plusieurs instruments scientifiques et joue un rôle clé dans l’étude de la diffraction lumineuse. Membre de l’Académie des sciences, vulgarisateur talentueux, il contribue aussi à la diffusion des savoirs dans la presse et soutient activement le positivisme scientifique.
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Seitenzahl: 112
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Le diamant et les pierres précieuses
Le diamant et les pierres précieuses
Jacques Babinet
Humanités et Sciences
Le diamant, appelé par les Grecs et les Latins adamas, indomptable, à cause de sa dureté et de sa non-frangibilité, a appelé l’attention des amateurs de pierres précieuses dès la plus haute antiquité. — Quant à la dureté, dit Lucrèce, les diamants sont en première ligne, et ils ne redoutent point le choc du marteau.
... Adamantina saxa Prima acie constaat, ictus contemnere sueta.
La seconde de ces deux particularités est bien plus contestable que la première, et malgré toutes les assertions fabuleuses des auteurs anciens, le diamant, qui raie tous les corps et n’est rayé par aucun, est susceptible de clivage, c’est-à-dire qu’en dirigeant le tranchant d’une lame d’acier dans le sens des lames naturelles de la pierre, on la fait éclater et on la divise sans beaucoup de difficulté. Lorsque les rudes Helvétiens s’emparèrent des trésors que contenait la tente de Charles le Téméraire, plus somptueuse que celle des rois, ils partagèrent avec la hache quelques-uns des diamants de ce prince, au grand détriment de la valeur de ces pierres, qui, dans leur intégrité, avaient un prix infiniment supérieur à celui des morceaux qu’ils se distribuaient. Si l’on ouvre les compilations de la renaissance, on y trouve une masse d’érudition indigeste sur les gemmes. Malgré l’incertitude des noms appliqués à plusieurs pierres précieuses, on lit toujours Pline, compilateur lui-même d’ouvrages plus anciens qui sont perdus, mais surtout écrivain de premier ordre, qui osa composer l’histoire de la nature, comme on avait, avant lui, composé celle de divers peuples. Ce mot histoire naturelle est devenu depuis longtemps d’un usage si familier, que cette idée d’écrire l’histoire des êtres qui composent le monde, minéraux, végétaux et animaux, a tout à fait perdu pour nous son originalité. Il n’est pas inutile d’insister sur ce point, que la science, dans ses progrès continus, est devenue de plus en plus modeste, car chez les Grecs le mot nature, physis, avait pour signification la génération ou l’origine des êtres. Le même mot chez les Romains se rapportait à la naissance des êtres sans remonter à leur principe. Enfin, chez nous, le mot nature s’applique à l’ensemble des êtres de toute sorte qui constituent, occupent ou peuplent le monde physique, indépendamment de la cause ou des moyens qui les y ont placés. Là, comme partout ailleurs, la science, pour devenir positive et faire des progrès réels, a quitté les ambitieuses spéculations métaphysiques pour les sages observations de la nature, et la théorie pour les faits.
Il ne serait pas sans intérêt de suivre l’histoire des gemmes à travers celle de l’humanité, depuis l’éphod d’Aaron jusqu’à la croix pastorale de Mgr l’archevêque de Paris; depuis les offrandes de rubis, de saphirs, d’émeraudes, de diamants, de topazes, de sardoines, d’améthystes, d’escarboucles, de pierres d’aimant, faites dans les temples de Jupiter et des autres divinités païennes, jusqu’aux richesses de même nature qui, avant le XVIe siècle, s’étaient accumulées dans ce qu’on appelait le trésor des basiliques chrétiennes. On conserve encore à Rome une émeraude du Pérou, envoyée en hommage au pape après la conquête de ce pays. On doit cependant remarquer que ces précieux dépôts, provenant de la piété des fidèles, n’ont pas toujours été fidèlement respectés. Lorsque la réformation de Luther et de Calvin dans les pays allemands, et plus tard la révolution française dans les pays restés catholiques, transmirent aux autorités civiles la possession de ces richesses votives, on a pu constater que bien des substitutions frauduleuses avaient été opérées, et que le strass avait bien souvent remplacé la gemme primitive.
La fameuse exposition de Londres en 1851 s’enorgueillissait d’un grand diamant, le Koh-i-noor (montagne de lumière), enlevé aux maha-radjas de l’Inde et envoyé à la reine Victoria. Cette pierre, aussi mal taillée que mal éclairée, ne produisait aucun effet. La taille du Koh-i-noor a occupé les derniers loisirs du grand Wellington; quant à son antiquité, on a prétendu que ce diamant avait été porté par Karna, roi d’Anga, trois mille et un ans avant notre ère. Notez ce chiffre précis, 3001 ans ! A cela je n’ai rien à objecter; je me porte même garant de cette curieuse assertion, car qui me démentira dans ce témoignage ?
On en peut dire autant de toutes les propriétés merveilleuses des pierres gemmes que l’antiquité et le moyen âge ont admises sans hésiter, comme ils admettaient les influences des planètes, des comètes et des aspects célestes. Pour toutes les cures de maladies nerveuses et morales où l’imagination peut avoir une grande influence, les gemmes étaient certes un remède souverain. En disant à un malade qu’une émeraude placée sous le chevet de son lit devait le guérir de l’hypocondrie, éloigner le cauchemar, calmer les palpitations du cœur, égayer l’imagination, apporter la réussite dans les entreprises, dissiper les peines de l’âme, on était sûr du succès par la croyance seule du malade à l’efficacité du remède. L’espérance de la cure dans ces affections est la cure elle-même, et dans toutes les nombreuses circonstances où le moral a de l’influence sur le physique, la cause imaginaire devait produire un effet très réel. Enfin cette éternelle déception de l’esprit humain, qui n’enregistre que les guérisons et qui ne met pas en ligne de compte tous les cas où les moyens curatifs ont manqué le but, contribuait à maintenir la croyance aux vertus occultes des pierres précieuses. Il n’y a pas un demi-siècle que l’on envoyait encore emprunter dans les familles riches des pierres montées en anneaux pour les appliquer sur les parties malades. Quand le bijou devait être introduit dans la bouche pour cause de mal de dents, de mal de gorge ou de mal d’oreille, on avait soin de le retenir par une ficelle assez forte pour éviter qu’il ne fût avalé par le malade.
Il est inutile de dire qu’aujourd’hui, si l’on demande ce que sont devenues toutes ces croyances incontestables pour nos pères, on répondra qu’elles sont allées avec les influences lunaires, si puissantes au temps de Louis XIV, prendre place dans le magasin immense des erreurs de l’esprit humain : vieille friperie qui n’est pas encore tellement usée, que de temps en temps on n’en retire quelque chapeau ou table tournante, quelque miracle ridicule, ou même telle autre chose actuelle que le lecteur voudra bien nommer. Ce qu’il y a de curieux, c’est de voir, sous l’étendard du scepticisme, plus d’un écrivain qui, suivant le conseil de Voltaire,
Crie à l’impie, à l’athée, au déiste, au géomètre !
anathème que ne lancent plus depuis longtemps les auteurs disant la messe ! Pour trouver quelque chose de plus poétique que ces misères, il faut lire dans Lucain la description du festin donné à César par les souverains d’Egypte, Cléopâtre et son frère. La reine pliait sous le faix de ses ornements. Le vin était bu dans de grandes coupes creusées dans des pierres gemmes :
Gemmaeque capaces Excepere merum.
Rien n’y manque, pas même le vin mousseux chanté par Pindare. César est ébloui de cette magnificence; il a honte d’avoir fait la guerre à un pauvre, à un indigent comme Pompée ! C’est sans doute pour se relever de cette humiliation que le même capitaine se procura peu de temps après, dans les dépouilles de Juba, roi de Mauritanie, des tables de bois de citronnier incrustées de pierreries, et estimées dans les prix de un à deux millions de francs.
Les pierres précieuses ont donc été de tout temps en grande estime, et le seront sans doute tout autant dans les siècles à venir. Lorsqu’aux somptuosités des cours de l’Orient et des citoyens romains enrichis des dépouilles du monde on compare notre luxe moderne, nous avons l’infériorité sur bien des points, excepté pour les diamants. Si dans une des brillantes réunions actuelles des Tuileries on apprécie la valeur des diamants, même en défalquant les parures en strass, on trouve que notre richesse française, quoique plus disséminée, ne le cède en rien à la richesse romaine tant vantée, pas plus que le vin mousseux de Champagne servi aux invités ne le cède aux crus antiques, grecs et romains, qui offraient la même particularité.
L’étude des pierreries, qui peut paraître frivole lorsqu’on ne voit en elles que des objets d’ornement, se relève lorsqu’on les considère du côté de l’importante question du commerce et sous le point de vue de l’optique et de la minéralogie, deux des sciences auxquelles notre époque a fait faire le plus de progrès. Le sévère Haüy, le créateur de la minéralogie cristallographique française, n’a pas dédaigné de composer un livre sur les pierres précieuses, où, fort de toutes les notions de la physique, de la chimie, de la mécanique et de l’optique, il ne laisse aucune place à l’indécision sur les caractères d’une pierre taillée quelconque. Il n’est guère d’ouvrages qui contiennent si peu d’erreurs que ce traité d’Haüy. L’auteur indique dans sa préface qu’il a eu recours aux lumières pratiques de M. Achard, lapidaire et minéralogiste, qui lui a fait connaître toutes les dénominations en usage. «Je dois, dit-il, un témoignage de reconnaissance à M. Achard, l’un des joailliers de cette ville les plus éclairés sur tout ce qui se rapporte aux objets de son commerce. » J’en puis dire autant de M. Achard fils, que j’ai connu lorsque je me livrais aux études d’optique qui m’ont ouvert les portes de l’Institut, et qui m’avait été indiqué par M. Haüy lui-même. Ce joaillier expert, qui est maintenant à la tête d’une de nos premières maisons de Paris, joint à l’expérience et à la probité de son père une pratique que la science, aidée des notions théoriques, ne trouve jamais en défaut. Je n’aurais même pas écrit avec assurance ces pages sur le diamant et les pierres précieuses, si je n’eusse pu compter sur la collaboration consultative de M. Achard.
Qu’est-ce que le diamant ? C’est ce qu’il y a de plus précieux et de plus cher au monde. Qu’est-ce que le charbon ? C’est la matière usuelle la plus commune et une de celles que l’on trouve en dépôts immenses dans les entrailles de la terre, en même temps que les plantes, les arbres de toute espèce en contiennent une inconcevable quantité. L’argent peut à peine payer le diamant, car si l’on imagine un diamant pur du poids d’une pièce de 25 francs, il pèsera environ 125 carats et vaudra au minimum 4 millions de francs, tandis qu’un poids pareil de charbon n’aura, même avec les pièces de cuivre les plus petites, aucune valeur assignable. Et cependant le diamant et le charbon sont identiques : le diamant n’est que du charbon cristallisé.
Lorsqu’une substance quelconque tenue en fusion dans de l’eau ou tout autre liquide vient à se déposer tranquillement, il en résulte un produit auquel on était loin de s’attendre. Ce n’est point un corps compacte comme une pierre, un caillou, un morceau de pavé ou de moellon tiré d’une carrière et n’offrant aucune forme déterminée. Si le corps fondu dans l’eau est du sel ordinaire, du salpêtre, du sucre, de l’alun, le dépôt laissé par l’eau en s’évaporant affectera des formes régulières et telles que l’art les aurait produites avec le secours de la géométrie. Le sel offrira des figures carrées en tout sens, et ses grains seront ce que la géométrie appelle des cubes. Telle serait la forme d’un livre qui, coupé carrément, aurait autant de hauteur que de largeur, et autant d’épaisseur que de largeur ou de hauteur. Telle est encore la figure connue d’un dé à jouer, que les Grecs appelaient techniquement un cube, et même chez eux le mot cuber désignait l’action de jouer aux dés. Si c’est du salpêtre, on obtiendra des tiges ou baguettes allongées ayant quatre côtés plats, et terminées par deux bouts sans pointes. Le sucre prendra la forme connue sous le nom de sucre candi, et qui se rapporte à un cube écrasé dans lequel les faces sont posées obliquement l’une sur l’autre. Enfin l’alun offrira en tout sens une double pointe carrée, comme si, prenant une petite règle carrée, on lui faisait à l’un des bouts une pointe formée de quatre biseaux aboutissant à un même point. Cette pointe porte le nom de pyramide, par assimilation à la forme géométrique de pyramide carrée qu’offrent les pyramides d’Egypte. Cette même pointe ou pyramide porte dans les arts le nom de pointe de diamant, car c’est précisément sous cette forme que la nature nous offre le charbon cristallisé ou diamant. Après que les chimistes eurent découvert que le diamant n’était que du charbon disposé sous forme régulière, on espéra pouvoir répéter dans le laboratoire les opérations de la nature, et faire du diamant avec du charbon; mais jusqu’ici la nature a gardé son secret. Elle triomphe dans l’art de se cacher, comme le dit Lucain de la source du Nil :
Sed vincit adhuc natura latendi.
On appelle cristaux
