La Méditerranée : étude géographique - Jacques Babinet - E-Book

La Méditerranée : étude géographique E-Book

Jacques Babinet

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La Méditerranée, dont le nom signifie « mer entourée de terre de tous côtés, » n’est cependant pas isolée des grandes masses d’eau salée qui constituent l’ensemble des océans et qui occupent plus des trois quarts de la surface de notre globe, car elle communique avec l’Atlantique par un détroit à la vérité très resserré, mais qui néanmoins autoriserait à la considérer comme une espèce de grand golfe par lequel l’Océan pénétrerait dans les terres de l’ancien continent pour baigner à la fois les côtes de l’Afrique, de l’Asie et de l’Europe. Il n’est guère de mer véritablement « méditerranéenne, » sinon la Mer-Caspienne, à moins qu’on ne veuille comprendre parmi les mers le lac ou mer d’Aral, la Mer-Morte, et quelques autres nappes d’eau salée de petites dimensions. La Méditerranée, qui n’est comparable en étendue ni à l’Atlantique, ni au Pacifique, ni même à la Mer des Indes, est cependant, au point de vue historique et politique, supérieure en importance à toutes les autres mers du globe.
L’Europe, l’Asie et l’Afrique peuvent la considérer comme étant la grande voie de communication entre les peuples riverains. Au midi, elle sert de base à l’Europe tout entière, sous l’Espagne, sous la France, sous l’Italie, sous la Grèce et même sous la Russie d’Europe, en y comprenant la Mer-Noire, qui en est une annexe que tous les géographes ont comprise dans le système méditerranéen.

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Seitenzahl: 110

Veröffentlichungsjahr: 2024

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La Méditerranée

La Méditerranée

Étude géographique

Première partie

La Méditerranée et sa géographie physique{1}.

La Méditerranée, dont le nom signifie « mer entourée de terre de tous côtés, » n’est cependant pas isolée des grandes masses d’eau salée qui constituent l’ensemble des océans et qui occupent plus des trois quarts de la surface de notre globe, car elle communique avec l’Atlantique par un détroit à la vérité très resserré, mais qui néanmoins autoriserait à la considérer comme une espèce de grand golfe par lequel l’Océan pénétrerait dans les terres de l’ancien continent pour baigner à la fois les côtes de l’Afrique, de l’Asie et de l’Europe. Il n’est guère de mer véritablement « méditerranéenne, » sinon la Mer-Caspienne, à moins qu’on ne veuille comprendre parmi les mers le lac ou mer d’Aral, la Mer-Morte, et quelques autres nappes d’eau salée de petites dimensions. La Méditerranée, qui n’est comparable en étendue ni à l’Atlantique, ni au Pacifique, ni même à la Mer des Indes, est cependant, au point de vue historique et politique, supérieure en importance à toutes les autres mers du globe.

L’Europe, l’Asie et l’Afrique peuvent la considérer comme étant la grande voie de communication entre les peuples riverains. Au midi, elle sert de base à l’Europe tout entière, sous l’Espagne, sous la France, sous l’Italie, sous la Grèce et même sous la Russie d’Europe, en y comprenant la Mer-Noire, qui en est une annexe que tous les géographes ont comprise dans le système méditerranéen. L’Asie touche la Méditerranée à l’occident par les côtes des provinces caucasiennes, par celles de l’Asie-Mineure jusqu’à Alep, et enfin, de ce point jusqu’à l’Égypte, par les côtes de la Syrie et de la Palestine. L’Afrique, au nord, est entièrement bornée par la Méditerranée, comme l’Europe l’est au sud. Les diverses nations civilisées qui tour à tour ont fixé l’attention du monde ont été presque exclusivement riveraines de cette mer. L’Espagne, la France, l’Italie orientale et occidentale, la Grèce antique et ses immenses populations, la Syrie, la Judée et l’Arabie, qui ont dominé le monde par leurs religions et leurs lois, enfin l’Égypte et les contrées africaines qui, sous les rois égyptiens, sous les Grecs et les Carthaginois, et plus tard sous la domination de l’islamisme, ont eu plusieurs civilisations, tout cet ensemble, dont l’histoire est presque exclusivement celle du monde entier, comprend encore, malgré le dépeuplement de l’Afrique et de l’Asie, la portion la plus puissante comme la plus civilisée du genre humain, puisque l’Europe seule pèse dans la balance par une population de 250 millions d’habitants et par la forte organisation des sociétés modernes. Là, les sciences et les arts par lesquels on domine la nature, les lois par lesquelles on règle les forces sociales et le rapprochement des populations, assurent une prépondérance qui ne pourra plus tard être balancée qu’au moment où d’aussi puissantes agglomérations se seront formées dans d’autres parties du globe. Quand on voyage par la pensée tout autour de cette belle nappe d’eau, les noms historiques se pressent en foule, et jusqu’ici l’histoire des peuples voisins de la Méditerranée est presque celle du monde entier. Leur part dans ce qu’on appelle la gloire ne laisse presque rien en dehors d’elle pour le reste du genre humain. Il suffit de citer Carthage et l’Afrique occidentale avec toutes ses civilisations successives; — l’Afrique orientale et l’Égypte sous les Pharaons, sous les Grecs, sous les Romains et sous les princes musulmans, tant sarrasins que Turcs; — l’Arabie et la Palestine avec la religion de Moïse, celle du Christ et celle de Mahomet; — la Syrie et ses populations presque entièrement grecques; — l’Asie-Mineure, colonisée de même par les Grecs, depuis Chypre jusqu’au Phase; — la Grèce avec ses mille petits états, depuis l’Ebre, à l’orient, jusqu’à l’Adriatique, à l’occident; puis toute la péninsule italique, puis la Gaule méridionale, tantôt celtique, tantôt romaine, et maintenant française; puis enfin l’Espagne, qui fit presque à elle seule tout l’empire de Charles Quint. Les villes, les fleuves, les golfes, les promontoires, les détroits les courants, les vents dominants, et tout ce que fournit la nature peut aider l’homme dans ses relations commerciales, les plus civilisatrices de toutes, tout est connu dans cette mer, tout y est célèbre, tout y a brillé, tout est resté dans la mémoire des hommes. Pas un lieu qui n’ait une renommée, nullum sine nomine saxum. Carthagène, Marseille et Lyon, — Gênes, Pise et Florence, Rome, Naples, Syracuse Venise, Malte et Cythère, — Lacédémone, Athènes, Constantinople, Smyrne, Rhodes, Alep, Antioche, Éphèse, Tyr, Jérusalem, Alexandrie et le Caire, — Tunis, Alger, voilà les illustrations sans rivales de la Méditerranée depuis trente ou quarante siècles. Avant la grande découverte de Christophe Colomb, c’était à peu près le monde entier civilisé, à part l’Allemagne et l’Angleterre. On a remarqué depuis longtemps que le pouvoir et les lumières avaient constamment marché vers l’Occident. Des-parages de l’Inde, de l’Égypte et de l’Asie-Mineure, la force et l’intelligence étaient passées dans la Grèce continentale et insulaire, de la Grèce en Italie, puis de là en Espagne, en France et dans l’Allemagne occidentale, où elles semblent fixées pour longtemps. L’Angleterre, à l’extrême occident de l’Europe, est bien loin de donner un démenti à cette assertion. Espérons que, sans quitter l’occident de l’ancien monde, les principes organiques des sociétés européennes, — la science et le travail, — Produiront de l’autre côté de l’Atlantique une autre Europe compacte de 250 millions d’hommes dans un pays supérieur au nôtre en étendue et en fertilité, et placé du reste dans des latitudes analogues. Espérons encore que la civilisation renaîtra dans l’est de la Méditerranée, qui lui a déjà servi de berceau.

L’amiral Smyth, qui sous le nom de « capitaine Smyth » avait rendu son nom célèbre comme astronome, comme hydrographe, ayant travaillé à la détermination des points principaux des cartes de la Méditerranée, et comme navigateur civil et militaire, a eu l’heureuse idée de rassembler sous ce titre, la Méditerranée, tout ce que ses travaux et ceux de ses contemporains, comme aussi de ses devanciers, nous ont permis de recueillir sur ce vaste bassin, considéré par rapport à la terre entière, par rapport aux productions et au commerce des nations qui l’entourent, et surtout par rapport à leur caractère distinctif en général. Il décrit encore le climat, les vents régnants, les influences salubres ou malfaisantes de l’air dans chaque localité. Il donne des exemples et des applications de tous les principes qu’il établit. L’histoire et les sciences sont tour à tour mises utilement à contribution par M. Smyth. Le vent d’ouest, dominateur de nos latitudes, le mistral, le sirocco, le levantin, la bora, le libecchio, la tramontane et les vents étésiens arrivent et se chassent dans ce tableau, fortement conçu pour le plan et riche de détails innombrables. A côté d’un fait dont la date remonte à la Bible ou à Homère se trouvent des observations qui datent de la guerre anglo-française du commencement de ce siècle, et des explorations encore plus récentes de l’auteur et des marins français qui ont travaillé en même temps que lui et depuis lui à l’hydrographie de cette mer. M. Smyth est, comme il le dit d’un autre marin, homme de plume et d’épée. Comme il avait toujours été désigné dans le monde savant par le nom de capitaine (captain) Smyth, plusieurs personnes ne l’ont pas reconnu sous son nouveau titre, parfaitement mérité du reste, d’amiral Smyth. Ce grade semble presque avoir diminué la notoriété de son nom en la déguisant un peu. L’ouvrage déjà célèbre de l’amiral William Henry Smyth, membre correspondant de l’Institut de France, publié en 1854, sous le titre de la Méditerranée au point de vue physique, historique et nautique, ne contribuera pas peu à reporter sur l’amiral la renommée du capitaine

Pour donner une idée de ce travail ou plutôt de ce recueil, nous indiquerons d’abord les cinq importantes parties qui en constituent l’ensemble. La première, comme nous l’avons dit, se rapporte aux productions, au commerce et à l’industrie des différentes contrées riveraines de la Méditerranée depuis le détroit de Gibraltar jusqu’à l’extrémité de la Mer d’Azof, en parcourant le bassin oriental et le bassin occidental de la Méditerranée séparés par la Sicile, entre l’Afrique et l’Italie, — Puis en pénétrant, par l’Archipel, les Dardanelles, la mer de Marmara et le Bosphore, dans la Mer-Noire jusqu’au pied de la chaîne du Caucase, — enfin en arrivant par le Bosphore cimmérien jusqu’à la limite des eaux méditerranéennes, à l’orient de la Grimée. Dans ce vaste périple, que de peuples ont été, sont ou seront ! Après les travaux de l’historien et du géographe, quel vaste champ ouvert à ceux de l’homme d’état pour les intérêts présents et futurs des peuples et de l’humanité!

Plus spécialement consacrée à la mer elle-même, que l’auteur considère comme voie de communication et comme soumise aux lois générales de la physique du globe ou de la météorologie, la seconde partie comprend la température, les courants, les marées, le Système des fleuves, l’évaporation et ce qui est relatif aux peuplades de poissons et d’êtres vivants qui habitent cette mer et en enrichissent diverses contrées. La profondeur des eaux, l’aspect des rivages et les effets des volcans anciens et modernes sont décrits dans une juste mesure.

Dans la troisième partie se placent les questions relatives aux vents régnants, aux saisons et à la climatologie de cette mer avec tous les phénomènes de l’atmosphère, y compris les tempêtes, la pluie et les orages électriques.

La quatrième partie contient l’histoire des recherches géographiques qui ont établi les précieuses cartes actuelles de la Méditerranée, depuis les anciens jusqu’au moyen âge et jusqu’aux opérations modernes des Anglais et des Français. L’auteur a pris dans ces opérations une part aussi honorable qu’exempte de toute rivalité envieuse envers ses collaborateurs, et, au moment même où nous écrivons, la France les poursuit encore, pour ajouter à l’admirable catalogue des cartes de détail dues à l’amirauté française et à l’amirauté anglaise, depuis la forme des côtes et les dangers enregistrés jusqu’aux sondages qui nous ont fait connaître presque en chaque point la profondeur des eaux et les habitants qui les peuplent à divers étages.

La cinquième partie est plus spécialement technique; elle traite des longitudes et des positions géographiques, et se termine par une précieuse table des positions méditerranéennes, accompagnée de symboles indiquant pour chaque point les ancrages, les havres, les rochers, les dangers sous-marins, les écueils, les lieux où l’on doit se tenir sur ses gardes, les coups de vent qui peuvent menacer les navigateurs, la pente graduée ou escarpée de la côte, la nature du terrain qui la borde, les terres, les rochers, les bois qui sont en perspective, et même les bandes d’oiseaux qui fréquentent telle ou telle localité. A la suite des positions de l’auteur sont celles du capitaine Gauttier, de la marine française, qui a travaillé plus à l’est, et jusque dans la Mer-Noire et dans la Crimée. Le nom de M. Daussy, chargé par le bureau des longitudes de la partie géographique de la Connaissance des temps, se trouve honorablement cité dans cette partie du livre, aussi bien que ceux de messieurs Deloffre et Mathieu. Ce dernier, actuellement parvenu au grade de contre-amiral et directeur du dépôt hydrographique de la marine française, est à la tête des travaux qu’exécutent nos ingénieurs géographes conjointement avec les officiers de cette marine. Nous retrouverons bientôt les déterminations de profondeurs obtenues, d’après ses instructions, en octobre 1854, entre la Sardaigne et l’Algérie française, ainsi que dans le détroit de Gibraltar.

Après avoir rendu justice à l’œuvre de l’amiral Smyth, nous devons mettre sous les yeux de nos lecteurs les notions générales qui nous paraissent de nature à les intéresser spécialement.

Ainsi que nous l’avons dit, la Méditerranée se divise naturellement en deux grands bassins séparés l’un de l’autre par les deux détroits que forme la Sicile, l’un dans le voisinage de Carthage, du côté de l’Afrique, l’autre entre Messine et l’Italie. Le premier de ces bassins, qui est à l’occident, communique avec l’Océan par le détroit de Gibraltar, entre les deux escarpements si célèbres dans l’antiquité sous le nom de colonnes d’Hercule