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Pour expliquer et comprendre le réchauffement climatique que notre Planète connaît aujourd’hui, trois tableaux de la Terre sont dressés : la Terre sans l’Homme, la Terre avec l’Homme et l’Homme sans la Terre qui est une ouverture sur notre avenir lointain. Le premier nous rappelle les cinq grandes catastrophes qui, étalées sur plus de 400 millions d’années, ont ravagé la Terre en détruisant jusqu’à 95% des familles d’animaux. L’une d’entreelle, – celle du Permien (252 millions d’années) –, présente étrangement certaines caractéristiques de celle qui, qualifiée de sixième extinction, se prépare aujourd’hui sous nos yeux. Le second tableau fait intervenir un acteur majeur dans l’histoire de la Terre, l’Homme qui, du fait de l’exploitation frénétique d’énergies fossiles, contribue, depuis le début du XIXe siècle, au déséquilibre entre ces quatre compartiments de la Planète que sont l’atmosphère, la lithosphère, l’hydrosphère et la biosphère et participe ainsi grandement au réchauffement climatique ; ainsi, deux nouveaux tueurs entrent en scène : l’activité anthropique et le dégel du permafrost, véritable bombe à retardement climatique. Enfin, le troisième tableau, au travers non plus d’un examen géologique et d’une analyse technicoéconomique mais de considérations « philosophiques », propose à la lumière de la pensée de Teilhard de Chardin, une réflexion sur l’avenir de l’Homme et donc une autre voie de progrès pour l’Humanité.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Richard Pazdej est né en 1941, en Meurthe-et-Moselle. Il est ingénieur géologue ; il a débuté sa carrière en Afrique dans le cadre de missions de prospection de gisements uranifères confiées par le CEA. Il a fait l’essentiel de sa carrière en sidérurgie, à l’Institut de Recherche de la Sidérurgie puis dans une filiale d’Usinor Sacilor, travaillant successivement dans le domaine de la minéralurgie puis de l’environnement. Il est membre des « Amis de Pierre Teilhard de Chardin ».
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Seitenzahl: 200
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Le Feu
sur la Terre
De la Terre sans l’Homme à l’Homme sans la Terre
© Saint-Léger éditions, 2021.
Tous droits réservés.
R. Pazdej
Le Feu sur la Terre
De la Terre sans l’Homme à l’Homme sans la Terre
À Maxime
qui du haut de ses six ans
porte sur le monde un regard émerveillé.
À Louis-Alexander
qui, venant de naître et les yeux encore dessillés,
s’éveille doucement à la vie et au monde.
Aux Enfants d’aujourd’hui et de demain
qui, dans la maturité de l’âge, se tournant vers le passé,
s’adressant à ceux qui sont partis il y a fort longtemps pour un autre Ailleurs leur poseront cette question : « Qu’avez-vous fait de notre maison ? ».
Ah oui parlons-en de la Terre.
Pour qui elle se prend la Terre ?
Ma parole, y a qu’elle sur terre !
Y a qu’elle pour faire tant de mystères !
Jean Constantin, Tu me fais tourner la tête, 1958
Nous ne sommes peut-être pas capables de maîtriser le climat ou la circulation, ou les humeurs de ceux qui nous entourent, mais nous pouvons très certainement contrôler notre attitude à l’égard de ces événements.
Robin S. Sharma, Le moine qui vendit sa Ferrari, 2018
Dans les années 1970, deux chocs pétroliers ont secoué l’économie des pays industrialisés. Ils ont été provoqués par les pays de l’OPEP en réaction à l’augmentation de la production de pétrole des États-Unis et à l’abandon des accords de Bretton Woods destinés à mettre en place une organisation monétaire mondiale. Ces deux crises se sont traduites par une flambée du prix du baril brut puis par un embargo total sur les livraisons destinées aux États-Unis. Le monde industrialisé s’organisa pour faire face à cette pénurie de pétrole : des efforts ont alors été réalisés pour améliorer les rendements énergétiques réduisant d’autant la facture pétrolière et relancer ainsi la machine à produire du PIB ; on fit appel à des énergies de substitution délivrées par les centrales nucléaires et par le charbon ; enfin on sollicita les pays ne faisant pas partie de l’OPEP pour fournir du gaz naturel extrait de leurs champs de gaz. L’économie mondiale, l’espace d’un instant, posa un genou à terre puis se releva poursuivant sa course vers toujours plus de croissance économique. Un premier danger lié à la dépendance de notre économie au pétrole fut ainsi écarté.
Un second danger, aux effets plus graves, était aux portes de l’humanité et le coup de semonce précédent, qui aurait pu nous alerter, fut sans suite. Il pourrait mettre en péril l’économie mondiale. Alors qu’aux yeux de beaucoup, c’est l’avenir de la Planète qui est en jeu, en réalité, ce qui est engagé, c’est la poursuite de l’aventure humaine car, comme on le verra, notre Terre et sa biosphère, au cours de leur histoire, ont réussi à traverser avec succès et à de multiples reprises des accidents dévastateurs, même si ce ne fut pas le cas pour de nombreuses espèces animales.
Alors que les industriels se battaient contre une récession économique prévisible, le premier sommet de la Terre organisé par l’ONU en 1972 définit pour la première fois le réchauffement climatique en le reliant aux gaz à effet de serre comme des scientifiques du xixe siècle l’avaient déjà supposé puis démontré (le mathématicien et physicien français Jacques Fourier en 1824, le chimiste suédois Svante Arrhenius en 1896 ; le géologue américain Thomas Chrowder Chamberlin en 1899) et en montra les conséquences. Une quinzaine d’années plus tard, de nombreux scientifiques regroupés au sein du GIEC (Groupe International d’Experts sur le Climat) créé en 1988, travaillèrent sur ce sujet pour comprendre comment les activités humaines sont capables de provoquer un tel réchauffement. Mais hors de ce cercle (où les convictions sont maintenant bien établies), il existait deux camps : celui de ceux qui affirmaient que l’activité humaine – et notamment l’activité industrielle – était responsable de cette nouvelle situation et le camp de ceux qui prétendaient que l’Homme n’y était pour rien et qu’il s’agissait d’un phénomène cosmique cyclique dont les effets étaient en train d’atteindre leur paroxysme et que bientôt, non seulement nous allions retrouver des températures plus clémentes mais qu’une nouvelle période de glaciation était à notre porte !
Depuis les choses ne semblent pas s’être arrangées. La Suède et la Californie brûlent. Le Nord de l’Allemagne agricole se meurt de sécheresse. En Australie, de septembre 2019 à janvier 2020, dix millions d’hectares de forêts (soit 6 % de leur surface) sont la proie des flammes ; ils s’ajoutent aux 3 millions d’hectares de forêt boréale sibérienne détruits par des incendies de l’été 2019. La banquise fond. Des îles du Pacifique disparaissent sous les eaux d’une mer qui ne cesse de monter. Nos côtes françaises reculent. À Verkhoïansk, ville située au-delà du cercle polaire, à proximité du point le plus froid du monde habité, on a enregistré le 20 juin 2020, un record de température que les experts n’attendaient pas avant 2100 : 38 °C ! Notre Terre s’enflamme ! Des espèces animales et végétales disparaissent ou, dans le meilleur des cas, migrent vers des cieux plus cléments ! Et on parle de flux migratoires humains qui sillonnent la Planète ; les hommes sont poussés hors de leurs contrées d’origine par des températures auxquelles nous ne sommes pas habitués et qui ont stérilisé les sols chargés de produire de la nourriture. Bientôt, c’est l’eau douce qui va nous manquer enrichissant ainsi la longue série précédente d’événements catastrophiques !
Les « Pro Phénomènes Naturels », les climato-sceptiques, se sont tus ; ils ont abandonné la scène médiatique aux « Pro Activités Anthropiques ». Ils ne parlent plus, ou peu, mais, comme outre-Atlantique, ils s’activent en silence et au grand jour. Des mines de charbon sont ouvertes et les centrales à charbon réactivées. Ailleurs, les sociétés pétrolières, profitant de la fonte de la banquise qui ouvre de nouvelles voies navigables, se précipitent au-delà du cercle polaire pour rechercher les nouveaux gisements d’hydrocarbures que le réchauffement climatique livre à l’avidité des Hommes.
Je voudrais montrer ici que ces deux parties n’ont pas tort ; la Science alimente l’argumentaire des premiers… et des seconds. Ce qui s’entrevoit dans l’entrebâillement d’une porte poussée sur l’avenir n’est pas rose ; le Vivant (et avec lui l’Humanité) devra faire preuve de beaucoup d’ingéniosité s’il veut trouver son salut dans une fuite dans l’Espace, persuadé que son histoire n’a d’avenir que dans cette évasion. Pour ce faire, je vais tout d’abord présenter ce qui s’est passé sur notre Terre avant l’apparition de l’Homme ; puis je vais montrer en quoi l’Homme est responsable des dérèglements climatiques dont nous souffrons ; enfin, mettant en perspective ces deux grandes périodes, je vais tourner le regard vers l’avenir pour tenter d’y voir ce qui nous attend… et qui est déjà à notre porte.
Nous allons faire ici de la Géologie à grande échelle, à l’échelle de notre Planète mais aussi à l’échelle du Temps (des milliards d’années). Depuis que les voyagistes ont popularisé les promenades autour de la Terre, réservées, avant le xxe siècle, à une élite, nous avons une assez bonne notion de la taille de notre Maison. Mais il n’en est pas de même du Temps, d’un Temps aussi grand que l’âge de l’Univers (13,75 milliards d’années) ou de celui de la terre (4,57 milliards d’années). La seule manière de domestiquer de telles durées consiste à contracter le temps : faire de ces quelques 14 milliards d’années de l’Univers une année aussi courte qu’une année solaire de 365 jours, durée qui fait partie de notre quotidien et dont nous saisissons culturellement toutes ses dimensions. Ainsi, si nous nous plaçons au premier coup de minuit du 31 décembre d’une année qui s’achève, l’Univers ayant été créé le 1er janvier, la Terre apparaît le 1er septembre (il y a 4,57 milliards d’années) et la Lune le 2 septembre (4,53 milliards d’années). Quant à celui qui est âgé de 50 ans, dans cette échelle des temps contractés, il est né il y a 0,12 seconde1, ce qui montre, s’il le fallait, la brièveté de nos vies dans l’histoire de l’univers. Le temps d’une étincelle parmi tant d’autres d’un feu d’artifice qui vient tout juste d’être tiré. Mais quel feu ! La plupart des événements qui ont émaillé l’histoire de la Terre et qui sont relatés dans ce livre, ont eu lieu entre ces deux époques connues des géologues que sont l’Ordovicien et le Quaternaire, c’est-à-dire entre -485 millions et -2,6 millions d’années ce qui correspond sur notre échelle contractée du temps au 19 décembre à 3h et au 31 décembre à 22 h 21 min. Parmi ceux-ci, on peut citer les péripéties suivantes : séparation du règne végétal et du règne animal à -1,5 milliard d’années soit le 22 novembre ; la conquête de la terre ferme par les Poissons à -390 millions d’années soit le 21 décembre ; la disparition des Dinosaures à -66 millions d’années soit le 30 décembre et c’était donc en quelque sorte avant-hier ! C’est dire que, relativement à l’âge de l’univers, tous ces événements marquants de l’histoire de notre Terre et plus particulièrement de l’évolution de la Vie, sont très proches de nous et en parler c’est explorer une tranche extrêmement mince de l’histoire de l’Univers. Pour aider le lecteur à mieux les situer dans le temps, il est proposé en annexe un outil familier des géologues, une charte stratigraphique (sous forme de deux tableaux) où sont représentés les grands découpages du temps géologique (tableau 5) ainsi que la position des différentes crises qui ont secoué la Terre (tableau 6) et qui seront présentées maintenant.
Avant d’aborder l’histoire de notre Planète et de dévoiler les événements plus ou moins catastrophiques qu’elle a traversés, il paraît utile de la découvrir alors qu’elle n’était qu’au berceau sous sa forme juvénile.
Ce que l’on sait sur cette Terre juvénile nous est donné par les examens et analyses des roches volcaniques que le volcanisme de la Terre nous livre de ses profondeurs, par la géophysique qui, telle une échographie, nous fait deviner la structure actuelle du globe terrestre héritée de la Terre des premiers temps, et, curieusement, par l’observation du ciel et par les examens et analyses de météorites qui sont restées dans l’état au moment où la Terre s’est formée. Toutes ces données demandent à être interprétées ce qui conduit à émettre les hypothèses suivantes sur les caractéristiques de la Terre au moment de sa formation et à proposer ainsi différents modèles de Terre juvénile.
Dans « L’origine de la vie sur la terre2 » le biochimiste Alexandre I. Oparin, directeur de l’Institut de biochimie Bach de Moscou, décrit la naissance de la Terre et ses premiers pas dans le cosmos. Notre planète, à l’instar des autres planètes du système solaire, se forma il y a 4,57 milliards d’années, à partir de gaz et de grains de poussières formant un disque gravitant autour du Soleil. Par agglomération de ces grains de poussières, apparurent des planétésimaux de quelques kilomètres de diamètre, embryons des futures planètes du système solaire qui grossirent en continuant à agréger les poussières initiales du disque gravitant autour de l’étoile ; parmi ceux-ci, la « proto-Terre », qui, très vite, perdit de sa masse tant et si bien que la masse actuelle de la Terre ne représenterait que le millième de celle de la protoplanète originelle. Cette perte de matière affecta surtout les silicates et autres substances volatiles ce qui conduisit à une augmentation importante de sa teneur en fer ; l’eau fut retenue sous forme d’hydrates et l’azote sous forme de nitrures et sels d’ammonium ; une partie du carbone fut sauvegardée sous forme de carbures et de graphite. De grandes quantités de gaz disparurent de la proto-Terre (hydrogène, hélium, méthane, eau, azote) et la Terre se développa donc dans une atmosphère raréfiée. Sa température baissa rapidement par radiation pour atteindre une valeur proche de celle d’aujourd’hui. La désintégration de l’uranium et du thorium produisit un échauffement de l’intérieur du globe, atteignant des températures de 1 000 °C favorisant une redistribution des substances présentes : les plus lourdes, riches en fer, s’enfoncèrent pour, beaucoup plus tard, former le noyau tandis que les plus légères (comme les silicates) montèrent en surface pour former la croûte terrestre, lalithosphère.
Ainsi, tout comme les météorites actuelles, la proto-Terre était essentiellement constituée de fer et de silice. Déjà elle était entourée d’une enveloppe aqueuse (hydrosphère) et d’une enveloppe gazeuse (atmosphère) et son noyau se mit progressivement en place.
Le modèle qui prévaut aujourd’hui pour ce qui concerne le noyau, est l’existence à 2 900 km de profondeur, d’une masse dont la composition chimique est semblable à celle des météorites métalliques : du fer et du nickel en majeure partie, mêlés à du cobalt et du carbone sous forme de carbures de fer et de nickel et qu’on retrouve dans les météorites ferreuses.
L’hydrosphère, de faible extension au moment de la formation de la proto-Terre, se fit par décomposition d’hydrates de la lithosphère et libération de l’eau de constitution de minéraux provenant de l’intérieur de la Terre. L’atmosphère de la Terre primitive avait un caractère fortement réducteur : elle était formée d’hydrogène, d’eau, d’ammoniac, de méthane et d’hydrogène sulfuré. Dans ses couches supérieures, sous l’effet des rayons ultraviolets, l’eau se décomposait en permanence, produisant de l’oxygène et de l’hydrogène. Celui-ci s’échappa dans l’espace alors que le premier oxyda l’ammoniac et le méthane, produisant ainsi de l’azote et de l’oxyde de carbone ce qui permit la formation des premiers carbonates. Un autre schéma défendu par James Kasting, professeur à l’Université de Penn State, et présenté par Gilles Ramstein3 du laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement, propose une explication quant à la présence de méthane dans l’atmosphère. À l’origine, elle était essentiellement composée de gaz carbonique produit par les volcans. Mais il y a 3,5 milliards d’années, les archées méthanogènes, en milieu anoxique, ont produit du méthane comme sous-produit de leur métabolisme et ceci jusqu’à l’apparition d’oxygène dans l’atmosphère. Un peu plus tard (-3 milliards d’années) sont apparues les premières bactéries productrices d’oxygène et le processus d’oxydation du méthane se déroula conformément au modèle précédent.
D’autres modèles donnent des précisions sur la nature du noyau. Pour Nicolas Théobald et Adrien Gama4 le noyau présente une partie centrale appelée graine ; par ailleurs, les observations sismiques semblent indiquer une diminution de la viscosité que les Suisses Werner Kuhn, physico-chimiste, et Alfred Rittmann, vulcanologue, en 1941, ont attribuée au fait qu’il contiendrait une forte proportion d’éléments volatils (30 % d’hydrogène à l’état fortement comprimé) et aurait ainsi une constitution analogue à celles des couches extérieures du Soleil. Pour Léon Moret5, cette zone exhalerait au travers de la pyrosphère et de la lithosphère certains constituants comme de la vapeur d’eau, du gaz carbonique, des chlorures, de l’hydrogène, azote et hélium à l’origine des eaux thermales juvéniles. Enfin pour Patrick De Wever et Jean-François Buoncristiani6 le noyau externe est liquide et contient du fer à hauteur de 80 % et des traces de nickel et d’autres éléments ; quant à la graine, elle est composée de fer presque pur.
Enfin, on ne peut quitter ce berceau qu’est la Terre juvénile sans évoquer une catastrophe qui n’eut pas de conséquence sur le Vivant car celui-ci n’était pas encore apparu sur cette Terre en pleine formation. Il y a 4 milliards d’années et pendant 100 millions d’années, alors que les premières masses continentales étaient formées (-4,4 milliards d’années), la Terre mais plus encore Mars et Mercure subirent un bombardement météorique massif – le Grand Bombardement Tardif – ; notre Planète fut frappée par 22 000 objets géants dont certains avaient la taille de la France. Beaucoup plus tard, la Terre sera percutée à plusieurs reprises par de grosses météorites dont une provoquera la disparition des grands Reptiles du Secondaire. Mais cette fois-ci, ce qui s’est passé il y a 4,5 milliards d’années, est sans commune mesure avec les « catastrophes » précédentes : Gaïa, la Terre, et une planète naissante de la taille de Mars, Théia (6 500 km de diamètre), se sont heurtées sous un angle oblique à 40 000 km/h. Sous la violence de ce choc, le noyau ferreux de celle-ci aurait plongé au cœur de la Terre et le reste ainsi qu’une partie du manteau de la Terre, auraient été éjectés et placés en orbite autour d’elle donnant naissance à la Lune7. Celle-ci n’échappa pas au Grand Bombardement Tardif comme l’attestent les quelques 1 700 impacts dénombrés sur notre satellite.
Entre 2,4 milliards d’années et 541 millions d’années, la Terre, à trois reprises, a été presque entièrement recouverte d’une épaisse couche de glace (de l’ordre de 1 000 m d’épaisseur) ; on pourra noter que le premier épisode a duré 300 millions d’années ce qui en fait – et ceci est vrai pour ceux qui vont suivre – un événement qu’on ne peut comparer à nos accidents tels les tsunamis, séismes et accidents météorologiques ! Ainsi, avant d’être notre belle Planète bleue, la Terre a été une Boule de neige. Seule une étroite bande équatoriale aurait été épargnée par ce phénomène où la vie s’était réfugiée dans les zones peu profondes (figure 1)8. Deux explications sont avancées pour comprendre cette situation. Comme cela a été mentionné plus haut, production d’oxygène libre dans l’atmosphère qui se serait combiné au méthane, gaz à effet de serre puissant, pour donner du gaz carbonique, gaz à effet de serre plus modéré ; ce phénomène a été aidé par une activité réduite d’un soleil encore bien jeune, pour faire baisser la température à la surface de la Terre. Ou encore activité volcanique, gros émetteur de gaz carbonique et de méthane, qui permit de sortir de cette glaciation quasi-totale (la teneur en CO2 aurait atteint la valeur de 13 %). Cependant, globalement, on s’accorde à dire que cet épisode n’a pas été caractérisé par une extinction de masse des organismes vivants. Elle fut d’ailleurs suivie par une soudaine multiplication des organismes vivants connue sous le nom d’explosion cambrienne (-541 millions d’années) probablement liée à la grande extension des mers chaudes du Cambrien inférieur. Plus tard, se succédèrent plusieurs périodes glaciaires (deux à l’ère Primaire, une vingtaine au Quaternaire) qui ne provoquèrent aucune extinction massive de formes du Vivant.
Figure 1 Couverture de glace de la « Terre boule de neige »
Couverture de neige et de glace de mer au Sturnien (Néo-protérozoïque moyen) à partir d’une simulation « Snowball Earth » par le modèle climatique GISS. (d’après NASA-GISS/Columbia-CCSR)
Il en sera tout autrement, comme nous allons le voir, pour les catastrophes qui allaient suivre.
Cinq principales catastrophes, responsables cette fois-ci d’une extinction massive de Vivants, ont été observées de l’Ordovicien (-445 millions d’années) à la limite Crétacé/Tertiaire (-66 millions d’années). Le tableau suivant donne leur âge en millions d’années (MA), les causes, quand elles sont connues, et leurs effets sur le Vivant9.
Tableau 1 Les cinq grandes extinctions
n°
Système géologique
Âge en MA
Causes
Effet sur le Vivant
1
Ordovicien
-445
Glaciation puis
remontée de la mer.
-33 % des familles d’animaux marins
2
Fin Dévonien sup
-372
Instabilité climatique ; défaut en O2 des océans.
-22 % des familles d’animaux marins
3
Fin Permien
-252
Volcanisme et échauffement des océans
-90 % des familles d’animaux terrestres
-95 % des familles d’animaux marins
4
Fin Trias
-200
Volcanisme de la Province magmatique de l’Atlantique central
-70 % des espèces d’animaux terrestres
-75 % des espèces d’animaux marins
5
Crétacé/ Tertiaire
-66
Impact météorite
Trapps du Deccan
-6 % des familles d’animaux terrestres
-15 % des familles d’animaux marins
C’est la plus médiatique car elle est liée à la disparition des Dinosaures il y a 66 millions d’années et a fait l’objet de plus de 120 hypothèses. Elle marque le passage du monde des Reptiles et des Ammonites à celui des Mammifères, des Poissons et, beaucoup tard, de l’Homme. Cependant elle n’est pas la plus importante, elle est même la plus modeste des cinq grandes catastrophes en regard des conséquences sur la biodiversité. Deux théories sont proposées pour expliquer cette catastrophe :
–L’hypothèse la plus vraisemblable est la chute d’une météorite de 10 km de diamètre au niveau de la péninsule du Mexique (Yucatan, cratère de Chicxulub de 180 km) dont la puissance d’impact aurait été de plusieurs milliards de fois celle de la bombe d’Hiroshima. Elle a eu pour effet l’empoisonnement de l’atmosphère et de fortes variations de la température de l’air : tout d’abord, dans la région de l’impact, augmentation de plusieurs centaines de degrés (effet rôtissoire), puis, au niveau de la planète, du fait de la formation à haute altitude d’un nuage de fines particules, déclenchement d’une sorte d’hiver nucléaire (chute de la température d’au moins 5 °C) produisant un dépérissement des végétaux par défaut de photosynthèse, puis, successivement, par effet domino, la disparition de la mégafaune herbivore et de ses prédateurs carnivores mais aussi des Ammonites. Dix mille ans après la chute de la météorite, la température de l’air augmenta de 10 °C du fait de l’effet de serre provoqué par les gaz (notamment gaz carbonique, vapeur d’eau) issus de la décomposition des roches « vaporisées » au moment de l’impact.
–Autre hypothèse plausible : un volcanisme intense observé en Inde, alors positionnée au large du continent africain et qui s’en était détachée entreprenant sa lente dérive à destination d’un autre continent, le continent asiatique. Il est à l’origine de la production des Trapps (grands plateaux de basalte) du Deccan (empilement de lave pouvant atteindre 2 400 m d’épaisseur dans la partie occidentale) et qui a affecté une région de 1,5 à 2 millions de km2 (soit 3 à 4 fois la superficie de la France). Il s’est accompagné d’une forte production de poussières qui, en altitude, formèrent un voile opaque obscurcissant le soleil, d’une intense émission de gaz soufrés et chlorés qui retombèrent sur terre sous forme de pluies acides détruisant la végétation et, avec elle, les animaux qui directement ou indirectement s’en nourrissaient et enfin d’un puissant dégagement de vapeur d’eau et de gaz carbonique qui, réunissant leurs effets de serre, contribuèrent à l’augmentation de la température de l’air de 4 °C. Le tout concourut, pendant plusieurs millions d’années, à dérégler l’horloge climatique en perturbant hautement les échanges thermiques entre les différentes régions de l’atmosphère.
Dans le détail, les événements se sont déroulés de la manière suivante. 30 000 ou 50 000 ans avant la chute de la météorite dans la région du Yucatan, le Deccan était le siège d’un volcanisme de point chaud (semblable au volcan de Bardarbunga, en Islande, ou encore à Yellowstone, à l’île Maurice, aux Açores, aux Canaries, au Cap Vert, aux Galápagos, à Hawaii… et en Sibérie comme nous le verrons ci-dessous). La chute de la météorite a, aux antipodes du Yucatan, grandement amplifié cette activité volcanique en accélérant la remontée de matière chaude au niveau du point chaud tant et si bien que la majorité des éruptions du Deccan sont postérieures à Chicxulub : c’est au moins 75 % du volume de lave qui s’est épanché pendant un million d’années après la chute de la météorite. Sans cet accident « cosmique », le volcanisme du Deccan se serait développé « gentiment » à la manière du volcan islandais. Depuis ces événements, l’Inde est arrivée à destination du continent asiatique auquel elle se souda. Quant au point chaud, il est resté sur place continuant à produire des coulées de laves qui donneront naissance, il y a 3 millions d’années, à une île-volcan, la Réunion.
–Il est hautement probable que ces deux phénomènes soient liés et responsables conjointement de la disparition des grands Reptiles du Secondaire : l’onde de choc due à l’impact de la météorite aurait traversé le globe terrestre pour émerger dans la région occupée aujourd’hui par l’Inde provoquant le méga volcanisme responsable des Trapps du Deccan.
Ce fut la plus meurtrière des crises subies par la Terre précédée d’un événement, encore moins connu, l’activité du supervolcan chinois, celui du mont Emei (-258 millions d’années)10. C’est encore un volcanisme de point chaud qui s’est manifesté par des coulées basaltiques couvrant une surface équivalente à celle de l’Allemagne et sur une épaisseur de 1 000 à 2 000 m. Il a libéré une grande quantité de CO2 ainsi que de la vapeur d’eau et du dioxyde de soufre. Cette manifestation qui s’est étalée sur environ un million d’années a entraîné, tout d’abord, un refroidissement d’une dizaine de degrés, très rapide (quelques années), par atténuation de l’ensoleillement provoquée par un nuage d’altitude de fines particules, accompagné d’une pluie acide ; puis, une fois les cendres retombées, un réchauffement lié à l’émission de gaz à effet de serre. Ces variations de température ont bouleversé la Vie au niveau planétaire, notamment les invertébrés marins et le plancton, mais sans commune mesure avec celles produites par la mini crise qui lui a succédé 6 millions d’années plus tard (-252 millions d’années) et dont il est question maintenant.
