Le fleuriste - Jacques Roche - E-Book

Le fleuriste E-Book

Jacques Roche

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Beschreibung

Fin juillet, il a beaucoup plu sur Paris et la banlieue, mais les touristes fréquentent toujours autant les « puces » de Saint-Ouen. Le commissaire Franck Moral a pris quelques jours de congés et profite de sa fille Sophie et de son petit-fils Dicky.

Tout est calme... jusqu'à la réapparition d'une affaire jamais résolue depuis 6 ans, des meurtres en série qui ont mobilisé la majeure partie des flics parisiens. Cette pluie inattendue de fin juillet a fait resurgir le fleuriste...

Seul lui, Franck Moral, sembler capable de couper la mal à la racine mais il devra affronter ses propres fantômes...

À PROPOS DE L'AUTEUR

Reédition du premier roman de Jacques Roche : un style direct, épuré, dans la tradition du roman de gare… quand vous êtes à bord, vous ne le lâcherez pas.

Passionné de moto, il vous emmène à un rythme effréné à travers la banlieue nord de Paris, mettant à nu ses différents personnages, policiers ou criminels… Ses deux autres romans, "LE TIR PARFAIT" et "LES BRAQUEURS NORMANDS" sont également édités chez MORRIGANE ÉDITIONS.







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Seitenzahl: 181

Veröffentlichungsjahr: 2024

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JACQUES ROCHE

 

 

 

 

 

 

LE FLEURISTE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MORRIGANE ÉDITIONS

13 bis, rue Georges Clémenceau — 95 440 ÉCOUEN (France)

Siret : 510 558 679 00006 85 10 65 87 — [email protected]

www.morrigane-editions.fr

 

 

 

 

 

L’AUTEUR

 

 

Passionné de moto et de romans policiers, la plume n'a pu lui résister.

Observer l'être humain dans le but de l'aider, mais non de le juger, Jacques Roche couche sur le papier aussi bien des policiers que des gangsters et criminels, mettant à nu les émotions de ses différents personnages.

 

 

 

À ma petite-fille April

 

 

 

TABLE DES MATIÈRES

Pages :

5L’AUTEUR

6/7TABLE DES MATIÈRES

9- 1. 22 JUILLET 2014

15- 2. NADIA

17- 3. PORTE DE PANTIN

23- 4. CHEZ OMAR

29- 5. NOUS N’IRONS PAS AU ZOO

41- 6. LES PAPYS

61- 7. LE DIMANCHE, IL FAIT BEAU

63- 8. LA DÉTENTION

67- 9. LE DÉPOUILLEMENT

71-10. L’AFTER-DÉTENTION

73- 11. ON DIFFUSE

81- 12. LES VISITES

87- 13. LES VISITES (SUITE)

97- 14. LA RENCONTRE

101- 15. 2 JUILLET

107- 16. LE FLEURISTE

111- 17. PORTE DE LA VILETTE

119- 18. DALTREY/LE BRETON

121- 19. AÉROPORT DE BEAUVAIS

127- 20. LES PROLONGATIONS

135- 21. SLIMANE ET SON ÉQUIPE

151- 22. SOPHIE MORAL

159 REMERCIEMENTS

161 DEPÔTS LÉGAUX

 

 

 

 

.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1. 22 JUILLET 2014

 

Franck portait à bout de bras son petit-fils Dicky. Plus il le levait haut, plus ce dernier rigolait de son rire d'enfant innocent, à qui on peut tout pardonner, à qui on veut tout donner… Sophie, la mère de Dicky, faisait mine d'être plongée dans son magazine mais les observait, d'un air reposé, serein… alors que sa vie ne reflétait pas la totale sérénité ! Franck l'avait perçu à leur arrivée il y a trois jours, mais ne lui avait posé aucune question embarrassante ; lui, voulait profiter de ces moments simples, spontanés de la vie et que cela soit réciproque.

Sophie se demandait qui arrêterait le jeu le premier mais n'avait parié sur aucun des deux car malgré leurs quarante deux ans d'écart, ces deux-là se sentaient tellement bien ensemble, que même un tremblement de terre ne les aurait pas interrompus…

Il fallut donc l'intervention d'une tierce personne pour stopper ces mouvements d'avion, d'hélicoptère, de décollage de fusée ; le vibreur du portable de Franck le fit revenir à la tour de contrôle, mais il prit tout de même son temps… QUI osait intervenir entre lui et Dicky ce vendredi soir à 21h40 alors que tout le poste savait qu'il était en congé… Et s’il y avait quelqu'un qu'il ne fallait pas déranger dans ces moments-là, c'était bien Franck Moral, commissaire principal du 19ème arrondissement depuis trois ans.

Franck regarda son écran et vit le nom de Slimane s’afficher… Slimane, son chef, son boss… Eh oui, le commissariat du 19ème était dirigé par un algérien pur souche. Cela ne plaisait pas à tout le monde, mais lui, Franck en était très satisfait car cela allait à l'encontre de tous les préjugés de ce milieu, qu'il voyait souvent les réactions dans le commissariat lorsque les nouvelles recrues arrivaient ou que les détenus pensaient que le BIG BOSS serait clément, car ils étaient de même origine natale ou religieuse…

Mais la clémence ne faisait pas partie du registre de Slimane. Lui, il était conditionné par le respect de la loi et de la justice. Reçu de très loin major de sa promotion, malgré tous les obstacles rencontrés dus à ses origines… et à son actif, les plus grandes arrestations de ces deux dernières décennies de toute l'Île-de-France, Slimane ne s'encombrait pas avec tous ces avis, idées qu'on pouvait avoir sur lui…

Franck respectait Slimane pour toutes ces raisons et pour la principale et de loin la plus importante, sa femme préparait le meilleur couscous qu'il n'ait jamais mangé de toute son existence. Le respect était mutuel entre ces deux VRAIS flics. Après vingt-neuf ans de bons et loyaux services, le 36 quai des Orfèvres avait proposé à Slimane de prendre le commandement du 19ème, il avait accepté à une condition : emmener Franck avec lui… Mise sur la touche ? Promotion ? Racisme interne ?… Il s'en foutait et y trouvait largement son compte… Moins de pression hiérarchique, moins de comptes à rendre, moins d'allusions racistes… Et statistiquement, Slimane et ses hommes résolvaient plus d'affaires que tous les autres commissariats, donc on n’emmerde pas le premier de la classe…

C'est donc ce qui fit décrocher Franck alors que Dicky s’esclaffait.

— Papy encore… encore…

— Slim ?

— Franck, je sais que tu es avec ta fille et son petit… MAIS…(Slimane hésita sept secondes et Franck le perçut). Il est revenu…

Franck ne répondit pas tout de suite mais il avait compris…

— Le Fleuriste ?

— Oui. Le Breton m'a prévenu et il doit déjà y être…

— Ok Slim, je fais quelques bisous, SMS-moi l'adresse et j'y go.

— Suis désolé Franck que cela soit pendant que ta fille est là… mais on résout vite cela et vous venez manger le couscous à la maison…

Franck soupira, ne répondit pas à l'invitation.

— Envoie l'adresse Slim, je te bippe quand j'y suis.

Puis il raccrocha…

Il regarda Sophie :

— T’as une clope, Fie ?— Ça va Franck ? Je croyais que t'avais arrêté ?

(Chez les Moral, il n'y avait pas de Papa, ma fille, etc.)

— C'est vrai mais là ce n'est plus le cas…

— C'était Slim ?

Sophie avait compris.

— Oui, le passé revient…

— Franck, prends-soin de toi. Dicky t'aime beaucoup tu sais !

Elle retenait son émotion qui la submergea d'un coup mais Franck n'était pas dupe, et il eut d'un coup l'image de l'enterrement de sa femme, et sa Sophie figée, catatonique, incapable de pleurer face au cercueil de sa mère qui descendait dans les entrailles de la terre, avec en fond le sermon du prêtre que plus personne n'entendait.

— C'est OK avec moi, suis de retour dans une heure.

Mais il savait très bien que les nuits blanches allaient arriver et que les décollages de fusée avec Dicky allaient être remplacés par des thermos de café, des planques, des nuits au poste, des « gamberges » avec les tubes d'aspirine à côté… Mais là, il devait couper à la racine le Fleuriste pour qu'il ne repousse plus.

Il enfila son blouson, prit son casque et se dirigea vers la porte. « Papy… » fit Dicky en imitant le bruit du décollage de la fusée.

À son tour de ressentir la sensation similaire qu'avait eue Sophie il y a deux minutes, mais lui, la feignit tellement que personne ne s'en aperçut. Franck Moral, vingt et un ans de police, dont seize à la criminelle. Plus personne ne pouvait lire ses émotions, même pas lui-même…

— Garde le paquet, Franck, j'avais aussi décidé d’arrêter… lança Sophie, mais Franck n'était déjà plus là, et on entendit le rugissement du 750 GSX-R, fidèle compagnon du commissaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2. NADIA

 

Nadia, je crois que j'ai fait une connerie, j'ai fait replonger Franck dans l'enfer !

Silence…

— Nadia ?

Nadia ne répondit pas, puis au bout de quinze secondes, ayant perçu que son mari Slimane attendait un signe, posa le petit pull qu'elle tricotait pour son quatorzième petit-fils et regarda son mari droit dans les yeux :

— Franck, je le connais comme si c'était mon propre fils, je n'ai jamais vu aucun flic lui arriver à la cheville et je dirai qu'il est même meilleur que toi et d'ailleurs tu le sais aussi bien que moi… Donc tes états d'âme sur ce qu'est capable de faire Franck ! Slimane tu vieillis, c'est pas bon ça !

— Oui, mais là le diable est revenu… Et ça a été le cauchemar de dizaines de flics pendant des mois, et même des meilleurs. Je suis certain qu'il hante encore les nuits de Franck, car il a changé après ça…

— Bien sûr qu'il a changé ! Et heureusement, même, que cette affaire ne l'a pas laissé indifférent, dit-elle en haussant les épaules.

Pas de réponse de Slimane.

— Écoute bien Slim… Franck c'est du roc. Il a élevé seul sa gamine, n'a jamais baissé les bras, et en plus tu vas tout faire pour l’épauler… Alors maintenant, si t'as besoin d'aller parler au psy de ton commissariat… mais tu ne rabaisses pas Franck à mes yeux.

Sur ce, Nadia reprit ses deux aiguilles, sa pelote et se remit à l'ouvrage. Le petit Nadir aura bientôt son pull.

Nadia Bakkouj, soixante-trois ans, six accouchements sans péridurale. Pour elle, la vie, ça peut faire mal, et pas besoin de médicaments ou d’anesthésie… La vie, c'est des chocs, des douleurs, et non pas un monde virtuel comme beaucoup veulent nous le montrer. Être libre, ça se gagne et cela, elle l'a compris très jeune face aux coups de son père, aux cris de sa mère dont son mari disposait comme il voulait… Mais dans un couple, dans la banlieue d'Alger, on ne parle pas de viol…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3. PORTE DE PANTIN

 

Franck coupa le moteur de la moto. Il ne s'était pas attendu à un tel comité d'accueil ni à autant de lumière, de flashs, de micros… Il se demanda même s’il était au bon endroit car cela ressemblait plus à une scène de tournage de film qu’à… Il décrocha son casque et reconnut quelques visages de journalistes lorsqu'il fut surpris par une voix derrière lui qu'il n'avait pas entendue depuis six ans mais qu'il reconnut aussitôt.

— Alors Stendhal, toujours chez Suzuk’ ? s’exclama Pascal Le Bihan, surnommé le Breton, qui avait lui-même surnommé Franck « Stendhal » à cause de sa moto rouge et noire.

— Salut le Breizh ! Et toi, toujours chez les British ?

Pascal Le Bihan, originaire de Paimpol, Côtes d'Armor, était adepte des motos anglaises — monture Triumph Speed Triple.

— Et oui, on change pas une équipe qui gagne !

La poignée de main fut virile et très sincère, cela évitait des minutes de discussion de retrouvailles.

— Tu m'expliques tout le délire ? C'est un tournage du commissaire Moulin… ? Parce que là, sur trois mètres, j'ai reconnu Libé, 20 Minutes et Le Parisien… manque plus que le FBI… C'est quoi cette connerie ?

Le Breton, sans répondre, fit signe à Franck de le suivre et ils se dirigèrent vers sa voiture.

Une fois assis, ce dernier sortit une thermos, versa une tasse de café encore chaud qu'il tendit à Franck, puis s'en remplit une pour lui.

— Sorry, man, mais pas de sucre ! Restriction des budgets…

— Compris ! Vu le carrosse avec lequel t'es venu ! Ils sont restés dans les années 90 au 36 ?

Le Bihan sourit puis s'alluma une Chesterfield. Il en proposa une à Franck, qui profita aussi du briquet du Breton, car ayant replongé depuis à peine une heure, il n'avait pas encore cet élément indispensable sur lequel il risquait de faire rouler la molette encore pendant de longues journées et nuits à venir.

— Bon ! Tu sais ce qu'il a fait c't'enfoiré ? C'est lui qui a prévenu la presse ! Limite il appelait TF1 ou une émission à la con de télé-réalité ! J'ai jamais vu ça, c'est les journaleux qui ont appelé le 36… Je t'explique pas comment on est à la ramasse et les titres demain, vaut mieux que tu évites de montrer ta carte de la maison, sinon tu vas passer pour Bozo, le clown…

Franck ne répondit rien, mais il se retenait de rire ; cela aurait été mal venu vu les circonstances. Il n'osait pas se l'avouer, mais depuis le coup de fil de Slimane, c’était comme si quelque chose en lui revivait. C’était un ressenti bizarre mais qui pouvait toucher à une sorte de plaisir, de satisfaction… Il allait peut-être enfin sortir de ces mois de cauchemar pour se reconnecter à la réalité, affronter encore de plus près ce que la société avait pu engendrer en fabriquant des individus tels que ces criminels pour lesquels il devait se lever tous les matins, risquer sa vie pour les arrêter en étant même pas sûr qu'ils soient condamnés, car parfois, on ne savait plus qui était le gendarme ou le voleur.

Franck se croyait d'ailleurs parfois toujours dans la cour d'école de ce collège de Saint-Ouen, car c'est là la première fois où il eut l'idée de passer du côté de la loi. Sa jeunesse fût parfois tumultueuse et il aurait pu aussi rester de l'autre côté, ceux qu'on pourchasse, qu'on traque…

Car passer sa jeunesse à Saint-Ouen pouvait être très différent que de la passer à Neuilly… Mais élevé par sa tante Lilie qui comprit vite comment s'adresser à cet adolescent à la dérive, il y eut le déclic et Franck coupa les ponts avec ces jeunes dealers, voleurs, menteurs… qui eux, même s'ils vivaient avec leurs parents, n'avaient pas eu la même chance que lui… tante Lilie…

Franck et Pascal sortirent de la voiture pour se frayer un chemin vers le cadavre.

— Il a été identifié ? demanda Franck à son ex-collègue.

— Oui, et là, accroche-toi, car si les journaux balancent ça en plus dans les kiosques, on n'a plus qu'à aller chercher du boulot chez les privés, Stendhal.

— Quoi ? Il a flingué qui ? Un des frères Kennedy ?

— Ça aurait été plus pratique. Non… C'est un des nôtres, inspecteur Jérôme Serval, un bon, un brillant, du style Eliot Ness, si tu vois ce que je veux dire…

— C'est quoi ce délire ? Dis-moi qu’c'est une blague, qu’y’a pas de cadavre, et qu’c'est un gros canular pour faire de l’audience…

Le Breton fit signe à Franck de le suivre puis ils se dirigèrent vers le cadavre où il y avait déjà un peu moins de flashs… La police semblait avoir récupéré son territoire.

Franck serra quelques mains à des collègues de la scientifique puis observa le corps : une balle dans chaque genou, puis une en pleine tempe. Serval avait environ trente-cinq ans et le physique d'un adepte quotidien des salles de muscu… de son vivant, tout du moins…

— Brigade des stups, recordman d'arrestations de la Seine-Saint-Denis… je te dis, un bon ! On n'en fait plus des comme ça… Une seule faille : il était gay… ajouta le Breton.

Franck eut la réaction que l'on a devant ces scènes pour les premières fois, celle de vomir mais que par habitude au fil des années on remplace par un massage frénétique du front.

À la main droite du corps était agrafée une marguerite rouge… le Fleuriste.

Pascal fit signe à Franck de le rejoindre deux mètres plus loin et lui expliqua qu'il avait fait toute la procédure, la scientifique, envoi au labo, etc… qu'il rédigeait son rapport et qu'il proposait de passer demain au 19 pour un debrief avec Slim.

Cette fois c'est Franck qui proposa une Marlboro au Breton, et il profita ainsi une fois de plus de son briquet. Là, il devait vraiment en trouver un, car il ne pensait pas arrêter dans l'heure qui allait suivre…

— Tiens, Starsky et Hutch ! lança Hervé Gourd, journaliste Libération.

Franck se braqua un peu, mais le Breton, plus alerte, plus habitué à ce genre d'individu, fut plus rapide et accompagna Hervé de l'épaule.

— Hervé, vu que je t'aime bien j'ai un scoop pour toi ! dit-il, continuant à le tenir par l'épaule comme lorsqu'on rencontre un bon ami pas vu depuis longtemps. Après quelques pas, il le poussa dans une flaque toute boueuse, puis se retira pour revenir vers Franck, se retenant de rire, bien qu’il savait que leurs deux noms étaient déjà imprimés dans le cerveau de Gourd ainsi que dans l'article qui paraîtrait demain dans Libération.

— Le scoop c'est que, quand on vient sur le terrain, on met pas des Richelieux ! s'esclaffa Pascal. Tu viens Starsky ? ajouta-il en faisant signe à Franck…

Les deux marchèrent jusqu'au GSX-R en se retenant de rire pour ne pas allonger l'article qui allait paraître dans quelques heures.

— Pourquoi c'est moi Starsky ? demanda Franck.

— Parce que Hutch, c'est lui qui se faisait le plus de gonzesses, non ?

Franck sourit de nouveau, car même s'il savait que l'enfer était de retour, il était content aussi de retrouver le Breton. Ils se fixèrent rendez-vous pour le lendemain au 19 à 11h.

— Passe le bonjour à ta petite, Stendhal !

— D'acc le Breizh ! Et au fait elle a aussi un fils ma Sophie !

— Putain ! Francky, le Papy !

Le moteur du Suzuki vrombit, et Franck repartît avec plein d'idées sous le casque. La nuit s'apprêtait à être courte car il savait que trop de pensées allaient l'empêcher de dormir…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4. CHEZ OMAR

 

Porte de Pantin, périphérique nord, porte de Clignancourt Saint-Ouen, rue des Rosiers, le portable a vibré à deux reprises… Franck se gare devant « L’Étoile de Saint-Ouen » et rentre chez Omar :

— Salut Franck !

— Salut Omar !

— Ouh là ! T'as une tête comme si Mesrine avait ressuscité !

Seize ans que Franck venait « faire le plein » chez Omar.

La cuisine, il avait dû la faire peut-être dix fois depuis le décès de Carole, son épouse… Il n'était même pas au courant des prix qui se pratiquaient dans n'importe quel magasin ou grande surface. C'est un dossier qu'il avait délégué à la fille de sa voisine, qui remplissait chaque fin de semaine le réfrigérateur, les placards et la salle de bains des éléments nécessaires à une vie dans un appartement et elle gagnait ainsi quinze euros en rajoutant dans son caddie de courses ce qu'elle jugeait bon pour Franck.

Il aimait bien cette ado de quinze ans, à qui il avait laissé en toute confiance les clés de son appartement. Cet appartement, il l'avait hérité de sa tante Lilie à son décès… Il avait abattu quelques cloisons et cela lui faisait un très beau logement en banlieue proche et donc exempt de loyer, avec en prime tous ses souvenirs de jeunesse et des visages du quartier qu'il avait vu vieillir en même temps que lui.

Il avait aussi ajouté trente-cinq euros pour qu'Isabelle vienne faire le ménage chaque semaine. Il lui avait dit que comme ça cela faisait un compte rond, et la petite Isabelle gagnait ainsi deux cents euros chaque mois pour quelques heures, net d'impôts, pour service rendu au commissaire Franck Moral.

Il aimait bien les comptes ronds, Franck…

Et c'était aussi un moyen pour lui que cette ado comprenne l'échange que demande la vie, qu'elle ne soit pas trop parasitée par cette nouvelle culture du « tout maintenant » et « je fais des crédits avant même d'avoir un compte en banque », qu'elle évite aussi de fréquenter certains autres ados, passant leur journée et soirée à consommer de la bière et du shit bon marché et à voler le passant, le touriste crédule du « marché aux puces »… avec l'illusion que la rue est leur royaume et ne connaissant ni la définition ni l'utilisation concrète du mot « respect ». Franck avait fait partie de ce groupe il y a plus de trente ans… MAIS… merci tante Lilie…

Franck aimait bien cette ado… Isabelle…

Et puis, rentrer chez lui pour subir les questions-réponses de Sophie… Il verrait demain ; pas la force, là, pas la foi…

Il fit un geste circulaire avec le bras droit en direction d'Omar, ce qui signifiait un thé à la menthe, plus deux doigts levés pour deux sucres…

Il était entouré de cadres photo qui représentaient la glorieuse époque du Red Star, qui joua plusieurs saisons en D1 en tenant la dragée haute au FC Nantes et à l'AS Saint-Étienne. Des photos de Dominique Rocheteau, Maxime Bossis, Michel Platini brandissant la coupe de l'Euro 1984, puis Zinédine Zidane, celle de la coupe du monde de 1998, avec en dédicace en bas à droite « à mon ami Omar. ZIZOU ».

Il écouta ses messages :

— C'est Slim, le Breton m'a brieffé, on se voit demain, dors bien.

Et voilà un samedi au commissariat alors qu'à la base c'était sortie au zoo de Vincennes avec Sophie et Dicky… Peut-être que cela sera possible si chacun y met du sien.

— Bonjour Franck, c'est ton grand-père, Louis Moral, nous nous sommes jamais rencontrés mais j'ai eu l'occasion de suivre ta carrière. Peut-être, je peux t'aider. Tu te demandes bien pourquoi je t'appelle, là, et tu n'es pas obligé de me répondre… J'ai beaucoup repensé à ton père ces dernières années…

Louis Moral, médecin qui durant sa carrière se spécialise dans les opérations du cœur et devient dans les années 70 un des médecins les plus réputés du Val-d'Oise, puis de France et d'Europe.

Il écrit un livre à la mort de son épouse Clotilde « Peut-on vivre sans cœur ? », roman médico-philosophique vendu à des millions d'exemplaires, puis se retire du milieu médical mais intervient parfois lors d'émissions de télévision où il est invité comme la référence en la matière. Franck fît vite le calcul dans sa tête un peu embuée par ce qui se passait depuis le début de soirée et conclut qu'il avait facilement quatre-vingt-dix ans. Ça conserve d'opérer des cœurs !

—T'as faim Franck ? demanda Omar en apportant le thé à la menthe.

— Tu peux me faire une omelette aux champignons et une grosse salade verte avec des olives, Omar ?

— Ten minutes, Franck…

Franck lui sourit, ce qui revenait à lui dire merci et ré- écouta le message de Louis Moral. Il hésita quinze secondes sur le choix à adopter, puis appuya sur la touche deux. « Message effacé ».

Louis Moral s'était fâché avec son fils Michel, ou peut- être que c'était l'inverse. Les raisons que Franck avait entendues lorsqu'il avait demandé à sa tante Lilie étaient que Louis n'avait jamais accepté que son fils Michel s'engage dans la Police.