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Faire les titres des journaux, créer du buzz sur les réseaux sociaux, provoquer l'éventuelle intervention d'INTERPOL, ce n'est pas vraiment ce que recherchait Vincent Laffont, quelques semaines après la rentrée scolaire et vu sa discipline sportive... C'est pourtant ce qui se passe en cet après-midi ensoleillé sur le quai de la Loire, dans le 19ème arrondissement de notre jolie capitale. Franck Moral et son équipe ne peuvent y échapper car c'est en plein cœur de sa juridiction... Certains fantômes, très bien cachés, vont remonter à la surface…
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Seitenzahl: 236
Veröffentlichungsjahr: 2022
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JACQUES ROCHE
LE TIR PARFAIT

MORRIGANE ÉDITIONS
13 bis, rue Georges Clémenceau — 95 440 ÉCOUEN (France) Siret : 510 558 679 00006 85 10 65 87 — [email protected]
www.morrigane-editions.fr
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Note de l'auteur
Certains personnages, tous fictifs, sont déjà décrits dans mes ouvrages précédents «Le Fleuriste» et «Les Braqueurs Normands». Il n'est pas nécessaire de les avoir lus (même si je vous les conseille vivement !) pour comprendre cette histoire.
Il s'agit du commissaire Franck Moral ; ses deux inspecteurs, Joël Lefevre et l'inspecteur Sylvain Daveau (surnommé Daltrey pour sa ressemblance au chanteur du groupe de rock The Who, ainsi que son goût immodéré pour le groupe) ; le commandant Slimane Bakkouj, commandant du commissariat du 19e arrondissement, et Valérie, la secrétaire de cette équipe.
Je vous souhaite une très bonne lecture et moment de détente...
Amicalement, l'auteur [email protected]
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À mon ami Eric, décédé en 2011: c'était un excellent pilote de moto qui a laissé de la gomme de pneus sur le circuit du Mans, un photographe hors-pair, un fan de Steve MacQueen et des répliques d'Audiard...
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TABLE DES MATIÈRES
1. Amateur ou professionnel ? 92. Quel joli tir ! 11 3. Slimane a parlé... 19 4. C'est les boules ! 28 5. La vie de (ou en ?) famille... 33 6. La pétanque est un sport français... 38 7. La famille a toujours des secrets... 44 8. Franck aux commandes... 47 9. Toujours la famille... 53 10. La fille, l'épouse et la belle-mère... 56 11. Au 19, ça cogite... 74 12. Bed’s Too Big Without You « Sting » 82 13. Franck à la tour de contrôle... 86 14. Le filet est important, mais aussi le pêcheur... 91 15. Public ou privé ? 100 16. Les retrouvailles au 19... 110 17. On ne quitte pas l'armée comme ça... 116 18. C'est joli, Vincennes... 119 19. La fille avait la clé... 121 20. Vincennes ou Aubervilliers ? 129 21. Après 35 ans d'armée, tu sais où tu mets les pieds... 133 22. C'est trop tôt l'école le matin... 145
23. Rencontre police – armée 24. Le tir (presque) parfait... 25. V comme « VIE » Remerciements
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1. Amateur ou professionnel ?
Les deux impacts se succédèrent de seulement 10 secondes...
Le premier fut le choc de la boule de pétanque sur celle de son adversaire : un «carreau» parfait, qui ne laissait aucune équivoque et envoyait la boule, placée précédemment à un centimètre du petit rouge vif, à plusieurs mètres de sa place initiale. Sa remplaçante se posa toute fièrement devant les regards totalement figés des joueurs et des quelques spectateurs dont le regret se lisait sur leur visage : non pas celui que le cours de la partie s'inversait, mais celui de ne pas avoir filmé cet exploit spectaculaire que l'on ne voit que dans des concours dignes de ce nom, ce geste que l'on recherche pendant des années, celui que l'on rêve dès que l'on joue dans la cour des grands, cette cour dans laquelle les noms commencent à être connus sur les terrains et auxquels on préfère s'associer que les avoir comme adversaires. Lui... venait de le réaliser pour la première (et dernière) fois... L'enregistrement allait rester gravé à jamais dans la mémoire des gens présents...
Le deuxième impact fut celui de la balle qui traversa le crâne du joueur qui venait de réaliser cet exploit. En effet... le geste parfait ! Celui que l'on fait voir en vidéo dans les clubs, celui qu'on analyse, tel un profiler peut analyser le profil psychologique d'un tueur, sauf que là, ce n'était qu'une partie de pétanque en une fin
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d'après-midi ensoleillée sur les bords du canal de la Villette, Paris 19e...
Lui, Vincent Laffont, le réalisa, mais n'en profita que quelques secondes.
Il s'écroula instantanément sur sa gauche et quitta l'aire de jeu (pour toujours), son corps projeté d'une façon presque similaire à la boule qu'il venait de dégommer sous les yeux des joueurs et spectateurs présents... Là aussi, le tir parfait, digne des meilleurs snipers entraînés dans nos armées les plus réputées de la planète... Les spectateurs restèrent sous le choc et plusieurs eurent même le réflexe de chercher la caméra cachée, mais il n'y en avait pas avec derrière un Brian de Palma qui aurait pu dire « Coupez, c’est dans la boîte ! » ...
Le réflexe le plus intelligent fut celui du spectateur qui sortit son portable et appela la police... 15 minutes plus tard, elle était sur place et interrogeait ceux qui étaient restés. Certains avaient préféré partir pour vite aller raconter cela à leur entourage ou ne pas laisser leur nom dans les fichiers bien classés de la grande maison. D'autres sortirent aussi leur portable, mais cette fois ce n'était plus pour enregistrer l'exploit sportif précédent, le replay étant impossible, mais pour filmer ce qui se passait là sous leurs yeux (même si le direct aurait créé plus d'impact) afin que les réseaux sociaux soient vite abreuvés de ce fait plus que divers...
Hormis son exploit sportif, la victime, Vincent Laffont, 42 ans, professeur d'éducation physique dans un lycée à Aubervilliers, laissait derrière lui une femme et une fille de 14 ans...
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2. Quel joli tir !
L'inspecteur Lefèvre était au dépouillement de tout ce qu'avaient récupéré ses collègues qui avaient interrogé les gens sur place, témoins de ce double exploit. C'était surtout le deuxième qui intéressait la police...
Daltrey était, pour sa part, parti sur le terrain en compagnie de la scientifique. À cet endroit du canal, sur le quai de la Loire, il y avait plusieurs immeubles de plus de 15 étages, ce qui laissait une éventualité d'origines de tirs assez large. La tâche allait être à présent l'inspection de ces toits d'immeubles pour retrouver toute trace, empreinte ou indice, mais il n'y croyait pas trop : un tel acte professionnel ne laissait pas la place à des négligences aussi grossières...
Slimane, le boss, avait commencé à sortir son carnet d'adresses pour contacter toute relation militaire spécialisée dans l'entrainement et l'encadrement de tireurs d'élite. Il savait que l'information de ce fait divers allait vite être diffusée et que la presse allait encore prendre le pas et empiéter, avec leur imagination débordante et déformatrice, sur ce qu'ils devaient à présent résoudre.
Le commissaire Franck Moral, quant à lui, avait la lourde et très ingrate tâche d'aller au domicile de Vincent Laffont pour informer son épouse que l'exploit sportif de son mari serait inscrit à titre posthume... Il n'aimait pas du tout ce rôle, mais il avait
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compris que Slim, le boss, ne s'en chargerait pas, car il était affairé à contacter toute relation pouvant vite le renseigner sur ce type d'individu qui avait dû s'imbiber trop fortement d'affaires telles l'assassinat de JFK, ou avait trop rêvé de jouer aux côtés de Tom Cruise dans Jack Reacher...
Franck demanda à Valérie, la secrétaire, de l'accompagner, car une présence féminine serait souhaitable au moment de l'annonce à la veuve et à la fille adolescente...
Franck n'aimait vraiment pas ce rôle ! C'était cependant un moyen de glaner tout renseignement pour comprendre et résoudre cette affaire qu'il n'aimait pas non plus...
Mais il fallait garder le Moral, car là, il n'avait, en plus de 20 ans de bons et loyaux services, jamais touché à ce type d'affaire. Il se doutait aussi que dans ce genre d'enquête, hormis la presse à laquelle il s'était plus ou moins accoutumé, il y aurait différents personnages sur l'échiquier et que ce genre de « vedette » au nom très américain de sniper pouvait attirer les foules ainsi que différents détraqués dont le profil psychologique était trop... psychologique en fait.
Certains les trouvaient intelligents, stratégiques, posés, de sang-froid... Franck n'utilisait pas tous ces qualificatifs : pour lui, c'était juste un tueur d'êtres humains. Peu importe qu'il ait été déstabilisé face aux horreurs de la guerre, battu, traumatisé durant son enfance ; pour Franck, c'était un assassin qui derrière son attitude « intelligente », « de génie », agissait surtout par lâcheté... et s'il avait fallu faire un choix, il préférait ceux avec qui il s'était retrouvé face à face.
Là, le face-à-face, il allait devoir le faire derrière cette porte du 12e étage au 23 rue Édouard Poisson à Aubervilliers.
Il laissa Valérie appuyer sur la sonnette de Nathalie, Julie et Vincent Laffont. Il avait préparé plus ou moins son speech, mais il
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savait que dans ce genre de situation, il y avait la plupart du temps 75% d'improvisation, car les réactions n'étaient jamais les mêmes. Qu'est-ce qu'il n'aimait pas ce rôle, le commissaire Franck Moral !
La porte s'ouvrit presque aussitôt comme si on les attendait derrière. En fond, on entendait « Back in Black » d’AC/DC ; c'était en effet de circonstance. Lorsque les deux flics sortirent leur carte tricolore et se présentèrent, Franck remarqua la panique qui s'empara de cette femme, blonde et très jolie, comme si ses yeux vert amande étaient devenus très sombres et que le teint de son visage perdit aussitôt de son éclat, comme une rose qui se fane instantanément, alors que quelques secondes auparavant, elle était comme envoutée par le son strident de la guitare d'Angus Young... - Madame Laffont ? commença très rapidement Franck, qui ne voulait laisser aucun temps mort.- Oui, qu'est-ce qui se passe ? Il est arrivé quelque chose à Julie ?
Elle semblait inquiète pour sa fille. Franck savait que cette dernière avait 14 ans, donc évidemment, il comprit le premier réflexe de l'épouse-maman.- Nous pouvons entrer, s'il vous plait, madame Laffont ?- Bien sûr ! répondit-elle, puis elle les fit rentrer dans un grand salon très lumineux grâce aux immenses fenêtres qui offraient une vue panoramique sur le nord de Paris, où l'on apercevait très clairement le Sacré-Cœur.
Elle coupa le solo de guitare du presque sexagénaire Australo-Écossais en short puis proposa aux deux policiers de s'asseoir. Ils choisirent tous les deux une chaise plutôt que le canapé qui semblait être très, trop confortable.
- Madame Laffont, je suis au regret de vous annoncer le meurtre de votre mari Vincent.
C'était cet instant précis que Franck détestait : regarder la réaction de l'épouse sans se dérober, afin de garder toute la sincérité et la compassion exigées dans ce genre de situation et de pouvoir
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subvenir à tout besoin, toute aide qui allait être nécessaire à présent.- Comment ça, le meurtre ?
Valérie se rapprocha de la veuve, prête et disposée à intervenir face à la réaction de la jolie Nathalie qui venait de prendre 10 ans en quelques secondes.- En effet, votre mari a été abattu alors qu'il jouait sur un terrain de boules vers la Villette. Franck devait placer un maximum d'informations en peu de temps, cela permettait de passer en mode écoute par la suite et ainsi pouvoir mieux gérer l'influx intense d'émotion qui allait se présenter.- Mais, comment c'est possible ?
Franck avait déjà entendu ce genre de réflexion, qui lorsqu’on l’observe est inadapté mais qui symbolisait le refus de ce qui venait d'être énoncé. Il était lui-même dépassé par cet état de fait : il est vrai que d'abattre un bouliste en milieu d'après-midi dans notre jolie capitale (cela était autant invraisemblable dans n'importe quel autre endroit, d'ailleurs !) ne comportait aucune logique humaine. Cependant Franck ne raisonnait plus trop avec cette logique, vu les individus qu'il côtoyait depuis plus de 20 ans... - Nous sommes vraiment désolés, madame Laffont ! fut la réponse qu'il jugeait la plus appropriée. Souhaitez-vous que l'on appelle un membre de votre famille, des amis, que l'on vous accompagne quelque part ?
Il y eut facilement plus de dix secondes de silence... Qu'est- ce qu'elles étaient longues, lourdes, ces secondes ! Puis la jolie Nathalie éclata en sanglots. Elle avait confiance dans les deux personnes qui étaient face à elle dans le salon et se permit donc ce lâcher d'émotions, qui à présent n'étaient plus sous contrôle. Valérie se rapprocha d'elle, la prit dans ses bras comme si elle était sa meilleure amie ou sa sœur, puis lui présenta son paquet de mouchoirs. Nathalie commençait à suffoquer tellement elle ne
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contrôlait plus ce qu’il se passait. Franck, qui avait repéré le lavabo à quelques mètres, se précipita et remplit un grand verre d'eau qu’il lui présenta d'un mouvement qui voulait dire « Prenez votre temps ».
Les deux flics se regardèrent d'un air entendu : leur association avait été efficace. Ils faisaient tout de même un effort pour ne pas partir dans leurs propres pensées : Franck, l'annonce de la mort de sa femme, il y avait presque 15 ans et Valérie celle de sa sœur... Ces deux êtres proches, décédés jeunes tout comme Vincent Laffont il y avait quelques heures.- Je pense qu'il serait préférable que nous vous accompagnions chez la personne que vous nous indiquerez. Valérie va vous aider à prendre ce que vous voulez si vous souhaitez partir plusieurs jours.
Franck n'avait pas attendu de réponse à sa question et prenait la situation en main, car de toute évidence, Nathalie ne semblait plus en état de décider, même si les convulsions étaient moins fréquentes.- Voulez-vous que l'on se charge de votre fille ? continua-t-il.- Elle est chez ma mère, donc le mieux, si c'est possible, est que vous m'accompagniez là-bas, comme ça je n'ai pas à l'appeler.
Même si sa réponse avait été brève, cela lui avait demandé un tel effort pour parler qu'elle en reprenait son souffle comme si elle venait de monter les douze étages en courant.- Pas de problème, madame, Valérie vous aide à préparer vos affaires. Donnez-moi l'adresse.- 22 boulevard du Général Leclerc à Clichy.- Très bien, le temps que vous vous préparez, je préviens mon supérieur.
Il ajouta un sourire très compatissant à ses paroles afin que Nathalie se sente épaulée dans une telle situation.
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- Merci beaucoup de votre attention. Servez-vous à boire ou faites- vous un café en attendant si vous voulez, finit Nathalie à l’encontre de Franck.
Franck répondit à cette offre par un sourire. 20 minutes plus tard, ils quittaient l'appartement, Valérie soutenant Nathalie dans l'ascenseur, l'aidant à s'asseoir dans la voiture de service et déposant ses bagages dans le coffre. 30 minutes plus tard, ils déposaient Nathalie chez sa mère, puis quittaient l'appartement de Clichy en ayant affronté les émotions, les pleurs, les incompréhensions de la fille et de sa grand-mère...
Le retour dans la voiture fut assez silencieux alors que Franck ramenait Valérie à son domicile, rue de Clignancourt dans le 18e. Ils avaient mené à bien cette tâche lourde et ingrate. Valérie s'était retenue de pleurer. Franck, lui, avait décidé une chose et allait s'y tenir : retrouver au plus vite ce meurtrier, qu'il puisse être « intelligent », « posé » ou totalement déséquilibré...
Il sortit son portable. - Allô Slim ?
- Oui Francky !- T’es toujours au fort ? Parce que là, je viens de ramener Val et vais déposer la bagnole pour récupérer ma bécane que j'ai laissée au commissariat. Ça l'a un peu secoué Valérie, je lui ai dit de venir un peu plus tard demain si elle voulait dormir un peu plus, car suis pas sûr que son sommeil soit très léger et je préfère qu'elle soit en forme, vu ce qui nous attend sur ce dossier pourri.- T’as bien fait ! Là, j'allais partir. On débriefe demain matin à l'aube, mais t'as raison, ça sent le pourri, car en plus de la presse, je crois qu'on va se taper la pression des clubs de pétanque... Et merde ! On va pas non plus nous demander de mettre des flics en planque autour des terrains de boules !- T’as une idée sur ce coup-là ?
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- J’ai réussi à avoir deux militaires du milieu, un colonel et un capitaine, et j'ai pu récolter quelques noms potentiels. Lefèvre se met dessus demain matin, vu que c'est lui qui a recueilli presque tous les autres témoignages. Je ne suis pas certain qu'il soit dans nos fichiers, car c'est le genre de barjo assez discret. Daltrey bosse avec la scientifique, qui semble un peu dépassée apparemment et risque de rendre une copie vierge à l'examen. Et toi ça été ?
- Bof ! J'ai vu une épouse, une fille et une belle-mère totalement effondrées, plus Val à 2 doigts de prendre un anxiolytique. J'avoue que j'ai pas pu interroger la femme, car ce n’était pas du tout adapté. Merde ! Descendre un prof de gym accro à la pétanque, c'est quoi ce délire ! Un ancien élève pas content qui a fini chez les snipers ? Un mari jaloux si le prof de gym avait une maitresse ? Un concurrent si le mec était un bon dans le pointage-tirage ? Putain, quand j'y pense, tu vois toutes les possibilités ?
- Oui, je sais Francky, j'ai déjà pensé à tout ce que tu viens de me citer et je pense qu'il doit y en avoir d'autres, et sur ce coup-là on va battre le record d'interrogatoires. Il va falloir qu'on trouve vite le mobile, car s’il s'agit d'un détraqué qui tire juste pour la beauté du geste, on va vite s'épuiser. Daltrey a un peu surfé sur le net en rentrant du bord du canal et il a trouvé quelques cas similaires : un cycliste en 2008 lors d'une course en Allemagne, un joueur de golf en 2011 lors d'un championnat au Portugal, et un joueur de hockey au Canada en 1994. On pourrait se dire qu'ils s'en prennent aux sportifs, mais il a trouvé aussi un homme d'affaires qui sortait de la gare de Lyon en 2010 et une nounou dans un parc en Suède en 2002. Je crois qu'il n'y a aucun point commun entre ces histoires, sauf les mecs qui ont effectué ça : ils ont des fusibles en moins... Deux ont été écroués, le tueur du joueur de hockey au Canada et celui de la nounou en Suède. Deux tarés toujours en taule et un n'était même pas un pro, à peine s'il savait comment
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fonctionne un fusil à longue portée ! Donc, place aussi aux amateurs !- Tu l'as dit Slim, va falloir qu'on en pose des questions pour retrouver ce barge ! Car celui-là il doit en avoir une sacrée dose.
- Bon ! Sur ce, Francky, en pleine forme demain à 8h00 et évite un film américain sur le sujet avant de te coucher, car ici on est à Paris dans le 19e et non pas à Dallas en 1963 !- Salut Slim, passe le bonjour à Nadia.
Ayant récupéré sa fidèle monture japonaise rouge et noire, le 1000 GSX-R, Franck prit le périph’ en ayant la pensée que lui aussi pouvait être la proie de ce sniper alors qu'il roulait... Il faillit en louper la sortie pour Saint-Ouen.
Avant de se coucher, Franck regarda un DVD : La vie est belle de Franck Capra...
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3. Slimane a parlé...
Slimane était déjà au commissariat et épluchait la presse lorsque Franck arriva à 7h50. La cafetière avait déjà fait un tour et plus le commandant du fort lisait, plus ses traits se contractaient avec l'expression « faut vite trouver et résoudre cette affaire, car certains confondent la société dans laquelle nous vivons avec un grand jeu de Cluedo ». Cependant, il paraissait évident que l'assassin ne pouvait être ni Madame Pervenche ni le Colonel Moutarde, et que l'arme du crime était loin d'être un chandelier...
De ce qu'avait déjà obtenu Daltrey du rapport de balistique, cela provenait d'une arme utilisée exclusivement par des militaires, assez sophistiquée et surtout en fonction sur des lieux très hostiles. Cela limitait beaucoup le champ de recherche, ce n’était pas le joujou à mettre entre toutes les mains, mais cela pouvait aussi être un leurre pour brouiller les pistes.
Franck passa par son bureau pour y déposer son casque aux couleurs de sa moto, rouge et noir, allumer son ordi et consulter son courrier électronique (rien d’intéressant) avant d'intégrer la salle de débrief accompagné de son calepin et de son inséparable plume vert nacré, souvenir de sa femme Carole décédée depuis 14 ans. Lefèvre venait d'arriver avec son ordinateur et semblait avoir déjà beaucoup potassé pour faire les recoupements entre les interrogatoires des gens qui avaient assisté à la scène de la veille et les différents noms obtenus par les relations militaires de Slimane.
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À sa mine dubitative, il n'avait pour l'instant trouvé aucun fil conducteur.
Les trois flics se saluèrent et commencèrent à échanger les quelques informations glanées depuis la veille. Franck n'avait pas grand-chose à donner, car il avait surtout eu affaire au débordement d'émotions de la famille Laffont, épouse, fille et belle-mère...
Les lycées venaient de réouvrir depuis plusieurs semaines et il allait falloir y aller pour informer et interroger l'entourage professionnel du professeur d'éducation physique. Slim allait distribuer les rôles, mais Franck pressentait que cela serait pour lui, de faire la rentrée des classes, le boss ayant apparemment décidé de le mettre sur la partie entourage familial, proche et professionnel de la victime. Lefèvre serait certainement sur le côté recoupement et archivage des données, étant le plus calé en informatique. Quant à Daltrey... Il venait d'entrer dans le bureau, les écouteurs sur les oreilles, mais l'on entendait tout de même la guitare assez mielleuse de Pete Townshend sur Behind Blue Eyes. Il ne les ôta qu'après s'être servi une tasse pleine de café.- Salut la compagnie ! Alors, nous voilà embarqués à la recherche du tireur cinglé. Dégommer un prof de gym ! Il a abusé, il aurait pu choisir un prof de maths ou de philo. Le sport, c'est important à l'école !
Des trois flics présents, seul Slimane se retint de sourire à l'entrée de l'inspecteur. Il devait conserver une certaine altitude de chef, mais était parfois frustré de ne pas se laisser aller face aux commentaires de Daveau, 58 ans, 32 ans de police et recordman des heures de planque de la plupart des commissariats parisiens et de banlieue; peut-être même de France, si jamais quelqu'un avait eu le temps ou le loisir de comptabiliser ce temps en heures ou en litres de café !
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Slimane embraya :- Bon ! Les gars, j'ai lu un peu les journaux pour voir à quelle sauce ils vont nous la jouer sur ce coup-là, et y'a de tout, mais une fois de plus ils vont plus nous embrouiller que nous aider. Francky, comme t'adores les bancs d'école, c'est toi qui vas aller faire l'invest’ de ce côté-là. Vu qu'on a récupéré le portable de Laffont, tu vas aussi appeler et visiter les contacts que tu jugeras nécessaires. Daltrey, tu vas te faire le club, les terrains où il exerçait ses talents et ses confrères adeptes de la boule de métal. Désolé pour toi, mais je crois qu'il n'y a pas trop de nanas dans ce milieu. Daltrey était sur le podium dans le registre séduction de la gent féminine, car il considérait qu'il faut toujours être au service de la citoyenne et que parfois certaines heures sup’ peuvent être nécessaires pour faire avancer certains dossiers.- On se partage la récolte en fin d'aprèm, car là on pourra mieux voir où on en est. Dès que Valérie arrive, je la mets à aider Lefèvre sur le dépouillement de ce qu'on a déjà. Moi j'ai rendez-vous avec un ancien pote militaire, à la retraite, qui s'est fait la guerre du Golfe, le Kosovo, et qui peut me rancarder sur ce genre de mec. Je vais faire de l'imprégnation, comme disent les profiler maintenant... Allez, bonne chasse ! Et comme d'hab, on va de A à B, pas de commentaires, pas de débordements ou de fuites, car le nombre de vues sur les réseaux sociaux va faire de l'exponentiel et ça ne va pas nous aider. Donc des réponses aux questions, des faits, des noms, et le reste: poubelle!
8h20, Slimane, le boss, avait fini de parler. Rien à commenter, le chef parfait, Slimane Bakkouj, à ce jour recordman d'arrestations de cette dernière décennie en Île-de-France. Il avait mis Franck sur le fait de gérer, d'interroger les proches de la victime, car pour lui il n'avait jamais côtoyé un flic autant capable d'écouter et de se mettre dans la peau de la personne interrogée, car malgré le temps que cela pouvait prendre, Franck ne perdait jamais
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de vue l'objectif visé. C'est pour cela qu'il l'avait délogé du 36 quai des Orfèvres quand il en était parti et que depuis plus de 3 ans à présent, ils faisaient tourner le 19 et tout le monde en était satisfait...
On n'est pas le premier de la classe, comme ça, par hasard...
Autant se débarrasser du plus contraignant dès le départ : le lycée ! Lycée Jean Jaurès à Aubervilliers, cela allait ramener Franck trente ans en arrière, les tournois inter-lycées, lui aux couleurs rouges et prestigieuses de Saint-Ouen, comme le Red Star qui avait joué en division 1 dans les années 70. Il se souvenait plus des bagarres assez virulentes dans les vestiaires ou à la sortie du terrain après les matchs que de taper dans le ballon... À cette époque Aubervilliers et Saint-Ouen n'étaient pas les villes les plus paisibles de la proche banlieue, mais pour lui elles s'étaient tout de même assagies et n'étaient plus en tête de liste, mais là, il devait enquêter sur le meurtre d'un prof de lycée abattu par un sniper ! Bref, droit au but, comme l'avait dit le boss, et pas de dispersion. C'est ce qu'il appliqua, car à 8h50, il garait le GEX rouge et noir devant les portes du lycée. Cela dépareillait quelque peu des 125 et scooters garés devant l'entrée des grilles.
La plupart des jeunes attroupés, pas vraiment pressés de rentrer dans le bâtiment de l'éducation nationale, se mirent à admirer le monstre japonais et certains osèrent même s'en approcher, jouant les connaisseurs devant le commissaire qui, en ôtant son casque, répondit à leur enthousiasme. Il savait que c'était peut-être la chose qu'ils retiendraient le plus de leur journée, le 1000 GSX-R rouge et noir du flic devant les grilles. Qui sait ? Cela leur donnerait peut-être l'envie de s'engager dans la grande maison ! Mais Franck n'était pas venu pour recruter...
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Malgré les recommandations du boss de faire dans le rapide et l'efficace, il sortit une cigarette et en tira quelques bouffées avant de s'introduire dans le lieu destiné à instruire. Lui aussi se mettait en mode imprégnation, comme avait dit le chef. Il est vrai qu'il n'était jamais rentré dans ce genre d'endroit en courant; c'était plutôt à la sortie qu'il aurait pu battre des records de vitesse... Pour bien mettre l'ambiance, alors qu'il venait de finir sa cigarette, le son strident de la sirène retentit, indiquant aux élèves « encore une journée de galère à écouter les différents théorèmes que les profs trouvaient évidents et les phrases cultes de nos plus grands philosophes...» Il devait vite trouver le bureau du directeur, dont il avait prévenu sa secrétaire vingt minutes plus tôt de sa visite.
Malgré le fait qu'il venait enquêter sur ce meurtre assez insolite, il n'était pas mécontent d'être libre de ses entrées et sorties de cet immense bâtiment. Ce n'était pas le cas de la plupart de ces jeunes qui se précipitaient vers les salles de cours en essayant de se rappeler ce qu'ils venaient de réviser juste une demi-heure avant pour éviter d'avoir à rendre une copie vierge... Lui non plus ne devait pas ramener une page blanche au bureau du directeur, sauf que son avenir n'était pas en jeu et qu'il ne serait pas noté. C'est assez dingue comment un chiffre sur une feuille de papier peut créer diverses émotions, suivant qu'il soit bas ou élevé, et décider, en grande partie, du sort et de l'avenir de l'auteur de la copie.
Au bout de cinq bonnes minutes de marche, il se retrouva devant la porte du secrétariat du directeur et il pensa que c'était tout de même une tâche assez ingrate de faire tourner cette institution où, apparemment, le siège était éjectable très facilement. Il sortit sa carte tricolore à la secrétaire qui semblait en fin de carrière et dont la retraite allait être très libératrice. Elle lui fit signe, sans aucune émotion décelable, que le directeur l'attendait, et dix secondes plus tard il se présentait à Franck.
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« Monsieur Jullin, directeur de l'établissement. Je vous en prie, suivez-moi dans mon bureau. » C’était un petit homme à l'air anxieux, Louis de Funès en moins marrant. Il y repartit d'un pas empressé, signifiant que moins de gens verraient ce représentant de l'ordre dans l'enceinte de l'établissement, mieux c'était pour la réputation de ce dernier et surtout pour son poste, au siège éjectable. C'était bien la première fois que Franck faisait une telle impression devant un directeur d'école. Il ne s'y était même jamais déplacé en tant que père, car sa fille Sophie avait fait un parcours sans faute dans ce genre d'enceinte. Il savait de plus qu'il avait, de par sa position, un certain ascendant sur le petit bonhomme anxieux, lui qui pourtant était toujours rentré dans ce genre de bureau pour y être sermonné et pour entendre la sentence énoncée en heures de colle...
