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Le 24 avril 1861, un curé en soutane, armé de deux pistolets, fait feu à tout va dans un bordel de Toulon. Comment en est-on arrivé là ?
L’abbé Gaubert est un jeune et beau curé du village ariégeois d’Orgibet qui ne laisse pas indifférentes les paroissiennes, surtout si elles sont jeunes et belles comme Marie Saint-Cernin, chez la mère de qui il s’arrête souvent en appréciant sa conversation et ses gâteaux. Mais Marie, elle, ne se laisse pas apprivoiser. En rupture avec sa mère, elle s’exile à Toulon, recueillie par une amie d’enfance qui gère une maison close. Désespéré, Gaubert vient la chercher en espérant ramener Marie au village. Après un premier refus, il revient un mois plus tard, et, excédé par un deuxième refus, il est pris d’une crise de folie. Il multiplie les coups de feu à l’intérieur de la maison close. Il sera condamné à vingt ans de travaux forcés.
Athée convaincu, l’auteur s’invite par effraction dans le débat sur le célibat des prêtres, et bouscule le dogme de la chasteté. Pourquoi ce titre ? À l’heure où, un peu partout, des « fous d’Allah » sèment l’inquiétude, ce parallèle veut signifier que l’aveuglement religieux, quelle que soit la religion, peut faire perdre aux individus le sens de la mesure et des réalités.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Charles Bottarelli est né en novembre 1941 à Toulon, de parents ouvriers horticoles. Il a vécu toute son enfance et son adolescence dans sa ville natale. Il en conserve un goût marqué pour l’histoire de sa région. Le choix d’une carrière dans la fonction publique l’amènera successivement à Lyon, Paris et Marseille, avec retour à Toulon en 1970. Entre 1995 et 2006 il s’investit dans le mensuel satirique « Cuverville » qui combat l’extrême-droite installée à la mairie. Le temps de la retraite professionnelle venu, il décide de se consacrer à l’écriture. Un premier livre, à caractère documentaire, est publié en 2004 : "Toulon 40, chronique d’une ville sous l’Occupation" . Puis, en 2006, c’est un roman, "Alice l’Italienne" (prochainement disponible chez Phénix d'Azur), qui est la biographie imaginaire d’une jeune fille sous Mussolini. Il reçoit ensuite une commande des Editions de Borée pour une série de six ouvrages portant sur les Grandes Affaires Criminelles dans le Var et dans les Bouches-du-Rhône. Il revient au roman avec un ouvrage qu’il définit comme « satirico-policier », "Corde raide et sac de noeuds" publié chez Transbordeurs. Vont suivre divers titres lui permettant de puiser son inspiration dans l’histoire du Sud-Est avec "La colère des rusquiers" (Editions du Mot passant , 2011) ou "Les moutons de Jean-Baptiste" (Ed. Lucien Souny, 2013) qui lui vaut d’obtenir le prix 2014 de l’Académie Littéraire de Provence. D’une façon générale, il veille à situer précisément ses personnages dans le lieu et dans le temps, n’hésitant pas à mêler la fiction pure à des situations réelles. En 2014, il a obtenu le prix de l’Académie de Provence pour "Les Moutons de Jean-Baptiste". L’auteur vit aujourd’hui à côté de Toulon. Il rejoint en toute logique, les Editions Sudarenes, maison varoise
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Seitenzahl: 94
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Le fou de Dieu
Charles Bottarelli
Madame Saint-Cernin avait installé une petite table sous la tonnelle. Au début de la saison chaude, on se trouvait bien à l’ombre du gros mûrier. Et le gazouillis du modeste ruisseau courant en contrebas rajoutait à l’impression de fraîcheur. Un seau d’eau fraîche dans lequel attendaient quelques bouteilles, une nappe à carreaux sur le guéridon, et on se trouvait dans le salon de verdure. C’est à cet endroit précis que Hélyette de Saint-Cernin aimait recevoir les invités de marque. « C’est mon salon d’été », disait-elle.
Cette tonnelle était ce qui témoignait du rayonnement ancien de la maison. A la mort de son mari, madame Saint-Cernin avait dû se résoudre à mettre en fermage le verger de pêches, d’abricots et de pommes que le disparu avait su faire prospérer. N’ayant aucune connaissance en la matière, la veuve s’était résolue à signer avec le propriétaire d’une parcelle voisine, qui voyait là un bon moyen d’accroître sa surface. Mais le nouveau titulaire ne paraissait pas d’une loyauté exemplaire. Certaines années, il expliquait la baisse du rendement, et des bénéfices attachés, par la sécheresse. D’autres années, les pluies ravageant les récoltes déjà sur pied, étaient responsables de tous les maux. Aussi, la tonnelle devenait le seul témoignage de la splendeur passée, et madame Saint-Cernin soignait son moral en y recevant les amis qui avaient connu la période de l’opulence.
Dans un coin au fond du terrain, un monticule avait été surnommé par madame Saint-Cernin « la colline ». On pouvait le gravir grâce à des pierres judicieusement disposées en forme d’escalier, et, parvenu à son sommet, on pouvait voir la crête enneigée des Pyrénées. Ainsi, été comme hiver, cet endroit était de nature à divertir les invités. Comme chaque jeudi ou samedi, l’un de ces invités, le curé du village, le père Gaubert, ne manquerait pas de passer. Elle appréciait ce moment de conversation avec cet homme cultivé, maniant l’humour aussi bien que le latin, qui lui apportait des nouvelles des uns et des autres, lui parlait des affaires du pays et de la gloire de dieu, et, en plus, ne manquait pas de lui glisser un compliment à l’occasion. En ce jour de juillet 1860, le curé, qui recevait un journal de Paris, ne manquerait pas de brosser le tableau de la dizaine d’années écoulée depuis la prise du pouvoir par Louis Napoléon. Il lui parlerait des transformations de la capitale par le baron Haussmann, de la nouvelle conception du commerce à travers les grands magasins, toutes choses qui faisaient rêver madame Saint-Cernin et sa fille, et les transportaient dans un autre monde. L’une et l’autre pensaient qu’elles finiraient bien un jour par aller visiter la capitale dont on disait qu’on ne s’y ennuyait jamais. Les théâtres y pullulaient, et l’opéra bouffe y prenait son envol grâce à un compositeur allemand, ce M Offenbach dont la musique éclatait dans l’allégresse. Par chance, le prêtre raffolait de ses croustades et ne se faisait pas prier pour reprendre un verre d’hypocras. Mais surtout, il portait joliment ses quarante ans et plus d’une jeunette d’Orgibet aurait donné cher pour se trouver à la place de madame Saint-Cernin. Un jour où la conversation était devenue un peu folle, elle lui avait même avoué : « quel dommage, monsieur le curé, que vous ayez choisi cette voie, vous auriez pu faire un gendre idéal ». Alors qu’ils éclataient de rire, Marie vit bien que la main du curé s’était posée sur le poignet de sa mère, et elle en éprouva un peu de jalousie. Une demande de la maîtresse de maison dissipa le nuage :
- Marie, s’il te plaît, va donc nous chercher encore de la croustade.
Quand elle revint, elle crut voir que le père Gaubert avait brusquement écarté sa chaise pour s’éloigner de sa mère, mais sa main était encore sur le poignet de celle-ci. Il lui sembla que sa mère avait le teint bien rouge et qu’elle cherchait une position aussi neutre que possible sur sa chaise. Il lui vint alors la conviction que si sa mère l’envoyait si facilement chercher de la croustade, c’était pour avoir un petit moment de répit en tête-à-tête avec le prêtre, et cette découverte lui procura brutalement une bouffée de jalousie. Elle eut le sentiment d’avoir pris deux enfants en faute devant un pot de confitures, et se vengea avec une réflexion qu’elle voulait perfide :
-mon père, nous allons croire que vous ne venez ici que pour nos croustades, nous pourrions nous vexer.
- Détrompez-vous. J’adore vos croustades, mais je suis surtout ravi d’être accueilli par les deux plus aimables femmes d’Orgibet, par leur sourire et leur gentillesse. Je dois avouer que toutes mes paroissiennes n’ont pas les mêmes qualités. Je reconnais volontiers que votre croustade est parfaite : caramélisée à point, ni trop, ni trop peu. Et votre hypocras mériterait bien un prix. J’avoue que je pense bien à lui pendant l’office, quand je bois le vin de messe. Ne le dites pas à Rebuffel, qui me le fournit, mais je pense que son vin n’est pas à la hauteur. On ne pourrait certainement pas l’utiliser pour en faire de l’hypocras. Dans votre production, je crois que vous possédez parfaitement la notion des proportions. On distingue facilement les parfums des divers ingrédients, on y trouve toute la lumière de notre beau département de l’Ariège. Certains ont la main trop lourde sur le gingembre, et on ne sent plus rien d’autre que ce gingembre qui cache les saveurs des autres épices. D’autres, négligents ou désinvoltes, se contentent de mélanger le miel au vin, sans ajouter les ingrédients indispensables, et vous présentent cette aberration sous le nom d’hypocras. Au mieux, ils ajoutent quelques clous de girofle parce qu’on en a toujours chez soi, mais nous sommes encore loin de votre boisson magique. Ce brave Hippocrate qui, selon la légende, aurait donné son nom à ce savant mélange, n’aurait pas toléré la moindre déviation. Le vôtre est tout simplement remarquable et mériterait un prix.
- Mais, mon père, vous nous poussez au péché de gourmandise.
- Pas du tout, chère Hélyette, la gourmandise comme péché, c’est ce qu’on dit aux enfants pour qu’ils n’exagèrent pas. Moi, je prétends que si Dieu nous a donné le plaisir, c’est pour que nous en profitions ; ne pas apprécier les bonnes choses, c’est lui faire injure.
Le père Gaubert, dynamique et empathique, rendait facilement visite à ses ouailles, mais c’était en principe dans le cadre strict de sa mission : il s’arrêtait pour prendre des nouvelles du bébé qu’il avait baptisé le dimanche précédent, du vieillard malade dont on pensait qu’il aurait bientôt besoin de l’extrême- onction, ou du riche propriétaire qui ne manquerait pas de lui glisser un billet quand il l’informerait des travaux, indispensables mais coûteux, à accomplir sur le toit de l’église.
Pour gagner la confiance de la population, le curé se muait parfois en guérisseur, se faisant fort de soulager les douleurs inévitables résultant du travail à la campagne : manipulation de la faux pendant plusieurs heures, déplacement des monumentales meules de foin, nettoyage du ruisseau, voire un coup de sabot intempestif d’un cheval énervé par les mouches, tout ce qui était douleur musculaire ou coup sur les reins pouvait être traité par ce masseur-kinésithérapeute autoproclamé. On trouvait toujours quelqu’un pour expliquer comment l’abbé Gaubert l’avait soulagé de son arthrose ou du lumbago. De plus, certaines femmes qui rechignaient à consulter un médecin parce qu’elles ne voulaient pas se dénuder devant un homme, n’hésitaient pas à se déshabiller devant un curé puisqu’il était supposé incarner l’innocence et la chasteté. Quelques-unes admettaient que l’allure angélique du prêtre les aidait bien à se dévêtir. On soupçonnait même certaines délurées d’y trouver un amusement. Le curé kinésithérapeute avait un sens rigoureux de la mise en scène. Au pied du lit où il faisait s’installer les patients, il disposait deux grands bougeoirs garnis d’un cierge, et il massait le malade en récitant des prières à voix basse, et de préférence en latin. Quand il savait qu’il allait recevoir une personne à traiter, il donnait au préalable quelques coups d’encensoir dans la pièce où se trouvait le lit d’intervention , de sorte que, dès son arrivée, le patient était informé par l’odeur ambiante qu’il allait recevoir un traitement magique et fatalement efficace. On disait bien que, parfois, si le patient était en fait une jeune et jolie femme, les mains du praticien s’égaraient assez loin du point douloureux. Aux observations, il répondait que le réseau nerveux était tellement étendu dans le corps que, pour s’assurer de l’efficacité du processus, il était utile de masser large. Il ajoutait que dieu lui ayant donné le don de calmer les douleurs, il l’éclairait également sur la pratique à suivre pour y parvenir.
La hiérarchie avait vu d’abord d’un bon œil ce prosélyte entreprenant, actif sur le terrain, malgré quelques bruits courant sur son comportement, qu’on mettait volontiers sur le compte de la médisance ou du parti pris des rouges. Avec le temps, le village s’était habitué à ce personnage hors du commun à qui on aurait pu tout pardonner.
Mais le cours des choses avait failli dérailler l’an dernier quand le pouvoir supposé de guérison de Gaubert s’était heurté à la dure réalité médicale. Dans la nuit, un jeune couple rongé par l’angoisse était venu sonner à sa porte. Leur bébé, qui n’avait pas trois mois, éprouvait des difficultés à respirer. Le médecin de famille souhaitait le faire transporter à l’hôpital de Foix, et les parents avaient pensé qu’ils pouvaient d’abord s’adresser à Gaubert, dont tout le monde vantait les capacités. Celui-ci, agacé d’être réveillé en pleine nuit, mais soucieux de conserver son image de sauveur, avait fait semblant de consulter le bébé, accolant l’oreille en différents endroits du torse. Puis il l’avait l’obligé à tousser en le tenant tête en bas. Il avait enfin laissé parler son orgueil : « ce n’est qu’un petit embarras pulmonaire, je vais vous arranger ça, inutile de le transporter à l’hôpital, ce serait du temps perdu alors qu’il faut agir tout de suite ». Puis il avait longuement massé le torse du bébé en récitant des prières. Le malheureux mourrait le lendemain soir. La nouvelle du décès avait bouleversé le village, certains n’hésitant pas à mettre en doute les dons supposés de Gaubert, d’autres criant à l’assassin car on ne laisse pas hors des soins de la médecine un être aussi fragile qu’un bébé, et tous dénonçaient le caractère illuminé du curé ; l’acharnement qu(ils y mettaient était peut-être destin é» à faire oublier la compréhension dont ils avaient fait preuve auparavant. Le terme d’illuminé alla même jusqu’ à l’évêché, ce qui écorna quelque peu l’image de Gaubert aux yeux de la hiérarchie. De ce jour, commença une tendance à la désertion des fidèles, telle qu’on pouvait la constater le dimanche au sortir de la messe.
La boulangère elle-même l’avait ressenti :« j’ai perdu au moins la moitié des ventes de gâteaux le dimanche matin ».Cet après-midi, sous la tonnelle, dans la sérénité retrouvée, et comme c’était inévitable, la conversation vint à rebondir sur la boulangère « qui donnait l’impression de s’être fait voler son pain », de la postière qui « ne souriait que lorsqu’elle perdait une dent », ou du vieux Magloire qui « sentait du bec ».
Conscient du rôle qu’on attendait de lui, Gaubert faisait par moments mine de vouloir modérer les propos excessifs :
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