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Ce livre retrace la construction, en 2007, d'un ancien et important instrument astronomique, une méridienne à chambre obscure, dans une église du XVIIe siècle à Perinaldo (Province d'Imperia - Italie), lieu de naissance de l'astronome Giovanni Domenico Cassini. L'illustration du fonctionnement de l'instrument ainsi que les méthodes, les techniques et les détails de sa réalisation sont replacés dans le contexte historique de l'évolution de l'organisation sociale, qui relie le gnomon primitif au "Grand Gnomon", aux "cathédrales solaires". Ici, science et religion, besoins et curiosités de l'homme, matérialité et imagination créatrice, se succèdent et se croisent, donnant naissance, comme cela arrive parfois, à de grandes oeuvres . Le texte, tout en limitant l'aspect spécialisé, s'adresse aux amateurs d'astronomie, de mathématiques, de géographie, d'histoire, de science, de religion, ainsi qu'à ... tous les habitués du temps, dont la curiosité les invite à aller au-delà du temps indiqué par les horloges.
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Seitenzahl: 101
Veröffentlichungsjahr: 2021
À Marina
Sur les sentiers tracés par le Soleil,
l’éternel s’entremêle au fugace,
la mécanique céleste devient poésie,
narration du ciel et de la vie,
qui passe insaisissable et fragile.
I
NTRODUCTION
S
OUS
L
E
S
IGNE DU
S
OLEIL
.
DU GNOMON AU GRAND GNOMON
P
REMIÈRE PARTIE
:
L
ES MÉRIDIENNES À CHAMBRE OBSCURE
Le phénomène de
chambre obscure
La trigonométrie et le
triangle gnomonique
L’épopée des
grands gnomons
S
ECONDE PARTIE
:
L
E GNOMON DU SANCTUAIRE DE N
.
D
.
DE LA VISITATION
Le Sanctuaire de N.D. de la Visitation, un lieu du Temps
Les signes du passé invitent à des nouvelles présences
L’orientation de l’église
L’historique
Les étapes de la réalisation de l’instrument
- Diamètre de l’œilleton
- Inclinaison du plan de l’œilleton
- Pose de la ligne
Le dispositif équinoxial
Précession des équinoxes et variation de l’obliquité de l’écliptique
Le fonctionnement
C
ONCLUSION
A
PPENDICES
Le temps de la méridienne
Des détails de temps. A la Méridienne de la Visitation le temps se laisse scruter en détail
Le Méridien Cassini
R
ÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
C’est en 2013 que j’ai découvert le village de Perinaldo, dans cette si belle région de Ligurie occidentale, à quelques encablures de la Riviera française.
Depuis un certain temps, côté français, des informations circulaient à son sujet parmi les férus d’astronomie. Dans ce village, terre natale du célèbre astronome franco-italien Giovanni Domenico Cassini, s’était créée et développée une forte activité de diffusion de l’astronomie sous l’impulsion de l’association Stellaria et de la commune. Le village s’est ainsi doté d’un observatoire public, d’un musée consacré à l’astronome Cassini et d’une exposition permanente. Les ruelles respirent l’astronomie : instruments astronomiques et didactiques, panneaux explicatifs et illustratifs, inscriptions, ainsi qu’une statue à la mémoire de Cassini s’offrent au visiteur.
Il faut s’éloigner quelque peu du bourg médiéval pour trouver la perle rare. C’est dans une petite église, en contrebas du village, que l’auteur du présent ouvrage, Giancarlo Bonini, a rendu un bel et vibrant hommage à Giovanni Domenico Cassini en réalisant une ligne méridienne. C’est ce même type d’instrument qu’avait réalisé le grand Cassini, en 1655, dans la Basilique San Petronio de Bologne et qui demeure aujourd’hui encore la plus grande de toutes. C’est aussi cet instrument, sa qualité et les résultats obtenus, qui contribueront à sa notoriété grandissante, une notoriété qui rayonnera bien au-delà de son pays, jusqu’au ministre Colbert, puis au Roi Soleil qui lui proposera de rejoindre la toute jeune Académie Royale des Sciences.
C’est ce même type d’instrument que j’ai eu le privilège de découvrir en compagnie de la très regrettée Marina Muzi, l’âme de l’association Stellaria, et de son concepteur, Giancarlo Bonini. Enthousiastes, passionnés et passionnants, ils m’ont fait partager leurs connaissances sur l’instrument. C’était un peu comme si l’instrument parlait à travers eux, comme si l’instrument racontait l’histoire et les résultats obtenus par ses aïeux, les illustres lignes méridiennes, qui ont jalonné l’histoire de l’astronomie.
Les lignes méridiennes me sont alors apparues comme des constructions fascinantes à plus d’un titre. Fascinantes car elles ont permis d’explorer des questions fondamentales en astronomie, fascinantes aussi car elles mêlent les opposés. Elles sont en effet à la fois très simples dans leur principe de fonctionnement mais aussi très complexes à réaliser en pratique, comme nous le raconte en détail Giancarlo. Elles ont également autant besoin de lumière que d’obscurité afin d’obtenir une meilleure visibilité des images. Les lignes méridiennes sont des instruments fixes, figés dans la direction nord-sud, mais qui permettent pourtant d’en apprendre plus sur les mouvements de notre Terre, autour de son axe mais aussi autour de notre Soleil. Enfin, les lignes méridiennes et la réforme du calendrier qu’elles ont rendu possible sont un bel exemple pour lequel science et religion ont réussi à s’accorder.
Le livre de Giancarlo Bonini nous invite à la découverte de ces instruments majestueux, depuis leur ancêtre, le gnomon, jusqu’à la méridienne de Perinaldo qu’il a lui-même réalisée. Il nous fait vivre les étapes de sa construction, les défis et les difficultés que lui, et les personnes qui l’ont assistées dans cette tâche, ont dû surmonter. Au moyen d’explications claires et d’illustrations, il parvient à nous rendre accessibles les subtilités des lignes méridiennes. Il lève le voile sur des techniques de construction tombées dans l’oubli et qui, jadis, étaient l’apanage des seuls constructeurs de lignes méridiennes.
Je le remercie de m’avoir confié la préface de son livre et, dans l’optique de faire connaître sa méridienne au-delà du pays natal de Cassini, c’est avec plaisir que j’ai réalisé la traduction française de son ouvrage, en bénéficiant des relectures de Caterina Scelsi, traductrice et interprète, que je remercie également.
Jean-François Consigli
Nice, février 2021
« ... UN RAYON DE SOLEIL QUI ILLUMINE ET FAIT PARLER LA TACHE IMMOBILE ET MUETTE SUR LE SOL ... »
« Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; si je cherche à l’expliquer à celui qui m’interroge, je ne le sais plus. Cependant j’affirme avec assurance, qu’il n’y aurait point de temps passé, si rien ne passait ; qu’il n’y aurait point de temps à venir, si rien ne devait succéder à ce qui passe, et qu’il n’y aurait point de temps présent si rien n’existait. Il y a donc deux temps, le passé et l’avenir ; mais que sont-ils, puisque le passé n’est déjà plus, et que l’avenir n’est point encore ? Quant au présent, s’il était toujours présent, et ne tombait point dans le passé, il ne serait plus le temps, mais l’éternité. Or, si le présent n’est temps que parce qu’il tombe dans le passé, comment pouvons-nous dire qu’il est, lui qui n’a d’autre cause de son existence que la nécessité de la perdre bientôt ? Donc, nous ne pouvons dire avec vérité que le temps n’existe que parce qu’il tend à n’être plus. »
(Augustin, Les confessions, XI, 14 et 18)
C’est sur cette remarquable et vivifiante réflexion de Saint-Augustin que j’exprime mon estime et ma gratitude pour le travail de Giancarlo Bonini, « Le Gnomon du Méridien Cassini », portant sur la méridienne du Sanctuaire de Notre Dame de la Visitation de Perinaldo.
Le texte, à la fois vulgarisé, soigné et rigoureux, illustre les différentes étapes de la réalisation de la méridienne de l’église de la Visitation. Il les replace dans l’histoire de la recherche et des découvertes scientifiques, à la rencontre d’une « gloire » locale : l’astronome Giovanni Domenico Cassini, né à Perinaldo.
Guidé dans la connaissance « technique » de l’instrument, l’homme contemporain, utilisateur familier et désenchanté des horloges ordinaires, se découvre une nouvelle fois – selon l’expression de Bernard de Chartres – tel un « nain sur des épaules de géants ». Il aborde ainsi, avec étonnement et une curiosité éclairée, les intuitions et les expériences des nombreux savants et érudits fascinés par l’entreprise de mesurer le temps.
J’espère que la contemplation du mystère de l’univers, don d’amour d’un Créateur providentiel, conduira l’intelligence à se sentir aussi minuscule que l’œilleton de l’instrument, un œilleton pourtant capable de laisser passer un rayon de Soleil qui illumine et fait parler la tache immobile et muette sur le sol. Cela me semble être une splendide et surtout une vraie métaphore de la vie humaine appelée à s’élever au-dessus du plan horizontal pour l’illuminer et le guider dans la perspective d’un destin ultérieur et définitif. C’est ce qu’affirme le texte poétique du psaume 89 :
« Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse ».
Mgr Antonio Suetta
Evêque de Vintimille – San Remo
« ... LA MÉRIDIENNE, QUI ENRICHIT ET ANOBLIT L’ANCIENNE ÉGLISE,INDIQUE DE NOUVELLES VOIES ET SUGGÈRE
D’AUTRES DIMENSIONS DU TEMPS ... »
Ces pages, que Giancarlo Bonini a dédiées au Sanctuaire de la Visitation de Perinaldo, ont réveillé en moi un souvenir bien précis malgré le passage de toutes ces années.
Je revois en effet la petite église telle qu’elle m’était apparue la première fois, quand je l’observais du point culminant du village. Dépourvue de clocher, elle ne me semblait pas être une église, ni même une chapelle, mais plutôt une grande cabane destinée au repos des ermites, des bergers, des passants ou des pèlerins. Il n’y avait alors aucune lumière dans les parages, ni maisons dans les environs. Dans la nuit, la petite église était une simple tache blanchâtre sur le fond sombre des bois. Elle me sembla un lieu de choix pour la méditation, le repos, pour surveiller le temps qui rythme les journées et les nuits des hommes. Ce temps qui semble toujours s’écouler de façon identique alors qu’instant après instant chacun voit un nouveau fragment de sa vie disparaître inexorablement.
Immense et scintillant comme nul autre, le ciel de Perinaldo me semblait accueillir et refléter toutes les inquiétudes et les interrogations des hommes qui, au cours des années ou des siècles, passèrent en ce lieu.
Aujourd’hui, la Méridienne, qui enrichit et anoblit l’ancienne Église, indique de nouvelles voies et suggère d’autres dimensions du temps. Les rayons de Soleil, qui font irruption à l’intérieur de l’Église, la rendent semblable aux grandes cathédrales du passé, quand les méridiennes étaient de véritables instruments scientifiques et astronomiques.
Le récit que présente Giancarlo Bonini est un exemple de clarté, de précision et de rigueur. On ressent derrière chaque mot la passion de l’auteur et de ses collaborateurs pour réaliser une œuvre ardemment désirée et liée avec l’histoire de la science d’une part et avec celle du lieu d’autre part. La construction de la Méridienne s’inscrit en effet dans le sillage « cassinien » principalement pour deux raisons.
Né sur cette terre, Giovanni Domenico Cassini est l’auteur de la grande Méridienne de San Petronio, à Bologne, qui est aujourd’hui encore admirée et reconnue comme un instrument exceptionnel. Nombreuses sont les analogies qui se retrouvent parmi les difficultés rencontrées en début et en cours de réalisation. Il y eut tout d’abord la complexité des calculs mathématiques progressivement résolus avec habileté et persévérance, mais aussi la conception et l’installation d’instruments nouveaux et indispensables à la résolution de problèmes techniques spécifiques. L’ « homo faber » que fut Cassini, il y a plus de trois siècles, revit aujourd’hui au sein de ce groupe de passionnés des phénomènes célestes qui ont su réaliser un instrument aussi complexe, ancien et pourtant si actuel.
Un historien du dix-septième siècle définissait la méridienne comme une gloire de l’esprit humain réussissant à transposer sur terre, et avec une impressionnante précision, les mouvements perpétuels du Soleil et des étoiles ainsi que les règles qui les caractérisent.
Aujourd’hui, l’ancienne église de Perinaldo accueille avec joie ces rayons de Soleil qui la traversent et qui permettent à la Méridienne de raconter à chaque fois cette très belle histoire. Une histoire qui très certainement aurait plu au Grand Cassini.
Pour conclure mon propos, je voudrais avoir une pensée émue pour Marina, l’inoubliable amie qui dès le début a inspiré, guidé et soutenu la réalisation de la Méridienne.
Anna Cassini
Aucun de nous n’avait jamais réalisé un tel travail.
Surtout au début, mais pas uniquement, les doutes et les craintes de ne pas être à la hauteur étaient nombreuses. L’idée et l’objectif que nous partagions depuis le début était de réaliser un grand et véritable instrument astronomique, un instrument qui fonctionnait aussi précisément que possible.
Aucun de nous n’aurait jamais osé entreprendre cette aventure individuellement. Car il s’agissait bien d’une aventure. Une aventure ponctuée de pauses et qui s’est prolongée suite à des obstacles bureaucratiques, économiques ou météorologiques, plus nombreux que ce qui avait été prévu. Durant cette aventure, étape après étape, nous avons « retenu notre souffle » constamment en attente de pouvoir poursuivre et vérifier certains des aspects du travail accompli.
