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Le grimoire double monde est un étrange ouvrage qui a traversé les guerres au fil des siècles...
Ce grimoire donne un avantage considérable à ceux parvenant à lui faire dévoiler ses secrets.
C'est ce livre qu'Alissa se voit offrir pour sa réussite au bac. Après l'avoir lu, elle remarque une note sur la troisième de couverture et se retrouve alors emportée dans un voyage qu'elle n'avait pas réellement prévu. Catapultée dans un monde très différent du sien, en conflit dissimulé, peuplé d'elfes, de dragons, de chimères, de loup-garous et de vampires ; elle se fera aider par Ainëlealin, un elfe sylvain au premier abord froid et distant, mais extrêmement fiable et aimable, accompagné par son dragon d'or, Iranë, pour régler la guerre et ramener la paix sur le continent du Nadrian.
Cette aventure fantastique rappelle les meilleurs classiques du genre !
EXTRAIT
L'herbe lui chatouillait les bras et la nuque, elle était allongée à écouter les bruits autour d'elle. Avions, rires d'adolescents, froissement sec de ses cheveux dont une partie lui caressait le front, le reste étant étendu autour d'elle, voitures un peu plus loin, plus quelques oiseaux cachés dans les branches quelque part. Un soupir près d'elle lui ôta son sourire niais du visage. Son amie maugréait.
« Alissa, tu n'écoutes pas... Tu devrais réviser. On a un contrôle tout à l'heure !
À PROPOS DE L'AUTEUR
J'ai 25 ans et j'ai commencé le premier tome du
Grimoire double monde à 17 ans. Je suis tombée amoureuse de cet univers qui est né sous ma plume à mesure que les idées venaient et s'agençaient peu à peu. C'est un univers qui m'a permis de réaliser une chose dont je n'ai jamais été capable : voyager dans un autre monde empli de magie, parce que ça ne m'est jamais arrivé, pourquoi pas les vivre à travers quelqu'un d'autre ?
J'ai donc commencé l'aventure et celle-ci continue de se prolonger à travers d'autres livres qui font suite au tome un. Je vous invite donc à suivre Alissa à travers ses aventures, il vous suffit pour cela de lui emboiter le pas ou prendre la main qu'elle vous tend.
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Seitenzahl: 571
Veröffentlichungsjahr: 2018
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Vous êtes-vous déjà demandé si tout était vrai ?
Que reculent ceux qui ne croient plus en rien, ne savent plusrêver et ne veulent plus rien entendre. Arrière les terre à terre,les cyniques et autres gens ayant perdu leur âme d'enfant.
Vous qui restez, qui en auront le courage, je vous avertis.Prenez garde, le danger guette. Un simple livre peut fairebasculer votre vie, une simple « histoire à dormir debout »pour les incrédules et, pourtant, une histoire vraie.
Mythologie, fantaisie, ces dangers que vous niez vous guettentde loin, prêts à bondir tel un animal sauvage, veillant poursavoir lorsque vous baisserez votre garde. Quand vous necroirez plus au rêve, alors il surgira devant vous, terriblementréel.
La personne dont je vais vous parler à présent n'y croyait pas,pas vraiment en tout cas. A force qu'on le lui répète.Pourtant c'est arrivé.Écoutez son histoire.Celle d'une jeune fille étrange, qu'elle était, qu'elle est etqu'elle devint.
D'anciennes légendes racontent que la Terre serait reliée à un autre monde.
Il y a bien longtemps, dans ce monde frère, à la treizième génération des rois et reines du Kolingan, prestigieux royaume du continent du Nadrian, un étrange livre fut rédigé. Il recueillait tout le savoir de l'époque et s'enrichissait lui-même à mesure qu'il passait de main en main. Il se nommait : Le grimoire double monde. D'après la légende il circulait d'un monde à l'autre, de l'Auros, à la Terre. Il est relaté qu'une personne le faisait traverser. Un homme au grand cœur, capable de métamorphose les soirs de pleine lune. Parfois, cet homme changeait, mais cela mettait des siècles terrestres avant de se produire.
Sa première apparition fut notée au temps des croisades. Ceux le possédant se voyaient fréquemment offert la victoire grâce au savoir enfermé dans ses pages. Livre en cuir marron, changeant d'apparence selon les lecteurs. Parfois avec des gravures, un dragon sculpté au centre et des vignes sur les bords, parfois sans l'illustration centrale. Quelques rares personnes firent le lien entre l'ouvrage et les différentes variantes.
Au fil des siècles il finit par être oublié et les différents pays attribuèrent leurs victoires à d'autres choses, des objets ou des personnages légendaires comme Jeanne d'Arc. Durant les guerres mondiales il fut également échangé sans que personne n'en sache jamais rien, comme si un marionnettiste récupérait l'ouvrage pour le passer à quelqu'un d'autre et réaliser une ligne d'avenir dictée par un destin spécifique. Des prophéties ou le simple hasard ? Le livre était incontestablement doué de volonté d'après les dires, de fait, des hommes ont essayé de le brûler, mais il est toujours en circulation.
A la dix-huitième génération des rois et reines du Kolingan, il disparut de l'Auros, nul ne sait où il se trouve, sauf le « guide ». Celui qui dirige le livre vers ceux qui doivent l'avoir. Hasfalath.
Ne riez pas, ce nom est redondant dans les archives secrètes des historiens. Apparemment un autre phénomène existerait. Tous les cent ans, sur l'un des deux mondes, celui où le temps s'écoule plus rapidement, un passage se forme. Il existe un parallèle temporel incontestablement, sinon comment expliquer les légendes de dragons, griffons, elfes et autres créatures ?
En finalité, ce que l'on sait réellement, c'est qu'il est écrit dans plusieurs langues, certaines inconnues de la Terre et dévoile son contenu à des personnes spécifiques, leur conférant des connaissances dans plusieurs domaines sur demande. Pour les autres il n'est qu'un banal ouvrage racontant les exploits de grands héros, de batailles venues d'ailleurs, d'un monde de légende que nul n'a jamais vu.
L'adolescent sourit avant de refermer le cahier que lui avait donné le vieil archiviste indien. Il s'étira, un souffle d'air se glissa dans la chambre d'hôtel qu'il occupait pour jouer dans ses cheveux bruns. Il sourit à cette fraîcheur bienvenue. Il avait l'intention de trouver ce fameux livre rare pour faire plaisir à sa cadette et son voyage l'avait mené ici. Il se passa une main dans les cheveux et rit d'amusement en songeant que sa sœur aurait été intéressée par le cahier. Il se leva ensuite pour aller vers la porte, prenant une lettre rédigée le matin même, puis sortit dans la rue. Sur la lettre était inscrit un nom, une adresse et un lieu précis. Mr Hasfalath, aux États-Unis. Si le cahier disait vrai, c'est là-bas qu'il trouverait l'ouvrage. Sinon… il chercherait autre chose pour sa sœur.
L'herbe lui chatouillait les bras et la nuque, elle était allongée à écouter les bruits autour d'elle. Avions, rires d'adolescents, froissement sec de ses cheveux dont une partie lui caressait le front, le reste étant étendu autour d'elle, voitures un peu plus loin, plus quelques oiseaux cachés dans les branches quelque part. Un soupir près d'elle lui ôta son sourire niais du visage. Son amie maugréait.
« Alissa, tu n'écoutes pas… Tu devrais réviser. On a un contrôle tout à l'heure !
Elle aurait voulu dire à son amie qu'elle s'en contrefichait éperdument, que cela ne comptait plus pour entrer dans une faculté ou une autre filière, alors peu lui importait. En plus il était trop tard pour réviser et de toute façon elle aurait préféré courir dans les champs que de se retrouver enfermée dans une salle de classe. Au lieu de tout cela, elle se contenta de hausser les épaules et répliquer :
— Demande à Morgane de te faire réviser, tu sais bien que je ne suis pas impliquée dans mes études, une très mauvaise élève et tout le tralala. C'est pas un scoop.
Son amie, Hélène, blonde aux yeux bleu, grande et plutôt sexy de l'avis d'Alissa, lui jeta un coup d’œil amusé, habituée à ses tirades incongrues et parfois auto-dérisoires. Cette dernière se contenta de lui répondre par un regard enfantin et moqueur, démentant ses dix-sept ans pour une maturité d'une gamine de huit ans. Du moins c'est ainsi qu'elle se montrait lorsqu'elle sortait de ses rêveries. Alissa se redressa en chassant de ses cheveux bruns en bataille l'herbe printanière. Hélène voulut apparemment lui faire une remarque sur sa tenue, mais elle fut prise de cours par son interlocutrice qui tourna ses prunelles marron-vert vers elle et sa voisine, jusqu'alors silencieuse. Morgane, cheveux cuivrés et regard noisette, plus petite qu'Hélène, mais plus grande qu'Alissa, releva la tête vers la jeune femme, intriguée.
— Vous croyez que c'est possible qu'un de ces mondes existe ? Encore cette question. Toujours. Elles n'eurent pas à demander de quoi elle parlait, Alissa étant complètement en adoration devant les univers fantastiques et merveilleux des livres. Ceux qui n'existent pas « en vrai ». Pourtant elle posait la question, voulant vraiment entendre qu'ils existaient. Elle avait gardé son âme d'enfant, sans vraiment y croire cependant. Ses deux amies haussèrent les épaules, signifiant leur désintérêt de la question. Alissa se renfrogna, grognant intérieurement, puis se laissa retomber en arrière. Dans ses pensées, écoutant à nouveau les alentours. Le vent lui caressait le visage. Elle ferma les yeux et sentit l'odeur que la brise apportait. Parfums envoûtant d'herbe, de fleurs, accompagnés de résidus de l'odeur des cantines devant lesquelles elles se trouvaient toutes trois. Alissa sourit, la brise soufflait lentement, comme voulant lui murmurer de douces paroles.
« Alis… » La sonnerie du lycée retentit. Elle sursauta, bien que ce ne soit pas le son brusque et sonore qu'elle avait entendu, mais bien le murmure qui l'avait fait presque bondir sur ses pieds.
— Eh bien ? Tu t'étais endormie ? Questionna Hélène, surprise.
— Non… Je sais pas, c'est rien.
Elle regarda le ciel, perplexe. S'était-elle endormie ? C'était une possibilité. Elle haussa les épaules et suivit ses deux amies à l'ombre du bâtiment. Elles s'arrêtèrent en entendant un jeune homme les héler. Fin, nerveux, pas bien grand, les cheveux noirs et les yeux bleus irisés de gris, il les rejoignit en souriant.
— Prête pour l'interro Dylan ?
— Oui, sauf pour Alissa.
— Encore à rêver ? Demanda le jeune homme.
L'intéressée n'était déjà plus là, elle avait poursuivi son chemin, sans se soucier des trois autres, jusqu'à la salle de classe. Prétendus amis. Elle n'en avait pas réellement, pas des à qui elle pourrait confier toute sa vie sans aucune crainte. Toujours à reprocher des choses, jamais à l'accepter telle qu'elle était. Rêver à de grands espaces inexplorés ou mouvementés était-il un mal ? Se sentir oppressée en ville et avoir hâte de terminer ses études pour être tranquille et aller où elle voulait, était une folie pour eux. Pourquoi ne pas suivre son frère aîné dans ses voyages. Elle secoua la tête avant de hausser les épaules et attendit devant la salle de cours.
Et puis elle avait une étrange impression à proximité de Dylan, le garçon, qu'elle connaissait pourtant, ne lui paraissait pas totalement fiable. Il la regardait d'une façon qui lui déplaisait. Non, elle ne pouvait vraiment pas le considérer comme un ami, pas totalement. Elle songea à son autre ami d'enfance, avant d'entrer dans la salle de classe.
Sur le chemin du retour, Dylan la rattrapa. Elle lui jeta un coup d’œil rapide et sourit poliment. Ils habitaient le même quartier, autant rentrer avec quelqu'un. Elle remit son sac sur l'épaule d'un coup sec, tandis qu'il engageait la discussion.
— Alors, l'interro ?
— Vous ne savez pas parler d'autre chose que du passé ? Elle est finie, réussie ou ratée, ça ne sert à rien de la refaire après coup.
— C'est vrai. Et le cours ?
— Tu sais ce que je pense de la seconde guerre mondiale, commença-t-elle, avant de préciser. Écouter deux heures un prof débiter la folie d'un dérangé… non merci, je préfère le moyen-âge et l'antiquité.
— Parce que tu es fan de fantaisie ?
— Parce que c'est plus poétique de se fendre le crâne à la loyale à coup d'épée dans un duel, plutôt que de faire des millions de mort avec une arme à feu.
— Sauvage… T'as pas oublié qu'on révisait ?
L'adolescente se renfrogna un peu et fit une moue blasée. Elle ne répondit cependant pas, se contentant d'écouter Dylan monologuer puisqu'il avait enchaîné sur les cours. Elle se contenta de hocher la tête, faisant semblant de lui prêter attention, tout en s'isolant dans son univers. Arrivée chez elle, elle ouvrit le portail, le referma, puis gravit les trois marches du perron et ouvrit la porte de chez elle.
Habitant seule depuis quelques mois, elle avait la maison pour elle. Son frère était en Inde, même s'il serait là pour son bac, ses parents à l'étranger également. Elle referma la porte et ils se mirent, studieusement, au travail. S'interrogeant à tour de rôle, puis il partit et elle resta seule, s'adossant un instant à la porte d'entrée. La ville l'oppressait et pas seulement parce qu'elle n'avait pas sa famille. Elle se ressaisit et alla dans la cuisine pour ouvrir le gaz et commencer à faire chauffer de l'eau pour préparer à manger. Le téléphone sonna et elle l'attrapa en le coinçant entre son épaule et son oreille, continuant sa préparation.
— Ciril, tu vas bien ?
— Ouais, t'as révisé j'espère !
— Un peu, tu sais bien que je m'en fiche du bac.
— Alissa… c'est important tu sais ? Bref. Je serai bientôt de retour de toute façon. Avec un cadeau si tu as bien travaillé ! Maman m'a envoyé un peu d'argent pour que je t'offre quelque chose de leur part. Ne fait pas brûler la maison hein !
— Je sais mieux faire à manger que toi, idiot, rétorqua-t-elle avec humour.
Il rit au bout du fil avant de raccrocher. Elle fit de même, reposa le combiné, puis s'installa pour manger en jouant avec ses cheveux lui arrivant aux omoplates. Elle gravit ensuite l'escalier vers sa chambre et s'allongea sur le lit. Une grande chambre servant également pour accueillir quelqu'un lorsqu'ils avaient des invités. Deux lits accolés, deux armoires, une bibliothèque, deux fenêtres dont une donnant sur la cour et l'autre sur la rue. Alissa soupira en regardant le plafond, se perdant dans ses rêves. Après une demi-heure elle se redressa, puis se changea pour aller au lit et s'installa devant son ordinateur en espérant se changer les idées avant d'aller dormir. Puisque quand on cherche, on trouve, pourquoi cela n'arrivait pas dans la réalité ? Si seulement il y avait un moyen…
Elle s'endormit sans plonger dans ses mondes féeriques, à la place, elle eut droit à des formules de mathématiques faisant la leçon à la Gestapo de la seconde guerre mondiale.
Le baccalauréat et ses épreuves étaient derrière elle depuis quelques semaines. Les résultats avaient été communiqués le matin même. Une réussite qu'ils avaient décidé de fêter avec Dylan et son frère rentré comme promis. Son ami était là, principalement parce qu'il n'avait pas de famille. Une politesse. Alissa était cependant déçue puisque ses parents n'étaient pas rentrés et il ne fallait pas compter sur ses grands-parents paternels, seuls restant, pour se joindre à la fête. Ils ne l'aimaient pas vraiment à ce qu'ils montraient. Hostiles à ses lectures. Elle évitait donc de lire en leur présence, ignorant cependant pourquoi ils agissaient ainsi et trouvant cela pénible. Presque comme s'ils avaient peur de ses lectures.
Les deux adolescents étaient donc au salon, lorsque Ciril entra, chargé de deux paquets qu'il leur tendit. Son sac était encore posé dans un coin de la pièce, mais il était passé en cuisine pour leur préparer un repas avant même de penser à lui.
— Félicitations, vous étiez mal partis !
— Très gentil Ciril, merci, répondit Alissa du tac au tac.
Son frère rit de bon cœur, suivit par les deux adolescents, puis ils ouvrirent leurs cadeaux. La jeune fille écarquilla les yeux en découvrant une réplique d'une tenue portée par les rôdeurs dans certains jeux vidéo ou histoires et Dylan avait le même. Elle laissa échapper un « wahouuuu ! » avant de détaler pour aller essayer l'habit. Lorsqu'elle revint, non seulement son ami portait le vêtement, mais Ciril également.
— Quoi, toi aussi ?
— Tu n'es pas la seule à aimer ça, lui répliqua-t-il avec un sourire qui fit pétiller son regard brun vert semblable à celui de sa sœur.
Ils se mirent ensuite à table, se régalant d'un poulet basquaise qu'il leur avait préparé, accompagné d'un riz au curry. Ils étaient en train de déguster une île flottante maison quand on sonna à la porte.
— Ah ! Je pensais qu'ils ne livreraient pas.
— Hein ? Une livraison à vingt heures ?
— Service spécial, dit Ciril en souriant mystérieusement.
Il se leva et les deux adolescents bondirent pour aller espionner, restant sur le seuil de la porte, tandis que le plus âgé allait dans le jardin pour rejoindre un homme en costume de postier qui tendait un colis de la taille d'un gros livre à Ciril qui signa un papier. Apparemment il était anglophone, puisqu'il salua le jeune homme dans cette langue avant de partir. L'aîné revint et posa une main sur sa hanche d'un air amusé et faussement sévère.
— Vous êtes intenables… !
— La curiosité frangin !
— Un cadeau de ma part, le costume vient de papa et maman.
Il lui tendit le colis et elle le prit, curieuse. Elle déchira l'emballage pour dévoiler un livre en cuir finement ciselé de feuilles de vigne courant tout autour en formant un cadre. Il portait le titre : Le grimoire double monde. Un dragon sur la couverture semblait la fixer avec insistance. Dylan haussa les sourcils, puis les épaules et retourna dans le canapé.
Alissa, elle, avait l'impression d'être attirée par le livre, presque hypnotisée. Elle voulait savoir ce qu'il renfermait ou elle n'en dormirait pas de la nuit. Elle en était certaine. Ciril referma la porte, un courant d'air souleva les cheveux de sa sœur et elle sentit un frisson lui remonter dans la nuque quand le murmure du vent lui effleura l'oreille.
— C'est celui dont je t'avais parlé. L'histoire est géniale, paraît-il. Il y a toute une légende idiote autour de lui en Inde. Mais il devrait te plaire. C'est le seul exemplaire au monde qui circule au fil des âges et il raconte l'histoire d'une jeune fille du moyen-âge qui aurait vu des dragons dans ce monde. Enfin, c'est un roman.
— Il est pour moi ?
— Oui, mais tu me laisseras le lire ? Et si quelqu'un le demande, il faudra le vendre à cette personne.
— T'as pas encore assez de livres comme ça ? Demanda Dylan, avachi devant les informations.
— Quand on aime, on ne compte pas ! Je n'en aurai jamais assez, répliqua Alissa en tirant la langue.
Elle sourit avec amusement, puis déclara qu'elle montait se coucher. Les deux autres n'étaient pas dupes et savaient bien qu'elle allait bondir sur le récit dès qu'elle serait seule, ils se contentèrent de hocher la tête. L'adolescente était déjà dans l'escalier, une fois dans sa chambre, elle se jeta sur son lit en rebondissant brièvement, ouvrit le livre d'un geste impatient et plongea dans cet autre univers né par l'imagination d'un auteur. Elle n'entendit pas Dylan partir, ni Ciril aller se coucher. Pas plus qu'elle ne se rendit compte du temps qui passait.
Après avoir eu l'impression de lire pendant une heure, elle soupira, ayant déjà terminé le volumineux ouvrage. Déçue, elle fixa la dernière page, comme si elle espérait que la suite allait apparaître. Un espoir, une formule magique. Quelque chose qui justifie l'air de grimoire qu'avait le livre. Rien. Ce n'était pas si différent du reste des récits qu'elle avait lus. Une fille avait vu sa vie changer par un événement inattendu. Frustrant. Elle sourit cependant en imaginant des dragons arriver soudain sur Terre. La panique. Elle rirait volontiers de la chose, ou peut-être aurait-elle peur. Elle tourna les dernières pages où étaient dessinés la carte et inscrits les remerciements. Arrivée à la troisième de couverture elle se figea.
Il n'y avait jamais rien d'écrit à cet endroit. Pourtant, ici, il y avait une phrase. Une simple phrase, finement calligraphiée à la plume. Élégante écriture qui semblait attirer le regard, invitant à être lue. Comme une dédicace, mais… spéciale. Alissa fronça les sourcils et passa un doigt sur le tracé délié et l'italique de la phrase, puis elle se décida à lire les mots à voix haute.
— Rêve d'aventure, touchez le dragon…
Elle ne comprit pas, ni ne savait pourquoi elle l'avait prononcée. Comme si elle avait voulu que cela soit une incantation. Elle referma le livre pour regarder la couverture, perplexe, puis posa son doigt dessus et l'enleva. Rien ne se produisit.
— Évidement hein, quelle idée de mettre cette phrase stupide aussi ?
Elle allait abandonner le livre, mais finalement choisit de regarder plus attentivement le dessin. Il était vraiment bien réalisé, presque réel. Il aurait facilement pu lui parler, bouger et sortir du livre, cela ne l'aurait presque pas surpris vu la précision du relief. Rêveusement, elle suivit les contours. Avec affection. Elle crut le voir bouger, cligner des yeux et souffler. Elle se figea, cillant pour s'éclaircir les idées.
« Non, j'ai dû rêver, il est une heure du matin. Ça ne peut pas bouger un dragon sur une couverture. » songea-t-elle en reposant le livre.
Convaincue que tout n'était que le fruit de son imagination et de sa fatigue, elle opta pour aller dormir. Elle verrait bien le lendemain. S'il bougeait à nouveau… elle ne savait pas, elle aviserait.
Elle avait prévu de partir faire un footing. Donc elle ferait ça s'il ne bougeait pas. La vie d'étudiante n'aidait pas à avoir de belles formes avec certaines physionomies. Plutôt large de carrure, elle avait tendance à prendre vite du poids. Ainsi elle s'était promis de faire attention à elle avant d'aller à la fac. Nouvelle école, nouveau départ. Courir au bord de l'eau, des arbres, de l'herbe. Elle pouvait facilement imaginer que le béton disparaissait pour ne laisser place qu'à un chemin de forêt et ainsi être plus motivée. Elle aimait bien cet endroit. Et s'il avait bougé… ?
Elle s'endormit avant d'avoir pu répondre, d'un sommeil sans rêve. Ou plutôt de ceux dont on ne se souvient pas avoir rêvé. Lorsqu'elle se réveilla, elle était pourtant certaine d'en avoir fait un, mais lequel ? Elle l'ignorait, peut-être une mise en garde contre l'apparence des choses. Elle ne se rappelait plus. Elle se leva pour ouvrir ses volets, faisant s'envoler un bel oiseau blanc qui la fit cligner des yeux tant il sembla étincelant. Le temps qu'elle s'habitue à la lumière, il avait disparu.
Alissa s'étira et son regard se porta sur le livre qu'elle prit entre ses mains pour essayer d'animer le dragon. Ce dernier resta parfaitement immobile. Elle haussa donc les épaules et s'habilla avant de descendre. Une illusion d'optique sans doute.
— Tu es tombée du lit ?
— Mais non andouille, j'ai décidé d'aller courir au bord de la rivière. Il est neuf heures quand même.
— Toi ? Faire du sport ? Mon dieu il va neiger ! Puis neuf heures c'est tôt pour toi, d'habitude c'est dix pendant les vacances !
Elle se contenta d'éclater de rire et se servit un bol de céréales avant de débarrasser et mettre ses baskets. Neiger… idée improbable, si le dragon avait bougé une fois de plus pourquoi pas, mais là non. Elle ouvrit la porte et sortit. Restant un instant sur le seuil pour laisser l'air frais et matinal emplir ses poumons.
— Tu prends racine ?
— Mais fiche-moi la paix et laisse-moi profiter de l'air matinal…
— Et pollué.
— C'est vrai, mais il a un parfum d'espoir.
— Parce que tu as réussi ton bac ?
— Peut-être oui, je ne sais pas.
C'est vrai, pourquoi avait-il ce parfum étrange, à cause de sa réussite ou de quelque chose d'autre ? Qu'elle aurait pressenti sans savoir. Comme un message dans le vent qu'elle entendait à demi. Non, ce devait être la première raison.
Elle se rendit au bord de l'eau et sourit joyeusement avant de commencer son footing. Des pas lourds, bien moins légers que ce qu'elle imaginait. Elle grogna mentalement et poursuivit cependant. Bien vite elle trouva qu'il commençait à faire chaud, mais cela ne l'empêcha pas de continuer. Elle ne put pas vraiment profiter du décor puisqu'il y avait de la brume, ce qui l'amusa puisqu'elle faisait ressembler l'endroit à une forêt impénétrable, les immeubles disparaissaient à moitié.
Elle s'arrêta après quelques minutes seulement et se remit à marcher, fatiguée. Elle n'était pas sportive, même si elle aimait les grands espaces. C'était plutôt paradoxal. Elle continua sa marche, puis reprit sa course.
Le brouillard s'épaissit, elle crut entendre un aboiement étrange qui se modulait en hurlement. Elle se souvint qu'il y avait, à proximité, un husky et ignora donc l'information en poursuivant son chemin. Un second hurlement retentit, beaucoup plus près. Elle s'arrêta en regardant autour d'elle, inquiète et recula vers la rivière et le chemin en contre-bas en essayant de se raisonner.
« Des loups en pleine ville, impossible. Ça doit être le husky, j'ai trop d'imagination. »
Alissa se remit à marcher, lentement et avec méfiance. Elle tressaillit au troisième hurlement, bien plus proche que les précédents. Le cri n'aurait jamais dû se rapprocher, ce n'était donc pas le chien loup. Donc… Elle se mit à courir droit devant elle, la panique commençant à la saisir, le son venait de derrière, donc en toute logique… Elle accéléra, réfléchissant comment s'en sortir en même temps. Un loup en ville. C'était incompréhensible, ou alors elle rêvait.
Elle trébucha soudain sur une racine et s'étala de tout son long. En se retournant elle vit une ombre bondir vers elle, cria en fermant les yeux et attendit. Elle rouvrit les yeux en constatant que rien ne se passait, ni attaque, ni créature qui lui tombait dessus. Elle aperçut le visage d'un homme à l'air inquiet. Un passant apparemment.
— Vous allez bien mademoiselle ?
— O… oui, mais… comment ça se fait que je sois ici ?
Elle venait de remarquer qu'elle se trouvait à l'endroit exact où elle avait débuté sa course, sans comprendre ce qu'il venait de se produire. L'homme, perplexe, préféra ne pas répondre à la jeune femme. Ses yeux bleu roi la scrutèrent attentivement lorsqu'elle se releva. Elle ne le remarqua pas et le remercia avant de s'éloigner en marchant. Elle réfléchissait à cet étrange phénomène. Si elle s'était alors retournée, elle aurait vu l'inconnu s'avancer, passer derrière un arbre et ne jamais reparaître de l'autre côté, comme s'il avait tout bonnement disparu de ce monde.
Après quinze minutes, elle fit demi-tour et revint chez elle, calmée. Elle avait choisi de ne rien dire à son frère et faire semblant de rien. Le problème était qu'elle était mauvaise actrice. Pourtant il ne dit rien lorsqu'elle entra, ne sembla même pas remarquer le trouble chez sa sœur. Elle s'empressa donc de monter dans sa chambre pour se changer et s'allonger sur son lit pour réfléchir encore. Comment était-ce possible ? Elle secoua la tête et ouvrit la fenêtre parce qu'il faisait trop chaud. Elle prit le livre sur sa table de nuit et fixa le dragon, assise en tailleur, les bras croisés et la mine perplexe.
— Bon… Tu es vivant ou non ? Et voilà que je parle à un livre…
Devenait-elle folle ? Non, il y avait forcément une explication. Même si elle ignorait laquelle. Elle choisit d'oublier l'incident pour le moment, pris un livre dans sa bibliothèque pour se changer les idées.
Dans quelques jours elle partirait en camping avec Ciril et Dylan, elle avait autre chose à penser et érigea donc mentalement une liste de ce qu'elle devrait prendre. Interdiction à l'électronique, telle était la règle. A part une lampe. Elle sourit en songeant que ce serait bien de passer plusieurs jours en pleine nature. Surtout qu'ils se rendraient à l'endroit à pied. Une journée de marche, puis la nature sauvage des bois. La banlieue parisienne était décidément trop oppressante.
Le matin du jour j, elle était prête. Son sac bien rempli. Des vêtements de rechange, une lampe torche et un vêtement contre la pluie. Elle ajouta également un chapeau pour se protéger du soleil. Sans savoir réellement pourquoi, elle ajouta le livre au dragon, laissant le reste libre pour porter l'eau, la nourriture et quelques autres affaires de camping. Ciril portait la tente, elle la nourriture. Dylan le réchaud. La jeune fille avait donc le bagage le plus léger. Elle avait fini par parler de l'incident à son frère qui s'était contenté de hausser les épaules et décréter qu'elle avait une imagination débordante. Pourtant… même si rien n'avait plus eu lieu depuis, elle savait que ceci avait été réel. Ils attendirent Dylan devant le portail, puis partirent à pied comme convenu.
L'adolescente n'aimait pas la partie qui consistait à marcher en ville, elle se consolait cependant en songeant qu'elle allait passer deux jours dans les bois. En attendant pas de paysage à observer à part des immeubles en béton. Ce qu'elle détestait. Tandis qu'ils avançaient, Alissa remarqua quelque chose d'étrange. Il y avait énormément de moustiques et moucherons.
— Il va y avoir de l'orage on dirait… pourtant la météo n'annonçait rien.
Elle haussa les épaules en regardant son frère. Il avait raison, sauf qu'il faisait chaud, pas lourd. C'était étrange. Elle fronça les sourcils et ne dit rien, ne pouvant s'empêcher de penser au livre dans son sac qui alourdissait sa charge et au loup dans la brume. Ils continuèrent d'avancer en silence d'un bon pas. Jusqu'à ce que Dylan regarde les arbres bordant une avenue habituellement dégagée.
— Tiens, ils ont planté des arbres ici ?
Soudain, plus personne n'osa faire de commentaires. Tous pouvaient voir devant eux les arbres apparaître en plus grand nombre à mesure qu'ils avançaient et les maisons s'estomper. Comme si de la ville ils passaient au village. Le phénomène, d'abord léger, mais accélérait lentement. A chaque pas. Alissa ferma les yeux très fort en murmurant vaguement :
— S'il vous plaît, que ce soit vrai, qu'il se passe quelque chose.
Que ce ne soit pas notre imagination.
Cela continua. Les deux garçons affichèrent un air inquiet, tandis que le cœur d'Alissa battait plus fort, envoyant de l'adrénaline dans ses veines. L'impatience.
— Vous voyez la même chose que moi, rassurez-moi ?
— C'est juste ton imagination débordante, ironisa Alissa à son frère.
— C'est bien ce que je craignais. En faisant demi-tour on retourne dans notre monde j'espère.
— Si c'est comme dans les livres, c'est mort, répondit Dylan.
— Tais-toi, tu portes malheur !
Ils n'en menaient pas large. Les deux hommes se retournèrent, mais pas Alissa. Du coup, ils la fixèrent avec des yeux ronds en voyant un air de défi et de satisfaction étalé sur son visage. Elle voyait au loin se profiler une plaine herbeuse. Par-delà la peur, c'était l'excitation d'un rêve qui se réalisait. Ou le sentiment de voir se profiler à l'horizon sa maison, son havre, là où était sa place. Si par malheur elle ne pouvait s'y rendre, son cœur se déchirerait. Elle le sentait d'ailleurs bondir dans sa poitrine, comme pour lui ordonner d'avancer. Ce lieu l'appelait.
— Pourquoi tu ne te retournes pas ?
— Parce que moi, je vais là-bas, annonça-t-elle avant d'avancer et passer entre eux.
— Et allez, elle a grillé un neurone. Il se passe un truc pas net et toi tu fonces dedans.
— Oui ! A cent pour cent oui ! J'ai toujours attendu quelque chose comme ça, cherché ma place. Ce lieu m'appelle, alors encore une fois : oui. A la revoyure.
— Eh bien va y donc !
Ciril pesta et tourna les talons, la laissant continuer vers l'inconnu. Dylan choisit de suivre l'aîné. Ils marchèrent pendant une minute environ, puis s'arrêtèrent brusquement devant une masse immense. Deux mètres de haut, une forme presque humaine, grise, laide et qui puait à quinze mètres à la ronde. Ils se trouvaient devant un authentique troll, ceux des légendes. Ciril resta cloué sur place, ouvrit la bouche, avant de la refermer en couinant et s'enfuir à toute vitesse vers Alissa, suivi par Dylan.
— C'est quoi ce truc ? ! Demanda d'ailleurs ce dernier.
La créature eut un moment d'hésitation avant de poursuivre les deux garçons en se prenant quelques branches au passage. A rebrousser chemin, ils étaient entrés dans un bosquet d'arbres. Ils déboulèrent dans la plaine et choisirent d'abandonner leur sac, tandis que la créature les rattrapait en de longues foulées.
— Tais-toi et cours ! Alissa ! Couuuurs !
L'intéressée se tourna vers eux, intriguée de les entendre approcher. Elle pâlit soudain avant de détaler en gardant son sac. Les deux garçons la rattrapèrent donc rapidement et commencèrent à la dépasser. Le troll gagnait du terrain. Leurs poumons commençaient à les brûler, les muscles de leurs jambes protestaient.
— Lâche ton sac !
— Non ! Protesta la jeune femme en se maintenant difficilement au niveau des deux hommes.
Ils manquaient cruellement d'air, peu habitués à un tel exercice. Plus de trace de ville ou quoi que ce soit. Juste l'herbe, des bosquets et encore de l'herbe. Un ciel limpide. Trois adolescents qui couraient, poursuivis par un troll qui les rattrapait dangereusement.
Il mâchait un morceau de pain, installé au bord d'un petit bois, pensif. Assis sur une branche, un pied pendant dans le vide et se balançant mollement, l'autre genou relevé et une main posée négligemment dessus, il se reposait. Le troisième jour de l'été et rien d'intéressant qui ne se produisait. Il passa une main dans ses longs cheveux noirs, puis ferma les yeux. Une voix mentale se glissa dans son esprit, il ne sursauta pas, c'était son compagnon de route.
— Oui d'accord. Des humains étrangement vêtus qui courent dans la plaine, poursuivit par un troll… non armés… Les humains pas le troll.
Il hocha distraitement la tête, répétant l'information qui venait de lui parvenir et haussa les épaules avant de se figer et froncer les sourcils. Il assimila soudain la chose et bondit sur ses pieds sans tomber de sa branche.
— QUOI ? ! Mais qu'est-ce que tu racontes ! Amène-toi, et vite ! Il faut les aider !
Une vibration dans l'air annonça l'arrivée de son ami. Il attendit que le dragon doré se pose devant le bois pour bondir sur son dos souplement et s'installer juste devant ses ailes. Pas le temps de seller son compagnon qui émit un grondement mécontent avant de s'arracher au sol d'un puissant mouvement d'ailes.
— Cesse de râler, je vais sauver qui je veux. Et je ne laisserai pas mourir des « humains étrangement habillés », selon tes propres mots cher ami. Pas sans en savoir plus à leur sujet ou les avoir vus de mes yeux.
Le reptile grogna à nouveau pour toute réponse et s'empressa de rattraper le troll. Le dragonnier put nettement voir l'adolescente parmi eux qui trébucha sous la fatigue et la charge, tombant au sol. Les deux garçons firent volte-face et l'aidèrent à se relever, mais la créature était sur eux et leva une masse énorme en bois. Le dragon replia ses ailes, fondant sur sa proie, il les rouvrit à la dernière minute pour attraper le troll entre ses serres dans un craquement sinistre. L'inconnu jeta un coup d’œil aux voyageurs, Étranges habits en effet. C'étaient eux qu'ils cherchaient, il n'avait aucun doute à ce sujet. Le reptile s'éloigna cependant vers leur campement en emportant sa prise.
« Hé ! Où vas-tu comme ça ? »
« Tu le sais aussi bien que moi, l'heure n'est pas encore venue. » répliqua la voix grave de son compagnon dans l'esprit du cavalier.
Ce dernier soupira sans plus protester, mais il n'avait qu'une envie : retrouver les trois humains qui dégageaient une aura particulière. Surtout deux d'entre eux. Le dragon interrompit ses pensées en demandant ce qu'il devait faire du troll.
— Mange-le ?
Il s'empressa de réduire la créature en charpie entre ses crocs, puis tourna son museau vers le groupe, se léchant les babines. Reniflant leur odeur âcre, celle de la pollution.
Alissa se releva en grimaçant, la chute avait été rude et elle avait quelques égratignures aux genoux et aux mains. Ils n'en revenaient toujours pas d'avoir vu un dragon se saisir du troll, sans chercher à les dévorer eux au passage. Ils ne bougeaient plus, cherchant leur souffle.
— Toujours partante pour rester ici ?
Elle ne répondit pas à son frère, encore trop secouée. Puis éclata de rire, nerveuse. Elle adressa cependant un sourire à son frère.
— Plus que jamais !
Elle observa le paysage avec attention. Derrière eux, il y avait le bois qu'ils avaient quitté, mais il était déjà loin. Devant, se dressait une grande forêt au loin et, encore au-delà, de hautes montagnes, à demi cachées par la brume, et qui serpentaient vers la droite à perte de vue. Alissa se tourna vers les deux garçons.
— On essaye de gagner les bois avant la nuit ?
— J'aimerai autant pas, vu que c'est dans un bois qu'il a surgi devant nous… mais bon.
Ils se mirent en marche, suivant Alissa qui était déjà partie d'un bon pas malgré la fatigue de leur précédente course. Ils s'émerveillèrent pourtant de cette atmosphère plus « vivante », moins polluée, ça c'était sûr, mais plus vivifiante. Un paysage digne des plus grands films en haute définition. Pourtant qui était parfaitement réel. La montagne en granit gris dont les sommets semblaient pris par les neiges éternelles. Les oiseaux qui piaillaient en volant joyeusement dans l'azur du ciel. Un doux parfum de fleurs d'été. C'était grisant, au point qu'ils sentaient la fatigue s'envoler peu à peu.
Ils choisirent de s'arrêter lorsque leur ombre commença à s'allonger et leur ventre à gargouiller. Heureusement qu'Alissa avait eu la présence d'esprit de garder son sac, ils purent ainsi boire et manger tranquillement des sandwichs puisqu'ils n'avaient plus le réchaud et aucune envie de retourner le chercher. Ils ne parlèrent pas, songeant chacun de leur côté à ce qu'il pouvait arriver ensuite. Ce qu'ils devraient faire. Ce fut Ciril qui exposa le premier ce qu'ils éprouvaient tous en ce moment.
— Vous n'avez pas l'impression qu'on est seul au monde ?
Il s'interrompit, troublé et les deux autres hochèrent la tête, le laissant continuer.
— Je veux dire… non on s'en fiche. Je pense qu'il faut qu'on trouve quelqu'un pour comprendre où nous sommes au juste. C'est trop bizarre comme endroit.
— Je suis d'accord, peut-être qu'on nous dira comment rentrer, renchérit Dylan.
Alissa fit une moue, peu convaincue, mais n'ajouta rien, se contentant d'acquiescer. Ils se levèrent et rangèrent leurs affaires avant de repartir lentement, reprenant leur route vers le bois qu'ils apercevaient toujours au loin. Ils marchèrent tout l'après-midi et ce n'est que lorsque le soleil teinta les nuages d'ocre et de rouge qu'ils arrivèrent à l'orée de la forêt. Les arbres immenses semblaient presque menaçants. Ils choisirent donc de camper à proximité, dans la plaine, y entrant cependant pour aller chercher du bois pour faire un feu. Ils mirent une heure à en avoir un acceptable et s'installèrent autour pour grignoter quelques chips qui leur restaient. Ils devraient rapidement trouver quelqu'un, sinon ils finiraient par mourir de faim ou empoisonnés par de la nourriture « exotique », ignorant ce qui était comestible ou non. Par précaution, ils décidèrent d'un tour de garde. Alissa se porta volontaire pour le premier tour, se sentant trop agitée pour dormir pour le moment.
Les deux autres s'endormirent et elle se posta près du feu, mit une branche dans les flammes pour la chauffer et veilla soigneusement. Elle regardait tout autour d'elle, tendant l'oreille. Feuilles, craquements, courses dans les fourrés. Le moindre bruit la faisait sursauter et réagir. C'était donc facile de rester éveillée, ce qui ne l'empêcha pas de regarder les étoiles, si visibles et si différentes de celles de la Terre. Elle sourit joyeusement, puis, au tiers de la nuit, réveilla son frère aîné et s'endormit rapidement, plus épuisée que ce qu'elle ne pensait par les émotions de la journée.
Un cri la tira de son sommeil, la faisant sursauter par la même occasion et elle se redressa d'un bond… pour retrouver le plancher des vaches la tête la première, plaquée au sol par une main ferme, masculine et une lame sous la gorge qui la fit frémir. Les sons de lutte qu'elle avait entendus précédemment cessèrent, accompagnés de deux gémissements de douleur de la part de Dylan et Ciril.
— Cessez de combattre. Que faites-vous ici à la lisière de notre royaume ? Questionna une voix rude derrière elle.
L'adolescente essaya de remuer pour se retourner, mais la pression se fit plus forte sur sa gorge et elle se figea.
— Attendez, c'est pas pratique pour parler d'avoir une dague sous la gorge !
Elle sentit la lame reculer, puis qu'on l'empoignait à deux mains pour la redresser. Elle put alors apercevoir une troupe d'elfes qui faisaient de même avec les deux autres. Sur six elfes que comptait le groupe, tous avaient les cheveux blonds, sauf un qui la contourna pour passer devant elle, un stylet pointé sur le cœur.
— Pas une dague, un stylet… Vous ne vous y connaissez pas vraiment on dirait. Répondez maintenant, ordonna l'elfe qui la menaçait.
Les cheveux brun sombre et les yeux couleur noisette, il avait un regard dur et sévère. Il demandait des réponses et elle allait devoir lui en fournir rapidement au vu de sa mimique. Surtout que ses deux compagnons semblaient tétanisés et louchaient sur les lances, dagues ou poignards pointés sur eux.
— C'est un peu compliqué…
— Réponse trop simple, répliqua son interlocuteur en levant son arme.
— Attendez ! En fait on est des voyageurs, en quelque sorte, on vient d'assez loin. Et… on cherchait quelqu'un pour nous aider parce qu'on est totalement perdu.
L'elfe plissa les yeux, comme sondant le visage d'Alissa, puis rangea son stylet dans sa manche et fit un signe aux autres qui remirent au fourreau leurs armes.
— Vos yeux ne mentent point. Je vous crois. Excusez-nous de cette méprise, mais nous sommes en quelque sorte en guerre. Je me nomme Ehinäl Feuille d'argent, prince du royaume elfique qui s'étend par-delà ces arbres.
— Et… on peut vous demander de l'aide majesté ? Demanda poliment l'adolescente.
Les deux garçons protestèrent, mais elle les foudroya du regard durement. Ils finirent par se ranger de son point de vue après une courte réflexion. Les elfes étaient peut-être les seuls habitants des alentours. Le prince patienta le temps que les tensions se calment, puis se décida à répondre par l'affirmative.
— Nous sommes toujours enclins à aider les voyageurs dans le besoin, surtout lorsqu'ils semblent aussi perdus que vous.
Il leur fit signe de les suivre et les humains leur emboîtèrent le pas. Le prince les guida jusqu'à des chevaux et les aida à monter. Trois elfes prirent avec eux les jeunes gens, puis ils s'éloignèrent tranquillement au pas sous les frondaisons. Alissa observait tout autour d'elle avec de grands yeux curieux, tandis que les deux garçons se concertaient du regard avec inquiétude. L'adolescente était assise en selle devant un elfe qui chevauchait juste à côté du prince et elle le questionna longuement sur leurs coutumes.
— Non, il est vrai que nous avons des capacités sensorielles plus élevées, mais c'est faux de penser que nous sommes supérieurs aux humains concernant les capacités purement physiques. Nous vivons simplement plus longtemps, en cela nous avons plus de temps pour nous perfectionner et devenir plus forts, plus rapides, plus souples, mais nos capacités n'ont rien d'inhumaines.
— Je vois le genre. Quand arrivons-nous à votre cité ? Heu…
— Atëllyen., d'ici quelques heures.
Elle se tût un instant pour observer autour d'elle et, après un moment, reporta ses yeux sur la route lorsque les chevaux ralentirent. Assis sur un rocher, un vieil homme voûté et encapuchonné dans un manteau élimé releva légèrement la tête à leur approche. Il remua le bâton qui lui servait probablement de canne.
— Holà voyageur, que faites-vous sur la vieille route ? Elle est si peu utilisée.
— Votre seigneurie me pardonne, je comptais me rendre vers le port sans emprunter les chemins fréquentés. Je n'suis point en âge pour me pousser rapidement à l'approche de ces messieurs les cavaliers toujours pressés.
— Jusqu'au port ? Opalsa ? C'est une longue route éreintante, vous avez bien du courage. Et je vous comprends.
— N'auriez-vous point avec vous de délicieux pains de route comme seul votre admirable et paisible peuple sait en faire votre seigneurie elfe ?
Ehinäl sourit à l'homme à la voix chevrotante et approcha son cheval pour déposer dans la main du vieillard un petit sac. Alissa fronça légèrement les sourcils en voyant les gants portés par le voyageur et elle aperçut son menton sortir de l'ombre de la capuche. Elle se gratta la tête, perplexe et crut voir pétiller un regard qui la fixait sous les étoffes.
L'homme remercia chaleureusement l'elfe et la troupe s'éloigna lentement, non sans souhaiter bonne route au voyageur. L'humaine se retourna pour observer encore l'inconnu et le vit se lever avec une vivacité de jeune homme bien portant, il tourna son profil vers elle, repoussant un peu sa capuche pour être vu et esquissa nettement un sourire. Il posa son doigt sur sa bouche, lui faisant signe de se taire, puis tourna les talons sur le chemin. Alissa en resta bouche bée et quand son frère lui posa la question de pourquoi elle ressemblait à un poisson hors de l'eau, elle lui répondit :
— J'ai vu un drôle d'animal, c'est tout.
Il haussa les épaules et elle regarda à nouveau tout autour d'elle les hauts arbres, probablement millénaires, qui formaient une couronne brillante de feuilles baignées par le soleil. C'était féerique.
Bien plus loin, par-delà la forêt, le dragon d'or avait repris son envol avec son dragonnier, planant paisiblement vers une haute cité aux murs blancs pratiquement creusée dans la montagne. Il se posa dans une cavité creusée dans la roche au-dessus de la cité et l'elfe bondit au sol avant de se faufiler dans de longs boyaux obscurs éclairés par des torches. Il descendit plusieurs escaliers, se repérant aux aspérités de la roche qui indiquaient un chemin précis que seuls ceux qui le connaissaient pouvaient suivre. Il se retrouva devant une porte et l'ouvrit pour arriver dans une cour agrémentée d'une allée traversant une pelouse verte, se dirigeant vers un arbre qui laissait pendre ses branches vers une mare où se prélassaient quelques poissons. L'elfe emprunta l'allée pour s'arrêter finalement devant un banc de pierre sur lequel était assis un vieil homme qui trempait son bâton dans l'eau pour attirer les poissons.
— Ah ! Anël ! Je me disais bien avoir vu planer Iranë au-dessus de la cité.
— Cessez donc de m'appeler Anël, je me nomme Ainëlealin, certes c'est long, mais j'ai horreur que vous me nommiez comme mon ancienne femme, grogna l'elfe avec humeur.
— Défunte femme, rappela le vieillard, terminant d'agacer son interlocuteur.
— On se calme les deux gamins, Ainë tu sais bien qu'il te provoque non ? N'entre pas dans son jeu et ne te remets pas à ruminer à ce sujet.
L'elfe se tourna vers celui qui venait de parler, un jeune homme d'une trentaine d'année d'apparence, blond doré aux yeux couleur de miel. Il avait l'air joyeux et jovial, pourtant son regard était dur, presque sauvage, comme pour dissuader les deux autres de reprendre leur dispute. Il appuya d'ailleurs son regard à l'adresse du vieillard qui se leva avec une vivacité surprenante au vu de ses rides et son air fatigué par les années.
— Ton dragon est plus jeune, mais plus sage que nous. C'est déplorable de me faire rabrouer par un gamin sorti de l’œuf il y a cinquante ans ! Alors, qu’apportez-vous comme nouvelles ?
— Les orcs s'agitent, les trolls se mettent à courir en Arnëron et des adolescents humains apparaissent soudainement dans les bois.
— Pardon ? ! S'exclama le mage en ouvrant la bouche.
— Heu… dit l'elfe un peu perdu.
— Sombre idiot ! Tu ne t'es pas dit que ce pouvait être ceux dont parlait le prophète et qu’a annoncé aussi Andoriel il y a plusieurs milliers d'années ? !
— Bah… vu la situation, je n'y avais pas réellement pensé.
« Tu mens bien… ce n'était pas le moment pas vrai ? » questionna Iranë mentalement.
— Par tous les dieux mineurs, empêchez-moi de faire une bêtise… Et toi l'écailleux, tu n'y as pas non plus songé une seule seconde !
— Je ne fais pas attention aux sacs de viande, répliqua le dragon avec un sourire qui dissuadait de poursuivre la dispute.
— Où sont-ils partis ?
— Vers ma cité, auprès de mon peuple, répondit le dénommé Ainëlealin.
— Prince, vous êtes un imbécile… dans une semaine Morgana sera au bal donné en son honneur en vue de signer une alliance ou un traité de non-agression entre les deux peuples. Tâchez d'y être. Elle sautera sur l'occasion de les attraper entre ses griffes, surtout si elle les suspecte de posséder cet objet. Elle ne doit pas l'obtenir, essayez de la ramener avant l'arrivée de la reine.
— Qui dois-je ramener des trois ? Les sauver tous est impensable face à la reine.
— Celui qui a le plus grand potentiel évidemment. Je ne t'apprends rien en disant qu'il sera probablement le prochain roi du Kolingan et reprendra la lignée.
— Oui maître… et alors la prospérité reviendra, comme à votre époque, je suppose.
Le mage hocha la tête et l'elfe se massa les tempes légèrement. Il se serait volontiers reposé quelques heures et aurait préféré éviter de se cacher des siens tout autant que d'affronter Morgana. Mais Iranë avait raison, il l'avait fait volontairement en sachant parfaitement qu'il devrait y retourner, ainsi lui avait-on ordonné en son temps avant qu'il ne suive les directives du mage.
— Va réparer ton erreur andouille d'élève.
— Bien maître, répliqua Ainë en se retirant du jardin.
Le dragon suivit l'elfe, un sourire retroussant légèrement ses lèvres.
— Pourquoi ris-tu toi ?
— Oh… pour rien. Ou plutôt si, tu sais déjà qui nous allons ramener et cela te rend impatient.
— Impatient et inquiet…
— Elle est pas mal, c'est vrai.
— Mais elle ressemble à la reine. Je crains d'affronter cette dernière, elle a le pouvoir le plus élevé de tout le contient et je ne suis pas de taille. De plus je crains que la petite ne devienne comme la reine.
Le reptile observa un instant l'elfe, tandis qu'ils remontaient vers les cavernes. Il plissa légèrement les yeux en cherchant comment rassurer son ami.
— Un troll aussi à une force supérieure à la tienne, pourtant tu peux en tuer un. La puissance ne fait pas tout Ainë, savoir l'utiliser avec finesse est souvent plus utile. Un archer peut tuer un dragon en plein vol s'il sait bien viser, pourtant c'est le dragon qui a l'arme la plus dangereuse.
— Je sais, le prophète le répète toujours : finesse et précision…
— Triomphent de force et brutalité.
— Il peut parler, lui, vu ses capacités au combat.
— Disons qu'avoir les quatre, ça peut toujours être utile, mais tu sais comme moi Ainë, que moins on montre son pouvoir…
— Et plus on le maîtrise.
— Arrête de lire dans ma tête !
Ils rirent en arrivant à la caverne ouverte vers l'extérieur et le dragon reprit sa forme animale avant de s'envoler en emportant l'elfe sur son dos.
« Archal, mon cher ami, mon meilleur apprenti, je dissous ce conseil-ci, il est corrompu. Trouve des personnes dignes de ce nom, capable de représenter la sagesse. Qu’ils soient jeunes ou vieux peu importe, mais ne porte pas jugement hâtif, les gens âgés sont parfois très immatures. Il suffit de voir les elfes de feu. N’oublie pas la règle obligatoire : un représentant de chaque élément, un sage et un combattant, un membre de chaque peuple, pour la neutralité. »
Andoriel, avant dernier chef du conseil (période : 11èmegénération des seigneurs du Kolingan)
Lorsque l'on se retrouve parachuté dans un monde dont on ignore tout, deux attitudes ressortent : l'extase la plus totale ou la peur terrifiante de l'inconnu. Alissa avait choisi la première option, les deux autres abordaient la chose avec plus de méfiance et de craintes. Dommage pour eux, puisqu'ils rataient ainsi toute la beauté du lieu qu'ils venaient d'atteindre.
Après plusieurs heures de chevauchée, alors que le soleil se couchait, ils arrivèrent en vue d'une éclaircie entre les arbres. Là s'ouvrait à eux une vallée habitée et moins boisée. Des maisons aux fenêtres et aux portes en forme d'arches, sans vitre ou battant hormis pour les pièces à vivre et qui en hiver étaient sans aucun doutes chauffées, comme les chambres à coucher ou les salles d'eau. Salons et salles à manger étaient pour la grande majorité sur des terrasses, donnant au tout un aspect chaleureux.
Le plus attirant de visu était une cascade qui tombait depuis les hauteurs de la montagne derrière la cité pour finir dans un immense lac à côté de la ville elfique. Alissa en était restée bouche bée, scotchée par la majesté du lieu baigné d'or grâce au soleil couchant. Ehinäl leur avait ensuite présenté sa sœur qui, habillée à la mode masculine, semblait revenir d'une expédition en montagne. Elle prit en charge l'humaine, tandis que les deux garçons suivaient le prince. Ceci s'était passé il y a quelques heures à peine et, à présent, Alissa se prélassait dans un bain chaud, juste comme il fallait, aux senteurs délicieuses de pétales de fleurs qui flottaient à la surface de l'eau. Si elle avait su le faire, elle en aurait ronronné de bien-être.
— Niëllan ?
— Oui ?
— J'espère que ça ne vous dérange pas de m'héberger.
— Bien sûr que non ! C'est même un plaisir en réalité. Il paraît que vous êtes aussi impétueuse et curieuse que moi, d'après ce qu'a laissé entendre votre frère pendant la courte conversation que j'ai eue avec lui avant de faire ta connaissance.
— Oui, il paraît, pourquoi ?
— Parce que, si vous le souhaitez, demain je vous montrerai les environs !
— Ça me ferait vraiment plaisir, ce lieu a l'air magnifique.
Alissa entendit l'elfe rire derrière la porte et cru deviner que celle-ci s'éloignait d'un pas léger. Au moins ce n'était pas un mythe de dire qu'ils savaient se déplacer discrètement. Elle repensa un instant à ceux qu'elle avait vus. Niëllan avait les cheveux sombres cascadant dans son dos, comme son frère, mais avec de magnifiques yeux gris. Si elle était la princesse, seul son langage en témoignait. Elle était plus rude et directe, comme une personne qu'il ne vaut mieux pas ennuyer.
La plupart des elfes qu'Alissa avait aperçus ensuite étaient blonds comme les chasseurs d'Ehinäl. Parfois plutôt blond foncé jusqu'au châtain, mais aucun n'avait les cheveux aussi sombres que le prince et la princesse. Elle avait également aperçu le roi au loin et il leur avait adressé un courtois signe de la main, vaquant trop à ses occupations pour venir les saluer pour le moment. Cheveux sombres lui aussi, tendant vers le noir et les yeux bleus. Elle lui avait rendu son salut avec un sourire timide, puis avait suivi Niëllan jusqu'à la maison où elle se baignait à présent depuis un moment.
Elle finit par se décider à sortir et enroula une serviette autour de sa taille, puis observa encore la salle de bain. En marbre blanc, avec une baignoire pouvant accueillir trois personnes, l'eau lui arrivait aux reins lorsqu'elle se tenait debout. Elle entendit frapper et rougit.
— Oui ?
— Je vous apporte des vêtements à votre taille.
L'humaine ouvrit à Niëllan qui lui tendit en souriant une robe en satin, du moins cela y ressemblait, gris argenté. Elle remercia l'elfe qui entra tout de même dans la pièce.
— Je vais vous aider.
— Hein ? ! Quoi ?
La princesse éclata d'un rire clair et joyeux, avant de fermer la porte.
— Ne soyez pas si pudique, je ne porte de jugement sur aucun défaut. Ce serait bien mal avisé de ma part, mais si vous le souhaitez je vous laisse enfiler le corsage et la robe, puis je vous aide à les refermer.
— Corsage ?
Alissa vérifia la robe et découvrit dans un repli, un tissu doublé de cuir à lacets et ouvrit la bouche, les yeux pétillants.
— J'ai toujours voulu essayer ça ! Ça me va comme arrangement.
L'elfe n'attendit pas qu'elle poursuive et se retourna vers la fenêtre, la laissant enfiler les vêtements. Elle s'approcha alors pour aider la jeune humaine à s'habiller et se coiffer, puis elles se rendirent toutes deux dans la salle commune où certains mangeaient déjà. Un elfe leur fit signe en souriant.
— Princesse ! Vous avez changé notre invité en reine, complimenta l'inconnu.
Le groupe autour de lui acquiesça joyeusement et Alissa rougit, puis suivit la princesse pour s'asseoir à côté d'elle. L'humaine observa un instant les plats avec curiosité, avant de remarquer les deux garçons qui semblaient bien raides et méfiants.
— C'est quoi ces trucs…
— Nous avons du lapin, du cerf, de la biche, du canard, du sanglier, des fruits des bois comme les fraises, les cassis, les framboises, d'autres moins connus, des racines de chez nous et, ah oui, j'ai oublié la viande d'orion.
— C'est quoi de l'orion ? Demanda Alissa à Ehinäl qui venait de faire la liste pour Ciril en s'asseyant en face de sa sœur.
— Une sorte de cochon sauvage ressemblant un peu au sanglier, mais en plus doux.
L'adolescente se servit des légumes et racines qu'elle ne connaissait pas, un peu intriguée, puis de la viande, avant de suspendre son geste, perplexe.
— Vous m'aviez dit que vous ne mangiez pas de viande.
— Nous avons souvent des invités, par exemple le groupe d'humains à la table de gauche, ils mangent énormément, ou encore les voyageurs au fond.
Alissa hocha la tête, avant d'observer le premier groupe. Grands, ils portaient tous une armure blanche et un tabar gris, probablement pour éviter de s'éblouir bêtement. Sur leur écus, pavois ou autres boucliers, elle pouvait voir comme armoirie un dragon rouge dessus. Elle se demanda qui ils étaient et ouvrit la bouche pour poser la question, mais le prince la devança en souriant.
— Ce sont les gardes de la reine Morgana, ils veillent à la sécurité en attendant le bal, ainsi qu'à son organisation.
— Je vois.
Elle reporta son attention sur son assiette à peine entamée et sourit avant de la terminer en se régalant de la préparation. Elle ne pouvait cependant s'empêcher de garder un œil sur les gardes, il en alla de même chaque fois qu'elle les croisa dans la soirée et les jours qui suivirent.
Fort heureusement, elle fut assez occupée par Niëllan qui lui fit découvrir les environs. Toujours épuisée en rentrant, mais avec un sourire béat sur le visage. Le paysage était magnifique et elle se sentait revivre chaque fois un peu plus. Entre montagnes escarpées, vallées perdues boisées, cascades et sommets rocheux. Elle avait vite pris goût à cette vie et s'était vue offrir des tuniques bien pratiques en tissu souple inconnu, semblable au satin, mais aussi léger que du coton et chaud que la laine. Une merveille. Elle tombait chaque fois plus amoureuse de ce monde et même son frère et Dylan commençaient à s'ouvrir aux elfes. Ils auraient pu finir par trouver leur place ici finalement.
Le jour du bal vint plutôt vite, Alissa s'étant occupée à parcourir les bois accompagnée de l'elfe et elle n'avait pas vu le temps passer. Niëllan avait aidé l'humaine à s'habiller, lui faisant mettre la robe offerte à son arrivée, elle l'avait aussi coiffée, choisissant de lui laisser les cheveux lâchés pour la majorité, sauf deux tresses sur le côté qui rejoignaient l'arrière de sa tête. Elles discutèrent pendant la toilette de l'humaine, qui avoua envier l'elfe pour sa crinière sombre et brillante. L'intéressée s'amusa et la rassura en lui assurant que cela viendrait.
— Un jour tu te verras comme tu es, et là tu te sentiras vraiment mieux.
— Et je suis comment ?
— Une jeune humaine resplendissante et pleine de vie !
— Mais bien sûr.
— Je ne plaisante pas, tu es brillante. Tu éblouis même, mais que tu ne t'en rendes pas compte voile le résultat. Et puis la perfection n'existe pas, même chez nous appelés par les humains le beau peuple.
— Arrête, vous êtes bien plus beaux que les humains.
— C'est juste que nous n'avons pas les dégâts du temps. Il y a des peuples que tu trouverais bien plus séduisant que nous crois-moi.
— Comme ?
— Les elfes de feu, mais ils sont rares. Les chimères, les dragons… je te souhaite de les rencontrer, ils sont prodigieux et pas forcément par leur beauté physique, mais aussi mentale. Des sages en somme. Qui ont une aura magnifique.
Elle sourit et Alissa se leva pour aller à la terrasse où se déroulerait le bal, surplombée d'une coupole en pierre, retenue par des colonnes blanc crème avec un sol pavé et toujours pas de portes ou de fenêtres. La jeune femme sourit, rêvassant un peu à ce que lui avait dit l'elfe, tout en observant les invités qui semblaient impatients. Les murmures cessèrent lorsqu'une femme monta les trois marches menant à ce qu'était cette sorte de salle des fêtes. Une humaine aux cheveux bruns ondulés qui cascadaient sur ses épaules jusque dans le dos, comme Alissa, mais brillants et ondulant à chaque pas comme des vagues. Elle avait les yeux vert sombre qui sondaient la foule et croisèrent un instant ceux de l'adolescente.
Elle était entourée par deux gardes en armure blanche, mais tous n'avaient d'yeux que pour la femme au port altier et royal, à la robe rouge brodée d'or. La femme s'installa dans un fauteuil et l'adolescente devina qu'elle devait être la reine Morgana. Alissa se figea en voyant un garde s'approcher pour lui demander de la suivre. Elle obéit, un peu inquiète et Niëllan l'encouragea d'un regard. Le chevalier la mena devant la reine.
— Bonjour jeune fille. Il est rare de voir une humaine parmi les elfes, que faites-vous donc ici ?
— Heu… nous voyagions avec mon frère et un ami. Nous nous sommes arrêtés ici en apprenant qu'il y aurait un bal en votre honneur majesté.
La reine s'avança sur son fauteuil, ses cheveux suivant le mouvement avec élégance. Elle semblait réfléchir, l'air joviale et douce. Probablement profondément gentille, songea Alissa, même si quelque chose la dérangeait dans l'attitude de la reine. Une sorte d'insistance curieuse qu'elle possédait et un éclat dans son regard qui la perturbait. La jeune femme n'était pas sûre de savoir exactement.
— Vous n'êtes pas des environs, ai-je tort ?
— Non majesté, vous avez raison.
— Dans ce cas, je me dois de vous avertir. Ces territoires ne sont pas sûrs, une guerre gronde et menace. Un homme redoutable a mis la main sur le prince Ainëlealin, frère aîné d'Ehinäl et Niëllan. Prenez garde à vous jeune demoiselle.
Alissa hocha la tête sans savoir que dire, puis se retira une fois certaine que la reine avait fini de parler et rejoignit les autres qui venaient d'arriver. Puisqu'ils semblaient discuter, ils ne demandèrent pas ce qu'avait voulu la reine, sauf la princesse qui lui adressa un regard intrigué. Elle fit non de la tête, signifiant qu'elle lui expliquerait plus tard, puis se mit à observer les invités en réfléchissant.
