Le grimoire double monde - tome 2 - Élodie Aoustin - E-Book

Le grimoire double monde - tome 2 E-Book

Elodie Aoustin

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Beschreibung

Dragons, loups-garous, vampires et elfes, Alissa a quitté le monde magique et fascinant atteint grâce au grimoire double monde, mais le retour à la réalité ne se passe pas comme prévu...

Elle aurait préféré ne jamais se réveiller de son rêve, après tout, voyager aussi longtemps dans un tel lieu, empli de magie et de créatures aussi formidables et mythiques que les dragons, les loups-garous, les vampires et les elfes, avec sa part d'ombre certes, mais où elle se sentait chez elle… Revenir au monde réel, sortir du rêve, c'était revenir à un monde gris, terne et insipide, celui qu'elle veut fuir et qu'elle fuit chaque fois qu'elle lit. Mais quelque chose ne va pas, certes la rentrée est normale, certes la fac n'a rien de particulier, mais quelque chose a changé et elle peine à mettre le doigt dessus. Sa musculature nouvellement acquise, l'absence de souvenir de l'été, la conscience diffuse des personnes autour d'elle et cette crispation chaque fois qu'elle croise son ami d'enfance. La conclusion devient évidente lorsqu'un jour, pendant les vacances de Noël, elle entend les gros titres du journal : des loups plus grands que la normale ont attaqué un hôpital.
C'est une certitude, l'Auros existe et va envahir la Terre. Reste alors à savoir plusieurs choses : qui leur a permis de passer, pourquoi attaquent-ils alors qu'ils n'ont aucune raison de le faire et, enfin, lorsqu'il devient évident qu'ils ne sont là que pour dominer… comment s'organiser pour ne pas être submergé ?

L'Auros va bel et bien envahir la Terre, les loups-garous sont déjà là... Découvrez la suite des aventures d'Alissa dans ce roman fantastique à la hauteur des classiques du genre !

EXTRAIT

Dans son armoire se trouvait un pantalon en lin épais, une ceinture rouge entrelacée de noir et une chemise noire large sur laquelle était brodé un dragon bleu argenté protégeant le cœur de la jeune fille, le tissu était doublé à cet endroit et les manches étaient ornées d’un lierre fait d'argent et de rouge, tout comme sur le col. Une cape verte mêlée de gris, plutôt étrange puisqu’elle changeait de couleur très légèrement selon les luminosités était soigneusement pliée et rangée dans le meuble.
L’homme dans la pièce sourit tristement, son regard bleu posé sur l’adolescente endormie. D’un air désolé, il déplaça les vêtements inhabituels sous une autre pile, puis cacha les deux bijoux entre les plis de la cape. Il cacha également la sacoche et mit un sac noir à sa place sur la chaise. Il referma l’armoire et reporta son regard sur celle qui dormait. Elle allait bientôt se réveiller. Elle aussi avait changé, plus musclée, moins ronde, sa carrure était plus athlétique et elle avait récolté quelques cicatrices. Bientôt sa vie habituelle recommencerait. Une vie qu’elle avait plusieurs fois dit ne pas vouloir. Il tourna les talons et disparut sans laisser de traces, non sans faire un vœu en son cœur, qu’elle se souvienne bientôt.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Élodie Aoustin - L'histoire du Grimoire double monde a débuté lorsque j'avais 17 ans et s'est concrétisée à mes 25 ans. Tombée amoureuse de cet univers né sous ma plume à mesure que les idées venaient et s'agençaient doucement, j'ai pu grâce à ces livres réaliser une chose impossible : voyager vers un autre monde empli de magie. J'ai rendu possible l'impossible par des mots. Je vous invite donc à suivre Alissa à travers cette aventure faisant suite au premier tome du Grimoire double monde, pour cela, il vous suffit de vous réveiller avec elle de ce long rêve fabuleux pour découvrir une autre facette de cet univers.

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Seitenzahl: 611

Veröffentlichungsjahr: 2019

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Le grimoire double monde

TOME II

Lorsque le monde bascule

ELODIE AOUSTIN

Un an équivaut à deux mois et deux mondes se frôlent. L'irréel devient réel et l'homme devient moins humain qu'il ne le croyait, le monde bascule alors dans la folie.

Voici le danger qui vous guette dans l'ombre.

L’histoire de l’Auros et de la Terre serait-elle partagée depuis la nuit des temps ? S’il y a des parallèles, serait-il possible que l’un influe sur l’autre ? Prenez garde, le monde risque de basculer, car aujourd’hui les choses ont changé.

Prenez votre courage à deux mains ou périssez dans la guerre, saisissez-vous des armes que vous avez,

ou la terre sera déchirée.

Un conseil pour la survie de l’humanité :

Ne croyez pas que ceux plus jeunes que vous en savent moins.

 Peut-être votre vie ne tiendra-t-elle qu’à l’action d’un adolescent. Fiez-vous à plus petit que vous, il voit les choses différemment et, qui sait, cela pourrait vous sauver.

Prologue

Le grimoire double monde, un grand mystère sur Terre. Doté d’une volonté réelle ou alors attaché à une entité inconnue ? Il n’était pas maléfique contrairement aux rumeurs, ceux pouvant lire son véritable contenu recevaient à travers lui une grande aide. Et cette aide était plus efficace encore lorsque l’on, cela peut paraître étrange, gagnait le respect du livre. L’adolescente de dix-huit ans actuellement en sa possession avait terminé ses années de lycée et devait entrer en faculté. Depuis son baccalauréat elle possédait le livre et avait rêvé d’un autre monde sans savoir pourquoi, ni comment. Un rêve qui avait duré une année « là-bas ». Elle ne se souvenait du rêve, mais pas de ce qu’elle avait fait cet été.

Sa chambre n’avait pas beaucoup changé. Une sacoche en daim, doublée de cuir, avait remplacé un vieux sac à dos noir à tirette. Une bague faite d’un entrelacs de métal et un collier en forme de fleur étaient posés sur son bureau. Dans son armoire se trouvait un pantalon en lin épais, une ceinture rouge entrelacée de noir et une chemise noire large sur laquelle était brodé un dragon bleu argenté protégeant le cœur de la jeune fille, le tissu était doublé à cet endroit et les manches étaient ornées d’un lierre fait d'argent et de rouge, tout comme sur le col. Une cape verte mêlée de gris, plutôt étrange puisqu’elle changeait de couleur très légèrement selon les luminosités était soigneusement pliée et rangée dans le meuble.

L’homme dans la pièce sourit tristement, son regard bleu posé sur l’adolescente endormie. D’un air désolé, il déplaça les vêtements inhabituels sous une autre pile, puis cacha les deux bijoux entre les plis de la cape. Il cacha également la sacoche et mit un sac noir à sa place sur la chaise. Il referma l’armoire et reporta son regard sur celle qui dormait. Elle allait bientôt se réveiller. Elle aussi avait changé, plus musclée, moins ronde, sa carrure était plus athlétique et elle avait récolté quelques cicatrices. Bientôt sa vie habituelle recommencerait. Une vie qu’elle avait plusieurs fois dit ne pas vouloir. Il tourna les talons et disparut sans laisser de traces, non sans faire un vœu en son cœur, qu’elle se souvienne bientôt.

Chapitre 1

« C’est compliqué de faire la différence entre un rêve ou la réalité, surtout quand l’un semble réel et l’autre irréel »

Alissa, dans ses propres pensées.

Il était devant elle, l’elfe aux cheveux brun foncé et aux yeux gris, son regard était triste, elle le savait à force de le côtoyer, elle aussi était profondément affectée. Elle ne voulait pas le laisser, pas plus qu’elle ne voulait partir.

« Ne m'oublie pas, s'il te plaît Alissa. Jamais. Prends mon cadeau avant qu'il ne soit trop tard, j'aurai ainsi le sentiment d'être près de toi d'une certaine façon, dit-il.

Elle le regardait, pour que son image reste gravée dans sa mémoire. Elle tendit la main et il s’en saisit, mais elle ne sentait déjà plus son contact. Elle ne pouvait rester avec lui. Elle allait s’élancer vers lui, mais un son vint perturber son rêve. Le pire qu’elle pouvait entendre dans ce monde moderne. Le réveil matin qui bipait.

Elle ouvrit à demi les yeux en maugréant et chercha la machine infernale de la main pour l’éteindre. Un jour elle apprendrait à ce machin à voler par la fenêtre ou à nager dans les toilettes, au choix. Elle réussit enfin à éteindre le « bip ! bip ! » infernal, puis s’étira. Elle essuya une larme de fatigue perlant à ses yeux, puis alluma la lampe de chevet, tirant la couette sur sa tête en se recouchant. Elle ne voulait pas se lever. Fichu réveil. Elle voulait se rendormir et retourner à son rêve.

Tant pis, elle n’y arrivait pas. Elle sortit du lit en regardant autour d’elle machinalement en faisant son lit. Des vêtements traînaient au sol, la pièce était un peu en chantier, mais était plutôt organisée, à sa façon. Alissa ouvrit les volets, puis regarda le sac sur sa chaise. Noir à tirette, flambant neuf et qui contenait un classeur vide, une trousse et des feuilles. Pourquoi y avait-il un sac de cours sur la chaise ? Ah, oui. Elle se souvenait. Aujourd’hui était sa première journée à la faculté. La soi-disant réunion d’information comme ils l’appelaient.

Elle soupira lourdement et se pencha pour ramasser ses affaires et les placer sur le lit vide, puis elle ouvrit son armoire pour en sortir des vêtements propres et se plaça devant son miroir en retirant sa chemise de nuit. Elle ne se reconnut pas. Fine, musclée, elle dévisagea un instant son propre reflet. La dernière fois qu’elle s’était regardée dans une glace, en dehors de son rêve, elle se trouvait plutôt ronde, moins sculptée et ses cheveux étaient en bien moins grande forme. Ils étaient toujours en bataille, mais avaient un meilleur aspect. Ses yeux brun vert pétillaient de vie, animés par une nouvelle flamme. Elle se regarda encore, voyant bouger sous sa peau des muscles qu’elle ne soupçonnait même pas. Le genre de musculature qu’il est impossible d’atteindre en deux mois à faire des exercices, à moins qu’ils soient intensifs et quotidiens et elle était bien trop fainéante pour ça. Du moins, avant, maintenant elle songea que ça ne la dérangerait plus de faire du sport si c’était pour garder un physique pareil. Elle sourit à son reflet, se trouvant séduisante.

Découvrir le pourquoi du comment était cependant trop demander à son esprit encore embrumé. Elle haussa les épaules et s’habilla d’un jean et T-shirt qui épousaient ses formes. Elle ne remarqua pas la cicatrice dans son dos, ni celle à sa hanche et descendit dans la salle à manger où l’attendait son frère aîné. Ce dernier leva les yeux de son bol de café, la voyant passer pour prendre un bol, puis repartir en sens inverse chercher un paquet de céréales avant de s’asseoir.

— Tu t’es coiffée avec un pétard Alissa ?

— Très drôle, je ne suis pas d’humeur Ciril, fiche-moi la paix, grogna l’intéressée.

— D’accord, je te laisse. Au fait, maman et papa rentrent la semaine prochaine et restent jusqu’au nouvel an.

— Vrai ?! Cool !

Elle sourit joyeusement. Ils revenaient enfin. Ils étaient rarement présents et ne venaient que pour les fêtes ou pour son anniversaire. Mais cette fois faisait exception. Ils n’étaient pas venus. Elle cessa là sa réflexion, préférant ne pas réfléchir à ce qu’il s’était passé cet été, elle se leva une fois son repas fini et remonta chercher son sac, s’attacha les cheveux en queue de cheval, puis redescendit et salua son frère d’un signe de la main. Les cheveux bruns comme sa sœur, mais les yeux plus verts qu’elle, il répondit à son geste pour lui souhaiter une bonne journée. Elle sortit pour aller à l’arrêt de bus. Nouvelle vie. Elle avait déjà oublié son rêve de ce matin.

Une fois arrivée, elle chercha où aller et finit par trouver l’amphithéâtre où les élèves de première année de licence de chimie-biologie et SVT devaient se rendre pour leur réunion d’information. Elle préféra rester à l’écart de la foule d’élèves, attendant que la salle soit ouverte, elle se ravisa soudain et prit la fuite dans la masse pour se cacher lorsqu’elle vit son ami d’enfance : Dylan. Il était assez envahissant, des cheveux noirs et des yeux gris irisés de bleu. Il avait l’air de chercher quelqu’un et elle s’évertua à l’éviter du mieux qu’elle pouvait, se souvenant brusquement de bribes de son rêve. Ses cheveux s’étaient hérissés sur sa nuque à la vue du garçon et elle n’avait aucune envie de rester près de lui.

Elle vit le professeur traverser l’allée, une pile de documents en main et ouvrit la porte de l’amphithéâtre, les faisant tous entrer à sa suite. Ils prirent place dans une pièce pouvant contenir plus de deux cents personnes qui ressemblait à n’importe quelle salle du genre avec quatre entrées et des allées séparant l’amphithéâtre en trois, deux zones latérales et une centrale. Alissa resta quelques secondes sur le seuil, en bas, pour observer autour d’elle et se rendit bien vite compte de son erreur. Elle ne pouvait plus prétexter ne pas avoir remarqué Dylan assit à côté de Morgane, une amie de lycée, qui l’avaient également vue et faisait des signes de la main.

Elle aurait pu les snober, mais aurait certainement dû se lancer dans des explications vagues et gênantes qu’elle voulait éviter à tout prix. Elle se mordit la langue, frustrée, puis les rejoignit, résignée. Ils étaient proche de la sortie, ou de l’entrée et elle n’eut que deux marches à monter pour s’asseoir à côté d’eux. L’adolescent lui sourit joyeusement, ses cheveux lui tombaient en partie devant les yeux, quant à Morgane, elle sourit en guise de salutation, penchant la tête sur le côté, ses cheveux roux suivirent son mouvement et ses paupières se plissèrent légèrement avec un air jovial, ses yeux verts posés sur Alissa. Cette dernière sentit ses poils se hérisser sur sa nuque sans raison apparente, sans compter cette impression de malaise et le sentiment perturbant qu’elle percevait la présence de chaque élève confusément.

— Alors ? Passé de bonnes vacances Alissa ? Demanda Dylan en la tirant de ses pensées.

— Oui, plutôt bonnes.

Elle préférait ne pas s’étendre sur le sujet et s’assit en posant son sac sous un strapontin à côté d’elle. Elle sourit poliment, mais manifesta informellement son envie de ne pas poursuivre la discussion. Ils furent d’ailleurs interrompus par une voix inconnue. Un jeune homme, peut-être plus âgé qu’eux, avec les yeux bruns, tout comme ses cheveux, au regard étrangement profond et familier qui appartenait à un vieux mage de son rêve venait de leur adresser la parole :

— Excusez-moi, je peux m’asseoir à côté de vous ?

— Oui, bien sûr !

Elle s’empressa de pousser ses affaires et faire glisser son sac sous sa chaise, puis se tourna vers le bureau où l’enseignant prenait place et attendait le silence. En élève studieuse, pour une fois, elle prit des notes sur ce qu’elle devait savoir sur l’université où elle allait à présent suivre ses cours.

Une fois la réunion terminée, ils quittèrent les lieux et Morgane s’approcha de son amie pour lui proposer de rentrer avec elle. Ne voyant pas de raisons de refuser, ni comment le lui faire savoir sans avoir droit à des questions délicates, elle accepta et elles se mirent en route pour leur arrêt de bus. Plus tard, lorsqu’elle descendit pour prendre sa correspondance, souhaitant une bonne journée à Morgane, elle eut soudain envie de finir le chemin à pied. Elle voulait sentir l’air sur son visage, le vent souffler dans ses cheveux. Deux sensations dont elle était étrangement nostalgique sans comprendre pourquoi. Elle en profita le temps que dura le chemin jusque chez elle, puis elle déposa ses affaires dans sa chambre avant de s’affaler sur le lit et fermer les yeux. Elle avait besoin de réfléchir. Si tout n’avait été qu’un rêve, alors elle préférait que le rêve soit la réalité et la réalité le rêve. Elle ne savait plus ce qui était vrai ou non. Le rêve s’estompait, la réalité paraissait terne. Tout avait été si réel, si clair… comme elle aurait adoré y être allée véritablement. La somnolence la saisit lentement pendant ses rêveries et elle s’endormit.

Il se massa les tempes, il allait déjà devoir repartir après avoir mis de l’ordre dans les différents parchemins. Il se serait volontiers posé plus d’une journée, mais non, c’était impossible, il était tenu par des délais précis et avait à faire de nombreuses choses avant. Il allait d’abord devoir le trouver et lui parler, à coup sûr il s’ennuyait et allait être ailleurs que là où il devrait. L’homme marmonna vaguement, il entendit un ronflement sonore lui répondre et se retint de rire avant de se lever de la longue table de réunion pour aller secouer la petite femme trapue qui dormait sur un banc couvert d’un épais coussin rouge.

— Tania, debout.

— Huuuum… t’es chiant vieux… laisse-moi dormir.

— Tu as encore trop bu et essayé de faire un concours avec un des gardes… Tu n’as pas une chambre comme nous tous ?

— J’m’en fous… Puis c’est loin les chambres avec mes petites pattes. Tu veux quoi pour m’embêter dans ma gueule de bois ? Tu sais que je déteste ça.

Il savait, oui, qu’elle était grincheuse au réveil, lorsqu’elle avait une gueule de bois ou lorsqu’elle était vexée. A vrai dire elle était souvent de mauvaise humeur en apparence, mais il savait que ce n’était pas vrai, juste une façade, depuis le temps il la connaissait bien. Il sourit à l’œil marron ouvert de la femme aux cheveux bruns qui attendait sa réponse.

— Tu sais où est le nouveau gardien ?

— Non, tu sais comment il est… Tu vas encore aller faire le toutou de la gamine ? Je ne vois vraiment pas ce qu’il y a de plaisant à ça.

Il se redressa en se passant une main dans ses cheveux bruns, avant de la glisser dans sa manche, faisant de même de l’autre côté, un air neutre affiché sur le visage. La petite femme le fixait à présent, bien réveillée et il vit dans ses yeux qu’elle regrettait déjà et il lui sourit amicalement, faisant briller ses yeux bleus.

— Crois-moi ce n’est pas de gaîté de cœur, mais parce que c’est au centre de la tempête que l’on peut la manipuler. Raison pour laquelle un magicien de vent n’est jamais que le centre de sa tornade ou en est loin.

— Je sais, je sais et j’aime pas la magie, va chercher ce guignol et laisse-moi cuver !

Il lâcha un gloussement devant la réaction de Tania, puis s’éloigna vers la porte qu’il ouvrit pour sortir et sursauta presque jusqu’au plafond tant il fut surpris de se retrouver en face d’un jeune homme brun aux yeux couverts d’un bandeau noir. Vêtu entièrement de cuir sombre ce dernier afficha un large sourire, visiblement ravi de sa plaisanterie. Le magicien se reprit très vite, prêt à rabrouer l’arrivant, mais se ravisa.

— Je te cherchais, mais je suppose que tu le sais, sinon pourquoi serais-tu ici. Mais qu’importe, Alex, j’ignore si tu réussiras à faire ce que je vais te demander, mais je t’ai déjà parlé de l’autre monde et celle qui pourrait être la reine du Kolingan. Je souhaiterais, prochainement, la placer sous notre protection, mais il faut encore que je voie avec les autres sages. En attendant elle risque de vivre des moments assez difficiles et je sais que tu t’ennuies ferme, donc tu seras ravi d’apprendre que tu as l’autorisation d’intervenir indirectement dans cette affaire.

L’ombre d’un sourire plus large se profilait sur le visage du jeune homme et le mage anticipa en levant un index pour énoncer les conditions. Il savait qu’il devait être précis, sinon certaines choses pourraient tourner au désastre.

— Interdiction d’intervenir directement concernant Morgana, j’ai mes raisons de souhaiter qu’elle vive, comme j’ai mes raisons de m’engager sur des chemins qui ne plaisent ni à toi, ni à moi, ni à quiconque. Après, pour aider celle qui nous intéresse, tu as carte blanche, si tant est que tu réussisses à la localiser.

— Vous avez des indices pour m’y aider ?

Le mage mit les mains dans ses manches à nouveau, la mine songeuse. Il n’avait pas vraiment cherché à entrer en contact avec elle, mais à ce qu’il avait senti, cela devrait suffire à l’aider.

— J’ignore si ça t’aidera, elle dégage une présence très lumineuse, même lorsqu’elle est inquiète elle garde une sorte d’éclat peu commun.

— Ça c’est parce qu’elle a des idées lumineuses !

— Ton humour est déplorable, répondit l’homme à son interlocuteur sans réussir à faire disparaître un sourire amusé de son visage. N’oublie pas les consignes Alex, bon courage.

Il s’éloigna et le jeune homme lui emboîta le pas jusqu’à la sortie de la cité, le mage lui souhaita une nouvelle fois bonne chance, avant de poursuivre son chemin.

Un homme entra dans un immeuble typique des grandes entreprises et grands bureaux, vêtu d’un costume de rigueur, mais avec un visage et une attitude plus décontractée, comme s’il était ici chez lui et c’était le cas. Mais il se comportait ainsi partout, semblant à l'aise où qu'il se trouve. Costard, cravate, blazer composaient sa tenue, des cheveux brun clair tirant sur le blond foncé et attaché en catogan, les yeux océan à vous percer le cœur et l’âme, il entra et salua la femme à l’accueil qui le fixait avec de grands yeux, puis il emprunta l’ascenseur en se retenant de rire. C’est vrai qu’il ne venait pas souvent, c’était compréhensible que l’employée soit surprise.

Arrivé au dernier étage il alla au fond du couloir aux murs plaqués de bois somptueux et couverts par endroit de fines dorures, sans parler des vases et tableaux de prix. Il entra dans le bureau aux meubles en chêne massif, ignora royalement la moquette bleu gris qui ornait le sol et était méticuleusement entretenue, ainsi que les divers bibelots décoratifs et hors de prix de la pièce. Il y avait une seule chose amusante ici, le fauteuil. Il prit place et fit un tour avec, comme un enfant. Il trouvait ce monde moderne plutôt terne à côté des personnalités hautes et en couleur qu’il pouvait côtoyer ailleurs. Il rit discrètement après son petit jeu, puis brancha l’interphone et se tourna vers la fenêtre. De là il pouvait voir une bonne partie de New-York, un morceau de Central park aussi. Songeur, il se perdit dans ses pensées.

A en croire le prophète les choses ne tarderaient pas à arriver et iraient vite. Il ne pouvait s’absenter longtemps de l’autre monde. En Auros, il était le seigneur régent d’Aldar, Uron, il avait des obligations bien au-delà d’une « banale » firme internationale. Dans six mois il devait revenir ici. Il calcula mentalement l’équivalence. Un an pour deux mois ici, donc il allait devoir attendre trois ans, trois longues années à se ronger les sangs pour la jeune fille qu’il avait rencontrée. Et dire que ce qui allait arriver ne serait même pas, ou plutôt pas entièrement, de la faute de Morgana. D’après le prophète du moins. Jusqu’où cet homme avait-il vu, ou alors devinait-il ce qui allait suivre à partir d’infimes bribes ? Il l’ignorait, ni ça, ni l’étendue du don du prophète. Ce pourquoi d’ailleurs beaucoup en Auros ne faisaient pas confiance à ce dernier. Si quelqu’un était capable de plonger le monde dans le chaos pour lui offrir un renouveau en suivant ainsi la voie de l’équilibre, alors cette personne pouvait-elle être entièrement fiable ? Beaucoup étaient méfiants envers le prophète, tout en lui donnant un peu de leur confiance tout de même, mais personne ne pouvait savoir ses manigances et leur objectif final. Il comprenait parfaitement les autres qui ne croyaient pas toujours en la bonne foi du prophète. Il poussa un soupir et, résigné, appuya sur l’interphone.

— Mademoiselle, je voudrais que vous réserviez un billet pour la France pour début mars.

— Oui monsieur.

— Je vais aussi m’absenter la semaine prochaine pour une durée indéterminée.

— Un autre voyage ?

— Oui, pour l’Australie, annonça-t-il après un court silence.

La société payait ses soi-disant déplacements, cela lui permettait de disparaître pendant un certain temps. Il abandonna l’interphone et reporta son regard sur les rues en contrebas. A partir de la seconde traversée Alissa oubliait quelque chose, telle était la règle et le prix serait à la hauteur du passage. Lui était exempt de ces tracas à cause de ce qu’il était. Qu’avait-elle donc oublié ? Il espérait que ce ne soit pas « lui », le prince elfe risquait d’être inconsolable sinon. Heureusement que ces oublis n’étaient jamais irréversibles.

Il poussa un nouveau soupir, lui qui était habitué aux mouvements du monde, Uron savait que rien n’était joué et il sentait presque les pions bouger vers l’avenir. Le prophète avait-il le même genre de sensation de façon exacerbée ? Il préféra abandonner ses réflexions pour se pencher sur les dossiers qui attendaient sur son bureau.

Elle s’approcha d’elle, mais l’adolescente ne la voyait pas, regardant par la fenêtre d’un air presque maussade. Cette dernière entendait les murmures des élèves du groupe de travaux dirigés s’agiter et ricaner, mais personne ne la prévint et elle ne se doutait pas de la suite. Elle sursauta quand l’enseignante claqua de la paume de la main sur le bureau.

— Alissa. Encore vous hein ? Toujours à rêvasser, mais à quoi ? Mon cours n’est pas assez intéressant ?

A quoi bon répondre, la professeure l’avait dans le nez depuis le début et l’adolescente le savait. Elle préféra faire profil bas, pourtant elle aurait apprécié lui rappeler qu’elles n’avaient pas gardé les cochons ensemble et qu’en tant qu’individu elle avait le droit à un peu plus de respect que simplement être appelée par son prénom. Sans compter que son cours était d’un profond ennui évidemment.

— Heu… je…

— Au tableau et plus vite que ça !

Elle obéit docilement, se levant pour aller au tableau et ignorant les rires étouffés de ses camarades. Vive la solidarité. Et puis ce n’était pas son jour, depuis une semaine, voire peut-être deux puisqu’elle ne comptait pas particulièrement, elle ne savait plus si elle rêvait ou non, si la réalité était l’école ou quelque chose d’autre. Ses parents, rentrés depuis la rentrée, s’inquiétaient de la voir aussi agitée, même si elle prétextait que la fac la rendait nerveuse. Et ce n’était qu’un demi-mensonge puisque Dylan était là et qu’elle n’arrivait plus à lui faire confiance comme avant.

Mais il y avait autre chose, un matin, elle avait retrouvé le livre, Le grimoire double monde, dans son sac et, depuis, Morgane lui demandait si elle pouvait le lire. Elle feignait d’oublier, mais ce matin elle n’avait pas pu, ayant reçu un message de son amie lui rappelant qu’elle devait l’emmener. Elle l’avait donc prêté à la rouquine, mais un frisson d’appréhension l’avait saisie, elle ne se l’expliquait que parce qu’elle ne voulait pas voir un livre aussi précieux entre les mains de quelqu’un d’autre. Sans compter tous les éléments de son aventure en rêve. Depuis le prêt, elle était ailleurs et n’écoutait pas vraiment les cours. Antoine, le jeune homme du premier jour, fit une moue désolée en la voyant aller devant le tableau noir. Morgane, elle, pouffa de rire avec Dylan.

Elle les ignora royalement, bien que leur attitude l’irritât intérieurement. Ils se prétendaient ses amis. Elle fit face à l’exercice, réfléchissant, un rééquilibrage d’équation et assez simple, la réponse était même évidente. Elle prit une craie et répondit tranquillement, sûre d’elle, puis retourna à sa place en notant l’air surpris et un peu vexé de l’enseignante et ses camarades. Et voilà, ce n’était pas parce qu’elle semblait ne pas écouter qu’elle n’enregistrait pas les informations. Alissa se rassit et dissimula son sourire derrière sa main lorsque la femme reprit la suite de l’exercice.

Uron regarda le ciel avant de monter dans l’avion, il n’aimait pas l’aspect des nuages qui présageait un orage et celui-ci était d’une autre nature que naturelle. Il sentait grésiller la magie dans l’air, celle de l’artefact millénaire qui contenait un immense savoir. Le grimoire avait trouvé celle qui dévoilerait une plus grande puissance qu’Alissa ne le pouvait pour le moment, celle qui ferait basculer le monde. L’antagoniste de Morgana, ancienne reine d’Arnëron. La catastrophe arrivait, elle était en marche.

Il soupira et entra dans l’habitacle de l’avion, puis disparu de ce monde. Il se retrouva debout dans un vaste salon aux murs de pierre et à l’aspect chaleureux, tourna son regard vers la fenêtre aux rideaux blanc crème ouverts pour apercevoir une elfe aux cheveux blanc argenté et à la peau mate affronter à l’épée un homme aux cheveux bruns et aux yeux bleus. La première était vêtue de tissus légers en coton et de couleur blanche sans pour autant qu’ils soient transparents, le second portait un pantalon en lin épais marron et une chemise beige dans le même tissu. Les deux tenaient un rythme effréné, bien loin des capacités humaines.

Il ouvrit la porte du salon et descendit les rejoindre, traversant le corridor couvert d’un tapis rouge et bordé d’armures, entre chacune d’elles il y avait des portes menant à différentes zones du château. Il sortit quant à lui par la grande porte sur le parvis. Les bruits de la ville étaient lointains, il faisait doux en Arnëron où il avait repris les choses en main depuis la chute de Morgana, s’évertuant à gérer les deux royaumes. Fort heureusement il était secondé par le prince des elfes sylvains et l’ancienne reine des elfes de feu, sans compter le prophète qui, visiblement, venait de revenir puisqu’il semblait fatigué, bien que de bonne humeur.

— Bonjour Seigneur Uron, salua l’homme sans cesser ses passes d’armes.

— Sire Arvën, Dame Lyanëael, bien le bonjour. Arvën, comme vous l’aviez prédit les événements suivent leur cours.

— J’aurais préféré que vous annonciez que rien ne s’était produit. Il faudra empêcher quelque temps Morgana de venir reprendre son fief et qu’elle ne rassemble les orcs, mais cela ne fera que retarder l’inévitable.

— Tout ce qui peut être fait le doit, vous seul voyez l’avenir et les différentes routes mon cher prophète, répliqua la femme en frappant l’arrière du dos de son adversaire du plat de l’épée pendant un échange.

— Certes, mais certaines choses sont inéluctables, ou doivent l’être pour plusieurs raisons que je tairais, de plus la fin que je vois pourrait ne pas vous plaire. Mais revenons-en à une affaire plus urgente, soyez assurée madame que je ne vous laisserais pas impunément me frapper ainsi comme vous le feriez avec un enfant apprenant l’art de l’épée !

— Est-ce ma faute si vous êtes distrait ?

Elle gloussa avant que les chocs métalliques ne reprennent avec plus d’ardeur et le régent descendit vers la ville. Tout ceci n’annonçait rien de bon et bien sûr il le savait. Arvën l’avait dit, certains événements devaient avoir lieu, à moins que ce ne soit encore une des manipulations dont il avait le secret pour orienter le destin du monde sur la bonne voie qu’elle qu’elle soit. Quoi qu’il en soit le régent avait compris depuis longtemps qu’il pouvait se fier à Arvën, malgré toutes ses manigances c’était quelqu’un de fiable pour l’équilibre, pas forcément pour leur bien à eux.

Le principe d’un rêve, était qu’il s’estompait de la mémoire vive petit à petit jusqu’à ce que l’on finisse par ne plus y penser. Jusqu’à devenir un souvenir, celui d’une chose que l’on avait juste imaginé. Ainsi évoluèrent les choses, entrant dans le train-train quotidien, Alissa avait fini par ne plus songer à son rêve soi-disant de deux mois. Même si elle ne pouvait s’empêcher d’y repenser lorsqu’elle voyait une bague et un collier qu’elle ne se souvenait pas avoir vu avant, à ces moments-là, elle haussait les épaules.

Elle n’aborda jamais le sujet avec son frère, pourtant elle ne se sentait pas à sa place en société, moins encore qu’avant et passait son temps libre à la piscine, plongée dans le grimoire qu’elle avait récupéré ou à flâner au bord de la rivière qui passait dans sa ville. Parfois elle courrait sur le chemin au bord de l’eau, perdue dans ses pensées et la musique de son baladeur.

Elle s’entretenait régulièrement pour garder la forme et cette mystérieuse musculature. Ses parents ne s’inquiétaient plus puisque depuis qu’elle avait décidé de s’entraîner, ils la voyaient à nouveau sourire et être heureuse. Sans compter qu’elle travaillait bien, avait des notes acceptables sans être excellentes et passait ses journées à la fac à plaisanter avec Antoine, qui d’ailleurs avait la fâcheuse manie de zozoter par instant, ce qui la faisait rire. Elle évitait soigneusement Dylan et Morgane qui lui étaient de plus en plus antipathiques. Plusieurs fois elle avait eu l’impression de reconnaître un jeune homme dans l’amphithéâtre lorsqu’ils avaient cours commun, mais lorsqu’elle cherchait qui lui laissait cette impression, elle finissait toujours par être distraite par autre chose. Les élèves de leur année avaient été scindés en deux groupes, facilitant les rencontres, puis en un rassemblement plus petit encore pour les travaux dirigés.

Chapitre 2

« C’est amusant comme le calme semble parfois trop calme. Étrange aussi de recroiser certaines personnes à certain moment alors que l’on croyait les avoir à jamais perdu de vue. »

Alissa, dans ses propres pensées toujours.

La jeune femme était debout, campée sur ses pieds sur le pont de l’imposant bâtiment naval. Enfin imposant… Acceptable plutôt, elle en avait vu de plus grands. L’équipage derrière elle s’affairait et elle s’étira avant d’aller remplacer son second à la barre. Plutôt grande, ses cheveux brun cuivré délavés par le soleil et les embruns étaient attachés en une tresse agrémentée de natte plus fines, elles-mêmes décorées de perles, ses yeux noisette semblaient toujours sonder l’horizon et voir le cœur des gens, sa peau avait un hâle soutenu à force d’être toujours en extérieur. L’homme à la barre lui ressemblait dans ses traits, les yeux bleu profond et les cheveux blonds retenus par un bandana, il avait la carrure nécessaire pour être un bon marin. Elle, elle était plutôt bien proportionnée, mais trop dangereuse pour que quiconque ose approcher de peur de finir avec une balle en pleine tête.

— Capitaine Oran ? Un problème ?

— Un peu Harl, un peu…

Elle remit son tricorne sur le bandeau qui retenait ses mèches les plus courtes, puis fit une moue agacée par ses pensées sombres. Un petit singe grimpa sur son épaule et pencha la tête sur le côté pour regarder l’agitation sur le pont d’un air indifférent et curieux. Le second fronça les sourcils, que sa capitaine soit soucieuse n’était pas de bon augure.

— Lequel si je puis me permettre ?

— Trop calme, tout semble trop calme depuis la rencontre entre les deux armées, il n’y a plus de trace des orcs, les elfes noirs sont repartis s’enterrer dans leurs galeries, pas de conflit, rien à faire d’autre que piller les navires marchands et échapper aux éventuels poursuivants…

— C’est suffisant pour les hommes, je ne sais pas ce qu’il vous faut de plus capitaine.

Elle resta immobile, pensive, les yeux posés sur l’horizon qui ondulait au gré du roulis du navire entraîné par une mer calme. Le genre de tranquillité qui précédait un ouragan qui, n’arriverait peut-être que plus tard. Ce qu’elle voulait réellement, ce qu’il lui fallait de plus ? Elle ne savait pas vraiment. Les joutes, tant verbales qu’à l’épée avec l’amiral de Morgana lui manquaient, lui aussi avait disparu lors de la défaite, même si d’après ses informations il se contentait de missions de mercenariat à terre. Elle s’ennuyait et avait besoin d’action ? Sans aucun doute. Elle monta sur une caisse et les marins tournèrent leurs traits tirés, creusés par la vie en mer et les combats vers elle. Elle seule, son second et une matelot étaient jeunes.

— Messieurs ! Ce soir nous passons la nuit à terre, amusez-vous comme d’honnêtes pirates ! Je ne veux pas entendre de plainte à votre sujet les enfants, nous sommes pirates, mais cela n’est provisoire que jusqu’à ce que la reine revienne, alors tenez-vous bien. Bonne beuverie !

Les pirates acclamèrent joyeusement leur capitaine, ils n’avaient pas mouillé depuis presque un mois, sillonnant les mers en quête d’aventure pour passer le temps. Depuis des générations maintenant ils attendaient de pouvoir redevenir corsaire et se remettre au service de la reine du Kolingan qui, il y a cent cinquante ans, régnait sur les royaumes humains et par des alliances avec les autres peuples, faisait prospérer le continent entier. L’Obsidienne était, à l’époque, le fleuron de la flotte.

— Ce que je veux de plus Harl, c’est voir le jour où la reine montera sur le trône et lui jurer allégeance. Je veux redorer le blason des Faylis qui sombrent dans l’oubli peu à peu par mort ou, n’en déplaise à mon oncle, médiocrité. Je n’ai que vingt ans et j’ai été promu nommée capitaine il y a deux ans après avoir récupéré le navire qui me revenait de droit. J’ai peut-être une chance de voir ce jour avec toi cher cousin.

— Capitaine ! Vous avez dit pas de lien de famille sur ce pont !

Elle lui jeta un coup d’œil, le visage neutre, puis se tourna vers ses hommes. Elle fronça les sourcils. Ils se connaissaient depuis un moment maintenant, plus d’une année, et ils étaient une grande famille, mais elle n’aurait pas d’hésitation à les abattre s’ils se mutinaient. Ses yeux se posèrent sur la jeune recrue qu’elle avait engagée il y a un mois, elle l’avait trouvée dans les rues, sur la défensive, la jeune femme avait d’abord été méfiante, puis, finalement, s’était faite à la vie en mer, elle avait un caractère qui convenait et Oran songeait à la faire monter en grade.

— AU TRAVAIL TAS DE SAC A RHUM ! RÉCUREZ-MOI CE PONT ET BOUGEZ-VOUS LE TRAIN, LE NAVIRE NE VA PAS SE MANŒUVRER TOUT SEUL !

Ils reprirent leur poste à toute vitesse et Oran esquissa un léger sourire avant de grimper sur le bastingage pour monter dans les cordages, sondant l’horizon, les mèches dépassant de sa natte étaient emportées par le vent et le singe sur son épaule s’échappa plus haut sur le mat, elle le suivit brièvement des yeux avant de fixer l’océan, son regard prenant la couleur de celui-ci.

Danses et chants marins résonnaient depuis la taverne jusqu’au navire. Les hommes avaient fait un brin de toilette pour passer pour d’honnêtes personnes et riaient à gorge déployée en s’amusant, elle en était sûre. Elle était restée sur son navire, allongée dans sa cabine, elle fixait le plafond pensivement en ressassant ses pensées, continuant d’être persuadée que c’était trop calme. Depuis que le gosse, Azaëlle, si sa mémoire était bonne, avait attiré Morgana dans son sortilège pour fuir, il n’y avait plus eu signe de vie de celle-ci. Pas même une rumeur et elle voyageait assez pour en avoir éventuellement entendu parler.

Elle se redressa soudain, la main sur la crosse de son arme à feu quand elle remarqua que le petit singe s’était perché sur la poignée de la porte de la cabine. Le message était clair, quelqu’un d’inconnu était sur le navire. Un intrus ? Décidément son ami était un être formidable, elle l’avait rencontré sur une île déserte il y a quelques années quand elle était mousse sur un autre navire du nom de la Valkyrie et cherchait l’Obsidienne. Elle lui avait offert des fruits et il l’avait alors suivie par gourmandise. Elle l’avait nommé Kit, il ressemblait à un ouistiti et, extrêmement intelligent, il avait vite montré une capacité de compréhension et d’apprentissage surprenante. S’il avait été plus grand, il aurait sans doute pu être une chimère.

Il s’impatienta, tapotant la porte de sa petite main dans le plus grand silence, ce qui décida la pirate à se lever sans bruit. Elle se coula vers la porte à pas feutrés, elle s’était entraînée pour être garde du corps avant d’être pirate puisqu’elle se devait d’assurer la sécurité de la reine si elle revenait un jour. Elle n’avait donc aucun problème pour se battre et craignait seulement une poignée d’adversaires. Elle ouvrit la porte silencieusement et se glissa dehors, Kit vint sur son épaule et elle avança, une main sur la garde de son sabre, l’autre sur la crosse de son arme. Une fois près du mât, ne voyant personne, elle lança un appel à la nuit.

— Qui est là ?

Elle n’obtint pas de réponse et fit quelques pas de plus sans bruit. Qui pouvait être sur le pont ? Elle tendit l’oreille pour essayer de percevoir un son autre que celui de l’océan. Il n’y avait que la brise pour lui répondre. Elle se retourna soudain et tira, mais elle se retrouva plaquée contre le mât, son poignet tenant l’arme à feu levée vers le ciel, l’autre bloquée sur la garde de sa lame par un intrus qui lâcha un soupir de soulagement et maugréa.

— Bon sang, je l’ai échappée belle… Capitaine Oran, s’il vous plaît, évitez de me tirer dessus sans raison !

— Sans raison ?! Prince Ainë vous êtes sur MON navire au beau milieu de la nuit tout de même !

— Je sais, je m’excuse, j’ai profité de la nuit pour embarquer, ne voulant pas faire savoir que j’étais à bord en dehors de vous, capitaine et votre second. J’ai à faire au port d’Aldar et souhaiterais m’y rendre, mais discrètement si possible.

Il la lâcha et elle rechargea son arme avant de la ranger à sa ceinture, croisant les bras pour jauger l’homme devant elle. Il atteignait facilement le mètre soixante-dix-neuf et avait les cheveux noirs qui descendaient dans son dos jusqu’à la moitié de celui-ci et étaient ceints d’un bandeau argenté, ses vêtements étaient verts feuille. Il portait une cape grise tressée de vert ou, inversement ? Elle n’aurait su dire et qui donnait des propriétés de camouflage au vêtement. Il avait la carrure d’un guerrier, le rendant plus proche d’un humain que certains elfes, à ceci près qu’il gardait des traits fins et elfiques avec des yeux aimables de couleur grise et un port de tête fier digne de son rang. Pas dupe, elle se doutait qu’il était probablement chargé de quelque chose d’assez important, c’était l’occasion d’aller chercher de l’action.

— Quel serait mon avantage à vous conduire Prince ?

— L’immunité si vous êtes rattrapés, tant que je serais à bord tout du moins.

— Intéressant, cela me convient. Suivez-moi, je vais réveiller mon second, qu’il vous passe des vêtements à lui, vous avez l’air trop elfe pour passer inaperçu une fois au port.

Elle lui tendit la main et il scella leur engagement d’une poignée courtoise qui valait tous les contrats du monde chez les pirates honorables. Il fut surpris par la fermeté de sa poigne, mais resta impassible, en profitant pour l’analyser. Elle avait la main fine et vive et très peu de cals, elle devait assez peu souvent aider à hisser les voiles ou mettait des gants, à moins qu’elle ne prenne soin d’elle au point d’avoir les mains lisses quoi qu’elle fasse. Elle avait cependant une force musculaire qui prouvait qu’elle maniait les armes assez bien et que porter une lame plus large que son sabre de pirate ne la dérangerait pas outre mesure.

Elle l’entraîna ensuite vers la cabine de son second, elle entra furtivement, s’avançant sur la pointe des pieds pour se pencher au-dessus du lit et observer l’homme dormir. Elle sourit et prit doucement le drap pour le soulever et prendre celui sur lequel il dormait. Elle tira brusquement et Harl roula au sol en se réveillant en sursaut dans un cri de panique :

— MUTINERIE !

Pour toute réponse, le capitaine lui flanqua un coup de pied dans les côtes.

— Debout idiot ! N’importe qui peut monter à bord sans que tu ne remarques rien, marmotte ! On a un passager important qui veut passer inaperçu, trouve-lui des habits.

— Hein ? Qu’est-ce qu’il se passe ?

— BOUGE TON GROS DERRIÈRE !

— Oui capitaine !

Paniqué, le jeune homme se remit debout et se précipita vers le coffre où il rangeait ses affaires pour trouver de quoi habiller leur passager. La pirate sortit de la cabine en souriant pour se poster sur le pont, une brise secoua les différents cordages et elle perdit son sourire pour grommeler une fois de plus contre le calme.

Au petit matin, lorsque ses hommes revinrent à bord, elle les accueillit par un embarquement immédiat et ne leur laissa pas perdre de temps pour mettre les voiles, leur aboyant des ordres. Ils avaient l’habitude, elle était toujours ainsi et les avaient menés chaque fois à bon port, pourquoi protester envers ses lubies ? Ils n’avaient aucune raison de le faire. Elle examina la carte avant de se poster à la barre.

— Aller les enfants ! On passe par nos petits lieux secrets pour fondre plus vite sur l’Aldar, à nous les navires marchands !

Des acclamations retentirent et elle tourna la barre pour virer de bord et s’engager dans un courant. Le navire aux voiles noires fendait les flots, joyau des océans malgré son âge il restait en très bon état, fidèlement entretenu par ses précédents propriétaires. Elle rêvait de l’époque où il redeviendrait fleuron de la flotte royale et cela se produirait, c’était une certitude qui l’animait depuis l’enfance.

Alissa se réveilla en baillant, s’étirant longuement dans son lit, elle se dit que, finalement, elle allait flemmarder au lit. Sauf que non, c’était le week-end, mais elle ne devait pas se relâcher. Elle avait décidé de s’entraîner et ne voulait pas déroger à cette règle. Elle se leva de son lit pour se poster devant son miroir et s’observer. Elle le faisait tous les matins, regardant souvent sa cicatrice sur son dos. Elle enfila ensuite un survêtement souple et descendit prendre son petit déjeuner avant de sortir de chez elle après avoir enfilé ses chaussures.

En marchant elle partit vers la rivière qui coulait non loin de chez elle et s’engagea sur le chemin de terre dur à cause du froid qui venait peu à peu à l’approche de l’hiver et elle se mit à courir. Elle réfléchissait, imaginant un instant les maisons disparaître et les bois prendre leur place. Un sentiment de nostalgie lui serrait le cœur en songeant qu’elle se sentait chez elle dans ce monde, celui qui n’était pas réel. Elle finit par ralentir pour reprendre son souffle et surtout vérifier quelque chose. Elle avait le sentiment d’être suivie et remonta sur le chemin, se trouvant plus proche de la route. Elle profita donc d’une vitre de voiture pour regarder derrière elle. Personne.

Elle sourit, plus détendue et reposa ses muscles, calmant sa respiration. Son impression revint pourtant et elle finit par se retourner en fronçant les sourcils. Toujours personne. Elle recommença son manège plusieurs fois avant de faire finalement volte-face plus vite qu’elle ne l’aurait dû si elle n’avait été qu’une citadine. Si la situation s’y était prêtée, elle aurait pu s’en étonner, mais elle ne remarqua même pas le phénomène.

Ne voyant aucun signe de vie elle se retourna en avançant de quelques pas, regardant derrière elle et heurta quelqu’un qui venait sans doute de remonter du chemin près de la berge par un escalier. Elle tomba en arrière sur les fesses.

— Ouille ! Pardon, je suis désolée.

— Bonjour Alissa.

Elle regarda qui elle avait bousculé et dû faire un effort colossal pour masquer sa mauvaise humeur en reconnaissant Dylan. Elle le détailla rapidement, lui aussi semblait avoir eu l’idée de faire de l’exercice, il n’avait plus rien à voir avec le jeune homme du lycée, sec et nerveux, il avait gagné en musculature et ses cheveux raides lui donnaient un air qui aurait pu être séduisant si ses yeux n’avaient pas eu cette lueur désagréable d’amusement moqueur. Mal à l’aise, elle se remit debout et retira la poussière de ses vêtements. Il n’en rata pas une miette.

— Salut, répliqua-t-elle.

— Toi aussi tu cours le matin ?

« Mais qu’est-ce que tu fiches ici bon sang ?! » c’était ce qu’elle avait envie de s’exclamer, mais son intuition lui soufflait qu’il ne valait mieux pas. Elle choisit de hausser les épaules.

— Comme tu peux le constater.

— On pourrait courir ensemble si tu veux.

Elle inspira profondément, réfléchissant à comment lui répondre sans être vexante, sans prêter attention à un autre joggeur qui approchait à bonne allure. Il décocha pourtant soudain une tape à l’arrière de la tête de Dylan, s’arrêtant à côté d’eux et grogna. Alissa écarquilla les yeux, surprise par l’impudence de l’arrivant.

— Pour que tu la reluques ? Tu n’as pas changé Dylan depuis le CE2. Déshabille-la encore une fois du regard et je te jure que je frapperai plus fort, lâcha l’homme avec un accent de l’est à couper au couteau.

— Plus fort ?! Tu as failli me décoller la tête ! T’es qui toi ?!

Préférant rester en dehors de ça, Alissa détailla l’arrivant, non sans rougir lorsqu’il l’embrassa affectueusement sur le front. Il lui disait quelque chose, mais, peut-être que sans l’accent ? Oui elle se souvenait de ce regard émeraude envoûtant et ses cheveux noir charbon qui, malheureusement, étaient bien plus cours qu’à l’époque puisqu’ils ne mesuraient que deux centimètres. Il était sinon musclé, mais sans faire montagne, malgré sa grande taille d’approximativement un mètre quatre-vingts. Elle parvint à faire le lien et fronça les sourcils, étonnée, tandis que Dylan se faisait snober par l’importun.

— Semil ? C’est toi ?

— Semil ? Pas LE Semil avec qui on passait tout notre temps dans les petites classes quand même !

Il avait changé, pas seulement physiquement, dans ses souvenirs il était moins… comment dire, charismatique. Il dégageait une douce assurance et son regard brillait de vie. Apparemment la seule présence de Semil avait fait se ratatiner Dylan qui préféra marmonner des salutations avant de s’en aller. Elle sentait le regard de Semil sur sa nuque tandis qu’elle suivait l’autre des yeux.

— Alissa… qu’est-ce que…

— Tu as changé. J’aimerais pouvoir t’expliquer ce qu’il vient de se passer, mais je ne suis pas sûre moi-même de la vérité. Qu’est-ce que toi tu es devenu ?

Elle avait tourné la tête et lui souriait, il répondit en hochant la tête, comprenant son silence.

— Tu ne peux pas savoir, j’ai eu du mal à t’aborder à la fac, tu ne l’as peut-être pas remarqué, mais nous sommes dans le même amphithéâtre pour les cours magistraux.

Elle cilla et, maintenant qu’il le disait, elle trouvait logique l’impression de reconnaître quelqu’un chaque fois, même si elle avait le sentiment qu’il disparaissait dès qu’elle voulait se focaliser sur cette présence. Elle sentait chez lui comme un potentiel dormant et à la fois actif, voilà pourquoi elle avait toujours détourné son attention de ce qu’elle sentait pendant les cours. Sauf que… la magie n’existait pas, si ?

— Maintenant que tu le dis, peut-être oui, merci… pour le coup de main.

Il lui sourit et l’embrassa sur la joue avant de chuchoter qu’il devait y aller, puis il s’éloigna en trottinant. Alissa, préférant ne pas risquer de croiser Dylan à nouveau plus loin sur le chemin, bifurqua vers la ville. Lorsqu’elle entra chez elle, Ciril la fixait, songeur.

— Mauvaise rencontre Alissa ?

— Oui et non, rien d’intéressant.

— Dis, je me pose une question depuis un moment, mais… cet été… qu’est-ce qu’on a fait au juste ?

Elle se figea. Cela n’avait pas de sens, il avait oublié aussi, à moins d’avoir fait le même rêve et oublié leur activité de cet été, alors ils étaient véritablement partis dans un autre monde où une année s’était écoulée en deux mois ici. Alissa leva les yeux sur le regard vert de son frère, ce simple contact visuel lui apprit qu’il avait les mêmes doutes. Peut-être que tout avait été réel. L’adolescente sentit comme une fissure quelque part dans son esprit, comme si une barrière provisoire se craquelait et allait bientôt se briser, libérant la conclusion à leur question. Pour le moment elle restait cependant et les doutes également.

Noël approchait à grand pas, Alissa se félicitait étant donné que depuis l’incident et la rencontre avec Semil, c’était Dylan qui l’évitait au maximum, surtout pendant les cours magistraux puisque dès que Semil entrait, il vérifiait la position de ses deux amis d’enfance. Alissa lui souriait chaque fois qu’elle le voyait à ces moments-là, ravie de l’avoir retrouvé, même s’ils ne se parlaient pas très souvent. A présent, elle préparait son sac, bien loin des tracas de la faculté. Ils partaient dans le sud de la France pour profiter du soleil, à défaut de la chaleur et elle s’étira avec un large sourire une fois ses affaires prêtes. Bien entendu elle avait pensé à emporter le grimoire et songea qu’elle allait pouvoir s’amuser au bord de la plage à courir dans le sable et il ne restait plus que quelques jours avant le départ.

Le jour J, Alissa monta en voiture à l’arrière avec son frère, elle était surexcitée même si elle n’en montrait rien. Leurs parents à l’avant semblaient aussi heureux et avaient apparemment hâte. La voiture démarra et sortit de la cour de leur maison. Ils étaient en route pour un voyage de plusieurs heures, mais tant pis, il fallait bien ça pour voir la mer. Et puis ils ne s’ennuyaient pas, discutant joyeusement pendant le trajet.

A l’arrivée, ils déchargèrent toutes leurs affaires et décidèrent d’une promenade sur la grève. L’adolescente marchait loin devant ses parents qui restaient avec son frère. Elle grimpa sur les rochers de la digue, avançant dessus en sautillant, un sourire sur le visage. Cela lui rappelait tant de choses, même si tout n’avait été qu’un songe. Ils revinrent à l’appartement qu’ils avaient loué et leurs parents s’assirent devant l’écran de télévision pour regarder les informations. Alissa, elle, grimaça et partit s’isoler dans sa chambre pour dessiner, griffonnant un œil reptilien en y ajoutant les irisations et la lueur dans le regard. La voix de son frère retentit pour l’appeler et elle s’empressa de venir regarder l’écran. Curieuse, elle jeta un coup d’œil à son frère qui lui signifia avant de ne pas poser de questions et regarder la suite.

Chapitre 3

« Les tempêtes sont toujours précédées par le calme, plus il est long plus les vents seront forts. »

Oran, à un moussaillon sur un quai.

Le présentateur annonçait le premier titre du journal télévisé parlant d’un incident dans un hôpital à Chicago. Sur l’écran ils virent l’envoyé spécial interroger un témoin à l’air très retourné qui affirmait avoir vu d’énormes loups de plus d’un mètre et aussi massifs que des saint-bernards entrer dans le bâtiment hospitalier. Il y avait eu des hurlements, puis plus rien.

— Alors nous avons appelé la police. Quand ils sont entrés, il n’y avait plus de traces des animaux.

Le présentateur mit fin à l’interview et annonça une cinquantaine de morts dans l’incident inexplicable. Alissa, elle, ne respirait presque plus, ne pouvant plus faire le moindre geste. Sa main s’était resserrée sur le dossier du canapé, la barrière dans sa tête était sur le point de se briser tandis que les adultes commençaient à débattre. Ciril échangea un regard avec sa sœur. Ils connaissaient ces créatures, ils n’osaient pas y croire, pas tout à fait.

— Si ça se trouve ce sont des animaux sortis d’un laboratoire bizarre…

— Non… non ce n’est pas ça, murmura l’adolescente.

— Qu’est-ce que tu dis ma puce ?

Sa mère la regardait, tandis qu’elle restait en état de choc, comment pouvait-elle savoir que la barrière dans l’esprit d’Alissa se fissurait un peu plus à chaque seconde. Cette dernière ne pouvait cependant pas énoncer cette vérité pour le moment, pas encore, quelque chose continuait de bloquer.

— Je ne pense pas que ce soit des loups de laboratoires.

— Le type a probablement exagéré la taille, répondit son père.

« Non, il a dit vrai, j’en suis sûre. »

Mais elle ne pouvait le dire à haute voix, il fallait d’abord que ce qui l’empêchait d’y croire se brise complètement. Cela n’allait sans doute pas tarder à se produire. Tel le premier pas vers une guerre qui dépassait ce monde, si c’était bien ce qu’elle pensait, cet incident serait pourtant vite oublié par une bonne partie de la population. Pas par Alissa, pas quand on avait vu un dit loup géant dans un rêve.

Le lendemain matin, elle sortit de l’appartement qu'ils avaient pour les vacances, partant pour son footing, accompagnée cette fois par son frère. Après tout ce n’était pas parce qu’ils étaient en vacances, qu’ils devaient se relâcher. Courant côte à côte dans le sable, ils évitaient quelques rochers épars et, au détour d’une courbe de la plage, ils aperçurent une femme qui avançait vers l’eau d’un pas tranquille, émerveillée par ce qu’elle voyait. Ses cheveux bruns ondulés brillaient au soleil et flottaient au vent. Une vision digne des plus grands clichés hollywoodiens puisqu’elle était également bien formée avec une silhouette équilibrée, musclée légèrement et douce à la fois. Sans compter une robe sombre et épaisse avec un pull laissant ses épaules à découvert.

Elle ne les avait pas vus et s’accroupit en souriant comme une enfant. Les deux jeunes gens ralentirent en s’approchant et elle se tourna vers eux. Ils la reconnurent en même temps, ouvrant la bouche en voyant son regard émeraude et ses traits fins, mais surtout son port de tête royal. La reine Morgana. Alissa manqua de s’étrangler et ouvrit la bouche de stupeur.

— Morgana ! Alors c’était toi les loups ?!

— Plaît-il ? Je n’ai rien fait, je suis ici pour disparaître de mon monde, pas vous envahir. Les loups, si vous parlez des nouvelles sur votre télévision, ne sont pas de mon fait, sinon j’aurais visé autre chose qu’un hôpital. Leur disparition était surprenante je le concède. Quoi qu’il en soit, je n’ai aucun moyen d’ouvrir un passage, seul le grimoire aux mains d’une personne aux mêmes capacités que toi ou moi le pourrait. Moi, je suis ici grâce à Melinda et suis aussi faible qu’un nourrisson à cause du manque de magie.

Alissa fronça les sourcils, perplexe, voir soupçonneuse, mais visiblement la reine ne mentait pas et elle n’était pas non plus armée. Elle avait d’ailleurs écarté les bras en gage de bonne foi. Sa présence, cependant et sa réaction confirmait que rien n’avait été un rêve et elle en était la preuve vivante. La fissure finit de s’agrandir et la barrière vola brusquement en éclats. Tout avait été réel. Alissa se mit à jouer machinalement avec la bague que l’elfe lui avait offerte et qu’elle avait passé à l’index.

— Admettons, que fais-tu ici alors ?

— Je visite, je suis en vacances comme vous dites. Votre monde est intéressant, bien que déplorablement pauvre en magie, mais intéressant. Comme je l’ai dit je doute réellement de l’efficacité d’un sortilège ici.

Oui, elle avait l’air sincère et pourquoi mentirait-elle ? Elle n’avait d’ailleurs pas évoqué le grimoire sinon en parlant des passages, mais elle ne l’avait pas demandé et paru trop paisible pour manigancer quelque chose. Alissa s’éloigna d’un haussement d’épaules, si ce n’était pas Morgana la coupable, alors ils avaient du souci à se faire. Son frère n’avait rien dit, mais il était sans doute parvenu à la même conclusion. Une tempête approchait et les menaçaient.

Il n’y eut pourtant plus aucun incident avant février ou alors les informations ne donnaient pas d’annonces sur le sujet et tout le monde avait commencé à oublier petit à petit, inexorablement. Alissa avait organisé, avec Antoine, une sortie en Savoie pendant la semaine de vacances qu’ils avaient. Le second semestre avait bien débuté pour eux et tout se déroulait au mieux pour les adolescents. Ils avaient été rejoints par Dylan, Morgane, qui était celle ayant permis le voyage puisque le chalet qu’ils allaient rejoindre était à ses parents, et fort heureusement Ciril les accompagnaient également, ce qui avait évité à Semil de foudroyer du regard Dylan. Semil qui, d’ailleurs, avait décliné l’invitation.

Tout se passait très bien entre rires, batailles de boules de neige et révisions qui firent presque oublier à Alissa qu’elle n’appréciait que moyennement Morgane et Dylan. Ils révisaient d’ailleurs, enfin sauf Alissa qui rêvassait, lorsque Ciril proposa une randonnée nocturne. Un doute s’insinua soudain dans l’esprit de la brune, comme une voix, mais elle n’en était pas sûre, mais en tout cas elle trouva soudain que cette sortie était une mauvaise idée. Elle choisit pourtant de suivre le mouvement, n’ayant aucun argument à leur opposer.

Ils quittèrent le chalet aux alentours de dix-sept heures et la nuit tombait déjà, colorant les montagnes enneigées d’or et de flammes. Il faisait froid et tous avaient mis des manteaux épais, sans oublier les gants et les bonnets. L’effort les réchauffa et certains retirèrent une couche de vêtement, tandis que l’ambiance restait bon enfant. Ils firent une halte à dix-neuf heures pour manger quelque chose et s’assirent sur des rochers qu’ils venaient de débarrasser de leur couche de neige.

Ciril alluma le réchaud, pendant que les quatre autres ramassaient de la neige, non sans improviser une nouvelle bataille, pour mettre ensuite leur récolte dans une casserole pour la faire bouillir. Ils entendirent un crissement et se retournèrent en même temps vers le chemin pour voir un adolescent d’une vingtaine d’années approcher. Un début de barbe lui mangeait le visage et ses cheveux étaient cachés par un bonnet, mais ses yeux bleu délavé se posèrent sur le groupe. Il les rejoignit en s’aidant d’un bâton de marche et les salua avec un accent local.

— Bonjour, je peux me joindre à vous ?

— Oui, bien sûr, répondirent les cinq jeunes gens.

— Je m’appelle Jérôme, le fils du garde-chasse, je cherchais des traces de créatures étranges qui rôdent la nuit selon mon père, mais je n’ai rien trouvé à part les vôtres.

— Nous étions en randonnée touristique nocturne. Voici Alissa, Antoine, Morgane, Dylan et moi je suis Ciril.

Le jeune homme esquissa un sourire avant de s’installer. Dylan avait tiqué en le voyant, mais Alissa et son frère étaient, eux, parvenus à garder un visage neutre. Jérôme ressemblait énormément au régent de l’Aldar. Ils commencèrent à manger, échangeant quelques plaisanteries, quand des crissements dans la neige les firent se tourner à nouveau. Entre les arbres ils pouvaient voir des mouvements.

Une idée germa dans l’esprit d’Alissa, bien qu’elle ne fût pas certaine de pouvoir assurer qu’il s’agissait de quelque chose venant d’elle. Elle se leva la première en leur ordonnant de prendre des branches pour en faire des torches et de redescendre ensuite vers le chalet au plus vite. Sentant confusément le danger, ils prirent leurs affaires en quatrième vitesse et obéirent sans que personne ne fasse remarquer qu’ils avaient des lampes torches. Ils suivirent l’impulsion d’Alissa sans poser de questions et s’abritèrent une fois là-bas, verrouillant la porte à clé.

Jérôme ouvrit la bouche pour poser une question, tout comme les autres, mais ils se turent quand l’adolescente leva la main pour les faire taire. Dehors des bruissements les firent frémir sans qu’ils ne sachent pourquoi, jusqu’à ce qu’un objet lourd ne heurte le battant. Ils poussèrent un cri et reculèrent. Ils entendirent alors des grondements et des grattements et décidèrent d’instaurer des tours de garde.