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Au cœur de la campagne écossaise du XVIᵉ siècle, Ava devient la proie d’un juge cruel obsédé par le pouvoir.
Dans une Écosse sauvage et impitoyable, Ava, jeune femme innocente, se retrouve sous l’emprise de Lord Thorburn, un juge sadique et impitoyable. Arrachée à sa vie paisible, elle subit des atrocités inimaginables et doit lutter pour survivre. Dans ce tourbillon de souffrance, Ava se lie d’amitié avec Isla, une autre victime du juge, et croise le chemin de Kieran Thorburn, le fils de son bourreau. Entre eux naît une passion interdite, un amour aussi dangereux qu’impossible, menaçant de tout détruire sur son passage. Leur attirance pourrait être leur salut… ou leur perte.
Plongez dans un récit intense où la survie, l’amour et la vengeance s’entremêlent au cœur d’une campagne écossaise imprégnée de secrets et de danger.
EXTRAIT
À l'extérieur, la pleine lune baignait le jardin à la française d'une lumière argentée. Dominée par une statue de nymphes entrelacées, la cour pavée s’étendait jusqu’à une grande dépendance éclairée à l’orée des bois. C’est alors que j’aperçus le fiacre du juge Thorburn, tiré par deux chevaux imposants. Mon cœur se serra en espérant qu’il ne soit pas à l’intérieur, mais à l’arrêt du fiacre, le juge sortit, suivit de son garde. Nos regards se croisèrent, et je sentis son emprise glaciale m’étreindre. Tandis que le garde s’avançait, une vague de panique m’envahit, et je crus que ma poitrine allait exploser. Je n’avais nulle part où fuir…
À PROPOS DE L'AUTEUR
Angélique Tasca est l’auteure de récits captivants inspirés par sa passion pour l’écriture. Maman de deux petites filles, elle a redécouvert sa plume grâce au soutien de son mari et de sa meilleure amie. Entrepreneure et amoureuse des mots, elle espère que ses histoires marqueront ses lecteurs autant que sa famille, sa plus grande source d’inspiration.
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Seitenzahl: 111
Veröffentlichungsjahr: 2018
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LE JUGE
Angélique Tasca
RomanceEditions « Arts En Mots »Illustration graphique : © Val
Dans la campagne écossaise du XVI ème siècle, Ava, une jeune fille que rien ne préparait à subir les pires atrocités, se retrouve aux prises d'un juge sadique et obsédé : Lord Thorburn.
C’est dans ce contexte désespéré, qu’ellese liera d’amitié avec Isla, une autre victime de la folie du juge, et qu’elle fera la rencontre de Kieran Thorburn, d’où naitra un amour impossible et dangereux.
Ce fut l’odeur qui me marqua le plus.
Le souvenir d’une belle journée de printemps me revint. Avec quelques voisins lorsque j'étais enfant, nous nous étions rassemblés pour un dîner improvisé autour d’un cochon sauvage, chassé le matin même. Le gras coulant sur les braises incandescentes, faisait ce bruit distinctif d’expiration, avec cette odeur de grillé qui s’en dégageait. Dieu comme j’avais aimé cette journée et ces cris de joie. Elle ne s’était finie que le lendemain, au petit matin, à cause de la pluie venant nous tremper jusqu’aux os. Une façon brutale de nous rappeler que toute chose a une fin.
Voilà qu’aujourd’hui cette même odeur emplissait l’air et il me sembla qu'elle ne quitterait jamais mes narines. Il y avait aussi des cris, mais ils n'exprimaient pas la joie. C'étaient des hurlements dégoulinant de haine, ou suppliant plus de spectacle, presque déçus que ce soit déjà fini. Peu de nos voisins avaient l'air attristé, et de toute manière, même s’ils l’avaient été, il fallait tout de même qu'ils assistent à cette « purification » sous peine d'être, eux aussi, suspectés d'avoir participé de près ou de loin à des pratiques occultes.
Le juge Thorburn n'avait pas manqué de faire l'éloge de son savoir, vantant sa connaissance en démonologie, tandis qu'il instruisait le procès à lui tout seul dans l’église de Dalwhinnie. Ma mère n'était plus qu'à demi-consciente au moment où l’inquisiteur justifiait la sentence, et c'était peut-être mieux ainsi...
Elle était couverte d’hématomes violacés, qui laissaient transparaître des petits os du visage brisés en éclats sous sa peau. Son bourreau avait pris soin de lui glisser des petits clous sous les ongles de ses doigts et je devinais, par la présence d’auréoles rouges à la pointe de ses seins, que ses mamelons avaient été tranchés. Mais ce qui me choqua le plus dans cette vision d'horreur, c'était le haut de sa tête. Ses cheveux n'avaient pas été coupés, ni rasés. Ils avaient été arrachés, faisant luire son crâne là où la chair manquait et où des lambeaux de peaux pendaient.
J'aurais dû être sur le bûcher à coté de ma mère, les flammes léchant ma chair pour me dévorer. Je me trouvais dans le fiacre du juge avec son garde. Je n'avais d'autre choix que de fixer ma mère consumée par les flammes.
Elle avait tout avoué : être la putain de Satan, sa créature. Lui donner des enfants encore dans le sein de leur mère en sacrifice, détourner les hommes de leur devoir matrimoniaux, faire tomber la maladie et putréfaction sur le village et me réserver moi pure, servante de Dieu, pour mes dix-huit ans en cadeau au démon. Elle aurait avoué bien plus, tout ce qu'ils auraient voulu entendre, même être la réincarnation du démon si le juge l'avait voulu. Mais ses aveux avaient suffi à m’innocenter, et c'est tout ce qu'elle voulait.
Elle avait compris que c'était le seul moyen de m'éviter d'endurer, les mêmes souffrances. Pour ma part, j'avais compris que j'allais devenir la possession du juge Thorburn. Ses petits yeux vicieux ne me quittant pas une seule fois pendant le « procès » même lorsqu'il déclara tout en me fixant, avec un petit rictus complaisant, que ma mère serait étranglée avant le bûcher, une mort plus douce en récompense de ses aveux.
J'avais toute de suite été amenée dans l'arrière-cour, à l’abri des regards dans la voiture du juge, prête à partir quand il le faudrait.
La fumée me piquait les yeux, ou bien était-ce les larmes ? Je devinais que mes cheveux et mes vêtements devaient être imprégnés de l'odeur du corps calciné de ma mère. À cette pensée je crus devenir folle, je voulus m'arracher les cheveux pour ne plus sentir cette odeur, mais mon « geôlier » me retint les bras, et réussi sans mal à me maîtriser malgré les coups que je lui assénais. Je choisis ce moment-là pour vomir la bile qui emplissait mon estomac depuis trois jours. Le garde me soutint avec une douceur qui m'étonna. Il me tint les cheveux, tandis que le liquide verdâtre coulait sur ses bottes.
Je m'éveillais dans une chambre qui devait être à elle toute seule plus grande que la chaumière que nous occupions ma mère et moi. La pièce était baignée par la lumière du soleil et je devinais que nous devions nous trouver en milieu d'après-midi. J'avais donc perdu connaissance depuis une demi-journée, ce qui m'avait permis d'éviter de me retrouver dans la voiture en tête à tête avec le juge.
J'avais été lavée et l'on m'avait revêtue d'une chemise de nuit blanche, brodée de fil d'argent, qui jurait avec ma chevelure noir corbeau. Dieu, comme cette couleur de cheveux avait été sujet de conversation avec nos voisins, alors que ma mère en pure Ecossaise, était dotée d'une chevelure rousse comme les feuilles d'un chêne en automne.
J’enfilai la robe de chambre en tartan posée sur le lit, et entrepris de « visiter » la pièce. Elle était quelque peu spartiate par ses dimensions. On y trouvait un grand lit et son chevet, face à une cheminée de taille démesurée. Entre deux fenêtres reposait un secrétaire avec une plume, son encrier et du papier, ainsi qu'une coiffeuse avec tout le nécessaire de toilette, adossée au mur opposé. Enfin une petite table ronde, où était posé un bouquet de fleurs composé de piment royal, complétait le tout. Les meubles et tentures étaient de noble qualité et de couleurs vives, cependant la pièce faisait vide, froide et sinistre.
Alors que je m'approchais d'une des fenêtres pour voir l'extérieur de ma nouvelle geôle, la porte de la chambre s'ouvrit avec fracas. Une vieille femme ronde, probablement une servante à en juger par son tablier, se précipita à grands pas vers moi. Je fus surprise de la rapidité à laquelle elle se déplaçait malgré sa petite taille.
— Vous êtes enfin réveillée ! VOUS N'AURIEZ PAS DU VOUS LEVER! Le juge Thorburn serait furieux s’il vous arrivait quelque chose.
Puis elle m’agrippa les hanches de ses petites mains boudinées, pour me pousser jusqu'au lit. Je compris que le parquet m'avait trahie : à chacun de nos pas, il émettait un grincement menaçant.
— Je vais demander aux cuisines que l'on vous fasse une bouillie d'avoine, il faut manger pour reprendre des forces, mon Dieu vous n'avez que la peau sur les os !
Elle continua à psalmodier encore quelques minutes, sur l'état de mes cheveux qu'elle avait eu tant de mal à démêler, la crasse sous mes ongles et la saleté qui recouvrait mes vêtements. A priori, une jeune fille ne devrait jamais être présentée comme cela dans la maison d'un juge. Je me demandais si elle savait que j'avais passé trois jours dans un cachot, que ma mère était morte brûlée vive devant mes yeux, après avoir été torturée, sous les ordres de ce même juge qui me détenait aujourd'hui en sa demeure. J’eus envie de la gifler, tant la colère m’envahissait, mais la force et le courage me manquaient. Alors je la laissai me border tel un nouveau-né, tandis qu'une boule aigre se formait dans ma gorge.
La servante revint quelques minutes plus tard avec la mixture, du pain et de l'eau. Je crus d'abord ne rien pouvoir avaler, mais je ne m'étais pas aperçue que j'avais si faim, de plus la bouillie n'était pas mauvaise.
Après avoir dévoré mon assiette, je me laissai emporter par la douce chaleur provenant de l’âtre, dont les flammes m'envoyaient l'écho lointain de hurlements tourmenteurs, puis sombrai dans le noir.
Lorsque je rouvris les yeux, mon plateau avait été débarrassé, la pièce baignait dans la pénombre, où seul le feu assassin de la cheminée faisait rougeoyer, ici et là, les recoins de ma chambre, donnant l'impression que la pièce s'était réveillée, prête à me dévorer en me serrant entre ses murs, telles les mâchoires d'un démon.
Alors que je croyais m'être seulement assoupie, plusieurs heures s'étaient écoulées, le soleil était couché depuis longtemps.
Je me découvris, et posai les pieds avec précaution sur le parquet fourbe de ma chambre, puis je me dirigeai pour la deuxième fois vers les fenêtres en priant pour ne pas être entendue par cette satanée servante.
À l'extérieur; la lune était pleine et arrosait de sa douce clarté un jardin à la française prolongé d'une cour pavée, dominée par la statue de nymphes entrelacées. Au loin, à l'orée des bois, je pouvais apercevoir une grande dépendance aux fenêtres éclairées.
C'est à ce moment-là que je vis, sur la route menant à la propriété, le fiacre du juge, tiré par deux chevaux. Pendant un instant, j'espérai qu'il ne soit pas à l'intérieur, mais lorsque le fiacre s'immobilisa, je vis le garde sortir de la voiture, tenir la portière, et le juge sortit du véhicule. Tandis que le cocher éloignait les bêtes, le juge Thorburn leva la tête en direction de ma fenêtre, puis m’apercevant, il saisit son garde par le bras et lui donna un ordre. Celui-ci partit à la hâte dans la maison, tandis que le juge continuait de me fixer tout en réajustant son veston.
Je devinai qu'il avait dû envoyer le garde me chercher, et je n'avais aucun moyen de me dérober. Mon cœur se mit à battre si vite que la douleur me plaqua contre le mur. Je crus que ma poitrine allait exploser. Je manquais d'air, j'avais froid et chaud en même temps, mes jambes menaçaient de me laisser tomber. Il me sembla endurer cette tourmente pendant plusieurs minutes, et pourtant, il ne devait s’agir que de quelques battements de paupières.
Tout en me forçant à respirer avec calme je me dirigeai tant bien que mal vers le lit, où je me laissai tomber. Il fallait que je reprenne mes esprits. Ma mère m'avait appris que, lorsque que l'on ne peut rien faire contre les événements qui doivent se produire, il faut admettre son impuissance, et le faire comprendre à notre corps, ainsi, notre esprit sera plus clair, plus serein. Je ne pense pas qu'elle avait été sereine à l'approche de sa mort et je n'osais penser à la peur qu'elle avait dû ressentir.
Je me concentrai sur ma respiration pendant les minutes qui suivirent. Je me remémorais des longues promenades près du Loch, où ma mère cueillait ses herbes aux différentes vertus, tandis que moi, je jouais à faire des ricochets. Je m'imprégnais de souvenirs, des senteurs des plantes mouillées par la brume, de l'image des landes dans le soleil renvoyant des reflets cuivrés.
La servante fit alors son entrée dans la chambre, elle avait à son bras une longue robe bleue azurée tel un ciel clair.
— Le juge Thorburn ne doit pas vous attendre ! Dépêchez-vous d'enfiler cette robe !
Voyant que je ne réagissais pas, elle m’enleva ma chemise de nuit sans ménagement, s’immisçant dans ma pudeur. Elle m'habilla avec des accessoires et des sous-vêtements que je ne connaissais pas, et totalement inutiles en mon sens. Enfin, avec aucune douceur, elle m'aida à enfiler la robe, laquelle je l’admets, était sublime. Elle me brossa les cheveux avec tant de vigueur que je me demandais combien il m‘en restait sur le crâne.
Après m'avoir chaussée de souliers affreux et inconfortables, elle se dandina jusqu'à la porte et sortit en la claquant. Je restai là immobile, ne sachant quoi faire. Mon Dieu, allait-il venir directement dans ma chambre ? Je commençais à paniquer quand quelques coups discrets se firent entendre.
— Vous êtes visible, mademoiselle ?
Je reconnus aussitôt la voix bienveillante du garde, et cela m'apporta un peu de réconfort, quitte à être amenée à l'échafaud, autant que ce soit une bonne personne qui m'accompagne.
— Oui.
Ma propre voix me parut étrangère, rauque. Il me sembla que je n'arriverais pas à prononcer d'autres mots.
Le garde entra alors timidement.
Voir ce grand homme, avec une carrure aussi importante, être tellement délicat, me parut très réconfortant.
— Laird Thorburn vous attend pour le souper. Veuillez me suivre s'il vous plait.
Il me tendit le bras pour me soutenir, et là, je pus jurer voir de la peine dans son regard.
Les couloirs étaient aussi spacieux et vides que la chambre. Des tableaux manquaient à plusieurs endroits, et nous passâmes devant de nombreuses portes. Je me demandais si l'une d’elles était celle de la chambre du Juge, et quand je devrais m'y rendre. Enfin nous prîmes un grand escalier en bois sombre.
Je m’agrippai plus fort au bras du garde pour ne pas glisser sur les marches cirées, et me félicitai intérieurement lorsque nous eûmes fini la descente. Nous nous trouvions à présent dans un somptueux hall d'entrée, qui lui, était surchargé de décorations en tout genre. Il desservait à lui tout seul plusieurs pièces que je n’eus pas loisir de voir, car l'on entrait dans une salle à manger majestueuse, où, de l'autre bout d'une table incroyablement longue, m'attendait le Juge.
