Les larmes du mal - Angélique Tasca - E-Book

Les larmes du mal E-Book

Angélique Tasca

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Beschreibung

Cassandra, mère et épouse comblée, mène une vie paisible dans un petit village vendéen, entièrement dévouée à sa famille. Mais tout bascule lorsqu’elle croise le chemin du séduisant écrivain Dorian Fairlucci. Entre mystères troublants et phénomènes surnaturels, Cassandra se retrouve plongée dans un tourbillon d'incertitudes. Est-elle victime de la folie, ou y a-t-il vraiment quelque chose de plus sombre à l’œuvre ? Pour protéger sa famille, elle devra percer les secrets qui l’entourent et affronter des vérités qu’elle n’aurait jamais imaginées.

Dans cette quête angoissante, Cassandra découvrira que parfois, les apparences sont trompeuses, et que le danger peut se cacher là où on s'y attend le moins.

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Seitenzahl: 252

Veröffentlichungsjahr: 2024

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Les larmes du mal

Angélique tasca

Fantastique / horreur

Illustration graphique : Graph’L

Images : adobe stock

Éditions Art en Mots

Si Dieu est amour, le Diable en est son contraire : comment s’y méprendre ?

Les larmes sont comme les grains de sable d’un sablier, elles s’écoulent quand le présent est passé et le futur pas encore présent.

1-La rencontre…

Je me trouvais dans une caverne circulaire, les parois rocheuses étaient humides et une odeur de moisissure piquait mes narines.

Des torches étaient allumées, et remplissaient l’espace d’une lumière angoissante.

Je longeais frénétiquement les murs à la recherche d’une issue qui n’existait pas.

J’étais coincée, prisonnière.

S’il n’y avait pas de passage, comment étais-je arrivée ici ? Je baissais les yeux et la terreur m’envahit.

Sur le sol rocheux était sculpté un ouroboros aux serres acérées qui semblait se mouvoir dans le roc.

Non, ce n’était pas une impression, les gravures bougeaient, son corps se mouvait, se déroulait lentement, rampant vers moi.

En proie à la panique, je me mis à courir de long en large, cognant sur les murs, mais il n’y avait aucun moyen de lui échapper.

Je sentis alors le sol trembler et aperçus la créature qui prenait corps, doucement, elle se rapprochait de moi, de plus en plus réelle, matérielle.

Elle m’attrapa alors les épaules avec ses griffes.

Elle me fixait de ses yeux jaunes, mon visage n’était qu’à quelques centimètres de sa gueule effrayante.

Lorsqu’elle ouvrit la bouche, je découvris qu’une multitude de crochets venimeux la composait.

C’est alors qu’une langue crochue en sortit, commençant à me lécher le visage.

Sa queue s’enroula entre mes jambes et se glissa sous mon haut, avant de faire le tour de ma poitrine et d’arriver jusqu’à ma nuque.

D’une force monstrueuse, elle me fit glisser sur le sol, puis se coucha sur moi, son corps visqueux oscillant contre le mien.

Je fermais les yeux de toutes mes forces, pressant douloureusement mes paupières afin d’effacer cette vision d’horreur.

Je m’éveillais nerveuse et au bord de la nausée.

Encore un cauchemar dont j’avais énormément de mal à me souvenir, plus j’essayais, plus les images s’effaçaient.

Je filais directement sous la douche, Antoine était déjà parti travailler et Ellandra devait probablement toujours dormir, sinon ce n’est pas mon rêve qui m’aurait réveillé, mais ses petits baisers impatients de commencer une nouvelle journée.

Après cette douche revitalisante, je filai à la cuisine préparer le petit-déjeuner : les crêpes du mercredi. Puis, j’allais réveiller ma fille.

Elle était magnifique, couchée en position du fœtus, les draps « Mia et moi» au pied du lit, ses longs cheveux tombants en cascade sur le bord de son oreiller.

Un bonheur immense me submergea, comme si je ne l’avais pas vu depuis un siècle.

J’avançais prudemment entre ses jouets, puis m’assieds à ses côtés, lui enlevant les quelques mèches qui barraient son visage.

Elle ouvrit presque immédiatement ses grands yeux bleus et parut tout aussi émerveillée que moi de me voir. Lorsqu’elle se jeta à mon cou, j’aurais voulu rester comme ça pour l’éternité, mais les câlins d’Ellandra étaient toujours trop courts à mon goût. Alors, elle relâcha son étreinte, puis plongeant son regard dans le mien, l’air le plus grave au monde :

— Maman ! On est mercredi ! T’as bien fait les crêpes hein ?

— Évidemment ! Il ne me viendrait jamais à l’esprit de gâcher ton mercredi en te servant des modestes céréales ! lui répondis-je en exagérant chacun de mes mots.

Elle me remercia d’un baiser sur la joue, tout en rigolant, puis se précipita dans la cuisine.

Dieu que je pouvais l’aimer.

Après avoir fini son petit-déjeuner pendant lequel nous avions revu le programme de la journée, elle courut se préparer pour venir avec moi, faire des courses, en prévision du pique-nique que nous avions prévu, dès que son père serait rentré du travail. Elle avait décrété que s’il pleuvait, nous le ferions dans le salon avec ses peluches.

J’enfilai un jean et un pull bleu confortable qui cachait mes kilos en trop, et couvrait mes fesses. Si j’avais pu, c’est en crocs et sarouel que j’aurais arpenté les rayons du supermarché, tel un mix entre babas cool, et infirmière zombie, mais je faisais le minimum d’efforts vestimentaires pour ne pas faire trop honte à ma fille qui généralement me conseillait toujours sur mes vêtements, car même à six ans, elle avait bien plus le sens de la mode que moi.

Elle m’attendait déjà dans l’allée et fit la moue devant son vélo :

— Je peux le prendre, s’il te plaît ?

Ellandra avait bien insisté sur ce dernier mot, mais je répondis par la négative, je savais par expérience, qu’elle ne voudrait pas faire le trajet de retour sur son vélo et que je me retrouverais le dos cassé en deux à pousser son vélo et à porter les courses, avec une enfant à la traîne, me disant à quel point elle avait mal aux pieds. Nous prendrons donc la voiture.

Elle fit la tête quelques instants, mais sa bonne humeur quotidienne reprit le dessus et elle monta dans la voiture. Le trajet se fit en chansons avec « Les bêtises » de Sabine Paturel.

Une fois dans le magasin, je chargeai en priorité dans le caddie les courses pour le repas, puis me retrouvai devant le papier toilette, cherchant le prix le plus bas de ces fameux rouleaux dont le tube se désintègre dans les toilettes. Tout en examinant les étiquettes, je repensais, avec amusement, à ce que disait souvent Antoine : il ne fallait pas s’y méprendre, les prix affichés pouvaient être trompeurs, le nombre de rouleaux, le nombre de feuilles, ou encore l’épaisseur de celles-ci, déterminaient si, oui ou non, tel ou tel paquet était le moins cher, à cela, il fallait ajouter comme outil de comparaison, les motifs, et/ou bien s’ils étaient parfumés ou spécialement conçus peau sensible.

Alors que je commençais à devenir folle, Ellandra, qui s’impatientait, me tira par la manche, pour aller vers le rayon des livres.

Au bout de plusieurs tentatives d’autorité, je finis par abandonner, en prenant le paquet avec des motifs de grenouilles, parfumé à l’aloe vera, celui-là même que je prenais toujours.

C’est en me retournant, sur le point de rouspéter ma fille qui me poussait avec le caddie, que je le percutai.

À part dans les films, je ne savais pas qu’un homme aussi beau puisse exister : tel un mirage, grand, des yeux en amande et les cheveux bruns, il devait avoir entre la quarantaine et la cinquantaine et on lui devinait un corps sec et musclé sous sa veste sombre.

Une odeur sucrée émanait de lui.

Je me mis alors à balbutier quelques excuses inaudibles, avant de baisser le regard vers mes pieds, les joues chaudes, telle une enfant.

— Ce n’est rien, les rouleaux de papier toilette ont amorti le choc !

Il sourit, laissant découvrir des dents blanches et parfaitement alignées.

Dieu qu’il était beau ! Il n’était probablement pas humain et je l’imaginais se réveillant le matin exactement comme il se couchait, à moins qu’il ne dorme pas, ce qui était bien plus vraisemblable.

Je m’aperçus alors que ses mains étaient posées sur les miennes qui tenaient le paquet de papiers toilette.

Comme brûlée par ce contact, je me surpris à tirer brusquement sur ma prise, pour me dégager. Son regard se troubla.

L’hypnose était rompue.

Très mal à l’aise, je pris la main de ma fille et poussai le caddie en m’éloignant vers la direction des livres.

Tout en me questionnant sur ce qui venait d’arriver, je laissais Ellandra fouiner dans les livres de son choix, l’intimant de se diriger vers des lectures plus romanesques, mais elle s’obstinait à choisir les œuvres à la couverture la plus angoissante qu’elle trouvait.

— Maman, je veux lui ! S’il te plaît ?

Ellandra me faisait la moue devant un livre de contes « les histoires de grands méchants loups ».

Je m’apprêtais à entrer dans un long débat, dont je savais pertinemment l’issue, lorsqu’une voix suave me fit sursauter.

— Une petite fille de ton âge risque de faire des cauchemars avec ce genre de livres, ne penses-tu pas ?

C’était encore lui, l’homme au physique d’Apollon.

Tout beau soit-il, je ne supportais pas qu’un inconnu fasse irruption dans ma vie, et encore moins qu’il donne son point de vue dans l’éducation de ma fille.

Je tirai ma fille vers moi, qui ne se laissa pas impressionner par cet inconnu.

— J’ai six ans et j’ai peur de rien, à part des araignées et des moustiques parce qu’ils piquent, c’est tout… Et peut-être des clowns, parce qu’ils ne sont pas drôles, et un peu de maman quand on joue aux zombies…

—  Ellandra, ma puce, je crois que le monsieur a compris, tu es une grande fille, et de toute manière, il n’y a que moi qui décide de ta lecture.

Voilà que je me faisais la plus grande possible, le menton en avant et malgré tout son charme, je le mettais au défi de me répondre. Pour la seconde fois, je pus voir son regard se troubler avec un soupçon de déception. De toute évidence, cette personne n’avait pas l’habitude qu’on lui tienne tête.

— Excusez-moi, je n’avais pas l’intention d’être intrusif, voyez-vous, je suis écrivain. Je publie des ouvrages dérivés des contes populaires, je les rends plus… Réel. Et beaucoup plus terrifiant. Par conséquent, j’ai tendance à oublier ceux écrits pour les enfants.

— OK. À l’occasion, je lirais un de vos livres, bonne journée ! répondis-je machinalement.

Tandis que j’emboîtais le pas à ma fille, la pressant d’avancer plus vite, tout en balançant « les histoires de grands méchants loups » dans le caddie, une main se posa sur mon épaule.

Un frisson glacé me parcourut l’échine. Je me retournai vivement, face à l’inconnu.

— Dorian Fairlucci

— Pardon ?

— Mon nom, pour votre lecture

— Ah d’accord. Ça marche.

Je m’éloignais le plus rapidement possible, comme si j’avais le diable aux fesses, sentant son regard brûler ma nuque et une certaine excitation m’envahir.

Arrivées à la maison, je laissais les courses aux mains de mon mari, rentré du travail, et d’Ellandra qui lui expliquait le programme de la journée. N’y tenant plus, je me précipitais sur l’internet, sous le regard consterné d’Antoine, devant la quantité de fioritures achetées à notre fille.

Une fois assise devant l’ordinateur, je laissais mes doigts parcourir le clavier :

Dorian Fairlucci.

Je ne pouvais pas le nier, j’étais intriguée, captivée.

Ce n’était pas la première fois que je me sentais mal à l’aise face à une personne, mon mari pensait que j’étais très sensible à la personnalité des gens, que je percevais leur véritable nature et apparemment, je me trompais rarement.

Cependant, cette fois c’était différent, j’avais ressenti un mélange de peur et de mal-être, ainsi qu’un profond désir charnel, dont je n’étais pas fière.

Jamais auparavant, je n’avais eu une telle sensation.

Comme pour accentuer mon sentiment, la page n’affichait qu’un seul résultat. Chose qui ne mettait jamais arrivée sur le moteur de recherche, je ne savais même pas que c’était possible.

Je cliquai sur le lien.

La page de garde affichait une photo qui représentait une sorte d’ouroboros à cornes, mais au lieu de se mordre la queue, des serres sur l’arrière du corps, se refermait sur la gorge reptilienne.

Sans savoir pourquoi, une boule se forma dans ma gorge. Une impression de déjà vu, un malaise intense qui s’accentua lorsque la page devint noire.

Je la rechargeai plusieurs fois puis tentais de la rafraîchir, mais toujours rien, elle n’affichait que du noir, le néant.

— Antoine ? Viens-s’il te plaît ! m’écriais-je d’une voix plus aiguë que je ne l’aurais voulu.

— J’arrive. Ce n’est pas comme si j’étais occupé !

Légèrement agacée par le ton sarcastique de sa voix, je l’attendis de longues minutes, pendant lesquelles je dus faire une centaine de clics sur les flèches pour rafraîchir la page.

— Tu as encore planté l’ordi ! Je t’ai dit au moins cent fois de ne pas télécharger de films sur n’importe quel site !

Il se tenait au-dessus de mon épaule, les sourcils froncés, sans que je ne l’aie entendu arriver.

— Mais non, ça n’a rien à voir, regarde… c’est quand j’ouvre le lien ; la page qui s’affiche est noire.

Puis je revins en arrière et lui montrai la manœuvre.

— Ah ! Attends, laisse-moi regarder.

Je lui laissais ma place, puis il répéta exactement ce que je venais de faire, ce qui m’irrita profondément, pour enfin conclure, à mon grand désarroi, que c’était la page qui était noire.

— Merci, j’avais remarqué ! répondis-je agacée.

— Mais non, ce que je veux te dire, c’est qu’il n’y a pas de bug, la page est volontairement noire.

— Ce n’est pas logique…

— Non, c’est bizarre. C’est qui ce Dorian Fairlucci ? m’interrogea-t-il

J’hésitais un instant, puis je lui expliquais ma mésaventure, sans lui épargner les détails quant au sublime physique de ce Dorian.

— Ensuite, il m’a dit qu’il écrivait des versions plus crash des contes populaires. À croire que c’est un mytho en plus d’être une « Marie mêle tout »

— Peut-être aussi qu’il se prend pour un artiste du nouvel art et qu’il veut se donner un genre mystérieux avec ce genre de mise en scène.

Il avait certainement raison, pourtant, je n’arrivais pas à oublier son visage, ses traits étaient imprimés dans mon esprit, surtout son regard.

Le reste de la journée se déroula normalement avec le pique-nique suivi de plusieurs parties de jeux de société. Puis Ellandra se retira dans sa chambre pour jouer avec ses poupées, pendant qu’Antoine et moi rangions le bazar et buvions un bon verre de Chardonnay, en récompense de notre self-contrôle devant les exigences de notre progéniture lorsqu’il s’agit de jouer en famille.

Ainsi, nous évoquions ensemble les problèmes qu’Antoine rencontrait au travail et sa lassitude de faire son métier de représentant en produits alimentaires de luxe.

Je sentais qu’il avait de plus en plus de mal à se sentir en accord dans un milieu qui ne lui correspondait pas, malgré des revenus largement au-dessus de la moyenne, il n’y trouvait plus de plaisir.

Après avoir fait le tour des horizons à décrire les différentes éventualités qui pouvaient s’offrir à nous professionnellement, la bouteille entière y était passée.

Ellandra vint me chercher, les yeux remplis de fatigue, pour que je lui fasse la lecture du soir.

Je m’exécutais après avoir embrassé Antoine, espérant avoir réussi à lui apporter un peu de réconfort.

Après lui avoir lu son nouveau livre, Ellandra eut beaucoup de mal à s’endormir, réclamant que je reste avec elle.

J’étais prête à céder, lorsqu’après un dur marchandage, à coup de lumières allumées et d’une « garde de protection » en érigeant toutes ses peluches devant sa porte et sous son lit, elle s’endormit finalement comme une masse.

Effectivement, les histoires de grand méchant loup à une petite fille de six ans, avant le coucher du soir, n’étaient pas forcément une bonne idée.

Je l’admirais quelques instants et replaçais les quelques boucles qui tombaient sur son doux visage, avant que la fatigue, enrobée d’alcool, n’eût raison de moi.

Antoine était déjà endormi et dans mon esprit, je refis le film de ma journée.

Cette collision avec Dorian Fairlucci m’avait réellement perturbée.

Je ne saurais dire pourquoi, mais d’une rencontre qui aurait dû être anodine, plusieurs sentiments étranges se mélangeaient en moi : une certaine fascination pour son regard si particulier et rempli d’émotion, que je ne parvenais pas à en saisir le sens, une forte attirance physique au contact de sa peau, de son odeur, mais aussi du malaise, proche de la crainte de perdre tout ce que j’ai…

C’est sur ces dernières pensées, que je m’endormis.

Je me trouvais dans une caverne circulaire, les parois rocheuses étaient humides et une odeur de moisissure piquait mes narines.

Des torches étaient allumées, et remplissaient l’espace d’une lumière angoissante.

Il n’y avait pas d’issue.

J’étais prise au piège.

Sur le sol rocheux était sculpté un ouroboros aux serres acérées, son corps se déroulait lentement, prenant forme, il se mit à ramper vers moi.

Une terreur inexplicable m’envahit et je me mis à courir de long en large, cognant sur les murs de façon frénétique, à la recherche d’une sortie, mais il n’y avait aucun moyen de lui échapper.

C’est alors qu’il me fit face et m’attrapa les épaules avec ses griffes.

La créature me fixait de ses yeux jaunes, mon visage n’était qu’à quelques centimètres de sa gueule effrayante.

Lorsqu’elle ouvrit la bouche, je découvris qu’une multitude de crochets venimeux la composait.

C’est alors qu’une langue crochue en sortit, commençant à me lécher le visage, imprégnant ma peau d’une odeur de décomposition.

Sa queue s’enroula entre mes jambes et se glissa sous mon haut, avant de faire le tour de ma poitrine et d’arriver jusqu’à ma nuque.

D’une force monstrueuse, l’ouroboros me fit glisser sur le sol, puis se coucha sur moi.

Tandis que je sentais ses crochets s’enfoncer de plus en plus dans ma chair, mon regard plongea dans les ténèbres du plafond et l’épouvante me submergea.

Une créature cornue y était tapie et me regardait fixement, les yeux plongés dans les miens.

Je reconnus ce regard.

Je me réveillai en sueur, secouée par Antoine.

— Réveille-toi ! me cria-t-il.

— C’est bon, c’est bon, je suis réveillée, arrête de me bousculer !

Il me relâcha tout en me regardant d’un air suspicieux, comme s’il s’attendait à ce que je devienne hystérique d’un instant à l’autre.

— Tu n’arrêtais pas de hurler en te débattant ! Je n’arrivais pas à te réveiller, tu m’as fichu une de ces frousses !

— Excuse-moi, j’ai fait un affreux cauchemar, c’était horrible…

Alors que je voulais lui raconter mon rêve dans l’espoir de le dédiaboliser, les pleurs d’Ellandra se firent entendre.

— Tes cris ont dû la réveiller. Reste tranquille, j’y vais.

Il me déposa un baiser sur le front avant de sortir de la chambre.

Je tendis l’oreille pour surveiller les pleurs d’Ellandra, et me détendis quand je l’entendis se calmer, réconfortée par son père.

Une odeur putride couvrait ma peau. Était-ce mon imagination ? N’en pouvant plus, j’allai à la salle de bain pour me débarrasser de ce remugle.

Tandis que je remplissais le lavabo, j’examinais mon visage. J’avais une mine affreuse, une expression d’horreur tirait mes traits. Je m’ébrouais pour la faire disparaître et plongeai ma face dans l’eau froide.

Des images de mon cauchemar me revenaient à l’esprit, Dieu que ça avait l’air réel !

Cette caverne sans issue, cette odeur fétide emplissant mes narines, l’ouroboros prenant corps, je pouvais encore sentir ses écailles visqueuses ramper sur ma peau.

Et surtout cette créature cornue, son regard.

C’était la première fois que je me rappelais l’un de mes rêves et qui plus est, avec autant de réalité.

Lorsque je tendis le bras pour prendre la serviette afin de m’essuyer, je sentis une forte douleur dans celui-ci. Inquiète, je me dévêtis. Quatre petits trous marquaient chacune de mes épaules, à la manière des doigts d’un rapace, comme des serres.

2-Ce n’est rien…

Après plusieurs jours, Antoine et moi avions supposé que ce fut lui-même qui m’avait blessée, alors qu’il essayait de me réveiller.

Même si le doute persistait, c’était la seule explication valable.

Aucun de nous deux ne voulions imaginer, que mes rêves puissent se manifester physiquement.

Je n’avais pas fait d’autres cauchemars, et même si une légère inquiétude planait au-dessus de ma tête, je passai à autre chose et je vaquai à mes occupations habituelles : l’école, la cuisine, les courses, le ménage, les promenades avec nos deux chiens et surtout mon passe-temps de couturière qui me permettait de me mettre de côté quelques économies, lorsque les voisines me donnaient à raccommoder leurs vêtements.

Antoine quant à lui, était de plus en plus absent pour son travail de commercial.

Les ventes devenaient de plus en plus compliquées avec une concurrence rude, particulièrement à cause d’Internet ou de grossistes sans scrupules qui vendaient des produits étrangers bon marché, d’une qualité moindre, mais à un prix bien plus concurrentiel.

Et malheureusement, pour beaucoup ce n’était qu’une histoire de marge et de bénéfice. Seule une petite poignée de restaurateurs ne jurait que par des produits qualitatifs et respectueux d’un commerce raisonné.

Il mettait donc les bouchées doubles pour mettre de l’argent de côté afin de réaliser un petit projet qui lui tenait à cœur depuis notre discussion : quitter son emploi pour ouvrir son propre commerce en Bretagne.

Je l’encourageais dans cette voie, emballée par l’idée de travailler ensemble et de partager cette nouvelle aventure. Pour notre fille ce serait parfait !

En fin d’après-midi, j’achetais ma tranquillité pour un bon moment, en allumant l’ordinateur à Ellandra, qui adorait jouer à des jeux où il fallait soigner des poneys.

Pendant ce temps, je m’occupais de faire le grand lessivage des fenêtres et baies vitrées, puis à préparer un apéritif, car nous recevions le soir même, nos amis Éloïse et Roger avec leurs jumeaux, pour un « burger parti » : il s’agissait d’avoir une multitude d’accompagnements, de bons steaks hachés, nos petits pains ronds et une plancha. On pouvait alors composer nous-mêmes notre burger jusqu’à ce que notre ventre soit trop plein pour avaler quoi que ce soit d’autre, à part de la bière sans aucun doute.

Je connaissais Roger depuis aussi loin que je me souvienne, nous avions eu une amitié ambigüe, jusqu’à ce qu’à l’université, Éloïse devienne ma meilleure amie et que Roger en tombe raide dingue amoureux, à mon plus grand soulagement.

C’est elle qui me fit rencontrer Antoine, peu de temps après, lors d’une journée de cohésion de partenaires d’entreprise à Montréal.

Je n’avais pas toujours eu des fringues trop confortables pour qu’elles soient belles, les cheveux à peine démêlés, et un paquet de lingettes bébés qui me suivait partout où j’allais. Non, j’avais été recruteuse de talent pour une boîte canadienne. Je faisais très bien mon boulot d’ailleurs, et j’adorais ça.

Une fois mon contrat terminé, nous étions rentrés en France, tous ensemble, Éloïse a de suite repris son poste dans la filière française, quant à moi, je suis tombée enceinte. Ma vie changeait, ainsi que mes priorités. Hors de question de faire passer le travail avant mon enfant. Notre bonheur à Antoine et à moi était complet.

Nous avions décidé d’avoir la surprise quant au sexe du bébé, quel qu’il soit, nous étions aux anges.

Sept mois plus tard, lors d’une visite de routine chez mon gynécologue, j’apprenais que mon enfant était mort. Antoine était en déplacement pour deux semaines et ne voulant pas lui annoncer par téléphone, j’avais voulu attendre qu’il rentre pour le lui dire.

Je restais avec mon bébé en moi plusieurs jours avant que ma santé ne soit en danger.

J’avais l’impression que tant que je le gardais dans mon ventre, il était présent avec moi, je ne pouvais pas envisager de l’abandonner.

Roger, très présent pendant cette éprouvante période, m’avait convaincue que cette situation était malsaine. L’enfant était mort, un cadavre habitait dorénavant mon ventre et il fallait que je fasse mon deuil alors même qu’il était en mon sein.

Mis au courant par Eloïse, Antoine rentra en urgence, dévasté.

En vue de mon état de santé, l’idée de me faire accoucher par voix basse fut vite abandonnée et on pratiqua une césarienne pour l’extirper de cette bulle qui aurait dû le protéger.

Je regrettais aujourd’hui de ne pas avoir eu le courage d’être une mère jusqu’au bout, et donner à cet enfant pour premier et dernier cadeau de naître comme il aurait dû naître.

La douleur avait été intolérable et je pensais qu’elle le resterait toujours.

Pourtant, petit à petit, elle s’adoucit pour laisser place à la tristesse et le regret.

Je dus me séparer de tous les achats pour sa venue : ce qui aurait dû être son premier doudou, son petit berceau que j’avais mis tant de temps à choisir en comparant tous les modèles. Ce fut tellement éprouvant.

Antoine et moi étions déjà très proches et cette épreuve n’a fait que nous rendre encore plus dépendants l’un à l’autre, jusqu’à ce que, sans l’avoir réellement espéré, la prunelle de mes yeux arrive : Ellandra.

Une magnifique poupée, parfaite en tout point.

C’est elle qui me donna réellement envie de continuer, de rester dans cette vie qui m’avait paru si étrangère depuis le décès de mon bébé.

J’essayais de penser à autre chose tandis que je finissais de dresser la table. Trop souvent, je me perdais dans ces douloureux souvenirs, laissant le temps couler, sans m’en rendre compte.

Lorsque Antoine rentra du travail, il fila immédiatement embrasser notre fille, puis me prêta main-forte en cuisine, car après m’être autant épanchée sur moi-même, j’étais à la traîne.

On eut rapidement préparé les accompagnements. Alors en attendant nos amis, je m’amusais à plier les serviettes pour leur donner des formes de bottines, pendant qu’il me racontait sa journée et ô combien il en avait marre de ce travail, lorsqu’on sonna à la porte.

Je me précipitais pour ouvrir :

— Salut ma belle ! Tu as une mine effroyable !

C’était Eloïse, et je l’aimais pour cela, elle était incapable de faire semblant, de mentir. C’était la personne la plus vraie que je connaissais. Une fois habitué à entendre les quatre vérités sur son physique, son intellect ou sur sa vie en général, il s’avérait que c’était formidable d’avoir une amie comme elle, une confidente parfaite qui pouvait nous ouvrir les yeux sur la réalité.

— Oui, je sais, je dors super mal en ce moment, lui confiais-je, l’air coupable.

— Ah ! Je vais te donner le nom d’une hypnotiseuse, elle est super et elle a fait des merveilles avec mes kilos en trop ! s’exclama-t-elle tout en me tendant sa veste en jean.

— Tes kilos en trop ? Tu les as cachés où ? Enceinte des jumeaux, on aurait dit que tu avais avalé une pomme ! rétorquais-je avec une pointe de jalousie.

— Laisse tomber, elle fait une fixation sur ses bras.

Roger venait de franchir l’entrée, les bras chargés de trois sacs à langer et des deux cosys avec les jumeaux qui y dormaient à poings fermés et pour le coup, lui aussi avait une sale tête.

— Houla, j’en connais un autre qui a besoin de sommeil ! rigolais-je en lui faisant la bise.

— Oui, le congé parental ne me va pas au teint et comme Elo fait des heures sup’ en ce moment, ce n’est pas la joie… J’aurais juste besoin de cinq heures de sommeil, je suis sûr que ça me suffirait, parce que là, tu vois, les jumeaux s’amusent à se réveiller chacun leur tour, toutes les heures à partir de minuit. Je suis vanné !

— Ne te fais pas d’illusion, je peux t’assurer que le sommeil appelle le sommeil ! ironisa Antoine, tout en débarrassant Roger des sacs

Éloïse, me pressa pour aller au salon, puis elle se mit à chuchoter tout excitée.

— Je lui ai préparé une petite surprise, les heures sup, c’est parce que ce que j’ai pris des dossiers supplémentaires, pour me faire un max de fric et prendre des vacances !

— Toi ? Des vacances ? Mais où est passée ma meilleure amie, qui, enceinte de huit mois se levait à cinq heures du mat’, pour ne pas rater un contrat ? Et qui n’a même pas pris son congé maternité ? Ni parental d’ailleurs…

— Chuuuut ! Justement, il est temps ! Les séances avec l’hypnotiseuse m’ont donné envie d’en prendre ! Alors je me suis arrangée avec ma boîte et ils m’ont fait une promesse écrite, pour que je retrouve exactement le même nombre de clients quand je rentre de vacances ! Cool, non ?

— Dans ton monde, j’imagine que oui…

— Ho, tu sais très bien que je suis payée au nombre…

— Oui, je sais, sauf que tu as tellement de fric que tu pourrais t’arrêter de travailler pendant trois ans !

— Oui eh bien, peut-être que je prendrais ma retraite jeune, comme ça quand les jumeaux seront adultes, je pourrais m’offrir une seconde jeunesse !

— Ou alors, tu traverses la rue et te fais ratatiner par un camion, et du coup, tu n’auras pas profité, je dis ça, mais je ne dis rien.

Je voulais juste la taquiner, comme elle savait si bien le faire, mais étonnamment elle prit la mouche et tourna les talons.

— Bah, ne dis rien alors ! On n’a pas le même point de vue depuis que tu ne bosses plus, que tu es la bonne à tout faire de cette famille et que tu veux passer chaque minute de ton existence avec ta fille. Je ne sais pas où Antoine trouve sa place entre vous deux d’ailleurs !

Elle balaya ses derniers mots du revers de la main, me laissant pantoise, avant d’aller se servir un verre de vin rouge que nous avions mis à décanter sur la table.

Elle n’avait pas tort sur ce dernier point, je ne pensais pas être une mère poule, ou une mère étouffante, mais il est vrai que je ne m’imaginais pas laisser ma fille à une nounou pour aller prendre du bon temps, alors que je pouvais être avec elle, car à mes yeux, c’était ça, passer du bon temps.

Je savais que ce n’était pas bien pour mon couple, mais je ne pouvais pas m’en empêcher.

Je voulais profiter le plus possible de ma fille, comme si le temps était compté.

— Bon de toute manière ce n’est pas le sujet, vous allez partir où en vacances ? lançais-je pour détendre l’atmosphère.

— Côtes-d’Armor, pendant 2 semaines ! Dans le moulin de ma grand-mère, comme elle est morte, on sera tranquille !

Elle affichait un sourire radieux, presque effrayant alors qu’elle venait de m’annoncer la mort de sa grand-mère, Lucie Sardan.

Pour l’anecdote, je l’avais connu bien avant de faire la rencontre d’Éloïse.

Petite fille, avec Roger, nous passions nos vacances scolaires dans le petit village où elle habitait, Diaoulez, près des côtes. Elle avait connu une petite notoriété en tant que mannequin et actrice dans les années 40 et se rendait souvent au café librairie faire des dédicaces.