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plat traditionnel emblématique de la cuisien Levantine,le Kebbeh ou Kebbé peut être préparé de dizaines de manières . il fait partie de toutes les celebrations Levantines et magnifie toutes les tables
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Seitenzahl: 38
Veröffentlichungsjahr: 2025
À Alep, ma ville natale, capitale mondiale du kebbé ville de mille histoires et de trésors cachés.
À cette maison tissée de souvenirs qui m’a donné le goût du bon , encore miraculeusement debout aujourd’hui malgré toutes les guerres,
Qui a vu grandir nos rêves et nos rires, qui a si joliment cultivé nos souvenirs. Lieu de réconfort, témoin silencieux d’épreuves et de joies, auquel je reviens si souvent en pensée.
Transformée aujourd’hui par les hasards de la politique et de la vie en lieu vecteur de culture, je suis heureuse de la voir envers et contre tout continuer à transmettre le beau.
"La nourriture est un symbole de l'amour quand les mots sont insuffisants."
Alan D. Wolfelt
À toutes les mains qui, avec patience et soin m’ont appris à te goûter.
À toutes celles qui te préparent dans les cuisines.
Toi qui es mémoire vivante des festins passés et des rires partagés.
Toi qui constitues une invitation permanente à se retrouver, hommage aux saveurs et aux épices de notre histoire levantine.
À la promesse que tu nous offres, celle de ne jamais oublier d'où nous venons et nous pousses à nous retrouver.
Le kebbé symbolise toujours un moment de partage et de convivialité, des repas en famille, des fêtes et des rencontres entre amis autour d’une table riche en saveurs. C'est un plat dont la préparation demande du temps et de l’attention, mais chaque bouchée rappelle l’héritage culinaire et culturel des générations passées.
Autour du kebbé se retrouve l’essence de la transmission. Bien plus qu'une simple recette, il raconte une histoire de traditions, celles qui traversent les époques et les frontières et tiennent tête à toutes les crises et toutes les guerres, unissant les peuples autour des mêmes goûts et des mêmes souvenirs.
Chacune de ces petites boules de kebbé est un hommage à la cuisine levantine… Chacune raconte une histoire.
L’installation du régime Baas en Syrie au début des années soixante avait donné lieu à des transformations drastiques dans les secteurs de la vie sociale, culturelle et économique du pays.
La littérature et la presse internationale étaient soumises à une censure radicale. L’enseignement scolaire et universitaire longtemps épargné, avait fini par céder aux sirènes du nationalisme arabe, insufflé par les nouvelles alliances décidées par le régime, avec l’Égypte, l’Irak et la Jordanie. C’est ainsi que la langue arabe devient du jour au lendemain la langue officielle de l’apprentissage scolaire. Pour mes parents, la décision de migrer vers Beyrouth devient alors impérative.
En attendant de pouvoir la concrétiser, ils décident d’organiser notre scolarité sous forme de cours particuliers, donnés en français à la maison. Une résistance culturelle s’organise en petit comité avec un groupe de parents acquis à l’idée et d’une douzaine d’enfants, mes camarades de classe.
Grâce à deux révérends pères Jésuites au dévouement absolu, Père de Léo et Père Hamaoui, additions et soustractions deviennent aimables et la comtesse de Ségur quasiment un membre de la famille. En guise de récréation, nous avons droit, pour assurer le salut de nos âmes, à l’histoire de la vie des Saints, celle d’Ignace de Loyola en particulier.
Ma reconnaissance pour ces professeurs volontaires et bienveillants reste infinie. Ils ont réussi à nous donner envers et contre la stupidité des mesures politiques, le goût du savoir et la curiosité du monde.
Le souvenir gourmand le plus marquant lié à cet apprentissage de fortune est celui du mardi, jour officiel du kebbé à la maison. Le bruit régulier du pilon de bois en cuisine, liant intimement le mélange de viande d’agneau et de blé concassé dans le“ jern”, cuve en marbre rose, rythmait l’apprentissage de l’imparfait.
Dans le salon où de petits pupitres de fortune avaient été disposés, le parfum des épices se mêlait tendrement au subjonctif.
Au moment du déjeuner le professeur du jour s’attablait avec nous pour savourer la thématique du plat, interprétée au fil des saisons : kebbé aux coings en septembre, au jus de grenade ou remaniyeh en octobre, diverses formes de kebbé végétariennes pendant la période du Carême, opulents et délicieusement farcis de griottes en juin. Quels qu’en soient les goûts, ils m’étaient tous synonymes de bonheur !
J’adorais le kebbé et son alchimie me fascinait totalement. Son goût et ses arômes sont indissociables pour moi d’Alep, reine des épices.
Texte tiré du livre « La Nuit de la pistache »
Noha Baz
Mars 2018
Éditions « Noir et blanc »
