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Thomas, un ancien délinquant, profite de son amitié avec Arthur, pour persuader celui-ci de rencontrer une richissime châtelaine. La rencontre, qui se voulait courtoise, bascule en drame. Thomas, jugé coupable, est condamné à quinze ans de prison. Arthur, de son côté, construit sa vie et rencontre Suzanne. Dix ans s'écoulent. Thomas est libéré. Son projet : retrouver son ami et accomplir sa terrifiante vengeance, mise au point durant toutes ces années d'enfermement.
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Seitenzahl: 302
Veröffentlichungsjahr: 2023
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Chapitre I: Générations de Brestel et de Marveuil
Chapitre I: Générations de Brestel et de Marveuil
Chapitre I: Générations de Brestel et de Marveuil
Chapitre II: 2002 - Cabourg
Chapitre III: Thomas - 2003
Chapitre IV: Dives-sur-Mer - 2007
Chapitre V: Interrogatoire d’Arthur Reynaert Commissariat de police
Chapitre VI: Suite de l’interrogatoire d’Arthur Reynaert Commissariat de police
Chapitre VII: Interrogatoire de Thomas Valois Commissariat de police
Chapitre VIII: Interrogatoire de Thomas Valois Commissariat de police
Chapitre IX: Château du Boischampré - 2007
Chapitre X: Cabourg - 2007
Chapitre XI: Audition devant le juge d’instruction Arthur Reynaert 2007
Chapitre XII: Audition devant le juge d’instruction Thomas Valois 2007
Chapitre XIII: Marie-Anne
Chapitre XIV: Quatre ans plus tard - 2011
Chapitre XV: Deux ans après le procès - 2013
Chapitre XVI: Centre pénitentiaire de Caen 2023
Chapitre XVII: Pendant ce temps-là
Chapitre XVIII: Les États-Unis
Chapitre XIX: Septembre 2023 - Cabourg
Chapitre XX: Quelques jours après le départ de Margaux La visite
Chapitre XXI: Quatre semaines après la visite de Thomas Novembre 2023
Chapitre XXII: Deuxième partie du plan de Thomas
Chapitre XXII: Au château du Boischampré
Chapitre XXIII: Hôpital de Caen
Chapitre XXIV: Vente aux enchères
Générations de Brestel et de Marveuil
1re partie - Les de Brestel
Madame, Marie-Sophie de Brestel épouse, de Marveuil, fait partie d’une longue lignée de la noblesse française et se plaît à raconter, lorsqu’elle en a l’occasion, que l’un de ses ancêtres Henry Léon Paul, duc de Brestel, marié à Éléonore de Fréjeant, décida au moment de l’établissement du gouvernement révolutionnaire dans le Nord et le Pas de Calais, de ne pas se sacrifier pour le roi de France. Dès lors, craignant une arrestation, celui-ci prit ses cliques et ses claques et fuit vers les Pays-Bas, laissant derrière lui tous ses biens.
On dit même qu’Henry hésita à combattre la révolution de l’extérieur et à intégrer l’armée des émigrés pour libérer la famille royale et rétablir la monarchie. C’est cette incertitude qui lui vaudra de garder la vie sauve. Les de Brestel, dès lors, seront bannis de France et relégués à une inscription officielle sur la liste des émigrés, ces nobles hostiles à la Révolution française. Aussitôt répertoriés, tous leurs biens, châteaux, terres, fermes, seront saisis et vendus au profit du gouvernement. Le reste de la famille, ayant vigoureusement refusé sous la contrainte, de s’accommoder avec les nouvelles autorités révolutionnaires, ira croupir à la prison d’Arras, jusqu’à la fin de la Terreur.
Homme d’affaires redoutablement doué, Henry Léon Paul fera quant à lui, fortune dans l’industrie métallurgique.
À l’âge de vingt-cinq ans, son fils Charles Henry de Brestel héritera de son empire et se chargera de le faire prospérer avec succès en investissant, notamment, dans les industries minières et ferroviaires.
*
En 1840, Charles Henry et sa femme Marie-Valentine de Courtisse, décident de refouler le sol français, pour tenter de reconstituer le patrimoine immobilier de la famille. Ils contactent alors plusieurs notaires du Nord de la France leur expliquant l’affaire, en précisant qu’ils auraient une préférence pour s’établir en Normandie.
Revenant d’un voyage à l’étranger, maître Gaillard, notaire à Cabourg, leur parle aussitôt du château du Boischampré laissé à l’abandon par manque d’acquéreur et ayant appartenu aux de Brestel. La demeure est située à 2km du centre de la commune, qui n’est encore à cette époque, qu’un petit village de pêcheurs de deux cents âmes, entouré de dunes herbeuses.
- Les travaux sont importants, je le confesse, mais croyez-moi, cher ami, j’ai entendu dire qu’un homme d’affaires, un confrère pour ainsi dire, car cette personne est un avocat parisien, a le projet de créer une station thermale à Cabourg et de faire de ce village que personne ne connaît, un lieu touristique pour une bourgeoisie fortunée. On raconte d’ailleurs que ce projet a été financé par cette même personne, à raison de douze millions de francs par actions au porteur de cinq cents francs chacune et qu’elle a déjà acheté à bas prix, les terrains riverains de la mer englobant les dunes et les herbages.
Tout cela est de bon augure, car vous connaissez comme moi, la vogue du bon air normand et des bains de mer très appréciés par la grande bourgeoisie française. Il paraît même que nous allons voir des Anglais et des Suisses s’installer chez nous. Vous feriez donc une excellente affaire, et à n’en pas douter, ce château deviendra le diamant de notre village.
Charles Henry de Brestel commença à croire que le notaire avait raison et que, si de tels investissements étaient réservés à la création d’une station thermale, ils appelleraient d’autres constructions comme des hôtels et des restaurants et peut-être même, des lieux de divertissement, car il était notoire que l’élite fortunée européenne, recherchait le plaisir et les distractions.
Sur les conseils de maître Gaillard, Charles Henry de Brestel et sa femme, acceptèrent donc un rendez-vous et se rendirent sur place.
Trônant sur un « puy » d’où il surveille les côtes anglaises à l’horizon, le château du Boischampré à l’allure majestueuse et aux proportions raffinées, leur apparut, se laissant admirer de fort loin depuis la plaine.
- Voilà, nous y sommes.
Ils découvrirent d’abord, une haute grille aux pointes dorées à la feuille d’or, œuvre magistrale de plusieurs ferronniers. Celle-ci encerclait la totalité du domaine qui s’ouvrait par un portail monumental, orné de colonnes toscanes jumelées, donnant sur une longue allée plantée de tilleuls centenaires, dont les branches arc-boutées s’entremêlaient, formant un toit roman, emportant les promeneurs jusqu'au logis d'honneur, dans un monde féérique.
À l’entrée, la demeure du gardien accueillait les hôtes et les visiteurs. Au fur et à mesure que l’on avançait, le château du 16e siècle, en briques rouges et ardoises se dévoilait avec sa quarantaine de baies surmontées de faîtières, flanqué de sa façade et de ses deux tourelles d’agrément aux toits octogonaux à pans coupés et lucarnes. De part et d’autre de la cour d’honneur, en retour d’équerre, des écuries, symbole de richesse pour un seigneur et un peu plus loin, une orangerie et un immense pigeonnier. Le style classique aux lignes parfaites, faisait de l’endroit, un site unique.
Au cours des siècles et des différents régimes politiques, la bâtisse avait connu des périodes de rachat, de destruction et d’occupation et malgré plusieurs années d'abandon, l'ensemble de l’édifice était malgré tout en assez un bon état. Toutefois, les tourelles dont le toit s’effondrait et les écuries entièrement reconstruites après avoir été rasées pendant la révolution, avaient besoin d’une restauration sérieuse.
Le seuil à peine franchit, le couple tomba sous le charme des deux longs corridors au sol en carrelage octogonal de céramique blanche et cabochons à rosaces noires, courant de part et d’autre de l’entrée principale menant d’abord à une grande salle à manger dite « de chasse », puis à trois salons. Le plus grand, orné de sa monumentale cheminée servait de salle de réception, l’autre, de salle de bal et le troisième, de salon de musique. Pour finir, on pouvait découvrir un bureau avec sa splendide bibliothèque et sa galerie de tableaux, ainsi que des petits cabinets de travail.
Dans chaque pièce, de nombreuses boiseries et cheminées, des plafonds à caissons accentuaient l’élégance de l’endroit. Face à l’entrée, un magnifique escalier droit en pierre avec son garde-corps en fer forgé torsadé en volutes fleuronnées se divisait en deux et menait à différents appartements privés du premier étage. Au deuxième, se trouvaient les chambres du personnel, toutes à restaurer.
- Qu’en dites-vous, Monsieur de Brestel ?
- C’est un endroit prestigieux, j’en conviens, cher Monsieur Gaillard, mais celui-ci nécessite toutefois, une restauration d’envergure très onéreuse.
- Souvenez-vous de ce que je vous ai dit. Une fois restauré, c’est un bien dont la valeur sera inestimable. Je vous emmène maintenant au sous-sol où nous trouverons les cuisines, les réserves et les caves. Je vous dévoilerai des passages souterrains utilisés par les propriétaires, au cours des nombreuses batailles. Je vous précise que je possède tous les plans du château, ainsi que ceux des espaces verts, ce qui vous permettra d’effectuer les travaux à l’identique.
Une heure après, monsieur Gaillard invita le couple de Brestel à rejoindre l’extérieur.
- Je vous laisse découvrir l’écrin de ce château. Prenez votre temps, je vous attends dans le salon de musique.
Madame de Brestel immédiatement conquise, s’empressa de convaincre son mari.
- Voyez-vous, Charles Henry, ici tout est paisible et la beauté qui nous entoure, appelle à une harmonieuse paix de l’âme. Il va nous falloir employer la pelle et les râteaux pour faire naître de cette terre, une merveille. Je voudrais ici un parterre de glaïeuls, d’œillets et de marguerites et là, sur cette pergola, des roses et du jasmin à foison. Regardez ce potager au sol généreux, on pourrait le labourer et y planter des semis et des fruits à la chair juteuse.
Ouvrant les bras et tournant sur elle-même, elle s’écria.
- Je crois que nous avons trouvé notre maison. Qu’en dites-vous ?
- Je dis que votre emballement est semblable au mien et qu’ici les jours seront longs et tranquilles et que nous ne nous lasserons pas de regarder le fruit de notre travail. Alors, nous sommes d’accord. Allons rejoindre ce cher monsieur Gaillard.
- Nous allons signer cet acte de vente, Monsieur Gaillard !
Trois mois plus tard, les de Brestel, propriétaires du château du Boischampré, s’empressaient de parcourir les environs afin de trouver des artisans d’excellence maîtrisant les techniques de travail de l’époque.
Convaincu du goût raffiné de sa femme, Charles Henry demanda à celle-ci de s’occuper de la partie « décoration » et Marie-Valentine, ravie, mit tout en œuvre, avec une équipe de décorateurs et de tapissiers, pour trouver les plus belles soieries, les plus beaux papiers et tissus damassés, les plus beaux lustres de cristal, ainsi que les plus beaux tapis. Mais le travail ne s’arrêtait pas là. Il fallait revoir le parc dans son ensemble. Redessiner les terrasses, les jardins, abattre les arbres morts, planter de nouvelles essences, reconfigurer les allées, planter, déplanter, agrandir la perspective, nettoyer les deux bassins et leurs fontaines. Et pour cela encore, monsieur de Brestel courut dans toute la région pour trouver un architecte d’extérieur capable de recréer l’écrin du château. L’ordre était de lui redonner toute sa splendeur en sculptant les courbes et les creux, en redessinant les massifs, en réparant les statues dispersées dans le bois, en recréant le labyrinthe de buis, en taillant les haies et les buissons au cordeau, en replantant la roseraie de fleurs anciennes aux senteurs et aux couleurs oubliées depuis des siècles. Pour cette renaissance, madame de Brestel s’investit totalement, désirant retrouver toute l’harmonie des lieux incitant à la rêverie et à la contemplation.
Le potager lui aussi sortit de l’ombre, parsemé de graines et de fleurs. Au printemps 1850, tandis que Cabourg inaugurait la nouvelle société thermale, le château éclatait de beauté et ouvrait ses portes aux villageois et à tous les artisans ayant contribué à la renaissance du logis. Pour fêter l’évènement, un grand buffet était dressé dans le parc tandis que des musiciens jouaient des airs de danse. Ce fut avec étonnement que les habitants des alentours se rendirent au château, car de telles attentions à leurs égards n’avaient encore jamais existé.
Monsieur de Brestel en profita pour remercier chaleureusement, tous ceux qui avaient durement travaillé avec talent et leur exprima toute sa gratitude et il fut décidé qu’une fois par an au moment de Noël, le château scintillant de toute sa magnificence, ouvrirait ses portes aux villageois.
*
En 1850, Louis Charles de Brestel vient au monde dans un village qui se transforme d’année en année, pour devenir Cabourg-les-bains. Un casino voit le jour sur la place centrale ainsi qu’un « Grand hôtel » en bordure du rivage et comme l’avait prédit monsieur Gaillard, la grande bourgeoisie européenne arrivera par la nouvelle voie du chemin de fer quelques années plus tard.
Pendant le terrible hiver de 1870, Louis Charles de Brestel et sa jeune épouse Marie-Appoline née d’Amonville, frémissent d’effroi devant la progression des troupes prussiennes qui envahissent la Normandie. Le château, réquisitionné, le couple est contraint d'héberger et de nourrir des soldats allemands.
*
Le temps passe et les générations se succédèrent.
La guerre de 14/18 arrive, puis celle de 39/45. Sous les obus, l’aile gauche du château est en partie détruite, ainsi que le corps de l’une des deux écuries. Un matin, des officiers allemands pénétrent dans l’allée des tilleurs et envahissent les lieux pour la deuxième fois. Ils réquisitionnent toutes les chambres, les chevaux et les voitures. Ils installent leur quartier général au rez-de-chaussée et profitent sans scrupule, des légumes du potager et du talent du cuisinier, tandis que la famille de Brestel, reléguée au 2e étage, loge aux côtés des employés. À la libération, les de Brestel constatent les dégâts et entament une nouvelle restauration qui s’avère longue et coûteuse.
Le parc quant à lui, labouré par les véhicules militaires, dépossédé de ses statues et de ses fontaines, devint un champ de bataille. Le bilan est lourd et il faudra des années pour redonner vie et beauté à l’endroit.
*
En 1955, c’est dans ce château qui a retrouvé toute sa splendeur que Marie-Éléonore de Montavin, épouse d’Antoine Charles Henry, donne naissance à une petite fille, première depuis sept générations. Elle s’appelle Marie-Sophie de Brestel.
C’est une enfant espiègle, joyeuse et pleine de vie. Elle est entourée de bienveillance et d’amour et sa jeunesse est empreinte de liberté. Le parc du château devient son univers préféré. C’est là qu’elle rêve et qu’elle s’évade. Tous les prétextes lui sont bons pour aller se cacher au fond du bois, pour plonger dans les bassins et entraîner avec elle sa petite chienne Valia, pour écouter les oiseaux, étendue sur les pelouses et lorsqu’elle trouve un moment de libre, c’est avec entrain qu’elle aide le jardinier à cueillir les légumes.
Lorsque Marie-Sophie n’est pas dans la nature, on peut la voir avec les deux palefreniers, nettoyer les écuries.
À l’âge de six ans, elle monte son premier étalon, un Fjord à la crinière bicolore taillée en brosse. Son allure de poney et son caractère taquin et joueur l’émerveille. Elle lui donne le nom de « Lamiral » et il devient son inséparable compagnon de jeu. Elle réalise alors que les chevaux représentent tout son univers et qu’elle veut vivre à leurs côtés, les soigner et les entraîner.
- Papa, je serai vétérinaire et entraîneuse de chevaux de courses, affirmera-t-elle du haut de ses huit ans.
À partir de ce jour, les deux pauvres palefreniers devront inlassablement expliquer à la petite fille, le pourquoi des choses et s’accommoder de l’avoir « dans les pattes » à longueur de journée.
Contrairement aux générations précédentes, Marie-Sophie n’a pas de percepteur, ni de professeur de maintien, juste une nurse qui demeure au château. C’est sa mère qui lui apprend le piano, la lecture et le calcul et qui lui inculque les principes fondamentaux du savoir-vivre en société. Son père, de son côté, lui enseigne la géographie et l’histoire des deux familles, dont elle est l’unique descendante de la branche. Elle fréquente l’école communale de Cabourg et y reste jusqu’à la fin du primaire.
Ensuite, elle poursuit ses études dans des établissements privés, puis entre à l’université pour devenir vétérinaire comme elle en a toujours rêvé. Dix ans plus tard, Marie-Sophie crée le haras du château du Boischampré. Elle y élève et entraîne régulièrement une vingtaine de chevaux de courses confiés par des propriétaires fortunés.
Générations de Brestel et de Marveuil
2e partie - Les de Marveuil
C’est au cours d’une manifestation hippique à Deauville, que Marie-Sophie rencontre un certain Edgar de Marveuil dont elle tombe follement amoureuse. Le sentiment est réciproque et c’est sans hésiter qu’Edgar et Marie-Sophie décident de lier leur destin au printemps de 1980 et de résider dans le château de la famille de Brestel.
*
Au fil des siècles, à l’opposé des de Brestel, la famille de Marveuil parvient à préserver sa fortune, ainsi que la plupart de ses terres, résidences et personnels, mais au fil des époques, elle se rend compte que les temps changent et que la noblesse disparaît pour laisser place à une bourgeoisie avide de se faire entendre. L'époque où il suffisait de vivre de ses rentes, de gérer les terres, de s’occuper des serviteurs, d’organiser des réceptions, ou de s’adonner aux œuvres de charité est révolu. Les de Marveuil entrent dans le monde réel, celui du travail. Le grand-père d’Edgar, Émile Eugène de Marveuil, est le premier à exercer un métier pour gagner sa vie. Il est banquier. Son fils, Antoine Eugène, le père d’Edgar devient député de la Somme et siège à l’Assemblée nationale pendant près de quarante ans tandis que l’oncle d’Edgar, François Émile, reprend la direction de la banque à la mort de son frère.
Quant à Edgar, il suit la route de son père en devenant un haut fonctionnaire, en tant que député de Normandie.
Edgar, est un jeune homme audacieux, résolument moderne, précédé par la célébrité des de Marveuil, qui affichent une longue lignée d’aristocrates ayant excellé dans l’art militaire à pied et à cheval, au cours des différentes batailles françaises. Et, s’il lui arrive de repenser à ses lointaines origines, il trouve des gentilshommes qui aspirent à une vie d’honneur, la réputation étant le plus beau de leur bien. C’est dans la guerre qu’ils parviennent à acquérir cette notoriété. Cela leur demande une dimension personnelle, car il leur faut égaler la vertu des ancêtres et proposer un modèle à leurs descendants. Cette réputation devient, alors, le patrimoine symbolique des de Marveuil, qu’il importe d’accroître et de transmettre.
Pendant des générations, ces ancêtres gentilshommes vont se soumettre à un code de comportement, imposant des qualités essentielles, comme la vaillance, l’obéissance, la quête de la prouesse, la loyauté envers les compagnons d’armes et cette courtoisie dans les combats, même vis-à-vis de l’adversaire, s’il est reconnu comme un pair. Mais viens le temps où l’art de la guerre subit de profondes transformations avec la modernisation des armes à feu. Tuer de loin, voilà ce qui est contraire à l’éthique du combat d’un chevalier, qui ne conçoit de donner la mort, qu’en s’exposant lui-même.
De la guerre des religions à la période révolutionnaire et impériale, mais également pendant la guerre de 1870, les de Marveuil seront illustres dans les charges chevaleresques sanglantes et flamboyantes.
*
Élu député, Edga s’interroge à son tour sur ce qu’il doit encore à l’honneur chevaleresque, mais reconnaît que porter le nom des de Marveuil, impose une conduite de vie irréprochable.
Affichant des valeurs d’honnêteté et de loyauté, il est très apprécié à l’Assemblée nationale pour son investissement sans faille de porte-parole des citoyens de sa circonscription. Pendant tous ses mandats, il a à cœur de ne pas oublier que la souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par son intermédiaire et qu’il se doit de ne pas trahir. Homme de terrain, il n’a de cesse de déposer des propositions de loi ou des amendements pour le bien de la population de la France et son excellent travail est récompensé par son élection à la Cour de justice de la République, par l’ensemble des membres de l’Assemblée nationale.
Générations de Brestel et de Marveuil
3e partie - Les de Marveuil
Le couple de Marveuil est un couple généreux et moderne, enclin au respect des règles républicaines. Il est proche des problèmes des habitants de la commune et essaie du mieux qu’il peut, de venir en aide à ceux qui en ont besoin.
Respectant la tradition, chaque année, il organise un noël au château pour tous les enfants de Cabourg et lègue à son maire, une somme d’argent pour l’achat de matériel agricole où bien pour la création de crèche ou de classe d’école. Madame de Marveuil s’investit personnellement dans diverses associations et propose des cours d’équitation pour enfants.
Chacun s’accorde à dire que monsieur et madame de Marveuil sont des gens bienveillants et de très bonne compagnie.
En 1984, Sophie-Adèle Valentine voit le jour. C’est une enfant à la santé fragile qui demande une attention toute particulière et elle ne fréquente l’école de Cabourg qu’à la rentrée du primaire. Le directeur et le maire de la commune ne cesseront de s’enorgueillir d’avoir dans leur établissement laïc, une demoiselle de sang noble.
Un jour pendant la récréation, la petite fille est prise d’une crise de toux et d’un essoufflement inhabituel. Très vite, le château est prévenu et le médecin appelé. À l’examen, celui-ci décèle une respiration sifflante. Le diagnostic est posé, il s’agit d’une bronchite. L’enfant est immédiatement envoyé au lit avec une tisane de feuilles de lierre séchées et un cataplasme d’argile. Sophie-Adèle se remet lentement, mais sa santé reste délicate et elle doit dorénavant garder sur elle, un dilatateur de bronches en aérosol.
À partir de ce jour, sa mère n’a de cesse sur les recommandations du médecin de famille, de l’emmener régulièrement faire des cures aux thermes d’Allevard, près de Grenoble. Plusieurs semaines s’écoulent pendant lesquelles madame de Marveuil assure l’enseignement à sa fille avec l’aide de son professeur particulier qui trouve le temps tous les jours, de rendre visite à son élève.
Les années qui suivent sont difficiles, la scolarité de l’enfant est jonchée d’absences plus ou moins longues, plus ou moins douloureuses et l’état de santé de la petite écolière ne cesse d’inquiéter le médecin et le couple de Marveuil, car malgré tous les soins qu’on lui porte, Sophie-Adèle a des quintes de toux, très fréquentes et importantes qui la fatigue. À l’aube de ses dix ans, son état s’aggrave soudainement. Elle meurt d’une pneumonie foudroyante dans les bras de sa mère effrayée. La nouvelle fait le tour du village, les messages de regret et de compassion arrivent au château drapé de noir. Madame de Marveuil entre alors dans une nostalgie maladive, les portes de la propiété se ferment, les chevaux de course sont dispersés, chez différents entraîneurs de la région et une partie du personnel renvoyée dans ses foyers, avec l’assurance de ne pas perdre son salaire.
L’enterrement a lieu un jeudi après-midi chauffé par un soleil pâle et si doux, que l’on se serait cru au printemps. Le corbillard suivi des villageois et de nombreux amis du couple traîne avec lui toute sa douleur. À son passage, les tilleuls de la grande allée, n’ont plus l’éclat d’autrefois et le petit cimetière tout entier semble illuminer sa sévère loi. Le cercueil déposé en terre, il ne reste que des âmes blessées, dont l’ombre disparaît silencieuse après une prière. Devant le désarroi des parents et désirant témoigner la compassion des habitants de Cabourg, le maire prend la décision qu’à partir de ce jour funeste, la petite tombe de Sophie-Adèle recevra des fleurs fraîches toutes les semaines.
Les mois passent et l’automne arrive d’un pas précipité avec sa palette de teintes mordorées et l’hiver le suit avec ses soirs brumeux et ses aubes glacées. Toute la nature se fige dans un manteau de givre, ainsi que les espoirs. Rien ne frissonne. Le spasme de la vie a disparu. Le ballet des voitures s’est interrompu, plus aucune âme ne franchit la longue allée de tilleuls centenaires, la vie est immobile, silencieuse, enfouie sous un deuil infernal.
Le curé, le directeur de l’école et certains villageois, avec lesquels madame de Marveuil avait plaisir à se promener, ne parviennent pas à avoir des nouvelles du couple et respectent avec beaucoup d’appréhension, ce silence inquiétant. Les seuls mouvements aperçus, sont les allers-retours de monsieur de Marveuil tout habillé de noir qui, depuis la disparition de sa fille, prend le plus grand soin de son épouse et refuse tout éloignement inutile.
On peut voir son chauffeur traverser tous les matins la cour d’honneur et attendre le député. À la minute près, les rituelles questions sont posées et les rituelles réponses sont données.
- Comment allez-vous ce matin, Monsieur le Député ?
- Bien, merci, Philippe.
- Et votre femme, comment va-t-elle ?
- Son moral m’inquiète.
- Elle va se remettre, j’en suis sûr, il faut être patient. Nous prenons la direction de Lisieux, Monsieur ?
- Oui, merci.
Il y a aussi le médecin qui infailliblement rend visite à madame de Marveuil tous les jours à midi. Et c’est à midi et demi qu’il quitte le château, sa sacoche à la main, l’air préoccupé.
Au moment où celui-ci s’éloigne, il croise immanquablement le facteur qui pédale jusqu’au perron et qui dépose le courrier devant la porte. Il lui lance un « Bonjour facteur » et sans se retourner, le préposé aux postes lui renvoie la pareille en un grand salut de sa casquette.
Et puis, doucement, le printemps de 1995 arrive avec toutes ses promesses et un jour, on aperçoit une silhouette délicate ouvrir les volets du salon de musique et si l’on prête l’oreille, on peut entendre un air de Mozart ou de Chopin.
De temps en temps, la fine silhouette se hasarde à se promener dans le parc, loin des regards, pour revenir avec de gros bouquets de fleurs. Lentement, les sorties se font de plus en plus régulières, les volets s’ouvrent de plus en plus tôt et un jour enfin, le personnel est rappelé, les voitures franchissent de nouveau l’allée du château, les chevaux de madame de Marveuil reviennent aux écuries et les enfants reprennent les cours d’équitation.
Tout doucement, les liens amicaux avec les villageois se renouent et tous les jeudis, qu’il pleuve ou qu’il vente, monsieur et madame de Marveuil rendent visite à Sophie-Adèle au cimetière, en prenant soin de lui rapporter les derniers potins de Cabourg, sans oublier de lui donner des nouvelles de tous ceux qu’elle connaissait.
Pourtant, sournoisement, la triste expérience du malheur plane au-dessus du château de tout son poids et le souvenir de la petite fille, ne cesse d’être évoqué avec une infinie douceur.
Quelques années plus tard, à l’aube de l’année 2000, alors que le chagrin semble être plus léger, alors que la vie promet à nouveau des jours meilleurs, la mort continue sa sordide besogne en emportant monsieur de Marveuil qui s’écroule dans les couloirs de l’Assemblée nationale, victime d’une crise cardiaque. Ramené au château pour être veillé, les amis et relations sont nombreux à venir se recueillir une dernière fois devant le cercueil de celui qui a été un exemple pour nombre d’entre eux et contre toute attente, contrairement à son premier deuil, Marie-Sophie ne s’enferme pas dans sa détresse, elle fait face, accepte les témoignages de sympathie de ses amis, des villageois et de tous les membres de l’Assemblée, qui décident de rendre un hommage républicain à celui qui a tant contribué pour le peuple. Elle continue son chemin en acceptant l’ironie morbide de la vie, admet qu’elle a eu le bonheur et la chance de connaître deux êtres exceptionnels et remercie le ciel pour cela. Monsieur de Marveuil est enterré dans le caveau familial auprès de Sophie-Adèle et c’est solitaire, qu’elle se rend le jeudi au petit cimetière.
À partir de ce jour, madame de Marveuil pour les villageois, devient la châtelaine.
2002 - Cabourg
- Chère amie, vous devriez penser à embaucher quelqu’un de confiance pour gérer le domaine. Cela vous soulagerait et vous permettrait de vous consacrer à vos chevaux. Je vous trouve épuisée et il est grand temps de vous ménager.
- J’y pense, Alphonse, mais ce genre de personne ne se trouve pas sous le pied d’un cheval, si j’ose dire.
- Laissez-moi m’en occuper et je vous promets de vous dénicher la perle rare.
- Eh bien ! J’accepte volontiers et vous remercie par avance, car j’ai en effet besoin de repos.
- Ne me remerciez pas. Edgar était un ami, un véritable ami. Nous nous connaissions depuis plus de vingt ans et avons siégé à l’Assemblée côte à côte. Au nom de cette amitié sincère, il est hors de question de vous laisser seule. Je fais donc le nécessaire.
Et c’est ainsi qu’un jour, un homme frappa à la porte du château. La domestique ouvrit.
- Bonjour, Madame, puis-je m’entretenir avec madame de Marveuil ?
- Qui dois-je annoncer ?
- Je m’appelle Alexandre Humbert. Je viens de la part de monsieur Alphonse de Villeneuve.
- Entrez, je vous en prie.
La domestique précéda le visiteur et le pria de prendre place dans l’un des confortables fauteuils du petit salon.
- Je préviens, madame.
Alexandre Humbert s’assit et attendit patiemment.
- Monsieur Humbert, bonjour, je suis ravie.
Madame de Marveuil, le sourire aux lèvres, s’avança d’un pas décidé vers le visiteur en lui tendant la main. Alexandre Humbert se leva et fixa cette silhouette élégante qui s’approchait de lui.
- Bonjour, Madame, je suis enchanté.
- Monsieur de Villeneuve n’a pas tardé à s’acquitter de sa tâche à ce que je vois.
- Monsieur de Villeneuve m’a en effet précisé l’urgence de ma visite. Je suis honoré de faire votre connaissance. Votre réputation dépasse les murs de votre magnifique château.
- Merci beaucoup. Je vous en prie, prenez place.
Assise face à monsieur Humbert, madame de Marveuil dévisagea rapidement son hôte. Elle remarqua un visage agréable aux larges mâchoires, des yeux marron clair, des cheveux bruns et une carrure assez impressionnante. « À n’en pas douter, cet homme doit être capable de débiter un stère de bois en dix minutes », se dit-elle. Ce physique ne lui déplut pas et elle apprécia même, cette allure rassurante.
- Faites-vous du sport, Monsieur Humbert ?
- Je fais en sorte d’être en forme Madame, car mes activités englobent très souvent la protection rapprochée de la personne qui m’emploie.
- Très bien. Monsieur de Villeneuve m’a fait parvenir votre curriculum vitæ. Celui-ci est très impressionnant et vos lettres de recommandation font toutes votre éloge.
- J’ai eu la bonne fortune de gérer de grandes maisons en France comme à l’étranger. Mon travail a été apprécié, je crois.
- Vous êtes trop modeste, cela ne fait aucun doute. Monsieur de Villeneuve me suggère de vous engager. Qu’en pensez-vous ?
- Je pense, Madame, que vous avez besoin d’être éclairée sur votre la gestion de vos biens et je suis en mesure de vous apporter de recommandations avisées, financières et juridiques. Je vous propose tout d’abord d’établir un diagnostic de votre patrimoine. Ensuite, je vous conseillerai des stratégies d’investissement. Il est important maintenant que vous êtes seule, de gérer le mieux possible vos propriétés, ainsi que votre personnel. Des dispositions concernant le château, ses dépendances, ainsi que les jardins seraient à prendre, si elles ne le sont déjà. Le travail de votre défunt mari, ainsi que celui de votre notaire, vont grandement nous aider.
- Edgard, savait gérer ces affaires-là avec beaucoup d’expertise et de pertinence, mais j’avoue que depuis son décès, je suis un peu perdue. Je suis d’accord avec cette approche et je ne doute pas de vos capacités. Êtes-vous marié, Monsieur Humbert ?
- Je l’étais, hélas, mais ma merveilleuse femme est morte il y a cinq ans.
- Je suis désolée, vraiment. Nous sommes donc tous les deux des personnes seules au cœur comblé de souvenirs magnifiques. Pensez-vous, Monsieur Humbert pouvoir vous entendre avec moi ?
- Je disais tout à l’heure que votre réputation allait bien au-delà des murs de votre château. Votre gentillesse, votre compassion, ainsi que votre humanité sont connues de tous et je serais fier de vous aider.
- Ne craigniez-vous pas de vous ennuyer ici ? Nous avons bien un casino, notre grand hôtel, des touristes qui viennent goûter aux bienfaits de la cure thermale, mais Cabourg reste une toute petite ville, bien loin de l’agitation des capitales françaises et étrangères que vous avez fréquentées.
- Après avoir beaucoup voyagé, il est urgent que je retrouve le sol de mes origines normandes. Cabourg est tout ce qu’il me faut.
- Savez-vous qu’il y a bien longtemps, l’un de mes ancêtres exilés de France a tenu le même discours que vous ?
- Je ne savais pas, mais lui comme moi ne pouvons renier notre sentiment d’appartenance.
- Cette loyauté vous honore et me plaît. Avez-vous une passion, Monsieur Humbert ?
- Effectivement. Je suis passionné par l’apiculture.
- Tout cela est captivant. Cela vous plairait-il d’installer quelques ruches dans le parc ?
- Ce serait un vrai bonheur. Savez-vous qu’une abeille peut pondre 2500 œufs par 24 heures ?
- Je ne savais pas. Et si vous êtes d’accord, on pourrait vendre notre miel sur les étals du marché. Je crois que vous allez m’apprendre beaucoup de choses, Monsieur Humbert et cela me réjouit. Je crois aussi que tout le personnel ici est prêt à vous donner un coup de main pour la mise en pot.
Si ce poste de secrétaire particulier et de garde du corps vous intéresse, voici un contrat établi par mon avocat que je vous demande d’étudier. Je vous propose, si cela vous convient, de résider dans la maison du gardien. Nous l’avons entièrement restaurée et elle est très confortable.
Alexandre Humbert accepta l’offre qui lui était faite et prit ses fonctions la semaine suivante.
Dans les mois qui suivirent, Madame de Marveuil apprit tout sur les abeilles et acheta des ruches que monsieur Humbert installa délicatement, près des fleurs mellifères à l’abri du vent.
- Quand pourrons-nous récolter ? demanda la châtelaine.
- Lorsque toutes les conditions seront réunies, Madame. Il faut agir avec méthode et veiller au bon positionnement de la lune devant les constellations. Nous attendrons donc un soir de pleine lune.
- Puis-je vous demander pourquoi, Monsieur Humbert ?
- Parce que les abeilles, comme tous les animaux, sont sensibles aux influences des cycles lunaires. Elles rythment leur vie sur les cycles de la lune, tout comme les plantes.
- Vous vous y connaissez en lune, Monsieur Humbert ?
- Ce qui est vrai, c’est qu’en ouvrant la ruche, je vais désorienter les abeilles et je sais que cela sera plus facile si les constellations leur apportent de bonnes énergies cosmiques.
- Et ce moment magique arrivera quand ? demanda madame de Marveuil sur un ton ironique.
- Ne vous moquez pas et ne soyez pas impatiente ! Demandez à votre jardinier s’il ne tient pas compte de la lune avant de planter ses légumes. Allez voir vos chevaux un soir de pleine lune, vous remarquerez qu’ils sont plus agités.
- La terre, le feu, l’eau et l’air !
- Exactement, Madame et ces quatre éléments ont des influences terrestres sur nous tous.
- Vous êtes un véritable scientifique, Monsieur Humbert !
- Et le scientifique vous demande courtoisement d’attendre encore un peu.
Le mois d’août arriva et le soir de pleine lune aussi. Après avoir observé les ruches, monsieur Humbert décida que le moment de la culture du nectar était venu.
- C’est pour aujourd’hui. Allons-y, Madame ! Il est temps.
Madame de Marveuil enfila sa combinaison, son chapeau et son voile et apparut devant monsieur Humbert, tel un fantôme ambulant.
- Parfait, n’oubliez pas les gants. Ҫa va aller ?
- Je crois que je vais prendre sur moi. Vous souvenez-vous que je suis allergique aux piqûres d’insectes ?
- Alors, raison de plus pour faire ce que je vous dirai. Il faut que vous sachiez, Les abeilles ne sont pas des insectes comme les autres. Elles sont nos amies depuis quarante-cinq millions d’années et ne sont pas des prédateurs, elles ne chassent pas pour se nourrir. Elles butinent et travaillent jusqu’à la fin de leur vie.
- Oui, mais là, nous allons les déranger et j’ai bien peur qu’elles n’apprécient pas.
- Alors, faites exactement ce que je vous dirai et tout ira bien. Vous êtes prête ?
- Allons-y.
Au pas de course, Monsieur Humbert et la châtelaine se dirigèrent vers les ruches. Monsieur Humbert commença par enfumer la colonie de la première.
- Maintenant, à l’aide de ce peigne, je vais ouvrir les alvéoles et gratter les opercules. Attention ! Nous n’allons prélever que le miel qui se trouve dans les cadres de hausse.
Monsieur Humbert montra avec une patience infinie, comment enlever le surplus du miel accumulé par les abeilles.
- C’est absolument incroyable !
- Vous voyez, les abeilles ressemblent à votre personnel. Tout le monde travaille, chacun à son rôle, tout est organisé. Il y a les nettoyeuses, les gardiennes, les butineuses, les nourrices et contrairement à moi, qui ne serai jamais nettoyeur, elles vont successivement occuper tous les postes de leur petite entreprise.
- Et qui dirige toutes ces demoiselles ?
- La reine, là, vous la voyez ? Elle est choisie par toutes les abeilles. C’est le règne de la démocratie.
- Et, où est le roi ?
- Il n’y a pas de roi.
- Il n’y a pas de roi ! Il y a bien eu une histoire d’amour ?
