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Après des vacances désastreuses en Amazonie, le couple de Rémy Potier bat de l’aile, et sa femme Charlotte sait pourquoi : ce n’est pas un « vrai mec ». Banquier sans ambition, harcelé par son patron, végétarien à mi-temps, Rémy n’échappe pas à la thérapie de couple, puis aux services de Love Inclusive, agence de réalisation de fantasmes féminins. Mais le scénario du kidnapping en limousine tourne court. Tandis que Charlotte prend la poudre d’escampette avec un Marseillais pas très distingué, Rémy est traîné par son ami Paulo, mufle et volage, dans un stage masculiniste destiné à démanteler la « propagande » féministe et réveiller l’homme en lui. Le vrai. Malgré le fiasco annoncé, Rémy fonde avec Paulo et un des participants le « Cercle des mâles disparus ». Le but : devenir de vrais hommes, à l’image de leurs idoles Gabin, Ventura et Delon. Mais ne se sont-ils pas complètement trompés d’époque ? "Le Mâle du siècle" est une comédie rafraîchissante dont l’humour truculent se joue de toutes les modes et de tous les tabous.
À PROPOS DE L'AUTRICE
Fabrice Châtelain est avocat au barreau de Paris. En haut de l’affiche est son premier roman
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Seitenzahl: 296
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Il tendit une nouvelle fois l’oreille, à l’affût, mais ne perçut que le bourdonnement lancinant de la jungle. Il inspecta encore la couche d’un regard circulaire, puis examina fébrilement les endroits où il avait repéré des interstices dans les filets. Il faillit se jeter hors du lit mais renonça à cette prise de risque inconsidérée. Pour s’échapper, il lui aurait été nécessaire de se frayer un passage dans la moustiquaire.
Et si la bête s’engouffrait dans l’ouverture à ce moment précis ? Et s’il s’emmêlait dans le réseau de fils entrelacés et restait prisonnier avec elle ? La sueur lui obstruait la vue. À tout instant, il redoutait que la Sandinista lanceolatum profite de cette occasion pour grimper sur les draps à son insu.
En restant debout au milieu du lit, il avait au moins l’impression qu’il pouvait réagir en cas d’invasion. En bon phobique, il s’était pourtant renseigné sur le sujet avant le voyage et savait que si l’araignée décidait de passer à l’attaque, il n’avait aucune chance.
Tandis qu’il tentait de contrôler sa respiration et de reprendre ses esprits, la porte de la cabane s’ouvrit enfin.
Anastasio entra gaiement dans la chambre. Sans un regard pour le « petit Français », il inspecta le sol avant de s’agenouiller pour regarder sous le lit. Il disparut quelques instants avant de réapparaître en brandissant l’araignée comme un trophée.
« Welcome to Nicaragua ! » clama le guide dans un grand éclat de rire.
« Rémy, je crois que tu peux descendre maintenant », dit Charlotte, apparue dans l’encadrement de la porte.
La jeune femme s’approcha pour observer la bête.
« Viens voir, c’est impressionnant, elle a plein de pattes ! »
Quand Rémy, toujours perturbé, descendit du lit, le colosse nicaraguayen se précipita dans sa direction pour lui mettre l’arachnide sous le nez en poussant un cri rauque. Rémy effectua un bond en arrière et laissa échapper un petit râle aigu de vierge effarouchée dont il eut aussitôt honte. Anastasio, hilare, s’adressa alors à Charlotte en espagnol.
« Il dit qu’Indiana Jones n’a rien à craindre parce qu’elle n’est pas venimeuse.
– Très drôle. Dis-lui qu’il peut partir maintenant. On n’a plus besoin de lui, merci. Et t’en profiteras pour lui demander qu’il arrête avec ce surnom. »
Quelques mots furent encore échangés en espagnol entre le guide et la jeune fille.
« Il me dit de te dire que ce soir, tu vas te régaler, c’est grillade de mygale en entrée, puis chauve-souris farcie.
– Hein ?!!
– Mais non, il déconne. Tu tombes vraiment dans tous les panneaux. »
Installé devant son assiette vide – comme tous les jours, le dîner avait été en réalité composé du sempiternel gallo pinto con pollo (riz aux haricots rouges accompagné de poulet) –, Rémy surveillait d’un œil inquiet le ballet des chauves-souris qui virevoltaient autour de la terrasse. Il s’agissait plus exactement d’un espace en terre battue sur lequel avaient été dispersées quelques tables en bois surmontées d’un maigre toit en tôle. Le seul avantage de l’endroit résidait dans la vue imprenable sur le Rio Papaturo, la rivière qui serpente la réserve naturelle de Los Guatuzos. Mais, la nuit tombée, le cours d’eau n’était plus visible et la « terrasse » faiblement éclairée par quelques ampoules projetant une lumière crue ne présentait que peu d’agrément. Tout autour, c’était le noir complet.
C’est dans cette ambiance un peu sinistre que se déroulaient les repas du soir. Aujourd’hui, ils avaient été les seuls convives. Les vieilles Américaines à casquettes blanches, qui s’extasiaient à chaque instant et trouvaient tout « amazing » (les iguanes, les fleurs mais aussi les baraques en bois, les enfants pauvres et le riz blanc) étaient parties la veille au grand soulagement de Rémy. Au moins, ce soir, il n’avait pas été obligé de leur faire la conversation. « Ah, votre fils vit à Boston, mais dites-moi c’est amazing ça. Et votre fille vient de se marier à Chicago ?!! Olala comme c’est amazing ça aussi. Et votre mari est mort pendu dans votre cave ?! Amazing… Euh non sorry Madame, c’est terrible… »
Les Italiens – une blonde décolorée à l’air hagard et à l’âge incertain et son fils, un vieux garçon d’une trentaine d’années, universitaire spécialiste des amphibiens –, ne s’étaient pas montrés lors du repas. Lui, c’était un exalté. Il poussait des cris stridents à chaque fois qu’il apercevait une grenouille. On le voyait régulièrement surgir de la végétation tel un diable de sa boîte et sauter sur la terrasse sans crier gare avec son épuisette à la main. Dès qu’il attrapait un crapaud, il se croyait obligé de venir à table pour le brandir devant les assiettes en déclinant ses noms latins et en décrivant avec force détails son mode d’alimentation. Tout ça parce que, trois jours avant, Charlotte, par politesse, avait eu le malheur de lui poser des questions sur ses travaux.
À table, Anastasio et Charlotte conversaient devant un album photographique représentant des papillons et insectes locaux. Afin de ne pas totalement exclure Rémy de leur échange, elle lui montrait, de temps à autre, la photographie d’un coléoptère ou d’une chenille. En retour, il feignait vaguement de s’y intéresser, puis se replongeait dans une morne rêverie entrecoupée par l’inspection angoissée du toit de fortune fait de branchages dès qu’il entendait un bruit suspect.
« Il propose un night tour sur la rivière. Seulement quarante dollars par personne, on y va ? proposa Charlotte.
– Seulement quarante dollars par personne ! Avec une somme pareille tu fais vivre une famille de quatre enfants pendant un mois.
– Justement, il en a plus besoin que nous.
– Mais il est célibataire !
– Bon, tu fais quoi ?
– Je sais pas. Je suis fatigué et je me sens poisseux, j’aurais bien pris une douche.
– Allez, c’est un truc à voir. Tu ne vas pas rester comme un con dans la cabane. »
La barque à moteur progressait avec lenteur sur la rivière étroite et sinueuse faiblement éclairée par un projecteur fixé à l’avant du bateau. Plongé dans les ténèbres, le Rio Papaturo évoquait un décor de film fantastique propice à l’apparition de créatures surnaturelles. On pouvait s’attendre à tout instant à voir un génie maléfique ou un monstre visqueux émerger des eaux. Les arbres, courbés et noueux, paraissaient se refermer sur eux un peu plus à mesure de leur avancée, donnant l’impression angoissante que leurs branches finiraient par les envelopper tout à fait. Quand le guide arrêtait le moteur, un silence épais s’abattait sur les lieux. Alors, seuls quelques hululements isolés et de légers bruissements étaient perceptibles, sons étranges qui chargeaient l’atmosphère d’une menace sourde. Rémy pensait à toutes ces vies invisibles et grouillantes qui peuplaient la forêt, mais qui restaient sournoisement cachées. Des feuilles gigantesques remuaient à la façon ondoyante des algues marines sur les deux rives tandis que des formes indistinctes et furtives semblaient se mouvoir dans l’eau noire et boueuse. L’esprit le moins disposé à la paranoïa pouvait constater que la menace pouvait surgir de partout. Seul le ciel bas constellé d’étoiles constituait une vision réconfortante.
Le guide fit arrêter une première fois le bateau pour contempler un genre de hibou, qui les fixa d’un œil méprisant. Puis, après avoir examiné les eaux sombres pendant quelques instants, il enjamba la barque, fit quelques pas dans la rivière peu profonde et plongea les mains dans l’eau avant d’en ressortir triomphalement un bébé caïman. Évidemment, le guide proposa à Rémy de prendre le reptile affolé dans ses bras quelques instants, tandis qu’il lui maintiendrait la gueule ouverte. Quand le jeune homme déclina la proposition en souriant d’un air crispé, Charlotte se porta aussitôt volontaire. Anastasio proposa d’immortaliser l’exploit. Un flash éclaira la nuit. Après avoir balancé le caïman dans la rivière, le guide désigna la jeune femme du doigt en proclamant :
« You are the man of the couple ! Indiana Jones is not a real man ! »
La blessure narcissique fut instantanée et Rémy se renfrogna le reste de la traversée. Au retour, ils croisèrent une nuée de petites chauves-souris. Il leur fallut se baisser et se couvrir les cheveux. Les rats volants, comme les appelait Rémy, les frôlèrent, en accompagnant leur passage d’un sifflement désagréable. Rémy s’efforça de rester digne afin de ne pas donner prise à de nouveaux quolibets d’Anastasio qui l’observait avec son sourire en coin. L’éclairage de la lampe donnait l’impression à Rémy que deux fentes brillantes lui jetaient des maléfices.
Il soupçonnait que le baroudeur local nourrisse une véritable haine à son égard. La veille, ils avaient marqué une pause bien méritée dans leur excursion pour déjeuner d’un « gallo pinto à la Anastasio » (boule de riz pâteux, os de poulet enrobés d’une mince couche de chair desséchée et haricots bouillis). Charlotte s’était éloignée de la petite clairière où ils étaient installés sur des troncs d’arbres s’enfonçant dans la boue pour faire pipi. La jeune femme à peine partie, la physionomie du guide s’était transformée. Son visage s’était fermé. Rémy avait bredouillé quelques mots afin d’éviter qu’un silence gênant ne s’installât, mais l’autre était resté mutique. Il l’avait fixé d’un air sombre, puis s’était emparé de sa machette et s’était mis à jouer avec, à trancher les bouts de bois qui se trouvaient à ses pieDS Au bout de quelques secondes qui avaient paru interminables à Rémy, Anastasio avait interrompu son manège pour lui dire :
« French revolution. I like it. Decapitation, good thing. Some people deserve to be… You know… »
Le guide avait accompagné ses paroles d’un geste éloquent avec sa machette à la hauteur de son cou.
Un frisson avait parcouru l’échine de Rémy. Heureusement, Charlotte était vite revenue. La conversation avait ensuite roulé sur l’Histoire de France. Anastasio qui, pour une raison inconnue, faisait une fixette sur Napoléon, « le Simón Bolívar français », voulait savoir si c’était bien ce dernier qui avait fait guillotiner Louis XIV.
Après coup, Rémy s’était dit qu’il avait peut-être exagéré les choses et que le but du guide n’était pas de l’intimider. Charlotte lui avait souvent reproché ce qu’elle nommait ses accès de paranoïa. En tout cas, il était certain que le guide jouissait de le voir en difficulté.
Une pluie tropicale s’abattit sur eux. Les trombes d’eau menaçant leur frêle embarcation, Anastasio en profita pour avertir Rémy que la pluie faisait sortir les caïmans et les rendait agressifs. Il accompagna ses propos d’une grosse bourrade dans le dos du jeune homme qui manqua de le faire basculer par-dessus bord.
De retour dans la cabane, la tension était palpable. Rémy, trempé jusqu’à l’os, lança à Charlotte :
« Les prochaines vacances, c’est Club Med à Agadir, on est d’accord ?
– Mon pauvre Rémy, c’est quoi ton problème ? T’as été un peu mouillé, c’est ça ?
– Non, mais entre l’araignée, les chauves-souris, la pluie, et l’autre qui se fout de moi à longueur de journée, c’est tout sauf des vacances !
– Ah, c’est sûr que t’es pas Indiana Jones…
– Tu vas t’y mettre toi aussi ? T’es au courant qu’il est complètement taré Anastasio. Je suis sûr que si je restais seul à seul avec lui pendant une heure, il me ferait la peau.
– Arrête un peu ta parano. Il est adorable. Mais je sais pourquoi tu réagis comme ça. T’es jaloux !
– Moi, jaloux de ce bourrin ?
– Oui, tu es jaloux parce que c’est un vrai mec, lui ! »
Comme tous les jours à l’heure du déjeuner, le fastfood de la place Victor Hugo était plein à craquer. L’établissement avait beau être situé dans un des quartiers les plus huppés de Paris et être fréquenté par des élèves des établissements privés alentour, on y dénombrait autant de casquettes et de sweats à capuche qu’ailleurs. C’est ce que Rémy avait expliqué à ses proches quelques années auparavant quand, avant son embauche définitive, il avait été engagé en CDD à l’agence de la BNP située avenue Kléber.
Issu de la fameuse classe moyenne (ni enviée, ni aidée) qui constitue le gros du peloton de la société française, Rémy avait pourtant fantasmé les habitants de ce quartier qui allait devenir le sien. Avant de croiser tous les jours dans la rue les jeunes bourges du 16e, il les imaginait comme les enfants de la famille Le Quesnoy, blazer bleu marine à écusson et raie sur le côté règlementaire pour les garçons, combo serre-tête – col claudine pour les filles.
Il avait donc été surpris de voir beaucoup de garçons du quartier déambuler dans les rues avec la démarche chaloupée qu’adoptaient certains jeunes des quartiers dits sensibles et parler avec un accent de cité quand ils commandaient leur menu d’un air goguenard.
Les filles, c’était pas mieux.
Il n’avait rien contre la vulgarité d’un maquillage outrancier, ni contre le port d’un legging, même quand la morphologie du modèle ne s’y prêtait pas – ça avait plutôt tendance à l’exciter et, en cette matière, il était du genre à encourager les audaces –, mais il n’avait jamais pu s’habituer aux « j’m’en bas les couilles » qu’elles proféraient toutes les trente secondes.
La première fois qu’il avait entendu l’expression, il avait été décontenancé et, pendant quelques instants, il s’était demandé si la fille qui l’avait scandée à la table d’à côté, n’était pas une de ces fameuses transgenres dont tout le monde parlait depuis quelque temps. Son doute s’était dissipé lorsqu’il avait entendu la copine de la première lui répondre d’un ton encore plus agressif : « Non c’est moi steuplaît qui m’en bats encore plus les couilles. »
En découvrant les rejetons de la jeunesse dorée du 16e, il avait eu l’impression de faire une découverte sociologique d’une importance majeure.
Originaire de la banlieue ouest, il avait passé son enfance dans une cité de Nanterre, avant que ses parents ne déménagent au début de son adolescence dans une rue pavillonnaire de Suresnes, proche du mont Valérien.
Habitant à proximité de Paris, il ne s’y rendait pourtant que très peu. Sans doute parce que le RER A part de La Défense, ses excursions se résumaient généralement en une promenade sur les Champs le samedi après-midi.
On allait en groupe au MacDo ou au Paradis du Fruit, puis au Gaumont pour voir un film d’action américain. Parfois ils s’aventuraient jusqu’à Odéon pour boire une bière hors de prix au pub Saint-Germain, comble du chic parisien à leurs yeux, où il fallait souvent attendre une demi-heure avant qu’une table ne se libère. Rémy n’avait réellement découvert la capitale qu’en allant y travailler.
Ce midi, il engloutissait son Big Mac en visionnant le résumé d’un vieux match du PSG (saison 1992-1993) sur son portable lorsqu’il fut interrompu par un appel de Charlotte. Elle avait pris rendez-vous le lendemain pour leur thérapie de couple (« C’est pour nous mon chéri »).
Accusant le coup, il planta ses crocs avec rage dans son burger. Ce coup de canif à l’accord passé avec sa compagne à qui il faisait croire depuis plusieurs mois qu’il était devenu comme elle, végétarien, ne lui donna qu’une mince satisfaction.
Il allait devoir participer à ce simulacre devenu inévitable dans l’esprit de Charlotte après leurs vacances. L’ultimatum qu’elle lui avait posé la veille dans l’avion était clair : c’était soit le psy, soit elle quittait leur appartement pour « prendre du recul ». Il savait ce que cela voulait dire. L’idée d’une thérapie de couple lui faisait horreur. Quand elle avait mis le sujet sur la table la première fois, il avait tout de suite pensé aux copains. Si ça se savait… Rien que d’y penser, des envies de meurtres lui venaient.
Il imaginait un barbu portant des demi-lunes qui se grattait le menton d’un air docte et satisfait lui demandant jusqu’à quel âge il avait pissé au lit. Il ne pouvait pas s’empêcher de considérer ces pseudo-thérapeutes comme des escrocs ayant su habilement allier tendance au voyeurisme et appât du gain.
Supporter une telle intrusion dans leur intimité était au-dessus de ses forces. Comment des gens pourvus d’un minimum de bon sens pouvaient-ils confier à un inconnu des détails sur leur vie privée et même sexuelle sans être frappés par l’indécence de cette démarche ?
Au nom de quoi, devait-on leur confier nos pensées intimes et nos secrets d’alcôve ? Et si le psy choisi était un pervers narcissique ou un psychopathe ? Qu’est-ce qui nous prouvait qu’il était sain, non pas de corps (car c’étaient généralement des types chétifs avec des grosses têtes ou des bons vivants libidineux dont le bide hypertrophié empêchait leur pantalon en flanelle de se fermer), mais d’esprit ? Après tout, on ne connaissait pas son parcours. On ne savait pas jusqu’à quel âge il avait pissé au lit ce type, ni si son père était violent ou alcoolique ? Et sa vie sexuelle à Sigmund Freud ?! Combien de femmes ou d’hommes avait-il eus dans sa vie ? Quelles étaient ses préférences sexuelles ? Pourquoi il n’en parlait pas avant la première séance avec ses patients ?
Une telle mise à nu préalable permettrait à tout le monde d’être sur un pied d’égalité. Rémy se plut à imaginer un système où les patients pourraient choisir leur thérapeute en fonction de leur réponse à des questionnaires qui seraient rendus publics. « Chérie, je te propose qu’on choisisse Monsieur Bernard Miller, thérapeute à Conflans-SaintHonorine, il s’est fait toucher chez les scouts quand il avait sept ans, adore le Racing club de Lens, les films de Lars Von Trier et mettre des layettes roses avant de se faire talquer, puis flageller par une gouvernante déguisée en Mary Poppins. »
Ces divagations le soulagèrent un peu et c’est d’une meilleure humeur qu’il finit de déjeuner. Après s’être délecté d’un sundae chocolat, il siphonna jusqu’à la dernière goutte son Coca pas zéro du tout et, par jeu, fit encore du bruit avec sa paille pendant quelques secondes en aspirant le reste des glaçons. Dehors, le soleil brillait et il faisait un bon froid sec.
Il était 13 h 45 et Rémy, qui n’avait aucune envie de retourner à l’agence, décida de faire un crochet par le Trocadéro. Son rendez-vous de 14 heures pouvait bien attendre. Encore un particulier au compte peu garni qui allait lui demander des délais supplémentaires pour rembourser son crédit à la consommation. De toute façon, Jean-Claude Tondeur, son directeur d’agence, était en rendez-vous à l’extérieur cet après-midi et ne saurait rien de son retard si les autres « domestiques » parvenaient à tenir leur langue.
L’esplanade avait des airs de fête foraine avec ses petites baraques proposant des glaces à l’italienne, des crêpes ou des barbes à papa. Aux coins de la place, les touristes se prenaient en photo devant la tour Eiffel et reproduisaient à peu près tous le même cliché représentant le modèle, la paume de la main retournée placée dans l’axe du monument pour donner l’illusion de le porter.
Les bras chargés de simili-tour Eiffel, des vendeurs à la sauvette sénégalais chaudement vêtus et coiffés d’un bonnet I love Paris, circonvenaient avec affabilité deux jeunes filles russes en mini-jupe et blouson en cuir qui ne leur prêtaient aucune attention. Quelques mètres plus loin, un guide touristique engueulait son groupe de vieux brésiliens qui s’éternisait devant leurs collègues proposant des perches à selfie et des parapluies.
Tout en gardant un œil sur le groupe de Brésiliens, momentanément mobilisés par la concurrence, un indopakistanais à l’air déprimé, collier fluorescent autour du cou, tentait d’attirer l’attention des passants en jetant des bonhommes en plastique en l’air.
À l’extrémité de la place, où la dame de fer se laissait admirer, dressée derrière la fontaine de Varsovie dont le grand bassin était égayé de gerbes immenses, un cercle de badauds s’était créé autour d’un sosie discutable de Michael Jackson qui exécutait un moonwalk laborieux sur Smooth criminal.
Rémy promenait un regard curieux et amusé sur ce spectacle quotidien qui trouvait son pic d’intensité quand des policiers poursuivaient sans conviction les vendeurs à la sauvette qui, leur barda sous le bras, galopaient en masse à travers les jardins vers la Seine, située en contre-bas, en direction du Champ-de-Mars où ils reprenaient leur commerce ambulant.
Les mains dans les poches de sa doudoune, il s’éloigna de la foule en prenant l’allée qui longe le musée de l’Homme.
Alors qu’il venait de s’asseoir sur un banc pour profiter de la quiétude du parc et du soleil hivernal avant de retourner à la mine, un texto de Charlotte assombrit de nouveau son humeur. Le psy exigeait que chacun établisse sa charte du couple idéal avant le rendez-vous. Rémy hocha la tête et souffla d’un air las. Il venait précisément de chasser cette histoire de son esprit. Il repensa à ce voyage qui les avait éloignés l’un de l’autre, à cette moiteur qui, du matin au soir, trempait ses vêtements d’une sueur acre, à toutes ces bestioles extravagantes qui s’en prenaient à lui à chaque fois qu’il mettait un pied dehors. Il se souvenait en particulier avec effroi des sangsues qui avaient ponctionné son sang lors d’une randonnée dans la jungle, malgré la mixture brunâtre confectionnée avec du tabac, censée faire office de répulsif dont il s’était enduit.
C’était surtout Anastasio qui s’imposait à son esprit, lui et son regard ironique qui le poursuivait encore, même maintenant dans les jardins du Trocadéro. Elle l’avait dit : contrairement à Anastasio, il n’était pas un « vrai mec ». Pourtant, le guide ne possédait aucune des qualités qu’elle mettait sans cesse en avant lors de leurs disputes. Elle le lui avait suffisamment rabâché : il manquait de finesse, de tact et de curiosité intellectuelle. Elle ne lui reprochait jamais directement de ne pas être assez cultivé, mais n’hésitait jamais à le brocarder dès qu’il commettait une bourde dans une conversation. Curieusement, le fait qu’Anastasio soit totalement inculte, voire analphabète, ne lui posait aucun problème. Il pouvait tout se permettre, car c’était un « vrai mec », lui.
Dans les jours qui avaient suivi leur altercation au Nicaragua, ce fameux « jour de l’araignée », il lui était arrivé à plusieurs reprises de se regarder dans un miroir pour savoir ce qui lui manquait. Comme si la contemplation attentive de sa physionomie pouvait lui permettre d’identifier les insuffisances de son caractère et d’y remédier.
Tout ce qu’il voyait ne faisait qu’augmenter son désarroi. Sa silhouette pataude avait décidemment trop épaissi. De face, la situation n’était pas désespérée même s’il jugeait ses épaules étrangement basses et pas assez larges par rapport à son torse dont les pectoraux étaient portés disparus. Mais sa bedaine, qui saillait d’une façon indécente lorsqu’il s’observait de profil, semblait avoir été ajoutée après coup sur un corps de proportion normale tant elle jurait avec le reste par son envergure. Ses cheveux dont la blonde vigueur faisaient autrefois sa fierté, avaient pris une teinte jaunâtre qui les faisaient paraître sales même après un lavage minutieux. Surtout, il se dégarnissait en haut des tempes. Il avait tenté de se rassurer en se disant que les chauves constituaient une part importante des hommes virils. De Yul Brynner à Bruce Willis, les exemples valorisants ne manquaient pas. Il avait aussi lu quelque part que l’alopécie était due à l’action de la testostérone, ce qui lui paraissait plutôt bon signe. Il était cependant convaincu qu’en se rasant la tête, sa physionomie prendrait un aspect amphibien contraire à ses prétentions. La faute à sa peau blanche et désespérément imberbe ainsi qu’à ses yeux légèrement globuleux qui, par ailleurs, privaient son regard de toute dureté. S’apercevant qu’à chaque examen minutieux, il se trouvait de nouveaux défauts, il renonça à ces séances douloureuses pour son amour-propre.
En consultant machinalement le site de l’Équipe, il se rendit compte que le rendez-vous chez le psy avait été fixé en fin de journée et qu’il allait sans doute louper le début de PSG – ORLÉANS. Il se demanda aussitôt comment il allait expliquer son absence aux copains. Si jamais ils apprenaient pour le psy, il se voyait déjà surnommé Tony Soprano jusqu’à la fin des temps. Il se releva d’un mouvement brusque en pestant contre le destin toujours impitoyable qui s’acharnait contre lui et se mit en route d’un pas décidé.
À son entrée dans l’agence, il comprit tout de suite au regard paniqué de Joséphine, l’hôtesse d’accueil, qu’il y avait un problème. En haut des marches séparant le hall du couloir menant à son bureau, Tondeur et son mètre quatre-vingt-dix lui barraient le passage. « Toi rendez-vous client à 14 heures. Toi arriver à 14 h 23. Toi en retard. Toi venir dans mon bureau après rendez-vous. Toi compris ? »
Ça recommençait ! Tondeur lui parlait comme à un débile profond. L’espace d’un instant, il regretta de ne pas être antillais comme Joséphine, ce qui lui aurait permis de dénoncer au siège les relents racistes du parler « petit nègre » qu’adoptait le directeur d’agence à son égard.
Le reste de la journée fut à l’avenant. Monsieur Micciche, son client, qui rencontrait des problèmes financiers, avait pris rendez-vous pour demander des délais de remboursement sur son crédit. Ce quinquagénaire fatigué, cadre dans une société d’assurance, était en arrêt maladie pour dépression depuis deux ans et ses revenus avaient diminué de façon préoccupante. Sa femme, décrite comme une harpie assoiffée de sang, l’avait quitté du jour au lendemain en embarquant les deux gamins et lui réclamait une pension alimentaire d’un montant exorbitant dont il ne pouvait pas assurer le paiement. « Monsieur Potier, vous connaissez les femmes, hein. Quand tout va bien, elles sont merveilleuses, elles seraient prêtes à vous donner un rein. Mais, quand c’est fini, ce sont des piranhas, Monsieur Potier, des piranhas ! »
Rémy, qui avait pour habitude de ne jamais contrarier un client (comment ne pas le ménager lorsque l’on sait que l’on va lui refuser un prêt ?) abonda en son sens avec empressement.
« À qui le dites-vous Monsieur Micciche ! J’en vois des exemples tous les jours hélas. Si j’osais, je vous dirais que certaines se comportent mêmes comme des hyènes.
– Osez, Monsieur Potier, osez ! »
Le client suspectait surtout son ex-femme de vouloir utiliser cet argent pour financer sa troisième liposuccion.
C’était la litanie habituelle à laquelle Rémy n’aurait prêté qu’une attention polie avant d’annoncer au pauvre homme qu’il n’avait malheureusement pas le pouvoir de modifier les dispositions de son prêt à la consommation si son attention n’avait été attirée par l’évocation de ses problèmes de harcèlement au travail.
Lorsque Micciche lui raconta la façon dont son directeur régional l’avait persécuté pendant des mois, il fut frappé par les similitudes avec sa propre situation.
À travers la description glaçante de son chef tyrannique, il voyait le portrait craché de Tondeur (surnommé Kim Jong-il par certains salariés de la banque, puis par mesure de prudence et afin de brouiller les pistes, Kim Kardashian) qui lui rendait la vie impossible au bureau depuis sa prise de fonction six mois auparavant. Jean-Claude Tondeur, un grand sec antipathique et dépourvu d’affect, diplômé de toutes les grandes écoles, occupait encore récemment le poste de country manager dans une banque concurrente.
Il avait occupé un poste à haute responsabilité dans plusieurs pays européens (Allemagne, Suisse, Suède) avant d’être parachuté à Bombay où son traitement était fabuleux : fixe de plusieurs dizaines de milliers d’euros, différents bonus, primes d’expatriation mirifiques, voiture de fonction luxueuse, chauffeurs en livrée, personnel de maison, immense propriété ceinturée d’un jardin luxuriant. Mais, au bout de quelques mois, son management autoritaire et sa façon de communiquer ne s’embarrassant d’aucune précaution oratoire avaient heurté l’équipe locale qui avait demandé purement et simplement son renvoi à la direction en invoquant des faits de harcèlement et de discrimination raciale. Après une enquête interne, une procédure disciplinaire avait été engagée à son encontre et, par peur du scandale, on l’avait congédié en échange d’un chèque au montant faramineux.
À ses yeux, ce pactole constituait une bien maigre consolation à sa mise à la porte après quinze ans de bons et loyaux services, en partie passés à essayer de manager des abrutis sans conscience professionnelle qui portaient des gommettes sur le front et mangeaient du riz avec les mains.
Sincèrement indigné, il ne manquait jamais une occasion de se plaindre auprès de sa femme de ménage malienne, divorcée, quatre enfants dont un handicapé, à qui il réussit même à tirer quelques larmes en se comparant au capitaine Dreyfus : lui, au moins avait eu la chance d’avoir reçu le soutien d’Émile Zola.
Il avait occupé des postes de direction toute sa vie et participé à des décisions ayant coûté l’emploi de centaines de salariés sans jamais en être ému le moins du monde. Mais que lui soit mis à pied, qu’on le pousse lui, Jean-Claude Tondeur, vers la sortie, cela dépassait tout simplement son entendement. Par la suite, même en activant son carnet d’adresses pourtant conséquent, il n’avait jamais pu retrouver un poste équivalent. C’est en désespoir de cause qu’il avait accepté ce poste, minable dans son esprit, de directeur d’agence à Paris.
Tel Napoléon déchu du trône de France et exilé sur l’île d’Elbe, il entendait exercer avec poigne ce qu’il restait de son autorité sur ses quelques sujets parmi lesquels Rémy Potier dont il avait, en un regard, cerné le caractère indolent et à l’égard duquel il avait ressenti d’emblée une vive répulsion. Dès sa prise de fonction, « Kim Kardashian » s’était soigneusement appliqué à lui pourrir la vie (demandes multiples de rapports inutiles, flicage du respect des horaires de travail, humiliations lors de réunions, appels téléphoniques et envois de mails les week-ends, etc.) afin de le pousser à la démission.
Enfin, Tondeur se comportait exactement de la même façon que le N + 1 de Micciche qui poursuivait son récit les larmes aux yeux. Avec toute la diplomatie dont il était capable, Rémy indiqua au client qu’il n’était pas en son seul pouvoir de faire droit à ses doléances et lui assura qu’il ferait de son mieux pour que sa hiérarchie accepte de reporter les prochaines échéances du crédit à une date lointaine. Il savait toutefois qu’il n’en ferait rien, sa marge de manœuvre en la matière étant aussi grande que celle d’un fonctionnaire russe sous Brejnev.
Après l’avoir raccompagné à la sortie, il se rendit, la boule au ventre, dans le bureau de Tondeur. Alors que Rémy s’apprêtait à s’asseoir en face de lui, le directeur l’arrêta d’un geste. « Inutile de prendre vos aises Potier, nous en avons pour cinq minutes. » Sur ce, Tondeur saisit son téléphone portable et appela un ami. « J’ai un moment creux au bureau alors je me permets de t’appeler. Tu te plains toujours que je ne t’appelle jamais. Dis-moi, qu’est-ce que t’as décidé pour tes vacances ? » S’ensuivit une discussion d’une demi-heure où il était question d’un voyage à l’île Maurice – cette destination tenait la corde grâce au personnel du One&Only qui était parait-il divin – ou peut-être bien à Saint-Barth – il s’agissait aussi de faire marcher le tourisme français.
Rémy, mal à l’aise, se dandinait d’une jambe sur l’autre, tandis que Tondeur, entre deux propos sur les excursions à faire à Maurice, qui étaient loin de valoir celles de la Réunion, lui jetait des regards narquois.
Quand ce fut enfin fini, Tondeur recula son fauteuil comme pour mieux contempler son employé, à la fois exaspéré et honteux d’avoir accepté d’être resté aussi longtemps dans le bureau sans réagir. Alors, Tondeur se mit à le fixer intensément sans prononcer un seul mot.
Pendant cette séquence qui lui sembla durer un temps infini, Rémy luttait de toutes ses forces pour ne pas perdre pied. Tondeur finit par détourner son regard de sa cible pour composer un texto sur son téléphone portable. Puis, d’un signe de la main, il demanda à Rémy de se rapprocher.
Sans un mot, il lui tendit son téléphone pour lui montrer ce qu’il venait d’écrire :
« Potier, comprends-tu que tu es ma chose, mon esclave ? Comprends-tu que je vais te détruire ? Potier, as-tu envie de pleurer là maintenant ? »
Un court instant, il fixa à nouveau son employé pour voir l’effet produit par son message, avant de s’adresser enfin à lui :
« Allons dites-moi mon petit Potier votre sentiment sur ce mot. Ne trouvez-vous pas qu’il est joliment formulé ? Qu’il possède quelques qualités d’ordre littéraire ? »
Rémy, pourtant fortement ébranlé, tint bon et se concentra pour mettre toute l’indifférence dont il était capable dans son regard.
« Non, je vois bien que vous ne le goûtez pas à sa juste valeur. Ah, les jeunes et la littérature… Allez, je l’efface. C’est oublié. Ni vu ni connu comme on dit. Bon, assez ri Potier, arrêtez de me faire perdre mon temps et allez travailler. »
Lundi matin. 10 h 30. L’inévitable réunion d’agenda se tenait dans les locaux du cabinet d’avocats GF International & Associés situé boulevard Saint-Germain. En réalité, l’unique associé de la structure était Maître Gilbert Fourastié, fringuant et distingué sexagénaire à la chevelure argentée.
Sous un abord décontracté, c’est d’une poigne ferme qu’il dirigeait son cabinet, dont le caractère « international » tenait aux seules mentions d’adresses fictives à New-York, Londres et Montréal figurant sur le papier à en-tête.
Dans la salle de réunion austère où trônaient de multiples ouvrages juridiques reliés en cuir (inutiles pour le travail des avocats depuis l’avènement du numérique, mais décoration indispensable pour impressionner les clients), étaient réunis Maître Isabelle Marconi, collaboratrice de Fourastié depuis huit ans, le record absolu d’ancienneté au vu du turn over impressionnant affectant les avocats du cabinet, Maître Jean-Baptiste Simon, frais émoulu de l’école d’avocats, dont le regard qui alternait sans cesse entre la terreur et la stupéfaction donnait la comique impression qu’il était tombé chez les fous, Nicole Bernard, l’inamovible secrétaire de Fourastié et Maître Charlotte Guillon, qui avait intégré la structure depuis deux longues années et se tenait bien droite sur son siège, sa pile de dossier en cours et son agenda ouvert devant elle.
À l’époque où Charlotte était salariée de la BNP, elle avait eu l’occasion de rencontrer à plusieurs reprises Fourastié, qui était alors en charge de quelques dossiers contentieux pour la banque. Comme toujours lors de ses premiers échanges avec de jolies femmes de trente ans plus jeunes que lui, il s’était montré délicieux et plein d’humour. Après avoir prêté serment, Charlotte avait tout naturellement intégré son cabinet.
Ophélie Kouyaté, qui effectuait un stage dans le cadre de son BEP secrétariat, était restée dans « la cave », surnom donné à une pièce minuscule dans laquelle étaient entreposées les archives et où un poste téléphonique avait été aménagé.
Quand elle avait croisé Charlotte avant la réunion, Marconi, plus surexcitée que jamais, s’était jetée sur elle :
« T’es au courant que t’as perdu dans le dossier STEP-ONE ? Gilbert était fou de rage. On n’a pas compris. Il était pourtant inratable ce truc ! »
Puis, arborant un sourire aussi artificiel que le blond de ses cheveux ébouriffés, elle s’étonna de son manque de bronzage. Il est vrai que, malgré deux semaines passées en Amérique centrale, Charlotte paraissait pâle à côté de sa consœur dont le visage à la teinte orangée trahissait une récente séance d’UV. Marconi, qui ne lui avait posé aucune question sur ses vacances, ne résista pas au plaisir de lui faire une remarque sur son poids : « Ah bah, ça va, tu te portes bien. T’as profité pendant les vacances ! »
Soucieuse de ne pas contrarier la favorite du boss, la svelte Charlotte s’était fait violence pour lui répondre sur le ton de la plaisanterie en touchant son ventre plat :
« Oui, oui j’attends des empanadas. En fait, je me suis gavée de cochonneries là-bas. »
