Le matérialisme économique de Karl Marx - Paul Lafargue - E-Book

Le matérialisme économique de Karl Marx E-Book

Paul Lafargue

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Beschreibung

Rédigé par Paul Lafargue au milieu des années 80 du XIX siècle, "Le matérialisme économique de Karl Marx" est une compilation fidèle de la pensée du grand philosophe allemand sur les questions économiques et la relation entre l'économie et le matérialisme historique. Partant du conflit entre idéalisme et matérialisme, Lafargue explore la pensée politique de Marx. De manière rapide et intuitive, il permet au lecteur d'aujourd'hui d'entrer directement dans l'évolution de la théorie marxiste et de comprendre les fondements scientifiques et politiques de la pensée socialiste et communiste telle qu'elle s'est développée en France et dans le reste du monde.
Édition intégrale avec table des matières interactive.

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LE MATÉRIALISME ÉCONOMIQUE DE KARL MARX

Cours d'économie sociale

Paul Lafargue

© 2024 Éditions Synapses

I L'IDEALISME ET LE MATERIALISME DANS L'HISTOIRE

    Citoyennes et citoyens,     Dans la série de conférences organisées par le Cercle de la Bibliothèque socialiste du Parti ouvrier, notre ami Deville traitera du Capital et des phénomènes de sa production. J'étudierai l'action du milieu économique sur l'homme et les sociétés humaines.     Pour les matérialistes de l'école de Marx, l'homme est le produit de deux mileux:le milieu cosmique ou naturel et le milieu économique ou artificiel; je dis artificiel puisqu'il est le fait de l'art humain. Les institutions civiles et politiques, les religions, les philosophies et les littératures des sociétés humaines plongent leurs racines dans le milieu économique; c'est dans le sol économique qu'elles puisent les éléments de leur grandeur et de leur décadence; et c'est dans le milieu économique, et là seulement, que l'historien philosophe doit rechercher les causes premières des évolutions et des révolutions sociales.     Je soumettrai la grande théorie de Marx à l'épreuve de l'histoire en étudiant avec vous deux milieux économiques: le milieu féodal ou du servage et le milieu capitaliste ou du salariat. Mais avant d'aborder ces études spéciales, je crois nécessaire de consacrer la première conférence à quelques-unes des théories idéalistes qui ont servi à expliquer les événements de l'histoire humaine; et la deuxième à des considérations générales sur l'action du milieu naturel et du milieu artificiel.

1

    Au lieu d'expliquer les phénomènes dont le corps humain et la nature étaient le théâtre par l'action des forces de la matière, les hommes ont d'abord, et c'était le plus simple, recouru à l'intervention d'êtres qui n'avaient d'existence réelle que dans leur imagination: c'était reculer et non résoudre la difficulté; c'était même créer une nouvelle difficulté. Aussi une des tâches de l'esprit humain a été de détruire, les unes après les autres, les religions et les philosophies, qui, à un moment donné, avaient servi à l'homme pour comprendre l'univers. Détruire pour reconstruire, désassimiler pour assimiler, est la condition essentielle de toute vie sociale et individuelle.

    Les événements de la vie individuelle (naissance, puberté, relations sexuelles, maladies, mort) étaient sous le contrôle d'êtres imaginaires; la religion catholique qui a peu inventé et peu détruit, mais qui a beaucoup démarqué, a tranformé les dieux païens en cérémonies religieuses (sacrements du baptême, de la communion, du mariage, de l'extrême-onction). Des dieux étaient chargés de conduire le soleil, de souffler la tempête, de lancer la foudre; les religions monothéistes ont centralisé sur un dieu unique ces attributs multiples.

    Mais l'homme avait aussi à s'expliquer les phénomènes sociaux, qui le frappaient plus terriblement encore que les phénomènes naturels; il employa le même procédé. Des dieux avaient chassé l'homme du paradis terrestre et l'avaient condamné au travail et à la douleur; la grandeur et la décadence des empires étaient réglées par la providence divine.    Afin de vous donner un exemple de la manière dont s'expliquent l'enchaînement des faits historiques, ceux qui recourent à l'intervention d'un personnage imaginaire, je ne saurais mieux choisir que le Discours sur l'histoire universelle de Bossuet, une des plus remarquables synthèses religieuses de l'histoire du monde. Pour Bossuet, ainsi que pour les idéalistes de tous les spiritualismes, ce ne sont pas les nécessités matérielles de l'existence et les besoins, les intérêts, les passions et les instincts qu'elles engendrent, qui font mouvoir les hommes et les peuples, c'est un dieu qui les aiguillonne et les conduit, par des chemins de lui sul connus, à une fin qu'ils ignorent.

    Le dieu, fils de Bossuet, se sert des "Assyriens et des Babyloniens pour châtier le peuple juif; des Perses pour le rétablir; d'Alexandre et de ses premiers successeurs pour l'exercer; des Romains pour soutenir sa liberté... Les Juifs ont duré jusqu'à Jésus-Christ sous la puissance de ces mêmes Romains. Quand ils l'ont méconnu et crucifié, ces mêmes Romains ont prêté leurs mains, sans y penser, à la vengeance divine, et ont exterminé ce peuple ingrat. Dieu, qui avait résolu de rassembler dans le même temps le peuple nouveau de toutes les nations, a premièrement réuni les terres et les mers sous ce même empire. Le commerce de tant de peuples divers, autrefois étrangers les uns aux autres, et depuis réuni sous la domination romaine, a été un des plus puissants moyens dont la Providence se soit servie pour donner cours à l'Evangile".

    Vico, dans ses Eléments de la Science nouvelle, observe très finement que les Grecs craignant de rendre les dieux contraires à leurs vœux, en ayant des mœurs contraires aux leurs, ne trouvèrent rien de plus simple que de donner à leurs dieux leurs propres habitudes, qui étaient tant soit peu malpropres. Bossuet avait, lui aussi, une peur salutaire de son dieu, qui bouleversait si lestement les empires; pour trouver grâce à ses yeux, il lui prêta les sentiments de servilité qui l'animaient. "Je ne craindrai point de vous assurer, dit-il à son royal élève, que ce sont vos ancêtres qui, de tous les rois, sont prédits le plus clairement dans les illustres prophéties de la Bible" (1). Ainsi, c'était pour établir les papes à Rome et pour glorifier Louis XIV que dieu avait jongé la terre de ruines, frappé la race humaine de douleurs. C'est à cette conclusion qu'aboutit une des plus grandes conceptions religieuses de l'histoire humaine.

    En me servant du procédé de Bossuet, qui est le procédé qu'emploient les idéalistes, je pourrai vous démontrer que dieu n'avait accompli les formidables révolutions des empires que pour honorer l'adultère et favoriser les Alphonses.

    En effet, quel homme dieu choisit-il, entre tous les enfants de la terre, pour être le père de son peuple chéri, pour donner naissance à cette suite glorieuse de rois qu'illustrera David, Salomon, et que terminera Jésus-Christ le fils de dieu ? - Il choisit Abraham, un Alphonse. Voici ce que racontent, à ce sujet, ces saintes écritures, dont la diffusion a été un des grands objets de la divine providence.     La famine étant survenue dans le pays qu'habitait Abraham, il descendit en Egypte; avant de se mettre en marche, il parla ainsi à Sarah, sa femme; je cite textuellement, le passage vaut un document humain de l'école Zolaïste:

    "13. - Dis, je te prie, que tu es ma sœur, afin que je sois bien traité à cause de toi, et que par ton moyen ma vie soit préservée.