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La grand-mère de Cléo meanait d'incroyables enquêtes lorsqu'elle avait 12 ans ! Cléo raconte ses aventures !
Cléo te raconte les enquêtes que sa grand-mère Noémie a menées avec son amie Mona quand elles avaient son âge.
Automne 1966 : Valentin, un charmant garçon qu’elles ont remarqué dans le bus au retour du lycée semble avoir disparu. Qu’est-il devenu ? Que cache cet étrange mystère ? Avec détermination elles se lancent sur sa piste, dans une enquête qui va les mener de surprise en surprise.
Cléo te fait partager leurs aventures avec humour et tendresse : difficile d’imaginer sa grand-mère à 12 ans !
9/12 ans
Découvrez le premier tome de ce roman jeunesse qui allie humour et tendresse !
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Seitenzahl: 121
Veröffentlichungsjahr: 2020
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Suzanne Max
Le mystère Valentin
Les enquêtes de ma grand-mère
Livre Jeunesse
ISBN : 979-10-388-0055-7
Collection Saute-mouton
ISSN : 2610-4024
Dépôt légal : décembre 2020
© 2020 Couverture Ex Æquo
© 2020 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays
Toute modification interdite
L’intro
Salut, je m’appelle Cléo, j’ai 12 ans. Je m’entends plutôt bien avec mon petit frère Tom, et si mes parents me laissaient juste un peu plus de temps libre ça serait parfait ! Franchement, c’est toujours la course, j’aimerais bien me balader simplement avec mes amies, écouter de la musique dans ma chambre ou faire juste ce qui me passe par la tête, comme ça, sans être obligée de tout minuter ou de tout expliquer. Mais je ne me plains pas, je me sens bien dans ma famille.
Au collège, ça ne se passe pas mal non plus. J’ai des bonnes copines, même si Léa est insupportable quand elle s’y met... Et les profs, ça va. J’aime pas trop les maths, mais je m’en sors à peu près, mieux que ce pauvre Maxence qui ne comprend rien à rien. Du coup Théo l’interroge sans arrêt pour le faire participer, et c’est encore pire ! Moi, il me laisse tranquille... Ah oui, Théo, c’est comme ça qu’on appelle le prof de maths parce que son nom c’est monsieur Rème, alors tu vois : Théo Rème... ☺
Ce que je préfère, moi, c’est l’histoire et les arts plastiques. J’aimerais savoir dessiner aussi bien que ma grand-mère, mais elle ne m’a pas transmis le don. Tant pis.
J’aime bien écrire aussi. C’est comme ça que j’ai eu l’idée de raconter les enquêtes de Noémie. Noémie, c’est ma grand-mère. Elle est fan de romans policiers et quand elle avait mon âge elle lisait les livres d’Agatha Christie et les enquêtes de Sherlock Holmes. Et puis, avec sa meilleure copine Mona, elles se sont mises à enquêter sur de vrais mystères. Enfin, c’est ce qu’elle dit. J’adore quand elle me raconte ça, mais je crois qu’elle invente un peu.
Quand ma grand-mère Noémie était ado, c’était au siècle dernier ! Alors là, pour percer un mystère il fallait s’accrocher ! Impossible de faire des recherches sur internet, les ordinateurs n’existaient pas et Google en avait encore pour trente ans avant d’être créé ! En cas de danger, il ne fallait pas non plus compter sur son smartphone pour appeler les secours : le téléphone portable ne ferait son apparition que vingt ans plus tard !
C’est drôle, mais j’ai un peu de mal à imaginer ma grand-mère à 12 ou 13 ans. Elle m’a montré des photos, presque toutes en noir et blanc. Ses parents lui laissaient beaucoup de libertés, je trouve. Prendre le train, camper, se balader à vélo, passer ses vacances seule avec ses copines dans un coin perdu... Il faut croire que les adultes étaient moins stressés à cette époque. Et comme les portables n’existaient pas, ils n’appelaient pas sans arrêt dès qu’on avait dix minutes de retard ! Pour en revenir à Noémie, c’est en me commentant ses albums photos qu’elle a commencé à me parler de ses aventures. Des énigmes qu’elle a résolues avec son amie Mona. Et c’est là que m’est venue l’idée de les écrire. En commençant par celle-ci, l’affaire Valentin : nous sommes en automne 1966...
Valentin
Enfin la sonnerie ! La journée avait été longue et le dernier cours de latin éprouvant. Le texte de la Guerre des Gaules{1} qu’il avait fallu traduire leur avait donné du fil à retordre. En attendant que Mona trouve une explication plausible à ce passage incompréhensible, Noémie s’amusait à dessiner sur son buvard. Elle représentait les Romains cachés sous leurs boucliers pour former la « tortue » comme dans l’album d’Astérix qu’elles avaient découvert peu de temps auparavant{2}. Mona, assise à côté d’elle, avait passé l’heure à osciller entre la crainte du prof et le fou rire. C’est toujours un peu ça, non ? C’est quand il ne faut surtout pas rire que ça se déclenche. Pour tenter de dissimuler son hilarité, Mona avait feint de faire tomber sa règle et avait plongé sous la table pour la ramasser. La prof avait hurlé : elle n’admettait aucun bruit pendant le cours et une règle, surtout en fer, ne devait pas tomber. Tandis qu’elle passait un savon à son amie, Noémie se cachait, le nez dans son cahier, et riait sous cape pour ne pas risquer d’écoper d’un mot sur son carnet de correspondance.
Finalement, toutes les deux s’en étaient plutôt bien tirées et Noémie eut tôt fait de ranger ses affaires dans son énorme cartable dès la fin du cours :
— Dépêche-toi, Mona ! On va rater Valentin !
Valentin ne se nommait pas Valentin. C’était Mona qui l’avait baptisé ainsi quand elle s’était aperçue que son amie fantasmait sur ce garçon à qui elle n’avait jamais parlé. Elle s’était dit que le prénom Valentin, en référence à la fête des amoureux, était très exactement ce qui convenait. Bien sûr, Noémie avait d’abord protesté avec véhémence... puis avec moins de véhémence... puis sans plus de véhémence du tout : le nom était resté.
À cette époque-là, dans de nombreuses villes de France, les écoles et les lycées n’étaient pas mixtes. Mona et Noémie étaient inscrites dans un Lycée de jeunes filles depuis la sixième. Si elles avaient pu l’intégrer si tôt, c’est parce qu’elles avaient fait partie des très bonnes élèves dans leur école primaire respective.
Je ne sais pas trop, mais je me dis parfois que ce ne serait pas si mal d’être seulement entre filles, plus besoin de supporter les vannes débiles de garçons comme Gontran qui est vraiment très lourd. Mais d’un autre côté, j’aime bien voir Julien dans ma classe chaque jour. Et puis, de quoi parlaient-elles, les filles entre elles, si elles n’avaient aucun garçon dans leur entourage du CP jusqu’au Bac ? Si j’en crois ma grand-mère, cela ne les empêchait pas de s’inventer des amoureux. Et j’imagine que chez les garçons, c’était pareil !
Le soir, après les cours, les deux amies prenaient le même bus. Mona descendait à un arrêt situé à mi-parcours alors que Noémie faisait le trajet jusqu’au terminus. Cette année-là, dès la première semaine de la rentrée{3}, elles avaient remarqué un garçon d’une quinzaine d’années parmi les passagers habituels. Il était blond, très beau, vêtu d’un caban bleu-marine du genre de celui que l’acteur Steve Mac Queen portait dans un film américain récent.{4}
Le bus était toujours bondé le soir. Noémie et Mona, plus ou moins écrasées contre la vitre où elles tentaient d’aspirer un peu d’air frais, n’avaient aucune chance d’adresser la parole au beau jeune homme que ma grand-mère reluquait. Alors, faute de savoir qui il était, elles brodaient toutes sortes de détails sur lui. Leur imagination lui créait une vie, comme elle lui avait inventé un prénom. Il devait être en seconde... Sans doute au lycée de garçons qui se trouvait à deux arrêts de bus de leur établissement à elles. Il avait l’air un peu secret... presque mystérieux... légèrement triste aussi. Elles l’auréolaient d’un certain romantisme, elles lui inventaient un goût pour la poésie et les voyages. Il devait aimer les animaux, il avait sans doute un chien, un labrador qui l’attendait le nez à la fenêtre. Le fascinant Valentin avait-il lu Le grand Meaulnes{5} ?
Tout cela les avait occupées quelque temps. Mais l’imaginaire ne leur suffisait plus. Elles voulaient en savoir plus sur le VRAI Valentin. Et pour cela, elles allaient élaborer un plan d’action. Comme le garçon descendait du bus à un arrêt proche de celui de Mona, Noémie avait chargé son amie de découvrir en premier lieu où il habitait.
Toutes les deux s’entendaient à merveille et se complétaient parfaitement, mais elles ne se ressemblaient pas. Ma grand-mère était la plus délurée. Avec son regard pétillant, sa frange et ses cheveux blonds coupés en carré vaporeux à la mode du moment, elle était vive, sportive et du style plutôt aventurier. Mona, avec ses longs cheveux bruns et ses yeux clairs, était timide, réservée et réfléchie. Tu imagines que la mission dont Noémie l’avait chargée ne la réjouissait pas trop : suivre un garçon inconnu, l’espionner pour en savoir plus sur sa vie... Ce n’était pas trop son truc. Mais son amie y tenait tellement ! Elle allait donc prendre son courage à deux mains et se lancer.
C’est pourquoi ce vendredi-là il était capital de ne pas manquer le bus : c’était LE grand jour, celui de la filature de Valentin.
Mona terminait de ranger son cartable, dans l’espoir de parvenir à le fermer, lorsque Noémie, impatiente, la tira sans ménagement :
— Viens, on va passer par la loge, c’est plus court !
Lorsque ma grand-mère me décrit son lycée, j’imagine une bâtisse dans le genre de Poudlard, même si Harry Potter n’existait pas en 1966 et si J. K Rowling portait encore des couches à l’époque. Le lycée en question n’était pas un château, bien sûr, mais c’était un ancien couvent, avec de grands escaliers majestueux, des chapelles voûtées transformées en salles de classes et un réfectoire à l’ambiance monacale.
Normalement, pour quitter le lycée, les élèves devaient rejoindre le portail extérieur et pour cela suivre un défilé de sombres couloirs avant de traverser la cour pour arriver à l’arrière du bâtiment, ce qui les retardait de cinq minutes. Des minutes qui ce soir-là risquaient de leur être fatales. Pour Noémie, il n’était pas question de rater le bus et Valentin : elles allaient tenter de sortir par la porte réservée aux professeurs.
Mona suivait donc son amie en protestant faiblement :
— On pourra pas passer. Cerbère va nous arrêter.
Effectivement, la silhouette du concierge se dessinait au bout du couloir. Grand et massif, il avait pour mission principale d’interdire le passage aux élèves. Il portait un uniforme censé lui donner l’autorité et à sa ceinture pendait tout un arsenal de clés, symboles de sa puissance ; il était le seul homme du lycée{6} et, sans doute pour cette raison, il se pavanait comme un coq dans une basse-cour. Noémie et Mona se faisaient un malin plaisir à essayer de tromper sa vigilance ; elles le surnommaient Cerbère en référence au chien à trois têtes, gardien des Enfers dans la mythologie grecque.
— On a de la chance, nota Noémie. On va sortir pendant qu’il s’occupe de Glouglou.
Madame Gloutin était leur prof d’anglais. C’était une originale, habillée comme l’as de pique avec une robe grise informe et des mocassins plats. Elle venait au lycée en scooter, ce qui suscitait pas mal de moqueries chez certaines de ses élèves, tout comme le petit gloussement qui ponctuait ses phrases et qui lui avait valu son surnom. Quand elle sortait le soir de l’établissement, Cerbère quittait son poste au milieu du couloir pour entrer dans la loge et récupérer le casque de Glouglou, ainsi que les sacoches dans lesquelles elle transportait les copies des élèves. De ce fait, pendant un court laps de temps, la voie était libre !
Noémie et Mona se précipitèrent vers la sortie, passant comme deux flèches devant une madame Gloutin ahurie. Elles refermaient la porte derrière elles lorsqu’elles entendirent la voix de stentor de Cerbère :
— Mesdemoiselles ! Revenez immédiatement ! Vous n’avez pas le droit de...
Mais les deux amies étaient déjà au bout de la rue, reprenant leur souffle en se tordant de rire.
— Maintenant, annonça Noémie en récupérant ses esprits, il est temps de penser à Valentin. À toi de jouer, Mona : en route pour l’aventure !
La filature
Noémie et Mona avaient réussi à monter dans un bus déjà bondé et à se frayer un difficile chemin jusqu’au guichet du receveur dont le travail consistait d’une part à oblitérer les cartes de transport grâce à une petite machine dont il tournait la manivelle, d’autre part à actionner l’ouverture et la fermeture des portes en pressant un bouton, et enfin à exhorter les voyageurs à se tasser le plus possible afin de laisser la place aux nouveaux arrivants qui montaient par l’arrière du véhicule. Ainsi, l’entendait-on répéter à longueur de trajet :
— Avancez vers l’avant !
Noémie se disait que leur prof de français n’aurait pas manqué de lui signaler que c’était là un « pléonasme » et que l’on pouvait difficilement avancer vers l’arrière. Mais, bien que beaucoup plus aimable que Cerbère, le receveur portait lui aussi un uniforme et un képi, ce qui devait suffire à intimider les gens, et personne ne se risquait à lui faire la moindre remarque. Pour être honnête, chaque receveur avait son style : l’un évitait le pléonasme et s’exclamait avec élégance : « Circulez vers l’avant ! », l’autre choisissait une formule de politesse et lançait avec courtoisie : « Circulez, s’il vous plaît ! ». Quoi qu’il en soit, le résultat était le même : on parvenait sans doute à entasser 120 voyageurs dans un autobus conçu pour 90.
Ma grand-mère et sa copine s’étaient nichées dans leur petit coin contre la vitre. Un seul regard leur avait suffi pour vérifier : Valentin était bien là.
— Et s’il s’aperçoit que je le suis ? demanda Mona, inquiète.
— Ben, qu’est-ce que ça fait ? D’abord, tu as le droit de marcher dans la rue, non ? Et puis, s’il t’adresse la parole, c’est encore mieux ! Tu pourras faire connaissance. Sinon, tu notes bien où il habite, comment est sa maison et tout et tout. Ce serait une idée d’y retourner pendant les vacances de Toussaint pour essayer de le rencontrer « par hasard ». On pourrait devenir copains.
Mona ne répondit pas. Les idées de son amie lui semblaient tout sauf logiques. Si elle avait envie de faire la connaissance d’un garçon qu’elle voyait presque tous les soirs dans un bus, il devait bien y avoir un moyen tout simple, genre « circuler un peu plus vers l’avant » et aller lui parler, au lieu d’envisager une filature hasardeuse et de la charger - elle, Mona - de la réaliser à sa place.
— Bon, je descends au prochain, à demain.
— Tu me raconteras tout, j’ai hâte de savoir !
