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le passé peut être beau E-Book

marcello pandolfi

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Beschreibung

Parler du passé, n'a jamais été chose facile. On ne peut pas s'en débarrasser aussi aisément qu'on ferme une fenêtre, ou un livre. En fait, le passé représente le passage vers un autre monde, un moment de transition dans la vie humaine.

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Seitenzahl: 117

Veröffentlichungsjahr: 2017

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le passé peut être beau

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MARCELLO PANDOLFI

Titre

LE PASSE PEUT ETRE BEAU

et autres textes

LE PASSE PEUT ETRE BEAU

et autres textes

LE PASSE PEU ETRE BEAU

ou

(Passage de l’été)

Il faudrait lire cette histoire en été.

Cette histoire se passe dans les années soixante.

On y parle de l’été, de rencontres amicales ou amoureuses, de touristes épuisés par la chaleur, d’amours ratées, et peut-être d’un homme.

Mais comment ne plus penser à cette histoire vécue ou fictive, une fois le livre refermé, lorsqu’on sait que dans toutes fictions une part de réalité s’y cache ?

Lorsque la nuit tombe et que la journée a été chaude pour les touristes et les habitants du village, la vie commence.

Ils ne savent plus où se mettre ; s’il faut encore se protéger de la chaleur ou plonger dans la mer, lorsque celle-ci est à quelques centaines de kilomètres d’ici.

Comme un rêve.

Voilà.

Un homme est recherché.

On ne connaît pas vraiment son identité.

On l’appellera Germain.

Très peu connu des habitants du village.

Il aurait épousé une très jeune femme, un jour de la semaine, pour passer inaperçu.

Oui, il paraît qu’on recherche un homme, plus très jeune, mais encore séduisant, semble-t-il, d’après les premiers mots échangés par des femmes qui ont été interrogées par les estivants là où a eu lieu ce délit.

Les gens appellent cela un délit.

Auraient-elles été amoureuses de lui, au moins une fois dans leur vie ?

Le temps s’assombrit subitement.

Une première averse.

Cette pluie fait suite à un gros orage qui a eu lieu voici quelques minutes, à une dizaine de kilomètres d’ici, annoncé à la radio.

Les rafales de vent pourraient empêcher le travail minutieux des policiers.

Néanmoins, il feront ce qu’ils pourront ; combattants jusqu’au bout de leurs forces.

Quelques voitures sont garées sur une petite place ; pour certaines à l’ombre des arbres, pour d’autres en plein soleil.

Voilà que le soleil disparaît derrière un banc de nuages noirs.

Au loin, des orages isolés se font entendre.

L’hôtel des Voyageurs est le seul établissement ouvert le dimanche toute la journée, dans ce petit village.

C’est une pension de familles.

Une halte pour les gens de passage.

Dès qu’on y entre, une odeur de cave emplit les narines ; comme un parfum de vin frais.

La patronne, Fernande, la soixantaine environ, est une femme discrète , qui parle peu.

La lumière diffuse un éclairage jaune dans toute la salle.

Lorsqu’une femme , la quarantaine, apparut.

Elle commanda une boisson .

Face à elle, un homme accoudé au zinc, la cigarette fichée aux lèvres.

C’est ma tournée, dit-il à la femme. 

Cette boisson désaltère la bouche, puis la gorge, et tout le corps ensuite.

Elle la but avec un certain plaisir.

Il scruta ses moindres gestes, d’un oeil discret.

Nous sommes au cœur de l’été.

Les vacances c’est pour tout le monde, dit-il.

La femme lui fait un signe de la tête.

Elle est d’accord. 

Et il poursuit : «  Presque dans tous les pays du monde, c’est les vacances. »

On peut se l’imaginer, dit-elle.

Maintenant, la pluie a cessé de tomber.

Les ruelles sont trempées, boueuses, fumantes, de cette chaleur moite qui s’est abattue en cette fin d’après-midi.

On a ordonné à la police d’effectuer des recherches, partout où il est possible d’y accéder :  dans les jardins des maisons fermées, dans les granges abandonnées, dans les fossés. Une inspection minutieuse menée au peigne fin, et même dans les petites rues sombres inhabitées , partout où une personne pourrait s’y cacher.

Très respectueuse de la population à protéger.

Elle ne pose aucune questions pour l’instant, ni aux touristes, ni aux habitants.

Tout en faisant leur travail consciencieusement, les fonctionnaires parlent de leurs futures retraites, de leurs salaires qui stagnent, des conditions de travail, de la chaleur insupportable, et de la dernière guerre.

Les hommes sont fatigués.

Mais ils se doivent quand même d’assurer chacun leurs fonctions.

Il est six heures du soir .

Des enfants jouent avec la terre boueuse à construire des châteaux dans les rigoles ; ils en ont plein les mains et le visage.

Ils crient ; sautent de joie.

Heureux.

Comme dans les cours de récréation.

Insouciants.

Tout le monde est épuisé par cette chaleur insupportable en ce mois de juillet.

Sur toutes les plages du globe, les gens se reposent, lisent ou nagent des heures entières jusqu’au dégoût.

Sûrement.

Sur leurs lèvres : des parfums de glaces , des traces de sucre, de boissons fruitées.

Des corps qui transpirent.

Certains repensent à des balades qu’ils ont faites jadis, voire encore hier, à travers la campagne, sur des chemins trempés, ou broussailleux ; à travers les prés où paisse le bétail.

D’autres ont marché sur des petites routes qui mènent tantôt à des hameaux perdus dans la montagne, ou débouchant sur une nationale.

Ce sont aussi des vacances.

La femme semble se souvenir de quelque chose.

En cet instant, elle regarde les petites collines, dans le lointain, verdoyantes au printemps, aujourd’hui jaunies par le soleil brûlant, avec une certaine émotion, et beaucoup de plaisir aussi.

Des gouttes de sueur perlent sur son visage bronzé, déjà.

Elle se l’éponge à l’aide d’un mouchoir, lentement, accoudée au bar, devant son verre.

L’homme s’est détaché du comptoir pour aller scruter dans la rue le ciel qui change de couleurs d’une minute à l’autre.

Il secoue la tête : «  Profitons de l’été. »

Elle pousse la porte des toilettes.

Quelques minutes s’écoulent.

Elle en ressort toute revigorée ; le visage, le cou, les bras rafraîchis.

L’homme tire sa dernière bouffée de cigarette, puis la jette au sol avec force,

salue la patronne et disparaît dans une ruelle adjacente.

La radio vient juste d’annoncer qu’un vol a eu lieu dans une contrée retirée, sans préciser où et comment s’est déroulée la scène.

La femme demande : De quel genre de vol s’agit-il ? Puis elle poursuit : C’est peut-être un vol d’amours…  

Personne ne lui répond.

Elle se sourit à elle-même.

Elle n’a pas eu le temps de le détailler complètement.

Mais elle se souvient de ce visage qui ne lui est pas du tout étranger.

Mais pas totalement familier non plus.

Serait-ce un visage aperçu un jour ?

Pour le moment, elle préfère garder le silence.

Voulait-elle qu’il s’exprime le premier sur ce sujet ?

Eprouvait-elle le désir de le détailler plus encore à ce point ?

Elle demande une deuxième consommation qu’elle avale d’un trait en fermant les yeux.

Puis elle salue la patronne d’un signe de tête, et quitte le café en chantonnant.

Elle se souvient d’être passée dans ce village, la toute première fois, il y a quelques années, lorsqu’elle était étudiante, pour rejoindre une amie en Italie.

Elle avait adoré cette saison-ci  dans ce pays ; elle avait adoré aussi les couleurs vives des façades des maisons et surtout la beauté des cyprès.

Cela l’avait laissée sans voix durant des semaines.

Autant de couleurs que de musiques, avait-elle dit.

Sa voiture est garée sur la petite place ronde.

C’est une voiture noire.

Faite pour elle.

Qui lui ressemble.

Elle marche lentement jusqu’à elle, ouvre le coffre, en sort une petite valise, puis se dirige d’un pas rapide vers l’Hôtel des Voyageurs.

Elle avait réservé sa chambre par téléphone voici deux semaines.

Est-elle mariée ?

L’a-t-elle été ?

Ou jamais ?

Accoudée à sa fenêtre, une cigarette fichée à ses lèvres peintes, elle contemple le paysage.

Au loin, de la brume de chaleur recouvre le sommet des collines.

Quelques éclairs fendent encore le ciel.

Un magnifique spectacle.

Elle reste ainsi, dans cette posture quelques minutes, puis elle entre dans la pièce et referme la fenêtre.

Tire les lourds rideaux rouges de coton.

Comme un bruit sourd enveloppe toute la chambre ; un confort ouaté dans lequel elle s’y réfugiera tout le temps qu’elle restera ici.

L’homme n’est pas revenu au café.

Habite-t-il une maison dans la ruelle où il avait disparu voici quelques heures ?

Pourtant on pense le reconnaître.

Maintenant de plus en plus.

Est-ce un fidèle client du café ?

« Ah oui ! » s’exclame la patronne.

Il se dit dans le village, qu’il aurait été aussi son amant.

D’après elle, son modeste commerce lui permet tout juste d’en vivre.

Et pour l’amour de ses clients.

« Ils me sont reconnaissants. Ils reviennent tous les ans. Fidèles.»

Ce sont pour la plupart des retraités moyennement fortunés qui prennent pension dans son établissement quelques jours, puis regagnent paisiblement le Sud, par des petites routes.

Quelques couples jeunes, avec enfants, y séjournent parfois.

Elle ne part jamais en vacances.

Alice, panse son passé par de petites escapades deux ou trois fois par an.

Un passé tumultueux, aujourd’hui presque oublié.

Elle adore voyager.

Toujours seule.

Il se dit dans le village qu’elle aurait eu un enfant avec un inconnu.

C’était autrefois, lorsqu’elle s’y arrêtait pour y dormir ?

Une nuit, jamais plus.

Les gens parlent beaucoup dans les petits villages, il faut toujours faire attention à ce qu’on dit, lance la patronne.

Lorsqu’on l’interroge sur cette question, elle affirme ne rien savoir.

Que c’est une cliente très serviable, c’est tout.

Qu’elle a beaucoup de respect pour Alice.

« Elle est comme une sœur, pour moi. »

Elle se sent moins seule, dit-elle.

Puis elle entame une conversation avec Alice, sur sa jeunesse, et plutôt ce qu’a pu être son enfance. Une enfance rude, avec des parents qui travaillaient dans les champs quinze heures par jour, et ce avec peu de matériel ; rien que des bœufs pour tout faire. Elle a une sœur qui, dit-elle, avait tout compris de la vie : elle est partie un jour à Paris pour une place de domestique, et elle y est restée définitivement. Elle a pas fait comme moi, poursuit-elle, avec quelques sanglots dans la voix. Par la suite, elle a trouvé un bon travail – dans les postes. Puis elle a épousé un fonctionnaire travaillant dans l’armée. Pas d’enfants. J’ai acheté ce petit commerce avec mon mari, tout de suite après la guerre. Il tombait en ruine. Nous l’avons remonté, et avons fait ce que nous avons pu. Enfin, c’est la vie, fait-elle…

Une écriteau affiche complet sur la porte d’entrée.

C’est un établissement silencieux, de bonne réputation, équipé d’une grande salle de restaurant très agréable, qui donne sur une petite cour ombragée.

Alice se fait livrer deux fois par jour ses repas dans sa chambre.

Elle ne descend que très rarement au restaurant, uniquement pour prendre un dessert, lire le journal, ou discuter avec la patronne.

C’est toujours l’été.

Personne ne s’en plaindra.

La journée s’annonce une fois de plus encore très chaude.

Les touristes ouvrent les fenêtres de leurs chambres, certains s’y accoudent, regardant le paysage qui se dessine autour d’eux.

Toujours émerveillés par tant de beauté.

Alice est déjà levée, et en fait autant.

Le spectacle qui défile sous ses yeux, depuis qu’elle est arrivée, est toujours le même, semblant lui convenir.

Je ne m’en lasserai jamais, dit-elle.

Jamais.

Tout comme les autres estivants, d’ailleurs.

Sa tasse de thé à la main, elle fume sa cigarette, tranquille, accoudée à sa fenêtre.

Dehors, quelques passants suivis de près par la lumière bleutée du matin, hâtent le pas.

Un homme sur le trottoir siffle un air connu, les yeux levés en direction des chambres occupées, et sur une table de l’hôtel, un chat gris, les yeux mi-clos, rêve.

Serait-ce Germain qui siffle dans la rue ?

Se souvenait-il tout à coup d’une femme avec qui il avait fait l’amour, une fois, un jour d’été, dans cette chambre ?

Certes, il était jeune à cette époque-là.

Alors, effacerait-on d’un trait la personne rencontrée la toute première fois ?

Alice repose sa tasse , écrase sa cigarette, et file à la douche.

Elle en ressort rafraîchie et parfumée pour cette nouvelle journée qui commence.

L’homme aperçu dans la rue, scrute l’immeuble, celui qui est couleur de miel.

C’est bien l’Hôtel des Voyageurs dont il s’agit.

Il s’attarde maintenant sur le deuxième étage, les fenêtres aux lourds rideaux de coton rouges, et un balcon, sur lequel Alice s’y installe parfois pour lire.

La grande horloge de la salle à manger sonne midi.

D’un pas lent, les clients de l’hôtel se dirigent vers leurs tables réservées.

Paul est parti toquer à la porte d’Alice.

Paul est le serveur attitré du restaurant.

Il travaille sept jours sur sept pour le compte de la patronne.

Son travail lui plaît beaucoup et les clients en sont satisfaits.

Alice descend aussitôt, et se dirige vers le bar.

La patronne s’essuie les mains sur son tablier et embrasse affectueusement sa cliente adorée.

Paul s’appuie le dos contre le comptoir et surveille d’un œil attentif, les clients qui s’installent définitivement : les retardataires, comme il les appelle.

Il les connaît bien et ils ne lui occasionneront aucun retard pour le service.

Voilà qu’il croise l’homme qui sifflait tout à l’heure dans la rue.

Comme un moment de colère et de frisson parcourt tout son corps.

Il déteste cet homme que sa patronne appelle avec courtoisie : « Monsieur Germain ».

Les habitués du bar ainsi que les touristes semblent aller dans le même sens.

Ils le détestent.

Pour quelles raisons les touristes détestent-ils cet homme ?

Et de ce fait, tout le monde le déteste.

Ainsi que les chats errants du village.

Traînant des pieds, les mains dans les poches, il s’apprête à s’asseoir, lorsqu’une femme l’interpelle dans la rue.

Il n’a pas encore commandé de consommation ; Alice a tourné du regard lorsqu’ils se sont trouvés en face à face…

Il eut un haussement d’épaules, mais attendit toutefois que cette femme s’installe sur le haut tabouret, une cigarette aux lèvres, pour faire une grimace insolente.

Le regard d’Alice se porta aussitôt sur la cime des collines, loin, très loin, pour ne plus se souvenir…

Auraient-ils un contentieux l’un envers l’autre ?

Puis il partit avec la femme qui l’avait interpellé.

La radio diffusait une chanson de Richard Anthony Et j’entends siffler le train…

C’était une chanson qu’on entendait du soir au matin, et qui connut un véritable succès.

Tout le monde la fredonnait, des pêcheurs à la ligne aux maçons debout sur des échafaudages volants, et même le curé du village la sifflotait au volant de sa quatre-chevaux, empêtré dans sa longue robe noire.

Aussitôt la chanson terminée, on y parla de la guerre d’Algérie…

Alice but d’abord un verre de vin rouge, puis elle commanda un repas froid composé de crudités et d’un dessert rafraîchissant.

Paul la servit avec courtoisie.

Elle semblait avoir un faible pour ce jeune homme émigré qu’elle trouvait ravissant et qui habitait dans un autre bourg situé à cinq kilomètres d’ici.

Paul avait francisé son prénom.

« Dans un petit bourg comme celui-ci, vous savez… »

Ses parents étaient restés au pays, et il vivait seul dans un deux pièces.

Alice déjeuna en prenant tout son temps.

Et lorsqu’elle eut fini, elle alla s’asseoir quelques instants sous la tonnelle de l’hôtel, située de l’autre côté de la rue.

Il y faisait un petit vent frais, comme une brise de mer.

Il y avait aussi quelques personnes âgées qui consommaient des boissons sans avoir pris leur repas de midi.

Alice leur fit la conversation pendant quelques minutes.

Puis elle sortit un livre de son sac et lut une bonne heure.

La brise légère était toujours présente.

Elle regarda sa montre, referma le livre, et retourna au comptoir pour demander un numéro de téléphone à la patronne, qu’elle rangea soigneusement dans son sac, puis regagna sa chambre.

Elle tira les lourds rideaux de coton rouges et se laissa tomber sur le lit, telle une poupée de chiffon.

Et elle s’endormit presque aussitôt.

Le lendemain, la brise avait disparu, et laissa place à un grand soleil.