Le plurivers - Partie 1 - Gaëtan Vandromme - E-Book

Le plurivers - Partie 1 E-Book

Gaëtan Vandromme

0,0

Beschreibung

Le terme Yzergardian, que l’on peut traduire par : « la matrice des élus », trouve ses racines dans le langage de la création. Il s’agit du premier univers, sans lui, le Plurivers n’existerait pas.
Quelles sont ses lois, les règles qui le régissent ? Quelle est son histoire et qui incarnent donc ces fameux élus ?
Avec cette aventure intersidérale, plongez dans les origines de la création et venez découvrir un important pan de cette histoire, dans laquelle vie, matière, mort et temps s’affrontent farouchement.
Les Planètes-Mères personnifient cet univers, elles sont l’âme d’Yzergardian.

Une immersion haletante dans un monde de démesures, tant technologiques que de combats titanesques, servie par un scénario stupéfiant. Vous lirez ce livre comme si vous étiez au cinéma…


À PROPOS DE L’AUTEUR

Né en 1987, Gaëtan Vandromme a été bercé par le monde du fantastique. Passionné par les mangas, les séries, le cinéma, les jeux vidéo et la littérature, il a commencé très jeune à développer son imagi-naire. Militaire parachutiste depuis 2007, il vous livre aujourd'hui son "Plurivers"…

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern
Kindle™-E-Readern
(für ausgewählte Pakete)

Seitenzahl: 417

Veröffentlichungsjahr: 2023

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Gaëtan VANDROMME

Le Plurivers

Partie 1 : Yzergardian et les Planètes-Mères

Roman

Cet ouvrage a été composé et imprimé en France par Libre 2 Lire

 

 

 

 

 

www.libre2lire.fr – [email protected], Rue du Calvaire – 11600 ARAGON

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN Papier : 978-2-38157-315-1ISBN Numérique : 978-2-38157-316-8

Dépôt légal : xxx 2023

© Libre2Lire, 2023

 

 

 

 

Du même Auteur, aux éditions Libre 2 Lire

 

Ingeniuman tome 1 : Les Évols

Ingeniuman tome 2 : Origines

 

 

Chapitre 1 :La grande bataille

La première chose à savoir, c’est que ce livre est écrit dans le langage de la création. Toi seul dans cet univers peux le lire, même les Élémirs n’en sont pas capables. Ce langage ne s’adresse qu’à quelques élus, car certains, dont toi, l’élu de vie, ont besoin de connaître et de comprendre le fonctionnement du Plurivers. N’importe qui d’autre qui ouvrira cet ouvrage y verra de la lumière, de l’obscurité, des symboles allants et venants et se sentira obligé de le refermer. Ce livre ne peut être détruit, car s’il se sent menacé, il disparaîtra tout simplement pour se déplacer ailleurs. Toi-même, tu n’es pas en train de le lire, il s’agit d’un savoir qui imprègne ton esprit au fur et à mesure que tu tourneras les pages. Tu pourras assister et vivre ce que tes prédécesseurs ont jugé bon de te léguer. Si tu le souhaites, tu pourras y « écrire », ajouter, commenter afin d’en augmenter sa portée au fil des âges.

 

Extrait du livre de la création.

 

Et ainsi démarra la seconde guerre totale d’Yzergardian. Elle voyait combattre côte à côte l’élu de vie et les quatre représentants des forces élémentaires, plus connus sous le nom d’Élémirs. Après des siècles et des siècles de dissension, ils décidèrent d’unir leurs armées afin de faire front ensemble pour s’opposer à cette incroyable menace. La première apparition recensée dans l’univers d’un mage noir remontait à presque 5 000 cycles1. Depuis lors, une ombre se propagea sans cesse, usant de discrétion pour se développer tranquillement. Doucement et avec patience, elle grandit et parvint à s’étendre à tout l’univers central2. Celui-ci ne regroupait pas moins de vingt-sept galaxies et se nommait Yzergardian. Il abritait toute sorte d’organismes vivants, qui selon les ethnies acceptaient plus ou moins de se supporter. Cette extrême diversité donnait à cet ensemble une immense richesse culturelle. Malheureusement, cela rendait quasiment impossible le fait de réussir à fédérer toutes ces civilisations. Yzergardian se découpait donc majoritairement en quatre royaumes bien distincts, chacun tenu par un des Élémirs. À cela venaient s’ajouter quelques dynasties qui arboraient officiellement un statut neutre, mais qui n’hésitaient pas à jouer sur plusieurs tableaux afin de garantir leur pérennité.

Durant ces longs cycles, le néant avait pu tranquillement développer ses forces, construire des vaisseaux et monter une armée de monstres dépourvus de conscience que l’on nomma : « les hombreurs ». Profitant de l’ignorance des élus, qui s’avéraient bien trop occupés à régler leurs propres conflits et à assurer le confort de leur petite personne, les mages noirs avaient eu à leur disposition tout le temps nécessaire pour comprendre le fonctionnement de ce monde et préparer leur prise de pouvoir. Ces démons visaient un seul et unique dessein :supprimer toute vie. À dire vrai, il s’agissait là de leur raison d’être. Ils ne possédaient ni chair, ni muscle, ni squelette. Ils ne bénéficiaient d’aucun corps, leur silhouette était strictement constituée d’énergie maléfique. Les mages noirs ressemblaient à de véritables fantômes éthérés. Le plus puissant d’entre eux, le roi mage Kérone, incarnait le pouvoir de mort : toute personne non maudite se trouvant proche de lui succombait instantanément et disparaissait à jamais.

Ce furent les forces de vie qui allèrent combattre les armées maudites : près d’un milliard devaisseaux furent dépêchés et à leur tête avançaient les quatre Planètes-Mères. Leur passage créait un sillon dans l’univers, à l’image de quatre flèches dans la nuit, chacune émettant sa propre lumière. Rouge flamme pour la planète du feu, bleue pour celle de l’eau, grise et blanche pour celle du vent et enfin marron et vert pour la planète de la terre. Toute cette armada se dirigeait maintenant à pleine vitesse vers la zone de combat. Celle-ci se situait à environ 63 Kpc (Kiloparsec3) de la bordure extérieure du territoire méridional, région d’Yzergardian que les hombreurs avaient attaquée et commencée à conquérir avant même de se présenter et de déclarer la guerre à tous les êtres vivants. En prévision de cette bataille, les mages noirs installèrent leurs forces sur une planète vivable, mais déserte. Il fut entendu d’un commun accord par communication subspatiale4 que cette guerre se réaliserait selon les anciennes traditions. Les combats s’effectueraient donc uniquement sur la terre ferme et personne n’aurait le droit de recourir aux armes de destruction massive. Pirador, le chef des armées, l’élu de vie, resta méfiant quant à cette proposition, mais accepta toutefois. Il prit malgré tout quelques dispositions si jamais les hombreurs venaient à manquer à leur engagement. Pirador n’était que très légèrement inquiet, en réalité il se voyait déjà gagnant. Ses doutes provenaient simplement de sa nouvelle fonction et des responsabilités qui en découlaient : chef des armées.

Par le passé, l’élu de vie ainsi que ces prédécesseurs avaient toujours essayé en vain d’unifier Yzergardian. Seule cette menace, cet ennemi commun, avait réussi à rassembler tout l’univers sous le même étendard. Pirador appréciait cette idée de combattre uniquement sur le sol : d’une part, cela lui éviterait de perdre des vaisseaux inutilement et d’autre part, avec la présence à ses côtés des quatre éléments, les forces de vie prendraient rapidement le dessus. Il ne connaissait pas vraiment son adversaire. Il n’avait pris réellement conscience de son existence qu’après son premier assaut sur la galaxie neutre d’Urficol en 7 809. Proche de la bordure extérieure de l’univers central, cette galaxie chevauchait les territoires occidental et méridional. Au moment des faits, il opta pour une réaction pacifique et décida de mandater des émissaires afin d’établir un premier contact et de faire connaissance avec cette nouvelle race. Cela lui permit de prendre un peu de recul avant d’entreprendre quelques mesures que ce soit, l’objectif étant de privilégier la solution diplomatique. Les agents envoyés ne revinrent jamais, froidement assassinés par les hombreurs qui profitèrent de cet « échange diplomatique » pour déclarer officiellement la guerre. Jamais auparavant il n’avait entendu parler de ces mages et il suspectait que l’information n’était tout simplement pas remontée jusqu’à lui. Pirador ne pensait pas que ces hombreurs soient apparus comme cela, d’un coup d’un seul. Il pressentait qu’un ou plusieurs Élémirs, peut-être même une de ces civilisations neutres, aient gardé le secret de cette nouvelle. Dans l’immédiat, il relégua ce problème au second plan en se promettant de découvrir le fin mot de l’histoire par la suite. Vis-à-vis de ces êtres, la seule chose dont il était persuadé concernait le roi mage, qui pour lui, représentait en quelque sorte son opposé, la mort.

Les vaisseaux se posèrent et les soldats se tinrent prêts à débarquer dans l’attente que les Élémirs réalisent leurs œuvres avant de pouvoir se déployer sur un énorme terrain vague. À perte de vue, on ne distinguait rien, ni relief ni cours d’eau, aucune construction. Cette gigantesque zone semblait avoir été préparée dans l’attente de cette bataille. Les quatre Planètes-Mères se placèrent en orbite et formèrent un carré autour de cet astre. La planète Feu ainsi logée dans le ciel ressemblait à un immense soleil. Elle éclaira et chauffa la quasi-totalité de ce monde glacial dépourvu d’étoile en quelques instants. La planète Vent, quant à elle, « souffla » en direction du globe et une bourrasque à nulle autre pareille se répandit sur toute la surface. Plus puissante qu’un cyclone, plus rapide qu’une tornade, elle apporta à ce monde une atmosphère dense et respirable pour tous les êtres vivants en moins d’une minute. La violence de ce souffle aurait suffi à tout dévaster, y compris les vaisseaux de l’Alliance. Mais rien ne se déroula, cette vague semblait passer au travers des obstacles sans les mettre à mal. Il n’y eut aucune poussière de soulevée, sûrement là le travail de la planète Terre. Après cette déferlante, les combattants se déployèrent.

Les cinquante milliards de fantassins d’origines multiples faisaient maintenant face aux armées maudites : les hombreurs. Contrairement à leurs maîtres, les mages noirs, qui ne possédaient aucune substance réelle, ces hombreurs, ressemblant à des bêtes enragées, étaient constitués de matière tangible. Face aux fantassins se tenait une armée de monstre assoiffée de sang. Pirador, qui lui était humain, sorti des rangs et commença à s’avancer seul. Le commandant des forces de vie continua tranquillement sa progression sans se soucier le moins du monde des cris et des hurlements de ces êtres sans âme, qui, à perte de vue, lui bloquaient le passage. Une fois arrivé à mi-chemin, le ciel fut déchiré par quatre éclairs, provenant de chacune des quatre Planètes-Mères. Ils frappèrent le sol autour de Pirador et quatre individus auréolés de lumières surgirent : les Élémirs, gardiens du pouvoir d’Yzergardian, se tenaient maintenant à ses côtés.

— À l’attaque !!! vociféra Pirador.

Les hombreurs ouvrirent le feu et ainsi les canons expulsèrent leurs premières charges laser, celles-ci explosèrent en l’air sans jamais atteindre leur cible. Les Élémirs, d’un simple geste de la main, venaient de faire apparaître un gigantesque mur composé d’eau, de feu, de terre et de vent. Nos cinq élus avancèrent et progressèrent très rapidement dans les lignes ennemies, chacun d’eux créant une tranchée de cadavres sur leur passage. Le plan consistait à parvenir aussi vite que possible jusqu’au roi mage pour le tuer pendant que les forces de vie combattraient les hombreurs. Une fois les élus passés, ceux-ci reformèrent leurs rangs sans réellement se soucier de piétiner les dépouilles fumantes de leurs condisciples. C’est alors que la vraie bataille commença. Technologiquement parlant, les deux camps se valaient, seulement les défenseurs d’Yzergardian disposaient d’une grande diversité d’espèces possédant chacune des capacités bien spécifiques. Les hombreurs avaient du mal à s’adapter, car chaque adversaire s’avérait différent du précédent. Cette réalité fit pencher la balance du côté des forces de vie qui regroupaient donc des soldats volants, télépathes, télékinésiques, ou bien encore bénéficiant d’une importante ténacité musculaire. Petit à petit, les régiments progressèrent et les corps s’entassèrent, puis les lignes de front se confondirent, se mélangèrent et le combat au corps à corps commença. Les armes laser laissèrent place aux armes de poing (gants de feu, épées soniques, petits boucliers énergétiques, etc.).

Pirador et les Élémirs se retrouvèrent rapidement face au roi mage. Debout, la bataille faisant rage au loin, celui-ci n’avait pas du tout l’air perturbé par leur apparition. Il semblait au contraire les attendre de pied ferme.

— Ton pouvoir de mort ne peut rien contre nous, car nos deux forces s’annulent, lui adressa l’élu de vie.
— Mais je sais cela, mon cher Pirador.

Sa voix était insupportable, sans aucune consistance ni expressivité, provenant directement du néant. Elle vous donnait froid dans le dos.

— Tu as commis une grosse erreur en choisissant de te manifester. Toi et ton armée n’avez rien à faire ici. Seul contre moi, tu aurais peut-être eu ta chance, mais là, chacun de ces quatre guerriers élémirs possède plus de pouvoir que toi. Je ne sais pas vraiment d’où tu sors, mais tu aurais mieux fait d’y rester.
— Ils sont également plus forts que toi. Tu es vraiment stupide, je méprise la vie certes, mais je suis prêt à faire des concessions. Crois-tu sérieusement que je me jetterais ainsi dans la gueule du loup ? Cela fait longtemps, très longtemps que je prépare tout ça. AH AH AH AH AH. Allez-y, montrez-lui !!!

À ces mots, les Élémirs du feu et du vent attaquèrent par surprise l’eau et la terre. L’agression s’avéra si violente, si puissante que leurs têtes explosèrent et ceux-ci moururent sur le coup, sans rien voir venir.

— NON !!!!!!!!!!!! hurla Pirador, mais qu’avez-vous fait ??? Il va s’accaparer leur force de la même façon qu’il s’empare de la vie.

À peine termina-t-il sa phrase que Kérone approcha de manière quasi instantanée pour se placer et flotter au-dessus de leurs dépouilles. On aperçut alors deux filaments énergétiques passer des Élémirs au roi mage. Une redoutable explosion retentit au sein de sa silhouette et le souffle qui s’en dégagea créa un immense cratère et projeta les trois derniers héros. Lorsque le mage réapparut, deux bras venaient de pousser sur son corps inconsistant. L’un était composé d’eau et l’autre de terre. Avant même que les deux Élémirs restants aient repris tous leurs esprits suite au choc subi, il attaqua sans la moindre mise en garde le représentant du feu, le tua et s’appropria à son tour toute sa puissance. Une seconde détonation eut lieu, mais en revanche, celle-ci se retrouva bloquée et repoussée par le vent. Le dernier Élémir, comprenant ce qui venait de se dérouler, voulut contre-attaquer, mais force était de constater que son pouvoir n’obtenait plus aucun effet sur son adversaire. Le roi mage commençait à évoluer vers une entité beaucoup trop puissante.

— Pirador, barrez-vous !!! Partez !!! adressa-t-il au chef des armées.
— Mais…
— Faites !!! Si vous mourez, tout le monde y passera et vous le savez. J’ai été stupide… puisse-t-on un jour me pardonner.

Pirador acquiesça et s’en alla, seulement le roi marge surgit devant lui et le bloqua sans le moindre effort.

— Vous ne pensez tout de même pas que je vais vous laisser partir ainsi.

Alors qu’il s’apprêtait à frapper, le vent apparut à son tour et protégea Pirador. Il se mit à tournoyer et une immense tornade qui arracha tout sur son passage se forma autour de leur ennemi. L’énergie dépensée était telle que cette tornade possédait la force de soulever des montagnes. Cette « diversion » offrit quelques secondes de répit à Pirador pour lui permettre de fuir. Le vent fut alors vaincu et son pouvoir volé. Kérone n’eut pas la possibilité de poursuivre l’élu de vie, bien trop occupé à subir sa transformation finale. Pirador ordonna le repli immédiat. Les forces de vie ayant pris le dessus ne comprirent pas vraiment cet ordre, mais s’exécutèrent.

Une puissante et nouvelle explosion se fit entendre. Après le passage de la tornade qui avait littéralement tout chamboulé, cette ultime détonation termina de modifier le décor à tout jamais. Un mini big bang à échelle planétaire se déroula au sein de la silhouette du roi mage. La roche tout autour de lui se creusa et se cristallisa sous l’effet de la chaleur démoniaque produite à chaque pulsation qu’émettait sa transformation. Ces pulses formaient sur le sol autour de lui des cercles concentriques figés de plus en plus larges, un peu à l’image des cercles que l’on obtient lorsqu’on lance un caillou dans une mare. Sauf que là, ces ronds resteraient à jamais gravés dans le roc. À chacune de ces vibrations, le cratère s’enfonçait et s’agrandissait. Le poids et la densité de Kérone devenaient si élevés que sa seule présence modifia les propriétés gravitationnelles de ce monde et le fit même sortir de son orbite elliptique. Avec la dernière pulsation, une ultime explosion se produisit. Les hombreurs qui poursuivaient les fuyards se retournèrent pour voir ce qu’il se passait et malgré les 100 km de distance qui les séparaient du roi mage, ils furent renversés par l’incommensurable souffle dégagé par cette transformation finale. Pirador, qui se trouvait déjà à hauteur de ses premiers hommes, bloqua aussi bien qu’il le put cette déflagration qui semait la mort sur son passage. L’ensemble créa une petite diversion qui accorda un peu de temps supplémentaire aux soldats d’Yzergardian. Grâce à cela, ils parvinrent, pour une grosse majorité d’entre eux, à rejoindre à toute vitesse leurs vaisseaux et à décoller précipitamment sous le feu nourri des ennemis. La panique était générale, les Élémirs venaient de tomber. Personne n’aurait pu l’imaginer. Yzergardian sans Élémirs relevait de l’inconcevable. Pirador devenait de ce fait le chef d’Yzergardian, chacune des quatre armées regroupées en ce jour ayant perdu leur dirigeant, leur dieu.

Certains combattants, beaucoup trop pris dans les affrontements, n’avaient pas pu suivre immédiatement l’ordre de repli général délivré par Pirador à la radio. À cause de cela, ils perdirent de précieuses secondes et ne parvinrent pas à être alignés avec l’élu de vie lorsque celui-ci usa de tout son pouvoir pour protéger la fuite de ses hommes. Créer ce « bouclier » afin de bloquer la mort exigea à Pirador d’utiliser toute son énergie. Il savait qu’il ne pouvait pas se permettre de faire du cas par cas au risque de condamner tout le monde, il abandonna donc les retardataires à leur triste fin. Parmi ces sacrifiés se trouvait Bardolk, un soldat Pilutien qui appartenait aux armées de l’Élémir du feu. Il lutta farouchement jusqu’au bout et terrassa de nombreux adversaires. À l’instant où le repli fut annoncé, il commença à rompre le contact comme les autres et s’il avait continué sur sa course, il aurait pu survivre à cette vague de mort. Seulement, un de ses compagnons fut blessé au moment du désengagement et alors que les hombreurs arrivaient à hauteur de son ami, il fit demi-tour pour lui porter assistance. Il se jeta dans la mêlée et profita de la force physique que lui offrait sa nature de Pilutien, puissance musculaire sublimée par un entraînement corporel rigoureux, pour prendre le dessus rapidement. Il vainquit donc ses trois adversaires et souleva son frère d’armes afin de le mettre sur son dos pour le porter en arrière jusqu’aux vaisseaux de l’Alliance. Il galopa ainsi aussi vite qu’il le put, mais malheureusement cela ne suffit pas. Lorsque Pirador déclencha son immense bouclier, Bardolk stoppa net sa course, car il comprit que la mort approchait et qu’il ne pourrait jamais parcourir la distance le séparant encore du bouclier. Cette barrière magique se situait en outre à plus de cent mètres devant lui. Issu d’une longue lignée de guerrier, il posa délicatement son ami inconscient au sol et se retourna le sourire aux lèvres afin de se poster fièrement face à la destruction et rendre honneur à ses ancêtres. Lorsque cette vague de feu et de mort le percuta tout juste deux secondes après s’être retourné, il se tenait debout et prêt. Comme son père avant lui, il croyait au retour d’un Yzergardian soudé. C’est pourquoi sous ses équipements de combat, il arborait le tatouage de l’Alliance sur son épaule droite : trois cercles connectés, l’ensemble incorporé dans un quatrième cercle. Ce symbole représentait les quatre PlanètesMères unies, l’âme d’Yzergardian.

Une fois dans l’espace, alors que le roi mage terminait d’achever sa transformation, un événement spectaculaire se produisit : les quatre Planètes-Mères fusionnèrent pour n’en former qu’une seule. Pirador sentit ainsi le pouvoir de mort commencer à se développer. Il fallait rapidement entrer en vitesse supraluminique5, cependant les mages noirs avaient tout prévu. Ils n’avaient pas l’intention de laisser s’échapper qui que ce soit et une flotte ennemie, qui s’était cachée derrière trois des sept lunes que comptait cette planète, se plaça devant eux pour leur bloquer toute retraite possible. L’armada des hombreurs comportait beaucoup moins de navires spatiaux que celle des armées de Pirador, mais c’étaient des engins d’attaques et non de transports. Dès qu’ils ouvrirent le feu, profitant encore une fois de l’effet de surprise, ils firent des ravages. 100 000vaisseaux furent touchés, leurs boucliers n’étant pas chargés au maximum, ils n’avaient pu essuyer que quelques tirs avant d’être sévèrement frappés. Yzergardian semblait au bord de l’anéantissement avec derrière eux la mort qui s’approchait littéralement et devant eux un mur de vaisseaux ennemis infranchissable. Heureusement, au même moment, les renforts firent leur apparition. Pirador, qui s’était méfié dès le début de cette « rencontre à l’ancienne », avait lui aussi caché une imposante flotte d’Aiglemins.

Alors qu’il s’échappait, il les contacta afin qu’ils interviennent le plus rapidement possible. Les Aiglemins étaient de petits avions spatiaux conçus pour le combat rapproché. Très maniables et capables d’esquives fulgurantes, ils disposaient également d’une puissance de feu conséquente. Ils reçurent la mission d’ouvrir un passage dans le blocus formé par les vaisseaux ennemis pour permettre la fuite des forces de vie. Pendant ce temps, Kérone s’avérait trop occupé à prendre conscience de sa propre force. Il lui fallut encore quelques minutes après sa transformation finale pour prendre le contrôle de son propre corps et parvenir à réguler cette incroyable puissance. Concrètement, cela lui coûta bien cinq minutes pour réussir à juguler sa propre densité afin d’arriver simplement à se déplacer normalement sans créer d’énormes cratères à chacun de ses pas et à ne plus affecter les lois gravitationnelles du système dans lequel il se trouvait. Après cette première étape, il lui fallut en outre un bon moment pour lier son pouvoir de mort à ce gigantesque pouvoir nouvellement acquis.

Le temps était compté : les quatre Planètes-Mères venaient d’achever leur fusion, le champ du néant augmentait à une vitesse incroyable et de façon exponentielle. Les derniers vaisseaux encore présents sur ce monde ne purent décoller. Les pilotes, ainsi que les passagers, succombèrent dès l’instant où la mort les frappa. La vie les avait tout simplement quittés, leurs âmes aspirées par le néant. Le rayon d’action du pouvoir de mort se décuplait et cela allait continuer grâce à l’énergie incommensurable que les quatre planètes réunies offraient maintenant au roi mage. Pirador s’inquiétait de plus en plus, il sentait ce champ de mort arriver, il le sentait s’approchait.

— À tous les Aiglemins, nous n’avons plus le temps !!! Focalisez tous vos efforts sur une seule attaque !!! ordonna l’élu de vie. Et pour les transporteurs et les destroyers, concentrez vos tirs vers une seule région : celle que mon vaisseau amiral est en train de vous désigner. On doit s’échapper maintenant, sinon dans moins d’une minute ou deux, on sera tous morts.

En plus des lasers provenant des hombreurs, la Planète-Mère commença à engendrer de puissants rayons énergétiques qui traversaient les boucliers comme du papier. Le champ de bataille devenait une véritable hécatombe. Les Aiglemins parvinrent à ouvrir une brèche à la suite d’un assaut héroïque qui coûta la vie à un très grand nombre de pilotes qui se sacrifièrent pour endommager la résistance des boucliers hombreur. Les trois millions de vaisseaux cargos encore capables de passer la barre de la vitesse supraluminique s’échappèrent. Les Aiglemins subsistants en firent autant, en abandonnant à son triste sort le gros de la flotte qui essaya d’abattre le plus d’ennemis possible afin de tomber au champ d’honneur lorsque le glas sonnerait.

— Que tous les appareils encore en état d’allumer leur moteur à distorsion 6fixent leurs radars sur mon vaisseau et nous suivent. Il en est de même pour les Aiglemins, je suis désolé, mais nous n’avons pas le luxe du choix. Si nous restons ici, nous mourrons sans pouvoir ne rien faire. Je sens que le néant engendré par Kérone augmente de façon exponentielle, certains de nos vaisseaux se trouvant en périphérie immédiate de la planète ont déjà été touchés… Je ne sais pas quand cela va s’arrêter, mais une chose demeure certaine : ceux qui vont rester dans cette zone vont périr. Je vous fais le serment de vous venger et de détruire ce monstre. Adieu.

À peine les vaisseaux avaient-ils disparu en franchissant la barre de la lumière que Pirador ressentit quelque chose d’étrange en lui, d’anormal : Kérone se trouvait dans sa tête.

— Pirador, tu t’en sors ce coup-ci, uniquement grâce au fait que mon pouvoir se développe encore, mais la prochaine fois tu mourras. Yzergardian est à moi, tout est à moi et ton sceptre sera bientôt mien. Toi, tu n’es plus rien !!! Tu as laissé ton monde vivre dans une guerre continue. Tes prédécesseurs et toi deviez vous douter que cela arriverait un jour. Voilà ce que je te propose : si tu me donnes le sceptre, j’accepte de vous laisser tranquille, je vous laisserai vivre et prospérer quelque part au fin fond de l’univers.
— Jamais je ne te donnerai quoi que ce soit, je te renverrai dans ton néant. Des milliards d’individus viennent de mourir par ta faute, lui répondit-il d’un ton colérique.
— Ohh, je ne crois pas. Et je peux t’assurer qu’il va y avoir encore bon nombre de morts. Toi, « l’élu de vie », on ne peut pas dire que tu aies bien fait ton boulot… En tout cas, je te remercie, car sans toi, je n’y serais peut-être pas arrivé, tu es vraiment…

La communication télépathique fut coupée, la distance les séparant étant devenue trop grande. Pirador demanda à l’officier transmission de son équipage d’entrer en contact avec tous les vaisseaux encore disponibles à travers Yzergardian, afin que ceux-ci embarquent le maximum d’individus et de vivres. Il fallait accomplir cet ordre dans les plus brefs délais. Tous reçurent des coordonnées précises dans le but de se rassembler d’ici 48 heures dans une zone spécifique de l’univers non exploré. Il fallait qu’ils parviennent à quitter ensemble Yzergardian et parcourent l’univers pour y débusquer une nouvelle patrie, un refuge en dehors de l’espace connu. Ils devaient impérativement s’éloigner suffisamment et le plus rapidement possible pour ne pas subir le terrible pouvoir de Kérone.

Les explications délivrées par Pirador déclenchèrent la panique au sein d’Yzergardian. Les planètes habitées se vidèrent autant que possible, seulement les populations ne disposaient pas de suffisamment de moyens et de temps pour évacuer tout le monde. En moins de 48 h, la panique et la peur laissèrent place à la tristesse et au désespoir. La plupart des mondes ne parvinrent à évacuer au mieux qu’un tiers de leur population. Les gouvernements se retrouvèrent dans l’obligation de « sélectionner »… Pendant ce temps-là, le pouvoir du roi mage continuait à se développer : en moins de 24 h, le néant recouvra l’intégralité du territoire méridional… Aucun fugitif n’arriverait donc de cette zone. La partie méridionale de l’univers central devenait ainsi une zone morte. Au moment du départ, Pirador s’adressa une nouvelle fois à son peuple :

— Peuple d’Yzergardian, je vous salue. Vous savez pourquoi nous sommes là. Je n’ai pas grand-chose de plus à vous dire, je ne peux ni vous consoler ni vous promettre quoi que ce soit. Je sais que la majorité de nos proches n’a pas pu nous rejoindre aujourd’hui et que jamais nous ne les reverrons. En cet instant, je les pleure avec vous. Mais nous ne devons pas nous laisser faire. Beaucoup de nos compagnons sont morts ou vont bientôt l’être, mais pas nous, c’est compris !!! Nous devons vivre, il nous faut assurer un avenir pour la vie telle que nous la connaissons. Le temps de se morfondre n’est pas venu, nous devons rapidement faire notre deuil et honorer leur sacrifice. Il nous faut trouver un refuge loin, très loin de notre partie. Aujourd’hui, nous adressons nos adieux à Yzergardian, mais ne perdons jamais espoir : un jour… un jour, nous reviendrons ! Je vous en fais la promesse !!!

Chapitre 2 :Refuge

En parcourant ces lignes, tu découvres que le mot « Yzergardian » trouve son origine dans le langage de la création. C’est moi, Ratelko, fils de Bralard, premier élu de vie, qui ai nommé ainsi cet univers, notre univers. Car oui, nous sommes bien l’étincelle de la création, le premier monde, le premier univers. Au début il n’y avait rien et le créateur avait besoin de quelque chose, d’une base pour débuter son œuvre. Il avait besoin d’une matrice capable de transformer toute son énergie, tout son pouvoir en matière, en vie. Voilà ce qu’incarne Yzergardian : la matrice des élus.

 

Extrait du livre de la création

 

Après cinq cycles d’errance dans le froid de l’espace, la résistance débusqua la perle rare. Malgré quelques essais infructueux, ils se dégotèrent une immense planète vivable. Celle-ci possédait 24 lunes, parmi lesquelles on en dénombrait 13 qui disposaient de toutes les caractéristiques nécessaires à une terraformation. Ce Nouveau Monde fut nommé Refuge, car telle était sa fonction. Un lieu calme, éloigné, où la vie pourrait se poursuivre et l’espoir renaître. Une grande variété d’espèces animales et végétales peuplait déjà ce monde. Présentes dans un état d’évolution peu avancé, la faune et la flore de cette planète constitueraient une bonne réserve de nourriture. La grosse particularité de ce monde venait du cycle solaire, il n’y faisait quasiment jamais nuit. Le système solaire auquel appartenait Refuge possédait en son centre un immense soleil qui régissait tout. Sa masse était si élevée qu’en plus des 18 planètes qui gravitaient autour de lui, un second astre, en 19èmeposition, subissait lui aussi sa force d’attraction. Ce petit soleil, qui clôturait en quelque sorte le système, apportait également son lot de lumière. Du fait de la présence de ce second astre et en fonction de son emplacement sur son ellipse gravitationnelle, de la position de Refuge sur sa propre ellipse, sans parler de la rotation spécifique à la planète, aucune journée ne se ressemblait. Les facteurs d’ensoleillement changeaient en permanence. La nuit la plus longue possible était de huit heures consécutives. Cela n’arrivait que très rarement et uniquement dans le cas où l’astre central éclipsait le second, ce qui offrait une nuit complète à l’une des faces de Refuge. L’orbite de Refuge, occupait, elle, la 12ème position. Le gros de la résistance s’y installa et les autres patientèrent en orbite le temps que la terraformation des lunes se soit achevée.

Durant tout ce temps, Kérone atteignit le maximum de son pouvoir, le néant recouvrait la quasi-totalité d’Yzergardian, la mort régnait en maîtresse absolue. Les mondes se transformèrent en désert, ni faune ni flore ne survécurent, rien. La vie avait tout simplement disparu. Pour les zones non touchées par le néant, les armées maudites s’étaient chargées de « finir le travail » : après tout, un fusil laser, bien que moins redoutable que la mort en personne, reste efficace… Sans relâche, les résistants étaient recherchés et traqués, mais les mages noirs ne trouvèrent aucune trace et cela pendant près de deux siècles. De temps à autre, les hombreurs tombaient dans des pièges : certaines missions des rebelles consistaient à les attirer sur une planète déserte à l’aide de fausses transmissions non protégées et de les faire exploser via des bombes qui les attendaient. Ce traquenard fonctionnait presque à tous les coups. Les mages noirs savaient pertinemment que chaque fois qu’ils repéraient une transmission, cela ne pouvait être qu’un guet-apens. Malgré cette réalité, Kérone ordonnait de toujours vérifier la moindre piste, même la plus infime et à n’importe quel prix. Le roi mage se moquait souverainement de perdre des hombreurs ou du matériel, ces choses-là n’avaient aucune valeur.

Ce répit permit à la vie de se développer amplement, la résistance colonisa d’autres planètes et Pirador remarqua qu’au fur et à mesure, ses pouvoirs augmentaient. À chaque nouvelle naissance, son énergie grandissait. L’élu de vie ne comprit pas vraiment cette évolution, rien de tel n’était expliqué dans le livre de la création. Il s’agissait là d’une première. Pirador supposa qu’Yzergardian cherchait de lui-même à retrouver son homéostasie7. Sa puissance cessa de croître le jour où son champ de vie vint se percuter contre celui du néant. Il résulta de ce choc deux effets néfastes : dans un premier temps, Pirador comprit que son pouvoir ne pourrait plus augmenter et d’autre part, cela permit au roi mage de repérer exactement où se cachaient les résistants.

Des vaisseaux-espions y furent envoyés, invisibles aux radars et dotés des dernières technologies hombreurs. Ils parvinrent à scanner en un temps record la majorité des planètes alliées. Malheureusement pour eux, cette petite flotte ne passa pas inaperçue aux yeux de Pirador, qui sentit que des êtres maudits se trouvaient dans sa zone. Certains de ces vaisseaux réussirent quand même à communiquer leur rapport juste avant d’être supprimés.

À bien des années-lumière de là, les mages noirs discutaient quant à la décision à prendre :

— Selon les scanners, maître, les forces de vie sont en grand nombre et…
— Et quoi ? trancha Kérone.
— Comme vous le savez, vous perdriez votre pouvoir si vous vous éloignez à ce point de la Planète-Mère.
— Comme vous le dites, je le sais, pas besoin de le rappeler. Qu’avez-vous à me proposer ?

Un second mage noir prit la parole :

— Maître, je suggère que l’on attende, nous risquerions de perdre nos armées si nous allions les combattre chez eux. De plus, vous nous avez informés que le pouvoir de Pirador, bien que toujours inférieur au vôtre, a sacrément augmenté.
— C’est vrai et je ne me l’explique pas. Vie et mort s’annulent, lors de notre première et unique rencontre, il était comme moi, au maximum de son potentiel et nos forces se compensaient. Je ne comprends pas comment il a réussi à surpasser ainsi ses limites, ça ne devrait pas être possible. Si je suis plus fort aujourd’hui, c’est parce que je possède le pouvoir des quatre Élémirs, mais en réalité mon pouvoir de mort seul ne vaut plus grand-chose face à sa vie et cela m’agace considérablement…
— C’est pourquoi j’estime qu’il est trop risqué de les attaquer pour le moment, reprit le mage. Ici, nous n’avons absolument rien à craindre, jamais ils n’attaqueront, avec votre pouvoir on les anéantirait et ils le savent. Il nous suffit d’attendre que notre technologie dépasse largement la leur et là, on pourra partir les écraser chez eux.
— Actuellement, où en sont nos progrès comparés aux leurs ? questionna Kérone à un troisième mage.
— À en croire les données, nos canons laser disposent d’une plus grande portée effective et nos boucliers au sol sont plus efficaces, cependant ils ne résisteraient tout de même pas à un bombardement aérien. Autrement dit, nous possédons une légère avance et cela dans plusieurs domaines, mais rien de bien significatif.
— Je me demande ce que vous avez bien pu fabriquer pendant ces 200 cycles.
— Maître, nous commençons tout juste à percer les secrets de la Planète-Mère et nous sommes seuls. Contrairement à eux, nous ne disposons pas d’Arténiens, les facultés d’études et de déduction de cette saloperie de race nous seraient bien utiles.
— Faites plus vite, c’est tout !! Pour l’instant, je me range à votre avis. On va attendre. Après tout je ne suis pas pressé, nous n’avons toujours pas trouvé la porte. En revanche, dès que cela sera fait, je refuse que nous perdions encore du temps pour récupérer le sceptre et le livre de la création. Dans l’immédiat, nous allons quand même leur apporter quelques soucis. Je veux que leurs planètes soient la cible de nos missiles longue portée. Nous allons démarrer une guerre psychologique. Ils ne doivent plus jamais se sentir en sécurité, cela fait maintenant trop longtemps qu’ils se moquent de nous.
— Cela sera fait, maître.

Alors que les planètes alliées, après deux siècles de quiétude, essuyèrent les premières vagues de projectiles en les faisant exploser dans l’espace grâce à un réseau complet de batteries antimissiles, Pirador s’adressa à tout son peuple.

— Nous nous y attendions, nous avons été repérés. Vous n’avez pour l’instant rien à craindre des missiles, cela faisait maintenant longtemps qu’on y était préparé. Comme vous le savez, comme je vous l’ai déjà expliqué, ces 200 cycles de répit ne représentaient en réalité qu’un passage obligé dans l’attente de ce jour. Nous sommes aujourd’hui suffisamment nombreux et équipés pour mener une offensive. Je ne pense pas qu’ils s’attendent à une attaque, ils sont trop sûrs d’eux, ils font la même erreur que j’ai autrefois commise et qui nous a tant coûté. Nous n’avons plus le droit d’attendre, leur technologie est déjà supérieure à la nôtre et étant donné qu’il possède la Planète-Mère, la source de tout savoir physique, cela ne va pas aller en s’arrangeant. On peut tout à fait imaginer qu’un jour ils puissent nous attaquer à 10 contre 1000 et tout de même nous vaincre. Vous savez ce que je m’apprête à vous demander, notre tactique de combat est prête depuis bien des cycles, mais vous, êtes-vous prêts à honorer votre serment ? Je sais que cela est loin d’être facile, mais je peux vous assurer que vous pouvez me confier votre vie, je ne vous décevrai pas. Nous devons garantir un avenir à la vie, faites-moi confiance, il le faut. Que dans 48 heures tous les individus en âge de se battre soient prêts à partir, ceci est notre dernier espoir, mes amis.

Au fil de tous ces cycles, Pirador avait su gagner leur confiance ainsi que leur respect. On pouvait le voir dans leurs yeux, remplis de détermination, tous étaient prêts à se sacrifier pour assurer un avenir à leurs enfants. En parlant de descendance, Pirador fit ses adieux à son dernier fils âgé de quinze cycles :

— Tiens mon fils, je te confie mon sceptre. Quant au livre de la création, je l’ai renvoyé se cacher. Je t’ai tout appris. Tu devras transmettre ce savoir et ce sceptre. Dès à présent tu deviens leur guide. Les pilotes adultes vont s’occuper de vous et tâcher de trouver une nouvelle patrie.
— Oui père, mais si jamais tu…
— Ne t’inquiète pas, je réussirais, je dois réussir.
— Tu peux compter sur moi.
— Je sais et j’en suis fier. Adieu Pirar, je t’aime mon fils. Longue vie à toi, tu es l’avenir, notre avenir.

Une étreinte chaleureuse en résulta et Pirador monta dans son vaisseau. Lorsqu’une vague de missile arriva à sa fin, la résistance profita des quelques secondes d’accalmie disponibles avant l’irruption de la prochaine vague afin que tous puissent décoller de leurs planètes respectives. Toute cette armada ne suivit pas la même direction, une petite partie s’en détacha et fixa son cap à l’opposé. Ces vaisseaux étaient remplis d’enfants.

— Écoutez-moi soldats, nous nous rendons sur la Planète-Mère, le cœur du pouvoir de notre ennemi. Ma force actuelle nous permettra juste de rester vivants, seulement dès lors que l’on pénétrera dans la zone maléfique, vos forces seront amoindries, vous serez essoufflés, fatigués comme si vous veniez de courir un marathon. Nous serons repérés dès que nous entrerons dans le champ du néant, cependant cela m’étonnerait que les mages noirs aient suffisamment de temps pour réunir toutes leurs armées disséminées de part et d’autre d’Yzergardian. Cela signifie que nous débuterons la bataille en surnombre, le temps que leur renfort arrive. C’est pour cette raison qu’il nous faudra frapper fort. Je ne sais pas ce qui nous attend sur le sol de cette planète, mais on doit tout envisager. Les rayons énergétiques qu’elle nous enverra lorsqu’on se retrouvera sur son orbite ne seront qu’un premier aperçu de sa puissance. Dans un premier temps, l’urgence est de détruire leurs appareils spatiaux, mais méfiez-vous de ces rayons, notre premier adversaire c’est bien cette foutue planète.

Après six jours de trajet, la flotte se plaça en orbite. Comme le pensait Pirador, seuls les vaisseaux ennemis proches de la zone de combat se trouvaient face à eux. Il fallait toutefois réellement se dépêcher, car les hombreurs arrivaient au compte-gouttes et chaque seconde perdue offrait à l’adversaire du temps pour se rassembler. Le premier flux énergétique provenant de la planète résonna dans l’espace comme le début de l’affrontement.

Les escadrons d’Aiglemins, rapides et maniables, attaquèrent les premiers, suivis de près par les Aigles, plus spacieux que leurs petits frères, ils pouvaient abriter jusqu’à dix soldats. On les appelait aussi les « canonniers ». En effet, ces vaisseaux de combat possédaient de nombreuses tourelles, ce qui leur offrait un rayon d’action de 360° et leur permettait de tirer « tous azimuts ». Arrivaient ensuite les Torpeurs, plus gros et moins agiles, mais disposant d’un arsenal plus puissant, capable de mettre à mal les boucliers ennemis. Malheureusement, ils constituaient des cibles faciles, leurs boucliers énergétiques étant maintenus à un niveau minime pour permettre l’alimentation à plein régime des canons perforateurs. Il s’agissait ni plus ni moins de vaisseaux d’artillerie. Les Transporteurs se trouvaient en retrait, attendant de pouvoir débarquer les troupes. Ces engins représentaient la cible principale de la Planète-Mère et celle-ci ne ratait jamais son coup… Il fallait se dépêcher et anéantir promptement la flotte hombreur pour autoriser le déploiement au sol. Le rôle des Aigles consistait à protéger autant que possible les Torpeurs et à repousser les Firtz (l’équivalent pour les hombreurs des Aiglemins). Le surnombre de l’armada de Pirador s’avéra tel que les Transporteurs obtinrent rapidement la possibilité d’atterrir sur le sol amorphe de la Planète-Mère. Ce fut cette fois plus de 70 milliards de soldats qui se déployèrent. Seuls les Transporteurs vinrent se poser, le reste de l’armada demeura en orbite afin de rejeter les vaisseaux ennemis qui ne cessaient d’arriver.

Sur le sol, les guerriers progressaient difficilement, très difficilement, tous étaient à bout de souffle. Ce monde n’arrangeait rien à la situation, il changeait sans cesse : le diamètre de la planète augmentait ou diminuait au bon vouloir de Kérone. Des reliefs apparaissaient et disparaissaient à volonté. Les soldats hombreurs sortaient du sol comme des vers de terre. Ils étaient bien moins nombreux que les armées de Pirador, mais affichaient une forme exceptionnelle et ils n’avaient pas à affronter les quatre éléments. L’élu de vie, de son côté, cherchait sans relâche son ennemi. Il parcourut ce monde en long, en large et en travers à plusieurs reprises, sans résultat. Il n’avait pas le droit de perdre du temps, chaque minute passée à chercher en vain correspondait à un nombre incalculable de vies sacrifiées. Malgré sa très grande vitesse, il ne le trouvait pas. Il sentait sa présence, mais celle-ci imprégnait chaque caillou, chaque fleuve, chaque cm2 de ce monde. Cette planète vivante, avec ces reliefs changeants, s’apparentait à un véritable labyrinthe.

— Allez, Kérone montre-toi !!! Aurais-tu peur de moi ? cria Pirador au ciel.

Une coulée de lave jaillit alors du sol et le roi mage s’en extirpa. Son corps était composé de flammes, ses membres d’eau et de terre. Pour compléter le tableau, on apercevait au-dessus de lui comme une mini tornade qui flottait.

— Peur, tu dis ? Bien sûr que non, nous sommes ici chez moi et je n’ai pas le souvenir de t’avoir invité, libre à moi donc de m’amuser un peu. Pourquoi cette attaque Pirador ? Pour quelle raison ?
— Cet endroit ne sera jamais à toi, tu possèdes leurs pouvoirs, mais pas leurs savoirs. Tu ne possèdes pas l’esprit d’un Élémir, raison pour laquelle mes guerriers ne sont pas encore morts, raison pour laquelle tu n’arrives pas à déplacer cette planète. C’est aussi pour cela que tu n’arrives à tirer qu’un seul rayon à la fois.
— Peut-être, mais j’en sais quand même suffisamment pour t’anéantir. Il s’agit là d’une attaque suicide, vous auriez mieux fait de profiter des quelques cycles qu’ils vous restaient à vivre dans votre zone. Ah ! Mon cher Pirador ! On peut dire que tu m’as bien simplifié les choses, sans toi je n’en serais peut-être pas là aujourd’hui. Tu as commis beaucoup d’erreurs et celle-ci sera ta dernière.
— Tu pars gagnant avant même de combattre, c’est toi qui t’avères stupide, ce coup-ci.
— Très bien, en garde !!!!!

Le roi mage envoya une boule énergétique d’une telle violence que celle-ci traça un sillon sur son passage. C’était la première fois que Pirador observait l’étendue de la puissance de son ennemi : cette boule, qui se composait du mélange des quatre pouvoirs, possédait le potentiel de faire disparaître une planète. L’élu de vie parvint à l’éviter de justesse et heureusement, car jamais il n’aurait pu la contrer.

— Hmm, je vois que tu as gagné en vitesse, mais sache que je suis tout de même beaucoup plus rapide que toi, regarde !!!

En un instant, Kérone se retrouva juste en face de son adversaire et lui assainit un coup de poing qui le projeta à une vitesse folle. Le corps de Pirador traversa un long mur de feu qui surgit du sol à l’instant où le roi mage frappa, avant de s’écraser contre le flanc d’une montagne. Gravement blessé, le dernier héros parvint à se relever tant bien que mal et le roi mage apparut de nouveau devant lui.

— Kérone je sais que tu es beaucoup plus fort que moi, et je sais ce qui me reste à accomplir. N’oublie pas que j’ai derrière moi des milliards d’individus et ils ont prêté serment. À chaque fois que l’un d’eux succombe, je m’octroie son énergie vitale, ils m’ont confié leurs âmes, je ne les décevrais pas, tu vas mourir !!!!!!!!!!!!!!!!

À ces mots, alors que Kérone acquiesça d’un sourire malsain et s’apprêta à asséner le coup de grâce, le corps de Pirador se mit à briller de mille feux. En moins d’une seconde, le ciel s’emplit de rayons énergétiques qui se dirigèrent à la vitesse de la lumière8 vers l’élu de vie. Tous les êtres vivants encore présents sur le champ de bataille et en orbite s’écroulèrent. Chacun d’entre eux venait de donner sa vie. Oui, il s’agissait bien d’une attaque suicide… Le roi mage ne souriait plus, il recula même d’un pas.

— Mais… Que… Que fais-tu ?
— L’avenir d’Yzergardian ne sera pas le néant. AHHHHHHH !!!!!!

Le corps du chef des armées implosa, la lumière qui s’en dégagea se propagea et recouvrit toute la planète. Les hombreurs furent balayés. Kérone, touché de plein fouet, se retrouva entièrement désintégré et le néant disparut. Alors que le flash lumineux s’évapora dans l’obscurité, le sol de ce monde devint instable. La planète perdait de son intégrité, puis d’un coup, elle se dissocia en quatre. On put alors apercevoir pendant quelques secondes les quatre Planètes-Mères, avant qu’elles ne disparaissent à leur tour. La flotte hombreur qui continuait d’arriver au compte-gouttes put assister à ce spectacle, tout en détruisant méthodiquement les vaisseaux alliés qui demeuraient sans vie.

Lors de son trajet, Pirador avait détaché un petit groupe de vaisseaux, placé juste à portée de radar de la Planète-Mère afin de pouvoir surveiller la bataille et le bon déroulement du plan. Ceux-ci, grâce à leurs divers instruments de mesure, constatèrent que la Planète-Mère n’existait plus. Personne ne répondait aux communications, cela ne signifiait qu’une chose : le plan était une réussite. Il avait fallu un sacrifice ultime pour vaincre la mort, ce qui en soi représentait un comble. Tous les êtres vivants qui arrivaient à majorité avaient le choix de faire un serment « de vie » auprès de Pirador afin d’augmenter son pouvoir et de lui donner une chance de tenir tête à Kérone. Comme chaque espèce est différente, cette majorité se voyait définie en fonctions des origines. Par exemple pour un humain il fallait atteindre les 17 cycles, alors que pour un Torasien, il fallait en compter 30. Chacun était libre de décider de faire ou pas ce serment, mais rares étaient les individus qui refusaient. Tous connaissaient la vérité et ce que cela impliquait, car dès le début de leur exil, Pirador leur avait expliqué son plan : « Le jour viendra où il faudra attaquer pour assurer notre survie, pas simplement la mienne ou la vôtre, non. Il s’agit bien de la survie de la vie. Ce jour-là, ce serment prendra tout son sens, car il s’agira d’un suicide collectif… Je ne vous le cache pas. Pour espérer vaincre le roi mage, vaincre la mort sublimée par le pouvoir des Élémirs, il faudra que je concentre toute la vie dont je dispose, mais aussi la vôtre. Ce jour-là, nous bénéficierons au mieux d’une seule et unique chance. Nous ne devrons pas la gâcher et s’en saisir au maximum… »

Les observateurs relayèrent la nouvelle. La flotte qui était partie dans la direction opposée avec tous les enfants à leur bord se découpa comme prévu en deux éléments bien distincts. Le premier groupe (celui de Pirar) continua sa route, ils avaient reçu la mission de rester cachés en dehors du système connu pour garder le sceptre et rebâtir la résistance. La deuxième moitié rebroussa chemin et se dirigea vers Yzergardian avec pour objectif de s’éparpiller en son sein afin de le repeupler. De leur côté, les mages noirs qui se trouvaient dans l’espace à quelques années-lumière de la bataille ressentirent la mort de leur chef :

— Kérone a failli, nous avons perdu notre pouvoir, annonça l’un d’eux.
— Il était le premier d’entre nous, le plus entier. Mais il agissait comme si nous n’étions rien. Nous sommes tous la même personne. Nous possédons tous un fragment de notre âme commune. Avec mon quart, je suis le prochain. Je ne commettrais pas la même erreur, nous sommes tous égaux. Je vais récupérer le premier nom que l’on nous a donné à notre naissance, il y a bien longtemps. Bien longtemps avant tout cela : Narjir.
— Il ne s’agit finalement que d’un contretemps, reprit un troisième mage. Rien n’est encore perdu pour nous. Ils nous ont eus par surprise, mais nos armées sont bien plus nombreuses.
— Oui, enchaîna un quatrième, il nous suffit d’attendre que cette malédiction, ce pouvoir, nous revienne. Je propose, pendant que nous continuons à chercher le sceptre, le livre et la porte, de dominer simplement Yzergardian à la manière d’une monarchie.
— Faisons cela, acquiesça Narjir, que nos forces se redéploient et tâchons de prendre rapidement le contrôle. Comme vous le savez, pour que la porte se manifeste, nous avons besoin du pouvoir des Planètes-Mères. Il n’y aura pas d’Élémirs et donc pas de planètes si l’on ne laisse pas la vie se répandre et se développer. Yzergardian va avoir besoin de temps, de beaucoup de temps, pour se régénérer et bien qu’il soit actuellement au sommet du Plurivers, l’énergie nécessaire pour reformer les Planètes-Mères ne va pas s’agréger si aisément.
— Le temps, répéta le troisième mage, notre raison d’être…

Chapitre 3 :Un Nouveau Monde

Ceci sera ma dernière contribution à ce livre. Moi, Pirador, fils de Portuel, 29ème