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Un groupe d’agents secrets reçoit une lettre l’informant qu’un vol d’ogive nucléaire va bientôt avoir lieu en Russie. L’informateur est un homme dont l’esprit n’a pas de limite. Il peut se connecter à n’importe qui et personne ne peut lui mentir. D’abord considéré comme aliéné, sa rencontre avec le Docteur Nathan Lorif va lui permettre de contrôler son don et de le mettre au service de l’Humanité. Devenu Ingeniuman, le vol de cette ogive le précipite dans un réseau terroriste mondial qui semble n’être motivé que par un seul désir : la destruction de notre monde…
À PROPOS DE L'AUTEUR
Né en 1987,
Gaëtan Vandromme a été bercé par le Club Dorothée et la trilogie du samedi soir. Passionné par les mangas, les séries, le cinéma, les jeux vidéo et la littérature, il a commencé très jeune à développer son imaginaire. Militaire parachutiste au 3è RPIMa, il livre aujourd’hui le premier volet de son « Plurivers »…
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Seitenzahl: 431
Veröffentlichungsjahr: 2019
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Gaëtan VANDROMME
Ingeniuman
Tome I : Les Évols
Roman
Cet ouvrage a été composé en France par Libre 2 Lire
www.libre2lire.fr – [email protected], Rue du Calvaire – 11600 ARAGON
Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN papier : 978-2-490522-43-9ISBN Numérique : 978-2-490522-44-6Dépôt légal : Novembre 2019
© Libre2Lire, 2019
Si vous connaissiez véritablement ce monde, diriez-vous qu’il a besoin d’être sauvé ? Qu’il peut être sauvé ? Qu’il mérite d’être sauvé ? Hein ? Dites-moi, que diriez-vous si vous saviez tout de ce monde ?
Note aux lecteurs : Vous trouverez en début de chaque chapitre des citations. Celles-ci sont issues du monde réel et écrites par différentes personnes (journal officiel, blogueur, journaliste indépendant, etc.). Ces citations ont pour objectif de vous plonger dans ce que peut ressentir Ingeniuman quotidiennement. L’histoire se déroulant sur plusieurs années, elles vous aideront également à mieux vous situer dans la temporalité du récit (si la citation se réfère à l’année 2005, l’histoire se déroule à ce moment). Il m’arrive d’ajouter à ces citations des commentaires personnels. Ceux-ci sont en gras et souligné. Je vous souhaite une bonne lecture.
Leur voiture de location les attendait directement à la sortie de l’aéroport de Biggin Hill à Londres. Il s’agissait du dernier modèle en date d’une Mercedes-Benz SLR McLaren. Comme toujours, les dispositions avaient été prises durant le vol afin qu’il en soit ainsi. Dès qu’ils eurent mis pied à terre, les deux partenaires, et amis, se précipitèrent vers le parking où un employé de l’agence possédant le bien leur remit directement les clés. Sans perdre une seconde, ils s’engouffrèrent dans le véhicule qui démarra en trombe.
Au moment même où l’homme terminait sa phrase, le véhicule qui venait juste de quitter le parking accéléra puissamment, collant au siège ses deux passagers.
Lancée à une vitesse folle, la voiture de course remonta vers le Nord par l’A233. Poussé à plein régime dans ses derniers retranchements, le véhicule frôlait les obstacles tout en évitant in extremis, et de façon presque miraculeuse, d’autres usagers ainsi que certains piétons peu attentifs. Le copilote ne ferma pas ses yeux. La première fois, il n’avait pas pu s’en empêcher, mais aujourd’hui, avec la force de l’habitude, les choses avaient changé. Il avait toute confiance en les capacités de son ami et il savait que, malgré les apparences, il ne risquait rien.
L’homme assis sur le siège passager savait très bien ce que cela signifiait, il récupéra la tablette numérique qui se trouvait dans la poche intérieure de sa veste et cliqua sur le bouton « fin du premier segment ». Tous les feux de circulation qui se trouvaient sur l’A233 reprirent leur fonctionnement normal. En effet, alors qu’ils étaient montés dans la voiture, un programme de piratage avait été lancé afin de leur dégager au maximum la voie. Ce logiciel, le conducteur l’avait élaboré durant le vol. Arrivée à une nouvelle intersection, la McLaren tourna vers la gauche sur la B265 afin de se rendre le plus rapidement possible sur la Croydon road. Bien entendu, le programme, qui venait de relâcher le contrôle des feux de l’A233, bloqua ceux de la B265, afin que la Mercedes passe au vert, et ce jusqu’à ce qu’ils aient quitté cette nouvelle portion de route. Arrivés sur la Croydon Road, ils prirent à gauche en direction de la ville du même nom. Il fallait faire vite : c’était là que se trouvait leur premier objectif.
La Croydon road étant bien plus large que les précédentes routes, le conducteur poussa le régime moteur de sa McLaren au maximum, ce qui permit à nos amis de parcourir les dix kilomètres de cette portion en tout juste deux minutes.
Arrivé à l’intersection avec l’A212, le véhicule prit directement à droite sans se soucier du sens normal de circulation à adopter dans un rond-point britannique. Au croisement avec la George Street, le pilote stoppa sa course et le second homme descendit.
La McLaren redémarra en trombe, exécuta un demi-tour et repartit aussi vite qu’elle était arrivée. Le conducteur retourna sur l’A232 puis remonta sur l’A23 avant de s’engager sur l’A214 pour finalement abandonner son véhicule au niveau de la gare de métro de Tooting Bec.
« … »
Alors que le terroriste passait à côté du photomaton, un homme le bouscula et il sentit comme une légère piqûre derrière son épaule. Tout juste se retourna-t-il pour voir qui lui était ainsi rentré dedans, qu’il tomba dans les pommes. Le copilote récupéra le sac et quitta les lieux.
De la même manière, le conducteur qui se trouvait lui, dans la rame de métro, se dirigea tranquillement vers sa cible et, à l’aide d’un somnifère, procéda comme son partenaire. Le terroriste s’écroula dans ses bras et il le plaça comme si de rien n’était à la place libre la plus proche.
À l’arrêt suivant, une partie de la rame se vida et de nouveaux voyageurs montèrent. Alors que le ballet des voyageurs se poursuivit à la seconde halte, plus personne ne fit attention à l’homme qui dormait, affalé sur son siège, et aucun usager ne remarqua qu’un inconnu lui volait son sac. Descendu au troisième arrêt, il se rendit à son tour dans les toilettes publiques, baissa le siège des w.c., ouvrit le sac et posa la bombe sur le couvercle du cabinet.
L’homme quitta la station de métro en courant si vite que même le meilleur sprinteur ne serait pas parvenu à le suivre. C’est ainsi qu’il parcourut les six cents mètres qui le séparaient du Lambeth Hospital, afin d’aller à l’encontre du troisième terroriste qui ciblait le centre de soins. Celui-ci arrivait par la gare de Brixton, à quatre cents mètres au Sud-Est de l’hôpital. Le poseur de bombe venait de quitter le métro et il arrivait tranquillement à pied le long de la Pulross Road. Une fois dans le champ de vision du terroriste, le sprinteur ne se donna pas la peine de ralentir pour passer inaperçu : il n’avait plus le temps pour ça. Il se jeta dessus à pleine vitesse et lui asséna un puissant uppercut qui lui fit directement perdre connaissance.
Rapidement, il désamorça l’engin, récupéra le détonateur et administra le sédatif au terroriste afin d’être sûr qu’il ne se réveille pas de sitôt.
Pendant ce temps, son ami quitta la gare routière et s’assit sur un banc public. Via sa tablette, il envoya un message aux autorités dans lequel il précisait les différents emplacements des bombes, ainsi que ceux des terroristes. À chaque fois, il y joignit un fichier contenant une photo ainsi que diverses preuves que son ami avait collectées durant le vol. De son côté, le coureur repartit à toute allure. Il ne lui restait plus que huit minutes pour trouver la dernière bombe. Le poseur en question venait de la placer derrière une poubelle en plein milieu du centre commercial de Covent Garden Market. Cela ne lui faisait pas moins de sept kilomètres à parcourir et, bien qu’il soit rapide, il savait très bien qu’il n’y arriverait pas à pied. C’était faisable en dix minutes peut-être, mais pas en huit. Il se précipita alors au café du coin, car il savait qu’un motard venait de s’y arrêter pour prendre son petit-déjeuner avant d’aller au travail, chose qu’il faisait tous les jours afin de commencer sa journée au mieux. Le motard en question était assis sur la terrasse, ses clés négligemment posées sur la table. Il eut tout juste le temps de réagir au vol de celles-ci que l’homme était déjà en train de démarrer.
Plus que sept minutes, la course était jouable. Au guidon de cette 1000 SV/S, le pilote fit à nouveau preuve d’une dextérité incroyable. Afin d’aller au plus vite, il coupa par différents passages, empruntant parfois même le trottoir ou bien encore usant de la bande cyclable. Arrivé au niveau du centre commercial, il se rendit jusqu’à la grande porte et la franchit en restant sur la moto sous le regard médusé des gens présents. Il accéléra en direction des escaliers, plaça ses deux pieds sur la selle et, au moment où la roue avant venait frapper la première marche, il prit une puissante impulsion. Cette action lui permit de sauter toutes les marches et de se retrouver directement sur le premier palier. Il stoppa son élan à l’aide de la barrière et repartit dans l’autre sens pour arriver sur le second palier qui correspondait au premier étage. De là, il se précipita vers le centre du complexe où beaucoup de bancs étaient à la disposition du public avec, tout autour, divers stands et boutiques. Rapidement, il repéra la poubelle en question, mais le terroriste était déjà loin. Il récupéra le sac et commença à désamorcer la bombe. Il ne lui restait plus que deux minutes au compteur. Il fallait qu’il fasse très vite pour relier les fils ensemble une fois qu’il les aurait sectionnés. Il coupa, le compteur s’affola, il dénuda, relia et l’horloge afficha alors dix-huit secondes. La bombe était désamorcée. Il démonta le détonateur et s’en alla en direction du dernier poseur de bombes. Celui-ci se trouvait à l’extérieur du centre commercial. Il attendait sur un parking que l’explosion ait lieu. Alors qu’il regardait sa montre en se demandant pourquoi elle n’avait pas encore explosé, il sentit comme une piqûre derrière sa nuque. Alors qu’il leva son bras par réflexe pour chasser le « moustique » il tomba dans les pommes.
Arrivés au point de rendez-vous, les détonateurs furent rassemblés à l’intérieur d’un seul sac et celui-ci placé dans une consigne. Puis, nos amis se rendirent à leur jet.
Le 10 février 2005, la Corée du Nord annonce officiellement posséder des armes nucléaires.
Une fois descendue à son arrêt, la jeune Africaine marcha pendant dix bonnes minutes avant d’apercevoir sa destination. Il s’agissait d’un grand entrepôt employé pour la gestion de stock. Malaïka s’approcha de l’entrée et composa le code qui lui ouvrit la porte. Elle traversa tout le bâtiment dans lequel s’entassaient des centaines et des centaines de cartons sur plusieurs rayonnages pour se retrouver finalement face à une cloison. D’un geste sûr, elle déplaça un des emballages et dévoila un second digicode. Elle tapa une nouvelle combinaison et une partie du mur s’enfonça, laissant deviner une ouverture. Une fois qu’elle l’eut franchie, la cloison se referma automatiquement. Dès que la jeune Africaine se retrouva de l’autre côté, elle se baissa pour ramasser une enveloppe qu’elle regarda un instant avant de la fourrer dans sa poche, puis elle descendit l’escalier en colimaçon qui la mena droit dans le sous-sol. Arrivée là, elle poussa une autre porte et se retrouva dans une grande pièce, très bien éclairée avec plusieurs ordinateurs allumés. Au centre de ce sous-sol trônait une table circulaire sur laquelle Malaïka avait l’habitude de voir différents dossiers et quelques armes à feu. Aujourd’hui la décoration était bien différente. Cette fois-ci, des guirlandes traversaient la pièce et à la place des dossiers se trouvaient diverses boissons, ainsi qu’un gâteau qui semblait être au chocolat. Parfum dont la collégienne raffolait. Devant cette table se tenaient six adultes qui lui souriaient.
La jeune fille s’avança et fit la bise à tout le monde en commençant par ses deux parents qui se trouvaient sur la gauche et termina par Andréass.
Chose dite, chose faite. Tout le monde se plaça autour de la table et les festivités commencèrent. Entre deux morceaux de gâteau, les convives se levèrent et allèrent chercher les cadeaux. On ne peut pas dire que Malaïka vivait dans un cercle familial « normal ». Certains pourraient trouver étrange, voire même déplacé, le fait que l’on parle si librement de trafic d’armes à une enfant de 11 ans. Mais depuis ses 8 ans, ses parents avaient décidé de ne plus lui mentir, sans bien sûr, lui raconter non plus tout dans le détail. D’une part ils ne se voyaient pas mentir ainsi à leur fille et d’autre part il fallait pour sa propre sécurité que Malaïka apprenne certains protocoles.
En effet, ses parents adoptifs se trouvaient être des espions freelances. Ce fut Adrienne qui entra en contact avec eux pour leur proposer ce poste. Il se trouvait qu’elle avait eu vent de leur histoire : Nadjib et Bleuenn, les parents de Malaïka, étaient autrefois militaires, engagés au 3e Régiment de Parachutistes d’Infanterie de Marine de Carcassonne. Nadjib en avait été radié pour avoir désobéi à un ordre direct. En Afrique équatoriale, alors qu’il était chef d’un groupe de dix soldats partis à la recherche d’un village dans lequel auraient été retenus des otages français, il croisa sur sa route, pendant son infiltration, un tout autre village. Manifestement, celui-ci avait été pris d’assaut par une bande armée et, d’après ce qu’avait pu observer la troupe de Nadjib, un génocide se préparait. Des atrocités avaient déjà été perpétrées, on pouvait apercevoir des femmes au corps déchiqueté ainsi que des hommes subissant des actes de torture gratuite. Sans parler des enfants se faisant lapider uniquement pour le plaisir des assaillants. Nadjib ne pouvait laisser faire cela ; il contacta son état-major pour l’avertir. Il ne s’attendait pas à ce que celui-ci lui ordonne de continuer sa mission et de ne surtout pas s’occuper de ça. « Les conflits locaux entre belligérants ne les concernaient pas », disaient-ils.
Sur ces belles paroles, Nadjib avait coupé la radio et s’était retourné vers ses hommes.
Les « Para du 3 » se placèrent tout autour du village et Nadjib lança une grenade en arrière de sa position. Au moment de l’explosion, la bande armée cessa toute activité et se dirigea en courant vers le lieu de la détonation. À cet instant, les soldats lancèrent l’assaut et ouvrirent le feu. Les belligérants cessèrent immédiatement leur course et firent demi-tour. La bataille commença. Alertés par les détonations, d’autres autochtones sortirent des maisons et vinrent grandir les rangs adverses qui se retrouvèrent ainsi en plus grand nombre que prévu. Les balles sifflaient, les grenades explosaient, mais la troupe de fantassins parvint à prendre le dessus et le village fut libéré. Malheureusement, durant l’affrontement, Nadjib perdu quatre de ses hommes. Lui-même fut touché à l’épaule. Heureusement pour lui, la balle s’était contentée de traverser. À cause de son choix, quatre soldats français venaient de trouver la mort. Dans le feu de l’action, il ne prit pas trop le temps d’y penser. Bien que les coups de feu aient cessé, ses hommes fouillaient encore les maisons à la recherche d’autres combattants armés, car dans l’immédiat la priorité consistait à sécuriser le camp. À mesure qu’ils progressaient dans le village, les soldats libéraient les captifs. Lorsque lui-même entra dans une des maisons, il vit une petite Africaine qui se tenait assise près de deux cadavres ensanglantés. La pauvre avait déjà expulsé toutes les larmes de son corps : incapable de pleurer davantage, elle ne bougeait plus. Complètement tétanisée, elle ne réagit pas non plus lorsque Nadjib lui adressa la parole. L’enfant restait là, assise dans une flaque de sang à contempler le corps de ses parents qui, manifestement, avaient été torturés et tués sous ses yeux. Nadjib la souleva, la prit dans ses bras et l’emmena à l’extérieur. Une fois toutes les cabanes fouillées, il reprit contact pour demander des renforts et des secours pour les blessés. La troupe aida les villageois à s’occuper de leurs morts en attendant l’arrivée des renforts. Durant tout ce temps, la jeune fille ne lui lâcha pas la main.
Parmi les soldats qui avaient survécu se trouvait Bleuenn. Au moment des faits, elle sortait déjà depuis plus de trois mois avec Nadjib. À l’arrivée des renforts, alors qu’il avait déjà pansé son épaule avec l’aide de la jeune femme, arrêtant ainsi le saignement, il souleva la petite fille qui s’était présentée à un traducteur sous le nom de Malaïka et la mit sur son dos. Il s’en alla en direction du camp ne faisant nullement attention aux remarques l’incitant à la laisser sur place. Une fois au camp, dans la tente de l’infirmerie, alors qu’on lui avait immobilisé le bras, la balle n’ayant fait que traverser sans faire de gros dégâts, il attendit patiemment en compagnie de Malaïka et Bleuenn qu’arrive sa sanction. Le plus haut gradé du camp était déjà venu lui chauffer les oreilles en lui annonçant pour finir qu’il était dès à présent définitivement radié de l’Armée française. Alors que plusieurs heures s’étaient déjà écoulées et que la nuit avait fait son apparition, une jeune femme entra dans la tente et vint briser le lourd silence qui avait fini par s’installer. Celle-ci leur adressa un sourire et se présenta :
Tous deux se regardèrent un instant et sans vraiment prendre le temps de la réflexion, ils acceptèrent sans sourciller.
Trente secondes plus tard, on entendit un véhicule s’arrêter devant l’infirmerie. Adrienne leur demanda de la suivre ; ensemble, ils sortirent de la tente et passèrent devant les deux gardes qui, comme par miracle, semblaient s’être endormis. Ils montèrent dans le véhicule de transport où ils firent la connaissance de Nikolaï et Konstantin qui se trouvaient à l’avant. Malaïka avait grandi avec ces gens : Adrienne, Nikolaï, Konstantin et Andréass qui, par la suite, avait rejoint l’équipe. À ses yeux et dans son cœur, chacun d’eux représentait pour elle un membre à part entière de sa famille, ce qui lui faisait trois oncles et une tante. Quant à ses parents, ils s’étaient mariés, pour le meilleur et pour le pire, un an après les faits.
Pour changer, Andréass, qui était le spécialiste de l’équipe en la matière, lui avait offert un nouvel ordinateur à la pointe de la technologie avec plein de nouveaux jeux. Konstantin, de son côté, lui avait pris un nouveau vélo. Nikolaï, pour sa part, s’était contenté d’une simple boîte de bonbons en murmurant toutefois à l’oreille de la jeune Africaine de ne pas manger les rouges. En effet, ceux-ci contenaient en réalité un somnifère très puissant qu’elle pouvait donner par exemple aux garçons qui l’embêtaient. Bleuenn, sachant très bien à qui elle avait affaire, regarda d’un air soupçonneux cette boîte de bonbons, mais laissa faire et ne posa pas de question. Adrienne lui offrit de nouveaux livres à lire : la saga complète du Plurivers qui recouvrait Le Plurivers, le sommet du tétraèdre, les planètes mères et les gardiens. Quant à ses parents, ils lui promirent d’aller passer trois jours et deux nuits dans un grand parc d’attractions lors des prochaines vacances. Autant vous dire que Malaïka était une enfant plutôt gâtée.
Alors que le gâteau commençait dangereusement à diminuer de volume, la jeune fille mit sa main dans sa poche et sentit l’enveloppe dont elle avait complètement oublié la présence.
Tous les adultes se regardèrent et Adrienne lança :
Andréass se précipita vers un ordinateur, rassembla toutes les dernières données qu’il plaça sur un disque de sauvegarde. Une fois le téléchargement terminé, il lança le compte à rebours pour l’autodestruction.
Tout le monde sortit l’arme au poing et monta dans les voitures sans plus attendre. Une fois à bord, ils entendirent une explosion et le bâtiment prit feu.
Et la jeune fille se tut et se mit la tête dans ses mains. À ses côtés, sur la banquette, Adrienne, ou plutôt Lilianne, ouvrit l’enveloppe après l’avoir contrôlée via un scanner qui se trouvait dans la voiture et se mit à la lire :
Bonjour Lilianne, cette lettre a pour but de vous informer d’un vol d’ogive nucléaire prévu en Russie, votre pays natal. Une filière noire des partisans de l’ex-URSS n’apprécie guère que leurs politiques se soient alliés avec les « bouffeurs de hamburgers » comme ils les appellent. Ils prévoient de se servir de cette ogive contre la capitale. Eh oui, il y aura toujours des cons qui s’ennuient. Bref, si votre équipe empêche ce vol, il n’y aura pas d’explosion et nous pourrons continuer à nous balader dans ces belles rues de Moscou. Je sais que votre père n’aurait jamais accepté de laisser Moscou se faire rayer de la carte, surtout que c’est là-bas qu’il a rencontré votre mère, n’est-ce pas ? L’attaque du convoi transportant l’ogive se déroulera le dix Mars. Autrement dit, il ne vous reste plus que huit jours, ça se passera à Saint-Pétersbourg dans l’avenue Dimitriov entre les rues Bieloz et Quarliz. Et vous n’oublierez pas de souhaiter un bon anniversaire à Malaïka de ma part.
Les voitures continuèrent tranquillement. Elles s’étaient séparées en quittant l’entrepôt, chacune prenant un chemin différent en suivant le protocole, les rendant ainsi plus difficile à suivre. Le conducteur devait, par ailleurs, avoir constamment un œil dans le rétroviseur. Après plus de huit heures de trajet, alors que Malaïka avait fini par s’endormir, ils entrèrent dans le petit village de Corcelles-les-Monts. Ils longèrent les champs cultivés et finirent par arriver dans une propriété. La jeune fille se réveilla et, en observant par la fenêtre, elle se rendit compte qu’il s’agissait d’une grande ferme. Ils se garèrent devant un entrepôt dans lequel se trouvaient diverses machines agricoles et pénétrèrent à l’intérieur. Bleuenn expliqua à sa fille que des paysans travaillaient pour eux et se chargeaient d’entretenir et de cultiver les champs. Bien entendu, ils ne savaient pas vraiment pour qui ils travaillaient. Une petite maison se trouvait également sur les lieux et une femme de ménage passait une fois toutes les deux semaines pour l’entretenir et faire la poussière. Une fois arrivée dans le fond de l’entrepôt, Lilianne sortit une télécommande de sa poche et l’actionna, ce qui enclencha le mécanisme d’ouverture. Une partie du sol se souleva grâce à de puissants vérins hydrauliques. Le groupe descendit les escaliers qui venaient d’apparaître, franchit une porte et se retrouva dans la plus totale obscurité. Lilianne appuya de nouveau sur la télécommande et tout s’illumina. Le nouveau QG ressemblait singulièrement à celui qu’ils venaient de quitter. L’architecture était manifestement la même et l’on se trouvait encore en sous-sol.
Nikolaï et Konstantin sortirent par où ils étaient entrés et se rendirent aux voitures pour les cacher. En revanche, Malaïka et ses deux parents partirent dans l’autre direction, car il y avait là un accès direct à la maison. Ils montèrent à l’étage et donnèrent à Malaïka la première chambre. La femme de ménage avait très bien fait son travail : la maison très accueillante, respirait la propreté. La jeune Africaine, incapable de se faire à l’idée que le lendemain matin ses amis apprendraient sa mort, restait muette depuis le départ.
Une fois retournés au sous-sol, les deux parents s’installèrent sur les deux chaises restées libres autour de la table qui, à l’image dans l’ancien QG, se trouvait au centre de la pièce.
Après avoir englouti les pizzas, alors que Konstantin avait émis deux ou trois remarques sur le fait qu’il était temps qu’Andréass enregistre les protocoles dans son disque dur, tout le monde se leva de table. Bleuenn et Nadjib se rendirent dans la maison alors que les autres allèrent au garage pour prendre une voiture. L’équipe ainsi constituée roula en direction d’un petit aérodrome privé se trouvant à proximité de Dijon. Une société se chargeait d’entretenir le Falcon 2 000 pour eux. Elle croyait s’occuper d’un jet appartenant à une riche héritière à qui il arrivait parfois de prêter son avion. Une chose est sûre, c’est qu’elle n’avait pas besoin d’en savoir plus. Ils ouvrirent le hangar, sortirent l’avion, montèrent dedans et décollèrent.
Le 13 mai 2005, dans la ville ouzbèke d’Andijan, les troupes gouvernementales ouvraient le feu sur des manifestants pacifiques. Plus de 500 personnes y trouvèrent la mort, mais les autorités n’ont fait état que de 187 décès. Menacées, les familles des victimes ont été contraintes de garder le silence et une violente répression s’est abattue sur tous ceux qui ont tenté de dénoncer ce massacre : harcèlements, menaces, incarcérations, torture.
Selon des témoins, le massacre avait été tellement violent que non seulement du sang avait été répandu dans les rues sur un rayon de plusieurs centaines de mètres autour de la place, parfois sur une épaisseur supérieure à un centimètre, mais comble de l’horreur, on trouvait encore des membres arrachés et des morceaux de viscères, le lendemain, dans la même zone.
Et le monde ignora les faits et fit comme si rien ne s’était passé malgré le combat de certains pour rapporter la vérité : « Quand j’ai voulu porter l’affaire devant la Cour Suprême d’Ouzbékistan et présenter le dossier de deux cents pages que j’avais constitué, j’ai été arrêtée et violée. La police m’a torturée et m’a dit de me mêler de mes affaires », témoigne Mutabar Tadjibaeva, journaliste indépendante et présidente d’une association de défense des droits de l’Homme en Ouzbékistan.
Une fois arrivé à Moscou, Nikolaï se posa et resta aux commandes alors que le reste de l’équipe descendait du jet. La tour de contrôle était avertie que nos amis ne faisaient qu’une simple escale. Ils prirent un taxi et se rendirent dans leurs locaux. Lilianne connaissait bien cette capitale, c’est là qu’elle était née et qu’elle avait vécu jusqu’à ses dix-neuf ans. C’est à cette époque que son père a été assassiné et que tout a changé pour elle. En réalité, ces locaux appartenaient à son père. Arrivé à destination, Andréass alluma les ordinateurs et mit les serveurs à jour.
Sur ce, les deux agents s’en allèrent, montèrent dans le taxi qui les attendait et se rendirent au jet. Une bonne heure plus tard, ils se posèrent et réservèrent un hangar dans lequel ils pouvaient entreposer l’avion le temps de la mission. Ils emportèrent avec eux le matériel nécessaire à la bonne conduite des opérations. Puis, à l’aide des transports en commun, ils se rendirent à l’avenue indiquée par la lettre et prirent une chambre entre les deux rues énoncées. Tous s’installèrent et déballèrent leurs affaires.
Lilianne quitta ainsi le salon pour se rendre dans sa chambre.
Dès l’aube, le portable de Konstantin retentit ; un de ses vieux amis, un agent russe avec qui Nikolaï et lui travaillaient autrefois, l’avertit que le colis était déposé. Le livreur venait d’arriver et celui-ci attendait devant l’hôtel. Via le téléphone, son contact lui donna la description du livreur ainsi que le code convenu pour leur remettre les sacs. Tous trois descendirent et chacun remonta dans la chambre avec un bagage. Une fois dans l’appartement, ils les ouvrirent et en sortirent divers explosifs ainsi que diverses armes à feu allant du fusil à lunette au petit pistolet à cacher au niveau des chevilles. En ce qui concernait le matériel électronique, nos amis l’avaient emporté avec eux dans l’avion. Avec cette livraison, ils disposaient donc dès à présent de tout ce qu’il leur fallait pour la bonne exécution de leur mission. Après un bon petit-déjeuner, nos trois agents prirent leur équipement, sortirent de l’immeuble, se séparèrent et commencèrent le repérage de l’avenue Dimitriov. En début d’après-midi, après plus de six heures passées à étudier et à photographier le terrain sous tous les angles, tous se rejoignirent dans l’appartement. Les photos furent envoyées à Andréass afin que toutes soient traitées numériquement et regroupées pour reconstituer une image 3D des lieux. Ce modèle servirait à étudier au mieux les possibilités d’attaque offertes aux terroristes avec les positions idéales pour divers observateurs et/ou tireurs.
De son côté, Andréass, grâce à ses recherches, leur confirma le passage d’un convoi militaire dans cette rue le 10 mars. En revanche, il ne savait pas ce que contenait réellement ce camion. Il avait d’ores et déjà piraté la vidéosurveillance de Saint-Pétersbourg.
Lilianne le regarda.
Et ainsi s’acheva la communication. Le sourire aux lèvres, Lilianne enchaîna :
Dans les jours qui suivirent, les trois agents étudièrent la reconstitution en 3D et tous les coins stratégiques furent ainsi repérés. En plus de surveiller les airs, il fallait également surveiller les sous-sols, car les terroristes pouvaient avoir envie de placer une bombe qui, en explosant, bloquerait toute la circulation. Nos amis avaient donc placé des mini caméras équipées de capteurs sensitifs qu’ils avaient disposées à chacune des entrées conduisant aux égouts se trouvant entre les rues Bieloz et Quarliz. Ainsi, dès que quelqu’un passait, la caméra se mettait en route et envoyait l’image à leur appartement.
Le jour J arriva et Andréass les avertit qu’un cargo militaire arrivait au port. Un camion blindé en sortit et une escorte de véhicules le précéda.
Cinq minutes plus tard, Nikolaï intervint :
