Ingeniuman - Tome 1 - Gaëtan Vandromme - E-Book

Ingeniuman - Tome 1 E-Book

Gaëtan Vandromme

0,0

Beschreibung

Un groupe d’agents secrets reçoit une lettre l’informant qu’un vol d’ogive nucléaire va bientôt avoir lieu en Russie. L’informateur est un homme dont l’esprit n’a pas de limite. Il peut se connecter à n’importe qui et personne ne peut lui mentir. D’abord considéré comme aliéné, sa rencontre avec le Docteur Nathan Lorif va lui permettre de contrôler son don et de le mettre au service de l’Humanité. Devenu Ingeniuman, le vol de cette ogive le précipite dans un réseau terroriste mondial qui semble n’être motivé que par un seul désir : la destruction de notre monde…

À PROPOS DE L'AUTEUR

Né en 1987, Gaëtan Vandromme a été bercé par le Club Dorothée et la trilogie du samedi soir. Passionné par les mangas, les séries, le cinéma, les jeux vidéo et la littérature, il a commencé très jeune à développer son imaginaire. Militaire parachutiste au 3è RPIMa, il livre aujourd’hui le premier volet de son « Plurivers »…

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern
Kindle™-E-Readern
(für ausgewählte Pakete)

Seitenzahl: 431

Veröffentlichungsjahr: 2019

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Gaëtan VANDROMME

Ingeniuman

Tome I : Les Évols

Roman

Cet ouvrage a été composé en France par Libre 2 Lire

www.libre2lire.fr – [email protected], Rue du Calvaire – 11600 ARAGON

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN papier : 978-2-490522-43-9ISBN Numérique : 978-2-490522-44-6Dépôt légal : Novembre 2019

© Libre2Lire, 2019

Si vous connaissiez véritablement ce monde, diriez-vous qu’il a besoin d’être sauvé ? Qu’il peut être sauvé ? Qu’il mérite d’être sauvé ? Hein ? Dites-moi, que diriez-vous si vous saviez tout de ce monde ?

Note aux lecteurs : Vous trouverez en début de chaque chapitre des citations. Celles-ci sont issues du monde réel et écrites par différentes personnes (journal officiel, blogueur, journaliste indépendant, etc.). Ces citations ont pour objectif de vous plonger dans ce que peut ressentir Ingeniuman quotidiennement. L’histoire se déroulant sur plusieurs années, elles vous aideront également à mieux vous situer dans la temporalité du récit (si la citation se réfère à l’année 2005, l’histoire se déroule à ce moment). Il m’arrive d’ajouter à ces citations des commentaires personnels. Ceux-ci sont en gras et souligné. Je vous souhaite une bonne lecture.

Chapitre 1 : Londres

Leur voiture de location les attendait directement à la sortie de l’aéroport de Biggin Hill à Londres. Il s’agissait du dernier modèle en date d’une Mercedes-Benz SLR McLaren. Comme toujours, les dispositions avaient été prises durant le vol afin qu’il en soit ainsi. Dès qu’ils eurent mis pied à terre, les deux partenaires, et amis, se précipitèrent vers le parking où un employé de l’agence possédant le bien leur remit directement les clés. Sans perdre une seconde, ils s’engouffrèrent dans le véhicule qui démarra en trombe.

— Je vois que tu n’as pas loué n’importe quelle voiture de sport.
— Eh bien, de toutes celles disponibles parmi les différentes agences, ce modèle dispose du meilleur compromis entre vitesse et contrôle. Celle-ci est du début de l’année, une autre agence proposait le dernier modèle en quasi neuf. Seulement, je… je n’aimais pas la couleur.
— Arf. Je n’aime pas quand tu me piques mes blagues comme ça.
— Il fallait le dire plus vite. En réalité, je préférais la couleur de la McLaren neuve… Non, si j’ai pris celle-là c’est tout simplement que, contrairement à l’autre, celle-ci a eu le temps d’avoir beaucoup plus de conducteurs. Donc, grâce à toutes leurs expériences de pilotage combinées, je connais parfaitement ce bolide.

Au moment même où l’homme terminait sa phrase, le véhicule qui venait juste de quitter le parking accéléra puissamment, collant au siège ses deux passagers.

— Et je déteste quand tu conduis.
— Ferme les yeux.

Lancée à une vitesse folle, la voiture de course remonta vers le Nord par l’A233. Poussé à plein régime dans ses derniers retranchements, le véhicule frôlait les obstacles tout en évitant in extremis, et de façon presque miraculeuse, d’autres usagers ainsi que certains piétons peu attentifs. Le copilote ne ferma pas ses yeux. La première fois, il n’avait pas pu s’en empêcher, mais aujourd’hui, avec la force de l’habitude, les choses avaient changé. Il avait toute confiance en les capacités de son ami et il savait que, malgré les apparences, il ne risquait rien.

— Nous arriverons bientôt à l’intersection, indiqua le conducteur.

L’homme assis sur le siège passager savait très bien ce que cela signifiait, il récupéra la tablette numérique qui se trouvait dans la poche intérieure de sa veste et cliqua sur le bouton « fin du premier segment ». Tous les feux de circulation qui se trouvaient sur l’A233 reprirent leur fonctionnement normal. En effet, alors qu’ils étaient montés dans la voiture, un programme de piratage avait été lancé afin de leur dégager au maximum la voie. Ce logiciel, le conducteur l’avait élaboré durant le vol. Arrivée à une nouvelle intersection, la McLaren tourna vers la gauche sur la B265 afin de se rendre le plus rapidement possible sur la Croydon road. Bien entendu, le programme, qui venait de relâcher le contrôle des feux de l’A233, bloqua ceux de la B265, afin que la Mercedes passe au vert, et ce jusqu’à ce qu’ils aient quitté cette nouvelle portion de route. Arrivés sur la Croydon Road, ils prirent à gauche en direction de la ville du même nom. Il fallait faire vite : c’était là que se trouvait leur premier objectif.

— Où se trouve notre premier poseur ?
— Il se déplace. On arrivera à temps pour l’intercepter au niveau de la gare de Croydon.
— J’espère qu’on arrivera également à temps pour les autres.
— On va faire notre maximum. Je n’ai rien pu faire pour les attentats du 7 juillet 2005. Je ne vais pas laisser ça se reproduire.
— On en a déjà discuté : tu ne le savais pas. C’est le problème avec ces actions terroristes, tu ne peux pas vraiment suivre de « liens ». Pareil pour Madrid en 2004, relativisa le passager en saisissant fortement la poignée intérieure de l’habitacle après un virage très sec.
— Je sais, je sais. Mais cette fois, j’ai eu l’information ! Et même si je l’ai eue un peu tard, nous avons encore le temps.

La Croydon road étant bien plus large que les précédentes routes, le conducteur poussa le régime moteur de sa McLaren au maximum, ce qui permit à nos amis de parcourir les dix kilomètres de cette portion en tout juste deux minutes.

— Je vais quitter la route, nous sommes presque à Fairfield Halls. Allume ton oreillette. Contrôle son.
— Cinq sur cinq.

Arrivé à l’intersection avec l’A212, le véhicule prit directement à droite sans se soucier du sens normal de circulation à adopter dans un rond-point britannique. Au croisement avec la George Street, le pilote stoppa sa course et le second homme descendit.

— La gare de Croydon Est se trouve à deux cents mètres dans cette direction, lui affirma le conducteur en tendant le bras à travers la vitre. Le poseur arrivera dans à peu près cinq minutes. Tu as le temps de te mettre en position, je te guiderai.
— Très bien. Je m’en occupe, on se retrouve plus tard.

La McLaren redémarra en trombe, exécuta un demi-tour et repartit aussi vite qu’elle était arrivée. Le conducteur retourna sur l’A232 puis remonta sur l’A23 avant de s’engager sur l’A214 pour finalement abandonner son véhicule au niveau de la gare de métro de Tooting Bec.

— Je viens d’arriver à la gare, ma cible se trouve dans le second métro qui va passer en direction de Londres.
— Le second ? Tu es en avance, tu aurais pu aller moins vite.
— Oui, j’aurais pu… Le tien arrive bientôt. Avance encore un peu, OK, tu vois le photomaton ? Place-toi à côté. Ton gars arrivera par la gauche, tu n’as plus qu’à attendre.

« … »

— Là, c’est lui, avec le sac à dos.
— OK.
— À toi de jouer. La rame du métro vient d’arriver, je monte à l’intérieur pour intercepter le mien.

Alors que le terroriste passait à côté du photomaton, un homme le bouscula et il sentit comme une légère piqûre derrière son épaule. Tout juste se retourna-t-il pour voir qui lui était ainsi rentré dedans, qu’il tomba dans les pommes. Le copilote récupéra le sac et quitta les lieux.

— C’est bon. J’ai la bombe. Je vais aux toilettes pour la désamorcer. Une fois terminé, je laisserai le sac dans les toilettes comme convenu, et je verrouillerai la cabine en question.

De la même manière, le conducteur qui se trouvait lui, dans la rame de métro, se dirigea tranquillement vers sa cible et, à l’aide d’un somnifère, procéda comme son partenaire. Le terroriste s’écroula dans ses bras et il le plaça comme si de rien n’était à la place libre la plus proche.

— Ne vous inquiétez pas, s’adressa-t-il à la foule. Mon ami a beaucoup trop bu, il n’a pas arrêté depuis hier soir. Il vaut mieux le laisser dormir un peu, je m’en occupe.

À l’arrêt suivant, une partie de la rame se vida et de nouveaux voyageurs montèrent. Alors que le ballet des voyageurs se poursuivit à la seconde halte, plus personne ne fit attention à l’homme qui dormait, affalé sur son siège, et aucun usager ne remarqua qu’un inconnu lui volait son sac. Descendu au troisième arrêt, il se rendit à son tour dans les toilettes publiques, baissa le siège des w.c., ouvrit le sac et posa la bombe sur le couvercle du cabinet.

— Très bien, je suis également en place. Il s’agit de bombes artisanales, il ne sera pas compliqué de les désamorcer. Une fois le détonateur enlevé, il n’y aura plus rien à craindre. Comme tu peux le voir sur la minuterie, les bombes sont censées exploser dans treize minutes, à neuf heures précises. On doit se dépêcher, il reste encore deux poseurs à intercepter. On commence par le boîtier de la minuterie, une vis à chaque angle. C’est parti […]. Très bien, maintenant, tu vois quatre fils qui partent de la minuterie. Tu vas couper le vert et le rouge et le compte à rebours va s’accélérer. Une fois les fils coupés, tu vas les relier ensemble avant que la minuterie n’affiche zéro.
— Je m’en serais douté.
— Quand tu les auras reliés, tu pourras couper les deux autres et retirer complètement le minuteur. Sous celui-ci se trouve le détonateur. Tu pourras l’enlever en le dévissant. Pour ma part, j’ai terminé. Je pars sur Londres.
— Et, en plus, il me met la pression… Tout le monde n’est pas aussi rapide que lui.
— J’ai entendu.
— Je sais.

L’homme quitta la station de métro en courant si vite que même le meilleur sprinteur ne serait pas parvenu à le suivre. C’est ainsi qu’il parcourut les six cents mètres qui le séparaient du Lambeth Hospital, afin d’aller à l’encontre du troisième terroriste qui ciblait le centre de soins. Celui-ci arrivait par la gare de Brixton, à quatre cents mètres au Sud-Est de l’hôpital. Le poseur de bombe venait de quitter le métro et il arrivait tranquillement à pied le long de la Pulross Road. Une fois dans le champ de vision du terroriste, le sprinteur ne se donna pas la peine de ralentir pour passer inaperçu : il n’avait plus le temps pour ça. Il se jeta dessus à pleine vitesse et lui asséna un puissant uppercut qui lui fit directement perdre connaissance.

— Police !!! affirma-t-il aux gens présents. Je suis de la police, il y a une bombe dans ce sac, dit-il en l’ouvrant afin de leur prouver.

Rapidement, il désamorça l’engin, récupéra le détonateur et administra le sédatif au terroriste afin d’être sûr qu’il ne se réveille pas de sitôt.

— Vous ! Oui, vous. Je vous confie ce sac. Les autorités seront bientôt présentes, il n’y a plus rien à craindre.

Pendant ce temps, son ami quitta la gare routière et s’assit sur un banc public. Via sa tablette, il envoya un message aux autorités dans lequel il précisait les différents emplacements des bombes, ainsi que ceux des terroristes. À chaque fois, il y joignit un fichier contenant une photo ainsi que diverses preuves que son ami avait collectées durant le vol. De son côté, le coureur repartit à toute allure. Il ne lui restait plus que huit minutes pour trouver la dernière bombe. Le poseur en question venait de la placer derrière une poubelle en plein milieu du centre commercial de Covent Garden Market. Cela ne lui faisait pas moins de sept kilomètres à parcourir et, bien qu’il soit rapide, il savait très bien qu’il n’y arriverait pas à pied. C’était faisable en dix minutes peut-être, mais pas en huit. Il se précipita alors au café du coin, car il savait qu’un motard venait de s’y arrêter pour prendre son petit-déjeuner avant d’aller au travail, chose qu’il faisait tous les jours afin de commencer sa journée au mieux. Le motard en question était assis sur la terrasse, ses clés négligemment posées sur la table. Il eut tout juste le temps de réagir au vol de celles-ci que l’homme était déjà en train de démarrer.

— HEY !!! HEY, REVENEZ !!! C’EST MA MOTO !!!

Plus que sept minutes, la course était jouable. Au guidon de cette 1000 SV/S, le pilote fit à nouveau preuve d’une dextérité incroyable. Afin d’aller au plus vite, il coupa par différents passages, empruntant parfois même le trottoir ou bien encore usant de la bande cyclable. Arrivé au niveau du centre commercial, il se rendit jusqu’à la grande porte et la franchit en restant sur la moto sous le regard médusé des gens présents. Il accéléra en direction des escaliers, plaça ses deux pieds sur la selle et, au moment où la roue avant venait frapper la première marche, il prit une puissante impulsion. Cette action lui permit de sauter toutes les marches et de se retrouver directement sur le premier palier. Il stoppa son élan à l’aide de la barrière et repartit dans l’autre sens pour arriver sur le second palier qui correspondait au premier étage. De là, il se précipita vers le centre du complexe où beaucoup de bancs étaient à la disposition du public avec, tout autour, divers stands et boutiques. Rapidement, il repéra la poubelle en question, mais le terroriste était déjà loin. Il récupéra le sac et commença à désamorcer la bombe. Il ne lui restait plus que deux minutes au compteur. Il fallait qu’il fasse très vite pour relier les fils ensemble une fois qu’il les aurait sectionnés. Il coupa, le compteur s’affola, il dénuda, relia et l’horloge afficha alors dix-huit secondes. La bombe était désamorcée. Il démonta le détonateur et s’en alla en direction du dernier poseur de bombes. Celui-ci se trouvait à l’extérieur du centre commercial. Il attendait sur un parking que l’explosion ait lieu. Alors qu’il regardait sa montre en se demandant pourquoi elle n’avait pas encore explosé, il sentit comme une piqûre derrière sa nuque. Alors qu’il leva son bras par réflexe pour chasser le « moustique » il tomba dans les pommes.

— C’est bon. On en a terminé, avertit-il son ami par l’oreillette. Je prends un taxi et on se retrouve à l’aéroport. On y déposera les détonateurs dans un casier.
— Bien joué, à tout de suite.

Arrivés au point de rendez-vous, les détonateurs furent rassemblés à l’intérieur d’un seul sac et celui-ci placé dans une consigne. Puis, nos amis se rendirent à leur jet.

— C’était juste.
— Très. À quelques secondes près, je n’aurais pas pu tenter le désamorçage.
— Tu serais allé sur le toit.
— Oui, je l’aurais laissée exploser. Et il y aurait certainement eu quelques victimes malgré tout. Je sais ce que tu penses et tu as raison.
— C’est toi qui as trouvé cette équipe, c’est même toi qui les as mis sur la piste de l’informaticien. Je crois qu’il est temps. Je sais que tu te sens toujours coupable et que tu ne te débarrasseras jamais de cette culpabilité. Cependant, travailler avec nous ne les mettra pas plus en danger qu’ils ne le sont déjà, n’est-ce pas ?
— Non, ils savent très bien le faire seuls.
— Ils ont choisi cette vie. Qu’aurait-on fait si, aujourd’hui, il y avait eu un cinquième objectif ?
— C’est plus fort que toi, tu te sens obligé de me psychanalyser. J’ai dit que tu avais raison. D’autant plus qu’il s’est passé quelque chose.
— Une nouvelle affaire ?
— Oui. Alors que j’allais monter dans le taxi, un individu est entré dans mon radar. Il s’agit d’un mercenaire qui vient d’être engagé pour une opération en Russie.
— En quoi consiste cette opération ?
— Un vol d’ogive nucléaire. Ça m’inquiète, je ne sais absolument rien des commanditaires. Il est temps que j’entre en contact avec eux, je vais leur apporter une lettre.
— Je suis convaincu qu’ensemble nous formerons une formidable équipe.
— Tes parents souhaiteraient te voir, tu n’as qu’à prendre un avion pour le Canada. Je prendrais seul le jet en direction de la France.
— Très bien. Je leur passerai le bonjour de ta part. Et la fille ?
— Elle va bien. Elle est actuellement en classe, elle va fêter son anniversaire ce soir.
— Onze ans, c’est bien ça ?
— Oui. Bon je te laisse, j’ai une lettre à déposer.
— 

Chapitre 2 : Une mystérieuse lettre

Le 10 février 2005, la Corée du Nord annonce officiellement posséder des armes nucléaires.

Une fois descendue à son arrêt, la jeune Africaine marcha pendant dix bonnes minutes avant d’apercevoir sa destination. Il s’agissait d’un grand entrepôt employé pour la gestion de stock. Malaïka s’approcha de l’entrée et composa le code qui lui ouvrit la porte. Elle traversa tout le bâtiment dans lequel s’entassaient des centaines et des centaines de cartons sur plusieurs rayonnages pour se retrouver finalement face à une cloison. D’un geste sûr, elle déplaça un des emballages et dévoila un second digicode. Elle tapa une nouvelle combinaison et une partie du mur s’enfonça, laissant deviner une ouverture. Une fois qu’elle l’eut franchie, la cloison se referma automatiquement. Dès que la jeune Africaine se retrouva de l’autre côté, elle se baissa pour ramasser une enveloppe qu’elle regarda un instant avant de la fourrer dans sa poche, puis elle descendit l’escalier en colimaçon qui la mena droit dans le sous-sol. Arrivée là, elle poussa une autre porte et se retrouva dans une grande pièce, très bien éclairée avec plusieurs ordinateurs allumés. Au centre de ce sous-sol trônait une table circulaire sur laquelle Malaïka avait l’habitude de voir différents dossiers et quelques armes à feu. Aujourd’hui la décoration était bien différente. Cette fois-ci, des guirlandes traversaient la pièce et à la place des dossiers se trouvaient diverses boissons, ainsi qu’un gâteau qui semblait être au chocolat. Parfum dont la collégienne raffolait. Devant cette table se tenaient six adultes qui lui souriaient.

— Bonjour à tout le monde, s’écria-t-elle.
— Salut Malaïka, répondirent-ils, joyeux anniversaire !!!

La jeune fille s’avança et fit la bise à tout le monde en commençant par ses deux parents qui se trouvaient sur la gauche et termina par Andréass.

— Alors ? Votre mission en Afrique s’est-elle bien passée ? demanda Malaïka, plus par politesse que par intérêt, car dans l’immédiat seul son gâteau l’intéressait. L’odeur qui s’en dégageait accaparant toute sa concentration.
— Oui plutôt, lui répondit Adrienne. Nous avons réussi à empêcher le réapprovisionnement en munitions de la milice dont nous t’avions déjà parlé. Nous devons, maintenant que nous avons récolté suffisamment d’informations sur place, mettre fin aux activités du marchand d’armes dont nous venons de détruire le convoi de munitions. Mais on verra ça plus tard, attaquons d’abord ce gâteau.

Chose dite, chose faite. Tout le monde se plaça autour de la table et les festivités commencèrent. Entre deux morceaux de gâteau, les convives se levèrent et allèrent chercher les cadeaux. On ne peut pas dire que Malaïka vivait dans un cercle familial « normal ». Certains pourraient trouver étrange, voire même déplacé, le fait que l’on parle si librement de trafic d’armes à une enfant de 11 ans. Mais depuis ses 8 ans, ses parents avaient décidé de ne plus lui mentir, sans bien sûr, lui raconter non plus tout dans le détail. D’une part ils ne se voyaient pas mentir ainsi à leur fille et d’autre part il fallait pour sa propre sécurité que Malaïka apprenne certains protocoles.

En effet, ses parents adoptifs se trouvaient être des espions freelances. Ce fut Adrienne qui entra en contact avec eux pour leur proposer ce poste. Il se trouvait qu’elle avait eu vent de leur histoire : Nadjib et Bleuenn, les parents de Malaïka, étaient autrefois militaires, engagés au 3e Régiment de Parachutistes d’Infanterie de Marine de Carcassonne. Nadjib en avait été radié pour avoir désobéi à un ordre direct. En Afrique équatoriale, alors qu’il était chef d’un groupe de dix soldats partis à la recherche d’un village dans lequel auraient été retenus des otages français, il croisa sur sa route, pendant son infiltration, un tout autre village. Manifestement, celui-ci avait été pris d’assaut par une bande armée et, d’après ce qu’avait pu observer la troupe de Nadjib, un génocide se préparait. Des atrocités avaient déjà été perpétrées, on pouvait apercevoir des femmes au corps déchiqueté ainsi que des hommes subissant des actes de torture gratuite. Sans parler des enfants se faisant lapider uniquement pour le plaisir des assaillants. Nadjib ne pouvait laisser faire cela ; il contacta son état-major pour l’avertir. Il ne s’attendait pas à ce que celui-ci lui ordonne de continuer sa mission et de ne surtout pas s’occuper de ça. « Les conflits locaux entre belligérants ne les concernaient pas », disaient-ils.

Sur ces belles paroles, Nadjib avait coupé la radio et s’était retourné vers ses hommes.

— Nous avons ordre de ne rien faire. Peu m’importe, en ce qui me concerne je vais y aller quand même, je me suis engagé pour protéger mon pays, certes. Mais également pour protéger les droits de l’Homme. Je ne vous oblige à rien, vous pouvez rester là.
— Bien sûr que nous venons, chef, annoncèrent-ils en chœur.
— Très bien, je vous couvrirai auprès des supérieurs. Allez ! On se déploie autour du village. Dans deux minutes, on lance l’assaut, je m’occupe de la diversion. Il faut agir vite. Regardez, ils commencent déjà à aligner les survivants pour les fusiller. Exécution !!!

Les « Para du 3 » se placèrent tout autour du village et Nadjib lança une grenade en arrière de sa position. Au moment de l’explosion, la bande armée cessa toute activité et se dirigea en courant vers le lieu de la détonation. À cet instant, les soldats lancèrent l’assaut et ouvrirent le feu. Les belligérants cessèrent immédiatement leur course et firent demi-tour. La bataille commença. Alertés par les détonations, d’autres autochtones sortirent des maisons et vinrent grandir les rangs adverses qui se retrouvèrent ainsi en plus grand nombre que prévu. Les balles sifflaient, les grenades explosaient, mais la troupe de fantassins parvint à prendre le dessus et le village fut libéré. Malheureusement, durant l’affrontement, Nadjib perdu quatre de ses hommes. Lui-même fut touché à l’épaule. Heureusement pour lui, la balle s’était contentée de traverser. À cause de son choix, quatre soldats français venaient de trouver la mort. Dans le feu de l’action, il ne prit pas trop le temps d’y penser. Bien que les coups de feu aient cessé, ses hommes fouillaient encore les maisons à la recherche d’autres combattants armés, car dans l’immédiat la priorité consistait à sécuriser le camp. À mesure qu’ils progressaient dans le village, les soldats libéraient les captifs. Lorsque lui-même entra dans une des maisons, il vit une petite Africaine qui se tenait assise près de deux cadavres ensanglantés. La pauvre avait déjà expulsé toutes les larmes de son corps : incapable de pleurer davantage, elle ne bougeait plus. Complètement tétanisée, elle ne réagit pas non plus lorsque Nadjib lui adressa la parole. L’enfant restait là, assise dans une flaque de sang à contempler le corps de ses parents qui, manifestement, avaient été torturés et tués sous ses yeux. Nadjib la souleva, la prit dans ses bras et l’emmena à l’extérieur. Une fois toutes les cabanes fouillées, il reprit contact pour demander des renforts et des secours pour les blessés. La troupe aida les villageois à s’occuper de leurs morts en attendant l’arrivée des renforts. Durant tout ce temps, la jeune fille ne lui lâcha pas la main.

Parmi les soldats qui avaient survécu se trouvait Bleuenn. Au moment des faits, elle sortait déjà depuis plus de trois mois avec Nadjib. À l’arrivée des renforts, alors qu’il avait déjà pansé son épaule avec l’aide de la jeune femme, arrêtant ainsi le saignement, il souleva la petite fille qui s’était présentée à un traducteur sous le nom de Malaïka et la mit sur son dos. Il s’en alla en direction du camp ne faisant nullement attention aux remarques l’incitant à la laisser sur place. Une fois au camp, dans la tente de l’infirmerie, alors qu’on lui avait immobilisé le bras, la balle n’ayant fait que traverser sans faire de gros dégâts, il attendit patiemment en compagnie de Malaïka et Bleuenn qu’arrive sa sanction. Le plus haut gradé du camp était déjà venu lui chauffer les oreilles en lui annonçant pour finir qu’il était dès à présent définitivement radié de l’Armée française. Alors que plusieurs heures s’étaient déjà écoulées et que la nuit avait fait son apparition, une jeune femme entra dans la tente et vint briser le lourd silence qui avait fini par s’installer. Celle-ci leur adressa un sourire et se présenta :

— Bonjour à vous, je m’appelle Adrienne Margio. Avant de dire quoi que ce soit, écoutez-moi. J’ai une proposition à vous faire, je recherche des gens comme vous. Je sais tout de ce qu’il s’est passé et je sais ce qu’il va se passer. Vous allez avoir droit à la cour martiale, quelqu’un va bientôt venir vous l’annoncer et Malaïka devra retourner dans son village. Si vous venez avec moi, je vous ferai disparaître de la circulation. Je vous donnerai une nouvelle identité et vous serez libre d’élever Malaïka en France.
— En échange de quoi ? s’enquit Nadjib suspicieux.
— Il vous faudra travailler avec moi. Vous continuerez votre métier de soldat, mais vous ne serez plus sous les ordres de stupides supérieurs et, surtout, vous défendrez la justice et non pas un quelconque intérêt personnel. Je possède une petite agence de renseignements et d’actions freelance. Nous ne dépendons de personne et nous agissons sur tous les continents. Alors que décidez-vous ? Bien entendu, Bleuenn, vous n’avez pas été radiée, mais ma proposition vous concerne aussi, le choix est vôtre. Il n’y a pas de durée de contrat, vous serez libre d’arrêter quand vous le voudrez.

Tous deux se regardèrent un instant et sans vraiment prendre le temps de la réflexion, ils acceptèrent sans sourciller.

— Très bien, je vous donnerai tous les détails plus tard. Nous devons d’abord quitter ces lieux. Puis Adrienne sembla s’adresser au vide : « Vous avez entendu, rejoignez-nous, il est temps de partir !!! ».

Trente secondes plus tard, on entendit un véhicule s’arrêter devant l’infirmerie. Adrienne leur demanda de la suivre ; ensemble, ils sortirent de la tente et passèrent devant les deux gardes qui, comme par miracle, semblaient s’être endormis. Ils montèrent dans le véhicule de transport où ils firent la connaissance de Nikolaï et Konstantin qui se trouvaient à l’avant. Malaïka avait grandi avec ces gens : Adrienne, Nikolaï, Konstantin et Andréass qui, par la suite, avait rejoint l’équipe. À ses yeux et dans son cœur, chacun d’eux représentait pour elle un membre à part entière de sa famille, ce qui lui faisait trois oncles et une tante. Quant à ses parents, ils s’étaient mariés, pour le meilleur et pour le pire, un an après les faits.

Pour changer, Andréass, qui était le spécialiste de l’équipe en la matière, lui avait offert un nouvel ordinateur à la pointe de la technologie avec plein de nouveaux jeux. Konstantin, de son côté, lui avait pris un nouveau vélo. Nikolaï, pour sa part, s’était contenté d’une simple boîte de bonbons en murmurant toutefois à l’oreille de la jeune Africaine de ne pas manger les rouges. En effet, ceux-ci contenaient en réalité un somnifère très puissant qu’elle pouvait donner par exemple aux garçons qui l’embêtaient. Bleuenn, sachant très bien à qui elle avait affaire, regarda d’un air soupçonneux cette boîte de bonbons, mais laissa faire et ne posa pas de question. Adrienne lui offrit de nouveaux livres à lire : la saga complète du Plurivers qui recouvrait Le Plurivers, le sommet du tétraèdre, les planètes mères et les gardiens. Quant à ses parents, ils lui promirent d’aller passer trois jours et deux nuits dans un grand parc d’attractions lors des prochaines vacances. Autant vous dire que Malaïka était une enfant plutôt gâtée.

Alors que le gâteau commençait dangereusement à diminuer de volume, la jeune fille mit sa main dans sa poche et sentit l’enveloppe dont elle avait complètement oublié la présence.

— Ah oui ! J’ai trouvé cette enveloppe devant l’escalier, elle est adressée à une certaine Lilianne.
— Quoi !? s’écria Adrienne en saisissant l’enveloppe. Où était-elle ? Tu as dit devant l’escalier ? Dans le bâtiment, après la porte blindée ?
— Euh… oui. Que se passe-t-il ?

Tous les adultes se regardèrent et Adrienne lança :

— Vous savez ce qu’il nous reste à faire. Quelqu’un sait que nous sommes ici, on déménage le QG. Récupérez les données et détruisez tout.
— Mais, qui est cette Lilianne ? questionna Nadjib.
— C’est mon véritable prénom, celui que mes parents m’ont donné à la naissance.

Andréass se précipita vers un ordinateur, rassembla toutes les dernières données qu’il plaça sur un disque de sauvegarde. Une fois le téléchargement terminé, il lança le compte à rebours pour l’autodestruction.

— C’est bon, annonça-t-il.

Tout le monde sortit l’arme au poing et monta dans les voitures sans plus attendre. Une fois à bord, ils entendirent une explosion et le bâtiment prit feu.

— Mais qu’est-ce qu’il se passe ? demanda Malaïka à son père qui conduisait une des deux voitures.
— Nous t’avions expliqué que cela pouvait arriver ma chérie, lui répondit sa mère. Nous avons été découverts, il nous faut déménager. Notre cellule de secours pour la France se trouve vers Dijon, c’est là-bas que nous nous rendons.
— Et mes amis !?
— Nous sommes désolés, mais nous n’avons pas le choix et je sais que tu le comprendras, rétorqua Nadjib. Il faut d’ailleurs que tu donnes ton téléphone à maman, pour qu’elle le détruise. Sache que, pour tes amis, nous sommes morts dans cet incendie.
— Mais…

Et la jeune fille se tut et se mit la tête dans ses mains. À ses côtés, sur la banquette, Adrienne, ou plutôt Lilianne, ouvrit l’enveloppe après l’avoir contrôlée via un scanner qui se trouvait dans la voiture et se mit à la lire :

Bonjour Lilianne, cette lettre a pour but de vous informer d’un vol d’ogive nucléaire prévu en Russie, votre pays natal. Une filière noire des partisans de l’ex-URSS n’apprécie guère que leurs politiques se soient alliés avec les « bouffeurs de hamburgers » comme ils les appellent. Ils prévoient de se servir de cette ogive contre la capitale. Eh oui, il y aura toujours des cons qui s’ennuient. Bref, si votre équipe empêche ce vol, il n’y aura pas d’explosion et nous pourrons continuer à nous balader dans ces belles rues de Moscou. Je sais que votre père n’aurait jamais accepté de laisser Moscou se faire rayer de la carte, surtout que c’est là-bas qu’il a rencontré votre mère, n’est-ce pas ? L’attaque du convoi transportant l’ogive se déroulera le dix Mars. Autrement dit, il ne vous reste plus que huit jours, ça se passera à Saint-Pétersbourg dans l’avenue Dimitriov entre les rues Bieloz et Quarliz. Et vous n’oublierez pas de souhaiter un bon anniversaire à Malaïka de ma part.

— Alors ? l’interrogea Nadjib lorsqu’elle releva la tête après sa lecture.
— L’auteur de cette lettre en sait beaucoup, il en sait même trop. Mets-moi le contact radio avec l’autre voiture, s’il te plaît.
— Oui, voilà qui est fait.
— OK voiture numéro 2, vous m’entendez ?
— Oui, s’écrièrent des voix à travers les haut-parleurs.
— Cette lettre nous prévient d’une attaque terroriste qui va se passer dans huit jours en Russie. C’est peut-être un piège, je ne sais pas. En tout cas, moi, je vais la prendre au sérieux. Nous discuterons de la marche à suivre une fois arrivés à notre nouveau QG. Rendez-vous là-bas et bonne route.
— OK patronne, on s’arrêtera prendre les pizzas, conclut Konstantin.
— Bonne idée. Et je t’ai déjà dit de ne pas m’appeler ainsi. D’ailleurs, je crois que je vais reprendre mon véritable prénom. Oui, à présent, je redeviens Lilianne.

Les voitures continuèrent tranquillement. Elles s’étaient séparées en quittant l’entrepôt, chacune prenant un chemin différent en suivant le protocole, les rendant ainsi plus difficile à suivre. Le conducteur devait, par ailleurs, avoir constamment un œil dans le rétroviseur. Après plus de huit heures de trajet, alors que Malaïka avait fini par s’endormir, ils entrèrent dans le petit village de Corcelles-les-Monts. Ils longèrent les champs cultivés et finirent par arriver dans une propriété. La jeune fille se réveilla et, en observant par la fenêtre, elle se rendit compte qu’il s’agissait d’une grande ferme. Ils se garèrent devant un entrepôt dans lequel se trouvaient diverses machines agricoles et pénétrèrent à l’intérieur. Bleuenn expliqua à sa fille que des paysans travaillaient pour eux et se chargeaient d’entretenir et de cultiver les champs. Bien entendu, ils ne savaient pas vraiment pour qui ils travaillaient. Une petite maison se trouvait également sur les lieux et une femme de ménage passait une fois toutes les deux semaines pour l’entretenir et faire la poussière. Une fois arrivée dans le fond de l’entrepôt, Lilianne sortit une télécommande de sa poche et l’actionna, ce qui enclencha le mécanisme d’ouverture. Une partie du sol se souleva grâce à de puissants vérins hydrauliques. Le groupe descendit les escaliers qui venaient d’apparaître, franchit une porte et se retrouva dans la plus totale obscurité. Lilianne appuya de nouveau sur la télécommande et tout s’illumina. Le nouveau QG ressemblait singulièrement à celui qu’ils venaient de quitter. L’architecture était manifestement la même et l’on se trouvait encore en sous-sol.

— Bon ! Andréass, intègre les données manquantes et, vous, les gars, allez garer les voitures, je vous ouvre le garage, intervint Lilianne.
— Excuse-nous une minute. Nous allons installer Malaïka dans sa nouvelle chambre, dit Nadjib.
— Oui, bien sûr. Vous connaissez le chemin, je vous active l’autre entrée.

Nikolaï et Konstantin sortirent par où ils étaient entrés et se rendirent aux voitures pour les cacher. En revanche, Malaïka et ses deux parents partirent dans l’autre direction, car il y avait là un accès direct à la maison. Ils montèrent à l’étage et donnèrent à Malaïka la première chambre. La femme de ménage avait très bien fait son travail : la maison très accueillante, respirait la propreté. La jeune Africaine, incapable de se faire à l’idée que le lendemain matin ses amis apprendraient sa mort, restait muette depuis le départ.

— Je sais ce que tu ressens, lui dit sa mère en la bordant. C’est très dur de quitter ses proches sans même pouvoir leur dire au revoir, mais pour leur sécurité, il ne peut pas en être autrement. Tu n’es pas une fille comme les autres, et nous ne sommes pas non plus une famille comme les autres. Ton père et moi aimons ce que nous faisons et on ne compte pas arrêter pour le moment. On essaye de t’élever normalement, mais ce n’est pas simple. Nous préfèrerions te laisser en dehors de tout ça mais nous ne voulions surtout pas te mentir sur nos vies et sur ton histoire. Il a donc fallu faire un choix.
— Ta mère a raison Malaïka. Nous sommes des espions, ce qui pour toi représente surtout des inconvénients, mais c’est comme ça. Sache qu’on t’aime et qu’on fait tout notre possible pour toi.
— Je sais Papa et je vous aime. Je suis fière du travail que vous faites et je savais que cela pouvait arriver, mais je ne m’y étais pas vraiment préparée et… non rien.
— Bon, eh bien, bonne nuit ma chérie, lui dit sa mère en l’embrassant.
— Bonne nuit Maman, bonne nuit Papa.
— Bonne nuit Malaïka.

Une fois retournés au sous-sol, les deux parents s’installèrent sur les deux chaises restées libres autour de la table qui, à l’image dans l’ancien QG, se trouvait au centre de la pièce.

— Comment a-t-elle pris la chose ? leur demanda Lilianne.
— Plutôt bien vu les circonstances, répondit Nadjib.
— J’espère que nous n’aurons plus à le refaire ! Nous allons, pour le moment, mettre l’affaire sur le trafiquant d’armes de côté. Voilà comment je vois les choses. Nikolaï, Konstantin, Andréass et moi, nous allons prendre le jet à destination de Moscou. Arrivés là-bas, on se rendra à notre cellule, on y prendra tout le matériel nécessaire puis on se rendra illico presto à Saint-Pétersbourg. Vous deux, vous resterez ici, vous pourrez ainsi vous occuper de Malaïka. Je ne vais pas vous demander de venir avec nous. De plus, vous serez notre assurance. Si jamais c’est un piège, au moins deux personnes de notre unité ne seront pas prises. Il vous appartiendra de venir nous aider ou pas si jamais nous étions déjà morts. Pour ça, vous aurez de nos nouvelles toutes les vingt-quatre heures, si je ne vous en communique pas dans les temps, c’est qu’il y a un problème. Vous êtes d’accord avec moi ? Il y a des questions ?
— Euh… Oui ! Moi, intervint Andréass.
— Oh là là ! Il a toujours des questions lui, remarqua Konstantin.
— C’est vrai. Lui, le soi-disant génie de l’informatique, ajouta Nikolaï.
— Bon ! C’est bon là… les réprimanda Andréass.
— Vas-y. Je t’écoute Andréass, lui dit Lilianne le sourire aux lèvres.
— Bon ! Eh bien, c’est vrai que j’ai un peu de mal avec tous vos trucs d’espions, mais à propos du jet, euh… pourquoi a-t-on laissé l’autre là-bas et pourquoi est-on venus en voiture ?
— C’est simple. C’est pour ne pas avoir deux avions sur les bras au même endroit, ça serait un peu suspect, n’est-ce pas ? Nous mènerons le jet qui se trouve à La Rochelle à proximité de notre prochain QG de secours. Seulement, cela prendra un peu de temps, car nous n’en avons pas d’autres pour le moment sur la France. En ce qui me concerne, j’aime bien les croissants, donc il va falloir en rebâtir un autre pour ne pas avoir à changer de pays si, de nouveau, on venait à nous repérer. Et, comme tu le sais (Lilianne appuya bien sûr le « tu le sais »), si nous possédons deux jets, c’est parce qu’il n’est pas rare que notre équipe soit coupée en deux pour réaliser différentes missions à différents endroits. D’autres questions ? demanda-t-elle en regardant avec insistance Andréass, qui fit non de la tête. Eh bien, bon appétit.

Après avoir englouti les pizzas, alors que Konstantin avait émis deux ou trois remarques sur le fait qu’il était temps qu’Andréass enregistre les protocoles dans son disque dur, tout le monde se leva de table. Bleuenn et Nadjib se rendirent dans la maison alors que les autres allèrent au garage pour prendre une voiture. L’équipe ainsi constituée roula en direction d’un petit aérodrome privé se trouvant à proximité de Dijon. Une société se chargeait d’entretenir le Falcon 2 000 pour eux. Elle croyait s’occuper d’un jet appartenant à une riche héritière à qui il arrivait parfois de prêter son avion. Une chose est sûre, c’est qu’elle n’avait pas besoin d’en savoir plus. Ils ouvrirent le hangar, sortirent l’avion, montèrent dedans et décollèrent.

Chapitre 3 : Saint-Pétersbourg

Le 13 mai 2005, dans la ville ouzbèke d’Andijan, les troupes gouvernementales ouvraient le feu sur des manifestants pacifiques. Plus de 500 personnes y trouvèrent la mort, mais les autorités n’ont fait état que de 187 décès. Menacées, les familles des victimes ont été contraintes de garder le silence et une violente répression s’est abattue sur tous ceux qui ont tenté de dénoncer ce massacre : harcèlements, menaces, incarcérations, torture.

Selon des témoins, le massacre avait été tellement violent que non seulement du sang avait été répandu dans les rues sur un rayon de plusieurs centaines de mètres autour de la place, parfois sur une épaisseur supérieure à un centimètre, mais comble de l’horreur, on trouvait encore des membres arrachés et des morceaux de viscères, le lendemain, dans la même zone.

Et le monde ignora les faits et fit comme si rien ne s’était passé malgré le combat de certains pour rapporter la vérité : « Quand j’ai voulu porter l’affaire devant la Cour Suprême d’Ouzbékistan et présenter le dossier de deux cents pages que j’avais constitué, j’ai été arrêtée et violée. La police m’a torturée et m’a dit de me mêler de mes affaires », témoigne Mutabar Tadjibaeva, journaliste indépendante et présidente d’une association de défense des droits de l’Homme en Ouzbékistan.

Une fois arrivé à Moscou, Nikolaï se posa et resta aux commandes alors que le reste de l’équipe descendait du jet. La tour de contrôle était avertie que nos amis ne faisaient qu’une simple escale. Ils prirent un taxi et se rendirent dans leurs locaux. Lilianne connaissait bien cette capitale, c’est là qu’elle était née et qu’elle avait vécu jusqu’à ses dix-neuf ans. C’est à cette époque que son père a été assassiné et que tout a changé pour elle. En réalité, ces locaux appartenaient à son père. Arrivé à destination, Andréass alluma les ordinateurs et mit les serveurs à jour.

— Très bien, s’exclama Lilianne, nous pouvons retourner à l’aéroport. Andréass, tu restes ici et tu commences à collecter toutes les informations qui nous seront utiles.
— Prépare aussi le piratage des vidéos de surveillance ainsi que des feux tricolores de la ville, ajouta Konstantin.
— En m’y mettant de suite, tout sera prêt à votre arrivée là-bas. Mais bon à part ça, qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire tout seul pendant ces six jours ?
— Tu n’as qu’à visiter Moscou. Avec un peu de chance, tu t’y perdras, suggéra Konstantin.
— Bonne idée ! J’en profiterai pour faire un petit tour et voir les services secrets russes pour prévenir tes anciens amis que, malgré ta mort, tu te sers toujours de leurs ressources, répondit calmement Andréass.
— Mais comme tu dis, moi, j’ai des amis et j’ai su en garder en qui j’ai toute confiance. Toi, à part tes claviers…
— Bon ça suffit, les interrompit Lilianne, on dirait des gamins. J’ai mieux à te proposer Andréass, tu vas commencer par faire des recherches sur l’auteur de la lettre.
— Mais il n’a pas laissé de nom.
— Eh bien, justement, ça t’occupera, ajouta-t-elle. Et gardez bien tous en tête qu’il s’agit certainement d’un piège, nous devons en permanence rester sur nos gardes, aussi bien l’auteur de la lettre nous a suivis jusqu’ici, aussi bien il nous surveille en ce moment même. Donc, NON ! Pas de « visite » ni de « petit tour ».

Sur ce, les deux agents s’en allèrent, montèrent dans le taxi qui les attendait et se rendirent au jet. Une bonne heure plus tard, ils se posèrent et réservèrent un hangar dans lequel ils pouvaient entreposer l’avion le temps de la mission. Ils emportèrent avec eux le matériel nécessaire à la bonne conduite des opérations. Puis, à l’aide des transports en commun, ils se rendirent à l’avenue indiquée par la lettre et prirent une chambre entre les deux rues énoncées. Tous s’installèrent et déballèrent leurs affaires.

— C’est moi qui prends la chambre du fond, c’est la plus grande, annonça Nikolaï.
— Et moi celle d’à côté, elle a une jolie vue, affirma Lilianne.
— Merde, j’ai compris, le canapé, c’est pour moi.
— Eh oui, tu n’es pas assez rapide, mon vieux, le taquina Nikolaï.
— Bon, la nuit tombe. On commencera le repérage demain, je compte sur vous pour l’armement.
— Pas de problème Adrienne, enfin Lilianne, assura Konstantin.
— Non aucun, ajouta Nikolaï, nous avons déjà établi une liaison avec nos contacts et on nous livrera certainement au petit matin. Les espions russes sont très efficaces.
— Ouais ! Vive la Russie ! Vive la vodka et…
— Vive Anna Kournikova, coupa Lilianne. C’est bon, Konstantin, on connaît ta chanson, tu commences à nous casser les… hein. Allez, bonne nuit les garçons.
— Bonne nuit.

Lilianne quitta ainsi le salon pour se rendre dans sa chambre.

— Oh ben ça alors, elle devrait avoir honte de couper ainsi ton chant patriotique, taquina Nikolaï.
— Ça va, n’en rajoute pas. Surtout que tu es autant Russe et patriote que moi, se défendit Konstantin, et en plus elle n’en a même pas.
— Ouais, mais je ne suis pas fan de tennis.
— Qu’est-ce que tu veux, personne n’est parfait. Mais bon, pour ta culture, je veux bien t’informer qu’ils ne vont pas en quarante points lorsqu’ils font un jeu ; pour le reste, je t’en dirai plus une fois que tu auras déjà traité cette information, ce qui va sans doute te demander du temps.
— Ah, ah, ah, mort de rire, ironisa Nikolaï. Va donc te coucher dans ton canapé et évite de t’étouffer avec ta connerie.
— Ah non, pas tout de suite. Je vais d’abord aller voir la réceptionniste, la belle et jeune réceptionniste devrais-je dire, qui doit être en train de m’attendre, car je l’ai invitée à boire un verre au bar.
— Là, je reconnais ton patriotisme, tu vas aller combler cette pauvre Russe. Passe une bonne soirée et tâche d’être en forme demain. Et attention, nous sommes certainement surveillés…
— Bien sûr.

Dès l’aube, le portable de Konstantin retentit ; un de ses vieux amis, un agent russe avec qui Nikolaï et lui travaillaient autrefois, l’avertit que le colis était déposé. Le livreur venait d’arriver et celui-ci attendait devant l’hôtel. Via le téléphone, son contact lui donna la description du livreur ainsi que le code convenu pour leur remettre les sacs. Tous trois descendirent et chacun remonta dans la chambre avec un bagage. Une fois dans l’appartement, ils les ouvrirent et en sortirent divers explosifs ainsi que diverses armes à feu allant du fusil à lunette au petit pistolet à cacher au niveau des chevilles. En ce qui concernait le matériel électronique, nos amis l’avaient emporté avec eux dans l’avion. Avec cette livraison, ils disposaient donc dès à présent de tout ce qu’il leur fallait pour la bonne exécution de leur mission. Après un bon petit-déjeuner, nos trois agents prirent leur équipement, sortirent de l’immeuble, se séparèrent et commencèrent le repérage de l’avenue Dimitriov. En début d’après-midi, après plus de six heures passées à étudier et à photographier le terrain sous tous les angles, tous se rejoignirent dans l’appartement. Les photos furent envoyées à Andréass afin que toutes soient traitées numériquement et regroupées pour reconstituer une image 3D des lieux. Ce modèle servirait à étudier au mieux les possibilités d’attaque offertes aux terroristes avec les positions idéales pour divers observateurs et/ou tireurs.

De son côté, Andréass, grâce à ses recherches, leur confirma le passage d’un convoi militaire dans cette rue le 10 mars. En revanche, il ne savait pas ce que contenait réellement ce camion. Il avait d’ores et déjà piraté la vidéosurveillance de Saint-Pétersbourg.

— C’est bien. Et où en es-tu du piratage des feux tricolores ?
— J’aurais bientôt fini. Sinon, pour en revenir à la vidéosurveillance, ce n’est pas pour faire ma balance, mais par hasard, j’ai aperçu l’ami Konstantin. Je l’ai donc un peu suivi à l’aide des caméras et, au lieu de faire son travail, Monsieur mangeait des sortes de petites crêpes.
— Pff ! Tous des balances ces Américains, réagit Nikolaï.
— Des petites crêpes… c’étaient des blinis. Une spécialité russe, non, mais oh ! s’écria Konstantin.

Lilianne le regarda.

— Ben quoi ? J’avais une petite faim.
— Mais je n’ai rien dit. En ce qui te concerne Andréass, tu le surveillais dans le but d’assurer sa protection, n’est-ce pas ? Et tu n’as vu personne qui semblait le suivre ou le surveiller ?
— Euh… oui, bien sûr. Et non je n’ai vu personne.
— Bon, mais ne t’avais-je pas donné une autre tâche ?
— Si, mais je ne trouve rien, absolument rien.
— Eh bien, continue à chercher, mais traite en priorité les photos qu’on t’a envoyées. Je veux voir la modélisation 3D avec les différentes possibilités d’attaques le plus tôt possible.
— Mouais, je sais. Je vous rappelle dès que j’ai fini.

Et ainsi s’acheva la communication. Le sourire aux lèvres, Lilianne enchaîna :

— Bon ! Reprenons. Nikolaï, tu as visité l’immeuble d’en face, qu’est-ce que tu peux nous en dire ?
— La chambre, située complètement à l’Est au dernier étage, ainsi que celle du dessous, sont parfaites pour un sniper. Elles offrent une vue complète sur l’avenue et se trouvent tout près d’un escalier de service qui donne sur la rue. Le tireur, si tireur il y a, pourrait rapidement se mêler à la foule et ainsi fuir en toute discrétion. Ces deux chambres sont occupées pour le moment. J’ai fait des recherches sur les noms, mais comme on pouvait s’y attendre, ça n’a rien donné d’intéressant.
— En ce qui me concerne, intervint Konstantin, le premier bâtiment se trouvant au Nord après la rue Quarliz possède un angle idéal du toit, de même pour l’immeuble qui lui fait face ; en réalité, il y a beaucoup d’endroits possibles. De toute façon, comme on en a déjà parlé dans l’avion, le convoi sera blindé, donc les snipers pourront tout juste l’emmerder en tirant dans les pneus. Mais bon, ils ne l’immobiliseront pas. Après, c’est vrai que l’on ne connaît pas leurs moyens, s’ils viennent avec des lance-roquettes, le blindage fera pâle figure.
— Raison pour laquelle il nous faut connaître toutes les positions exploitables par les terroristes. De toute manière, notre plan ne consiste pas à combattre directement les assaillants, il faut juste contrarier leur projet, affirma Lilianne.
— Une mission facile quoi, ajouta Nikolaï.

Dans les jours qui suivirent, les trois agents étudièrent la reconstitution en 3D et tous les coins stratégiques furent ainsi repérés. En plus de surveiller les airs, il fallait également surveiller les sous-sols, car les terroristes pouvaient avoir envie de placer une bombe qui, en explosant, bloquerait toute la circulation. Nos amis avaient donc placé des mini caméras équipées de capteurs sensitifs qu’ils avaient disposées à chacune des entrées conduisant aux égouts se trouvant entre les rues Bieloz et Quarliz. Ainsi, dès que quelqu’un passait, la caméra se mettait en route et envoyait l’image à leur appartement.

Le jour J arriva et Andréass les avertit qu’un cargo militaire arrivait au port. Un camion blindé en sortit et une escorte de véhicules le précéda.

— Très bien Andréass, suis-le bien. Quant à nous, nous allons voir s’il y a des observateurs. Tous trois prirent des jumelles électroniques, montèrent sur le toit de leur immeuble, vérifièrent que personne ne s’y trouvait et commencèrent à passer en revue le plus discrètement possible tous les points stratégiques.
— J’en tiens un, annonça Konstantin.
— Moi, de même, signala Lilianne. Il faut voir s’il y en a d’autres.

Cinq minutes plus tard, Nikolaï intervint :

— Manifestement non.
— Le convoi n’est plus qu’à dix rues, avertit Andréass.
— Bien reçu, répondit Lilianne. Infiltre maintenant le réseau de leurs feux tricolores et ralentis le convoi. Fais en sorte qu’il se prenne tous les rouges.
— OK.
— Je m’occupe de l’homme placé sur l’immeuble Est, affirma Konstantin qui partit en trombe. Nikolaï, tu prends l’autre.
— Il est impératif d’en laisser au moins un des deux en vie, prévint Lilianne dans l’oreillette. Je veux savoir qui ils sont réellement.
— Merde, s’écria Andréass. Il y a quelqu’un d’autre sur le réseau et… ah, putain ! Il a réussi à me virer l’enfoiré.
— Quoi !!!